Mercredi 12 septembre 2007
L'Elixir d'Amour (Donizetti)
Répétition générale du 11 septembre 2007 à l'Opéra Bastille
 
003-copie-1.jpgMise en scène Laurent Pelly
Direction Evelino Pidò
Adina Désirée Rancatore
Belcore Laurent Naouri
Dulcamara Ambrogio Maestri
Nemorino Dmitry Korchak
 
002.jpgAvec cette 4ième série de représentations réparties sur trois saisons la lassitude risque fort d'être la fidèle compagne du soir même si de petites loufoqueries viennent s'improviser.
 
Heureusement Evelino Pidò distille toujours un piquant dans ses interprétations. L'ouverture peut sembler exagérément dramatique mais très vite le chef aligne l'orchestre sur un discours rythmé avec le soucis de ne jamais ralentir l'entrain.
 
Laurent Naouri reprend avec facilité un Belcore grossier et étranger à toute délicatesse.
Reconnaissons que la manière de caler sa gestuelle sur la musique est réjouissante.
 


Il y cependant des chanteurs qui laissent perplexes et Dmitry Korchak fait parti de ceux-là. Honnêtement le timbre est sans intérêt, presque amer. En revanche, la justesse est irréprochable et le jeune homme au physique plutôt agréable porte son personnage à un niveau de gaucherie qui ne le rend jamais ennuyeux.
 
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                                                              Désirée Rancatore (Adina)

Egalement présent lors de la création avec Laurent Naouri, le gigantesque Ambrogio Maestri tant par les proportions physiques que vocales emballe la salle dès son arrivée à la cinquième scène.
Mais il va se faire voler la vedette par Désirée Rancatore; Adina fort honnête aux graves parfois étranges, c'est une formidable transformation qui s'opère lorsqu'elle retrouve son amoureux désabusé après "Una furtiva lacrima".
"Nel dolce incanto del tal momento" initie un festival de vocalises, clin d'oeil à l'esprit de la poupée Olympia d' Offenbach, un feu d'artifice qui paraît sans limite et laisse le spectateur complètement ahuri.
par David publié dans : Saison 2007/2008
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Samedi 8 septembre 2007
Genèse de l’œuvre
 
Invité à mettre en scène « Giovanna d’Arco » à Rome, Verdi ne peut s’y rendre à cause de son état de santé affecté par des problèmes d’estomac.
Seulement il a promis un autre opéra pour le San Carlo de Naples. Il doit être représenté en juin 1845 et visiblement les enjeux sont trop importants pour prendre ses certificats médicaux en considération.
Il s’attelle donc à la tâche mais son librettiste Cammarono se traîne également, si bien que début mai le compositeur n’a toujours rien reçu du deuxième acte et devra attendre mi-juin pour disposer de l’ensemble des vers.
 
« Alzira » est inspiré de la tragédie d’ « Alzire » de Voltaire. L'histoire en est réduite mais ce qui plait ici très sincèrement à Verdi tient simplement dans l’expression d’un sentiment religieux auquel il est sensible.
Et s’il paraît paradoxalement en conflit avec l’église c’est à cause de ses interférences très concrètes dans la vie des hommes au mépris de leur liberté et parfois avec violence.
 
Ainsi, bien qu’inspiré par le thème il ne va pouvoir consacrer que 26 jours à son élaboration musicale et fin juin il part pour les répétitions à Naples.
 
Le public se bouscule à la première le 12 août 1845. L’accueil est mitigé, Verdi reconnaît lui-même que cet opéra ne lui a pas donné de peine. Seulement il renonce à le modifier de peur de faire pire.
 
Plus tard il en dira « Pour cet opéra là, il est franchement mauvais ».
 
Alzira
 
Au début du XVième siècle, la conquête du nouveau monde dans laquelle Charles Quint engloutit toutes les ressources espagnoles, s’étend à une vitesse accrue par l’existence de solides structures politiques et des réseaux de communications étendus.
 
Parti depuis Panama en 1526, Francisco Pizarro explore la côte Pacifique et entre en contact avec l’empire Inca qu’il conquière définitivement en 1535.
 
Les tribus américaines sont divisées, sensibles aux maladies européennes si bien que quelques années suffisent à attribuer aux colons les mines d’or et d’argent destinées à une exploitation intensive.
 
