Publié le 30 Septembre 2009

Dimanche 04 octobre 2009 sur France 3 à 00H50
Le Lac des Cygnes (Tchaïkovski)

Ballet de l’Opéra National de Paris (2005)
Chorégraphie de Rudolf Noureev

Dimanche 04 octobre 2009 sur Arte à 19H00
Une soirée avec la pianiste Gabriela Montero (Essen, Festival du piano de la Ruhr 2009).

Brahms, Ginestra. improvisations libres d´après Star Wars, Verdi, Beethoven, Tchaïkovski...

Lundi 05 octobre 2009 sur Arte à 22H30
Portrait: Jeffrey Tate, une force unique. Documentaire, 2009.

Jeffrey Tate est l’un des spécialistes les plus en vue du répertoire wagnérien. Durant sa longue carrière, il a été à la tête des plus grands orchestres de la planète, tant dans le domaine lyrique que symphonique.

Jeudi 08 octobre 2009 sur Arte à 23H30
Arte Lounge. Measha Brueggergosman reçoit... Mischa Maisky, Christian Lindberg, Nathalie Stutzmann, Miss Platnum...


Dimanche 11 octobre 2009 sur Arte à 19H00
Mozart: Concerto n°10 pour deux pianos kv 365.
Pierre- Laurent Aimard et Tamara Stefanovich, pianos.

Lundi 12 octobre 2009 sur Arte à 22H35
Karol Szymanowski: Le Roi Roger, 1926. Production de l´Opéra de Paris (juin 2009)
Direction musicale : Kazushi Ono, Metteur en scène : Krzysztof Warlikowski, avec Mariusz Kwiecien (Roger, Roi de Sicile), Olga Pasichnyk (Roxana, son épouse) , Stefan Margita (Edrisi, un érudit arabe), Eric Cutler (le Berger)

Mardi 13 octobre 2009 sur France 2 à 00H15
Les Contes d'Hoffmann (Offenbach)
Mise en scène Olivier Py (Grand Théâtre de Genève 2008)
Avec Marc Laho, Stella Doufexis, Nicolas Cavallier, direction Patrick Davin
 
Jeudi 15 octobre 2009 sur France 3 à 00H10
Voulez-vous danser avec moi?
La danse au centre d'un grand nombre de films

Samedi 17 octobre 2009 sur France 3 à 00H10
Recital Rolando Villazon : One Night in Berlin
Oeuvres de Donizetti, Rossini, Massenet..avec la Südwest-deutsche Philharmonie Konstanz

Dimanche 18 octobre 2009 sur France 3 à 00H55
Le Couronnement de Poppée (Monteverdi)
Prologue et Acte I, mise en scène Robert Carsen au festival de Glyndebourne 2008
Avec The Orchestra of the Age of Enlightenment dirigé par Emmanuelle Haïm, Danielle de Niese, Alice Coote.

Dimanche 18 octobre 2009 sur Arte à 19H00
Mahler: Symphonie n°1 "Titan". John Adams: "City noir".
Gustavo Dudamel dirige le Los Angeles Philharmonic Orchestra.

Lundi 19 octobre 2009 sur Arte à 22H20
Musica - Sacha Waltz & Guests
Dialog 09 - nouveau musée. Spectacle par l'ensemble de solistes Kaleidoskop et le Vocalconsort Berlin.

 
Samedi 24 octobre 2009 sur France 3 à 00H10
Prades 2009 : Festival Pablo-Casals
Soirée Schubert.
Notturno pour violon, violoncelle et piano
 
Dimanche 25 octobre 2009 sur France 3 à 01H30
Le Couronnement de Poppée (Monteverdi)
Actes II et III, mise en scène Robert Carsen au festival de Glyndebourne 2008
Avec The Orchestra of the Age of Enlightenment dirigé par Emmanuelle Haïm, Danielle de Niese, Alice Coote.

