Publié le 18 Avril 2017

Snégourotchka (Nikolaï Rimski-Korsakov)
Représentations du 15, 17 et 22 avril 2017
Opéra Bastille

Snégourotchka (La Fille de Neige) Aida Garifullina
Lel Yuriy Mynenko
Kupava Martina Serafin
Le Tzar Berendeï Maxim Paster
Mizguir Thomas Johannes Mayer
La Fée Printemps Elena Manistina
Le Bonhomme Hiver Vladimir Ognovenko
Bermiata Franz Hawlata
Bobyl Bakula Vasily Gorshkov
Bobylicka Carole Wilson
L'Esprit des bois Vasily Efimov
Premier Héraut Vincent Morell
Deuxième Héraut Pierpaolo Palloni
Un Page Olga Oussova

Direction musicale Mikhail Tatarnikov
Mise en scène Dmitri Tcherniakov                          
    Yuriy Mynenko (Lel)
Nouvelle Production

Le retour de Nikolaï Rimski-Korsakov sur la scène lyrique de l’Opéra de Paris, 70 ans après la dernière représentation du Coq d’Or, son ultime chef-d’œuvre, est le point de départ d’un élargissement du répertoire parisien aux compositeurs russes moins représentés que Piotr Ilitch Tchaïkovski, Modest Moussorgski et Sergueï Prokofiev.

Ainsi, au cours des prochaines saisons, Dmitri Chostakovitch et Alexandre Borodine, compositeurs respectifs de Katerina Ismailova et Prince Igor, seront portés sur notre scène, et on peut imaginer que Mikhaïl Glinka aura, un jour, les honneurs de l’Opéra National pour son adaptation du poème d’Alexandre Pouchkine, Rouslan et Ludmila.

Aida Garifullina (Snégourotchka)

Aida Garifullina (Snégourotchka)

Troisième des quinze opéras de Rimski-Korsakov, Snégourotchka (La Fille de Neige) est un conte sur le pouvoir de la forêt comme source d’inspiration de l’âme humaine. L’imaginaire des forêts est, en effet, un des sujets forts de la littérature ou du cinéma russe, d'Anton Tchekhov à Andreï Tarkovski, pour ne citer qu'eux.

Pour son adaptation à la scène Bastille, Dmitri Tcherniakov reste fidèle à cet élément naturel indispensable à la vie, et lui dédie un magnifique décor parcellé d’arbres réalistes, chacun ayant une ligne unique, mais qui s’élèvent depuis un sol d’un vert synthétique à l’aspect beaucoup plus factice.

Au creux d’une clairière, des mobil-homes en forme de petites maisonnettes vivement colorées, dont une caravane, abritent la communauté de Bérendeï réunie temporairement en ce lieu.

Snégourotchka (Garifullina-Mynenko-Serafin-Paster-Tatarnikov-Tcherniakov) Bastille

Le prologue, seule partie totalement décalée de son lieu d’origine, ne se déroule pas de nuit en pleine nature, mais dans le couloir d’une école où Dame Printemps raconte une histoire à de jeunes élèves déguisés en oiseaux multicolores. Le chœur des enfants en devient particulièrement attachant lorsqu’il entonne la chanson et la danse des oiseaux en les mimant.

Le metteur en scène relate la rencontre entre la Fille de Neige et cette communauté improvisée à travers de multiples saynètes imaginatives qui imitent le mode de vie supposé des communautés païennes. Vêtements mélangeant jeans, baskets et tenues traditionnelles, l’intrigue est jouée parmi le chœur et les figurants qui évoluent comme s’ils menaient une vie totalement autonome dans cette histoire. Dmitri Tcherniakov trouve ici un moyen talentueux d’animer ce monde en impliquant pleinement le potentiel humain du plateau. 

Elena Manistina (La Fée Printemps)

Elena Manistina (La Fée Printemps)

Les postures sont souvent très drôles et outrées, et ce qu’il décrit est en fait un regard tendre et amusé sur les regroupements spontanés de gens dans le monde entier, tels les Rainbow Gathering, tendance qui traduit un désir de se retrouver, pour un temps, en l’harmonie avec la nature et les autres afin d’échapper à l’uniformisation d’un monde économique et politique oppressant.

Le plus drôle est que le spectacle a une apparence traditionnelle parce que le directeur suit la dramaturgie du livret, alors qu’il est joué comme si les rituels étaient un simulacre. 

Snégourotchka (Garifullina-Mynenko-Serafin-Paster-Tatarnikov-Tcherniakov) Bastille

Cependant, Tcherniakov ne perd en aucun cas les qualités sensibles qui font de lui un délicat portraitiste de la psychologie féminine, et la Fille de Neige paraît, sous la finesse de sa peinture, une émanation de Tatiana et Rusalka, à la fois réservée, émouvante et viscérale. 

Il révèle autant que possible les sentiments des protagonistes, tels ceux du Tsar Bérendeï, devenu un artiste peintre rêvant amoureusement à la Dame Printemps, que ceux de Snégourotchka qui, au final, déclare aimer Mizguir, tout en adressant ses derniers mots et ses derniers regards tendres à Lel qui est, en réalité, son réel amour.

Et Tcherniakov est toujours attentif à cette vérité de sentiments qui paraît prendre à contre-pied l'action au premier degré.

Maxim Paster (Le Tzar Berendeï)

Maxim Paster (Le Tzar Berendeï)

Lel, le berger, est chanté par un contre-ténor, au lieu d'une alto, et est affublé de longs cheveux féminins et d’une barbe qui en font un barde Woodstock traité de la même manière que le berger du Roi Roger dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, l’illusion de l’amour indifférente aux sentiments de l’autre.

Enfin, l’âme poétique du metteur en scène atteint son paroxysme au début du quatrième acte, lorsque Snégourotchka retrouve sa mère au milieu d’une forêt magnifiée par les ombres changeantes des éclairages nées du double mouvement lent et circulaire de l’ensemble du décor.

Aida Garifullina (Snégourotchka) et Elena Manistina (La Fée Printemps)

Aida Garifullina (Snégourotchka) et Elena Manistina (La Fée Printemps)

Ce spectacle est une réussite non seulement parce qu’il permet de redécouvrir une musique aussi subtile que flamboyante, mais également parce qu’en s’inspirant d’un phénomène social actuel, Tcherniakov le débarrasse d’une imagerie de folklore stéréotypée.

Et bien qu’il utilise un florilège de symboles pour mieux les parodier, tel le coq perché sur un mât de cocagne ou bien la roue de charrue enflammée brandie pour figurer une roue celtique solaire, l’oeuvre se trouve traversée en permanence d’un humour bienveillant qui peut parfois être en léger décalage avec les circonstances du livret – les joueurs de guzla aveugles réunis en cercle et lisant leur texte sur des pancartes tenues à bout de bras par deux individus. 

Snégourotchka (Garifullina-Mynenko-Serafin-Paster-Tatarnikov-Tcherniakov) Bastille

Sous la direction de Mikhail Tatarnikov, chef principal du Théâtre Mikhailovsky de Saint-Pétersbourg, l’orchestre de l’Opéra réussit avec un allant et un éclat rutilants les nombreuses scènes d’ensemble qui le lient au chœur. Ce son souple et moderne prend même une tonalité d’une tendresse bucolique ouatée lorsqu’il accompagne les cavatines du Tsar.

Et, de-ci de-là, les motifs chantant des instruments en solo se profilent dans la solitude de la salle avec une grâce inspirante. L’orchestration ne révèle qu’une seule faiblesse au cours du tableau qui oppose Mizgir à l’Esprit des bois, au troisième acte, car la tension de la confrontation scénique imaginée par Tcherniakov ne se retrouve pas dans la musique gravée à petites touches par Rimski-Korsakov.

Vasily Gorshkov (Bobyl Bakula) et Aida Garifullina (Snégourotchka)

Vasily Gorshkov (Bobyl Bakula) et Aida Garifullina (Snégourotchka)

Les chœurs, joyeusement délurés, parmi lesquels viendront se glisser des figurants nus couronnés de fleurs au cours des danses populaires, chantent avec une âme joyeuse et juvénile, une espérance panthéiste qui se diffuse aussi bien en front de scène que loin depuis les coulisses. Et les jeunes interprètes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, que nous entendons dans le prologue, sont l’image même de la pureté légèrement mélancolique de l’enfance, une apaisante admiration pour l’auditeur.

La distribution, elle, révèle une diversité de caractères vocaux qui font la vie de ce théâtre brillamment mis en scène et en musique. 

Aida Garifullina (Snégourotchka)

Aida Garifullina (Snégourotchka)

Aida Garifullina, charmante et d’apparence si fragile, interprète l’héroïne principale avec un tempérament qui mêle sentiments sombres et morbides et expressions percutantes à l’aigu facile. C’est d’ailleurs la clarté de ce timbre aux accents vulnérables, l’impressionnant contraste entre la force de ses expressions de joie et de souffrance, la puissance du souffle et la simplicité de son être, qui semble parfois comme s’anémier, qui la rendent si touchante.

En Fée Printemps, Elena Manistina figure un personnage grandiloquent à la voix glacée anthracite qui, malgré une telle opposition de couleurs avec Aida Garifullina, la rejoint dans l’harmonie du magnifique arioso du quatrième acte, enveloppé d’une orchestration sublimement raffinée.