Dans le livret d' Alzira, le gouverneur espagnol Alvaro a installé son palais à Lima. Ses troupes subissent les harcèlements constants des Indiens qui organisent une importante offensive de libération.
Fait prisonnier, il est pourtant gracié par l’Inca Zamoro. 
De retour à la capitale il confie le pouvoir à son fils, l’impitoyable Gusmano. Celui-ci retient Alzira captive mais même l’arrivée soudaine de Zamoro ne peut l’affranchir. 
Relâché grâce à Alvaro, il est cependant repris après une sanglante bataille puis aidé dans son évasion. 
Lors des noces de Gusmano et Alzira, sa main frappe mortellement Gusmano qui révèle une foi telle qu’il pardonne à son meurtrier.
par David publié dans : Verdi
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Mercredi 5 septembre 2007
La Damnation de Faust (Berlioz)
Concert du 04 septembre 2007 à la salle Pleyel
 
Faust   Marcello Giordani
Marguerite    Yvonne Naef
Méphistophélès    José Van Dam
 
Tanglewood Festival Chorus
Chef de Chœur John Oliver
 
Boston Symphony Orchestra
Direction James Levine
 
Le BSO et les chœurs ont brillamment ouvert la nouvelle saison lyrique parisienne.
Il se dégage ainsi une luxuriance symphonique, des effets ondulatoires d'une très grande légèreté et de la réussite dans les passages les plus spectaculaires.
C'est sans doute sur ce dernier point que je préfère James Levine. Car la subtilité n'est pas toujours au rendez-vous, marche hongroise bruyante, cuivres toniques mais trop abrupts et des constrastes limités dans les accords les plus graves de la partition.
 
Côté solistes, Marcello Giordani fait honneur à l'harmonie du chant français jusque dans le haut médium. Au delà, nous souffrons avec lui, cette faiblesse dans les aigus étant connue depuis I Pirata au Châtelet en 2002.
 
YNaef.jpg    Yvonne Naef se livre régulièrement à de petites désynchronisations dans l'expression du texte, c'est donc plutôt de l'étendue de la voix et de ses couleurs claires qu'il faut profiter.
"D'Amour, l'ardente flamme" reste néanmoins monotone.
 

Sacré José Van dam! Dans une même phrase il s'amuse à varier des graves poitrinés puis des graves retentissants. Ce n'est pas très élégant mais le caractère y est. Au moins l'on peut dire qu'il vit son Mephisto.


Acoustiquement bien mises en valeur, la fulgurance et les nuances du chœur font à elles seules l'âme de cette première soirée vécue pour ma part avec une certaine distance.


    Yvonne Naef (Marguerite)

par David publié dans : Saison 2007/2008
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Lundi 3 septembre 2007
La modernité à l’Opéra : Jacques Rouché (1914-1945)
Bibliothèque de l’Opéra Garnier. Jusqu’au 30 septembre 2007
 
A quelques jours de l’ouverture de la saison 2007/2008 de l’Opéra de Paris, c’est un peu une prérentrée lyrique que nous propose le Palais Garnier. Une toute modeste exposition retrace les 31 ans d’administration de ce directeur dont la carrière est déjà évoquée dans l’article L’Opéra à Paris de 1900 à 1980..
 
D’abord la paperasse avec ces comptes négatifs jusqu’à 2.400.000 francs par an à la charge de Rouché
Généreux mécène mais pas au point d'accepter les abus, seule la menace de sa démission contraint l’état à une revalorisation de la subvention.
 
Puis les lettres marquées de l’ère Pétain, la convocation au serment de fidélité, les demandes du ministère aux questions juives et les justifications du directeur pour éviter le licenciement d’un ouvrier juif.
 
L’effrayante affiche rouge de la Damnation de Faust frappe les esprits lorsque le Théâtre réouvre ses portes le 24 août 1940. Le régime impose en outre 4 œuvres allemandes par saison.
 
Malgré tout, Haut fonctionnaire de l’état, Jacques Rouché doit exclure une trentaine d’artistes et membres du personnel et réussit à maintenir le décorateur Ernest Klausz jusqu’en 1943.
A la libération, résistants et syndicalistes lui apportent leur soutien lorsqu’il doit rendre compte de ses agissements.
 
