Genèse de l’œuvre
Six jours après la
création de « Luisa Miller », Verdi quitte Naples blessé par le comportement de l’administration du
théâtre.
De retour à Busseto, Verdi
engage des pourparlers avec Riccordi pour lui céder la propriété de « Stiffelio » destiné au Grand Théâtre de Trieste.
En même temps, le désir de
se mettre au Roi Lear le reprend et de sur croix le président de la Fenice lui demande en mars 1850 d’écrire un nouvel opéra.
Dans ces conditions, la
musique de « Stiffelio » va être bâtie à la hâte en se calquant sur le modèle de Luisa Miller .
Cependant cet opéra est le
premier d’une série qui aborde des sujets avec une hardiesse toute nouvelle. Ici un prêtre marié à une femme adultère lui pardonne au final avec la noblesse surhumaine du
Christ.
Le sujet est tiré d’une
pièce française « Le Pasteur » ou « L’Evangile et le foyer », pièce d’Eugène Bourgeois et Emile Souvestre donnée pour la première fois au Théâtre de la Porte Saint
Martin en février 1849.
Et c’est à Francesco Maria Piave que Verdi s’adresse pour en réaliser l’adaptation.
Les censures autrichienne
et ecclésiastique modifient le livret et surtout la scène finale a destination de laquelle toute l’œuvre est bâtie. Le prêtre devient un ministre d’une principauté allemande, l’église n’en est
plus une et l’Evangile n’est plus cité.
Le 16 novembre
1850, cet opéra échoue donc prévisiblement à Trieste. Verdi ne fait d’ailleurs aucun effort pour le défendre.
Stiffelio
Pour la première fois,
Verdi met en scène une œuvre en phase avec son temps.
Depuis le retour de Pie
IX en juillet 1849, le pouvoir du pape est devenu autoritaire avec un spectaculaire revirement traditionnel.
Cependant ce pouvoir
millénaire va s’effriter au cours des deux prochaines décennies.
En 1851, la proclamation
du Second Empire en France et l’avènement de Napoléon III seront le déclencheur d’une politique favorable au mouvement des nationalités.
Le Piémont annexera les
états Pontificaux en 1860 puis, après le départ des troupes françaises en 1870, inclura Rome dans le Royaume d’Italie.
Quelque part,
« Stiffelio » est une œuvre symbolique des dernières années du pouvoir temporel du Pape par la manière dont elle a été
défigurée.
L’œuvre se situe en
Allemagne au début du XIXième siècle au château du Comte Stankar.
Sa fille, Lina, est mariée
à Stiffelio, chef d’une secte protestante.
Certains faits sont
rapportés à ce dernier qui, mis en rapport avec la disparition de la bague de sa femme, l’amènent à soupçonner qu’elle le trompe.
Seul Stankar a compris que
c’est avec Raffaele. Hypocrite comme le sera plus tard Germont dans
Traviata , il signifie à Lina de ne rien dire à Stiffelio de peur de voir l’honneur de sa famille terni.
Il est même décidé à se
débarrasser lui-même de l’amant tandis que celui-ci souhaite partir avec celle qu’il aime.
Stiffelio apprend la
vérité et laisse présager qu’il donnera prochainement à l’église un sermon terrible.
Malgré tout il propose à
Lina de divorcer; ce qu’elle refuse jusqu’à ce que son père apparaisse souillé par le sang de Raffaele.
Contre toute attente, lors
de la dernière scène à l’intérieur de l’église, le prêtre ouvre la Bible et lit, à la surprise de tous, les lignes relatant la femme adultère et appelant au pardon.
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