Tannhäuser (Richard
Wagner)
Répétition générale du 03 décembre 2007
Opéra Bastille
Tannhauser Stephen Gould
Elisabeth
Eva-Maria Westbroek
Venus Béatrice Uria-Monzon
Wolfram Matthias Goerne
Hermann Franz Joseph Selig
Walther Michael König
Biterolf Ralf Lukas
Direction musicale Seiji Osawa
Mise en scène Robert Carsen
« Ce soir la mise en scène s’inspire de l’Espace Vide en référence à Peter Brooks », en ces termes tout autant humoristiques qu’élégiaques Gerard
Mortier annonce à la salle qu’aucun élément de la mise en scène de Robert Carsen ne sera utilisé. Seule trouvaille, la harpe de Tannhäuser plantée au centre du plateau
indique une soirée de pure musique.
Mais ce dont personne ne se doute à cet instant là, c’est que la gêne posée par le mouvement de grève (qui atteint un point critique) va être soufflée par l’élan
d’une soirée exceptionnelle !
Debout, l’orchestre accueille
Seiji Osawa avec un enthousiasme que se réapproprie le public, puis se lance dans une ouverture illuminée.
Le point culminant de la bacchanale reflète parfaitement l’art du chef à théâtraliser sans marques exagérées. Le courant garde ainsi sa fluidité.
Dans la scène qui suit, Béatrice Uria Monzon est une Vénus d’une véhémence franchement impressionnante. Ce n’est pas forcément très nuancé mais une
belle femme avec un tel tempérament s’apprécie sans modération.
Mais ce que le public découvre relève de l’exception. Stephen Gould vient tout simplement exposer ce qu’est un ténor wagnérien : une puissance
contrôlée, un chant lié et plein de clarté aux accents mélancoliques. Pourtant c’est l’impression d’avoir compris un personnage bien mieux que n’importe quel spectateur averti qui
prédomine.
Béatrice Uria-Monzon (Vénus)
Une telle caractérisation pousse au questionnement et à l’envie
d’être revue.
La puissance est aussi une des grandes qualités vocales d’Eva-Maria Westbroek. Seulement, moi-même sans doute victime d’une image trop idéalisée
d’Elisabeth, cette force seule fait barrage à l’émotion que devrait soulever cette femme hautement morale et aimante.
Beaucoup plus dans son élément que dans Verdi, Franz Joseph Selig économise ses gestes et se suffit de son autorité naturelle pour incarner les
valeurs traditionnelles.
Matthias Goerne devient donc l’autre protagoniste le plus émouvant. Timbre chaud et lignes magnifiquement enveloppées, j’ajouterai qu’il est le
véritable cœur palpitant du drame.
L’utilisation de l’espace sonore par les chœurs est aussi une des grandes réussites de la soirée surtout lorsqu’ils chantent hors de scène.
Au final c’est plutôt fortissimi à volonté ! Eva-Maria Westbroek (Elisabeth)
Evidemment, cette dernière répétition s’achève dans un délire qui fait écho à l’arrivée d’Osawa avec des musiciens et musiciennes sautillants dans
la fosse et des spectateurs survoltés comme pour aider encore plus les artistes, et surtout le chef, à conjurer le sort de fort belle manière.
Voir également Représentation de
Tannhauser (Carsen)