Martina Serafin (Kupava)

Martina Serafin (Kupava)

Très crédible en Kupava, Martina Serafin trouve dans ce rôle un excellent support à sa voix franche et terrestre, d’autant plus qu’elle joue avec un peu d’exagération un personnage farouche qui lui convient parfaitement.

Et, en bourgeois sûr de lui qui croit plus en l’argent qu’aux grands sentiments, Thomas Johannes Mayer incarne un Mizguir noir et rustre car son emprise vocale ne se libère plus avec autant d’élégance qu’auparavant.

Yuriy Mynenko (Lel)

Yuriy Mynenko (Lel)

Mais la surprise trouble de ce spectacle est la présence de Yuriy Mynenko, un contre-ténor, dans le rôle de Lel. Le choix de modifier la tessiture de ce personnage incarné habituellement par une alto permet simplement de représenter l’amour de Snégourotchka par un homme, aux traits féminins, afin de ne donner aucune ambiguïté à l’orientation dramaturgique de Tcherniakov.  

Nous sommes bien dans un monde où un faux guide spirituel tente de faire croire aux bienfaits de l’amour libre débarrassé de tout attachement.

Martina Serafin (Kupava) et Yuriy Mynenko (Lel)

Martina Serafin (Kupava) et Yuriy Mynenko (Lel)

Il n’est pas habituel d’entendre ce type de chanteur s’accaparer l’espace Bastille, et c’est pour cela que l’accueil de Yuriy Mynenko est aussi dithyrambique que celui réservé à Aida Garifullina. Les sons baillés et enjôleurs de ce timbre ensorceleur insinuent une supercherie malheureusement insurmontable par la Fille de Neige.

Quant au Tzar Berendeï,  Maxim Paster lui rend une humanité bonhomme et suave sans pour autant réduire son autorité naturelle, car son chant a une poésie sincère et immédiate.

Thomas Johannes Mayer (Mizguir )

Thomas Johannes Mayer (Mizguir )

Présents que pour de courts tableaux, le Bonhomme Hiver de Vladimir Ognovenko, inusable basse qui porte en lui-même une émanation slave évidente, l'Esprit des bois ferme et bienveillant de Vasily Efimov, et la personnalité imparable de Vasily Gorshkov en Bobyl Bakula ajoutent des caractères forts à cet ensemble de portraits pittoresques.

Alors pourquoi Snégourotchka ne peut que mourir ? Entre le désir possessif de Mizguir et la fascination pour l’image idéalisée d’un bon à rien tel que Lel, elle ne peut concrétiser un amour véritable et total, ce qui la condamne à disparaître.

Aida Garifullina et Dmitri Tcherniakov

Aida Garifullina et Dmitri Tcherniakov

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Publié le 10 Avril 2017

Jupiter, Io, Ganymède, Europe, Callisto, et, en bas à gauche, la petite étoile double Theta Virginis - HIP 64238 A, le lundi 10 avril 2017 à 22h18 Heure locale de Paris

Jupiter, Io, Ganymède, Europe, Callisto, et, en bas à gauche, la petite étoile double Theta Virginis - HIP 64238 A, le lundi 10 avril 2017 à 22h18 Heure locale de Paris

Lundi soir, dans les lumières éblouissantes de la pleine Lune, Jupiter accompagne l'astre Sélène à moins de deux degrés de distance apparente, alors que la planète géante est également au plus près de la Terre à moins de 670 millions de kilomètres d'elle.

Avec un simple zoom, il devient possible d'identifier les 4 plus gros de ses satellites, tous alignés, à cette heure là, sur le même flanc de sa surface.

Io, Ganymède, Europe et, au plus loin, Callisto, forment un filet de perles en mouvement perpétuel autour de leur planète.

La Pleine Lune et Jupiter le lundi 10 avril 2017 à 22h18 heure locale de Paris

La Pleine Lune et Jupiter le lundi 10 avril 2017 à 22h18 heure locale de Paris

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 8 Avril 2017

En préparation de la nouvelle production de Don Carlos qui sera donnée l'automne prochain sur la scène de l'Opéra Bastille, dans sa version originale des répétitions parisiennes de 1866, afin de célébrer les 150 ans de sa création, cet article est une réécriture plus précise et complète de l'article Du Don Carlos de Paris (1866) au Don Carlo de Modène (1886) rédigé en 2007 sur le même sujet.

Don Carlos est l'une des oeuvres qui a connu le plus de remaniements dans l'histoire de l'opéra.

Giuseppe Verdi travailla sur ce projet commandé par l'Opéra de Paris pour l'exposition universelle de 1867, sur la base d'un scénario qu'il reçut en juillet 1865.

Il composa la musique entre 1865 et 1867, à partir d'un livret français de Joseph Méry et Camille du Locle. Toutefois, en 1872, il procéda aux premières retouches de la partition.

C'est, par la suite, à partir de 1882 qu'il révisa considérablement son chef d'oeuvre avec la collaboration de Charles Nuitter, chargé de retravailler le livret en langue originale française.

Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996

Il existe au moins cinq versions bien identifiées de Don Carlos (Don Carlo pour les traductions en italien), et le présent article a pour objectif de rendre compte le plus clairement possible de l’ampleur des changements qui l'ont traversé. On distingue principalement :

- La version parisienne en cinq actes des répétitions parisiennes de 1866

- La version parisienne en cinq actes de la première représentation du 11 mars 1867

- La version napolitaine en cinq actes du 02 décembre 1872, traduite en italien

- La version milanaise en quatre actes du 10 janvier 1884, traduite en italien

- La version de Modène en cinq actes du 29 décembre 1886, traduite en italien

A cette époque, la version parisienne des répétitions ne fut jamais jouée publiquement dans sa totalité, mais elle fut traduite intégralement en italien par Achille de Lauzières, dès 1866.

Une version fut ainsi créée le 4 juin 1867 au Covent Garden de Londres à partir de la traduction italienne d' Achille de Lauzières, avec la suppression de l'Acte I et du ballet, et l'ajout de multiples remaniements qui anticipèrent de fait les décisions que Giuseppe Verdi prendra dès 1882. Mais elle était loin d'être satisfaisante.

La version parisienne du 11 mars 1867, traduite en italien, eut finalement un accueil triomphal à Bologne le 27 octobre 1867.

Quant à la version de Naples, elle comportait principalement un ajout au duo Philippe / Rodrigue sur la base de nouveaux vers directement écrits en italien par Antonio Ghislanzoni.

Le graphique qui suit représente de manière synthétique le découpage en actes des 5 principales versions de Don Carlos (1866, 1867, 1872, 1884 et 1886), auxquelles est ajoutée celle que créa Antonio Pappano au Théâtre du Châtelet le 01 mars 1996, sous la direction de Stéphane Lissner. Cette dernière version composite est principalement basée sur les versions parisiennes de 1866 et 1867, mais incorpore également des éléments écrits pour les versions de 1872 et 1884.

Le fond orange désigne les passages écrits en 1866 et non modifiés à la création de 1867

Le fond rose clair désigne les passages écrits en 1866 qui disparurent dès le 11 mars 1867

Le fond vert désigne le ballet qui n'apparut qu'à partir de la répétition du 24 février 1867

Le fond gris désigne les passages qui furent réécrits pour la version de Naples (1872)

Le fond rouge désigne les passages qui furent coupés pour la version de Naples (1872)

Le fond rouge foncé désigne les passages qui furent réécrits pour la version de Milan (1884)

Le fond bleu désigne les passages totalement nouveaux dans la version de Milan (1884).

Le fond bleu ciel est utilisé pour les coupures de la version Pappano de 1996

Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996
Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996
Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996
Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996
Les Versions de Don Carlos des répétitions parisiennes de 1866 à la version d'Antonio Pappano de 1996

La version la plus complète sur le plan dramaturgique est celle de 1866. Elle comprend huit passages qui seront supprimés au cours des dernières semaines précédant la première représentation du 11 mars 1867. Parmi ces passages on relève :

- La rencontre d’Elisabeth et des bûcherons dans la forêt de Fontainebleau (Acte I)

- L'air 'J'étais en Flandres' de Rodrigue (Acte II) lors de ses retrouvailles avec Don Carlo

- Un passage du duo de Philippe et Rodrigue (Acte II)

- Une brève reprise du choeur du début de l'Acte III où sera inséré le ballet 'La Pérégrina'

- Le duo Elisabeth et Eboli 'J’ai tout compris' (Acte IV) où Eboli avoue à Elisabeth sa liaison avec le roi.

- Le duo Philippe II et Don Carlo 'Qui me rendra ce mort'  (Acte IV)

- Un échange entre Elisabeth et Eboli au cours de l'émeute (fin Acte IV)

Durée approximative : 3H45

 

La version parisienne officielle est celle de la première du 11 mars 1867.

Selon les conventions de l'époque, la création devait inclure un ballet.

Verdi compensa les airs supprimés depuis les répétitions par l’ajout de deux passages :

- Une brève introduction du choeur des chasseurs (Acte I)

- Le Ballet de la Reine (Acte III)

L’émeute finale de l’acte IV fut par ailleurs abrégée, et totalement supprimée dès la seconde représentation.

Durée approximative : 3H40. C’était encore trop long, et quelques coupures supplémentaires (l'émeute de la fin de l'Acte IV) eurent lieu dès la seconde représentation pour permettre aux parisiens de rentrer sûrement chez eux le soir.

