Publié le 24 Mai 2016

Lear (Aribert Reimann)
Représentation du 23 mai 2016
Palais Garnier

König Lear Bo Skovhus
König von Frankreich Gidon Sacks
Herzog von Albany Andreas Scheibner
Herzog von Cornwall Michael Colvin
Graf von Kent Kor-Jan Dusseljee
Graf von Gloster Lauri Vasar
Edgar Andrew Watts
Edmund Andreas Conrad
Goneril Ricarda Merbeth
Regan Erika Sunnegardh
Cordelia Annette Dasch
Narr Ernst Alisch
Bedienter Nicolas Marie
Ritter Lucas Prisor                                                           Annette Dasch (Cordelia)

Direction musicale Fabio Luisi
Mise en scène Calixto Bieito
Nouvelle production

Si l’on souhaite rapprocher le ‘Lear’ d’Aribert Reimann, dans la mise en scène de Calixto Bieito, d’un autre spectacle intégré au répertoire de l’Opéra Garnier, l‘Iphigénie en Tauride’ de Gluck mis en scène par Krzysztof Warlikowski apparaît comme son frère tout aussi monstrueux – ce spectacle sera repris prochainement en décembre 2016.

Car il s’agit encore d’une famille au pouvoir qui se détruit sous le joug de ses ambitions personnelles et de ses désirs, drame où le lien entre un père et sa fille occupe une place centrale.

Iphigénie pardonne à son père, Agamemnon, de l’avoir sacrifiée, comme Cordelia décide de prendre en charge Lear, sans que cela n'évite pour elle la mort.

Andrew Watts (Edgar) et Bo Skovhus (Lear)

Andrew Watts (Edgar) et Bo Skovhus (Lear)

Quelle ambiance dégénérée nous aurions pu avoir cette saison, si ces deux opéras avaient été montés en même temps, et en alternance, à Garnier !

C’est en tout cas une chance de pouvoir découvrir cette version lyrique de ‘Lear’ en langue originale, après les huit représentations données en français en novembre 1982 sur la même scène.

‘Lear’ est en effet un des rares ouvrages contemporains à poursuivre une carrière internationale depuis près de quarante ans.

Il puise ainsi sa force aussi bien dans la violence surgie des caractères dépeints sans mesure par William Shakespeare, que dans une musique qui fait peser un climat opressant et ressentir l’existence prégnante d’insondables mouvements souterrains.

Lear (Skovhus-Merbeth-Sacks-Sunnegardh-Conrad-Luisi-Bieito) Garnier

L’intérêt de cette version lyrique de ‘Lear’ est qu’elle resserre l’essentiel du drame en deux actes, le premier nous faisant suivre l’enlisement du Roi dans sa folie et réfléchir à notre relation au temps et au vieillissement, alors que le second nous entraîne dans un enchaînement de violence et de jouissance malsaine appuyé par une écriture vocale qui peut être aussi bien agressive que sensible.

Calixto Bieito fait donc son entrée à l’Opéra National de Paris avec cet ouvrage peu connu du grand public pour lui imprimer sa marque théâtrale brutale et contraignante pour les corps des chanteurs.

Ricarda Merbeth (Goneril)

Ricarda Merbeth (Goneril)

Et il a la chance de pouvoir travailler avec de grands chanteurs tous habitués à des metteurs en scène non conventionnels, prêts à aller au-delà de ce qu’ils oseraient faire seuls sur scène.

Devant le décor d’une muraille de planches tournées vers le public, il présente et fait intervenir les personnages de la cour de Lear vétus d'habits d’aujourd’hui, en les faisant exister que par eux-mêmes.

Tout amateur de théâtre viscéral, comme celui que l’on peut voir régulièrement au Théâtre de l’Odéon, des Amandiers ou des Gémeaux à Sceaux, ne peut que se sentir dans la continuité des dernières mises en scène de ‘Lear’ qui s’attachent à mettre à nue la douleur et la fureur des êtres.

Annette Dasch (Cordelia)

Annette Dasch (Cordelia)

Stupéfiante Regan d’Erika Sunnegardh qui emprunte à Salomé sa sauvagerie et ses rires diaboliques, vaillante et impériale Ricarda Merbeth qui dresse une détermination qui révèle l’Elektra innée en Goneril, bouleversante humanité de Laurir Vasar qui fait revivre le pathétique d’Amfortas sous les traits de Gloucester une fois ses yeux perdus, timbre d’adolescent mûr d’Andrew Watts pour Edgar, et simplicité éthérée d’Annette Dasch, très habile dans sa théâtralisation du détachement de Cordelia, tous sont un formidable liant humain pour cette interprétation aussi sordide.

Lear (Skovhus-Merbeth-Sacks-Sunnegardh-Conrad-Luisi-Bieito) Garnier

Bo Skovhus, en père rageur mais éploré, a quelque chose d’aussi touchant que l’acteur Philippe Girard qui a joué le rôle de Lear avec Olivier Py. C’est absolument fascinant de voir comment un tel chanteur arrive à faire oublier son métier fondamental pour le dépasser et laisser éclater ses talents d’acteur.

Plus que le déchirement fasse à son incompréhension de Cordelia, il décrit un homme qui se débat pour retrouver une forme de pureté et échapper à sa déliquescence.

Andrew Watts (Edgar) et Lauri Vasar (Gloucester)

Andrew Watts (Edgar) et Lauri Vasar (Gloucester)

Et quand le calme revient, on peut entendre le plus moelleux de son chant et retrouver la lumière de son regard bienveillant.

A partir d’un décor simple, Calixto Bieito fait surgir un bois enchevêtré aux lumières fantastiques traversé d’ombres, dont l’esthétique arrive même à rendre mystérieuse l’arrivée du double de Lear qui va se révéler dans toute sa nudité et la fragilité de son corps âgé.

Annette Dasch (Cordelia) et Bo Skovhus (Lear)

Annette Dasch (Cordelia) et Bo Skovhus (Lear)

La seconde partie pousse les chanteurs à se mettre plus bas que terre, à se dépouiller de leur humanité, et à exalter une violence froide sidérante, mais Bieito offre également sa plus belle image en présentant Annette Dasch soutenant le corps de Bo Skovhus telle la Vierge se lamentant sur le corps du Christ.

On pouvait s’attendre à une résistance du public face à une musique magmatique, mais ce qui est montré de l’humain, sur scène, s’approche tant de ses névroses que l’auditeur ne lâche pas prise.

Aribert Reimann et Calixto Bieito

Aribert Reimann et Calixto Bieito

Fabio Luisi, précautionneux, garde ainsi sous contrôle la folie que la partition peut libérer pour en préserver la souplesse et les reflets sonores, sans chercher à en exacerber sa puissance. 

Véritablement, un ouvrage dont le sujet et la forme ne peuvent qu’attirer à Garnier des spectateurs en quête d’un théâtre qui place l’expression des corps au centre de sa vérité.

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Publié le 16 Mai 2016

Tristan et Isolde (Richard Wagner)
Représentations du 12 & 15 mai 2016
Théâtre des Champs-Elysées

Tristan Torsten Kerl
Isolde Rachel Nicholls
Brangäne Michelle Breedt
Le Roi Marke Steven Humes
Kurwenal Brett Polegato
Melot Andrew Rees
Un Marin Marc Larcher
Un timonier Francis Dudziak

Direction musicale Daniele Gatti
Mise en scène Pierre Audi
Orchestre National de France                                         Rachel Nicholls (Isolde)

Coproduction avec le Stichting Nationale Opera & Ballet-Amsterdam et la Fondazione Teatro dell’Opera di Roma

Depuis la production du 'Ring' de Daniel Mesguish en 1988, plus aucun opéra de Richard Wagner n’avait été monté au Théâtre des Champs Elysées en version scénique, seuls l’Opéra Bastille et le Théâtre du Châtelet ayant, depuis, accueilli nombre de mises en scène des œuvres du compositeur allemand.

C’est donc, pour les plus jeunes wagnériens, la première fois qui leur est donnée d’entendre l’atmosphère de sa musique affleurer la fosse d’orchestre devant une interprétation théâtrale sur cette scène.

Et cette expérience se double d’une interprétation musicale qui est la véritable innovation de ce spectacle.

Rachel Nicholls (Isolde) et Torsten Kerl (Tristan)

Rachel Nicholls (Isolde) et Torsten Kerl (Tristan)

Car Daniele Gatti n’a pas choisi de déployer l’Orchestre National de France de façon à envelopper les auditeurs dans ce flot prenant qui les transporte au-delà même de ce que vivent les personnalités de ce drame, comme l’avait fait Philippe Jordan avec beaucoup d’exubérance à lOpéra de Bavière l’été dernier, mais, au contraire, d’intégrer le discours musical au sens des mots et aux vibrations des corps.

