Publié le 25 Mai 2013

Alors que la saison 2013/2014 s’annonce plus intéressante à l’Opéra de Paris que la saison en cours, les maisons lyriques européennes ont à peu près toutes fait connaître leur programmation.
Munich, Madrid, Berlin et Londres seront les grandes villes phares de l’art lyrique, Bruxelles, Zürich et Milan vont aussi proposer quelques ouvrages mis en scène par des directeurs novateurs, et Vienne poursuit sa programmation routinière en laissant de côté toute la dimension théâtrale de son répertoire.

Sans prétendre énumérer toutes les productions pour lesquelles il faudra se déplacer, la liste ci-dessous est une sélection tout à fait subjective d’œuvres à voir et entendre en Europe, pour elles mêmes, très souvent mis en scène par les meilleurs directeurs de théâtre, avec de bonnes distributions artistiques.


La Monnaie de Bruxelles
La Clémence de Titus (Mozart) du 10 au 26 octobre 2013
Msc van Hove, Dm Morlot, Streit/C.Workman, Gens/Penda, Losier/Grevelius
Hamlet (Thomas) du 03 au 22 décembre 2013
Msc Py, Dm Minkowski, Degout/Pomponi, Le Tezier, Larmore/Brunet-Grupposo, Yoncheva/Gimore
Orphée et Eurydice (Gluck/Berlioz) du 17 juin 2014 au 02 juillet 2014
Msc Castellucci, Dm Niquet, d’Oustrac, Devieilhe, Treble

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   Stéphane Degout (Hamlet msc Olivier Py au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

 

Vlaamse Opera Anvers /  Gand
Tristan et Isolde (Wagner) du 21 septembre au 05 octobre 2013 / du 17 au 20 octobre 2013
Msc Lernous, Dm Jurowski, Farina/Schager, Braun/Amman, Jerkunica, Dike

Vlaamse Opera Anvers
Lady Macbeth de Mzensk (Shostakovich) du 21 mars au 06 avril 2014
Msc Bieito, Dm Jurowski, Tomlinson, Stundyte, Elgr, Ludha

Royal Opera House Covent Garden
Les Vêpres Siciliennes (Verdi) du 11 octobre 2013 au 11 novembre 2014
Msc Herheim, Dm Pappano, Poplavskaya, Hymel, Schrott, Volle
Die Frau ohne Schatten (Strauss) du 14 mars au 02 avril 2014
Msc Guth, Dm Bychkov, Botha, magee, Schuster, Reuter, Pankratova
Manon Lescaut (Puccini) du 17 juin au 07 juillet 2014
Msc Kent, Dm Pappano, Opolais, Maltaman, Kaufmann, Muraro

English National Opera
Satyagraha (Glass) du 20 novembre au 08 décembre 2013
Msc McDermott, Dm Stratford, Oke, Kelly
Benvenuto Cellini (Berlioz) juin 2014
Msc Gilliam, Dm Gardner, Spyres, Winters, Hunka, Spence, Mirriny

DeNederlandse Opera
Armida (Gluck) du 06 au 27 octobre 2013
Msc Kosky, Dm Bolton, Gauvin, Foster-Williams, Antoun, Droy
Faust (Gounod) du 10 au 27 mai 2014
Msc La Fura dels Baus, Dm Minkowski, Fabiano, Petrenko, Sempey, Helmer, Yoncheva, Crebassa

Oper Frankfurt
Ezio (Gluck) du 14 novembre au 07 décembre 2013
Msc Boussard, Dm Curnyn, Cencic, Murrihy, Prina, Fomina
Die Gespenstersonate (Reimann) du 29 janvier au 08  février 2014
Msc Sutcliffe, Dm Januschke, Volle, Mayr, Galliford, Silja
Daphne (Strauss) du 06 au 22 mars 2014
Msc Guth, Dm Blunier, Baldvinsson, Baumgartner, Bengtsson, Behle, Marsh

Hamburgishe Staatsoper
La Battaglia di Legnano (Verdi) du 20 octobre au 20 novembre 2013
Msc Alden, Dm Young, Martirossian, Almaguer, Voulgaridou, Jo Loeb, Lee, Rud
I Due Foscari (Verdi) du 27 octobre au 21 novembre 2013
Msc Alden, Dm Young, Dobber, Filianoti, Nizza, Atfeh
I Lombardi alla prima crociata (Verdi) du 13 au 28 novembre 2013
Msc Alden, Dm Young, Pisapia, Relyea, Damian, van den Heever