 

La nouvelle version réécrite par Giuseppe Verdi et Charles Nuitter, traduite en italien par Angelo Zanardini, est celle de 1884

A plus de 70 ans, Verdi dédia en effet à Milan une version en 4 actes.

Par rapport à la version parisienne de 1867, les passages suivants furent supprimés :

- L’Acte I de Fontainebleau

- L’introduction et les chœurs de l’Acte III devenu Acte II

- Le ballet de la Reine (Acte III devenu Acte II)

Les passages suivants furent alors réécrits avec une meilleure expressivité musicale :

- Le duo Rodrigue et Don Carlo (Acte II devenu Acte I)

- Le duo Philippe II et Rodrigue (Acte II devenu Acte I)

- La scène et quatuor dans le bureau du roi (Acte IV devenu Acte III)

- Le duo Elisabeth/Eboli (Acte IV devenu Acte III) supprimé en 1867 et partiellement rétabli.

- La scène d’émeute (Fin Acte IV devenu Acte III) supprimée après la première de 1867

- Le duo Don Carlo et Elisabeth (Acte V devenu Acte IV)

- L’intervention de Philippe II et de l’Inquisiteur (Acte V devenu Acte IV)

Les passages suivants, totalement nouveaux, furent enfin créés pour cette version :

- La romance de Don Carlo (Acte I, ancien Acte II),  inspirée de l'air 'Je l'ai vue' du premier acte de la version parisienne, qui rappelle les événements survenus au cours de l’acte de Fontainebleau dorénavant supprimé.

- Le prélude de l’Acte II (ancien Acte III)

Durée approximative : 3H00

 

La version 5 actes en italien, basée sur la version de Milan, est celle de Modène (1886)

Verdi n’y a pas participé.

Cette version restaure, à la version de Milan 1884, l’acte I de Fontainebleau tel qu’il fut écrit en 1867 et traduit en italien. La Romance de Don Carlo (Acte II) est de fait supprimée et le récitatif 'Au couvent de St-Just' rétabli.

Durée approximative : 3H20

Discographie/Filmographie

La version studio de référence du Don Carlo de Modène (1886)  est celle dirigée par Solti (1966 chez Decca) avec Carlo Bergonzi, Renata Tebaldi, Nicolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Grace Bumbry, Martti Talvela.

 

 

Insurpassé depuis plus de 40 ans!

 

 

La version live de référence du Don Carlos Parisien est celle dirigée par John Matheson (1976 chez Ponto, puis Opera Rara) avec Joseph Roleau, Andrée Turp, Robert Savoie, Richard Van Allen, Edith Tremblay, Michèle Vilma.

Des chanteurs inconnus mais très engagés.

Les actes I, II, IV et V sont ceux de 1866 mais l’acte III (avec le ballet) est celui de 1867.

C’est donc la version parisienne la plus complète qui soit!

En 1993, James Levine enregistre en studio (Sony) une version de Modène inédite.

Avec la traduction du Ier acte de 1866 (et non plus 1867) nous avons ici une version révisée en italien.

Michael Sylvester, Dolora Zajick et Samuel Ramey y sont par ailleurs excellents, mais Ferruccio Furlanetto est encore un peu trop jeune pour Philippe II.

15 ans plus tard à Paris, le constat est clair : c'est l'un des plus grands interprètes actuels de Philippe II.

En 1996, le Châtelet monte la version parisienne avec un casting prestigieux (Karita Mattila, Roberto Alagna, Thomas Hampson, Jose van Dam, Waltraud Meier) sous la direction d'Antonio Pappano.

A y regarder de plus près, cette version est un peu trafiquée. C'est une version basée sur celle de 1866, mais avec le premier acte de 1867 et de nombreuses coupures et retouches à partir du texte français des versions de Naples et Milan.

 

Le DVD est un achat obligatoire rien que pour la beauté de l’ensemble.

 

Le 25 octobre 1970, le Staatsoper de Vienne lâche sur scène Franco Corelli, Gundula Janowitz, Shirley Verrett, Eberhard Waechter et le duo Inquisiteur/Philippe II du siècle : Martti Talvela/Nicolai Ghiaurov.

Sous la direction de Horst Stein, la version IV actes de 1884 trouve une interprétation intense dans un son live très correct (stéréo) qu'au moins 5 labels proposent à l'écoute (Rodolphe, Myto, Opera d'Oro, Gala, Orfeo d'Or).

 

Pour aller plus loin, revenir à la rubrique Histoire de l'Opéra

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Publié le 31 Mars 2017

TV-Web Avril 2017 - Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 02 avril 2017 sur France 3 à 00h40
Le Médecin malgré lui (Gounod) - ms Pelly - dm Woodbridge
Leguérinel, Tilquin, Barbeyrac, Mhamdi

Dimanche 02 avril 2017 sur Arte à 12h40
Bach - Nemanja Radulovic, Ensemble Double Sens

Lundi 03 avril 2017 sur Arte à 00h45
Comment Bach a vaincu Mao - Film de Paul Smaczny

Sur la première tournée de la pianiste Zhu Xiao-Mei, déportée sous Mao pour son amour pour Bach

Lundi 03 avril 2017 sur France 3 à 02h15
Le Roi Carotte (Offenbach) - ms Pelly - dm Aviat
Boulianne, Beuron, Bou, Dennefeld, Mortagne, Grappe

Dimanche 09 avril 2017 sur Arte à 12h15
Cantates de Bach et Telemann - Jaroussky

Lundi 10 avril 2017 sur Arte à 00h20
Passion selon Saint Matthieu (Bach) - ms Castellucci - dm Nagano
Sly, Bostridge, Lee, Gansch, Lang, Richteragano


Lundi 10 avril 2017 sur Arte à 03h15
Les variations Goldberg par Alexandre Tharaud

Dimanche 16 avril 2017 sur France 3 à 00h30
Doctor Atomic (Adam) - ms Childs - dm Davin

Henschel, Bork, Miller, Grevelius

Dimanche 16 avril 2017 sur Arte à 11h35
Concerto pour violon. Danses Slaves (Dvorak)
Concerto pour orchestre (Bartok) - Batiashvili - dm Rattle

Lundi 17 avril 2017 sur Arte à 00h45
Sonates et partitas pour violon seul (Bach)

Lundi 17 avril 2017 sur Arte à 20h50
Tosca (Puccini) - Baden Baden - ms Himmelmann - dm Rattle
Opolais, Alvarez, Nikitin

Jeudi 20 avril 2017 sur Arte à 02h55
Francesco Vezzoli et Rufus Wainwright

Vendredi 21 avril 2017 sur France 2 à 00h00
Légende d'Arménie (Khatchaturian, Aprikian, Prokofiev) - dm Altinoglu

Abrahamyan, Grigorian, Witholt

Dimanche 23 avril 2017 sur Arte à 12h15
Festival international de chambre de Jérusalem

Vendredi 28 avril 2017 sur France 2 à 00h00
Concert d'inauguration de la Seine musicale

Dimanche 30 avril 2017 sur France 3 à 00h30
La Traviata (Verdi) - ms Dombasle - dm Gravouin

Philiponet, Camps, Ruggiero, Natale

Dimanche 30 avril 2017 sur Arte à 22h50
Lohengrin (Wagner) - dm Thielemann- ms Mielitz

Beczala, Netrebko, Herlitzius, Konieczny


Mezzo et Mezzo HD

Samedi 01 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Riccardo Muti dirige Otello de Verdi à Salzbourg

Dimanche 02 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Alcina de Haendel à la Monnaie de Bruxelles

Mercredi 05 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Cadmus et Hermione de Lully à l'Opéra Comique

Vendredi 07 avril 2017 sur Mezzo HD à 21h00
Hamlet de Thomas dirigé par Marc Minkowski à la Monnaie de Bruxelles

Samedi 08 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Don Giovanni de Mozart au Théâtre des Champs-Elysées

Dimanche 09 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Le Vaisseau fantôme de Wagner au Teatro Real de Madrid

Mercredi 12 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Platée de Rameau à 'Opéra Comique

Jeudi 13 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Rigoletto de Verdi au Liceu de Barcelone

Samedi 15 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Falstaff de Verdi dirigé par Daniele Gatti à l'Opernahaus de Zurich

Dimanche 16 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Lulu d'Alban Berg à la Monnaie de Bruxelles

Mercredi 19 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Castor et Pollux de Rameau au Théâtre des Champs-Elysées

Vendredi 21 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Alcina de Haendel à la Monnaie de Bruxelles

Samedi 22 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
La Veuve Joyeuse de Lehár avec Renée Fleming au Metropolitan Opera

Dimanche 23 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Don Giovanni de Mozart à la Monnaie de Bruxelles

Mercredi 26 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
I Capuleti e I Montecchi de Bellini à la Fenice de Venise

Vendredi 28 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Manon Lescaut de Puccini à la Monnaie de Bruxelles

Samedi 29 avril 2017 sur Mezzo à 20h30
Aida de Verdi aux Arènes de Vérone

Dimanche 30 avril 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Macbeth de Giuseppe Verdi au Gran Teatre del Liceu de Barcelone

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Concert Arte

Il Giasone (Grand Théâtre de Genève) - ms Sinigaglia

Capriccio (Théâtre de la Monnaie) - ms  Marton

Norma (Teatro Real de Madrid) - ms Davide Livermore

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

Benvenuto Cellini (Opera d'Amsterdam) - ms Gilliam

La petite renarde rusée (Théâtre de la Monnaie) - ms  Coppens

 

Sur Operaplatform, Culturebox etc...