 
Dimanche 25 octobre 2009 sur Arte à 19H00
Lang Lang joue le Concerto pour piano n°1 de Beethoven.
Christoph Eschenbach, direction (2007)

Lundi 26 octobre 2009 sur Arte à 22H45
Documentaire. La musique, avenir du Venezuela : El Sistema.
 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 28 Septembre 2009

Le Barbier de Séville (Rossini)
Représentation du 27 septembre 2009

Opéra Bastille

Direction musicale Bruno Campanella
Mise en scène Coline Serreau

Il Conte d’Almaviva Antonino Siragusa
Bartolo Alberto Rinaldi
Rosina Karine Deshayes
Figaro George Petean
Basilio Paata Burchuladze
Fiorello Aimery Lefèvre
Berta Jeannette Fischer
Un Ufficiale Denis Aubry

 

                                       Karine Deshayes (Rosine)

Créée le 02 avril 2002, on peut regretter que la mise en scène de Coline Serreau aborde sur le ton de la comédie le dénie de liberté qui est fait aux femmes dans des pays où les hommes aiment à porter la barbe.

Mais comment ne pas reconnaître à quel point cette vision est juste, sans remettre en cause une sensibilité personnelle?  En plus les tableaux de ce Séville historiquement islamisé et transposé dans un pays des Milles et une nuits ravissent par leur raffinement, si bien que l’on passe sur quelques passages théâtralement peu inspirés (le final de l’acte I joué au ralenti).

  Antonino Siragusa (Il Conte Almaviva)

Fraîchement remis de son récital de la veille au Théâtre des Champs Elysées - et remporté les mains dans les poches - Antonino Siragusa se joue des dimensions architecturales des galeries de l’opéra Bastille, pour composer un Comte adorable de douceur et de charme comme nous en entendons bien rarement.

Nous lui accueillons donc en toute complaisance la naïveté d’une gestuelle plus faite pour amuser les petits enfants.

Karine Deshayes méritait bien mieux que les second rôles toujours brillamment interprétés à Paris (le garçon de cuisine de Rusalka, Krista de l‘Affaire Makropoulos), ce que son incarnation de Rosine démontre en toute évidence.
Lyrique, dramatique avec la froide rondeur des chanteuses slaves, l’exubérante mezzo-soprano saisit cette occasion pour déployer l’entendue de ses moyens.

Mais à y regarder de plus près, il manque encore un approfondissement du caractère enragé de la jeune pupille, ce qui transparaît dans les expressions corporelles comme gambader telle une gazelle pour mettre sans dessus-dessous son appartement dans un excès de colère.

Visiblement l’équipe scénique fonctionne très bien, puisque George Petean compense les limites de ses subtilités par un style généreux et sans ambages, Paata Burchuladze investit tout l’espace sonore d’une voix semi-caverneuse et agréable, et Alberto Rinaldi réussit le meilleur rôle de composition de la représentation avec Bartolo.

Depuis le temps qu’elle chante Berta avec coeur, Jeannette Fischer profite de son unique air à elle toute seule, « Il vecchiotto cerca moglie », pour s’offrir trois minutes de one woman show qui doivent lui faire un bien fou!

L’ouverture résume assez bien la tonalité d’ensemble de Bruno Campanella : une direction vive et fine laissant le champ libre aux chanteurs.
Il reste pourtant de la marge afin de faire jouer au discours musical un rôle plus stimulant.

                                 Karine Deshayes (Rosine)

Rétabli pour la première fois à cette occasion, l’air « cessa di piu resistere » permet à Antonino Siragusa un dernier jeu de bravoure, considérablement applaudi aussi bien pour sa valeur que pour sa conclusion loufoque, le ténor se métamorphosant en joueur de football numéro 10 (le meneur), et cela sous les yeux de Coline Serreau venue filmer l'ensemble du spectacle.

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Publié le 27 Septembre 2009

Sumi Jo et Antonino Siragusa
Concert du 26 septembre 2009
Théâtre des Champs Elysées

Donizetti : Don Pasquale, ouverture
"Una furtiva lagrima", air extrait de L'elisir d'amore
Rossini : "Si ritrovarla io giuro", air extrait de La  Cenerentola 
Bellini : "Care compagne", air extrait de La Somnambula
Verdi : "Caro Nome", air extrait de Rigoletto
Bellini : "Prendi l'anel ti dono", air extrait de La Somnanbula
Rossini : Guillaume Tell, ouverture
Meyerbeer : "C'est bien l'air que chaque matin", air extrait de L'Etoile du Nord
Rossini : "Deh troncate", air extrait de Elisabetta Regina d’Inghilterra
Donizetti : "Quoi? Vous m'aimez?", "A mes amis", airs extraits de La fille du régiment
Bellini : "Fini, mi lassa", air extrait de I Puritani

Direction Danielle Callegari
Orchestre National d’Ile de France

Les Théâtres Lyriques seront éternellement hantés par les souvenirs des chanteurs les plus divins, car il y aura toujours des âmes pour les faire revivre et relativiser ce que la vie d’aujourd’hui peut offrir de meilleur.

