Lundi 12 mai 2008

Un jeu d'enfant (Théâtre Tallia)

D'après "deux impromptus à loisir" de René de Obaldia

Représentation du 11 mai 2008

 

Avec Elsa Hammane, Olivier Nikolcic, Thomas Villani

Mise en scène Aurélie Schenert-Nardelli

 

Après avoir vu ce spectacle d'une heure et demie, il apparaît que le mode fantaisiste choisi par Aurélie Schenert-Nardelli convient parfaitement bien au récit extravagant de ces deux femmes qui cherchent à donner sens à leur vie autour du "Défunt".

 

Alors il est vrai que la transition avec la deuxième Impromptue, "L'Azote", ne paraît pas évidente.

Mais petit à petit, lorsque l'on prend conscience de son sujet, les inepties de la guerre, il est impossible de ne pas penser à la mise en scène récente de Parsifal par Krzysztof Warlikowski à l'Opéra Bastille.

En effet le deuxième acte se concluait dans une absurdité totale où Parsifal, prenant conscience de sa force après le baiser de Kundry, provoquait en toute innocence la destruction du monde de Klingsor, spectacle insensé se déroulant sous les yeux ahuris d'un enfant.

Dans les deux cas nous y voyons le danger de la glorification d'une certaine virilité par la guerre.

 

Et dans les deux cas également, la dénonciation des "Jeux d'enfants" de ces héros inconscients et de leurs conséquences, s'achève sur la réhabilitation des valeurs d'amour et de tendresse.

 

De ce jeu de masques qui évoque tant Glenn Close se démaquillant lors de la scène finale des "Liaisons dangereuses" (Stephen Frears), Elsa Hammane trouve des expressions du visage réjouissantes et sans cesse variées, tandis que ses deux partenaires masculins,Olivier Nikolcic et Thomas Villani, doivent composer avec des rôles totalement à contre emploi : une femme et une brute épaisse.

 Du drôle sur des sujets graves en somme.

 

En avril et mai 2008, le samedi à 17H00, et le dimanche à 19H30

Réservation théâtre Tallia   

40, rue de la Colonie, Paris   Métro : Tolbiac

par David publié dans : Théâtre/Cinéma
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Samedi 10 mai 2008

Genèse de l’œuvre

 

Après les trois premières représentations de Rigoletto, Verdi retourne à Busseto.

C’est pour lui une épreuve de plus de retrouver sa mère gravement malade. Elle meurt le 30 juin 1851.

 

A la fin de l’année il quitte  Busseto pour Paris avec la Strepponi, façon d’échapper aux médisances qui circulent sur leur compte.

Car son amie est peu acceptée par la population de son village ; aussi écrit-il les paroles suivantes au père de sa défunte femme, Margherita Barezzi : « Vous vivez dans un pays où les gens ont la mauvaise habitude de s’immiscer souvent dans les affaires d’autrui et de désapprouver tout ce qui n’est pas conforme à leur idées …. Une femme habite chez moi. Elle est libre, indépendante, elle aime, comme moi, une vie solitaire qui la mette à l’abri de toute obligation. Ni moi, ni elle ne devons rendre compte de nos actions à qui que ce soit».

 

De son passage dans la capitale française, Verdi laisse l’engagement ferme de composer un opéra en quatre ou cinq actes sur un livret de Scribe pour la fin de l’année 1854 (ce seront « Les Vêpres Siciliennes »).

 

De retour à Busseto en mai 1852, les peines se succèdent ; le vieux père de Verdi tombe gravement malade, et Salvatore Cammarono, chargé de travailler sur le livret du « Trovatore », meurt le 17 juillet 1852. C’est le poète napolitain Leone Emanuele Bardare qui reprend la tâche.

L’ouvrage s’inspire du drame avec lequel Antonio García Gutiérez, poète espagnol eut un grand succès lors de sa parution en 1836.

 

C’est donc dans cette période douloureuse que le compositeur termine dans les moindres détails la musique de l’opéra qui met le mieux en valeur les qualités particulières de son esprit et de son âme.

L’œuvre est voilée de mélancolie et le poids de la solitude dans laquelle il s’enferme y est pour beaucoup.

 

D’abord prévu pour Naples, mais depuis « Luisa Miller » Verdi est définitivement fâché avec la direction du théâtre, « Il Trovatore » est cédé au Théâtre Apollo de la ville de Rome.

 

Puis en août 1852, Louis-Napoléon Bonaparte devenu président de la république nomme Verdi Chevalier de la Légion d’Honneur. C’est son ministre de l’intérieur, Léon Escudier, qui se rend en personne en Italie pour remettre les insignes de l’Ordre.

