Letzte Tage - Ein Vorabend (C.Marthaler) Théâtre de la Ville

Publié le 5 Octobre 2013

CM00.jpgLetzte Tage, Ein Vorabend (Christoph Marthaler)
Derniers jours. Une veillée
Représentation du 30 septembre 2013
Théâtre de la Ville

Mise en scène Christoph Marthaler
Direction musicale Uli Fussenegger
Scénographie Duri Bischoff
Costumes Sarah Schittek
Dramaturgie Stefanie Carp

Acteurs Tora Augestad, Carina Braunschmidt, Bendix Dethleffsen, Silvia Fenz, Ueli Jäggi, Katja Kolm, Josef Ostendorf, Clemens Sienknecht, Bettina Stucky, Michael von der Heide, Thomas Wodianka

Musiciens Uli Fussenegger (contrebasse), Michele Marelli (clarinette, cor de basset), Julia Purgina (alto), Hsin-Huei Huang (piano, harmonium), Sophie Schafleitner (violon), Martin Veszelovicz (accordéon)

Production Wiener Festwochen
Coproduction Staatsoper Under der Linden (Berlin)
Coopération avec le Kunsten Festival des Arts (Bruxelles) et le Festival International de Théâtre « Dialog-Wroclaw »
Avec le soutien de Ernst von Siemens Musikstiftung



La représentation de « Derniers jours. Une veillée » du lundi 30 septembre 2013 s’est jouée au moment même où des partis d’extrême droite européens ont réalisé des avancées électorales importantes.

La veille, en Autriche, l’ancien parti de Jörg Haider, le FPÖ, a dépassé les 20% lors des élections législatives, et, le soir même du spectacle, la présidente du parti libéral norvégien FrP, Siv Jensen, a été appelée à rejoindre le gouvernement minoritaire conservateur d’Erna Solberg.

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Trois jours plus tard, en France cette fois, un sondage publié dans le Figaro situe Marine LePen, présidente du Front National, comme la troisième personne politique que les Français souhaiteraient voir jouer un rôle important dans les prochains mois.
Elle s’empressera, le soir même, de renier le qualificatif «d’extrême droite» pour son parti, dans l’idée d’en faire une marque « bien sous tous rapports ».

Dans ce cas, cependant, elle bénéficie d’un électorat populaire qui fuit le parti de droite UMP dirigé par Jean François Copé, un homme politique provocateur et profondément faux proche des milieux d’affaires. Il s'est récemment illustré par ses propos destinés à exacerber les sentiments homophobes refoulés d'une partie de la population française lors du vote sur le "Mariage pour tous", alors qu'il y est lui-même favorable à titre personnel.

Enfin, le comportement tolérant du premier ministre hongrois Viktor Orban vis-à-vis des propos anti-Roms de ses proches est sous le contrôle du parlement européen.

La France n’est pas exempt de déclarations, et le mardi 01 octobre 2013, le lendemain même de cette représentation, Nadine Morano a mis en ligne une pétition anti-Roms, en parlant d'"invasion illégale" alors que leur droit à la libre circulation est reconnu. Dans ce cas, cependant, il s’agit d’une personnalité politique représentative d’une mentalité particulièrement médiocre et déplorable.

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Dans ce contexte de montée de l’extrême droite qui exprime un rejet du multiculturalisme, la pièce de Christoph Marthaler se présente comme une invitation à la commémoration des discours et des actes qui, avant la première Guerre Mondiale, ont préparé la catastrophe de la Shoah.

C’est dans la salle plénière de l’ancienne chambre des députés, salle historique du Parlement de l’Autriche-Hongrie, que ce projet a été monté pour la première fois au mois de mai de cette année, un lieu où les propos racistes ou antisémites ont sans doute eu une portée supérieure à l’effet produit au Théâtre de la Ville.

En effet, pour recréer ce parlement, le théâtre a été aménagé de manière à ce que le public soit installé sur scène, face aux sièges et gradins - volontairement dégradés - de la salle sur lequel le spectacle est joué.

Un petit orchestre est ainsi situé à mi-hauteur pour faire entendre des pièces de Wagner « Siegfried Idyll » mais surtout des morceaux composés par des artistes qui durent fuir les persécutions nazis, Ernest Bloch, ou qui périrent gazés dans les camps - Viktor Ullmann.
Un piano est également placé tout en hauteur.

Hormis l’inconfort de l’installation pour les spectateurs, relativement serrés, un des défauts du dispositif est de placer l’écran de sur-titrage beaucoup trop haut, alors qu’il aurait pu être incrusté en osmose avec l’hémicycle afin de faciliter la lecture et le suivi du jeu.

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Sur la scène inversée, un personnel au comportement burlesque s’anime, et Marthaler lui fait prononcer des petites phrases en apparence anodines qu'il peut adapter selon la situation politique du jour. On entend ainsi des allusions aux Roms.

Un des moments forts de toute la première partie est la reprise d’un discours raciste de Karl Lueger.
Ce personnage qui fut le maire de Vienne avant la Première Guerre inspira fortement Hitler par ses propos antisémites et, aujourd’hui, l’Autriche est toujours aussi embarrassée avec ce symbole, même si l’avenue qui portait son nom à Vienne a été renommée Universitätdsring en juillet 2012.

L’image de cet orateur et d'une députée viennoise, qu’une actrice symbolise dans un contexte actuel derrière un pupitre en surplomb des gradins, a pour elle la force qui conditionne tout mouvement et parti d’extrême droite : l’existence d’un leader charismatique. Marthaler en déconstruit alors l'image de celle-ci en la faisant interpréter un air tyrolien qui la ridiculise.

Au fur et à mesure que la pièce avance, l’interprétation musicale prend une place de plus en plus importante. Les pièces choisies dégagent une tension et une âpreté amplifiée par l’austérité de la salle et le silence dans lequel elles se font entendre, au risque d’endormir le spectateur, la baisse de lumière aidant.

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Il y a des moments magnifiques quand les acteurs se font chanteurs, l’acoustique sèche du théâtre permettant de les entendre avec une précision d’orfèvre.

Autre passage humoristique, l’arrivée de touristes chinois qui entrent inopinément pour photographier le parlement d’une Europe qui n’est plus qu’un musée une fois les idéologies passées.

Mais la réflexion ne peut avoir véritablement lieu qu’après la représentation. On en sort sonné - sans avoir grand-chose à en dire car un tel sujet ne supporte pas la banalité - mais surtout obsédé par la longue marche du chœur que l’on a entendu s’éloigner et chanter tout autour du théâtre et revenir pour s’arrêter net dans une lumière de plus en plus crépusculaire.

Rédigé par David

Publié dans #Théâtre-Cinéma, #Saison 2013-2014, #TdV, #Marthaler

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