Alors peut être qu’Antonino Siragusa n’a pas tout à fait le moelleux d’un Pietro Bottazzo (pour ceux qui connaissent l’Italienne à Alger avec Marilyn Horne et dirigée par Carlo Franci), mais il vient de nous offrir de bien heureux moments de sa voix sensuelle, claire et pleine de jeunesse, un style et des inflexions latines qui vous donnent l’impression d’écouter une âme qui appelle à votre considération.

D’autant plus que le chanteur est très sympathique, joue tout un numéro de décontraction dont on se doute tout de même qu’il sert surtout à charmer comme lors d’une première rencontre, car il se répète très vite.

  Antonino Siragusa et Sumi Jo

Découverte en 1987 lors du concert hommage à Maria Callas au Palais Garnier, Sumi Jo n’est plus une inconnue dans la capitale : Les Contes d’Hoffmann, Lucia di Lammermoor, Rigoletto à Bastille et plusieurs récitals après, la cantatrice coréenne est toujours là pour dessiner avec une finesse extrême de fragiles filaments, comme si elle sculptait une œuvre d’art.

Et elle réussit cela grâce à sa capacité à diriger son souffle sur la durée, ce qui est son point fort dans la Sommanbula.
Nous sommes comme Louis XIV visitant la Manufacture des Gobelins, peut-on dire.

Moins à son avantage dans les moyennes altitudes, une vibration très caractéristique colore son timbre à la fois de brillant et d’impuretés, ce qui laisse un petit goût de déception après tant de passages aériens. 

 

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Publié le 27 Septembre 2009

Woyzeck On The Highveld (William Kentridge)
D’après Georg Büchner
Représentation du 26 septembre 2009
Centre Georges Pompidou

Mise en scène Luc de Wit (assistant de William Kentridge)
Acteurs, Mncedisi Balwin Shabang
Marionnettistes, Nkosinathi Joachim Gaar, Jason Potgieter, Hamilton Dhlamini, Busisiwe Penelope Zokuva, Adrian Kohler, Basil Jones
Musique, Steve Cooks, Edward Jordan

William Kentridge est né à Johannesburg en 1955, et a commencé sa collaboration avec la compagnie sud-africaine de marionnettes « Handspring Puppet Company » en 1992.

Coïncidence ou pas, le passage à Paris de la troupe de marionnettistes sud-africains offre une occasion unique de mettre en correspondance la pièce de Büchner et l’opéra d’Alban Berg (il était possible ce week-end d’assister à Woyzeck au centre Pompidou, puis à Wozzeck à l’Opéra Bastille).

Une sorte de maître royal (Mncedisi Balwin Shabang) nous annonce avec gourmandise que nous allons pouvoir assister à un crime.
Le spectacle se joue sur trois plans : un premier niveau surélevé ne met en scène que les marionnettes, un second niveau se situe tout à l’arrière pour  projeter des animations faites au fusain, et enfin en avant scène les marionnettes et leurs manipulateurs créent un rapport plus direct avec le public.

Le visage de la marionnette de Woyzeck, que l’on croirait inspiré du Wozzeck de Toni Blankenheim d’après le film de Rolf Liebermann, est l’expression d’une vie de souffrance terrible.
Les arcades sourcilières, épaisses, dessinent des yeux vides de noir, l’ensemble est rude, asymétrique et cabossé.
Un rapport affectif se noue instantanément avec ce qui n’est pourtant qu’un objet en bois.