Staatsoper im Shiller Theater (Berlin)
La Fiancée du Tsar (Rimski-Korsakov) du 03 octobre au 01 novembre 2013
Msc Tcherniakov, Dm Barenboim, Kotcherga, Peretyatko, Kränzle, Schabel, Cernoch, Rachvelishvili
Tannhäuser (Wagner) du 12 au 27 avril 2014
Msc Waltz, Dm Barenboim, Pape, Seiffert, Mattei, Sonn, Hoffmann, Prudenskaja, Poplavskaya
Simon Boccanegra (Verdi) du 13 au 17 avril 2014
Msc Tiezzi, Dm Barenboim, Domingo, Hartejos, Belosselskiy, Sartori, Odena
Dido & Aeneas (Purcell) du 06 au 17 mai 2014
Msc Waltz, Dm Moulds, Ugolin, Willcox, York

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Sasha Waltz (mises en scène de Tannhäuser et Dido & Aeneas au Staatsoper Berlin)

 

Deutsche Oper Berlin
La Damnation de Faust (Berlioz) du 23 février au 08 mars / & 23 mai au 01 juin 2014
Msc Spuck, Dm Runnicles, Margaine / Garanca, Vogt / Polenzani, Youn / d’Arcangelo
Tristan und Isolde (Wagner) du 14 au 25 mai 2014
Msc Vick, Dm Runnicles, Stemme, Youn, Gould, Liang Li, Baumgartner
Billy Budd (Britten) du 22 mai au 06 juin 2014
Msc Alden, Dm Runnicles, Ulrich, Chest, Saks, Brück, Pesendorfer

Komische Oper Berlin
Die Soldaten (Zimmermann) du 15 juin au 09 juillet 2014
Msc Bieito, Dm Feltz, Larsen, Elmark, Gumos, Vyaznikova, Lie

Semperoper Dresde
Elektra (Strauss) du 19 au 31 janvier 2014
Msc Frey, Dm Thielemann, Meier, Herlitzius, Schwanewilms, van Aken, Pape

Bayerische Staastoper Munchen
Die Frau ohne Schatten (Strauss) du 21 novembre au 07 décembre 2013
Msc Warlikowski, Dm Petrenko, Botha, Pieczonka, Polaski, Holecek, Koch, Pankratova
La Force du destin (Verdi) du 22 décembre 2013 au 11 janvier 2014
Msc Kusej, Dm Fisch, Kowaljow, Hartejos, Tézier, Kaufmann, Krasteva
La Clémence de Titus (Mozart) du 10 au 26 février 2014
Msc Bosse, Dm Petrenko, Spence, Opolais, Müller, Erraught, Brower

Theater an der Wien
I due Foscari (Verdi) du 15 au 27 janvier 2014
Msc Strassberger, Dm Conlon, Domingo, Chacon-Cruz, Agresta, Tagliavini, Owens

Theater Basel
Blanche Neige (Holliger)
Msc Freyer, Dm Holliger, Wesseling, Prégardien, Bolduc, Kudinov

Operhaus Zurich
Jenufa (Janacek) du 22 novembre au 07 décembre 2013
Msc Tcherniakov, Dm Lange, Opolais, Martens, Schwarz, Cernoch, Ventris
La Dame de Pique (Tchaïkovski) du 06 avril au 18 mai 2014
Msc Carsen, Dm Belohlavek, Didyk, Markov, Monogarova, Soffel, Mulligan, Zysset
Peter Grimes (Britten) du 24 au 31 mai 2014
Msc Pountney, Dm Heras-Casado, Ventris, Magee, Rootering, Friedli

Scala de Milan
La Traviata (Verdi) du 7 décembre 2013 au 03 janvier 2014
Msc Tcherniakov, Dm Gatti, Damrau, Piunti, Zampieri, Beczala, Lucic
La Fiancée du Tsar (Rimski-Korsakov) du 02 au 14 mars 2014
Msc Tcherniakov, Dm Barenboim, Kotcherga, Peretyatko, Kränzle, Schabel, Cernoch, Prudenskaya
Elektra (Strauss) du 18 mai au 10 juin 2014
Msc Chereau, Dm Salonen, Meier, Herlitzius, Pieczonka, Randle, Pape

Teatro La Fenice (Venezia)
L’Africaine (Meyerbeer) du 23 novembre au 01 décembre 2013
Msc Muscato, Dm Villaume, Pratt, Kunde, Simeoni