En épousant ainsi la respiration des chanteurs et leurs variations de rythme, notre attention ne se porte donc plus sur nos propres sensations de résonnance au flux orchestral, mais sur le détail de ses sonorités, les magnifiques arabesques des bois, la chatoyance du métal des cordes, les textures plus rêches qui décrivent les instants de solitude, la finesse des tissures vibrantes.

Rachel Nicholls (Isolde) et Michelle Breedt (Brangäne)

Rachel Nicholls (Isolde) et Michelle Breedt (Brangäne)

Wagner n’a plus rien d’illusoire ou d’intimidant, ses silences font sens, et le drame devient terrestre et humain. L’intérêt musical et donc en permanence renouvelé, et le mystère est que l’on ne saisit pas entièrement ce qu’il y a d’inhabituel dans cette façon de ne pas submerger la scène.

Et quand la direction d’acteur de Pierre Audi veut bien accorder le geste sur le sens de la musique, cela donne de furtives images sensibles et touchantes.

Tristan et Isolde (T.Kerl-R.Nicholls-D.Gatti-P.Audi) Champs-Elysées

Dans ce spectacle, il choisit en effet de situer les trois actes dans trois décors qui suggèrent le désenchantement et la mort, de vieilles parois de bronze rouillées par le temps pour le premier, une forêt de troncs courbés évoquant un squelette à demi enterré pour le second, un vieil abris sur une île désolée pour le dernier, dans une ambiance lumineuse de contre-jour qui a le pouvoir pacifiant des lumières de théâtre de Robert Wilson, le célèbre plasticien texan.

Peu signifiant dans les choix de postures qu’il impose à Tristan et Isolde, il met en revanche très bien en valeur les rôles de Brangäne et Kurwenal et leur impuissance à saisir celle et celui qu’ils aiment.

Torsten Kerl (Tristan)

Torsten Kerl (Tristan)

Le Roi Marke, lui, est celui qui perd le plus en stature, car ni Daniele Gatti ne dramatise à outrance son intervention, ni Steven Humes n’idéalise sa douloureuse peine. Le timbre clair, frappant, a en effet des accents vrais et mordants comme si Marke avait perdu son âme, et n’avait conservé que sa hargne.

Andrew Rees (Melot) et Steven Humes (le Roi Marke)

Andrew Rees (Melot) et Steven Humes (le Roi Marke)

Michelle Breedt, en servante d’Isolde, fait aussi une forte impression par l’expressivité dramatique de son chant. Elle est ici bien plus à l’aise que dans la production de Peter Konwitchny à Munich où elle accompagnait Waltraud Meier pour ses adieux au rôle de la fille du Roi d’Irlande.

Son second appel n’est cependant que finement perceptible, mais peut-être est-ce un choix de mise en scène…

Michelle Breedt (Brangäne)

Michelle Breedt (Brangäne)

Brett Polegato, en Kurwenal, a lui aussi une présence accrocheuse, une couleur vocale plus sombre que celle du Roi Marke, mais une même tonalité presque animale qui donne une forte densité théâtrale à son personnage. Il peut être méchant, et pas seulement compatissant.

Les deux rôles principaux sont cependant étonnants par la nature atypique de leur timbre et leur saisissante endurance.

Torsten Kerl (Tristan)

Torsten Kerl (Tristan)

Rachel Nicholls est en effet une Isolde d’une jeunesse totalement inhabituelle. Elle a la vaillance d’une Walkyrie et l’humilité d’une Jeanne d’Arc. Sa voix présente des aspérités froides, mais ses aigus perçants sont sans faille. D’une totale absence de noirceur, elle dépeint une Isolde très ambigüe, absolument pas impériale, qui peut avoir la naïveté d’une Juliette, mais aussi une fermeté de stature.

Rachel Nicholls (Isolde)

Rachel Nicholls (Isolde)

A ses côtés, mais dans un autre monde, Torsten Kerl se départit de sa tenue rigide et conventionnelle du premier acte pour révéler le chanteur que l’on aime en lui, une tendresse placide qui surgit de cette émission homogène et plaintive, et qui se nourrit d’une tessiture sombre et introspective d’où d’insolents aigus adolescents viennent prouver sa force.

Ce qui est très touchant chez ces deux chanteurs, est qu’ils n’ont rien d’impressionnant en apparence, et qu’ils viennent pourtant à bout d’une tension redoutable.

Torsten Kerl, Daniele Gatti et Rachel Nicholls

Torsten Kerl, Daniele Gatti et Rachel Nicholls

Ce spectacle intelligemment construit, très bien inter-pénétré musicalement entre chanteurs et musiciens, et qui valorise le raffinement et l’intimité de l’écriture de Wagner, mérite amplement l’écoute silencieuse et captivée que lui a manifesté un public dont la jeunesse était visible.

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Publié le 14 Mai 2016

L'article qui suit propose de donner un aperçu le plus clair possible de l'évolution du répertoire de l'Opéra de Paris de 1875 à nos jours (saison 2016/2017 de Stéphane Lissner).

Il s'appuye sur les données des sites Memopera et Chronopera qui agrègent les données de la proprammation de l'Opéra de Paris, ainsi que sur les analyses des études 'Le répertoire de l'Opéra de Paris (1671-2009) Analyse et interprétation' réunies par Michel Noiray et Solveig Serre  (Etudes et rencontres de l'école des chartes).

Le répertoire de l’Opéra de Paris de l’inauguration du Palais Garnier (1875) à nos jours

Dès leur arrivée au pouvoir après 1879, les républicains appliquent en France un important programme de réformes afin d’obtenir le ralliement le plus large possible de toutes les catégories sociales.

La question de l’Opéra, dont l’influence théâtrale domine en Europe, se pose, car le symbole luxueux qu’il représente est maintenant confronté à la nécessité de le rendre accessible à tous.

L’inauguration du Palais Garnier, le 05 janvier 1875, soit quatre ans, jour pour jour, avant le basculement du sénat du côté des républicains, a donc l’effet paradoxal de célébrer un bâtiment conçu pour satisfaire le besoin de se montrer de la bourgeoisie parisienne, alors que l’Opéra populaire se développe dans les autres théâtres de la capitale.

L’analyse du répertoire de l’Opéra de Paris depuis 1875 montre ainsi comment le Palais Garnier va d’abord être le théâtre d’une évolution entre tradition et modernité, puis, avec l’ouverture de l’Opéra Bastille en 1989, comment il va s’élargir afin d’atteindre le public le plus large possible.

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

La période 1875-1939

Sur cette période qui couvre 64 ans, 40 ouvrages portent 90% des soirées.

Les grands opéras de Meyerber et Halévy (‘Le Prophète’, ‘L’Africaine’, ‘La Juive’, ‘Robert le diable’) initiés sous la direction du dernier administrateur Louis-Philippard, Louis Désiré Véron (1831-1835), restent longuement à l’affiche jusqu’en 1936.

‘Les Huguenots’, avec 545 représentations, font même partie des cinq premiers titres.

Mais l’un de ceux négligés par Véron, ‘Guillaume Tell’ de Rossini, œuvre originelle du romantisme italien, totalise également plus de 300 représentations.

Auber, lui, a totalement disparu du répertoire depuis le 15 février 1882, date de la dernière représentation de ‘La Muette de Portici’, seul ouvrage du compositeur français donné à Garnier. C'est un signe fort que l’académisme est sur un irréversible déclin.

Les ouvrages français de Reyer, Thomas, Massenet, contemporains de l’époque et appartenant au style du Grand Opéra, ‘Thaïs’, ‘Hamlet’, ‘Sigurd’, ‘Salammbô’, ‘Henry VIII’ et ‘Hérodiade’, sont fortement présents.

Ainsi, jamais le répertoire national n’aura autant été cultivé que dans les années 1920-1940.

En haut du palmarès, le ‘Faust’ de Gounod reste exagérément représenté au rythme de 25 soirées chaque année, suivi de ‘Samson et Dalila’ de Saint-Saëns, avec plus de 10 représentations par an.

Les opéras français côtoient dorénavant les neuf opéras de Richard Wagner présents dans ce classements (dont les 'Maîtres Chanteurs de Nuremberg'), depuis que des mécènes influents militent pour soutenir ses ouvrages ainsi que ceux d’Hector Berlioz (près de 200 représentations pour la ‘Damnation de Faust’ – version remaniée -, et une centaine pour sa version du ‘Freischütz’) auxquels le pouvoir politique résiste.

‘Lohengrin’ est ainsi à la hauteur des 545 représentations des ‘Huguenots’.

Mais l’on voit aussi poindre deux opéras de Richard Strauss, ‘Le Chevalier à la Rose’ et ‘Salomé’, le premier restant l’opéra de ce compositeur le plus interprété à l’Opéra de Paris jusqu’à ce jour.

Un esprit de résistance à l’anti-germanisme souffle parmi les fidèles abonnés, et ‘Boris Godounov’ défend fièrement le répertoire slave.