Et en même temps tout l’entourage se rie du malheureux, mais jamais ne vient à l’idée d’en rire.
Avec son petit chaperon rouge, la psychologie de Marie est clairement moins développée que dans l’opéra. Le rapport à l’enfant est tout juste abordé, mais elle ne semble ni mère, ni provocante, juste attirée par le Tambour Major, devenu un ouvrier des mines dans la version sud-africaine.

La responsabilité et la violence de l’entourage social sont en revanche traités de manière très directe.
Le paroxysme du sadisme trouve sa forme dans une scène mettant en jeu un Rhinocéros à la corne duquel est attaché un pistolet. Il finit par se tirer dessus.

La poésie est pourtant présente. D’abord dans la musique (tristesse de l’accordéon), et dans les animations de paysages noirs et blanc sinistres sortis de Wuthering Heights, mais qui révèlent également ce que voient les personnages, comme des constellations d’étoiles.

Pour quelques secondes seulement, la musique d’Alban Berg se manifeste lors du meurtre de Marie.

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Publié le 27 Septembre 2009

L’Amour de Phèdre (Sarah Kane)
Représentation du 23 septembre 2009
Théâtre de Nesle

Mise en scène William Astre (Hippolyte)
Le Prêtre Thibaut Turgy
Thésée Marc Dumez
Le Médecin Jean-Marc Plat
La Sœur Florence Wagner
Phèdre Isabelle David

L’idée de m’intéresser à l’œuvre de Sarah Kane provient de l’irruption dans le monde lyrique du metteur en scène Krzysztof  Warlikowski (Iphigénie en Tauride, Le Roi Roger, Parsifal, l’Affaire Makropoulos).
Il a lui même adapté « Purifiés » (Cleansed), une des pièces les plus violentes de la dramaturge britannique.

Si la Tragédie grecque est une dimension essentielle du travail du directeur polonais, c’est pour y remettre les passions humaines comme réels moteurs du drame, plutôt que de reporter la responsabilité des actes sur des forces divines.

Alors pourquoi « Phaedras‘love », au fond de l’exigu sous-sol de pierres du petit Théâtre de Nesle, commence t-il par l’écoute récurrente des faits divers quotidiens? Pourquoi cette violence semble être aussi bien acceptée aux heures de grandes écoutes, alors qu’il faut prendre des pincettes lorsque des sujets comme la nudité ou bien la sexualité sont abordés?

La pièce de Sarah Kane est une confrontation entre des personnages contraints par leurs rôles sociaux (Phèdre, femme mariée - le jeune prêtre, dévolu au Christ), et Hippolyte, jeune homme décadent qui ne devrait rien avoir pour plaire.

Pourtant il les attire. Rien n’est épargné au spectateur de la force de leurs émotions, actes sexuels, lutte physique, rage extériorisée (progressivement Isabelle David passe d’expressions convenues et classiques à un déchaînement passionnel avec lequel nous faisons corps), et rien n’est épargné non plus de la vulgarité d’Hippolyte jusqu’à une mise à nue ensanglantée façon « Grand guignol ».
Il est fascinant de voir comment la clairvoyance désagréable du Prince doit être dure comme le roc, pour percer les fausses idées que les protagonistes se font d'eux mêmes. Ironiquement, il ne peut voir sa propre vérité.

William Astre est l’auteur de cette mise en scène, mais il en est également l’interprète principal.
Pour arriver à cette exposition sensuelle et violente du corps, l’acteur prouve un courage et une volonté d’aller au bout de son personnage qui a de quoi provoquer un vrai choc émotionnel.

La scène finale, où Hippolyte gît nu et prostré près du corps de sa belle-mère morte, ressemble assez étrangement aux dernières images du Roi Roger dirigé par Warlikowski. 

 

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Publié le 15 Septembre 2009

Wozzeck (Alban Berg)
Répétition générale du 14 septembre 2009
Opéra Bastille

Direction musicale Harmut Haenchen

Mise en scène Christoph Marthaler

Wozzeck Vincent Le Texier
Marie Waltraud Meier
Le Tambour-major Stefan Margita
Le Capitaine Andreas Conrad
Le Docteur Kurt Rydl
Margret Ursula Hesse von den Steinen
Andres Xavier Moreno

 

Vous voulez vivre les débordements sentimentaux de la vie. Alors Mireille est pour vous, à condition que vous arriviez à obtenir une entrée à l’Opéra Garnier.