Parme / Busseto
Simon Boccanegra (Verdi) du 01 au 11 octobre 2013
Msc De Ana, Dm Bignamini, Frontali, Prestia, Caria, Choi, Remigio, Torre
Falstaff (Verdi) du 12 au 26 octobre 2013
Msc Bruson & Bianchi, Dm Rolli, Bruson (12, 17)
I Masnadieri (Verdi) du 18 au 27 octobre 2013
Msc Muscato, Dm Ciampa, Rares , Aronica, Rucinski, Florian, Coriano

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La Légende de la Ville invisible de Kitège (Teatre del Liceu)

 

 Grand Teatre del Liceu (Barcelona)
La Légende de la ville invisible de Kitege (Rimski-Korsakov) du 13 au 30 avril 2014
Msc Tcherniakov, Dm Pons, Ignatovitx, Aksenov, Halfvarson, Tiliakos, Ognovenko

Teatro Real de Madrid
The Indian Queen (Purcell) du 05 au 19 novembre 2013
Msc Sellars, Dm Currentzis, Bullock, Koutcher, Dumaux, Yi, Brutscher, Stewart, Qave,
Brokeback Mountain (Wuorinen) du 28 janvier au 11 février 2014
Msc van Hove, Dm Engel, Randle, Okulitch, Buck, Minutillo, Heschenfeld, Summers, Henschel
Alceste (Gluck) du 27 février au 15 mars 2014
Msc Warlikowski, Dm Bolton, Groves/Randle, Caterina Antonacci/Soloviy, White
Lohengrin (Wagner) du 03 au 27 avril 2014
Msc Hemleb, Dm Haenchen, Hawlata/Juric, Ventris/Konig, Naglestad /Schwanewilms, Mayer/Tomasson, Polaski / Zajick

Opera National de Paris
Alceste (Gluck) du 12 septembre au 07 octobre 2013
Msc Py, Dm Minkowski, Alagna/Beuron, Koch, Lapointe, Sempey, Ferrari, Henry
Aïda (Verdi) du 10 octobre au 16 novembre 2013
Msc Py, Dm Jordan, Cigni, D’Intino, Bocharova, Dyka/Garcia, Alvarez/Dean Smith
Elektra (Strauss) du 31 octobre au 01 décembre 2013
Msc Carsen, Dm Jordan, Meier, Theorin, Merbeth, Begley, Nikitin

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Publié le 23 Mai 2013

Crépuscule01Der Ring des Nibelungen - Götterdämmerung (Richard Wagner)
Répétition générale du 18 mai 2013
Opéra Bastille

Siegfried Torsten Kerl
Gunther Evgeny Nikitin
Hagen Hans-Peter König
Alberich Peter Sidom
Gutrune, Dritte Norn Edith Haller
Zweite Norn, Waltraute Sophie Koch
Brünnhilde Petra Lang
Erste Norn, Flosshilde Wiebke Lehmkuhl
Woglinde Caroline Stein
Wellgunde Louise Callinan

Direction Musicale Philippe Jordan
Mise en scène Günter Krämer (2011)

                                                                                                        Petra Lang (Brünnhilde)


La mise en scène du Ring par Günter Krämer n’a eu aucun soutien de la critique française, à cause, principalement, de son esthétisme d’ensemble qui séduit rarement l’œil, alors qu’à New York et Milan, Robert Le Page et Guy Cassiers ont tout misé sur la vidéo et la machinerie en privilégiant le grand spectacle pour grands enfants.

Pourtant, ces deux dernières réalisations ne comportent qu’un traitement de surface raffiné, clinquant, alors que le concept du régisseur allemand cherche à raccrocher le sens de l’œuvre et la psychologie des personnages à l’évolution de la société germanique du XXième siècle.

Crepuscule02.jpg   Peter Sidom (Alberich) et le jeune Hagen

 

Cette réflexion sur le fond semble n’avoir intéressé personne, alors que toutes les villes d’Allemagne relevées depuis la seconde guerre mondiale en portent toujours les traces des pertes et des destructions, et des vides qu’elles ont conservés.

Dans le Crépuscule des Dieux, Günter Krämer, avec un sens de la dérision bienveillant, décrit comment l’humanité que recherchait Brünnhilde s’est incarnée dans un bonheur bourgeois et innocent, avec Siegfried, à l’ère industrielle. Tous deux font de la barque le long du Rhin, sur fond d’un paysage portuaire noyé dans les lueurs du crépuscule, alors que les trois nornes, trois femmes séductrices, annoncent une fin proche. Siegfried apparaît déjà, et ce sera une constante tout le long du drame, comme quelqu’un d’influençable, l’image d’une faiblesse qu’il payera de sa vie.