 

Verdi arrive à Rome pour Noël. Il compte avancer la composition de « La Traviata », un sujet simple qu’il prévoit pour Venise, mais ses rhumatismes le reprennent et il ne peut suivre que difficilement les répétitions.

 

Le soir du 19 janvier 1853, « Le Trouvère » est accueilli triomphalement.

 

Le Trouvère

 

Le 31 mai 1410, Martin Ier l’Humain meurt à Barcelone sans descendance.

Son règne sur le trône d’Aragon est marqué par le Grand Schisme d’Occident.

En effet, depuis 1394 Pedro di Luna, originaire d’Aragon, est le nouveau Pape d’Avignon sous le nom de Benoît XIII en même temps que le Pape Boniface IX s’installe à Rome.

 

L’impossibilité de l’Eglise à résoudre cette bicéphalie pousse la France à soustraire son obédience et à intervenir pour destituer le Pape avignonnais.

Martin d’Aragon intervient alors militairement pour le soutenir, mais Benoît doit fuir en 1403.

 

A la mort du roi, la guerre de succession pour la couronne d’Aragon éclate.

Jacques, comte d’Urgel, semble être le plus légitime successeur, mais Louis Duc d’Anjou et Ferdinand d’Antequera revendiquent eux aussi cette charge.

Pour compliquer les choses, le royaume se divise en plusieurs factions ; notamment les Heredia, ennemis des Urgels, s’opposent aux Luna qui défendent avec ferveur le comte.

 

En 1412, réfugié à Peñíscola, Benoît XIII propose un compromis en réunissant neufs arbitres à Caspe ; sont représentés l’Aragon, Valence et la Catalogne.

Le Pape soutenant Ferdinand, ce dernier est élu à 7 voix contre 2.

Ce choix déclenche la révolte de Jacques d’Urgel, qui est vaincu et tué.

 

Dans Il Trovatore, Manrico est décrit comme un officier de l’Armée d’Urgel et le Comte de Luna décrit comme résident du Palais Royal d’Aljaferia à Saragosse (ici Luna et Urgels sont opposés).

C’est d’ailleurs dans ce Château que Martin Ier fit  transférer le Saint Calice avec le soutien de Benoît XIII.

 

La trame de l’œuvre raconte les amours contrariés de Leonore, Dame d’honneur de la Princesse d’Aragon, et de Manrico, le Trouvère recueilli et élevé par la Gitane Azucena.

 

Le Comte de Luna, courtisan de Leonore, eût un frère qu’une sorcière condamna à mourir encore au berceau.

Brûlée vive, sa fille réussit par vengeance à enlever le bébé.

Peu après, un nourrisson fût trouvé calciné.

 

Devenu le maître de Saragosse, le Comte est maintenant non seulement opposé politiquement à Manrico, mais il est aussi son opposant pour l’amour de Leonore.

 

Au cours d’une scène hallucinante, Azucena révèle à Manrico qu’il n’est pas son vrai fils car c’est elle-même qui jeta son propre fils dans les flammes pensant être celui du vieux Comte (le Père de Luna).

 

Manrico et Leonore se réfugient dans la place forte de Castellor pour s’y marier.

Mais la capture d’Azucena lors du siège du château par le comte de Luna oblige le Trouvère à intervenir. Il est fait prisonnier.

 

De retour à Aljaferia, Leonore rejoint Manrico à la prison et s’empoisonne pour ne pas être liée au Comte.

Furieux, ce dernier ordonne de tuer son amant ; Azucena lui révèle alors que c’est son frère.
 

par David publié dans : Verdi
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Mardi 6 mai 2008

La Fida Ninfa (Vivaldi)

Représentation du 05 mai 2008 (Théâtre des Champs Elysées)


Veronica Cangemi,
Morasto
Sandrine Piau, Licori
Philippe Jaroussky, Osmino
Barbara di Castri, Giunone, Elpina
Topi Lehtipuu, Narete
Lorenzo Regazzo, Eolo, Oralto


Ensemble Matheus

Jean-Christophe Spinosi, direction


C’est avec un sens immense de la nuance, un raffinement proche de la préciosité que Jean Christophe Spinosi et l’ensemble Matheus nous ont installé d’emblée dans un état d’esprit béat.

 

            Veronica Cangemi

 

Il y eut bien sûr les subtiles coloratures de Sandrine Piau, la légèreté des envolées de Topi Lehtipuu, les vocalises à n’en pas finir de Veronica Cangemi, porteuse également d’une intensité dramatique d’une vérité toujours touchante, l’inaltérable candeur de Philippe Jaroussky, mais surtout une présence énigmatique, une âme qui fait corps entre tous les artistes et le public pour aboutir à cette sorte d’enchantement qui laisse chacun encore tout étourdi au sortir du théâtre.