La descente aux Enfers d'Orphée (OPERA2DAY) jusqu'au 02 avril 2017

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Madame Butterfly (Théâtre de la Monnaie) jusqu'au 07 avril 2017

Eliogabalo (Opéra National de Paris) jusqu'au 08 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

La Bohème - Teatro Regio jusqu'au 20 avril 2017

 

Goplana - Polish National Opera jusqu'au 02 mai 2017

The Nose - Covent Garden jusqu'au 08 mai 2017

Les Contes d'Hoffmann (Opéra National de Paris) jusqu'au 22 mai 2017

 

Les perles de Cléopâtre (Komische Oper Berlin) jusqu'au 02 juin 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

Le Coq d'Or (La Monnaie de Bruxelles) jusqu'au 22 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

Nowark - Space Opera (Opéra de Poznan) jusqu'au 02 août 2017

Werther (Opéra de Metz) jusqu'au 08 août 2017

King Arthur (Staastoper Berlin) jusqu'au 18 août 2017

Fantasio (Opéra Comique - Théâtre du Châtelet) jusqu'au 23 août 2017

Tannhäuser (Opéra de Monte-Carlo) jusqu'au 01 septembre 2017

Arsilda (Opéra de Bratislava) jusqu'au 14 septembre 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 20 octobre 2017

Nabucco (Opera Royal de Wallonie) jusqu'au 27 octobre 2017

Aquagranda de Filippo Perocco (Teatro La Fenice) jusqu'au 14 novembre 2017

Le Requiem de Mozart (Philharmonie de Paris) - dm rené Jacobs - jusqu'au 26 novembre 2017

Don Giovanni (Opéra de Liège) jusqu'au 23 novembre 2017

Le Vaisseau Fantôme (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 27 décembre 2017

La Bohème (Festival d'Opéra en plein air) jusqu'au 29 décembre 2017

La Damnation de Faust (ms Ruggero Raimondi) jusqu'au 01 février 2018

Le retour d'Ulysse dans sa patrie (Théâtre des Champs-Elysées) jusqu'au 13 mars 2018

Jérusalem (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 24 mars 2018

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 31 Mars 2017

Présentation de la saison Lyrique 2017 / 2018 du Théâtre des Champs Elysées

Depuis le samedi 25 mars, la huitième saison de Michel Franck à la direction du Théâtre des Champs Elysées est officiellement dévoilée devant une partie du public venue en nombre au théâtre en fin de matinée.

Cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 4 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 23 soirées - dont 8 soirées pour le Barbier de Séville joué avec deux distributions –, 21 opéras en versions concert dont 2 soirs pour Samson et Dalila, 40 concerts symphoniques, 17 récitals vocaux, 27 concerts de musique de chambre, 20 concerts du dimanche matin et 7 ballets dansés sur 39 soirées.

Par ailleurs, une version du Barbier de Séville, chantée en français et ramenée à une durée d’une heure et dix minutes sera créée pour le jeune public et donnée en huit représentations sur le temps scolaire.

Ce spectacle circulera à travers toute la France, notamment à l’Opéra de Rouen, Reims, Montpellier, Avignon, et Marseille.

Outre la possibilité de s'abonner en ligne dès le 25 mars, le théâtre propose dorénavant, comme pour l'Opéra de Paris, une bourse aux billets.

La conférence de présentation peut être revue sous le lien suivant :

Présentation de la saison 2017/2018 du Théâtre des Champs-Elysées

Théâtre des Champs-Elysées - Saison 2017 / 2018

Opéras en version scénique

Il Barbiere di Siviglia (Gioacchino Rossini)
Du 05 au 16 décembre (5 représentations distribution I et 3 représentations distribution II)

Direction musicale Jérémie Rhorer, Mise en scène Laurent Pelly
I : Michele Angelini, Florian Sempey, Kate Lindsey, Peter Kalman, Robert Gleadow, Annunziata Vestri, Guillaume Andrieux
II : Elgan Llyr Thomas, Guillaume Andrieux, Alix Le Saux, Pablo Ruiz, Guilhem Worms, Eléonore Pancrazi, Louis de Lavignère
Le Cercle de l’Harmonie

Dialogues des Carmélites (Francis Poulenc)
Du 07 au 16 février (5 représentations)

Direction musicale Jérémie Rhorer, Mise en scène Olivier Py
Patricia Petibon, Sophie Koch, Véronique Gens, Sabine Devieilhe, Anne Sofie von Otter, Stanislas de Barbeyrac, Nicolas Cavallier, François Piolino
Orchestre National de France – Chœur du Théâtre des Champs-Elysées
Coproduction Théâtre Royal de la Monnaie et Théâtre de Caen

Alcina (Georg Friedrich Haendel)
Du 14 au 20 mars (4 représentations)

Direction musicale Emmanuelle Haïm, Mise en scène Christof Loy
Cécilia Bartoli, Philippe Jaroussky, Julie Fuchs, Varduhi Abrahamyan, Fabio Trümpy
Orchestre et Chœur du Concert d’Astrée
Production Opernhaus Zürich

Orfeo ed Euridice (Christoph Willibald Gluck)
Version italienne de Vienne, 1762
Du 22 mai au 02 juin (6 représentations)

Direction musicale Diego Fasolis, mise en scène Robert Carsen
Philippe Jaroussky, Patricia Petibon, Emoke Barath 
I Barocchisti, Chœur de Radio France
Coproduction Château de Versailles et Lyric Opera of Chicago

Dialogues des Carmélites

Dialogues des Carmélites

Opéras et oratorio en version de concert

Lucia di Lammermoor (Gaetano Donizetti) le 12 septembre
Jessica Pratt, Paolo Fanale, Gabriele Viviani, Ugo Rabec, Airam Hernandez, Valentine Lemercier, Enguerrand de Hys
Roberto Abbado direction, Orchestre National d’Ile-de-France, Ensemble Lyrique Champagne-Ardenne

La Clemenza di Tito (Wolfgang Amadé Mozart) le 15 septembre
Maximilian Schmitt, Karina Gauvin, Anna Lucia Richter, Jeanine de Bique, Willard White
Teodor Currentzis direction, Musica Aeterna

Giulio Cesare (Georg Friedrich Haendel) le 16 octobre
Lawrence Zazzo, Emoke Barath, Julie Boulianne, Delphine Galou, Filippo Mineccia, Riccardo Novaro
Ottavio Dantone direction, Accademia Bizantina

Macbeth (Giuseppe Verdi) le 24 octobre
Dalidor Denis, Marko Mimica, Anna Pirozzi, Piero Pretti, Alexandra Zabala, Cullen Gandy, Nicolo Ceriani
Gianandrea Noseda direction, Orchestre et Chœur du Teatro Regio Torino

Madama Butterfly (Giacomo Puccini) le 07 novembre
Ermonela Jaho, Bryan Hymel, Marie-Nicole Lemieux, Marc Barrard, Wojtek Smilek, Valentine Lemercier, Christophe Gay, Pierre Doyen
Mikko Franck direction, Orchestre Philharmonique et Chœur de Radio France

Attila (Giuseppe Verdi) le 15 novembre
Dmitri Ulyanov, Alexey Markov, Tatiana Serjan, Riccardo Massi
Daniele Rustioni direction, Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Lyon

Magnificat (Jean-Sébastien Bach) le 17 décembre
Maïly de Villoutreys, Damien Guillon, Robert Getchell, Alain Buet
Jean-Claude Magloire direction, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Les Petits Chanteurs sainte Croix de Neuilly

Oratorio de Noël (Jean-Sébastien Bach) le 17 décembre
Maria Keohane, Anke Vondung, Jeremy Ovenden, Stephan Loges
Vladimir Jurowski direction, London Philharmonic Orchestra, London Philharmonic Choir

Messe Solennelle (Hector Berlioz)
Le Christ au Mont des Oliviers (Ludwig van Beethoven) le 16 janvier
Vannina Santoni, Daniel Behle, Jean-Sébastien Bou
Jérémie Rhorer direction, Le Cercle de l’Harmonie et Vokalakademie Berlin

La Création (Joseph Haydn) le 22 janvier
Sandrine Piau, Antoine Bélanger, Alain Buet
Jean-Claude Magloire direction, La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Chœur de chambre de Namur

Requiem (Wolfgang Amadé Mozart) le 13 février
Sylvia Schwartz, Elodie Méchain, Zoltan Megyesi, Istvan Kovacs
Quentin Hindley direction, Orchestre Symphonique de Hongrie-Miskolc
Chœur Cantemus

Passion selon Saint Matthieu (Jean-Sébastien Bach) le 24 mars
Katherine Watson, Claudia Huckle, Mark Padmore, Rodelick Williams, Jessica cale, Eleanor Minney, Hugo Hymas, Matthew Brook
Mark Padmore direction, Orchestra of the Age of Enlightenment
Choir of the Age of Enlightenment

Stabat Mater (Pergolèse) le 27 mars
Julia Lezhneva, Franco Fagioli
Andres Gabetta direction, Bayerisches Staatsorchester et Capella Gabetta