Entré au répertoire en 1885 et placé en troisième position, le ‘Rigoletto’ de Giuseppe Verdi symbolise le mieux cette ouverture à la modernité alliée à la tradition littéraire française, ‘Le Roi s’amuse’ de Victor Hugo.

Mais, à l'instar d'‘Aïda’, ‘Rigoletto’ sert surtout à combattre Wagner.

Et avec ‘Don Juan’ et ‘La Flûte Enchantée’, Mozart reste le seul compositeur du XVIIIème siècle présent dans la seconde partie de ce classement.

Cette cohabitation entre répertoire et avant-garde, sous le contrôle de l’Etat, est avant tout l’œuvre du directeur le plus talentueux et le plus généreux de cette période, Jacques Rouché.

En parallèle de cette évolution du répertoire qui intègre principalement des œuvres prévues pour un établissement disposant d’un corps de ballet, l’Opéra-Comique reste le véritable lieu de création de la capitale.

‘Carmen’ (1875), 'Cinq-Mars' de Gounod (1877), ‘Les Contes d’Hoffmann’ (1881), ‘Lakmé’ (1883), ‘Manon’ (1884), ‘Le Roi malgré lui’ (1887), ‘Le Roi d’Ys’ (1888), ‘Esclarmonde' (1889), 'Sapho' (1897), 'Cendrillon’ (1899), ‘Louise’ (1900), 'Grisélidis' (1901), ‘Pelléas et Mélisande’ (1902), 'Fortunio' (1907), ‘Ariane et Barbe-Bleue’ (1907), 'Macbeth' de E.Bloch (1910), 'Bérénice' (1911), 'L'Heure espagnole' (1911), ‘Mârouf Savetier du Caire’ (1914) y sont créés, mais Albert Carré monte également les Puccini en versions françaises ‘La Bohème’ (1898), ‘Tosca’ (1903), ‘Madame Butterfly’ (1906), et impose ‘Werther’ (1903).

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

La période 1939-1973

Avec seulement 32 œuvres qui couvrent 90% des soirées, la période d’après-guerre est une période faible.

La moitié du répertoire d’avant-guerre a disparu ( Meyerbeer, Halevy, Massenet – hormis ‘Thaïs’ -, Reyer, Thomas), et Richard Wagner résiste avec ‘Tannhäuser’, ‘Tristan et Isolde’, ‘Lohengrin’ et ‘La Valkyrie’.

Arrivé en 1937, en provenance de l’Opéra-Comique où il est joué depuis 1897, ‘Le Vaisseau Fantôme’ entre au Palais Garnier.

Mais ‘Parsifal’ subit un ostracisme (3 représentations en 1954 uniquement) jusqu’à l’ère Liebermann.

Face au reflux des œuvres du Grand Opéra, oeuvres lourdes à monter par nature, et sous l’influence de la 'Réunion des théâtres lyriques nationaux' créée en 1939, le répertoire de l’Opéra-Comique commence à entrer au Palais Garnier : ‘Ariane et Barbe-Bleue’, ‘Le Roi d’Ys’ – plus de 130 représentations entre 1941 et 1967 - et surtout ‘Tosca’ – près de 150 représentations entre 1960 et 1974 – et ‘Carmen’, avec plus de 360 représentations entre 1959 et 1970. ‘Mârouf Savetier du Caire’, entré dès 1928, poursuit sa carrière jusqu’en 1950.

L’Opéra contemporain, lui, est surtout défendu par ‘Dialogues des carmélites’ de Poulenc, le 21 juin 1957, cinq mois après sa création mondiale à Milan, et par ‘Jeanne au Bûcher’ de Honegger en 1950, 12 ans après sa création à Bâle.

Deux ouvrages de plus de 130 ans connaissent aussi leur moment de gloire au Palais Garnier, ‘Fidelio’ de Beethoven – de 1938 à 1968 -, et ‘Les Indes Galantes’ de Rameau – plus de 280 représentations entre 1952 et 1965.

Cette période correspond également au renforcement des œuvres de Giuseppe Verdi.

‘Aïda’ fait toujours partie des 10 ouvrages les plus représentés, ‘Rigoletto’ – avec près de 470 représentations - succède à ‘Samson et Dalila’ comme challenger de ‘Faust’, suivi par ‘La Traviata’ avec près de 300 représentations. Et ‘Othello’ est maintenant parmi les 20 premiers.

Verdi est d’ailleurs le seul compositeur qui réussit à faire entrer deux de ses compositions apparentées au genre du Grand Opera, ‘Un ballo in maschera’, version musicalement bien supérieure au ‘Gustave III’ d’Auber, et ‘Don Carlos’, en 1963, qui n’avait plus été représenté depuis sa création en 1867 à la salle Le Peletier.

Et si Donizetti voit ‘La Favorite’ emportée par le déclin du Grand Opera, ‘Lucia di Lammermoor’ entre en 1935 au répertoire, pour ne plus le quitter.

Quant à Richard Strauss, sa présence est constante avec ‘Le Chevalier à la Rose’ et ‘Salomé’, alors que ‘La Flûte Enchantée’ de Wolfgang Amadé Mozart rejoint les dix premiers ouvrages.

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

Le répertoire de l'Opéra de Paris depuis 1875. Classement des oeuvres jouées au moins un soir par an, en moyenne.

La période 1973 à nos jours

Avec l’arrivée en 1973 de Rolf Liebermann à la tête de l’institution, l’Opéra de Paris connaît un renouveau spectaculaire. Les œuvres sont pour la plupart interprétées en langue originale, les grandes voix et des metteurs en scène novateurs sont invités au Palais Garnier, et la part du répertoire national passe de 50% à 15%.

L’Opéra-Comique est ensuite temporairement intégré au Théâtre National de l’Opéra, de 1978 à 1989, jusqu’à l’inauguration de l’Opéra Bastille, qui parachève l’œuvre d’ouverture au public le plus large possible dont Hugues Gall sera le directeur majeur.

Sur cette période de 44 ans, 52 opéras portent seulement 60% des soirées, ce qui témoigne de cette diversité.

C’est l’avènement de Mozart et de Puccini (20% des œuvres jouées à eux deux), eux qui ne représentaient que 2% du répertoire jusqu’à la fin des années 1960.

‘Les Noces de Figaro’ (plus de 200 représentations), créée dans la mise en scène de Giorgio Strehler, détrône ‘Faust’, qui n’est plus représenté qu'au rythme de trois soirs par an, en moyenne.

‘Die Zauberflôte’, ‘Don Giovanni’ et ‘Cosi fan Tutte’ font désormais partie des 10 opéras les plus joués, et 'Idomeneo' et ‘La Clémence de Titus’ se situent parmi les 30 premiers, une surprise, pour ces deux œuvres de Mozart les plus sérieuses, due à Gerard Mortier (2004-2009) qui a joué tous ces opéras avec de nouvelles productions.

‘La Bohème’, jouée presque autant de fois que ‘Les Noces de Figaro’, devient l’autre symbole de la popularisation de l’Opéra de Paris, et ‘Madame Butterfly’ dépasse ‘La Traviata’, relativement sous-jouée sur la scène parisienne.

Giuseppe Verdi, lui, maintient sa présence à hauteur de 10% du répertoire, mais ‘Rigoletto’, son opéra le plus joué grâce à Hugues Gall et Stéphane Lissner, a retrouvé un rythme de production plus équilibré.

‘Il Trovatore’, ‘Simon Boccanegra’, ‘Macbeth’ suivent alors les traces de ‘Don Carlo’ et d'‘Un Ballo in maschera’.

Mais ‘Aïda’, l’un des symboles de la lutte contre Wagner, ne fait plus partie des 50 premiers titres malgré son retour en 2013, dans la production d'Olivier Py, après 55 ans d’absence.

L’intégration du répertoire de l’Opéra-Comique se poursuit également avec ‘Les Contes d’Hoffmann’ et ‘Manon’, en 1974, ‘Pelléas et Mélisande’, en 1977, et ‘Werther’ en 1978.

Mais les œuvres françaises remaniées pour l’Opéra de Paris, ‘Samson et Dalila’, ‘La Damnation de Faust’, ‘Thaïs’ et ‘Roméo et Juliette’ déclinent durablement.

Gioacchino Rossini, dans sa verve légère, prend sa pleine place à l’Opéra de Paris grâce au ‘Barbier de Séville’, à Bastille, et à ‘La Cenerentola’, à Garnier’.

L’’Elektra’ de Richard Strauss, elle, rejoint grâce à Liebermann ‘Der Rosenkavalier’ parmi ses œuvres les plus jouées.

Cette période marque cependant la chute de Richard Wagner qui ne représente pas plus de 5% des représentations.

Plus aucune de ses œuvres ne se trouve parmi les 20 premiers, et ‘Der Fliegende Holländer’ devient son ouvrage phare, juste devant ‘Parsifal’, qui est de retour grâce aux productions d’August Everding, Graham Vick, et Krzysztof Warlikowski.