A moins que ce ne soit un autre aspect de la vie qui vous intéresse, sa violence et la manière dont elle se diffuse et se restitue, sans qu’au bout du compte l’on sache qui est victime ou bien bourreau.

Rien que pour vous Harmut Haenchen pousse l’Orchestre de l’Opéra de Paris dans ses dimensions les plus extrêmes, comme un corps grand ouvert d’où battent les pulsations d’un cœur à vif dans une direction, se fracassent ailleurs des matériaux métalliques d‘une intensité qui tente de saturer l‘auditeur, puis émergent des sonorités frémissantes, une pâte sonore large qui vous agrippe et ne cherche nullement à charmer.

Sylvain Cambreling avait paru bien lyrique lors de la création, il y a deux ans.
Aujourd’hui il s’agit également d’harceler le spectateur.

Vincent Le Texier n’est plus un Wozzeck intériorisé. Il renvoie sa souffrance, semble plus proche d’une déchéance spirituelle et physique immédiate, son sort est déjà réglé. Le timbre n’est pas aussi beau que Simon Keenlyside, mais nous avons ici un rôle encore plus crédible, où pitié et malaise se mélangent.

Du côté des méchants, Kurt Rydl est un docteur absolument sordide, lorsque le vibrato de son chant, combiné à la musique, conduit vers le mal au cœur.
Que ce soit Andreas Conrad, aux aigus inhumainement saillants, ou bien Stefan Margita d’une liberté expressive surprenante, c’est un entourage infernal qui enserre le pauvre marginal.

                                          Vincent Le Texier (Wozzeck)

Waltraud Meier est à cette occasion dans une forme vocale que certains n’attendent sans doute pas. Entendez simplement son cri « Rühr’ mich nicht an! (Ne me touche pas!) ». Demain il résonnera encore.

Elle a ici la dimension d’une femme mûre, bien moins inconsciente que ne l’incarnait Angela Denoke à la création, mais paraît aussi un peu étrangère à cette vie sans espoir autour d’elle. 

       Waltraud Meier (Marie)

Cette reprise de la production de Christoph Marthaler qui repose sur plusieurs points forts - le rapport vitalité des enfants/vitalité de la musique, l’exclusion qui se détermine dès l’enfance, la complexité du décor unique et de ses éclairages, le pianiste qui fuit subitement l'hystérie générale - est à nouveau d’une force phénoménale, un prolongement plus que nécessaire du travail théâtral qu’a effectué Gerard Mortier pendant cinq ans. 

Lire également la présentation de Wozzeck.

 

 

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Publié le 13 Septembre 2009

Mireille (Gounod)
Répétition générale du 12 septembre 2009 et
Actes IV/V du 14 septembre au Palais Garnier
Version originale de 1864 (Théâtre Lyrique)

Direction musicale Marc Minkowski

Mise en scène Nicolas Joel

Mireille Inva Mula
Vincent Charles Castronovo
Ourrias Franck Ferrari
Maître Ramon Alain Verhnes
Taven Sylvie Brunet
Andreloun Sébastien Droy
Maître Ambroise Nicolas Cavallier
Clémence Amel Brahim-Djelloul
Vincenette Anne-Catherine Gillet
Le Passeur Ugo Rabec
Une Voix d’en-haut Sophie Claisse


                                                              Sylvie Brunet (Taven) et Charles Castronovo (Vincent)

Par une surprenante coïncidence, la dernière saison de Gerard Mortier avait débuté à l’Opéra Garnier avec Eugène Onéguine. Nicolas Joel se rend-il compte de l’originale réponse que représente Mireille pour l’ouverture de sa première saison?

Quel rapport direz vous ?  A l’écoute, se produit à plusieurs reprises le sentiment d’une atmosphère intime déjà entendue. « Et moi, si par hasard, quelque jeune garçon… » (acte 1, scène 3), « Trahir Vincent, vraiment ce serait être folle! » (acte 2, scène 5), « Frappez… et que Dieu vous pardonne! » (acte 2 scène 10), « Heureux petit berger » (acte 4, scène 6), ces quelques airs font ressurgir les sincères pensées de Tatiana, emportées dans fin tissu musical ondoyant (scène de la lettre).