Mystère, mystère, mystère !

par David publié dans : Saison 2007/2008
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Dimanche 4 mai 2008

Genèse de l’œuvre

 

Dans les premiers jours de 1851, Verdi retourne à Busseto et convoque rapidement Francesco Maria Piave.

« Le Roi s’amuse » de Victor Hugo (1832) est, selon le compositeur, le meilleur des arguments qu’il ait eu en main.

Piave assure à Verdi que la censure donnera son autorisation mais Marzari, président de la Fenice, n’est pas du même avis.

Et avec raison : la censure autrichienne, plus insolente que jamais depuis son retour, ne peut tolérer de voir opposer un « vil bouffon » à un roi célèbre (François Ier).

 

Le gouverneur militaire, chevalier de Gorzkowski, donne ainsi l’ordre au Directeur Général de l’Ordre public, Carlo Martello, d’avertir Piave et Verdi qu’il n’acceptera aucune proposition concernant le sujet de « La Maledizione » (titre donné par Verdi).

 

Martello suggère alors quelques adaptations :  plus de Roi mais le Duc de Vendôme,  plus de monarque libertin, plus de malédiction, plus de bossu.

Verdi voit bien qu’ainsi réduit le livret manque de caractère. Martello et Marzari reprennent les discussions avec Verdi et arrivent à un accord où tous les vices sont supportés par le bouffon renommé Rigoletto et qui devient le titre même de l’opéra. Ainsi disparaît dans le titre toute source d’angoisse causée par les injustices des hommes ou bien le destin.

 

Les nouvelles suggestions de Martello vont ainsi dans le sens du drame ce qui fait dire à Verdi que « Les gens seront stupéfaits lorsque l’on saura que nous avons eu comme collaborateur un fonctionnaire de la police ».

 

L’œuvre est enfin prête et créée le 11 mars 1851. Pour la troisième fois (après Ernani et Attila) Venise fait un triomphe à Verdi.

Dans « Rigoletto », Verdi alterne larmes et sourires avec une fougue qu’il n’avait jamais réalisé auparavant.

L’Opéra parcourt l’Italie toute entière puis toute l’Europe. Mais la France devra attendre 6 ans avant que l’ouvrage puisse être monté au Théâtre des Italiens à cause de l’opposition de Victor Hugo.

A propos du quatuor du dernier acte, il déclarera quand même : « Si je pouvais, moi aussi, dans mes drames faire parler en même temps quatre personnages, et que le public perçoive leurs paroles et leurs sentiments, j’obtiendrais le même effet. »

 

Rigoletto

 

Le 22 novembre 1832, Victor Hugo crée « Le Roi s'amuse » à la Comédie Française.

Dès le lendemain, la pièce est interdite. L’écrivain s’élève contre les abus de la censure lors d’un plaidoyer pour la liberté d’expression tenu le 19 décembre devant le tribunal de commerce.

Il argue ainsi que ce même tribunal avait déclaré « illégales » les ordonnances du 25 juillet 1830 de Charles X qui provoquèrent l’insurrection parisienne 3 jours après et démontre point par point l’absence de toute immoralité dans l’oeuvre.

 

La plaidoirie est rapportée dans les Mémoires d’Alexandre Dumas.

Cet épisode ne fait qu’illustrer le combat de près de 50 ans mené par l’auteur pour défendre les œuvres littéraires et l’appartenance à leur auteur.

 

Verdi en sait quelque chose tant il eu de difficultés à présenter Ernani et Rigoletto à Paris même si Victor Hugo avait de la sympathie pour les mouvements nationalistes.

Il s’était d’ailleurs opposé en 1849 à ce que la France soutiennent le retour de Pie IX en Italie.

 

Dans Rigoletto, Verdi conserve toute l’intrigue du Roi s’amuse.

Rigoletto n’a qu’une seule crainte : voir sa fille, Gilda, devenir victime des aventures libertines du Duc De Mantoue.

La malédiction jetée sur lui et le Duc par Monterone n’atteint pas le monarque.

En revanche, Gilda est enlevée ce qui pousse le bossu à se venger en commandant le meurtre de son souverain.

Ce dernier en réchappe, la fille de Rigoletto ayant choisi d’être à sa place la victime de l’assassin.

