Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018

Publié le 9 Mai 2018

Hector Berlioz travailla sur Benvenuto Cellini dès 1834, mais après le rejet de son projet par l'Opéra-Comique, le livret fut réécrit et accepté en 1835 par l'Opéra. La création eut lieu le 10 septembre 1838 à la salle Le Peletier, et fut un échec retentissant pour la compositeur. Musique audacieuse, livret en partie écrit pour l'Opéra-Comique, déboires lors des répétitions, dramaturgie confuse, les raisons de ce rejet lèvent encore aujourd'hui des interrogations irrésolues.

L’œuvre eut pourtant une seconde chance lorsque Franz Liszt initia le projet de la reprendre et de la diriger à Weimar en 1852. Berlioz accepta de travailler à de nombreuses modifications et aboutit à une version resserrée qui, cette fois, fut un succès.

Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018

Il existe au moins trois versions bien identifiées de Benvenuto Cellini :

On distingue  principalement :

- La version parisienne Paris I en quatre tableaux selon le livret présenté en entrée des répétitions de février 1838
- La version parisienne Paris II en quatre tableaux de la première représentation du 10 septembre 1838
- La version de Weimar en trois actes de novembre 1852

Une version fut aussi créée le 25 juin 1853 au Covent Garden de Londres qui incluait des retouches. Ce fut un échec aussi dur qu'à Paris alors que dans le reste de l'Europe la nouvelle version s'imposa.

Enfin, le 16 février 1856, une version fut jouée à Weimar avec des dialogues parlés à la place des récitatifs.

Le graphique qui suit représente de manière synthétique le découpage en tableaux des 3 principales versions de Benvenuto Cellini (Paris I, Paris II et Weimar), auxquelles est ajoutée celle qu'enregistra  Colin Davis avec l'orchestre de la BBC au Royal Opera House , Covent Garden de Londres en 1972, ainsi que la version que dirigea Philippe Jordan à l'Opéra Bastille en avril 2018.

Cette dernière version est principalement basée sur la version parisienne II de septembre 1838, moyennant plusieurs coupures dont certaines importantes réalisées pour Weimar, mais incorpore également des éléments écrits pour la version Paris I (l'air de Balducci de la scène I) et la version de Weimar (l'introduction orchestrale qui précède le carnaval).

Le fond orange désigne les passages de la version Paris I et non modifiés à la création de version Paris II de septembre 1838
Le fond rose clair désigne les passages de la version Paris I qui disparurent dès la création
Le fond vert désigne les nouveaux passages Paris II créés au cours des répétitions de 1838
Le fond rouge-marron désigne les passages qui furent coupés, ou déplacés, pour la version de Weimar (1852)
Le fond violet désigne les passages totalement nouveaux dans la version de Weimar (1852)
Le fond bleu ciel est utilisé pour les coupures de la version de Bastille 2018

Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018
Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018
Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018
Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018
Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018

La version la plus longue est celle d'entrée en répétition dite Paris I (février 1838)
Elle comprend trois passages qui seront supprimés au cours des répétitions entre février et septembre 1838. Ces passages sont :

- L'air de Balducci 'Ne regardez jamais la Lune' (1er tableau)
- La romance de Teresa 'Ah! que l'amour ...' (1er tableau)
- Un court épisode du ballet des ombres (2d tableau)

Par ailleurs, l'ouverture originale de cette version est plus longue que celle révisée pour  la première représentation.

Durée approximative : 2h50

 

La version parisienne officielle est celle de la première du 10 septembre 1838 (Paris II), en incluant les modifications apportées au cours des représentations jusqu'en 1839.
Les airs supprimés depuis les répétitions sont compensés par l’ajout des passages suivants :

- Ajout de l'air de Teresa 'Entre l'amour et le devoir' (1er tableau)
- Ajout de la romance de Cellini 'Une heure encore' au début du second tableau
- Ajout de l'air d'Ascanio 'Tra, la, la, la ,la la .. mais qu'ai-je donc', au début du quatrième tableau, précédé par un entracte

L'ouverture est par ailleurs révisée, et le Pape est remplacé par un Cardinal.

Durée approximative : 2h40mn

 

La nouvelle version réécrite avec Franz Liszt pour Weimar comprend bon nombre de simplifications notamment dans le quatrième tableau, si bien que la version parisienne en deux actes et quatre tableaux devient à Weimar une version trois actes, le dernier acte regroupant des éléments des deux derniers tableaux.

Par rapport à la version Paris II, les passages suivants furent supprimés :

- L'ensemble de la scène 2 du premier tableau
- Des récitatifs dans la scène 5 du premier tableau
- Un chœur dans la scène 11 du second tableau
- Quelques échanges dans la scène 12 du second tableau
- Des scènes de comédie du dernier tableau

Par ailleurs, certaines scènes, dont l'air d'Ascanio et le chœur des matelots passent au début du tableau 3. De fait, l'entracte précédent l'air d'Ascanio est supprimé.

Les passages suivants furent cependant ajoutés :

- L'introduction orchestrale de la scène 12
- L'ouverture du Carnaval Romain au début du dernier tableau

Enfin, la reprise du trio du premier tableau est identique au trio initial par soucis de simplification.

Durée approximative : 2h25mn

 

Au disque, la version de référence reste celle de Colin Davis (1972). Elle correspond à la version Paris II - tout en rétablissant le Pape à la place du Cardinal - à laquelle est ajoutée l'introduction orchestrale du carnaval composée pour Weimar, et remplace par des dialogues parlés les récitatifs et passages arioso, comme cela fut envisagé en 1856 pour retrouver une forme adaptée à l'Opéra Comique.

Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018

Par ailleurs, John Nelson et l'Orchestre National de France enregistrèrent en 2003 à la Maison de la Radio pour Virgin Classics (racheté en 2013 par Erato) la version des répétitions Paris I, qui permet donc d'entendre la romance de Teresa, tout en y ajoutant l'air d'Ascanio et l'introduction orchestrale de la scène de carnaval.

Les versions de Benvenuto Cellini de Paris 1838 et Weimar 1852 à Paris Bastille 2018

Rédigé par David

Publié dans #Berlioz, #Histoire de l'Opéra

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