Messe en si mineur (Jean-Sébastien Bach) le 11 avril
Johanna Winkel, Ingeborg Danz, Sebastian Kohlhepp, Tobias Berndt
Hans-Christoph Rademann direction, Orchestre et Chœur du Gaechinger Cantorey Stuttgart

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy) le 02 mai
Guillaume Andrieux, Sabine Devieilhe, Jean-François Lapointe, Sylvie Brunet-Grupposo, Luc Bertin-Hugault, Jennifer Courcier, Virgile Ancely
Benjamin Levy direction, Orchestre de Chambre Pelléas et Jeune Chœur de Paris

Messe en Ut (Wolfgang Amadé Mozart) le 30 mai
Carolyn Sampson, Olivia Vermeulen, Zachary Wilder, Dominik Wörner
Massaki Suzuki direction, Bach Collegium Japan

Rinaldo (Georg Friedrich Haendel) le 05 juin
Jason Bridges, Sandrine Piau, Xavier Sabata, Christopher Lowrey, Tomislav Lavoie, Eve-Maud Hubeaux
Christophe Rousset direction, Kammerorchesterbasel

Samson et Dalila (Camille Saint-Saëns) les 12 et 15 juin
Roberto Alagna, Marie-Nicole Lemieux, Laurent Naouri, Kwangchul Youn, Renaud Delaigue, Loïc Félix, Jérémy Duffau, Yuri Kissin
Bertrand de Billy direction, Orchestre National de France
Chœur de Radio France

Faust (Charles Gounod) le 14 juin
Version inédite de 1859 avec dialogues parlés
Jean-François Borras, Véronique Gens, Juliette Mars, Marie Lenormand, Andrew Foster-Williams, Jean-Sébastien Bou, Guillaume Andrieux
Christophe Rousset direction, Les Talens Lyrique et Chœur de la Radio Flamande
Coproduction Palazzetto Bru Zane

La Cenerentola (Gioacchino Rossini) le 16 juin
Karine Deshayes, Peter Kalman, Cyrille Dubois, Vito Priante, Robert Gleadow, Hasmik Torosyan, Alix Le Saux
Enrique Mazzola direction, Orchestre National d’Ile-de-France et Ensemble Aedes

L’Italiana in Algeri (Gioacchino Rossini) le 22 juin
Marianna Pizzolato, Hasmik Torosyan, Simone Alberghini, Antonino Sigarusa, Roberto De Candia, Cecilia Molinari, Andrea Vincenzo Bonsignore
Michele Mariotti direction, Orchestre et Chœur du Teatro Comunale di Bologna

Roberto Alagna

Roberto Alagna

Les Récitals vocaux :

Magdalena Kozena – Antonio El Pipa -  Baroque espagnol et Flamenco le 29 septembre
Dietrich Henschel - Philippe Herreweghe – Wolf, Mahler, Brahms le 09 octobre
Renée Fleming – Harmut Höll – Brahms, Massenet, Cilea le 10 octobre
Laura Claycomb, Julie Fuchs, Philippe Sly … - Emmanuelle Haïm - Gala Mozart le 13 octobre
Philippe Jaroussky – Ensemble Artaserse – Haendel le 28 octobre
Juan Diego Florez – Gluck, Mozart, Haendel, Rossini le 12 novembre
Rolando Villazon, Ildar Abdrazakov – Gounod, Boito, Bizet, Donizetti le 9 décembre
Franco Fagioli – Haendel, Porpora, Pergolèse le 12 décembre
Andreas Scholl – Bach le 22 décembre
Max Emanuel Cencic – Armonia Atenea – Porpora, Haendel le 15 janvier
Natalie Dessay, Michel Legrand – Between yersteday and tomorrow – le 29 et 30 mars
Sabine Devieilhe, Marianne Crebassa – Emmanuelle Haïm – Haendel le 07 avril
Anna Prohaska – Mozart, Janacek, Brahms, Chostakovitch le 03 mai
Sonya Yoncheva, Marin Yonchev – Verdi le 01 juin
Anna Prohaska – Shakespeare et la musique le 04 juin
Pretty Yende – Haendel, Vivaldi le 13 juin
Maria-José Siri, Francesco Meli – Verdi, Rossini le 23 juin

Théâtre des Champs-Elysées - Saison 2017 / 2018

Concerts (sélection subjective)

Denis Matsuev (piano) – Beethoven, Schumann, Tchaïkovski, Prokofiev le 13 septembre
NDR Radiophilharmonie – Andrew Manze - Alexandre Tharaud (piano) le 16 septembre
Orchestre de chambre de Paris – Fabio Bondi – Vivica Genaux – Sonia Prina le 27 septembre
Wiener Philharmoniker – Zubin Mehta – Brahms, Haydn, Bartok le 05 octobre
Orchestre National de France – Emmanuel Krivine, Stéphane Degout – Mozart, Mahler, Brahms, Schubert le 12 octobre
Orchestre et Chœur du Concert Spirituel –Hervé Niquet – Un Opera Imaginaire le 14 octobre
Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg – Yuri Termikarov, Julia Fischer – Brahms, Tchaïkovski le 08 et 09 novembre
Rotterdams Philharmonisch Orkest – Yannick Nézet-Séguin, Nicholas Angelish – Mozart, Bruckner le 18 décembre
Orchestre National de France – Robin Ticciati, Anna Larsson – Mahler Symphonie n°3 le 18 janvier
Orchestre de Chambre de Paris – Thomas Dausgaard – Bruchner Symphonie n°2 le 19 janvier
London Philharmonic Orchestra – Christoph Eschenbach, David Garret – Tchaikovsky Symphonie n°5 le 12 février
Orchestre Lamoureux – Michel Plasson, Annick Massis, Alexandre Duhamel – Centenaire Debussy le 25 mars
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks – Mariss Jansons – Schumann, Bernstein – le 26 mars
Kit Amstrong (piano) – Bach, Liszt le 09 avril
Philharmonia Orchestra – Esa-Pekka Salonen – Beethoven, Mahler le 17 avril
Rotterdams Philharmonisch Orkest – Yannick Nézet-Séguin, Yuja Wang – Haydn, Rachmaninov, Tchaïkovski le 26 avril
Staatskapelle Dresden – Christian Thielemann, Denis Matsuev – Liszt, Strauss le 29 mai
Orchestre de Chambre de Paris – Christian Zacharias – Rameau, Haydn, Mozart le 20 juin

Première impression sur la saison 2017/2018

Avec un opéra en version scénique, la reprise de Dialogues des Carmélites, et quatre opéras et oratorios en version de concert (La Messe solennelle, Pelléas et Mélisande, Samson et Dalila, Faust), l’Opéra français continue à être relativement bien représenté dans une maison où le répertoire italien est toujours aussi largement prédominant.

Le répertoire du XVIIe siècle est en revanche absent, alors que Jean-Sébastien Bach est représenté par pas moins de quatre oeuvres en versions de concert.

La répartition équitable du répertoire entre XVIIIe et XIXe siècle est préservée, et les soirées d’Attila, avec Dmitri Ulyanov, Alexey Markov, Tatiana Serjan, Daniele Rustioni, de Madame Butterfly, avec Ermonela Jaho, Bryan Hymel, Marie-Nicole Lemieux, Marc Barrard, Mikko Franck, en novembre, de Rinaldo, avec Jason Bridges, Sandrine Piau, Christophe Rousset, et de Samson et Dalila, avec Roberto Alagna, Marie-Nicole Lemieux, Laurent Naouri et Bertrand de Billy, en juin, sont les grands événements lyriques attendus.
 

L'intégralité de la saison, c'est ici.

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Publié le 27 Mars 2017

Wozzeck (Alban Berg)
Représentation du 26 mars 2017
Dutch National Opera - Amsterdam

Wozzeck Christopher Maltman
Le Tambour-Major Frank van Aken
Andrès Jason Bridges 
Le Capitaine/Le Fou Marcel Beekman 
Le Médecin Sir Willard White
Premier compagnon Scott Wilde
Second compagnon Morschi Franz
Marie Eva-Maria Westbroek
Margret Ursula Heisse von den Steinen
Le fils de Marie Jacob Jutte

Direction musicale Marc Albrecht
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Décors et costumes Malgorzata Szczesniak

The Netherlands Philharmonic Orchestra
Nouvelle production

                                                                                      Christopher Maltman (Wozzeck)

Pour la première fois, Krzysztof Warlikowski  remet en scène un opéra qu'il a déjà dirigé à l'Opéra de Varsovie, en 2005, juste avant que ne débute sa phénoménale carrière lyrique en Europe.

Il n'a certes toujours pas abordé au théâtre la pièce de Georg Büchner, Woyzeck, mais après la splendide Lulu de La Monnaie dont il magnifiait le rêve de devenir ballerine, ce retour au premier chef-d’œuvre lyrique d'Alban Berg resserre son emprise tant sur l'univers sonore du musicien que sur les rapports de société sordides et criminels qui traversent ses ouvrages.

Christopher Maltman (Wozzeck), Eva-Maria Westbroek (Marie) et Jacob Jutte (L'enfant)

Christopher Maltman (Wozzeck), Eva-Maria Westbroek (Marie) et Jacob Jutte (L'enfant)

Lulu et Marie, deux femmes prostituées, sont cependant assez différentes dans l'approche de Krzysztof Warlikowski. La première est victime du regard de la société et porte en elle une transcendance, alors que la seconde est sensible au regard de la société et souhaite prendre part au jeu de la représentation sociale – on peut ainsi voir Eva-Maria Westbroek se rêver en star glamour.