 

par David publié dans : Verdi
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Lundi 28 avril 2008

Lundi 05 mai 2008 sur Arte à 22H30 (durée 120 mn)

Ibsen: Mabou Mines'Dolhouse
Arte diffuse la Maison de poupée d'Ibsen, dans la version réalisée et mise en scène par Lee Breuer, et l'équipe de la Compagnie New Yorkaise Mabou Mines, événement du Festival d'Automne 2005.

Lundi 12 mai 2008 sur Arte à 22H30 (durée 3H15)

Mozart: Cosi fan tutte
Avec Erin Wall (Firodiligi), Elina Garanca (Dorabella), Barbara Bonney (Despina), Ruggero Raimondi (Don Alfonso)... Mahler Chamber Orchestra, Arnold Schoenberg Chor. Daniel Harding, direction

Samedi 17 mai 2008 sur France 3 à 23H20

L´heure de l´opéra

Jacques Offenbach: La Belle Hélène (à 00H25)
Magazine sur l'opéra. Présenté par Alain Duault

Dimanche 18 mai 2008 sur Arte à 19H00

Sakamoto joue de la musique de films

Lundi 19 mai 2008 sur Arte à 22H30 (durée 52 mn)

Ombres au paradis
L'Exil de Brecht, Schoenberg et Marlène Dietrich aux Etats Unis.

Samedi 24 mai 2008 sur Arte à 22H30

Concours international Reine Elisabeth 2008: Chant
Avec l'Orchestre symphonique de La Monnaie, sous la direction de Kazushi Ono.

Dimanche 25 mai 2008 sur Arte à 19H00

Haendel: Feux d'artifice royaux
Avec Kate Royal (soprano) et Ian Bostridge (ténor), Orchestre baroque de Freiburg, Orchestra of the Age of Enlightenment.

Lundi 26 mai 2008 sur Arte à 22H30 (durée 52 mn)

Isadora Duncan, je n'ai fait que danser ma vie
Documentaire. Réalisé par Elisabeth Kapnist

par David publié dans : TV Lyrique
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Lundi 28 avril 2008

Genèse de l’œuvre

 

Six jours après la création de « Luisa Miller  », Verdi quitte Naples blessé par le comportement de l’administration du théâtre.

 

De retour à Busseto, Verdi engage des pourparlers avec Riccordi pour lui céder la propriété de « Stiffelio » destiné au Grand Théâtre de Trieste.

En même temps, le désir de se mettre au Roi Lear le reprend et de sur croix le président de la Fenice lui demande en mars 1850 d’écrire un nouvel opéra.

 

Dans ces conditions, la musique de « Stiffelio » va être bâtie à la hâte en se calquant sur le modèle de Luisa Miller .

 

Cependant cet opéra est le premier d’une série qui aborde des sujets avec une hardiesse toute nouvelle. Ici un prêtre marié à une femme adultère lui pardonne au final avec la noblesse surhumaine du Christ.

Le sujet est tiré d’une pièce française « Le Pasteur » ou « L’Evangile et le foyer », pièce d’Eugène Bourgeois et Emile Souvestre donnée pour la première fois au Théâtre de la Porte Saint Martin en février 1849.
Et c’est à Francesco Maria Piave que Verdi s’adresse pour en réaliser l’adaptation.

 

Les censures autrichienne et ecclésiastique modifient le livret et surtout la scène finale a destination de laquelle toute l’œuvre est bâtie. Le prêtre devient un ministre d’une principauté allemande, l’église n’en est plus une et l’Evangile n’est plus cité.

 

Le 16 novembre 1850, cet opéra échoue donc prévisiblement à Trieste. Verdi ne fait d’ailleurs aucun effort pour le défendre.

 

Stiffelio

 

Pour la première fois, Verdi met en scène une œuvre en phase avec son temps.

Depuis le retour de Pie IX en juillet 1849, le pouvoir du pape est devenu autoritaire avec un spectaculaire revirement traditionnel.

Cependant ce pouvoir millénaire va s’effriter au cours des deux prochaines décennies.

En 1851, la proclamation du Second Empire en France et l’avènement de Napoléon III seront le déclencheur d’une politique favorable au mouvement des nationalités.

Le Piémont annexera les états Pontificaux en 1860 puis, après le départ des troupes françaises en 1870, inclura Rome dans le Royaume d’Italie.

Quelque part, « Stiffelio » est  une œuvre symbolique des dernières années du pouvoir temporel du Pape par la manière dont elle a été défigurée.

 

L’œuvre se situe en Allemagne au début du XIXième siècle au château du Comte Stankar.

Sa fille, Lina, est mariée à Stiffelio, chef d’une secte protestante.