'Tristan et Isolde', joué pendant 3 saisons entre 2004 et 2009, doit beaucoup à la production de Bill Viola et Peter Sellars présentée par Gerard Mortier.

Et hormis les représentations de ‘Der Ring des Nibelungen’ données sous le mandat de Nicolas Joel entre 2009 et 2013, une seule œuvre du compositeur allemand est jouée par an, en moyenne.

S’il ne subsiste plus grand-chose du Grand Opera, en revanche, les compositeurs du XVIIIème siècle autres que Mozart trouvent définitivement leur place, Rameau (‘Platée), Haendel (‘Giulio Cesare’) et Glück (‘Orphée et Eurydice’ et ‘Iphigénie en Tauride’).

La création contemporaine ne s’installe cependant pas durablement, et ‘Wozzeck’ de Berg, ‘Katia Kabanova’ de Janacek et ‘Ariane à Naxos’ de Strauss, œuvres du XXème siècle entrées sur le tard à l’Opéra de Paris, ne franchissent pas le seuil des 40 premières oeuvres, mais doivent leur présence dans ce classement à Gerard Mortier.

Enfin, Tchaïkovski, avec ‘La Dame de Pique’ et ‘Eugène Onéguine’, a rejoint ‘Boris Godounov’ pour défendre régulièrement le répertoire slave.

Si 52 ouvrages représentent 60% de la programmation, 163 autres couvrent cependant les 40% restants.

'Norma' de Bellini, 'Le Couronnement de Poppée' de Monteverdi 'L'amour des 3 oranges' de Prokofiev 'L'enfant et les sortilèges' de Maurice Ravel se positionnent autour de la 65ème place, et 'Billy Budd' de Britten autour de la 75ème place.

'Tannhaüser' et 'Les Troyens', ne se situent plus qu'autour de la 95ème place avec 'Lady Macbeth de Mzensk' de Chostakovitch , 'Dialogues des Carmélites' de Poulenc, 'Saint-François d'Assise' de Messian (la seule création contemporaine reprise régulièrement) et 'Peter Grimes' de Britten.

 

En résumé

Ce voyage à travers les 150 dernières années de l’Opéra de Paris montre comment il a su se départir de son aura fastueuse portée par le Grand Opéra et Richard Wagner, pour s’ouvrir au répertoire plus populaire de l’Opéra-Comique.

Il a placé Wolfgang Amadé Mozart en tête des compositeurs les plus joués, et a conforté Giuseppe Verdi comme compositeur invariablement attaché à l’histoire de l’institution parisienne sur cette période.

Mais l’intégration du répertoire international n’est réalisée qu’avec beaucoup de retard à partir des années 1970, si l’on excepte ‘Boris Godounov’, ‘Der Rosenkavalier’ et ‘Salomé’ présents, eux, depuis le début du XXème siècle.

 

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Publié le 13 Mai 2016

Wagner Monologues (Richard Wagner)
Concert du 11 mai 2016

Philharmonie de Paris – Grande Salle

Tristan et Isolde  Prélude
Tristan et Isolde  Monologue du roi Marke
Le Vaisseau fantôme  Monologue du Hollandais
La Walkyrie  Adieux de Wotan et incantation du feu (version réduite)

Matthias Goerne, Baryton
Direction musicale Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris

A la veille de la première représentation de ‘Tristan und Isolde’ au Théâtre des Champs Elysées, l’un des événements lyriques très attendu de la saison parisienne, la montée diffuse et progressive des premiers accords de l’ouverture, ce soir, résonne comme les prémices à une immersion imminente dans l’univers sombre de Richard Wagner.

L’ampleur de la voilure de l’Orchestre de Paris est de suite enveloppante, animée par une houle qui se déroule dans une majesté très féminine, séductrice, mais également sans point d’impact fort. Christoph Eschenbach semble ainsi emporté par un univers imaginaire qui déborde dans l'espace de la salle.

Matthias Goerne - le 11 mai 2016 à la Philharmonie de Paris

Matthias Goerne - le 11 mai 2016 à la Philharmonie de Paris

Et Matthias Goerne, avec sa voix de Wolfram lunaire, fascinant par la souplesse avec laquelle il vit de son corps, décline son arc-en-ciel de nuances du clair vers l'obscur pour incarner des personnages wagnériens bien plus autoritaires que le chevalier de 'Tannhäuser', un capitaine, Le Hollandais, un roi, Marke, et un dieu, Wotan.

Cette interprétation, où direction orchestrale et chant se rejoignent dans un lyrisme dépouillé de toute névrose, se dématérialise et donne ainsi une sensation d’irréalité inhabituelle, amplifiée par l’acoustique de la Philharmonie.

Mais l’on entend également des accents portés par les accords cuivrés du ‘Vaisseau Fantôme’ qui paraissent comme jamais aussi évocateurs de ceux du dragon Fafner dans ‘Siegfried’.

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Publié le 8 Mai 2016

Transit de Mercure devant le soleil, le lundi 09 mai 2016

Lundi 09 mai, de 13h12 à 20h42, heures de Paris, la planète Mercure passe lentement devant le Soleil.

Ce phénomène rare, qui se produit environ quatorze fois par siècle, est visible au moins partiellement par les trois quarts de la planète, et totalement à Paris en 2016.

Mercure, avec son diamètre de 4879 kilomètres, est située, ce jour-là, à 55% de la distance Terre-Soleil, soit 83 millions de kilomètres de la Terre.

Carte du Transit de Mercure devant le Soleil du 09 mai 2016 (http://xjubier.free.fr)

Carte du Transit de Mercure devant le Soleil du 09 mai 2016 (http://xjubier.free.fr)

Son apparence, à la surface du Soleil (1.391.400 km), est alors identique à celle d’un point noir de 1 mm de diamètre sur un disque de 15,7 cm, soit un diamètre apparent 5 fois inférieur à celui de Vénus passant devant notre étoile.

Transit de Vénus devant le Soleil du 08 juin 2004

Transit de Vénus devant le Soleil du 08 juin 2004

Les prochains transits de Mercure auront lieu le 11 novembre 2019 (première partie visible depuis Paris avant le coucher du Soleil), puis le 13 novembre 2032 (visibilité totale à Paris à partir du lever du Soleil).

 

Photographies à venir si les conditions météorologiques le permettent…

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Publié le 4 Mai 2016

Fedora (Umberto Giordano)
Représentation du 03 mai 2016
Teatro di san Carlo di Napoli

La principessa Fedora Romazoff Fiorenza Cedolins
Il conte Loris Ipanov Giuseppe Filianoti
La contessa Olga Sukarev Barbara Bargnesi
De Siriex, diplomatico francese Roberto de Candia

Dimitri, ragazzo / Un piccolo savoiardo Francesca Russo Ermolli
Desiré, domestico del conte Cristiano Olivieri
Il barone Rouvel Gianluca Sorrentino
Cirillo / Boroff, medico John Paul Huckle

Direction musicale Asher Fisch
Mise en scène Lamberto Pugelli (reprise par Salvo Piro)
Choeur et orchestre du Teatro di San Carlo di Napoli       Fiorenza Cedolins (Fedora)

Victorien Sardou est un écrivain français bien connu du monde de l'Art Lyrique puisque l'une de ses pièces, 'Tosca', créée le 24 novembre 1887 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris, a inspiré la composition du plus célèbre opéra de Giacomo Puccini.

'Tosca' signait également la troisième collaboration entre Victorien Sardou et Sarah Bernhardt, collaboration qui avait débuté le 12 décembre 1882 par la création de 'Fedora' au Théâtre du Vaudeville, pièce spécialement dédiée à l'actrice française.

C'est cette pièce, écrite au moment où Umberto Giordano entrait au conservatoire de Naples, qui devint le sujet de l'un des opéras les plus connus du compositeur. 'Fedora' fut ainsi créée à la Scala de Milan le 17 novembre 1898, un peu plus d'un an avant la création de 'Tosca'  à l'Opéra de Rome.

Fiorenza Cedolins (Fedora) et Giuseppe Filianoti (Loris Ipanov)

Fiorenza Cedolins (Fedora) et Giuseppe Filianoti (Loris Ipanov)

'Fedora' s'apparente au genre de la 'Conversation en Musique', et évoque inévitablement l'ultime opéra de Richard Strauss, 'Capriccio', ainsi que 'La Rondine' de Giacomo Puccini. Le deuxième acte, particulièrement, est un enchaînement d'aria et de pièces musicales qui permet à chaque chanteur de briller, comme dans un salon bourgeois d'époque.

Et c'est ainsi que la carrière de Caruso, qui participa à la création milanaise, fut lancée ce jour où il chanta 'Amor ti vieta' devant un public qui dira, plus tard, "Giordano a écrit 'Fedora' et Caruso la fée d'or (l'a fait d'or)".