Dans son interprétation de Wozzeck, la première chose qui sidère est l’ouverture de l’espace qui repousse loin l’arrière-scène, dégage totalement les zones latérales, et donne donc une impression de vide là où l’on aurait pu attendre un sentiment d’oppression. 

Christopher Maltman (Wozzeck) et Jason Bridges (Andrès)

Christopher Maltman (Wozzeck) et Jason Bridges (Andrès)

Une boule noire mobile en hauteur figure le poids d’une malédiction ou d’un destin malheureux en lieu et place du soleil brillant que décrit le livret à plusieurs reprises, et un plan incliné interdit toute issue possible au militaire. D’ailleurs, rien ne fait référence à ce statut très particulier, Warlikowski ayant choisi une interprétation mentale de sa folie, et donc une immersion dans le monde tel que le perçoit Wozzeck.

Ce monde est fortement stylisé, presque trop esthétisé, et rien n’évoque une condition sociale misérable, sinon la mise à la marge d’une humanité que la société considère comme hors norme. Le désespoir d’Andrès, qui devient travesti à la fin, le sentiment d’exclusion que ressent Margret – à qui Marie fait d’ailleurs une réflexion qui peut paraître antisémite quand elle lui conseille d’amener ses yeux au Juif -, sont des images qui marquent le cours du spectacle.

Ursula Heisse von den Steinen (Margret)

Ursula Heisse von den Steinen (Margret)

L’opéra débute par une fantastique scène de bal dansée par des enfants parfois très jeunes sur une musique romantique jouée au piano, puis sur une musique plus moderne. Ils sont fascinants à regarder et reviendront plus loin, en bleu pour les garçons, en robes roses pour les filles, selon le cliché commun rassurant qui fait du conformisme une condition de la reconnaissance sociale.

L’apparition d’un couple de Mickeys viendra par la suite moquer la pauvreté des références qui servent à conditionner ces enfants.

Wozzeck (Maltman-Westbroek-White-Bridges-Beekman-Warlikowski-Albrecht) Amsterdam

Le fils de Marie, lui, ne danse pas, et est exclu pour cela. Il représente ici le passé de Wozzeck, son enfance, comme son futur triste qui se prolongera à travers la vie du petit garçon. Après la perte de ses parents et l’indifférence affichée par ses camarades, on le voit méticuleusement décomposer la maquette d’un corps humain, réduit à une construction d’organes sans âme. 

Jason Bridges (Andrès)

Jason Bridges (Andrès)

Quant au monde d’adulte, il est aussi représenté sous le masque de la respectabilité, tel le docteur incarné par Sir Willard White, impressionnant d’énergie fauve et féroce, qui joue avec un magnétisme saisissant. 

Le Capitaine de Marcel Beekman est une étrangeté en soi, car son empreinte vocale mordante a des accents éclatants qui tirent vers les ambiguïtés baroques, lui donnant ainsi un relief absolument unique. Sa présence en est obsédante bien après la représentation.

Sir Willard White (Le Docteur)

Sir Willard White (Le Docteur)

Et bien loin de toute image misérabiliste, la Marie d’Eva-Maria Westbroek est une femme d’une puissante attractivité sexuelle, un phénomène scénique qui dépasse toutes les tensions de l’écriture musicale, mais qui est ici employée pour incarner cette force qui souhaite s’épanouir, dans l'oubli total des besoins de son propre fils.  

Avec son beau timbre mozartien, Christopher Maltman, physiquement méconnaissable, se livre très librement au rôle dépressif que lui confie Krzysztof Warlikowski, mais ne peut émouvoir, tant l’irréalité de ce spectacle fort qui se déploie petit à petit nous éloigne de la compassion que l’on devrait ressentir pour sa condition.

C’est donc le rôle de l’enfant, parce qu’il est le seul à rester naturel, qui concentre notre énergie empathique.

 Eva-Maria Westbroek (Marie)

Eva-Maria Westbroek (Marie)

Cette scénographie mentale, qui ouvre totalement l’espace scénique, a pour avantage de libérer les sonorités fabuleusement lyriques de l’orchestre, qui paraissent ainsi soutenues par un courant de basses continues omniprésent, en lequel les cuivres fondent une matière somptueuse et malléable qui raconte tout des enjeux du drame. 

Le Netherlands Philharmonic Orchestra dirigé par Marc Albrecht révèle ici la force d’une musique retentissante qui suggère à la fois une déliquescence et le mystère intime des protagonistes.

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Publié le 26 Mars 2017

Béatrice et Bénédict (Hector Berlioz)
Version de concert du 24 mars 2017
Palais Garnier

Don Pedro François Lis 
Claudio Florian Sempey 
Héro Sabine Devieilhe 
Béatrice Stéphanie d'Oustrac 
Béatrice (rôle parlé) Julie Duchaussoy 
Bénédict Paul Appleby 
Bénédict (rôle parlé) Fitzgerald Berthon 
Ursule Aude Extrémo 
Somarone Laurent Naouri 
Léonato (rôle parlé) Didier Sandre 
Un Prêtre (rôle parlé) Frédéric Merlo

Direction musicale Philippe Jordan
Mise en espace Stephen Taylor                                
           Sabine Devieilhe (Héro)

Béatrice et Bénédict a l'apparence d'une oeuvre légère et raffinée inspirée de Much ado about nothing de William Shakespeare, une oeuvre qui condense en elle-même une fraîcheur mélodique qui manque aujourd'hui au répertoire contemporain. Néanmoins, elle porte en son essence le tragique de la condition humaine, à savoir que l'orgueil et les postures sociales peuvent empêcher deux êtres faits pour se rejoindre de jouir de leur concordance.

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice)

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice)

L'unique soirée programmée par l'Opéra de Paris afin de faire revivre cet opéra composé à la suite des Troyens a, certes, joliment servi son écriture délicate, mais a également laissé un peu trop de place à un jeu ultra conventionnel, au cours des scènes parlées. Peut-être que le choix d'une unique récitante de talent aurait pu suffire à lier avec profondeur les passages vocaux et musicaux de cette histoire qui laisse plutôt songeur.

Le Choeur de l'Opéra National de Paris et son chef, José Luis Basso

Le Choeur de l'Opéra National de Paris et son chef, José Luis Basso

Hormis le recours à cet artifice scénique, le public, venu en nombre au point d' investir les moindres recoins des stalles du Palais Garnier, s'est laissé enjôler par le chant impeccablement soigné d'une distribution exclusivement francophone, si l'on omet le remplaçant de Stanislas de Barbeyrac, le ténor américain Paul Appleby, qui a fait honneur à la douceur de la langue française.

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice)

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice)

Stéphanie d'Oustrac, artiste forte qui aime se mettre en scène, a révélé une Bérénice particulièrement sûre d'elle, au point de rendre une résonance cruelle et vraie au vœu de sa cousine, Héro, de la voir sous un visage plus humain. 
Mais quand on est une mezzo-soprano glamour au caractère incendiaire et indestructible, le beau timbre dense et précieusement patiné ne souhaite pas forcément voir vaciller son intimité.

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice) et Paul Appleby (Bénédict)

Stéphanie d'Oustrac (Béatrice) et Paul Appleby (Bénédict)

Sabine Devieilhe, jouant ce soir l'innocence gentille, se fit confidentielle et tout aussi pure et charmante dans ses airs mélodieux, et son duo avec Aude Extrémo fut comme un rêve de temps suspendu sous les lumières nocturnes de la scène du Palais Garnier.

Laurent Naouri, lui, fit des tonnes de comédies, et Florian Sempey, déjà investi de ses futurs Figaro et Malatesta qu'il incarnera prochainement à l'Opéra de Paris, ne laissa que deviner les tonalités jeunes et séductrices qui colorent son souffle fier.

Laurent Naouri, Sabine Devieilhe et Philippe Jordan

Laurent Naouri, Sabine Devieilhe et Philippe Jordan

Soirée particulière, donc, inscrite dans le cycle Berlioz entamé depuis La Damnation de Faust et livrée aux ornements lissés par la main charmeuse de Philippe Jordan, l'orchestre et le chœur furent ainsi dirigés d'un geste qui préserva la fluidité et l'équilibre de leurs lignes musicales tout au long de la représentation.
 

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Publié le 20 Mars 2017

Trompe-La-Mort (Luca Francesconi – d’après Balzac)
Représentations des 16 et 18 mars 2017
Palais Garnier


Trompe-La-Mort Laurent Naouri
Esther Julie Fuchs
Lucien de Rubempré Cyrille Dubois
Le Baron de Nucingen Marc Labonnette
Asie Ildiko Komlosi
Eugène de Rastignac Philippe Talbot
La Comtesse de Sérisy Béatrice Uria-Monzon
Clotilde de Granlieu Chiara Skerath
Le Marquis de Granville Christian Helmer
Contenson Laurent Alvaro
Peyrade François Piolino
Corentin Rodolphe Briand

Direction musicale Susanna Mälkki
Mise en scène Guy Cassiers                                          
Cyrille Dubois (Lucien)
Création mondiale – Commande de l’Opéra National de Paris 

Inspiré des dernières pages des Illusions perdues et du roman Splendeurs et misères des courtisanes qui suivit, Trompe-La-Mort est la première des trois œuvres lyriques commandées par l’Opéra National de Paris afin de transposer sur scène trois ouvrages majeurs de la littérature française.