Certains faits sont rapportés à ce dernier qui, mis en rapport avec la disparition de la bague de sa femme, l’amènent à soupçonner qu’elle le trompe.

Seul Stankar a compris que c’est avec Raffaele.  Hypocrite comme le sera plus tard Germont dans « Traviata », il signifie à Lina de ne rien dire à Stiffelio de peur de voir l’honneur de sa famille terni.

 

Il est même décidé à se débarrasser lui-même de l’amant tandis que celui-ci souhaite partir avec celle qu’il aime.

Stiffelio apprend la vérité et laisse présager qu’il donnera prochainement à l’église un sermon terrible.

Malgré tout il propose à Lina de divorcer; ce qu’elle refuse jusqu’à ce que son père apparaisse souillé par le sang de Raffaele.

Contre toute attente, lors de la dernière scène à l’intérieur de l’église, le prêtre ouvre la Bible et lit, à la surprise de tous, les lignes relatant la femme adultère et appelant au pardon.
 

par David publié dans : Verdi
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Dimanche 20 avril 2008

Mort à Venise (chorégraphie de John Neumeier)
Une danse Macabre librement adaptée de la nouvelle de Thomas Mann
Représentation du 19 avril 2008 (Théâtre du Châtelet)


Ballet de Hambourg
Gustav von Aschenbach           Lloyd Riggins       (Américain)
Tadzio                                     Edvin Revazov     (Ukrainien)
La mère de Tadzio                   Joëlle Boulogne   (Française)
L’ami de Tadzio                      Arsen Megrabian (Arménien)
Frédéric le Grand                    Dario Franconi      (Argentin)

La Barbarina                           Hélène Bouchet    (Française)
Aschenbach Adolescent          Konstantin Tselikov (Ukrainien)

Piano                                      Elizabeth Cooper

 

C’est une chance extraordinaire de pouvoir admirer en vrai ce ballet qu’Arte avait diffusé en 2005 lors d’une captation du Festspielhaus de Baden Baden ; elle est d’autant plus grande que les danseurs principaux sont les mêmes.

 

 

  Loyd Riggins (Aschenbach) et Edvin Revazov (Tadzio)

 

Certes, il ne s’agit plus exactement de la fascination d’un écrivain vieillissant pour la beauté d’un adolescent, dans un monde qui tombe en décrépitude.

Aschenbach, chorégraphe en mal d’inspiration, s’accroche pourtant à son univers conventionnel et rationnel que suggère la musique de Bach.

Nous comprenons bien que le personnage de Frédéric le Grand lui pose problème et étend son emprise sur sa conscience.

Et puis surviennent les premiers accords wagnériens au piano, comme un écho au « Ludwig » de Visconti et aux tourments du Roi de Bavière.

Il y a bien tentative de maîtrise intellectuelle mais le créateur a de plus en plus de mal à résister à ses émotions.

  

 


John Neumeier nous offre alors une magnifique image de l'amour de jeunesse de Gustav à travers un jeune couple vivant, heureux et s’enlaçant au fil des motifs de l’ouverture de Tristan et Isolde avec une étourdissante fraîcheur.

 

Suivant son destin, Aschenbach part pour Venise et arrive à la réception de l’Hôtel du Lido ; élégance et légèreté s’estompent à l’apparition de Tadzio sur les notes du duo d'amour de Tristan.

Edvin Revazov est un bel éphèbe sans doute mais d’une grande force également qui s’exprime à travers une portée qui renverse totalement son admirateur avant de le livrer à la sensualité irrésistible des jeunes hommes jouant sur la plage.

  
 
 
La Bacchanale

 

Mais lorsque le malheureux se laisse aller aux songes, le pouvoir suggestif de la musique de Wagner se manifeste à nouveau par la bacchanale de Tannhäuser et enveloppe les pulsions les plus animales de ses rêves dans une scène d’orgie qui ne lui laisse finalement qu’aversion.

 

 

Vient la tentative de rajeunissement, la rencontre avec les saltimbanques en musiciens de rock macabres et ridicules, puis cette scène où Aschenbach endosse les habits de Frédéric le Grand pour exprimer l’intensité qui liait l’Empereur à son ami Keith sur le thème de la mort d’Isolde fort émouvante au moment de l’enlacement imaginaire avec Tadzio.

 

 

Tout cela mis en scène dans une chorégraphie belle par sa sensibilité, ses traits de joies et de tristesses, la délicatesse du piano d’Elizabeth Cooper, les éclairages subtils, ces danseurs splendides, et le regard pathétique de Loyd Riggins.

