Genèse de l’œuvre
Après les trois premières
représentations de Rigoletto, Verdi retourne à Busseto.
C’est pour lui une épreuve
de plus de retrouver sa mère gravement malade. Elle meurt le 30 juin 1851.
A la fin de l’année il
quitte Busseto pour Paris avec la Strepponi, façon d’échapper aux médisances qui circulent sur leur compte.
Car son amie est peu
acceptée par la population de son village ; aussi écrit-il les paroles suivantes au père de sa défunte femme, Margherita Barezzi : « Vous vivez dans un pays où les gens ont
la mauvaise habitude de s’immiscer souvent dans les affaires d’autrui et de désapprouver tout ce qui n’est pas conforme à leur idées …. Une femme habite chez moi. Elle est libre,
indépendante, elle aime, comme moi, une vie solitaire qui la mette à l’abri de toute obligation. Ni moi, ni elle ne devons rendre compte de nos actions à qui que ce
soit».
De son passage dans la
capitale française, Verdi laisse l’engagement ferme de composer un opéra en quatre ou cinq actes sur un livret de Scribe pour la fin de l’année 1854 (ce seront « Les Vêpres
Siciliennes »).
De retour à Busseto en mai
1852, les peines se succèdent ; le vieux père de Verdi tombe gravement malade, et Salvatore Cammarono, chargé de travailler sur le livret du « Trovatore », meurt le 17
juillet 1852. C’est le poète napolitain Leone Emanuele Bardare qui reprend la tâche.
L’ouvrage s’inspire du
drame avec lequel Antonio García Gutiérez, poète espagnol eut un grand succès lors de sa parution en 1836.
C’est donc dans cette
période douloureuse que le compositeur termine dans les moindres détails la musique de l’opéra qui met le mieux en valeur les qualités particulières de son esprit et de son
âme.
L’œuvre est voilée de
mélancolie et le poids de la solitude dans laquelle il s’enferme y est pour beaucoup.
D’abord prévu pour Naples, mais depuis
« Luisa Miller » Verdi est définitivement fâché avec la direction du théâtre, « Il Trovatore » est cédé au Théâtre Apollo de la
ville de Rome.
Puis en août 1852,
Louis-Napoléon Bonaparte devenu président de la république nomme Verdi Chevalier de la Légion d’Honneur. C’est son ministre de l’intérieur, Léon Escudier, qui se rend en personne en
Italie pour remettre les insignes de l’Ordre.
Verdi arrive à Rome pour
Noël. Il compte avancer la composition de « La Traviata », un sujet simple qu’il prévoit pour Venise, mais ses rhumatismes le reprennent et il ne peut suivre que difficilement les
répétitions.
Le soir du 19 janvier
1853, « Le Trouvère » est accueilli triomphalement.
Le
Trouvère
Le 31 mai 1410, Martin
Ier l’Humain meurt à Barcelone sans descendance.
Son règne sur le trône
d’Aragon est marqué par le Grand Schisme d’Occident.
En effet, depuis 1394
Pedro di Luna, originaire d’Aragon, est le nouveau Pape d’Avignon sous le nom de Benoît XIII en même temps que le Pape Boniface IX s’installe à
Rome.
L’impossibilité de
l’Eglise à résoudre cette bicéphalie pousse la France à soustraire son obédience et à intervenir pour destituer le Pape avignonnais.
Martin d’Aragon intervient
alors militairement pour le soutenir, mais Benoît doit fuir en 1403.
A la mort du roi, la
guerre de succession pour la couronne d’Aragon éclate.
Jacques, comte
d’Urgel, semble être le plus légitime successeur, mais Louis Duc d’Anjou et
Ferdinand d’Antequera revendiquent eux aussi cette charge.
Pour compliquer les
choses, le royaume se divise en plusieurs factions ; notamment les Heredia, ennemis des Urgels, s’opposent aux Luna qui défendent avec ferveur le
comte.
En 1412, réfugié
à Peñíscola, Benoît XIII propose un compromis en réunissant neufs arbitres à Caspe ; sont représentés l’Aragon, Valence et la Catalogne.
Le Pape soutenant Ferdinand, ce dernier est élu à 7 voix contre 2.
Ce choix déclenche la révolte de Jacques d’Urgel, qui est vaincu et tué.
Dans Il Trovatore, Manrico est décrit comme un officier de l’Armée d’Urgel et le Comte de Luna décrit
comme résident du Palais Royal d’Aljaferia à Saragosse (ici Luna et Urgels sont opposés).
C’est d’ailleurs dans ce Château que Martin Ier fit transférer le
Saint Calice avec le soutien de Benoît XIII.
La trame de l’œuvre
raconte les amours contrariés de Leonore, Dame d’honneur de la Princesse d’Aragon, et de Manrico, le Trouvère recueilli et élevé par la Gitane
Azucena.
Le Comte de Luna,
courtisan de Leonore, eût un frère qu’une sorcière condamna à mourir encore au berceau.
Brûlée vive, sa fille
réussit par vengeance à enlever le bébé.
Peu après, un nourrisson
fût trouvé calciné.
Devenu le maître de
Saragosse, le Comte est maintenant non seulement opposé politiquement à Manrico, mais il est aussi son opposant pour l’amour de Leonore.
Au cours d’une scène
hallucinante, Azucena révèle à Manrico qu’il n’est pas son vrai fils car c’est elle-même qui jeta son propre fils dans les flammes pensant être celui du vieux Comte (le Père de
Luna).
Manrico et Leonore se
réfugient dans la place forte de Castellor pour s’y marier.
Mais la capture d’Azucena
lors du siège du château par le comte de Luna oblige le Trouvère à intervenir. Il est fait prisonnier.
De retour à Aljaferia,
Leonore rejoint Manrico à la prison et s’empoisonne pour ne pas être liée au Comte.
Furieux, ce dernier
ordonne de tuer son amant ; Azucena lui révèle alors que c’est son frère.