A l’avenir, ce cycle se poursuivra au cours de la saison 2018/2019 avec Bérénice, d’après Jean Racine, et Le Soulier de satin, d’après Paul Claudel, pour les saisons suivantes.

Laurent Naouri (Trompe-La-Mort) et Cyrille Dubois (Lucien)

Laurent Naouri (Trompe-La-Mort) et Cyrille Dubois (Lucien)

En confiant à Luca Francesconi l’œuvre d’Honoré de Balzac qui concentre les caractères les plus signifiants de La Comédie Humaine, Stéphane Lissner ne fait que s’en remettre à un artiste qu’il connait bien, puisque le compositeur milanais est le créateur de Quartett, un opéra né sur les planches de la Scala de Milan en 2011, sous la direction de la musicienne finlandaise Susanna Mälkki.

Riche d’une orchestration qui regroupe plus d’une quarantaine de cordes, une quinzaine de bois et une dizaine de cuivres flanqués d’un ensemble de percussions et de timbales partiellement dissimulés dans les baignoires latérales, l’univers sonore qui emplit la boite à bijoux du Palais Garnier dégage une atmosphère mystérieuse et frémissante parcourue de subtils motifs sinistres et sinueux.

Susanna Mälkki et Luca Francesconi lors de la rencontre publique du 18 mars au Palais Garnier

Susanna Mälkki et Luca Francesconi lors de la rencontre publique du 18 mars au Palais Garnier

La musique peut même prendre une dimension intemporelle et sertir d’un halo brillant le premier air d’Esther.

La structure lyrique révèle également des mouvements aussi évocateurs que l’obsédante et surnaturelle ambiance liée au monolithe de 2001 l’Odyssée de l’Espace, la rythmique machinale et primitive du Sacre du printemps, ou bien le volcanisme spectaculaire fait d’un enchevêtrement de percussions lourdes et de cuivres stridents, comme dans les bandes originales de films de science-fiction actuels.

Mais nombre d’attaques à coup de cuivres et de percussions concluent les scènes avec une soudaineté qui vire au systématisme dans la dernière partie, ce qui nuit à l’imprégnation musicale.

Trompe-La-Mort : scène de bal

Trompe-La-Mort : scène de bal

On peut ainsi légitimement se demander si cette ampleur orchestrale et l’absence de mélodie, une caractéristique de la musique contemporaine, est entièrement pertinente pour décrire l’univers des salons mondains du début du XIXe siècle.

La construction dramaturgique qui se tisse sur cette musique expressive fonctionne naturellement pendant les deux-tiers de l’ouvrage, au fur et à mesure que les liens entre les caractères se nouent et trouvent leur sens.

Et la relation de fascination équivoque entre Trompe-la-mort et Lucien, son vecteur social, est ainsi signifiée en douceur.  Mais l’ultime section où la narration l’emporte sur l’action ne tient plus qu’à la présence de Laurent Naouri.

Cyrille Dubois (Lucien)

Cyrille Dubois (Lucien)

La matière des voix, elle, est largement mise en valeur par une écriture incisive, brute et quelque peu répétitive, qui recherche le déploiement des timbres de chacun.

Laurent Naouri, en Vautrin assuré et dominateur, en est le premier bénéficiaire, et sa caractérisation mordante et prégnante, mâtinée de tendresse, est ici incontournable.

Cyrille Dubois, élégamment avantagé par sa coupe de cheveu néoclassique, décrit d'un ton agréable et légèrement bucolique un Lucien intéressé mais sensiblement charmant, dont on comprend la parfaite correspondance avec l’Esther classieuse de Julie Fuchs, digne prédécesseure de Marie Duplessis.

Cyrille Dubois (Lucien) et Laurent Naouri (Trompe-La-Mort)

Cyrille Dubois (Lucien) et Laurent Naouri (Trompe-La-Mort)

Béatrice Uria-Monzon, impayable actrice, tire pleinement parti des passages de la partition les plus atypiques. L'impulsivité de l'écriture lui permet de varier les couleurs, frapper les sons avec une netteté franche, et jouer avec une fantaisie débridée les manières surfaites de La Comtesse de Sérisy.

Par contraste, Ildiko Komlosi développe rondeur et séduction positive, lucide Asie maîtresse du jeu social.

Parmi les multiples rôles secondaires, chacun peut découvrir un personnage qui l’accroche plus que d’autres. A ce titre, François Piolino, l’un des trois espions, démontre une aisance d’autant plus percutante que ses apparitions sont succinctes.

Béatrice Uria-Monzon (La Comtesse de Sérisy)

Béatrice Uria-Monzon (La Comtesse de Sérisy)

Il y a la qualité des interprètes, la force de l’univers balzacien et de ce Paris régi par l’argent et les relations intéressées, mais il y a aussi la scénographie épurée et les multiples plans de la mise en scène de Guy Cassiers.

Différents symboles du Palais Garnier, telles les colonnes torsadées du salon de la danse, lieu de rencontres particulièrement prisé, l’évocatrice salle des machines située en coulisses, ou bien le lustre grandiose, sont diffractés sur des plans verticaux mobiles qui construisent et déconstruisent en fil continu des architectures imaginaires où se glissent les interprètes.

Une scène en hauteur permet également d'isoler les scènes narratives.

Julie Fuchs (Esther)

Julie Fuchs (Esther)

Et même si le Palais Garnier n’excitait pas à l’heure de ces événements, son utilisation à outrance rapproche ainsi les personnages balzaciens des personnages proustiens d’A la recherche du temps perdu. On pense aussi aux personnages décadents du dernier roman d’Olivier Py, Les Parisiens.

On comprend également que le Palais Garnier, lieu de représentations et lieu de La représentation, est la plus belle métaphore du microcosme parisien.

C’est donc cet ensemble fortement interpénétré et soutenu par une Susanna Mälkki impressionnante de concentration, en osmose totale avec l’architecture musicale et la présence des chanteurs sur le plateau, qui donne de la puissance à un spectacle qui nous ramène aux valeurs universelles de la culture française.

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Publié le 14 Mars 2017

Simon Boccanegra (Giuseppe Verdi)
Version de concert du 12 mars 2017
Théâtre des Champs-Elysées

Ludovic Tézier Simon Boccanegra
Amelia Grimaldi Sondra Radvanovsky
Jacopo FiescoVitalji Kowaljow
Gabriele Adorno Ramón Vargas
Paolo Albiani André Heyboer
Pietro Fabio Bonavita 

Direction musicale Pinchas Steinberg
Orchestre Philharmonique et Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo

                                   André Heyboer (Paolo Albiani)

1339, Simon Boccanegra, corsaire au service de Gênes, eut une fille illégitime avec Maria, fille de son ennemi Fiesco.
Mais l’enfant fut enlevée, et Maria retrouvée morte. Simon fut cependant élu Doge par le peuple avec le soutien du conspirateur Paolo Albiani.
Vingt-cinq ans plus tard, Simon Boccanegra se trouve pris dans une intrique complexe : Amelia Grimaldi (qui s’avèrera être la fille du Doge) et Gabriel Adorno s’aiment. Une conspiration redoutable est menée par Paolo Albiani pour pousser les Fieschi et Adorno à se révolter contre Simon, Paolo ne supportant pas que le Doge ne lui ait pas accordé la main d’Amélia.

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) et Vitalji Kowaljow (Jacopo Fiesco)

Ludovic Tézier (Simon Boccanegra) et Vitalji Kowaljow (Jacopo Fiesco)

En ce dimanche soir, il était possible de rester chez soi pour réécouter, par exemple, un de ces grands enregistrements historiques que chérissent les passionnés d’opéras, mais c’était sans compter le Théâtre des Champs-Elysées qui réussit à réunir une équipe artistique exceptionnelle pour interpréter l’un des opéras les plus sombres de Verdi, dans un style qui nous ramènerait presque aux temps des grands mythes de l’Art lyrique.

Sondra Radvanovsky (Amélia Grimaldi)

Sondra Radvanovsky (Amélia Grimaldi)

Pour sa première appropriation du rôle du Doge, Ludovic Tézier se révèle d’une stature inflexible, très concentré sur le dessin vocal d’une netteté qui allie maturité, ampleur et contrastes avec des accents verdiens saillants et tranchants. ‘Trop parfait’, aurait-on envie de dire, une telle tenue lui donne une allure tellement patricienne, qu’elle jure entièrement avec la nature de ce corsaire aux origines plébéiennes.

Il faudra attendre de le voir dans la version scénique prévue à l’opéra Bastille, d’ici 2 ou 3 ans, pour apprécier les dimensions théâtrales de son Simon Boccanegra.

Choeur de l'Opéra de Monte-Carlo

Choeur de l'Opéra de Monte-Carlo

A ses côtés, diva mélodramatique au grand cœur, Sondra Radvanovsky dépeint une Amélia d’une grande sensibilité mais également d’une puissance phénoménale. Elle est toujours parfaitement identifiable aux vibrations très particulières, mais régulières, de son timbre, et à cette noirceur pathétique et malheureuse qu’elle peut subitement transformer en de spectaculaires exclamations aiguës et enflammées qu’elle affine, par la suite, en splendides filets de voix ornementaux et délirants.