 

 

par David publié dans : Saison 2007/2008
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Samedi 19 avril 2008

Le Prisonnier (Luigi Dallapiccola)
Représentation du 15 avril 2008 (Opéra Garnier)

La Madre Rosalind Plowright                       Il Prigioniero Evgeny Nikitin
Il Carceriere, Il Grande Inquisitore Chris Merritt

Direction musicale Lothar Zagrosek
Mise en scène Lluis Pasqual

 

  
Quelques jours seulement après avoir vu « Cabaret » de Bob Fosse, image de la vie indifférente à la montée du nazisme dans les années 30 et aux arrestations politiques, l’Ode à Napoléon d’Arnold  Schönberg pour récitant, piano et quatuor à Cordes nous replonge dans le climat oppressant du film. Surtout représenté de cette manière!
Dale Duessing, travesti en Lisa Minelli, récite son texte devant un rideau de l’Opéra Garnier qui se lève sur le rideau rouge du cabaret accentuant ainsi un sentiment de malaise.
Car il est impossible de ne pas songer aux dernières images du film reflétant les
spectateurs portant les brassards du parti national socialiste.
 

                                                                                                Lothar Zagrosek (l'Ode à Napoléon)

 

Et l’on repense alors que Luigi Dallapiccola fût (de son propre aveu) fasciné par le fascisme en Italie avant qu’il ne prenne conscience de son erreur en 1938, lors de la promulgation des lois antisémites, et adopte une attitude radicalement différente.

 

Il se consacra aussitôt à l'écriture de « Canti di prigionia » puis Il Prigioniero mis en scène
ici à Garnier dans une atmosphère répugnante. Un escalier serpente autour de la cage en rétrécissant pour aboutir sur le vide. Un fond étoilé se découvre quelquefois pour torturer encore plus d’espoir le prisonnier qui acceptera presque sans broncher l’injection létale.
Il y a bien sûr l’humanité d’ Evgeny  Nikitin, la froideur de Chris Merritt , mais qui peut faire mieux que Rosalind Plowright dans les rôles de cauchemars et nous remémorer ainsi la terrible marâtre de Jenufa au Châtelet en 2003 ?

 

Lothar Zagrosek s’éclate « à mort ! » dans cette partition agressive.
Après une heure glauque comme celle là, cela donne envie d’aller parler avec tout le monde.

 

                                                                                                                                     Chris Merritt (l'Inquisiteur)

 
Donc en résumé, nous avons abordé en moins d’un mois les thèmes de la glorification de la souffrance dans Parsifal, de la pauvreté de l’homme sans pouvoir économique dans Wozzeck, de l’homme sans liberté et de l’usage mauvais de la religion dans Il Prigioniero ;  avec quel esprit faut-il alors aborder le Barbier de Séville à présent ?

 

par David publié dans : Saison 2007/2008
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Dimanche 30 mars 2008

Wozzeck (Alban Berg)
Première représentation du 29 mars 2008 (Opéra Bastille)

 
Wozzeck Simon Keenlyside     Marie Angela Denoke

Hauptmann Gerhard Siegel       Tambourmajor Jon Villars

Doktor Roland Bracht              Margret Ursula Hesse von den Steinen

Andres David Kuebler                                  

 
Direct
ion musicale Sylvain Cambreling
Mise en scène Christoph Marthaler

 
L’article Présentation de la nouvelle production de Wozzeck permet une première prise de connaissance avec la pièce.

 
Sylvain Cambreling est quand même un chef extraordinaire. Sa direction dans
La Traviata avait été décriée car elle cassait la beauté « bourgeoise » de l’œuvre pour se plier à une volonté théâtrale.
Avec « Wozzeck » l’impression est tout autre car ce qu’il nous propose est au contraire un magnifique épanouissement musical, une volonté de faire partager les beautés sonores de l’œuvre, de s’effacer derrière cette musique.
Et cela se comprend. Je me souviens qu’il s’était montré plus lyrique qu’explosif dans l’Amour des 3 Oranges. Cela se retrouve avec une force particulière à travers le personnage de Marie dont l’humanité est ici sublimée musicalement.

 

La musique d’Alban Berg est d’ailleurs prenante et crée une sorte de poids au cœur qui de toute façon ne justifie pas d'en faire des tonnes pour oppresser encore plus l’auditeur.
  

 

     Simon Keenlyside (Wozzeck) et Angela Denoke (Marie)

 

Simon Keenlyside se livre à un rôle d’homme obsessionnel qui n’a pas le droit de s’arrêter et cette manière d’y jeter toute son âme est évidente. En plus de la difficulté vocale, c’est un travail sans relâche sur l’expression du visage qui évoque la souffrance, la bonté et la volonté de faire bien les choses, mais aussi une profonde tristesse.

