Sweeney Todd (Sondheim-msc Blakeley) Théâtre du Châtelet

Publié le 4 Mai 2011

SweeneyTodd02.jpgSweeney Todd (Stephen Sondheim)
Représentation du 30 avril 2011
Théâtre du Châtelet

Sweeney Todd Rod Gilfry
Mrs Lovett Caroline O’Connor
Anthony Hope Nicholas Garrett
Johanna Rebecca Bottone
Tobias Pascal Charbonneau
Le Juge Turpin Jonathan Best
Le Bailli Bamford John Graham-Hall
La mendiante Rebecca de Pont Davies

Direction musicale David Charles Abell
Ensemble Orchestral de Paris
Mise en scène Lee Blakeley

Caroline O'Connor (Mrs Lovett) et Rod Gilfry (Sweeney Todd)

Pour celles et ceux que l’esthétique horrifiante de Tim Burton avait poussés à bout, le spectacle créé par Lee Blakeley permet de vivre plus sereinement, si l’on peut dire, la comédie musicale de Stephen Sondheim.

La réussite tient au réalisme du lieu, un quartier londonien mal famé et parsemé de sous-sols noyés par la pénombre, le naturel d’une folie jouée sur scène sans que l’apparente spontanéité ne trahisse le professionnalisme qu’elle exige, un orchestre limpide et suggestif - la harpe lancinante rappelle les accords tout aussi obsédants d’Adrienne Lecouvreur -, et une équipe de chanteurs bien caractérisés et excellemment dirigés.

La voix accrocheuse et moqueuse de Caroline O’Connor dynamise fortement Mrs Lovett au point d‘en faire un personnage éclatant de vitalité, mais l’on aurait pu tout aussi bien concevoir une femme charmeuse et langoureuse, alors que Rod Gilfry offre un portrait humain et simple de Sweeney Todd, pas inquiétant du tout au premier abord.

SweeneyTodd01.jpg

   Caroline O'Connor (Mrs Lovett) et Pascal Charbonneau (Tobias)

Bien entendu, les scènes de rasage en profondeur qui s’achèvent sous les jaillissements d’hémoglobine, et s’enchaînent humoristiquement, provoquent un effet de saturation, mais elles renforcent également la tension lorsque la jeune fille d’un citoyen arrive au moment où son père est dans les mains du barbier, ce qui lui épargne la vie, sans le savoir.

On ressent un très étrange sentiment à l’issue de cette comédie qui draine ironie, haine, dégoût et sentimentalisme, mais l’on retient également que le Théâtre du Châtelet est en train de devenir un lieu où tout une société peut se retrouver, un lieu de partage unique à Paris autour de la musique du monde.

Et à l'occasion de cet évènement, Sony vient de rééditer à 500 exemplaires l'enregistrement de la création originale de Sweeney Todd à Broadway (1979).

Rédigé par David

Publié dans #Saison 2010-2011, #Opéra, #Châtelet, #Sondheim, #Blakeley, #Abell

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Gaeriel 13/05/2011 13:18


J'étais de la partie hier soir, et je ne l'ai pas regretté !
L'excellence vocale et théâtrale des chanteurs (ainsi que la musique ! ah ! la musique !) était stupéfiante.
Même les inévitables nombreux bavards des 10 premières minutes sont rentrés dans l'histoire, qui nous prend pour ne plus nous lâcher.
Les deux interprètes principaux étaient parfaitement assortis, avec un "Mr T." glacial à souhait et une Mrs Lovett complètement déjantée. Le véritable triomphe que leur a réservé le public était
parfaitement mérité !
Les seconds rôles étaient tous très bien distribués, sauf peut-être la mendiante qui avait vraiment une voix trop puissante et corsée, pas désespérée pour un sou (ou alors c'était la faute du micro
?)
L'ambiance rendue par les décors, le chœur et son effrayante ballade de Sweeney Todd qui scande l'histoire, décrit à merveille les bas quartiers Londoniens.

Pour ma part, le film m'avait beaucoup plu, et c'est vrai qu'il était plus noir que la comédie musicale - mais cela vient peut-être du personnage de Mrs Lovett, présentée dans le film comme une
personne calculatrice et un peu manipulatrice, contrairement à la gouaille vulgaire d'une marchande de tourtes (mais c'est fait exprès) dans la comédie musicale. Il faut dire que ça détend
l'atmosphère !!! ;-)

Le seul petit point négatif de la soirée était la sonorisation, qui était assez souvent mal réglée (à mon goût), et surtout en mono !!!! L'unique baffle au-dessus du centre de la scène ne pouvait
pas rendre la profondeur de la scène ni les déplacements... et c'est bien dommage !

Un superbe spectacle à voir absolument !