Ensuite les photographies des ballets de Serge Lifar, nommé Maître de ballet depuis 1930, représentent quelques unes de ses 32 créations auxquelles participaient compositeurs et décorateurs contemporains (« Le festin de l’araignée » ou « Bacchus et Ariane » d’Albert Roussel par exemple).
 
Pour Rouché, attaché aux décors de peintres, la modernité se décline dans la recherche d’une unité entre décors, costumes et musique. La profusion de détails de la maquette qu’Alexandre Benoît imagine pour le Coq d’Or de Rimsky-Korsakov est aussi stimulante pour les yeux que les beautés envoûtantes de l’oeuvre.
 
Le directeur néglige un peu la mise en scène qu’il confie souvent au régisseur Pierre Chéreau mais supervise tous les spectacles et s’implique particulièrement dans l’Œdipe d’Enesco.
Il prend à cœur de promouvoir les œuvres contemporaines : elles représentent 60% de son répertoire pour un tiers des soirées.
ChevRose.jpg




Seul le Chevalier à la Rose se place parmi les 10 meilleurs succès de l’Opéra (peinture de décor ci-contre).
 




En 1936/1937 il déclare aux abonnés « J’ai seulement à déplorer le peu de curiosité manifeste pour les œuvres nouvelles ». 
Cette mission de présenter des compositeurs contemporains est d’ailleurs plus dictée par lui-même que par la tutelle.
 
Le parcours s’achève sur un documentaire de 25 minutes produit par René Hervouin en 1944 « Une journée à l’Opéra » : la vie de l’établissement sous ses angles les plus favorables.
 
J’imagine sans peine que si Gerard Mortier ne partage pas forcément le goût des concrétisations scéniques de Rouché (notre directeur flamand est peu sensible à la peinture de son aveu même), son estime pour un directeur tenace dans la résistance à l'esprit de conservation est évidente.
C'est aussi une source de questionnement face aux choix qu'il dut faire.
par David publié dans : Art
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Samedi 1 septembre 2007
Genèse de l’œuvre
 
De retour à Milan, le musicien n’a pas le temps de souffler. La collaboration Verdi-Solera est relancée pour la composition d’un opéra en un temps record.
Il s’agit cette fois de partir d’une pièce d'un écrivain allemand du XVIIIième siècle, Schiller, dont les œuvres inspireront les auteurs romantiques du XIXième siècle.
 
Si Schiller se détache nettement de la réalité historique dans « La pucelle d’Orléans » en imaginant une idylle entre Jeanne d’Arc et un anglais, Solera n’accepte pas l’idée qu’un symbole de résistance à l’ordre établi se compromette ainsi.
Il imagine donc une histoire d’amour entre celle-ci et le roi !
 
Trois mois seront alors suffisants pour que Verdi mette en musique ce livret dont le sujet va être prétexte à une série de marches militaires et de chœurs tonitruants.
 
La première est programmée à la Scala le 15 février 1845 et le succès est encore au rendez-vous.
 
Giovanna d’Arco
 
Au milieu du XIVième siècle éclate la guerre de Cent ans. Edouard III, sous prétexte de ses origines, revendique la couronne de France, tandis que Philippe VI annonce sa volonté de récupérer la Guyenne. Le conflit s’apaise sous Richard II, mais l’accession en 1399 d’Henri V au trône d’Angleterre relance les hostilités et aboutit à la sévère défaite de la France à Azincourt en 1415.
 
Parallèlement, l’assassinat en 1407 de Louis d’Orléans (frère du roi Charles VI) par Jean sans peur (duc de Bourgogne) puis de ce dernier lors de la rencontre avec le roi de France en 1419 déclenche une guerre interne entre bourguignons et armagnacs.
 
Philippe Le Bon, successeur de Jean sans peur, se range du côté des anglais et signe en 1420 le traité de Troyes qui partage entre eux les possessions françaises, et ne laisse au dauphin Charles que les territoires situés au sud de la Loire. La Flandre passe à cette occasion sous le contrôle bourguignon.
 
Le Dauphin est d’autant plus affaibli que la majorité de l’opinion le pense responsable du meurtre de Jean sans peur.
 
En 1429, Charles sent que Orléans, assiégée par le général Talbot, est sur le point de se rendre aux anglais. C’est une femme, Jeanne, née en Lorraine vers 1412 qui lui est alors présentée. Des voix lui ont impérativement demandé d’agir pour Dieu et elle convainc le Dauphin.
Le 29 avril, Jeanne d’Arc entre dans Orléans avec quelques compagnons, puis fait une sortie le 7 mai qui lui permet de prendre un fort anglais. La ville est libérée.
Enfin elle entraîne Charles VII à Reims où le roi est sacré le 17 juillet.
 