 

Angela Denoke incarne avec cette manière de couvrir légèrement sa voix lorsqu’elle fait appel aux résonances les plus élevées une sorte d’ange désespéré d’où jaillissent parfois des inflexions véristes poignantes. D’ailleurs chacun sera ému par la relation avec son enfant.
 

Il va y avoir aussi beaucoup d' étonnés car Jon Villars est méconnaissable en Tambour Major devenu un voyou de Banlieue très antipathique. Roland Bracht est lui aussi assez marquant en Docteur.
David Kuebler
et Gerhard Siegel m’auront moins accroché.
Hesse von den Steinen en Margret est absolument géniale!

 

Tout se passe donc dans ce quartier de Gand (la caisse de Bière des Moines d’ Orval est d’ailleurs le seul élément qui permet de situer la scène en Belgique), les adultes sont tristes à voir, les enfants affluent et refluent.
A vrai dire,
Marthaler
n’accentue aucunement le sadisme du Docteur ou du Capitaine à l’égard de Wozzeck et réduit même au minimum la violence du meurtre de Marie pour donner toute sa force à la dernière scène avec les enfants.

 

Cette image qui vous prend au cœur suffit à raconter la tragique mécanique de l’exclusion. Nous y retrouvons ce qu'a pu être l'enfance de Wozzeck et nous y imaginons ce que sera l'avenir de son fils et ce qu'il risque de faire.

C'est aussi un appel à la vigilance sur le comportement des jeunes dans leur rapport au plus faible.

 

par David publié dans : Saison 2007/2008
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Dimanche 30 mars 2008

Présentation de la nouvelle production de Wozzeck par Gerard Mortier
Amphithéâtre Bastille le 26 mars 2008
Représentations du 29 mars au 19  avril 2008 à l’Opéra Bastille

 

 

Voir également l'article du Compte rendu de représentation de Wozzeck.


Faire Wozzeck est un moment extraordinaire pour une maison d'opéra car c'est une œuvre qu'il faut à chaque fois défendre.
Il suffit de jeter un œil à la billetterie pour constater que si 30000 places sont déjà parties pour le « Barbier de Séville »,  seules 12000 places sur 7 représentations sont vendues pour ce chef d’œuvre du XXième siècle. Mais il reste 1 mois pour réussir à faire le plein.
D’ailleurs Alban Berg, savait que cette oeuvre faisait peur si bien qu’il entreprit des tournées entières en Europe pour parler de sa pièce.

 

La reconnaissance tardive de Georg Büchner

 

Wozzeck est donc la rencontre du compositeur autrichien et de Georg Büchner.
Très étrangement, Büchner est né en 1813 la même année que Verdi et Wagner. Il est mort très jeune à l'âge de 24 ans mais c'est un grand écrivain que le XIXième siècle a complètement nié et oublié.

C'est seulement en 1879 que pour la première fois un écrivain allemand, Karl Emil Franzos, publie l'intégralité du Woyzeck de Büchner ce qui fut très compliqué puisque l’œuvre est restée inachevée.

 

Un autre de ses chefs d’œuvre, « La Mort de Danton » est joué en 1902 à Berlin, puis à l'occasion du centenaire de la naissance de Büchner en 1913 au Théâtre de la Résidence de Munich, juste avant la première guerre mondiale et sous l'impulsion de Hugo von Hofmannsthal.

Et c’est à Vienne, en 1914, que Woyzeck est pour la première fois montée. Alban Berg voit la pièce et décide tout de suite d’écrire un opéra sur Wozzeck. 

Depuis, le prix Georg-Büchner est devenu la plus grande récompense littéraire d’Allemagne, et en le lisant aujourd'hui l'on comprend pourquoi il ne pouvait pas être compris au XIXième siècle.

 


L’écrivain est né dans une famille très intellectuelle, fils d’un médecin de l'armée de Napoléon (considéré comme « Le Libérateur » à l’époque).
Büchner étudie la médecine également et sa famille, très engagée dans la vie politique, discute beaucoup de la révolution française.
Mais son esprit est d'abord un esprit scientifique, c'est à dire d'analyse, et c'est en sortant de cette analyse qu'il va défendre des thèses.
Sa vie est très simple : elle se joue entre le gymnase de Darmstadt et Strasbourg où il étudie.

 
Après la médecine, ses recherches s’orientent vers la philosophie et plus particulièrement Descartes et Spinoza.

Car sa grande préoccupation est l'existence de Dieu qu'il nie formellement. L’étude de ces deux philosophes n’a donc pour objectif que de mieux les contredire.

