Der Schatzgräber (Uhl-Very-Stiefermann-Albrecht-Van Hove)

Publié le 4 Septembre 2012

Der-Schatzgraber01.jpgDer Schatzgräber (Franz Schreker)
Représentation du 01 septembre 2012
De Nederlandse Opera (Amsterdam)

Der König Tijl Faveyts
Die Königin Basja Chanowski
Der Kanzler/Der Schreiber Alasdair Elliott
Herold / Der Graf André Morsch
Der Magister/Der Schultheiss Kurt Gysen
Der Narr Graham Clark
Der Vogt Kay Stiefermann
Der Junker Mattijs van de Woerd
Elis Raymond Very
Der Wirt Andrew Greenan
Els Manuela Uhl
Albi Gordon Gietz
Ein Landsknecht Peter Arink
Erster Bürger Cato Fordham
Zweiter Bürger Richard Meijer
Mezzo Sopran Solo Marieke Reuten
Alt Solo Inez Hafkamp
Alt Solo Hiroko Mogaki                                                    Manuela Uhl (Els)

Mise en scène Ivo van Hove    
Direction musicale Marc Albrecht

Au cours de la première décennie de ce siècle, la réhabilitation scénique des œuvres d’un compositeur allemand dénigré par Hitler, Paul Hindemith, révéla sa richesse d’écriture musicale et littéraire. L’Opéra National de Paris lui a même dédié deux productions à l’esthétique magnifique pour Cardillac et Mathis Le Peintre.

Selon le même mouvement de renaissance sur les cendres du nazisme, la seconde décennie pourrait bien être celle d’un autre compositeur juif autrichien, Franz Schreker.
Cette saison, l’Opéra de Strasbourg redécouvre Der Ferne Klang, et il en sera de même, bientôt, pour Der Gezeichneten (Les Stigmatisés) à Paris, alors qu’Amsterdam ouvre la saison 2012/2013 avec Der Schatzgräber.


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   Kay Stiefermann (Der Vogt)

 

Le chercheur de trésor est un conte de fée centré sur le personnage d’Els, jeune femme qui a pu récupérer et conserver pour elle même les bijoux volés de la Reine.
Engagé par le Roi, un chanteur ambulant et joueur de luth, Elis, la rencontre, et l’histoire d’amour qui se noue entre eux deux se trouve contrariée par nombres d’embûches, nombres de prétendants, et par le rapport obsessionnel qu’entretient Els malgré tout avec les joyaux.

A travers sa mise en scène, Ivo van Hove décrit l’évolution intérieure d’Els en la présentant comme une adolescente rebelle, arborant une collection de crucifix provocateurs, et élevée de surcroît dans un milieu masculin grossier et dominateur.

Cette quête d’elle-même passe par le regard d’Elis, mais aussi par des phases de doute, de peur et de régression, ce que le régisseur exprime avec une justesse et une précision théâtrale rare à l’Opéra.
Et il a la chance de pouvoir travailler cette vision avec Manuela Uhl, une fabuleuse chanteuse dans un rôle qu‘elle s‘approprie entièrement.


Der-Schatzgraber02.jpg   Manuela Uhl (Els)

 

Belle femme à l’allure naturelle, un caractère écorché mais les yeux perdus, ses expressions vocales raisonnent autant de douleur intense et lumineuse que de délicatesse, un art de la diction et de la vérité intérieure dont on ne décroche à aucun instant.
Cette vitalité se transmet aussi par l’éclat des couleurs et la profondeur d'émission qui en font le cœur rayonnant de toute la représentation.

Le décor repose sur un grand plan vertical, brisé vers l’intérieur de la scène, une disposition qui favorise encore plus la projection des voix dans une salle à l’acoustique intrinsèquement aérienne et enveloppante.

Der-Schatzgraber04.jpg   Raymond Very (Elis)

 

Abondamment utilisée, la vidéographie, reprenant la symbolique de la forêt que l’on discerne au second plan de la scénographie du premier acte, renvoie à l’histoire de la jeune femme, sa rupture avec ses origines, puis à ce grand moment d’unité avec elle-même qu’elle retrouve dans la scène d’amour du troisième acte, jusqu’à la naissance de la vie.  L’imagerie mélange amour physique et imaginaire cosmique avec un trop grand écart de niveau pour ne pas en sourire.

Ce troisième acte est d’un lyrisme étourdissant car l’on se trouve plongé dans le flot qui immerge les amants tels Tristan et Isolde, sans toutefois la noirceur qui caractérise l’état d’âme de ces derniers.

Manuela Uhl (Els) et Raymond Very (Elis)

 

Ainsi, la musique de Schreker est un écoulement continu régénérant soulevé de grands mouvements épiques, lisibles quand ils soulignent le caractère oppressant des protagonistes masculins, et qui se recueille sur des instants poétiques très sensibles, d’où se délient les motifs d’instruments sur les frémissements des cordes.

Ces passages sollicitent les ressources de l’orchestre situées à gauche, plus proche du cœur, et c’est peut être pour cela que les moments intimes se jouent la plupart du temps de ce côté ci de la scène.

Marc Albrecht y engage une fougue et un sens de l’unité qui permettent ainsi de lier avec naturel toute les dimensions d’une musique immédiate d’accès, et où l’on pressent la récurrence de motifs, même s’ils n’ont pas la même accroche pénétrante et obsédante comme dans la musique de Wagner.

Manuela Uhl (Els)

 

Bien que Manuela Uhl soit véritablement l’étoile de la soirée, la distribution ne comporte aucune faille et permet d’apprécier des caractères aussi différents que le Bouffon de Graham Clark d’une clarté mordante, voir cinglante, l’impressionnant Kay Stiefermann maître d’un personnage à la fois glacial et fascinant, l’élocution faussement suave d’Alasdair Elliott, remarquable par le poids écrasant de son regard menaçant, et, à contre courant de tous ces hommes profondément empreints de leur vanité sociale, Raymond Very livre une interprétation humaine d’Elis d’une très grande maturité, totalement axé sur l’empathie avec l’autre et d'une très belle sensibilité.

Ivo van Hove a tiré de ces artistes le meilleur d’eux-mêmes, montré dans son approche scénique et vidéographique la foi qu’il a en la vie, et ce sont ces images là qui rendent aussi fondamental un tel théâtre.

Le chœur, dans un rôle à la fois spectateur et consolateur, fut d’une unité impeccable.

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