Crepuscule03.jpg  Wiebke Lehmkuhl, Sophie Koch, Edith Haller (les trois nornes)

 

En remontant le Rhin, le héros arrive dans le sud de l’Allemagne, à Munich, capitale de la Bavière, là où, dans une brasserie, Adolf Hitler réalisa un premier coup d’état. Le palais des Gibichungen est donc cet univers faussement festif où germent les intrigues de prises de pouvoir.

Gunther et Gutrune s’apparentent à un médiocre couple bourgeois de province arriviste, en quête de renommée, et Hagen, dans son fauteuil roulant, assoie sa stature d’homme froidement calculateur qui prépare la guerre.
Siegfried se laisse abuser par l’alcool, Torsten Kerl génialement drôle, et oublie Brünnhilde.

Crepuscule04.jpg   Petra Lang (Brünnhilde) et Torsten Kerl (Siegfried)

 

Elle est rejointe, plus tard, dans ses appartements, par sa sœur Waltraute, vêtue telle Sainte Jeanne des Abattoirs, militante qui croit encore possible de sauver l’homme d’une société qui va à sa perte. Elle représente un des derniers sursauts d’idéal, les marches du Walhalla se perçoivent encore un peu dans l’ombre du fond de scène, avant la catastrophe du second acte.
Cette référence à Brecht est également appuyée par le feu, projeté sur une grande structure en forme de porte métallique, qui peut évoquer celui dans lequel disparurent les ouvrages rebelles.

La seconde partie est une référence évidente à l’embrigadement nazi et à une scène présente dans le film Le tambour (Volker Schlöndorff – 1979), qui montre un rassemblement en musique et la ferveur national-socialiste qui agite des petits drapeaux en croix gammées.

Crepuscule05.jpg   Hans Peter König (Hagen) et Edith Haller (Gutrune)

 

Le décor, avec guirlandes et cocardes multicolores en avant-scène, découvre par la suite une estrade avec les guerriers, aux couleurs des SA,  qui chantent sur une marche militaire, et qui se transforment, par une astucieuse variation d’éclairage, en de simples villageois aimant les chansons à boire. Cette manière de montrer les deux visages de ces gens, en suivant le changement de tonalité de la musique, est une idée saisissante par l’effet de surprise qu’elle crée. Les petits drapeaux agités ne portent pas de symboles nazis, mais des grappes de raisins.

Par rapport à la création, il y a deux ans, cet acte est aussi d’une plus grande intensité théâtrale, avec un renforcement de la tension entre les chanteurs amenés à jouer à fond le drame.

Crepuscule06.jpg   Sophie Koch (Waltraute)

 

Le dernier acte ouvre avec Siegfried vu de dos, marqué par une croix noire à double signification. Elle désigne évidemment son point faible, mais, en exécutant un geste d’allégeance, celui-ci symbolise aussi le ralliement des sectes religieuses, voire de la Franc-maçonnerie, à la politique d’Hitler dans les années 30. Fin d’un autre idéal spirituel.

Le meurtre de Siegfried par Hagen apparaît comme celui d’un homme instrumentalisé et qui n’aura rien compris de sa vie aux enjeux politiques.

La structure métallique, omniprésente, est ensuite utilisée pour montrer la montée impressionnante de Siegfried au Walhalla, impressionnante avant tout par la force de la direction musicale, et la mort de Brünnhilde, pour laquelle le metteur en scène n’a pas la meilleure idée en plaquant son ombre sur ce grand écran, ni en représentant les héros éliminés comme dans un jeu vidéo.
Quant au final, au lieu que ne se sublime l’amour entre Siegfried et Brünnhilde, ne reste, en avant plan, que l’Or du Rhin, la richesse matérielle.

Crepuscule07.jpg   Petra Lang (Brünnhilde) et Torsten Kerl (Siegfried)

 

Dans cette mise en scène qui raconte ainsi l’évolution de la société allemande, le symbolisme un peu rustre des décors est compensé par un excellent travail du jeu d’acteur, plus resserré qu’à la création.

Tous les artistes sont fortement liés dramatiquement. Torsten Kerl n’est pas un Siegfried assez rayonnant pour la salle de l’Opéra Bastille, cela a été suffisamment dit, mais son personnage absurde est d’une crédibilité très attachante. Vocalement, c’est la souplesse des variations entre sa tessiture aigue et la noirceur de ses intonations graves que l’on retient le mieux.