André Heyboer n’est pas une découverte puisqu’il a régulièrement pris des rôles secondaires à l’Opéra National de Paris depuis une dizaine d’années. Mais ce soir, la transfiguration de Paolo Albiani qu'il réalise, déterminé, le regard noir, les troubles perceptibles dans la voix, est un grand moment d’accaparation totale d’une âme en perdition.

Vitalji Kowaljow (Jacopo Fiesco)

Vitalji Kowaljow (Jacopo Fiesco)

Et la grande surprise survient sans aucun doute de l’incarnation glaçante de Jacopo Fiesco par la basse ukrainienne Vitalji Kowaljow, qui a toutes les dimensions impériales d’un Philippe II. L’urgence, le poids de la situation qui étrangle les émotions, la figure de l’autorité figée et conservatrice, tout s’entend dans une voix aux portes de l'outre-tombe qui sent la peur du pouvoir vacillant.

Quant à Ramón Vargas, toujours aussi latin d'expressions généreuses qui traduisent l’âme en peine de Gabriele Adorno, il arrive systématiquement, malgré la dissolution du spectre aigu, à faire entendre sa vibration traverser le souffle d’un chœur surpuissant.

Son rôle est moins important que ses principaux partenaires, néanmoins, Fabio Bonavita détaille les lignes apeurées qui permettent à Pietro d’exister, ce qui n’est habituellement pas flagrant.

Ramon Vargas (Gabriele Adorno)

Ramon Vargas (Gabriele Adorno)

Et ce cast formidablement investi, au point de nous interroger sur ce qui, dans notre perception, nous fait sentir, même de loin, que tous les chanteurs dépassent la simple réalisation d’un travail professionnel, est emporté par un orchestre survolté, éclatant de cuivres, énergique sans sacrifier à la rondeur du son, et Pinchas Steinberg, du haut de ses 72 ans, affiche encore et toujours la vivacité d’un adolescent éternel. 

On peut, certes, regretter la moindre étendue des langueurs évanescentes wagnériennes que recèle cette musique remaniée avant que Verdi ne reprenne l’architecture de Don Carlos, mais le punch de cette direction sort Simon Boccanegra de l’austérité qu’on lui attache traditionnellement, pour éclairer la violence des ambitions humaines.

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Publié le 12 Mars 2017

Carmen (Georges Bizet)
Représentation du 10 mars 2017
Opéra Bastille

Carmen Clémentine Margaine
Don José Roberto Alagna
Micaela Aleksandra Kurzak
Escamillo Roberto Tagliavini
Frasquita Vannina Santoni
Mercédès Antoinette Dennefeld
Le Dancaïre Boris Grappe
Le Remendado François Rougier
Zuniga François Lis

Direction musicale Bertrand de Billy
Mise en scène Calixto Bieito

Production du Festival Castell de Peralada (1999)

                                                                                                 Aleksandra Kurzak (Micaela)

Peu de spectateurs s’en rendent compte, probablement, mais représenter Carmen à l’Opéra Bastille symbolise, par essence, un acte de popularisation de l’Art lyrique venu que sur le tard à l’Opéra National de Paris.

En effet, alors que l’Opéra de New-York affichait le chef-d’œuvre de Bizet dès les années 1880, Paris ne l’accueillit sur la scène du Palais Garnier qu’à partir de 1959, dans un grand élan d’ouverture au répertoire populaire qui était jusque-là préservé par la salle Favart de l’Opéra-Comique.

L’année d’après, Tosca fit également son apparition sur la scène de l’Opéra.

Depuis, l’Opéra de Paris est ouvert à l’ensemble du répertoire lyrique et étend son emprise sur celui-ci à un rythme qui, pour l’instant, est plus soutenu que les principales maisons internationales.

Clémentine Margaine (Carmen)

Clémentine Margaine (Carmen)

Après 15 ans de mise en scène par Alfredo Arias, et un essai de mise en scène par Yves Beaunesne, en 2012, qui ne fut pas un succès, ne serait-ce que par le tort qu’il créa à la soprano Anna Caterina Antonacci, la production de Calixto Bieito imaginée pour le Festival Castell de Peralada, un petit village catalan situé au sud de Perpignan, fait son entrée sur la scène Bastille après 18 ans de voyage à travers le monde.

En le dépouillant du folklore hispanique habituellement associé à l’imagerie de Carmen, Calixto Bieito transpose l’univers de Mérimée dans une Espagne décadente des années 1970, pour en tirer une satire sociale et montrer sans tabou la violence interne et la puissance sexuelle inhérente qui sont les moteurs essentiels de la vie.

Détailler l’ensemble des facettes et les contradictions de l’héroïne l’intéresse moins que de reconstituer une époque dans son ensemble, cohérente, où les militaires dominent la vie politique et sociale – nous pouvons les voir distribuer de la nourriture au chœur d’enfants -, ce qui correspond à ce que fût l’Espagne franquiste.

Choeur d'enfants

Choeur d'enfants

Le décor repose sur un sol recouvert d'une spirale couleur sable andalou, au centre duquel un mât dresse un drapeau espagnol en berne. L’arrivée d’une Mercédès vient apporter un peu de distraction et de relief scénique au tableau de la taverne de Lillas Pastia, la silhouette du taureau Osborne, symbole commercial espagnol, figure les montagnes des contrebandiers – mais c’est un jeune militaire nu qui s’exhibe à ses pieds au cours d’une danse tauromachique plus poétique qu’érotique -, et, sous des éclairages vifs et lunaires, se conclue l’ultime confrontation entre Carmen et Don José.

La puissance de la lumière renvoie ainsi à l’éblouissante impression du sable du désert, sur lequel se détachent en contre-jour les ombres pathétiques des amants. ‘Duel au soleil’, pourrait-on penser…

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

La vulgarité du comportement brillamment désinhibé des hommes et des femmes présents sur scène sature cependant très vite le spectateur, mais nombre de petites saynètes font sourire, par exemple les selfies de Don José et Micaela qui traduisent le besoin de justification de leur couple, la solitude des personnages secondaires qui se rêvent toreros, ou bien les mimiques de corrida des manutentionnaires qui démontent l’effigie du taureau publicitaire au cours de l’entracte du quatrième acte.

Avec son tempérament sauvage et tonique, ses aigus soudains et saillants, un médium généreux et des inflexions parfois chaotiques, Clémentine Margaine, mezzo-soprano originaire d’une ville à forte personnalité catalane, Narbonne, offre un portrait ample et magnétique de cette femme qui vit librement dans un monde marginal régi par toutes sortes de trafics. 

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

Par un effet galvanisant, l'excès de ce spectacle se prolonge dans l’agressivité noire de sa voix qui la rapproche du volontarisme masculin d'une Lady Macbeth, d’autant plus que ses sentiments sont moins nuancés que dans d’autres lectures.

Pour Roberto Alagna, la première parisienne de cette production ressemble à un rejeu de la première qu’il interpréta à Peralada avec son ex-épouse, Angela Gheorghiu, qui incarnait Micaela, puisque c’est sa nouvelle partenaire dans la vie, Aleksandra Kurzak, qui le rejoint pour cette reprise.

Souffrant, il renvoie une image exemplaire de professionnalisme, malgré la gêne que son timbre altéré occasionne. D’abord prudent, mais avec la même virilité solaire, certes vacillante, qui le rend unique, le chanteur français, conscient de ses limites dans les aigus, dépeint un Don José un peu gauche et neutre, avant de réaliser un superbe dernier acte.

Aleksandra Kurzak (Micaela) et Roberto Alagna (Don José)

Aleksandra Kurzak (Micaela) et Roberto Alagna (Don José)

Il fait alors des faiblesses de ce soir une force interprétative poignante où se mélangent troubles et sentiments passionnels, et réussit en conséquence à achever la représentation sur un effet admiratif splendide.

Ses duos avec Aleksandra Kurzak sont par ailleurs d’une très grande intensité, notamment parce que la soprano polonaise nourrit une sensibilité mature qui va au-delà de ce que le rôle de Micaela, souvent réservé, évoque. On sent une envie de donner une force à leur couple qui égale celle de Rodolfo et Mimi dans La Bohème.

Quant à Roberto Tagliavini, son Escamillo bien chanté ne recherche pas l’abattage scénique, mais les contraintes de Bieito pèsent vraisemblablement sur le rayonnement du personnage.

Dans les petits rôles, Vannina Santoni (Frasquita) et Antoinette Dennefeld (Mercédès) démontrent une complicité réjouissante jusqu’au salut final.

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

Clémentine Margaine (Carmen) et Roberto Alagna (Don José)

Enfin, la ligne orchestrale conduite par Bertrand de Billy privilégie une noirceur austère, sans débordements ou effets ornementaux appuyés de la part des cuivres ou des cordes, et une rythmique vive qui cadence le drame tout en n’évitant pas les décalages dus, notamment, à la forte implication du chœur dans la dramaturgie scénique. Les plus beaux moments surviennent quand le son concentre harmoniques et couleurs des instruments pour donner de la profondeur aux duos. 

Le chœur, lui, est employé dans sa force un peu brute, mais ce sont les enfants qui emportent totalement l’adhésion, pour l’énergie et la vitalité qu’ils dissipent à tout-va, et pour la géniale envolée dans le défilé final interprété tout en rebondissant face à la salle.

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