Ensuite elle ne connaît que des revers jusqu’à sa capture par les Bourguignons à Compiègne en mai 1430.
Remise au Duc de Bedford, elle est déclarée hérétique et brûlée vive le 30 mai 1431 à Rouen.
 
Au bout de 20 ans de lutte, les anglais seront finalement chassés de France (hormis Calais).
 
Le livret de « Giovanna d’Arco » n’a pas grand-chose d’historique. Charles VII rencontre Jeanne dans la forêt de Domrémy. Après la libération d’Orléans on les retrouve directement lors du sacre à Reims. A cette occasion leurs sentiments sont révélés. Jacques, père de Jeanne, survient et accuse sa propre fille de sorcellerie. Il la remet aux anglais puis la libère. Elle sauve ainsi la vie de Charles VII sur le champ de bataille où elle est mortellement blessée.
par David publié dans : Verdi
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Mercredi 29 août 2007
Genèse de l’œuvre
 
La pression du public va être pour beaucoup dans la frénésie créatrice de Verdi qui va composer 10 opéras en 5 ans !
 
C’est donc en 7 mois que le livret de « I due Foscari » est mis en musique.
Francesco Maria Piave part d’une pièce de Lord Byron. Ce poète britannique, connu pour peindre des héros rebelles, mourut au milieu des insurgés grecs luttant pour se libérer du joug turc en 1822.
 
En 1812, la publication de « Childe Harold » lui vaut une gloire internationale car à travers ce héros mélancolique c’est tout le spleen d’une époque qui s’y exprime. Verdi lui-même eu tendance à se complaire excessivement dans ce malaise en qualifiant les années qui suivirent d’«années de galères » (financièrement fort juteuses !).
 
La première de « I due Foscari » a lieu le 3 novembre 1844 à Rome. C’est surtout Verdi lui-même qui est alors ovationné car ni les chanteurs, ni la dramaturgie de l’œuvre n’ont de quoi enthousiasmer.
 
I due Foscari
 
Au XVième siècle, les villes d’Italie et les états de l’Eglise n’arrivent pas à s’entendre.
Venise domine commercialement Gênes, et Florence, principauté des Médicis reste limitée par Milan au nord et par les Etats pontificaux au Sud.
 
Le principe de la république vénitienne est d’avoir un nombre réduit de membres au gouvernement de manière à pouvoir les contrôler. Venise est le pivot commercial de l’Europe à cette époque et les riches familles patriciennes sont décidées à ne jamais laisser un seul homme les gouverner afin de garantir leurs intérêts financiers.
 
En 1310, suite à un coup d’état, le conseil des Dix est créé temporairement. Sorte de police d’Etat secrète, il est institutionnalisé en 1334 et déjoue même un complot en 1355 mené par le Doge lui-même qui voulait se faire proclamer Prince de Venise.
 
L’argument se situe à Venise en 1457 : Jacopo Foscari, revient à Venise pour se disculper du meurtre dont on l’accuse. Son Père, le Doge Francesco Foscari, ne peut influer sur le conseil des Dix d’autant plus qu’un des membres, Loredano, en veux à sa famille (soupçonnée d’avoir fait disparaître son père).
Le vrai meurtrier va se confesser trop tard et le vieux doge, attaqué sur son âge, s’effondre lors de l’élection de son successeur.
 
Francesco Foscari est la première grande figure de Père et de Souverain créée par Verdi et annonce les grands personnages de Philippe II et Simon Boccanegra.

par David publié dans : Verdi
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Dimanche 26 août 2007
Visions de l’Ouest – Photographies de l’exploration américaine, 1860-1880.
Du 10 juillet au 31 octobre 2007 (Giverny).
 