Pour comprendre la pensée politique de Büchner, il faut citer la lettre qu’il écrit à ses parents à l’âge de 20 ans le 5 avril 1833 où il explique que le seul moyen de changer le monde est la violence, sinon ceux qui ont le pouvoir ne changeront jamais les lois.

Il est devenu un grand humaniste dans sa pensée mais ses propos étonnent encore aujourd'hui.

Il dit aussi qu’aucune révolution ne peut réussir si elle ne part pas d’un besoin social du peuple et qu’aucune révolution ne peut réussir sur les idées idéologiques.

C'est parce que le peuple a faim que la révolution peut réussir.

Il écrit cela par un grand attachement au peuple, mais il dit aussi qu'une révolution peut réussir sur le fanatisme religieux.
 

De ce petit éclairage sur les idées politiques de Büchner, passons à sa pensée métaphysique.

Pour lui, le sens même de l'œuvre de l'humanité ne doit pas être tourné vers un Paradis que nous ne connaissons pas et où nous espérons recevoir une récompense plus tard, mais doit être concentré sur le réel et la vie d’aujourd'hui.

Il défend cela car par la médecine il est confronté à beaucoup de douleur et de pauvreté.
C’est d’ailleurs par ce constat qu’il ne croit pas en un Dieu qui pourrait accepter cela.
La seule manière avec laquelle l’humain doit s’exprimer est donc la compassion pour l’autre.

 

Il ne croit pas dans un progrès permanent, et là il rejoint Shakespeare, le monde est comme une spirale, c'est-à-dire que les deux chemins vers l’évolution ou bien la régression sont possibles et donc il faut faire attention à chaque acte dans la vie et à ses conséquences.

Büchner ne vit pas complètement dans l’athéisme, ses meilleurs amis sont d’ailleurs des théologiens, mais il y a chez lui un fatalisme incroyable car il ne comprend pas comment l’homme peut être amené à mentir et à tuer.

 

Enfin, sur le plan esthétique l’écrivain est totalement opposé à Schiller.
Il aime beaucoup Victor Hugo et exploite la Préface de Cromwell.
Pour lui, le théâtre ne doit pas décrire le monde tel qu’il devrait être mais tel qu’il est et pourrait ensuite devenir. Il ne souhaite pas que le théâtre soit l’expression de la beauté idéalisée. 
La beauté c’est oser regarder la réalité du monde puisque si Dieu a créé le monde tel qu’il voulait qu’il soit il n’y a pas de raison de le décrire différemment.
Le théâtre de Schiller est trop idéalisé et risque de nous placer dans un théâtre de rêve bourgeois, alors que c’est en regardant le monde en face que nous pouvons le changer.

 

La rencontre d’Alban Berg et de Georg Büchner

 
Alors pourquoi Alban Berg a-t-il été si ému par la découverte de Woyzeck ?
Alban berg vient d’une famille de fonctionnaires.
Il a vécu toute sa vie à côté du château de Schönbrunn à Vienne.
Garçon très beau, il a à 17 ans une fille avec la servante de la maison, puis se marie avec Hélène Nahowski qui est probablement une fille illégitime de l’Empereur Franz Joseph Ier.
Grâce à elle, il obtient l’indépendance financière pour se consacrer à la composition.
Il va alors tomber en admiration du monde de Büchner qui est un monde totalement différent du sien.
 

Berg a plusieurs idoles : Schoenberg, dont il a été l’élève et pour lequel il fit des réductions piano.
Toujours disponible, il va le suivre dans son nouveau système de composition dodécaphonique.

Il y a également l’écrivain Karl Kraus, très connu à Vienne. Il est le créateur du journal satirique Die Fackel (Le Flambeau) très critique dans un contexte de fin d’Empire Austro-Hongrois. Il y attaque Hofmannsthal et le festival de Salzbourg créé en 1920 par réflexe nationaliste.

Il y a enfin l’architecte Loos,  le premier architecte qui a créé un style totalement nouveau et dépouillé pour Vienne et donc décrié dans son temps.

 

Alors cet homme qui aime vivre dans une grande maison bourgeoise et y inviter beaucoup de gens a aussi une vie secrète.

Il a une liaison avec une artiste, Hanna Fuchs, pour laquelle il écrit La Suite Lyrique pour quatuor à Cordes (1925-1926) comme un « Tristan et Isolde » en miniature.
C’est pour cela qu’Hélène Berg s’est opposée pendant longtemps à ce que le troisième acte de « Lulu » soit orchestré par Friedrich Paul Cerha.
Paris le découvrira en création mondiale au Palais Garnier en 1979.

 

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