Après avoir entendu son interprétation de Brünnhilde, peut-on croire que Petra Lang soit mezzo-soprano? Son aisance à s’incarner dans les aigus lancés à cœur ouvert, vibrant, alors que l’on ne l’entend plus quand elle se replie sur des graves imaginaires, donne l’impression qu’un fragment de caractère ne s’exprime pas. L’actrice est rebelle, superbement impulsive, ne manque donc qu’une richesse de couleurs qui pourrait rendre son air final plus noir et pathétique.

Crepuscule08.jpg Torsten Kerl (Siegfried)

 

Magnifique Hagen, il faut entendre au moins une fois son appel tétanisant au deuxième acte pour rester impressionné à vie par Hans-Peter König. Il est l’image même de l’autorité qui n’existe que par une énergie interne phénoménale.
Peter Sidom est toujours un génial Alberich, tortueux et torturé, Sophie Koch, regards désespérés et abattus, impose une présence scénique en laquelle s’exprime un art de la déclamation morbide fascinant, et Evgeny Nikitin transforme presque le médiocre Gunther en un double de Wotan, redoutable et sans scrupule.

Elle a un rôle plus secondaire, mais Edith Haller fait don à Gutrune d’une belle voix dorée et d’un tempérament déchiré.
Par ailleurs, elle est accompagnée par Sophie Koch et Wiebke Lehmkuhl dans le trio d’ouverture des trois nornes, chacune faisant entendre un chant bien timbré, sensuel et enveloppant quand Philippe Jordan réussit aussi bien à lever les magnifiques tissures évanescentes de la musique.

Crepuscule09.jpg   Petra Lang (Brünnhilde)

 

Tout l’art du directeur musical est de savoir créer une atmosphère irréelle et fragile d’une extrême finesse, et de modeler la chaleur sensuelle du corps des instruments à vents, qu’ils soient de cuivre ou de bois. Les leçons de Bayreuth sont apprises, alors le volume de l’orchestre prend de l’ampleur, les cors deviennent plus agressifs, mais pas toujours, et quelques passages, l’ouverture du second acte, se complaisent dans des effets inconsistants, là où la noirceur de la musique devraient être plus appuyée. Mais le voyage n’en est pas moins extraordinaire.

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Publié le 17 Mai 2013

Don-Carlo04.jpgDon Carlo (Giuseppe Verdi)
Version cinq actes de Modène (1886) en italien
Représentation du 08 mai 2013
Royal Opera House Covent Garden (Londres)

Don Carlos Jonas Kaufmann
Elisabetta Lianna Haroutounian
Posa Mariusz Kwiecien
Filippo II Ferruccio Furlanetto
Eboli Béatrice Uria-Monzon
Le Grand Inquisiteur Eric Halfvarson
Le Moine Robert Lloyd

Mise en scène Nicholas Hytner
Direction Musicale Antonio Pappano


 

Don Carlo est le drame romantique le plus tragique que Verdi ait transposé en musique. Tous les sentiments humains y sont broyés par le pouvoir et la raison d’état, et les grandes scènes festives, violentes ou spectaculaires y recouvrent les moments où se révèlent les rapports intimes contradictoires entre les cinq grands personnages, tous subissant la pression implacable du Grand Inquisiteur prêt à détruire la moindre trace de bonheur humain, afin de garantir la paix de l’Empire et ses propres privilèges.

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   Mariusz Kwiecien (Rodrigo) et Ferruccio Furlanetto (Philippe II)

 

L’ombre de cette figure suffit à éprouver cette volonté fanatique, et toujours actuelle, des religieux à interférer dans les relations humaines, même quand l‘amour en est le fondement. Verdi faisait cependant bien la distinction entre le sentiment spirituel, nécessaire à la vie, et le comportement paradoxalement inhumain des institutions cléricales.

La production que présente le Royal Opera House a été créée en 2008 par Nicholas Hytner, l’actuel directeur du Royal National Theater, théâtre dont on peut voir le bâtiment depuis le Waterloo Bridge sur la rive sud de la Tamise.

Don-Carlo02.jpgComme il s’agit de la rare version de Modène en cinq actes qui est présentée sur scène, le premier acte de Fontainebleau est rétabli.

Le metteur en scène se repose ainsi sur une scénographie qui esthétise les lieux historiques du drame, et, au premier acte, quand apparaît une forêt d’hiver stylisée sur un fond luminescent bleu et blanc, avance doucement, au milieu de ce décor, Jonas Kaufmann.