Le drame de l'ouvrage, lui, est simplement raconté.

Second acte de 'Fedora' à Paris

Second acte de 'Fedora' à Paris

En reprenant 'Fedora', 27 ans après sa dernière apparition sur la scène du Teatro di San Carlo, l'Opéra de Naples rend donc un double hommage au compositeur et à un acteur et directeur scénique, Lamberto Puggelli, disparu en 2013.

La scénographie et la mise en scène conçues pour la Scala de Milan en 1993 avec Mirella Freni et Placido Domingo sont reprises par Salvo Piro, et témoignent du raffinement de Puggelli à faire vivre une multitude de personnages tous richement et élégamment habillés.

Supportant un décor de salon précieusement décoré, tissus bleu profond avec une touche de vert végétale, un large plateau évolue lentement sur fond de lithographies contextualisant les différents lieux sous des éclairages feutrés, Le Palais d'Hiver de Saint-Petersbourg, l'Opéra Garnier, puis, l'Oberland Bernois.

Fiorenza Cedolins (Fedora)

Fiorenza Cedolins (Fedora)

Le tout a un charme certain et l'on retrouve des poses attendues fidèles à l'esprit avec lequel Umberto Giordano souhaitait que ses chanteurs jouent sur scène, mais qui apparaissent dorénavant stéréotypées. 

Ici, les personnages émergent et disparaissent de la scène ou bien se refondent dans le groupe avec une fluidité qui imite l'harmonie musicale de l’œuvre.

Ce spectacle est notamment soutenu par la 'Fondazione Lamberto Puggelli' garante de la préservation de l'intégrité du travail du régisseur milanais.

Fiorenza Cedolins (Fedora)

Fiorenza Cedolins (Fedora)

Vivant le seul rôle présent de bout en bout sur scène, Fiorenza Cedolins se donne à coeur ouvert en suivant une incarnation mélodramatique. Voix vibrante et mature, véritable actrice classique, elle est une interprète idéale de cette princesse amoureuse et violemment sanguine, pour une œuvre et un lieu qui répondent au goût du public italien traditionnel.

Par ailleurs, le vérisme parfois outrancier de la partition ne l'empêche pas de réserver sa plus fine musicalité au dernier acte - des aigus filés sur la pointe des pieds -, quand retenue et sensibilité doivent toutes deux se conjuguer en un unique instant de grâce.

Fiorenza Cedolins (Fedora) et Giuseppe Filianoti (Loris Ipanov)

Fiorenza Cedolins (Fedora) et Giuseppe Filianoti (Loris Ipanov)

Son partenaire, Giuseppe Filianoti, est en passe de lui voler la vedette, car il fait briller Loris Ipanov d'une déclamation chantante et italienne absolument grisante. Le médium est ample, mordant et coloré, le style, celui d'un jeune ténor éploré et entier, et ce n'est pas l'air 'Amor ti vieta', très bien chanté par ailleurs, qui le met le mieux en valeur, sinon son expressivité dramatique.

Certes, il se plie lui aussi au jeu des poses voulu par le metteur en scène de façon un peu trop voyante, mais le plaisir de l'écoute sur-plante l'effet des marques de convention.

Excellent De Siriex, Roberto de Candia a, à la fois, un timbre généreusement tendre et une bonhommie plaisante quand il vante à Olga les mérites de la femme russe, un des grands airs tinté de folklore slave du second acte.

Roberto de Candia (De Siriex) et Barbara Bargnesi (Olga Sukarev)

Roberto de Candia (De Siriex) et Barbara Bargnesi (Olga Sukarev)

Les seconds rôles sont dans l'ensemble bien tenus, mais la tonalité fortement vériste de l'ouvrage semble donner à certains, un ténor en particulier, des envies de lâcher toute bride sur l'expressivité musicale.

Et offerts ainsi à une acoustique merveilleuse et favorable à la dissipation du son dans l'intégralité de la salle, tout en préservant la précision de chaque détail instrumental, ces chanteurs sont dirigés par un chef, Asher Fisch, attentif et précautionneux, véritable maître du tissage d'orfèvre de la texture musicale.

Salle du Teatro San Carlo di Napoli

Salle du Teatro San Carlo di Napoli

La délicate noirceur des cordes de l'orchestre, la tension sans clinquant des percussions, le piqué des vents, forment un alliage nimbé de mystère, et les simples vibrations d'un triangle suffisent à parceller d'un chatoiement enjôleur le voile orchestral.

La magnificence de cette lumière chaleureuse fait ainsi écho à la clarté de la salle du Teatro San Carlo, qui, pendant les entractes, procure au regard la vue apaisante d'un écrin harmonieux, reflet, dans les glaces des loges, des velours rouges et des bois blancs finement recouverts de dorures qui en parent l'entière architecture.

Après une telle qualité musicale, l'empressement avec lequel une partie du public napolitain s'est retirée de la salle lors des saluts n'en est que plus stupéfiant.

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Publié le 1 Mai 2016

Macbeth (Giuseppe Verdi)
Représentation du 30 avril 2016
Théâtre de Bâle (Theater Basel)

Macbeth Vladislav Sulimsky
Banquo Callum Thorpe
Lady Macbeth Katia Pellegrino
Une Dame de Lady Macbeth Agata Wilewska
Macduff Demos Flemotomos
Malcom Rolf Romei
Ein Arzt Andrew Murphy
Ein Diener Macbeths / Mörder Vivian Zatta

Direction musicale Erik Nielsen
Mise en scène Olivier Py                                                  Katia Pellegrino (Lady Macbeth)
Chœur du théâtre de Bâle et Orchestre symphonique de Bâle

Metteur en scène de théâtre ayant représenté nombre d'oeuvres de William Shakespeare avec le concours de ses acteurs fétiches et dans des décors gris-noirs assez simples, Olivier Py est naturellement amené à traduire progressivement sur les scènes lyriques les opéras composés d'après des textes du célèbre écrivain élisabéthain, comme cela a été le cas pour 'Roméo et Juliette' de Charles Gounod et 'Hamlet' d'Ambroise Thomas.

Si l'on y ajoute sa connaissance de l'écriture musicale de Giuseppe Verdi, qu'il a éprouvée à travers ses adaptations de 'La Force du Destin', 'Il Trovatore' et 'Aïda', 'Macbeth' se situe à la croisée de ces deux lignes dramaturgiques.

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Et si aucun des éléments de décors et des coloris utilisés dans la nouvelle production qu'il présente au Théâtre de Bâle, pour seize représentations, ne sont inconnus des connaisseurs de son univers personnel noir, érotique et poétique, certains, comme le sont les bois morts fantomatiques de la forêt de Birnam, restent proches d'une transcription littérale du livret.

Olivier Py joue d'ailleurs beaucoup plus sur la force évocatrice des tableaux qu'il dépeint, que sur la précision et l'expressivité continue du jeu des acteurs, ce qui donne une nette dimension démonstrative à son travail.

Scène du Sabbat des sorcières

Scène du Sabbat des sorcières

Ainsi, l'impact de la scène initiale du Sabbat provient moins de l'exposition des corps nus d'hommes et de femmes morts-vivants, que de la danse des sorcières manipulant un crâne au-dessus de Banquo, un double signe de sa destinée funeste qui sera précipitée par la vanité de Lady Macbeth.

Ces sorcières, jouant dans l'ombre autour de corps morbides, mais bien vivants, tout au long du drame, n'ont de cesse de dissiper cette humeur mortifère qui damne perpétuellement le couple royal.

Dans le premier acte tout est montré, y compris le meurtre de Duncan, allongé nu dans sa baignoire, au creux d'une des six pièces présentées dans toute la verticalité du décor en structures noires ouvert vers la salle.

Callum Thorpe (Banco) et le choeur des sorcières

Callum Thorpe (Banco) et le choeur des sorcières

Malcom, le fils aîné du roi, en est témoin, ce que le livret ne dit pourtant pas, mais n'interdit pas non plus.

Ce petit ajout anodin, prolongé par les pleurs de souffrance du jeune homme sous les murs du palais, pendant que le chœur s'exclame d'horreur, a cependant pour effet de suggérer que le sentiment de révolte est enclenché dès le début du deuxième acte.

A partir de ce moment ci, Olivier Py montre à la fois la montée vers le pouvoir de Macbeth, avec tous ses crimes - l'image d'un charnier expose les visions qui hantent le dictateur après le retour du fantôme de Banquo -, que la montée de la rébellion.

Il en accélère même le tempo, car, habituellement, c'est le meurtre des enfants de Macduff, accompagné ici par une tendre pantomime de retrouvailles entre enfants et parents, signe de l’affection du metteur en scène pour le classicisme grec, qui entraine la réaction du peuple opprimé.

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Or, dès le deuxième acte, les glaces des appartements de Lady Macbeth sont usées et impures, et dès le début du troisième acte, les vitres du palais de Macbeth sont brisées.