Pour qui est sensible à l’austérité des vallées, canyons et déserts américains, le Musée d’Art américain de Giverny reçoit une exposition qui met en scène ces décors durs.
Ils ont été photographiés pendant et après la guerre de sécession pour attiser rêve et esprit de découverte.
Rien ne rassure, car les teintes ocre unifient atmosphère, végétation et roches. Les lumières écrasent les sols et les cieux, contrastent les courbes des strates géologiques et saturent les yeux des moindres détails des pierres.
La maîtrise de ce savoir faire photographique, surprenant pour cette époque, se lit dans les cadrages, le choix des angles de vue, les jeux de reflets mais aussi un parfait contrôle des temps de pose vis à vis de l’ouverture des objectifs.
Les cours d’eaux surexposés révèlent leurs lignes de fuite, parfois rendues anarchiques lorsqu’elles se heurtent aux rochers. La pure blancheur des chutes se détache du chaos.
 
Les portraits des Indiens soulignent également la richesse et la beauté de leurs visages.
Je retiens l’un d’entre eux, arc au poing mais garde baissée, au corps croisé de lanières au niveau des épaules et en diagonale, un pied sur une pierre, regard détendu et sûr, une finesse du visage et des mains presque féminine.
 
Un monde que l’espace d’exposition et la fréquentation éparse rend facilement captivant.
 
par David publié dans : Art
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Mercredi 22 août 2007
Genèse de l’œuvre
 
La concurrence avec les autres compositeurs fait prendre conscience à Verdi qu’il doit composer pour d’autres scènes que la Scala. Fort courtisé par le comte Mocenigo, directeur de la Fenice, ce dernier attend que le compositeur soit un peu libéré de ses engagements vis à vis de la Scala pour lui commander une œuvre. Et en attendant il programme  Nabucco  puis les Lombards dans la cité des doges.
 
Après de nombreuses hésitations entre plusieurs livrets dont « Le roi Lear », « Le Corsaire » et « I due Foscari », le choix se porte sur un livret de Francesco Maria Piave inspiré du roman de Victor Hugo : « Hernani ». Un symbole ! Car le 25 février 1830, la jeunesse romantique se soulève lors de la première représentation d’Hernani à la comédie française. Les insultes volent vers les tenants des règles classiques. Comme par hasard, le lendemain les ordonnances de Charles X déclenchent une insurrection, les « 3 glorieuses », qui aboutit à la fuite du roi, malheureusement remplacé par un autre monarque, le duc d’Orléans.
 
Cette fois, la représentation d’un soulèvement contre l’autorité en place lui vaut une forte opposition de la part de la censure autrichienne. Tout langage violent et agressif est supprimé mais Verdi réussit au moins à ne pas modifier le titre de l’œuvre.
En parallèle, il doit assurer la réalisation des « Lombards » qui joués le 27 décembre 1843 seront totalement hués par les vénitiens.
 
Malgré tout, la première de « Ernani » a lieu le 9 mars 1844 et est un succès considérable, le public se révélant subjugué par la musique.
 
Et c’est cet opéra qui au cours de l’été 1846 à Bologne va susciter pour la première fois une manifestation bruyante. Le public qui voit en Pie IX (le nouveau pape avait accordé une amnistie aux prisonniers politiques) le possible fédérateur de l’Italie va exiger de reprendre trois fois le chœur « O sommo Carlo ».
 
Ernani
 
A la fin de la guerre de cent ans, un courant de centralisation monarchique traverse l’Europe. En 1469, le mariage d’Isabelle de Castille et Ferdinand II d’Aragon unit les deux royaumes.
Ils libèrent l’Espagne des dernières places fortes islamiques en 1492. Les expulsions de Maures et de juifs entraînent un véritable désastre économique.
 
Le petit fils de Ferdinand II d’Aragon, Charles, né en 1500 à Gand, est également le petit fils de Maximilien Ier, l’empereur du Saint Empire.
Il devient le premier roi d’Espagne en 1516 puis devient l’empereur Charles Quint en 1519. Il hérite des possessions castillanes, aragonaises, autrichiennes et bourguignonnes. Sa politique est d’étendre ces territoires et de coloniser l’Amérique malheureusement au détriment de l’industrie espagnole. 
Il sera le plus grand empereur après Charlemagne.
 
Dans l’histoire de Victor Hugo et de Verdi, Hernani (Jean d’Aragon) a perdu son père, Grand d’Espagne et opposant politique, assassiné par le père de Charles. 
Pour le venger, le montagnard aragonais prépare une conspiration contre le roi. Ce dernier, en 1519, est présenté ici comme un Don Juan.
Il se trouve que Hernani aime d’un amour réciproque, Elvira, promise au Duc Silva, elle-même convoitée par Charles. Malgré cela, Silva va protéger Hernani du roi en échange de sa vie quand il l’ordonnera . 
Celui ci, une fois élu empereur se montre clément vis-à-vis des conspirateurs. 
C’est le moment où Le Duc engage Jean d’Aragon à tenir sa promesse.
 