Le ténor allemand est parfait pour représenter un jeune prince romantique, même si le véritable Don Carlo était très éloigné de ce portrait idéalisé, mais quelques toux et un engagement superficiel, faussement enfantin, montrent qu’il n’est pas au mieux de sa forme.

Ferruccio Furlanetto (Philippe II) et Lianna Haroutounian (Elisabeth de Valois)

 

La tessiture grave est plus rauque qu’à l’accoutumée, et sa magnifique musicalité, tout comme son talent à phraser en se laissant aller au susurrement des mots, renvoie une image introvertie de Don Carlo. Au dernier acte, il dégage ainsi une certaine force en s’immobilisant visage et mains plaqués au pied de l’autel qui lui est dédié.

Mais, sans la flamme rayonnante que des chanteurs latins peuvent naturellement faire vivre, le personnage s’efface devant le Posa assuré et juvénile de Mariusz Kwiecien.

Don-Carlo03.jpg   Béatrice Uria-Monzon (Eboli)

 

Avec ses belles couleurs slaves, l’expression de celui-ci est facile et virile, directe, comme s’il avait l’optimisme que Carlo n’a plus. Toutefois, cela ne suffit pas à créer ce nœud relationnel accrocheur avec les partenaires pour nous sortir de cette impression diffuse d’un jeu sommaire où rien ne se passe et, surtout, d‘une interprétation, là aussi, un peu trop superficielle . Le jeu d’acteur rudimentaire n’y est sans doute pas pour rien.

Et l’on retrouve cela avec Lianna Haroutounian, qui est une Elisabeth aux talents vocaux dramatiques certains, douée d’une impressionnante capacité à ressentir la théâtralité de la musique.

Les aigus sont magnifiquement projetés, la voix un peu moins pure, et moins sombre, que celle d’Anja Harteros, mais elle dégage plus de lumière, même si l’appropriation de cette grande figure royale ne révèle pas de sentiments complexes qui puisse susciter une empathie naturelle.

Don-Carlo07.jpg   Lianna Haroutounian (Elisabeth de Valois)

 

Femme fascinante par l’énergie sauvage qu’elle dégage, Béatrice Uria-Monzon est une excellente surprise en Ebolie. Il n’y a rien de démonstratif ou bien d’exagérément forcé comme on aurait pu s’y attendre dans un tel rôle aux accents outrés. Pour dire vrai, elle réussit à maintenir une interprétation unifiée à travers ces deux grands airs, « La chanson du voile » et « O’ Don Fatale »,  et la scène du jardin avec Carlo et Rodrique.
Elle se montre d’une profondeur et d’un souci de la musicalité, même dans le premier air redoutable, qui la rend très intrigante, car son phrasé est habituellement plus lissé par son timbre nocturne.

Don-Carlo06.jpg   Ferruccio Furlanetto (Philippe II)

 

Et puis il y a Ferruccio Furlanetto, le grand Philippe II des deux dernières décennies. On peut trouver un témoignage au disque, dans l’enregistrement de Don Carlo qu’il a réalisé il y a 23 ans à New York, sous la direction de James Levine. Très jeune à l’époque, il est devenu un interprète extraordinairement bouleversant en qui les aspirations humaines suintes de toutes parts, sans que cela ne dénature sa prestance naturelle.
Accompagné par un orchestre langoureux au possible, « Ella giammai m’amo »  est déroulé avec un souffle désillusionné empreint d’une vérité telle que chacun pourrait pleurer sur cet air toutes ses peines de cœur sans que cela n’atteigne la beauté d’une incarnation qui rend la vie si magnifique à admirer.

Deux autres basses interviennent dans cet opéra si sombre et si révélateur de la tragédie d’une vie qui file sous nos doigts, Eric Halfvarson, le Grand inquisteur, et Robert Lloyd, le vieux moine du monastère de Saint Just. Dans le grand duo avec Philippe II, l’usure du premier résiste bien à la déclamation tortueuse écrite pour ce rôle suprêmement menaçant, mais la terrible incarnation de Robert Lloyd s’impose avec plus de force encore, comme sa voix est entièrement vibrante de terreur humaine. Là, nous sommes au cœur de l’art comme expression de la mort qui vient vous rappeler qu‘il y aura bien une fin.