L'horreur est à son point culminant, et, une fois le roi de retour dans la forêt de Birnam, les fantômes des victimes, parmi lesquels deux enfants se présentent avec beaucoup de sensibilité et de poésie, viennent s'adresser à Macbeth, ce qui accentue l'émotion de cette scène.

Le fantôme de Banquo, brandissant un miroir vers la salle au moment où Macbeth demande si tous survivront, prend à partie le public.

Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Les symboles inhérents aux pouvoirs policiers et à leurs déclins sont déployés, chiens de traque, immenses drapés à l'effigie du leader, déboulonnage de statue idolâtre, sur fond d'un palais calciné dont ne reste à la toute fin que le squelette de métal.

On pense beaucoup, au cours de ce spectacle, à Bachar El Assad.

Olivier Py ne fait également pas allusion au désir maternel inassouvi de Lady Macbeth, mais lui concède des désirs pour la bonne chair des jeunes hommes, lors de la scène du banquet.

La relation entre Lady Macbeth et Macbeth n'est par ailleurs pas ce qui l'intéresse le plus, sinon l'enjeu politique et les conséquences sur la vie des peuples.

Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

Katia Pellegrino (Lady Macbeth)

La distribution réunie au théâtre de Bâle défend vaillamment cette vision dénuée de toute évocation fantastique, à part le réveil des morts, à commencer par Katia Pellegrino qui a des atouts spectaculaires pour exprimer l'agressivité pénétrante et fulgurante de Lady Macbeth.

Personnalité perçante aux aigus doués de vibrations qui les départissent de toute sensation de dureté, son assurance froide ne laisse place à aucune expression d’affectivité.  

Le timbre est très clair pour un rôle qui comporte nombre de sous-entendus noirs et rauques, et elle a donc recours à une technique personnelle pour enlaidir ses graves moins sonores et lui donner des allures de mégère vindicative.

Cet avantage est cependant moins déterminant dans la grande de scène de somnambulisme, où la voix basse est plus sollicitée pour révéler les noirceurs de l'âme.

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et l'un des fantômes

Vladislav Sulimsky (Macbeth) et l'un des fantômes

Avec une émission elle aussi très claire et semblant partir du haut du crâne pour suivre un souffle héroïque, Vladislav Sulimsky brosse, dés le départ, un portrait très présent de Macbeth, et séduisant de franchise.

Les nuances de caractères se développent au fur et à mesure, mordant, tressaillements, fierté, en même temps que la tension dramatique augmente, pour aboutir à une scène finale - quand Macbeth pense que rien ne peut plus lui résister - chantée dans un intense élan de libération appelant à la victoire.

Il est d’autant mieux mis en valeur dans cette production, que le contraste avec la jeunesse du Banquo de Callum Thorpe a de quoi surprendre au début.

Car sa noirceur de timbre pure, sans trace de vieillissement, est inhabituelle, et son personnage n’évoque donc plus un vieux guerrier endurci.

Olivier Py en profite, en toute innocence, pour lui faire révéler la musculature avantageuse de son beau torse nu dans la seconde scène des sorcières.

Vladislav Sulimsky (Macbeth)

Vladislav Sulimsky (Macbeth)

Et si Demos Flemotomos semble bien discret dans la scène d’affolement à la découverte du meurtre de Duncan, c’est un Macduff princier qui s’extériorise au quatrième acte, dans un chant somptueusement humain et chaleureux.

Les magnifiques reflets du noble timbre d’Agata Wilewska, chanteuse totalement dédiée au théâtre de Bâle, sont comme de petits présents précieux semés sur les chemins du drame.

Pour lier cet ensemble scénique et les enchevêtrements de tableaux parfois complexes, la direction exaltante d’Erik Nielsen insuffle tension et tonicité hédoniste à un orchestre symphonique dont la souplesse est sans doute naturelle.

Limpidité orchestrale, force de caractère des cuivres, brillance et agilité des flûtes, la beauté sonore et la ferveur des musiciens s’apprécient bouche bée.

Quant au chœur, il n’est que mystère de finesse et de nuances. Mais cette beauté, si elle sublime les déplorations du peuple, esthétise tout autant le chant des sorcières que l’on imaginerait plus païen et ricanant.

C’est la version révisée pour Paris en 1865 qui est jouée quasi intégralement, ce soir, sans le ballet central des sorcières, mais avec le ballet des sylphes.

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Publié le 30 Avril 2016

TV-Web Mai 2016 Lyrique et Musique

France2 - France 3 - Arte

Dimanche 01 mai 2016 sur Arte à 18h30
Yehudi Menuhin et Herbert von Karajan

Dimanche 01 mai 2016 sur Arte à 22h50
Le violon du siècle - Daniel Hope

Vendredi 06 mai 2016 sur France 2 à 00h30
Les Joyeuses Commères de Windsor (Nikolai) - Opéra Royal de Wallonie - ms Hermann - dm Zacharias

Hawlata - Luyten - Van Mechelen - Willeit

Dimanche 08 mai 2016 sur France 3 à 00h30
Les Caprices de Marianne (Sauquet) - ms Tomas - dm Schitzler

Markova, Laulan, Nicolas Martin

Dimanche 08 mai 2016 sur Arte à 18h30
Journées européennes de l'opéra

Oeuvres de Verdi, Puccini, Donizetti - dm Korsten

Dimanche 08 mai 2016 sur Arte à 23h45
Ténors mythiques, les héros de la scène lyrique

Vendredi 13 mai 2016 sur France 2 à 00h30
Ciboulette (Hahn) - Opéra de Toulon - ms Fau - dm Equilbey

Fuchs, Lapointe, Behr, Ganizate

Dimanche 15 mai 2016 sur France 3 à 00h30
Madame Butterfly (Puccini) - ms Sivadier - dm Fogliani

Farnocchia, Yarovaya, Vitulskis, Noguera, Piolino

Dimanche 15 mai 2016 sur Arte à 17h40
Eugène Onéguine (Tchaïkovski) scène de la lettre

Der Rosenkavalier (Strauss) - suite
Michael Kaune - dm Eschenbach

Vendredi 20 mai 2016 sur France 2 à 00h30
Idomeneo (Mozart) - ms Michieletto - dm Jacobs

Croft, Arquez, Karthäuser, Petersen, Behr

Dimanche 22 mai 2016 sur Arte à 18h30
Gianni Schicchi (Puccini) - ms Woody Allen - dm Gershon

Domingo, Chuchman, Arwady ...

Vendredi 27 mai 2016 sur France 2 à 00h30
Nuit d'été à Schönbrunn

Katia et Marielle Labèque (piano) - Phil. de Vienne - dm Bychkov

Dimanche 29 mai 2016 sur Arte à 18h30
Concerto n°2 (Rachmaninov) - piano Gerstein - dm Bychkov

Lundi 30 mai 2016 sur Arte à 00h30
Satie's fictions, promenades avec Erik Satie

Lundi 30 mai 2016 sur Arte à 01h30
Tableaux d'une exposition (Moussorgski) - piano Buniatishvili

 

Mezzo et Mezzo HD

Dimanche 01 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Veuve Joyeuse de Lehár avec Renée Fleming au Metropolitan Opera

Mercredi 04 mai 2016 sur Mezzo à 22h00
Les Troyens de Berlioz au Royal Opera House

Vendredi 06 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Roberto Alagna et Elina Garanca chantent Carmen de Bizet au Met de New York

Samedi 07 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
Macbeth de Verdi au Royal Opera House de Londres

Dimanche 08 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Iolanta de Tchaïkovski et Le Château de Barbe-Bleue de Bartók au Metropolitan Opera

Mercredi 11 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
Kent Nagano dirige Boris Godounov de Moussorgski à Munich

Vendredi 13 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Madama Butterfly de Puccini au Metropolitan Opera de New York

Dimanche 15 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Veuve Joyeuse de Lehár avec Renée Fleming au Metropolitan Opera

Mercredi 18 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
Hamlet de Thomas dirigé par Marc Minkowski à la Monnaie de Bruxelles

Vendredi 20 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Roberto Alagna et Elina Garanca chantent Carmen de Bizet au Met de New York

Samedi 21 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
Falstaff de Verdi dirigé par Daniele Gatti à l'Opernhaus de Zurich

Dimanche 22 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Iolanta de Tchaïkovski et Le Château de Barbe-Bleue de Bartók au Metropolitan Opera

Mercredi 25 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
William Christie dirige The Fairy Queen de Purcell à Glyndebourne

Vendredi 27 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Madama Butterfly de Puccini au Metropolitan Opera de New York

Samedi 28 mai 2016 sur Mezzo à 20h30
Roméo et Juliette de Gounod aux Arènes de Vérone

Dimanche 29 mai 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Veuve Joyeuse de Lehár avec Renée Fleming au Metropolitan Opera