Un détail historique surprend dans l’œuvre. Le père de Charles Quint était Philippe le Beau, archiduc d’Autriche. Ce n’est donc pas le père de Charles qui a pu ordonner le meurtre du père d’Hernani mais son grand père, Ferdinand, mort en 1516.
 
Seul opéra de jeunesse régulièrement programmé avec  Nabucco , il faut souligner ici la force d’une musique qui supporte l’exubérance des sentiments.
par David publié dans : Verdi
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Dimanche 19 août 2007
Genèse de l’œuvre
 
Les réactions que « Nabucco » suscitent font prendre conscience à Verdi qu’il se situe au début d’une vague que lui-même peut contribuer à amplifier.
A nouveau Solera lui fournit un livret tiré d’un roman de Tommaso Grossi.
« I Lombardi alla prima crociata » donne à nouveau matière au grand spectacle et à des chœurs grandioses.
La première scène ouvre sur le parvis de la Basilique Sant’Ambrogio, lieu de culte des Milanais où furent célébrées les obsèques de Margherita.
Une fois l’oeuvre achevée, il s’agit d’obtenir le visa de la censure. Ce qu’il a entendu des répétitions pousse l’archevêque Gaisruck à intervenir auprès du préfet de police. Monter sur scène des éléments religieux lui paraît dangereux.
 
Voilà donc Verdi, Solera et Merelli convoqués au quartier général de police où le choix est rapidement posé : l’œuvre est jouée telle qu’elle est (Verdi) ou alors la Scala est ruinée (Merelli) !
Le préfet et Gaisruck doivent finalement céder et Verdi accepte une modification sans importance pour lui, les mots « Ave Maria » de la prière du Ier acte deviennent « Salve Maria ».
 
La première a lieu le 11 février 1843 et est un succès triomphal.
L’oeuvre est reprise ensuite à Florence puis Venise où elle connaît alors un échec complet.
Le public Milanais avait plus que d’autre des raisons d’être touché par l’ouvrage, l’ouverture sur la cathédrale ayant fort ému.
 
I Lombardi alla prima crociata 
 
Les Lombards, peuple germanique entré en Italie en 571, furent dominants jusqu’à être battus par Charlemagne. Ils cédèrent à l’église une large part de leur territoire autour de Rome.
 
En 1078, les Turcs Seljukides prennent Jérusalem aux Arabes Abbassides et s’établissent à Nicée.
 
En 1095, le pape Urbain II appelle alors depuis Clermont à la première croisade sur requête de l’empereur de Bysance ,Alexius I Comnène.
Le petit peuple se mobilise et suit Pierre l’Ermite et Gautier-sans-avoir en passant par la Hongrie. Arrivés à Bysanze ils se précipitent vers Nicée où ils sont exterminés.
Parallèlement, des bandes d’origines allemandes s’en prennent aux juifs en Europe avant d’être battues par les Hongrois.
 
Enfin, quatre armées principales menées par des féodaux français et normands convergent vers Constantinople en 1096. A contrecoeur, Godefroy de Bouillon fait serment d’allégeance à Alexis I : les territoires lui seront restitués contre somptueux cadeaux. Ensuite, les Turcs se livrent à Nicée puis les croisés se dirigent vers Antioche qui est prise en 1098.
 
Dans la matinée du 7 juin 1099, les habitants de Jérusalem voient apparaître les croisés qui ne disposant d’aucun instrument d’assaut attendent deux semaines l’arrivée d’une escadre génoise. La prise de la ville en une semaine se soldera par le massacre de 70000 personnes.
 
« I Lombardi » se déroule à Milan, puis Antioche et enfin Jérusalem et donc devrait se dérouler entre 1096 et 1099.
Opéra coloré de pardon, conversion et rédemption, la trame principale est l’histoire de Giselda, fille d’Arvino le chef des troupes lombardes qui a échappé à un attentat commis par son frère Pagano.
Enlevée à Antioche, elle se lie à Oronte, fils du tyran de la ville, qu’Arvino blessera grièvement lors du siège, victoire facilitée par un mystérieux ermite.
Ce dernier convainc également Oronte de se convertir au christianisme.
Le dénouement a lieu devant les murs de Jérusalem.
 