Renseignement pris, Tchaïkovski avait entendu Mireille, ce qui laisse peu de doute sur l’inspiration qu’il a pu y puiser, ne serait ce que par le thème de la campagne.

Car l’intérêt de cet opéra peu connu de Charles Gounod réside bien plus dans la musique que dans l’histoire. La foi de Mireille y est exagérément mise en avant, au point d'affaiblir la crédibilité et la force de ses sentiment amoureux.

Malgré cinq actes, 2 heures quarante de musique, et un livret peu touchant, l’oreille a de réels motifs d’être en permanence captivée, que ce soit par les ornements du hautbois, les voix surnaturelles, les airs de personnages qui ne sont que de passage, bref une vie incessante, où ne manquent que quelques duetti.

                                  Amel Brahim-Djelloul (Clémence) et Inva Mula (Mireille)

Avec Marc Minkowski les partitions reprennent toujours un influx nerveux rajeunissant, une dynamique stimulante, qui donnent lieu à quelques excès lorsqu’il s’agit d’impressionner.
Quelquefois, le rythme s’accélère même, ce qui demande aux chanteurs un effort certain pour tenir la cadence.

Mais le résultat est là : le spectateur ne décroche pas, éveillé par un son chaleureux, à l’image du climat convivial et exigeant entretenu par le chef.

Le chant est la valeur que souhaite défendre le nouveau directeur de l’Opéra de Paris. Avec toutes les précautions d'usage à propos d'un répétition générale, on peut prévoir que les représentations de Mireille vont soulever quelques discussions.

Alain Verhnes en impose sans problème, et Sylvie Brunet surprend par la qualité de son interprétation, beaucoup de filets de voix très aériens, caressants, sont comme des mots d’amour à Mireille. Taven, plus une mère qu’une sorcière.

Brève apparition, mais idéale en Vincenette, Anne Catherine Gillet est un enchantement de fraîcheur (phrasé impeccable en plus).

Cependant, le personnage principal n’est pas à la portée de toutes les chanteuses. La créatrice du rôle, Caroline-Marie Miolan Carvalho, était elle même effrayée par la scène de Crau, exigeant de solides ressources dramatiques.
                                  Alain Verhnes (Maître Ramon)

Inva Mula se donne pourtant totalement dans ce rôle avec un cœur et un courage visibles. Elle a pour elle une bonne expérience de l’Opéra français, une puissance vocale, et du charme.

Reste que ce soir lui font défaut rondeur et aération vocales.
Les aigus sont souvent étouffés, les pianis confidentiels, le sens mélodique se perd un peu. Mireille reste trop pâle, trop sentimentale jusqu’au bout.

Charles Castronovo, beau timbre sombre, semble également rester en retrait, plus terne qu'à son habitude, Franck Ferrari, comme très souvent dans les rôles noirs, privilégie les expressions violentes et brutes, Amel Brahim-Djelloul paraît bien discrète même à Garnier, et le passeur d’Ugo Rabec ne fait trembler personne.


Mais qu’aurions nous aimé entendre la voix d’en haut de Sophie Claisse pour incarner le jeune berger, car en confiant ce rôle ci à un ténor (Sébastien Droy), l’angélisme de l’enfant disparaît tout simplement, nous valant la plus grande frustration de la soirée.

Spécialiste des mises en scènes naïves, Nicolas Joel, épaulé par le décorateur Ezio Frigerio, présente une vision de Mireille qui ne surprendra personne parmi les habitués des spectacles du Capitole. Les blés sont dorés comme l’or de Garnier, la surface du Rhône (joli tableau visuel et musical) scintille sous les lueurs de la Lune, et les éclairages les animent comme par le vent.

Programmer et diriger Mireille, avec une équipe artistique qu'il apprécie totalement, est donc d'abord pour le nouveau directeur de l'Opéra de Paris une manière de se présenter et de dire "Voilà un moyen de mieux me connaître, et mes goûts sont ainsi.".
    L'escalier fleuri lors de la première représentation de Mireille au Palais Garnier.
   Un certain sens de la provocation peut-on dire.

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