 

Web : Opéras en accès libre
Lien direct sur les titres et sur les vidéos

Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)
L'Opera Seria (La Monnaie de Bruxelles)
Un Bal Masqué (Opéra de Munich)

Parsifal (Opéra de Vienne)

Manon Lescaut (Opéra de Lettonie)

Ariane et Barbe-Bleue (Opéra de Strasbourg) jusqu'au 06 mai 2016

Les Caprices de Marianne (Opéra d'Avignon) à partir de mai 2016

La Flûte Enchantée (Festival d'Aix en Provence) jusqu'au 14 mai 2016

Straszny Dwor (Opéra National de Pologne) jusqu'au 18 mai 2016

Mitridate, re di Ponto (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 20 mai 2016

Lucia di Lammermoor (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 26 mai 2016

 

Idomeneo (Théâtre an der Wien) jusqu'au 05 juin 2016

Rocio Marquez à Rio Loco jusqu'au 19 juin 2016

La Damnation de Faust (Opéra National de Paris) jusqu'au 21 juin 2016

La Flûte Enchantée (Den Norske Opera) jusqu'au 30 juin 2016

 

Le Roi Carotte (Opéra de Lyon) jusqu'au 03 juillet 2016

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 06 juillet 2016

Svadba d'Ana Sokolovic (Festival d'Aix en Provence) jusqu'au 10 juillet 2016

Stiffelio (Teatro La Fenice) jusqu'au 25 juillet 2016

Eugène Onéguine (Komisch Oper Berlin) jusqu'au 30 juillet 2016

Lady Macbeth de Mzensk (Opéra de Lyon) jusqu'au 05 août 2016

Carmen (Opéra de Lyon) jusqu'au 11 août 2016

Carmen (Arènes de Vérone) jusqu'au 16 août 2016

Pas sur la bouche (Théâtre de l'Odéon de Marseille) jusqu'au 28 août 2016

La Walkyrie (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 03 septembre 2016

Iolanta/Casse-Noisette (Opéra National de Paris) jusqu'au 25 septembre 2016

Michel Tabachnik  (Opéra de Lyon) jusqu'au 25 septembre 2016

Agrippina  (Theatre an der Wien) jusqu'au 30 septembre 2016

Le Médecin malgré lui  (Théâtre de Genève) jusqu'au 18 octobre 2016

Le Barbier de Séville (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 23 octobre 2016

Lucio Silla (Philharmonie de Paris) jusqu'au 24 octobre 2016

Lucia di Lammermoor (Grand Théâtre d'Avignon) jusqu'au 27 octobre 2016

Rigoletto (Opéra National de Paris) jusqu'au 02 novembre 2016

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

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Publié le 26 Avril 2016

Parsifal (Richard Wagner)
Représentation du 24 avril 2016
Teatro Real de Madrid

Amfortas Detlef Roth
Titurel Ante Jerkunica
Gurnemanz Franz-Josef Selig
Parsifal Klaus Florian Vogt
Klingsor Evgeny Nikitin
Kundry Anja Kampe

Direction musicale Semyon Bychkov
Mise en scène Claus Guth (2011)

                                 Klaus Florian Vogt (Parsifal)

Coproduction Opera de Zurich et Gran Teatre del Liceu de Barcelona

Ce mois-ci, le metteur en scène allemand Claus Guth fait sa première apparition sur deux scènes européennes majeures, l'Opéra National de Paris, avec une nouvelle production de ‘Rigoletto’, et le Teatro Real de Madrid, avec la reprise de sa production de ‘Parsifal’ créée à Zurich en 2011.

Klaus Florian Vogt (Parsifal)

Klaus Florian Vogt (Parsifal)

Remarqué au Festival de Salzbourg lorsque Gerard Mortier lui confia la réalisation scénique de la création mondiale de 'Cronaca del Luogo' (Luciano Berio) en 1999, Claus Guth est devenu un acteur majeur de la théâtralisation de l'Art Lyrique.

Ainsi, cette saison, il est à l'origine de dix productions d'opéras différentes, programmées dans toute l'Europe.

Et sa vision de ‘Parsifal’, largement commentée par les critiques musicales internationales lors de sa première représentation, est l'occasion de découvrir un travail qui s'attache à recréer un univers complexe et refermé sur lui-même, où les rituels servent à donner un sens en l'absence de Dieu.

Franz-Josef Selig (Gurnemanz)

Franz-Josef Selig (Gurnemanz)

Fascinante première image d'un repas de famille où l'on voit Titurel marquer sa préférence pour Amfortas au point de vexer Klingsor, qui va y trouver un motif sérieux de hargne et de vengeance, le flou théâtral de cette image évoque naturellement l'esthétique 'hors du temps' employée par Roméo Castellucci dans nombre de ses oeuvres.

Toute la dramaturgie de Claus Guth se déroule dans une sorte de manoir-sanatorium ravagé par le temps où l'on soigne des blessés de guerre. Sa lourde structure pivotante établie sur deux niveaux permet de passer d'une pièce à l'autre, des jardins d'une cour à une grande salle d'accueil, puis à des pièces resserrées et isolées du reste du monde.

Detlef Roth (Amfortas)

Detlef Roth (Amfortas)

Très travaillés, les effets lumineux créent des ambiances maladives, nocturnes et inquiétantes - la montée à bout de souffle de Titurel vers la chambre d'Amfortas a ses propres parts d'ombre comme dans le château du Comte Dracula -, mais installent également au second acte des ambiances vives et colorées, comme la polychromie de la musique les suggère.

La vidéo, fortement présente, est régulièrement employée pour signifier l'errance, mais prend une tournure plus contextuelle lorsqu'elle projette, sur le décor  de vieilles pierres angoissant, des images de conflits armés et des exodes qu'ils engendrent.

Anja Kampe (Kundry)

Anja Kampe (Kundry)

Claus Guth nous raconte les tentatives désespérées de Titurel pour soigner son fils - Amfortas n'est donc plus un esclave d'une communauté puisqu’il est aimé d’un père-, et souligne le manque d’amour de Klingsor ainsi que l’aspiration de Kundry à la liberté.

Puis, il montre Parsifal observant sans trop comprendre les scènes qui se déroulent sous ses yeux, mais il n’en fait pas un assassin de Klingsor pour autant, puisqu’il réussit à lui soutirer sa lance par la simple puissance de son aura et de son courage.

Quant à la scène du baiser de Kundry, il en fait une expérience de premier baiser de jeunesse qui semble moins déterminante pour le parcours du jeune homme que pour Kundry, scène d’exorcisme qui la pousse à quitter un groupe qui la considère comme un objet.

Klaus Florian Vogt (Parsifal)

Klaus Florian Vogt (Parsifal)

Il n’y a pas remise en question non plus de la progression psychologique du héros, puisque de retour d’un périple harassant, et ayant prouvé son endurance, la mort spectaculairement cérémoniale de Titurel précipite l’élection de Parsifal en chef légitime d’une famille épuisée par ses conflits fratricides, un chef qui a pris les traits et les postures d’un officier nazi.

Cette image nous ramène soudainement à la nouvelle de Thomas Mann, 'La Montagne Magique', qui raconte le parcours initiatique du jeune Hans Castorp pris dans la vie étrange d’un sanatorium, en Suisse, et qui finit par redescendre de la montagne pour se jeter dans la Grande Guerre.

Detlef Roth (Amfortas)

Detlef Roth (Amfortas)

Et l'évocation des années folles, dans la scène des filles fleurs imaginée par Claus Guth, nous situe dans l’entre deux-guerres, quand ‘Parsifal’ rejoignait les aspirations des peuples à l’élection d'un nouveau leader.

Ainsi, c'est à partir de 1914, une fois l'exclusivité de Bayreuth levée, que 'Parsifal' fut joué dans toute l'Europe, dès les premiers jours de cette année prélude à la guerre, à Paris comme à Madrid.

Ante Jerkunica (Titurel)

Ante Jerkunica (Titurel)

L’oeuvre testamentaire de Richard Wagner est en réalité problématique, car son message de paix se heurte à l’utilisation qu’en a fait la propagande national-socialiste pour promouvoir la destinée du peuple allemand.

Claus Guth rappelle de fait, à travers une mise en scène théâtralement forte, l’influence dangereuse de ‘Parsifal’, mais l’enferme aussi dans un passé qui ne permet plus de ramener l’œuvre aux valeurs de notre monde.

Seule l’ultime image de réconciliation entre Klingsor et Amfortas, aussi poignante qu’elle soit dans le contexte d’une relation familiale, reste intemporelle.

Ante Jerkunica (Titurel) et Detlef Roth (Amfortas)

Ante Jerkunica (Titurel) et Detlef Roth (Amfortas)

Pour incarner les six grands personnages de l’ouvrage, hors Dieu, le Teatro Real de Madrid a réuni une distribution wagnérienne éprouvée, puisque tous, hormis Ante Jerkunica, sont passés à plusieurs reprises par le Festival de Bayreuth.