La réutilisation de tous les éléments du succès de Nabucco (encore à Jérusalem, encore 4 parties, encore des chœurs) fait de cet opéra un peu trop le produit d’un opportunisme certain.
par David publié dans : Verdi
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Dimanche 29 juillet 2007
Genèse de l’œuvre
 
Après l’échec de « Un Giorno di Regno  », Verdi a pris la décision d’abandonner définitivement la scène lyrique et s’est retiré à Busseto.
 
Il est de retour à Milan au cours de l’hiver 1840-1841. Fort abattu, c’est à ce moment là que Verdi se voit soumettre un livret de Solera avec une certaine insistance.
Les motivations qui le conduisirent à reprendre le chemin de la scène restent floues, mais c’est bien au printemps qu’il s’atèle à la transposition musicale de ce sujet biblique avec le soutien du librettiste.
 
La partition est achevée à l’automne. Cependant Verdi doit menacer Merelli de retirer son opéra s’il n’est pas joué avant l’automne suivant (la saison ayant déjà commencée). Ce dernier lui recommande alors de présenter l’œuvre à la Strepponi. Celle-ci et Ranconi, enthousiastes, arrivent à convaincre Merelli de monter l’œuvre au printemps.
 
La première de « Nabucco », le 9 mars 1842, est un succès ainsi que les représentations suivantes. 
La force de la musique, la nature spectaculaire et épique emporte le cœur des
Milanais. Par contre, il est bien trop tôt pour que se soit opéré une identification avec la cause nationale car en 1842 l’idée d’un soulèvement contre l’occupant est marginale.
 
En fait, quelques années seront encore nécessaires pour que ce premier opéra patriotique déclenche l’hystérie du public. D’ailleurs le maestro dédie la partition à la fille de l’archiduc Rainier vice-roi du royaume lombard-vénitien et « protecteur de la Scala ».
 
Maintenant Merelli a compris. Il accorde un cachet faramineux (seul Bellini l’avait obtenu pour Norma) à Verdi pour composer l’opéra inaugural de la saison suivante.
 
Nabucco
 
La bible fait largement écho des turbulences qui au VIIième siècle Av JC bouleversent le moyen orient. Déjà sous la pression des Scythes et des révoltes intérieures, l’empire Assyrien est défait par Babylone et les Mèdes. Ninive est prise et totalement détruite en 612 av JC.
 
Nabuchodonosor II fait alors de Babylone le centre de l’empire Néo-babylonien et s’empare de Jérusalem en 597. Il emmène en captivité le roi Joachim, une bonne part de la noblesse juive et nomme Zédécias, l’oncle de Joachim, gouverneur de la ville. Ce dernier, poussé par les Egyptiens adopte une politique ouvertement anti-babylonienne.
 
En 587, Nabuchodonosor s’empare une nouvelle fois de la ville et déporte une nouvelle fois la population.
 
L’action se situe au moment de la prise de la ville. Verdi décompose « Nabucco » en quatre parties sous titrées d’une citation du livre de Jérémie.
 
Bien que sa fille soit prisonnière des juifs, Nabucco entre dans la ville et ordonne la destruction du temple de Salomon. Fénéna est épargnée par Ismael (neveu de Zédécias) et la population est amenée à Babylone.
 
Là, Fénéna, devenue régente de la ville en l’absence du roi, commence à libérer les juifs.
Nabucco de retour du champ de bataille se proclame Dieu. La réplique ne tarde pas et il est de suite frappé par la foudre. Abigaille, une esclave qui se crue longtemps être sa fille, prend alors le pouvoir et fait enfermer Fénéna et son père pour préparer l’exécution des juifs.
 
Il faudra le repentir de Nabucco pour que lui vienne une aide qui lui permettra de reprendre sa couronne et libérer la population de Jérusalem.
 
A cette époque les déportations se pratiquent régulièrement. Toutefois, il s’agit de priver la petite partie de la population très cultivée du territoire conquis pour l’utiliser dans l’administration de Babylone. L’opéra donne donc ici une dimension dramatique excessive. 
Enfin, il est troublant d’entendre parler d’Assyriens à propos des Babyloniens ! 
 
par David publié dans : Verdi
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