Don-Carlo05.jpg   Jonas Kaufmann (Don Carlo)

 

Mais, malgré la difficulté des chanteurs à créer une grande fresque humaine qui les dépasse, et malgré une mise en scène qui mise surtout sur quelques belles impressions austères en clair-obscur du palais carcéral de l’Escurial, la musique de Verdi l’emporte naturellement, très bien servie par la direction nerveuse et tout en souplesse d’Antonio Pappano. Le directeur musical entretient un beau courant fait de cordes entrelacées qui se fondent dans la lave et la chaleur des cuivres pour produire un univers sonore ample, en mouvement constant, et où l’âme, tout en douceur, se laisse prendre à ces méandres envoûtants. Dix jours après le Don Carlo mené à la hâte par Noseda au Théâtre des Champs Elysées, retrouver une interprétation très sombre mais dense, même chantée comme une succession d'airs, permet de revivre les premières émotions puissantes qui apparurent à la découverte de ce chef d'oeuvre. D'autant plus que le choeur, plein de vie et même élégiaque à la fin du premier acte, a été irréprochable.

 

Don-Carlo08.jpg    Eric Halfvarson (Le Grand Inquisiteur) et Ferruccio Furlanetto (Philippe II)

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Publié le 12 Mai 2013

DonGiovanni03.jpgDon Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 07 mai 2013

Théâtre des Champs Elysées


Don Giovanni Markus Werba
Il Commendatore Steven Humes
Donna Anna Sophie Marin-Degor
Don Ottavio Daniel Behle
Donna Elvira Miah Persson
Leporello Robert Gleadow
Masetto Nahuel Di Pierro
Zerlina Serena Malfi

Mise en scène Stéphane Braunschweig
Direction musicale Jérémie Rhorer
Le Cercle de l’Harmonie

                                                                                                              Markus Werba (Don Giovanni)

 

Depuis le Don Giovanni d’après guerre dirigé à Salzbourg par Wilhelm Furtwängler sous la régie d’Herbert Graf, le regard de ce personnage redoutable a pris de la noirceur dans le film de Joseph Losey. Il s’est par la suite transformé, sous l’œil acéré de Michael Haneke, en une force manipulatrice fascinante et encore plus refroidissante.

La nouvelle mise en scène que Stéphane Braunschweig vient de réaliser au Théâtre des Champs Elysées se focalise unilatéralement sur l’obsession pour le sexe que le libertin fait s’extérioriser dans notre société bourgeoise contemporaine.
Ainsi, tous les désirs humains des protagonistes finissent-ils par viser la draperie blanche du grand lit fortement illuminé, au dessus duquel un large miroir reflète le public présent dans la salle.

DonGiovanni01.jpg   Mia Persson (Donna Elvira)

 

Même l’air du catalogue sera chanté en désignant ce grand lit, mémoire de toutes les conquêtes de Don Giovanni, grand lit dans lequel fera son entrée Donna Anna, naturellement, mais aussi Elvire, qui y sera rejointe au deuxième acte par Leporello, après l’air de charme et de travestissement qu’il jouera sous la fenêtre de la chambre.

Quant au bal, il n’est plus que le mime d’une scène d’orgie masquée aussi surnaturelle que la description qu’en a faite Stanley Kunbrick dans Eyes Wide Shut.

Ce qui fait la valeur de ce spectacle est le formidable traitement théâtral qui enchaîne les scènes sans laisser le moindre espace de temps d’ennui, et qui utilise le procédé du plateau tournant, pivot autour duquel trois unités de lieu, la chambre, un cabinet intime, et un grand salon se succèdent tout en permettant un passage de l’une à l’autre, soit par une porte, soit par une des deux fenêtres, l’une en hauteur pour accueillir l’amant, l’autre à hauteur d’homme.

DonGiovanni04.jpg   Robert Gleadow (Leporello)

 

Une scène, celle du duo entre Zerline et Leporello que Mozart a écrit pour la version de Vienne, est insérée également, par intérêt musical ou bien dramatique, en déclinant la relation des deux personnages sous forme d’un jeu sadomasochiste.

Un seul temps mort, toutefois, survient lors de la séquence du cimetière, la voix sonorisée depuis les hauteurs de la salle n’apportant rien à un commandeur simplement assis sur la planche du crématorium où finira le séducteur dans la scène finale. Avec son timbre de basse argenté, Steven Humes est d’ailleurs un très bel homme d’honneur.

Cette scène finale, Jérémie Rhorer la rend extraordinaire pas seulement en assenant les coups fatals du jugement dernier, mais en dessinant des contrastes saisissants entre les vrombissements des basses et les frémissements glaciaux et menaçants des violons.