Justement, la basse croate est le véritable mystère de la soirée. Car il y a quelque chose d’incompréhensible à entendre ce formidable chanteur, ténébreux mais également franc de timbre, animé par une inspiration humaine entière et un brillant dans le regard qui humanisent ses volumineuses intonations, et regretter qu’il ne soit pas plus présent sur les grandes scènes internationales.

C’est d’autant plus flagrant que Claus Guth lui donne un rôle au départ très affaibli, mais qui révèle une véritable force de la nature buvant le sang de la vie, et méritant un splendide cercueil laqué, lors de son passage vers l’autre monde.

Evgeny Nikitin (Klingsor)

Evgeny Nikitin (Klingsor)

Evgeny Nikitin, qui fut Klingsor dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski à l’Opéra Bastille en 2008, a toujours la même présence charismatique et menaçante, des intonations fières et séduisantes, et une agressivité terrible à encaisser.

Pourtant, on ressent une légère absence, comme si sa puissance dominatrice avait cédé à une forme de lassitude pour les rôles trop noirs, ou trop caricaturaux.

Mais il est vrai qu’il n’est plus, dans ce spectacle, le maître d’un château, sinon un frère exclu et reclus, séparé la plupart du temps de Kundry, avec laquelle les interactions directes sont rares.

Ante Jerkunica (Titurel) et Detlef Roth (Amfortas)

Ante Jerkunica (Titurel) et Detlef Roth (Amfortas)

Detlef Roth, en Amfortas, est, comme à Bayreuth, dans la production de ‘Parsifal’ par Stefan Herheim, un formidable chanteur torturé et vocalement très clair qui ne ménage aucun effet vériste pour rendre palpable son propre désarroi.

Les expressions de son visage traduisent, comme si elles en étaient le prolongement, la profondeur de cette douleur, complétant ainsi une emprise vocale touchante.

Et l’on ne sait plus que dire, à chacune de ses incarnations, de l’infaillible autorité, parcellée d’intonations caressantes, du Gurnemanz de Franz-Josef Selig. Sérénité des lignes de chant, singularité du caractère vocal, complétude avec sa stature physique bienveillante, il est avec Kwangchul Youn, l’un des deux incontournables baryton-basses wagnériens d’aujourd’hui.

Anja Kampe (Kundry)

Anja Kampe (Kundry)

En Kundry, Anja Kampe surmonte toutes les extrémités d’un rôle qui met surtout en évidence sa capacité à sur-jouer avec plaisir les tensions internes de cette femme si complexe et contradictoire.

Le timbre est sensuel, envoûtant dans le second acte qui lui permet d’en déployer sa chaleur, mais l’on sent chez cette artiste que son don d’elle-même s’extériorise plus qu’il ne sert à détailler une intégrité psychologique. Sa Kundry n’en devient que plus schizophrène.

Klaus Florian Vogt (Parsifal) et les filles fleurs

Klaus Florian Vogt (Parsifal) et les filles fleurs

Fabuleux Lohengrin depuis une décennie, Klaus Florian Vogt a le physique adéquat pour cette production qui idéalise l’image du sauveur allemand, et conserve précieusement la juvénilité d’un timbre enjôleur qui s’est aussi un peu assombri.

Mais Parsifal n’a pas le romantisme de son fils. Il est surtout beaucoup plus charnel et impulsif, impulsivité qui ne permet pas d'arborer l'ampleur vocale inhérente à ce chanteur allemand exceptionnel.

C’est uniquement dans les passages de recueillement qu’il retrouve un charme surnaturel incomparable.

Ainsi, il ne fait pas oublier le bouleversant couple qu’il forme avec Anja Kampe ces dernières années, dans les rôles de Siegmund et Sieglinde ('La Walkyrie') à l’Opéra d'Etat de Bavière.

Anja Kampe (Kundry) et Evgeny Nikitin (Klingsor)

Anja Kampe (Kundry) et Evgeny Nikitin (Klingsor)

Les chœurs du Teatro Real de Madrid sont, eux, charnels et nuancés, plus homogènes chez les hommes, mais les femmes, chez qui l'on distingue plus de disparités vocales, donnent aussi une impression de vie très spontanée.

Tous dirigés par un Semyon Bychkov serein, plus bouddhiste que passionné, l’ambiance musicale varie fortement entre passages chambristes faiblement marqués d’intentions, et de superbes déroulés houleux et gonflés par les cuivres, qui soulèvent une texture orchestrale aux couleurs mates.

Avec plus de cent musiciens dans la fosse, dont une dizaine en renfort, un parterre escamoté pour tous les accueillir, les détails instrumentaux émergent peu, mais les imperfections de certains cuivres s’entendent.

Mais même si par moment le liant semble en défaut, d’autres passages emportent l’entière scène dans un flot orchestral dense et noir.

Cependant, aucune de ces irrégularités ne réapparait au dernier acte, mené en un seul trait par de superbes lignes fluides et des effets de submersions subjuguant.

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Publié le 25 Avril 2016

AOI (un « nôpéra » de Noriko Baba)
Représentation du 22 avril 2016
Maison de la culture du Japon à Paris

Avec Ryoko Aoki (chanteuse et danseuse)

Mise en scène Mié Coquempot, assistée de Jérôme Andrieu

Direction musicale Pierre Roullier
Ensemble 2e2m
                                   Noriko Baba

Partant d'une pièce de Zeami Motokiyo écrite au XIVème siècle, 'Aoi no Ue (Dame Aoi)', le directeur du petit ensemble 2e2m, Pierre Roullier, a proposé à la compositrice Noriko Baba de créer une oeuvre contemporaine qui puisse encore nous toucher aujourd'hui.

La maison de la culture du Japon à Paris accueille donc pour deux soirs la création de ce nôpéra qui croise l'écriture vocale du théâtre traditionnel nô avec des expressions corporelles et musicales plus proches de nous.

Ce spectacle forme ainsi un tout, au cours duquel la chorégraphe et réalisatrice franco-japonaise Mié Coquempot restitue une réalité scénique simple et pathétique au drame d'une femme, Rokujo, dont la jeunesse s'est enfuie en lui ôtant toute capacité à jouir de la valeur de la vie.

Nous voyons donc arriver à travers une allée de cordages la jeune artiste Ryoko Aoki, chantant d'une voix noire, monocorde et presque murmurante, son ressentiment désespéré.

Elle erre parmi les bouteilles vides, évidentes traces d'une tentation de l'oubli, s'affale dans son fauteuil, et semble comme absorbée par un ailleurs irréel.

Ryoko Aoki (Rokujo) - Photo Jean Couturier

Ryoko Aoki (Rokujo) - Photo Jean Couturier

Ryoko Aoki n'est cependant pas une inconnue dans le monde de l'opéra, car elle a participé en octobre 2013 à la nouvelle production de ‘La Conquête du Mexique’ (Wolfgang Rihm) au Teatro Real de Madrid, sous la direction de Gerard Mortier. Elle incarnait, sous l'apparence d'une danseuse, un esprit tentant de rapprocher, en vain, la reine Aztèque Montezuma et le conquistador espagnol Hernan Cortez.

Mais ici, sur l'écran d'un téléviseur situé au sol, près des spectateurs, son visage fin et impassible semble traversé par des ombres passagères, ses idées noires, tandis qu'un autre téléviseur présente les images d'un passé vivant et coloré.

Pour l'auditeur, l'expérience sensorielle prend pleinement sa richesse dans la composition musicale, pour laquelle les sept musiciens bariolés de multiples couleurs mélangent sonorités de violon, flûte et clarinette dans un enchevêtrement de sons étranges qui donnent l'impression d'entendre des chants d'oiseaux.

L'ensemble 2e2m - Photo Jean Couturier

L'ensemble 2e2m - Photo Jean Couturier

Les amateurs d'art lyrique ne manquent cependant pas de reconnaître, à deux reprises, l''introduction du lamento de 'Didon et Enée' (Henry Purcell) ‘When i am laid in Earth’, qui les renvoie aux pleurs nostalgiques de Didon délaissée par Enée, comme l’est Rokujo par Hikaru Genji.

Cette représentation originale du mal de vivre, du vide vers lequel l'âge peut amener une vie qui s'est trop construite sur une dépendance à l'autre, stimule notre imaginaire et évolue en permanence au cours de ce spectacle d'une heure.

Nous nous laissons donc prendre à une expression insolite de la monotonie, et nous réfléchissons à nous-mêmes pour y retrouver nos états-d’âme, avant que la toute dernière scène qui suit la fureur de Rokujo révèle Ryoko Aoki chuchotant sensuellement quelques mots en langue anglo-saxonne.

Les musiciens s'approchent alors d'elle, et l'entourent dans son moment de paix enfin retrouvé.

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