DonGiovanni02.jpgEt toute sa direction vivifie la partition de traits séduisants et modernes selon un rythme qui enivre d’impertinence et de jeunesse même dans les passages les plus sombres.
Il y a également le charme des sonorités de son orchestre, comme ces cors vifs et éméchés, et la rutilance des cordes.

La distribution, elle, est dominée par Robert Gleadow, qui est un Leporello impressionnant de présence au point de devenir le personnage central, celui qui cherche à mimer et dépasser le maître.
Graves magnifiques et brillants, on entend au cours de l’air du catalogue quelques faiblesses dans des aigus à peine esquissés, sinon tout, absolument tout, aussi bien dans sa stature que son expression vocale, lui donne une dimension charismatique, mais pas forcément subtile et spirituelle.

 

                                                                                              Mia Persson (Donna Elvira)

 

Markus Werba est alors relégué à un rôle de Don Giovanni commun, un homme surfait et creux défini par sa démarche artificielle qui révèle un vide, si bien que le timbre de sa voix, qui est plus marquant dans les récitatifs que dans le chant, ne fait finalement que renforcer ce sentiment d’inexistence du personnage.
Et c’est cela qui choque dans cette mise en scène, comment un personnage aussi insignifiant peut mettre tout ce monde dans un tel état?

Des trois dames, Sophie Marin-Degor et Miah Persson se distinguent par la profondeur qu’elles insufflent à Donna Anna et Donna Elvira. On y voit une féminité bouleversée, une douleur qui ne s’explique pas, un fort réalisme, particulièrement chez la première, qui se retrouve dans leur expression vocale qui n‘est pas sensiblement pure, mais qui donne une image abîmée de ces deux femmes touchantes.

DonGiovanni05.jpg   Sophie Marin-Degor (Donna Anna) et Steven Humes (Le Commandeur)

 

Serena Malfi, elle, est une Zerline de pétulance plutôt rossinienne. Elle est accompagnée par l’âme très assurée de Nahuel Di Pierro.

Parmi toute cette agitation, il y a une personne qui reste hors de tout ce jeu irrationnel, Don Ottavio. Daniel Behle lui rend une belle tendresse mélancolique, un peu lunaire, rarement ce personnage aura paru aussi nocturne et isolé.

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Publié le 1 Mai 2013

Dimanche 05 mai 2013 sur France 3 à 00h15
Turandot (Puccini)
M.Guleghina, S.Licitra, T.Iveri, dir Domingo, msc Zeffirelli
Fondazione Arena

Dimanche 05 mai 2013 sur Arte à 19h00
Symphonie n°5 (Prokofiev)
Mariinski de St Petersbourg, dir Gergiev

Mardi 07 mai 2013 sur France 2 à 00h30
Andrea Chénier (Giordano)
M.Alvarez, M.Carosi, S.Murzaev, dir Oren, msc DelMonaco
Opéra National de Paris 2010

Dimanche 12 mai sur Arte à 15h40
Don Pasquale (Donizetti)
Dir E.Mazzola, msc D.Podalydès
Théâtre des Champs Elysées

Dimanche 12 mai 2013 sur Arte à 19h00
Arturo Toscanini dirige Wagner

Dimanche 12 mai 2013 sur Arte à 22h40
Le Vaisseau Fantôme (Wagner)
B.Terfel, A.Kampe, dir A.Altinoglu
Opéra de Zurich

Samedi 18 mai 2013 sur Arte à 17h35
Architectures : L'Opéra Garnier

Dimanche 19 mai 2013 sur France 3 à 00h15
Concerto n°2 (Rachmaninov)
Lugansky (piano)

Dimanche 19 mai 2013 sur Arte à 16h20
Une journée dans la vie du pianiste
Francesco Tristano

Dimanche 19 mai 2013 sur Arte à 16h50
Richard Wagner et les juifs


Dimanche 19 mai 2013 sur Arte à 19h00
Siegfried Idyll et les Wesendonck Lieder (Wagner)

Lundi 20 mai 2013 sur Arte à 02h15
Claudio Abbado dirige Mahler et Prokofiev

Dimanche 26 mai 2013 sur Arte à 15h30
Danser le printemps d'automne (Documentaire)

Mercredi 29 mai 2013 sur Arte à 20h45
Le Sacre du printemps (Stravinsky)
En direct du Théâtre des Champs Elysées
Vaslav Nijinski, chorégraphie originale (1913)
Sasha Waltz, chorégraphie (2013 création française)
Direction Valery Gergiev
Ballet et Orchestre du Théâtre Mariinsky

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique