Verdi

Mardi 4 août 2009
Genèse de l’œuvre

Après la création triomphale de Don Carlos (traduction italienne de la version de Paris) à Milan le 25 mars 1868, s’en suit un épisode polémique.

Verdi n’accepte pas sa nomination de la Couronne d’Italie, à cause de lettres ou de déclarations gouvernementales jugeant mal l’art musical italien.
Son devoir de citoyen le conduit également à s’opposer à la création du théâtre lyrique de Busseto jugé trop coûteux. 
L’inauguration se fera donc sans lui le 15 août 1868.

Fin décembre, Verdi entreprend de changer le final de La Forza del Destino afin de pouvoir jouer l’ouvrage à la Scala de Milan.
Il supprime tous les meurtres de la première version, excepté la mort de Leonora, et retouche en plus l’action et la musique du troisième acte.
Le 27 février 1869, La Forza del Destino ainsi remaniée, pour la première fois à Milan affronte le public. Le succès est très grand.

Pendant ce temps, Camille Du Locle, lorgnant sur la direction du Théâtre Lyrique, propose régulièrement à Verdi des livrets. Son attention se porte sur un « programme égyptien » anonyme.
Le librettiste l’avertit qu’au cas où il l’accepterait, l’œuvre devrait être représentée au Théâtre Italien du Caire.

Verdi entretient une correspondance active pour connaître les circonstances historiques et géographiques, les us et coutumes de l’Egypte antique, qui seront le cadre de « Aïda ».
Il envisage même l’emploi de certains instruments anciens de ce pays.

L’ouvrage va être conçu dans le fracas de la guerre déclarée par la France à l’Allemagne le 17 juillet 1870.
Arrivent les terribles journées de la bataille de Sedan qui voient l’encerclement des troupes françaises. Verdi termine le second acte à ce moment là, la fameuse marche des trompettes notamment.

Il est cependant impossible de monter Aïda en janvier 1871, Paris est assiégée et les décors et costumes y sont bloqués.

Verdi en profite pour retoucher la partition et poursuivre les pourparlers pour représenter Aïda à la Scala.
C’est seulement la veille de Noël, le 24 décembre 1871, que Aïda est créée au Caire. Succès triomphal.

Verdi enchaîne avec les répétitions pour la Scala, et l’ouvrage y est représenté le 08 février 1872.
Il est appelé à l’avant scène 32 fois, dont 8 à la fin.
Parme, Padoue puis Naples lui réservent le même accueil, et pour Paris, il faut attendre le 22 avril 1876.


Aïda

La trame d’Aïda ne permet pas de situer exactement l’époque du livret. Thèbes a un rôle majeur, donc nous sommes entre -2000 et -1000, et comme la Nubie (ancienne Ethiopie) n’est pas encore totalement annexée, la situation politique semble se situer avant -1500.
La présence du temple de Vulcain à Memphis est un faible indice car il fût construit par le premier pharaon, Ménès, vers -3000 (Herodote, "L'enquête", Livre II Euterpe).

Cependant, Otto Weinreich (philologue), puis Mary Jane Phillips-Matz (biographe), ont émis l’hypothèse que les origines d’Aïda se trouvent dans les Ethiopiques d’Heliodore, dont le récit se situe vers -500.

Ce fût l’une des œuvres les plus lues dans l’Antiquité, et elle inspira des écrivains du XVIième siècle.
Cervantès écrit en 1617 son œuvre posthume, « Persiles y Sigismunda », revivifiant ainsi les Ethiopiques, au goût de l’époque pour les histoires de pirates.
Henry Desmarest compose par la suite une tragédie lyrique, « Théagène et Chariclée », représentée sans succès à l’Académie Royale de Musique le 12 avril 1695.

Le roman du poète phénicien relate l’histoire de Théagène, noble Thessalien descendant d‘Achille, et de Chariclée, descendante de la maison royale d’Ethiopie et du dieu du soleil Hélios.

Blanche, la jeune fille est confiée au prêtre Chariclès par sa mère, craignant les soupçons injustifiés de son époux, et devient prêtresse d’Artémis à Delphes.

La rencontre avec Théagène déclenche un coup de foudre, et les deux amants s’enfuient pour l’Egypte.
Capturés et séparés par des pirates, ils se retrouvent par miracle à Memphis.
Théagène est devenu l’esclave du satrape d’Egypte, Orondate.

Mais la femme de ce dernier et sœur du Roi de Perse, Arsace, tombe amoureuse du jeune Grec.
Jalouse de l’amour qui le lie à Chariclée, elle le fait emmurer vivant, et tente de faire juger et brûler celle qu’ il aime.
Tous deux sont épargnés par le châtiment, s’échappent, puis sont capturés par le Roi d’Ethiopie, Hydaspes.
Après sa victoire sur les Egyptiens, le monarque décide d’offrir le jeune couple en sacrifice.

Les origines royales de la princesse éthiopienne et la force athlétique du Thessalien les sauvent de la mort, et la fin s’achève de manière heureuse.  
 
Les similarités avec l’histoire d’Aïda deviennent évidentes, bien que livret de Verdi soit un drame conventionnel et improbable pour l'époque (le choix entre Amnéris et Aïda est un dilemme bourgeois classique).

L’histoire débute à Memphis.
Radames, courageux soldat égyptien, est épris d’Aïda, esclave éthiopienne, fille du roi d‘Ethiopie Amonasro.
Jalouse, la princesse Amnéris, obtient les aveux de l’amour de la jeune femme pour celui qui va vaincre les armées éthiopiennes à Thèbes.

De retour de la guerre, il obtient la libération des prisonniers, mais le Roi d’Egypte lui offre la main de sa fille.
Une ruse d’Amonasro, fait prisonnier lors de la bataille de Thèbes, lui fait par la suite révéler involontairement ses plans d’attaques, ce dont est témoin Amnéris.
Le Roi s’échappe avec sa fille, tandis que Radames est arrêté.

Il ne renonce pas à Aïda pour autant, et pour cela est condamné à être enterré vivant.
La princesse éthiopienne le rejoint dans son caveau pour y mourir avec lui.
 
Par David
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Dimanche 12 juillet 2009
Genèse de l’œuvre

Après un passage à Paris, Verdi revient à Sant’Agata fin 1863 où il passe l’hiver à s’ennuyer, sans volonté aucune de reprendre ses travaux de composition.

L’année 1864 est une année de réflexion. Verdi ne veut toujours pas laisser Paris monter « La Forza del Destino » telle qu’elle est. Mais le 16 octobre, Escudier propose au nom de Carvalho (directeur du Théâtre Lyrique) de traduire Macbeth.
Seulement, 17 ans ont passé depuis la création, et Verdi y trouve maintenant des morceaux qui manquent de caractère.

Il lui faut donc reprendre l’air de Lady Macbeth acte II, rajouter un ballet, refaire la vision et le trio Macbeth acte III, refaire le début de l’acte IV ainsi que le final en supprimant la mort en scène de Macbeth.

La première de Macbeth a lieu le 21 avril 1865 au Théâtre Lyrique de Paris, et Verdi va vite comprendre qu’il n’a pas réussi son remaniement, la création de l’Africaine de Meyerbeer à l’Opéra, une semaine après, l’éclipsant totalement.


Pourtant, il reçoit dans la foulée une commande de l’Opéra appuyée par Escudier.
Verdi en profite pour mettre définitivement un terme à sa carrière politique en appuyant la candidature de Giuseppe Piroli pour représenter Busseto.

Fin novembre, Verdi et sa femme quittent Sant’Agata pour Paris.

Le compositeur s’accorde avec Emile Perrin (le directeur) sur le choix de Don Carlos, et Joseph Mery est choisi pour faire la réduction de la pièce de Schiller.

Il décède au cours de son travail, et c’est donc son gendre Camille du Locle qui reprend la tâche.

C’est la quatrième pièce du poète allemand que Verdi adapte, après Giovanna d’Arco, I Masnadieri et Luisa Miller.

De retour en Italie début 1866, Verdi se met à l’œuvre alors qu’une nouvelle tempête est en train de s’accumuler.
En avril 1866, l’Italie s’allie à la Prusse, qui s’apprête à retirer à l’Autriche l’hégémonie dans la confédération des états germaniques. 
Les armées autrichiennes défont les troupes italiennes à Custozza le 24 juin, mais le 3 juillet, les troupes prussiennes écrasent l’Autriche à Sadowa.
La paix de Vienne est signée le 03 octobre 1866, et l’Italie obtient la Lombardie-Vénétie contre le versement de 35 millions de florins.

Début septembre, Verdi est déjà de retour à Paris. Les répétitions commencent et s’éternisent jusqu’à fin février 1867. Le 14 janvier, le père de Verdi meurt, à Busseto, ce qui lui rappelle l’année maudite de 1840.


La répétition générale a lieu finalement le 9 mars.
Le 11 mars 1867, avec une grande solennité, Paris accueille la première représentation de Don Carlos
L’accueil est mitigé pour plusieurs raisons, jalousie des compositeurs français, splendeur froide de l’ouvrage, durée excessive.
Verdi indique quelques coupures à faire pour la seconde représentation, puis plie bagage pour Gênes où il compte retrouver la Strepponi dans leur nouvelle demeure.

Au début du mois de juin, Don Carlos (en italien) est créé au Covent Garden de Londres. Trois passages sont bisés mais ce n’est pas encore un succès.

A la surprise de tous, et après un mois seulement de répétitions (contre huit mois à Paris), Don Carlo (c'est le nom que prend la version italienne) fait un triomphe le 27 octobre 1867 à Bologne.

L’orchestre est dans les mains de Mariani, ce qui fait dire à Verdi : « Vous voyez que j’ai raison de dire qu’une main, seule, mais qui soit puissante et sûre d’elle, peut faire de grands miracles! »


Quelques années plus tard, Verdi va apporter à la partition de Don Carlos de nouvelles idées musicales pour la création milanaise (lire l'article du Don Carlos de Paris au Don Carlo de Modène)
    

Don Carlos


En 1519, le Roi d’Espagne, Charles Quint, devient Empereur du Saint Empire Germanique.

Il hérite des possessions castillanes, aragonaises, autrichiennes et bourguignonnes.

Son règne va être principalement marqué par la rivalité incessante avec François Ier.


Le 24 février 1525, 6000 Français sont tués lors de la désastreuse bataille de Pavie, où le Roi de France est fait prisonnier.
Charles Quint récupère le Milanais, la Bourgogne ainsi que l’Artois et la Flandre. 

Au total, quatre guerres se seront succédées pour aboutir à la paix de Crépy en Laonnois.

L’Empereur cède la Bourgogne.


Le 16 janvier 1556, fatigué et malade, Charles Quint renonce à l’espoir de restaurer l’unité impériale et abdique en faveur de son fils Philippe II. Il se retire au monastère de Saint Just, où il meurt le 21 septembre 1558.

Les 2 et 3 avril 1559, la paix du Cateau-Cambrésis est signée. Elle marque la fin des guerres d’Italie. Outre des clauses territoriales, le traité engage des mariages princiers, Elisabeth, fille d’Henri II de France, épousera Philippe II, veuf de Marie Tudor, et Marguerite, fille de François Ier, épousera Emmanuel-Philibert, duc de Savoie.


Philippe II est cependant mal considéré en Flandre. L’insurrection qui y apparaît à partir de 1566, est vivement réprimée par le Duc d’Albe. Il installe un régime de terreur, et crée le « Conseil du sang » qui condamne à mort plus de 8000 rebelles.

L’inquisition est également établie aux Pays-Bas, où elle instruit des procès pour hérésie.  

 

« Don Carlos » débute en 1559 après la signature du traité de Cateau-Cambrésis.

Dans la forêt de Fontainebleau, Don Carlos, le fils de Philippe II, rencontre Elisabeth de Valois : ils tombent respectivement amoureux.

Malheureusement, le mariage arrangé entre Philippe II et Elisabeth met fin rapidement à cette idylle.

L’ami d’enfance de Don Carlos, Rodrigue, devient l’homme de confiance de l‘Empereur mais ne peut cacher sa sympathie pour le mouvement de révolte en Flandre face à l’oppression de l’Espagne.


En parallèle, la princesse Eboli, attirée par Don Carlos qui a pris cause pour les Flamands également, découvre les sentiments qui l’unissent à l’Elisabeth, ce qui la conduit à révéler cette relation à Philippe.

La situation devenant extrêmement compliquée pour le Roi, celui-ci recourt à l’Inquisiteur qui voit surtout en Rodrigue, le vrai danger.

L’ensemble de la cour plonge dans le drame lorsque l’inquisiteur fait assassiner Rodrigue, qu’Eboli dévoile sa traîtrise et se retire au couvent, alors que l’inquisiteur et Philippe retrouvent Don Carlos et Elisabeth à Saint Just, avant que le spectre de Charles Quint n’emporte son petit fils dans l'obscurité du monastère. 
Par David
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Vendredi 13 mars 2009
Genèse de l’œuvre

Les évènements que Verdi a évoqué dans un si grand nombre de ses opéras sont sur le point de s’accomplir.

La guerre tourne à l’avantage décisif des Français et des Piémontais (victoire de Solferino le 24 juin) mais le 12 juillet 1859, Napoléon III propose l’armistice aux Autrichiens.
L’Autriche garde la Vénétie, Cavour démissionne.

L’insurrection des états se poursuit, les plébiscites s’organisent, et Verdi est élu le 4 septembre pour représenter Busseto à l’Assemblée des provinces de l’état de Parme.

Le 21 janvier 1860, Cavour reprend sa place à la tête du gouvernement et aboutit le 24 mars à la signature du traité rattachant l‘Italie centrale au Piémont tandis que la France reçoit Nice et la Savoie.

Le 11 mai, Garibaldi débarque avec ses « Mille » en Sicile, mate les forces des Bourbons, prend Palerme et entre à Naples en septembre.
La prise du port de Gaète le 13 février 1861 marque la fin du Royaume des Deux-Siciles et de la guerre.

Et donc, le 19 février 1861 le premier parlement Italien s’ouvre avec la présence du député Giuseppe Verdi, élu à Busseto le mois précédent.

Le 17 mars1861, Victor-Emmanuel II est proclamé roi par le parlement italien., mais la Vénétie et les États Pontificaux  restent détachés du royaume.

Entre temps, une proposition pour composer un opéra arrive de Saint Petersbourg.
Verdi suggère « Ruy Blas » mais le Théâtre Impérial refuse le sujet.

L’annonce de la mort de Cavour en juin est alors un coup dur pour Verdi. Et malgré cette disposition d’esprit, il signe un contrat avec Saint Petersbourg et se rend en Russie en novembre.

Depuis la fin de l’été, Verdi a en effet choisi le drame de « Don Alvar » de don Angelo di Saavedra, duc de Rivas (poète, dramaturge et homme politique espagnol).
Il y voit une action qui fait intervenir avec la même variété et la même intensité que dans la vie, la douleur et le sourire, la bonté et la haine.

Arrivé dans la « capitale du froid », il doit cependant repousser à la saison suivante la première car la Prima Donna est souffrante et sans remplaçante.

En attendant, Verdi revient en Italie où son amie Mme Maffei lui présente Arrigo Boito qui va lui écrire l’ « Inno delle Nazioni » sur lequel il va pouvoir écrire la cantate qu’il compte proposer pour l’exposition internationale de Londres.

La pièce y est très bien accueillie, mais dès septembre, Verdi et sa femme retournent à Saint-Petersbourg.

Les répétitions commencent et le 10 novembre 1862, la Forza del destino est représentée avec succès au Théâtre Impérial.

Drame bon pour le cirque, a t’on dit, en effet le drame plait aux parterres les plus populaires.
Pour Verdi, la vie a un aspect tragique et burlesque qu’il veut faire pénétrer dans ses opéras. Les hommes, pour lui, sont à la fois féroces et ridicules.

Ensuite, Verdi et La Strepponi se rendent à Madrid, où « La Forza del destino » y est mis en scène par le compositeur avec de grands chanteurs le 21 février 1863.

Six ans plus tard, Verdi en remaniera le livret et la musique pour la création milanaise, peu avant la composition d'Aïda.


La Forza del destino

Depuis le début du XVIIième siècle, l’Espagne est en décadence. Louis XIV en a d’ailleurs profité pour lui prendre une partie de la Flandre ainsi que la Franche-Comté.
Ensuite, la guerre de succession d’Espagne (1701-1714) aboutit à l’intronisation d’un petit fils du Roi Soleil, Philippe d’Anjou, et à la perte de Minorque, Gibraltar, Naples, la Sardaigne et le Milanais.

Mais lors de la Guerre de succession de Pologne (dont Verdi tire son deuxième opéra Giorno di Regno), les Espagnols alliés de la France envahissent le Royaume des deux Siciles, menés par le fils de Philippe, Charles Ier.
Après la victoire sur les Autrichiens le 25 mai 1734 à la bataille de Bitonto, le sud de l’Italie est réintégré à l’Empire espagnol.

Cependant, à la suite du déclenchement de la guerre de Succession d’Autriche (1740), quatre fronts s’ouvrent en Europe (contexte historique de Luisa Miller), dont un en Italie.
Le 10 juin 1746, la défaite à Plaisance des Français et des Espagnols, commandés par Maillol, provoque la prise du Royaume d’Italie par l’Autriche, les Royaumes de Naples et de Sicile restant sous contrôle de la péninsule ibérique.

L’action de « La force du destin » se joue en Espagne et en Italie au milieu du XVIIIième siècle.
A Séville, l’histoire d’amour entre Leonora di Vargas et Don Alvaro tourne au tragique lorsque ce dernier tue accidentellement le père de la jeune fille, le marquis de Calatrava.
Craignant la vengeance de son frère, Carlo, Leonora se réfugie au couvent de Hornachuelos, alors qu’Alvaro s’engage dans l’armée espagnole en Italie, au Sud de Rome.
Il y sauve la vie d’un adjudant qui n’est autre que Carlo, mais ils ne se reconnaissent pas tout de suite. Blessé plus tard lors des combats, Alvaro récupère, mais une fois la vérité révélée, le duel entre les deux hommes est évité de peu. Alvaro, retourne en Espagne.
Cinq ans plus tard, Carlo retrouve son ennemi devenu homme d’église à l’ermitage de Hornachuelos. Cette fois, Alvaro se défend et blesse mortellement Carlo, ne pouvant cependant empêcher ce dernier de poignarder sa propre sœur.

 
Par David
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Mercredi 4 février 2009

Genèse de l’œuvre


A partir de septembre 1857, Verdi travaille à l’argument du nouvel opéra destiné à Naples.

Il est en train de réduire un drame français que Scribe avait écrit pour l’Opéra il y a plus de vingt ans : Gustave III.


Il charge Somma de lui faire le livret, mais Torelli, l’avertit qu’il ne sera pas possible de maintenir les noms et le lieu de l’action.

Somma est particulièrement en verve, et les échanges avec le compositeur se déroulent vivement et rapidement.

Renommé « La Vendetta in domino », le livret est cependant refusé par la censure.


D’autant plus que le 8 janvier 1858, Napoléon III vient d échapper à un attentat devant l’Opéra de la rue Lepelletier. Orsini, l’un des exécutants, est maintenant en rupture avec Mazzini et souhaite venger l’intervention française de juillet 1849 en Italie (voir les évènements après la création de « La Battaglia di Legnano »).


Impressionné, Napoléon III accepte de rencontrer secrètement Cavour (premier ministre du royaume Piémont Sardaigne) le 21 juillet 1858 dans les Vosges.

Le rapprochement entre états depuis la Guerre de Crimée (voir les évènements qui précèdent la création des Vêpres Siciliennes) se transforme en alliance (accords de Plombières) pour réaliser l’Unification de L’Italie, la France souhaitant récupérer le Comté de Nice et la Savoie.


Pendant ce temps, Verdi propose son livret à Rome qui refuse également de mettre en scène le meurtre d’un souverain.

Jacovacci, son impresario, insiste, fait des démarches et finalement informe le compositeur le 8 juin que Rome accepte l’argument à la condition qu’il soit déplacé hors d’Europe, en Amérique par exemple.

Le travail de révision reprend et Verdi encourage comme il peut son poète.


Le Roi Gustave III est remplacé par Riccardo di Norwich, Gouverneur de Boston.

Le titre de l’œuvre est changé en « Un Ballo in maschera » et l’autorisation est finalement accordée en octobre 1858.


Arrive cependant une mauvaise nouvelle de Milan où « Simon Boccanegra » a tourné au fiasco.

Verdi se déclare aucunement surpris de l’inconvenance du public « toujours heureux d’arriver à provoquer un scandale … le public achète le droit de nous siffler ou de nous applaudir. Notre destin est de s’y résigner, voilà tout ! »


Heureusement, la première du Bal Masqué, le 17 février 1859, est une soirée d’enthousiasme délirant comme Rome l’a rarement connu.

Du parterre, des balcons, des loges on crie « Viva Verdi ! » comme lors de la première de La Battaglia di Legnano, et les aspirations du peuple ne semblent plus être loin de devenir réalité : Viva Vittorio Emanuele Re DItalia.


Un mois avant, le 9 janvier, Victor-Emmanuel II avait prononcé devant le parlement du Piémont ces paroles solennelles : « Respectueux des traités, nous ne sommes cependant pas insensibles au cri de douleur qui monte vers nous de tant de parties de l’Italie ».

Et lorsque l’Autriche déclare la guerre à la Sardaigne le 23 avril 1859, la France décide d’honorer son traité d’alliance défensive.


Voyant la tempête s’amonceler, Verdi et la Strepponi quittent Rome et retournent à Sant’Agata, près de Busseto.

Le 26 avril, les troupes autrichiennes entrent au Piémont, et le 29, Victor-Emmanuel II appelle à la lutte pour l’indépendance de la patrie.

Le comte de Cavour lance dans l’air le chant enflammé du Trovatore : « Di quella Pira… ».

 

Un Ballo in Maschera


En 1721, la Suède perd la Grande Guerre du Nord face à la Russie, la Pologne et le Danemark.

Ne lui reste que la Finlande comme province.


Lors de la Guerre de Sept ans (1756-1763), la Suède ne joue plus qu’un rôle mineur en s’alliant avec la Russie face à la Prusse (voir Luisa Miller pour les évènements du second front Allemand).

Les tensions ne font cependant qu’empirer au Riksdag (Parlement) entre les « Bonnets », partisans de la paix avec la Russie, et les « Chapeaux » plus proches de la France.


Si bien qu’en 1772, la guerre civile menaçant, Gustave III effectue un coup d’état avec le soutien de l‘armée.

Il commence à agir comme un despote éclairé (abolition de la torture, liberté de la presse, liberté du culte) puis se lance dans la guerre contre la Russie (occupée par les Turcs) en 1788.


L’offensive échoue, et pour éviter une révolte des nobles, Gustave III obtient l’appui des autres états au parlement.

Il obtient les pleins pouvoirs et abolit les privilèges de la noblesse.


Le 16 mars 1792, lors d’un bal masqué au Palais Royal de Stockholm et malgré une lettre de menace reçue le soir même, Gustave III est tué par Jacob Johan Anckarström, officier issu de la noblesse. Ses conspirateurs portent des masques noirs.

 

Dans « Un Ballo in Maschera », Gustave III devient Riccardo, le Gouverneur de Boston, et Anckarström devient Renato.

L’un des conspirateurs, le Comte Ribbing (qui sera le père d’Adolphe Leuven, co-directeur de l’Opéra Comique à Paris et ami d’Alexandre Dumas) devient Samuel.


Au parlement, Renato s’inquiète de la menace que représente les conjurés sur la vie du gouverneur.

Ce dernier invite ses courtisans chez la sorcière Ulrica où sans le savoir, la femme de Renato ,Amelia, est venue demander conseil pour se débarrasser de son amour pour Riccardo.

La voyante prédit à ce dernier qu’il sera tué par le premier homme qui lui serrera la main, ce que fait Renato peu de temps après.

Renato surprend alors Amelia dans un cimetière et comprend qu’elle aime le Comte.

Furieux, il décide d’obtenir vengeance en combinant un plan avec plusieurs conspirateurs. Amelia tente bien de prévenir Riccardo, mais lors du Bal Masqué, Renato approche son ami maladroitement désigné par le page Oscar, et le tue.


Par David
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Vendredi 19 décembre 2008
Genèse de l’œuvre

Le jour de la création de Simon Boccanegra, Verdi reçoit les envoyés du maire de Rimini pour signer l’engagement de monter au mois d’août 1857 la version remaniée de Stiffelio.

Malgré les vers modifiés par Piave, le troisième acte divisé en deux, l’action transposée au XIIIième siècle, la musique d’Aroldo reste pour une bonne partie celle de Stiffelio.

Par contre, le prêtre est devenu un guerrier, d’une façon toute byronienne, créant quelques invraisemblances comme la citation des paroles de l’évangile.
 
Le soir du 16 août 1857, l’opéra laisse l’auditoire de Rimini froid.
Cela n’empêche pas les habitants de la ville d’organiser un grand dîner en l’honneur de Verdi que ce dernier va réussir pourtant à éviter.

Mais l’amour propre des habitants est satisfait : la gloire la plus étincelante de l’art musical italien a dignement inauguré  le théâtre de Rimini.

Aroldo

En 1187, la prise de Jérusalem par Saladin fournit le prétexte à Grégoire VIII pour déclencher la troisième croisade.

Le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, se distingue en battant les musulmans à Arsouf mais ne peut prendre Jérusalem.
Après la signature d’un traité avec Saladin, Richard rentre en terre anglo-saxonne dès octobre 1192

La trame de l’ouvrage de Verdi se situe en Angleterre en 1200 au château du Comte Egberto.
Sa fille, Mina, est mariée à Aroldo, seigneur du château de Kent, de retour de croisade avec Briano l’ermite qui lui a sauvé la vie.
Certains faits rapportés au guerrier, mis en rapport avec la disparition de la bague de sa femme, l’amène à soupçonner qu’elle le trompe.
Seul Egberto a compris que c’est avec Godvino.  Il signifie à Mina de ne rien dire à Aroldo de peur que cela ne le tue.

Il est même décidé à se débarrasser lui-même de l’amant tandis que celui-ci souhaite partir avec celle qu’il aime.
Aroldo apprend la vérité lors du duel entre Egberto et Godvino qu’il arrive à interrompre.
Malgré tout il propose à Mina de divorcer, ce qu’elle refuse jusqu’à ce que son père apparaisse souillé par le sang de Godvino.

Quelques temps plus tard dans une vallée écossaise, Aroldo rejoint Briano dans son ermitage. Mina et Egberto y arrivent eux aussi.
Le récit de leurs souffrances après l’exil d’Angleterre convainc enfin Aroldo d’accorder son pardon.
 
Par David
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Samedi 27 septembre 2008

Genèse de l’œuvre

 

Dans les premiers jours de 1856, Verdi entreprend de retoucher Stiffelio.

Puis en mars, il se rend à Venise pour mettre en scène Traviata et à cette occasion s’oblige à écrire un opéra pour le carnaval de carême 1856-1857.

Il choisit Simon Boccanegra dont il tire le sujet d’un drame de Garcia Gutierrez comme pour Il Trovatore.

 

Il veut représenter cette fois  les luttes des factions et faire naître chez les Italiens l’horreur des guerres fratricides. Et cette fois il menace de ne pas représenter l’œuvre si la censure continue à vouloir toucher au livret.

 

Scribe se consacre avec soin à la versification du livret pendant que Verdi se rend à Paris pour les représentations de la version française du Trouvère.

Il y a des variantes avec la version originale dont l’ajout d’un ballet et le final de l’œuvre rendu plus vaste pour mieux faire ressortir les sentiments d’Azucena.

 

Le 12 janvier 1857, Le Trouvère reçoit de larges acclamations à l’Opéra de Paris.

 

Puis mi-février, Verdi repart à Venise. Il lui reste à composer un acte de son nouvel opéra.

 

Simon Boccanegra est créé le 12 mars 1857 à la Fenice. Ce n’est pas le succès attendu.

Il y a une recherche d’expression nouvelle par rapport à ses œuvres précédentes, des ressemblances avec le système que défend Wagner, des récitatifs « secs », et la qualité du livret ne permet pas une étroite dépendance entre drame et musique.

 

Vers mi-juin 1857, Verdi tente à nouveau sa chance à Reggio et cette fois obtient le succès.

Il en informe Vincenzo Torelli, le directeur du Théâtre San Carlo de Naples.

 

Simon Boccanegra

 

Au  XIIième siècle et XIIIième siècles, des villes importantes se développent autour des sièges épiscopaux, aux carrefours des grandes voies commerciales.

En Italie, Gênes, Venise, Florence se développent en puissants états commerciaux.

 

Ainsi, la république de Gênes domine au XIVième siècle un empire maritime qui s’étend en Méditerranée et en Mer Noire.

Mais son principal concurrent, Venise, maîtrisant la Mer Egée, réussit à vaincre la ville Ligurienne d’abord en 1380 pour reprendre la Méditerranée orientale, puis définitivement en 1475, ne lui laissant plus aucun comptoir.

 

En 1339, la dignité de Doge est créée, et Simon Boccanegra devient le premier doge à vie.

Il doit être issu du parti plébéien et être partisan de l’Empereur (gibelin).

Les familles Grimaldi et Fieschi, du parti guelfes (soutien au Pape), le forcent à abdiquer en 1347, puis à la tête d’une armée, il réussit à rétablir son autorité en 1356.

Il meurt probablement d’empoisonnement en 1362, et c’est Gabriel Adorno qui est élu par le peuple pour lui succéder.

 

L’œuvre de Verdi débute en 1339. Simon Boccanegra, corsaire au service de Gênes, eut une fille illégitime avec Maria, fille de son ennemi Fiesco.

Mais l’enfant fût enlevée et maintenant, Maria est retrouvée morte. Simon est cependant élu doge par le peuple avec le soutien du conspirateur Paolo Albiani.

 

Vingt cinq ans plus tard, Simon Boccanegra se trouve pris dans une intrique complexe : Amelia Grimaldi (qui s’avèrera être la fille du Doge) et Gabriel Adorno s’aiment.

Une conspiration redoutable est menée par Paolo Albiani pour pousser les Fieschi et Adorno à se révolter contre Simon, Paolo ne supportant pas que le doge ne lui ait pas accordé la main d’Amélia.

Si le soulèvement échoue, Paolo Albiani réussit cependant à empoisonner Simon qui le condamnera à mort mais pardonnera à tous les autres révoltés.

C’est l’heure de la réconciliation entre Fiesco et Simon avant que ce dernier ne meure, laissant la succession à Gabriel Adorno.
 
Par David
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Vendredi 13 juin 2008

Genèse de l’œuvre

 

A la seconde moitié du mois de mai 1854, la composition des « Vêpres siciliennes » n’a pas avancée.

Verdi loue alors pour l’été une maison de campagne à Enghien près de Paris.

 

Mais un évènement va considérablement le retarder : La Cruvelli, qu’il a choisi pour chanter le rôle d’Hélène, disparaît sans aviser personne alors qu’elle doit participer à une représentation des « Huguenots ».

Pendant plus d’un mois il est impossible de la trouver. Le scandale est énorme.

Elle revient le 20 novembre, s’excuse, et réussit même à remporter le public à sa faveur.

 

Roqueplan doit cependant démissionner, et les répétitions n’avancent pas mieux avec son successeur, Crosnier.

Verdi se plaint que Scribe ne fait aucune des rectifications nécessaires au livret. Mais ce qu’il ignore est que ce livret est un tripatouillage du « Duc d’Albe », écrit pour Donizetti, et qui ne sera représenté en Italie qu’en 1882.

 

Le 26 janvier 1855, Victor-Emmanuel II et Cavour engagent le Piémont dans la guerre de Crimée au côté des Anglais et des Français pour soutenir la Turquie contre la Russie.

Cette opération est destinée à racheter le renom de l’armée savoyarde après ses défaites face à l’Autriche.

 

Dans ce contexte, le livret des « Vêpres siciliennes » a tout pour ne plaire à personne (Verdi compris), aussi bien aux Français à cause du massacre final, qu’aux Italiens en raison de la trahison des patriotes siciliens.

 

La première représentation a lieu le 13 juin 1855 à la salle Le Peltier lors de l’Exposition universelle de Paris.

On accourt de Lombardie et du Piémont pour donner à l’évènement l’importance d’une démonstration politique.

L’œuvre est bien accueillie et se maintient pour une cinquantaine de soirées.

 

Verdi se charge alors de la traduction italienne qui est représentée à Turin et à Parme en décembre 1855 sous le titre de « Giovanna di Braganza » en changeant les circonstances historiques pour se référer à un évènement de l’histoire du Portugal.

 

Ce n’est qu’en 1861, quand les Italiens auront retrouvé leur indépendance politique que « I Vespri siciliani » seront redonnées avec le livret original.

 

Les Vêpres siciliennes

 

Entre 1047 et 1090, les Normands conquièrent le sud de l’Italie et la Sicile.

Si l’empereur Hohenstaufen Frederic Barberousse échoue à prendre contrôle de l’Italie lors de la célèbre Battaglia di Legnano en 1176, son fils Henri VI réussit à se faire couronner roi de Sicile en 1194 après la mort du roi Normand Tancrède de Lecce.

 

Frederic II, fils d’Henri, tente de consolider les positions du Saint Empire Germanique en Italie mais, face à l’hostilité de la Papauté et des villes Lombardes (trame historique d’ Oberto), son règne se finit sur un échec.

Sa dynastie s’éteint en 1266, date à laquelle son fils, Manfred Ier de Sicile, est tué par Charles d’Anjou avec le soutien du Pape Urbain IV.

 

Le gouvernement odieux de Charles sur la Sicile entraîne la révolte des Siciliens le lundi de Pâques 1282 au moment où l’on sonne les vêpres. Des milliers de Français de Sicile sont massacrés.

 

Le chancelier de la couronne d’Aragon, Jean de Procida, a en effet noué des contacts avec les Gibelins de Siciles (opposants au Pape) pour le compte du Roi d’Aragon.

Pierre III le Grand est marié à la fille de Manfred. Il envoie donc une flotte aragono-catalane à Palerme pour en chasser les Français.

 

De plus, l’empereur d’Orient, Michel VIII Paléologue, inquiet des visées de Charles sur l’Empire Byzantin, est contacté par des siciliens.

Il ne participe cependant pas directement aux opérations.

 

Le bilan politique de cette longue tension politique et du carnage final est le rattachement du Royaume de Sicile à l’Aragon.

 

L’argument du livret de Verdi relate la manière dont Procida attise les tensions entre Français et Siciliens à Palerme.

Un Sicilien, Henri s’éprend de la duchesse Hélène. Mais le patriotisme du jeune homme est contrarié lorsqu’il apprend qu’il est le fils de Montfort, gouverneur de l’Ile.

Il intervient lui-même pour sauver son père d’une tentative d’assassinat commanditée par Procida à l’occasion du bal du gouverneur français.

Henri reconnaît publiquement sa filiation ce qui permet de libérer les conspirateurs et Hélène.

Cependant, Procida les informe qu’un navire rempli d’armes attend dans le port.

Au signal des cloches célébrant l’union entre Henri et Hélène, les siciliens se soulèvent et le massacre commence.
 

Par David
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Mardi 13 mai 2008

Genèse de l’œuvre

 

Après les trois premières représentations du Trovatore, Verdi retourne à Busseto et s’emploie à achever « La Traviata » pour La Fenice. Six mois de négociations en 1852 ont été nécessaires pour s’assurer que son exécution se ferait dans de bonnes conditions.

 

Francesco Maria Piave adapte le drame d’Alexandre Dumas fils « La Dame aux camélias » publié en 1848.

« La Traviata », premier exemple de drame bourgeois à fond vériste, est selon Verdi « un sujet de notre temps. Peut-être un autre ne l’aurait-il pas écrite à cause des costumes, à cause de l’époque, à cause de mille autres scrupules ridicules ».

Comme l’œuvre de Dumas, elle est tournée vers l’observation réaliste des modes de vie d’une société.

 

Pendant ce temps, Milan connaît en février 1853 des journées terribles.

L’échec du soulèvement inspiré par Mazzini conduit à des pendaisons et des fusillades. Pendant plusieurs jours, personne ne peut entrer ou sortir sauf les voyageurs et ceux qui approvisionnent la ville.

 

A vrai dire, Verdi est moins inquiet des évènements politiques que des nouvelles inquiétantes sur la troupe de chanteurs réunie pour « La Traviata ».

 

La première représentation, le 6 mars 1853 à Venise, est un four monumental : Salvini Donatelli est une prima donna plantureuse, mais lorsque son médecin lui annonce sur scène qu’elle n’a que quelques heures à vivre, l’hilarité devient générale.

 

L’été 1853 se passe en expériences sur « Le Roi Lear » et en octobre Verdi se rend à Paris pour reprendre les discussions avec  Roqueplan.

Il souhaite un temps rompre son engagement, irrité par les intrigues qui se nouent à ses dépens dans cette officine à scandales qu’est l’Opéra de Paris. D’ailleurs il ne propose pas « Le Roi Lear », sujet trop vaste, trop neuf pour une capitale où l’on ne comprend que les mélodies qu’on répète depuis vingt ans.

A la fin de l’année, la direction de l’Opéra de Paris lui remet alors le livret de Scribe des « Les Vêpres Siciliennes  ».

 

Mais Verdi n’a pas abandonné l’idée d’une revanche au sujet de « La Traviata ».

Il retouche quelques passages dans la partie vocale et les parties d’orchestres du second acte. L’action est plus resserrée. Le chef d’orchestre Antonio Gallo se charge d’être son impresario.

 

Le soir du 6 mai 1854 au Théâtre Gallo «  San Benedetto » de Venise, « La Traviata » ressuscite triomphalement.

 

La Traviata

 

A partir de 1852, les représentations de la « Dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils font pleurer les spectateurs parisiens.

Le personnage féminin, Marguerite Gautier, est inspiré de Marie Duplessis, fille de concierge devenue hétaïre (courtisane) que connu le dramaturge.

 

En 1789, la révolution française débarrasse la société paysanne des structures féodales, mais l’entrée dans l’ère moderne n’a véritablement lieu qu’en 1847 après la dernière crise économique de la monarchie de juillet.

La révolution industrielle transforme les hiérarchies sociales. Les entrepreneurs dépassent en richesses les propriétaires terriens et l’écart moyen de fortune entre un ouvrier et un industriel devient de 1 pour 10000 !

Deux nouveaux types sociaux apparaissent : le salarié et une bourgeoisie capitaliste.

Celle-ci est très attachée à la propriété, la famille et l’économie.

Le problème de l’héritage est important, l’essentiel étant de conserver la patrimoine familial.

 

Verdi entend décrire ces mœurs bourgeoises et sa morale hypocrite. Mais en Violetta, il faut plus voir Giuseppina Strepponi que La Dame d’Alexandre si l’on se souvient comment les habitants de Busseto considéraient l’amie du compositeur.

 

La trame de la Traviata se déroule à Paris vers 1844. Alfredo fils de bonne famille tombe amoureux de la courtisane Violetta au cours d’une soirée parisienne.

Tous deux s’installent à la campagne pour vivre leur bonheur.

Mais Germont, le père d’Alfredo, intervient pour accuser la jeune femme de dilapider la fortune de la famille, et d’empêcher le mariage de sa fille avec un homme fortuné, à cause du déshonneur qu’elle provoque.

Par amour, elle cède et envoie une lettre de rupture, sacrifice que ne comprend pas immédiatement Alfredo.

Elle tombe gravement malade. Germont décide alors d'écrire à son fils la vérité.

Violetta retrouve son amour pour un instant. Et elle meurt.
 

Par David
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Samedi 10 mai 2008

Genèse de l’œuvre

 

Après les trois premières représentations de Rigoletto, Verdi retourne à Busseto.

C’est pour lui une épreuve de plus de retrouver sa mère gravement malade. Elle meurt le 30 juin 1851.

 

A la fin de l’année il quitte  Busseto pour Paris avec la Strepponi, façon d’échapper aux médisances qui circulent sur leur compte.

Car son amie est peu acceptée par la population de son village ; aussi écrit-il les paroles suivantes au père de sa défunte femme, Margherita Barezzi : « Vous vivez dans un pays où les gens ont la mauvaise habitude de s’immiscer souvent dans les affaires d’autrui et de désapprouver tout ce qui n’est pas conforme à leur idées …. Une femme habite chez moi. Elle est libre, indépendante, elle aime, comme moi, une vie solitaire qui la mette à l’abri de toute obligation. Ni moi, ni elle ne devons rendre compte de nos actions à qui que ce soit».

 

De son passage dans la capitale française, Verdi laisse l’engagement ferme de composer un opéra en quatre ou cinq actes sur un livret de Scribe pour la fin de l’année 1854 (ce seront «Les Vêpres Siciliennes  »).

 

De retour à Busseto en mai 1852, les peines se succèdent ; le vieux père de Verdi tombe gravement malade, et Salvatore Cammarono, chargé de travailler sur le livret du « Trovatore », meurt le 17 juillet 1852. C’est le poète napolitain Leone Emanuele Bardare qui reprend la tâche.

L’ouvrage s’inspire du drame avec lequel Antonio García Gutiérez, poète espagnol eut un grand succès lors de sa parution en 1836.

 

C’est donc dans cette période douloureuse que le compositeur termine dans les moindres détails la musique de l’opéra qui met le mieux en valeur les qualités particulières de son esprit et de son âme.

L’œuvre est voilée de mélancolie et le poids de la solitude dans laquelle il s’enferme y est pour beaucoup.

 

D’abord prévu pour Naples, mais depuis « Luisa Miller » Verdi est définitivement fâché avec la direction du théâtre, « Il Trovatore » est cédé au Théâtre Apollo de la ville de Rome.

 

Puis en août 1852, Louis-Napoléon Bonaparte devenu président de la république nomme Verdi Chevalier de la Légion d’Honneur. C’est son ministre de l’intérieur, Léon Escudier, qui se rend en personne en Italie pour remettre les insignes de l’Ordre.

 

Verdi arrive à Rome pour Noël. Il compte avancer la composition de Traviata un sujet simple qu’il prévoit pour Venise, mais ses rhumatismes le reprennent et il ne peut suivre que difficilement les répétitions.

 

Le soir du 19 janvier 1853, « Le Trouvère » est accueilli triomphalement.

 

Le Trouvère

 

Le 31 mai 1410, Martin Ier l’Humain meurt à Barcelone sans descendance.

Son règne sur le trône d’Aragon est marqué par le Grand Schisme d’Occident.

En effet, depuis 1394 Pedro di Luna, originaire d’Aragon, est le nouveau Pape d’Avignon sous le nom de Benoît XIII en même temps que le Pape Boniface IX s’installe à Rome.

 

L’impossibilité de l’Eglise à résoudre cette bicéphalie pousse la France à soustraire son obédience et à intervenir pour destituer le Pape avignonnais.

Martin d’Aragon intervient alors militairement pour le soutenir, mais Benoît doit fuir en 1403.

 

A la mort du roi, la guerre de succession pour la couronne d’Aragon éclate.

Jacques, comte d’Urgel, semble être le plus légitime successeur, mais Louis Duc d’Anjou et Ferdinand d’Antequera revendiquent eux aussi cette charge.

Pour compliquer les choses, le royaume se divise en plusieurs factions ; notamment les Heredia, ennemis des Urgels, s’opposent aux Luna qui défendent avec ferveur le comte.

 

En 1412, réfugié à Peñíscola, Benoît XIII propose un compromis en réunissant neufs arbitres à Caspe ; sont représentés l’Aragon, Valence et la Catalogne.

Le Pape soutenant Ferdinand, ce dernier est élu à 7 voix contre 2.

Ce choix déclenche la révolte de Jacques d’Urgel, qui est vaincu et tué.

 

Dans Il Trovatore, Manrico est décrit comme un officier de l’Armée d’Urgel et le Comte de Luna décrit comme résident du Palais Royal d’Aljaferia à Saragosse (ici Luna et Urgels sont opposés).

C’est d’ailleurs dans ce Château que Martin Ier fit  transférer le Saint Calice avec le soutien de Benoît XIII.

 

La trame de l’œuvre raconte les amours contrariés de Leonore, Dame d’honneur de la Princesse d’Aragon, et de Manrico, le Trouvère recueilli et élevé par la Gitane Azucena.

 

Le Comte de Luna, courtisan de Leonore, eût un frère qu’une sorcière condamna à mourir encore au berceau.

Brûlée vive, sa fille réussit par vengeance à enlever le bébé.

Peu après, un nourrisson fût trouvé calciné.

 

Devenu le maître de Saragosse, le Comte est maintenant non seulement opposé politiquement à Manrico, mais il est aussi son opposant pour l’amour de Leonore.

 

Au cours d’une scène hallucinante, Azucena révèle à Manrico qu’il n’est pas son vrai fils car c’est elle-même qui jeta son propre fils dans les flammes pensant être celui du vieux Comte (le Père de Luna).

 

Manrico et Leonore se réfugient dans la place forte de Castellor pour s’y marier.

Mais la capture d’Azucena lors du siège du château par le comte de Luna oblige le Trouvère à intervenir. Il est fait prisonnier.

 

De retour à Aljaferia, Leonore rejoint Manrico à la prison et s’empoisonne pour ne pas être liée au Comte.

Furieux, ce dernier ordonne de tuer son amant ; Azucena lui révèle alors que c’est son frère.
 

Par David
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Dimanche 4 mai 2008

Genèse de l’œuvre

 

Dans les premiers jours de 1851, Verdi retourne à Busseto et convoque rapidement Francesco Maria Piave.

« Le Roi s’amuse » de Victor Hugo (1832) est, selon le compositeur, le meilleur des arguments qu’il ait eu en main.

Piave assure à Verdi que la censure donnera son autorisation mais Marzari, président de la Fenice, n’est pas du même avis.

Et avec raison : la censure autrichienne, plus insolente que jamais depuis son retour, ne peut tolérer de voir opposer un « vil bouffon » à un roi célèbre (François Ier).

 

Le gouverneur militaire, chevalier de Gorzkowski, donne ainsi l’ordre au Directeur Général de l’Ordre public, Carlo Martello, d’avertir Piave et Verdi qu’il n’acceptera aucune proposition concernant le sujet de « La Maledizione » (titre donné par Verdi).

 

Martello suggère alors quelques adaptations :  plus de Roi mais le Duc de Vendôme,  plus de monarque libertin, plus de malédiction, plus de bossu.

Verdi voit bien qu’ainsi réduit le livret manque de caractère. Martello et Marzari reprennent les discussions avec Verdi et arrivent à un accord où tous les vices sont supportés par le bouffon renommé Rigoletto et qui devient le titre même de l’opéra. Ainsi disparaît dans le titre toute source d’angoisse causée par les injustices des hommes ou bien le destin.

 

Les nouvelles suggestions de Martello vont ainsi dans le sens du drame ce qui fait dire à Verdi que « Les gens seront stupéfaits lorsque l’on saura que nous avons eu comme collaborateur un fonctionnaire de la police ».

 

L’œuvre est enfin prête et créée le 11 mars 1851. Pour la troisième fois (après Ernani et Attila) Venise fait un triomphe à Verdi.

Dans « Rigoletto », Verdi alterne larmes et sourires avec une fougue qu’il n’avait jamais réalisé auparavant.

L’Opéra parcourt l’Italie toute entière puis toute l’Europe. Mais la France devra attendre 6 ans avant que l’ouvrage puisse être monté au Théâtre des Italiens à cause de l’opposition de Victor Hugo.

A propos du quatuor du dernier acte, il déclarera quand même : « Si je pouvais, moi aussi, dans mes drames faire parler en même temps quatre personnages, et que le public perçoive leurs paroles et leurs sentiments, j’obtiendrais le même effet. »

 

Rigoletto

 

Le 22 novembre 1832, Victor Hugo crée « Le Roi s'amuse » à la Comédie Française.

Dès le lendemain, la pièce est interdite. L’écrivain s’élève contre les abus de la censure lors d’un plaidoyer pour la liberté d’expression tenu le 19 décembre devant le tribunal de commerce.

Il argue ainsi que ce même tribunal avait déclaré « illégales » les ordonnances du 25 juillet 1830 de Charles X qui provoquèrent l’insurrection parisienne 3 jours après et démontre point par point l’absence de toute immoralité dans l’oeuvre.

 

La plaidoirie est rapportée dans les Mémoires d’Alexandre Dumas.

Cet épisode ne fait qu’illustrer le combat de près de 50 ans mené par l’auteur pour défendre les œuvres littéraires et l’appartenance à leur auteur.

 

Verdi en sait quelque chose tant il eu de difficultés à présenter Ernani et Rigoletto à Paris même si Victor Hugo avait de la sympathie pour les mouvements nationalistes.

Il s’était d’ailleurs opposé en 1849 à ce que la France soutiennent le retour de Pie IX en Italie.

 

Dans Rigoletto, Verdi conserve toute l’intrigue du Roi s’amuse.

Rigoletto n’a qu’une seule crainte : voir sa fille, Gilda, devenir victime des aventures libertines du Duc De Mantoue.

La malédiction jetée sur lui et le Duc par Monterone n’atteint pas le monarque.

En revanche, Gilda est enlevée ce qui pousse le bossu à se venger en commandant le meurtre de son souverain.

Ce dernier en réchappe, la fille de Rigoletto ayant choisi d’être à sa place la victime de l’assassin.

 

Par David
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Lundi 28 avril 2008

Genèse de l’œuvre

 

Six jours après la création de « Luisa Miller  », Verdi quitte Naples blessé par le comportement de l’administration du théâtre.

 

De retour à Busseto, Verdi engage des pourparlers avec Riccordi pour lui céder la propriété de « Stiffelio » destiné au Grand Théâtre de Trieste.

En même temps, le désir de se mettre au Roi Lear le reprend et de sur croix le président de la Fenice lui demande en mars 1850 d’écrire un nouvel opéra.

 

Dans ces conditions, la musique de « Stiffelio » va être bâtie à la hâte en se calquant sur le modèle de Luisa Miller .

 

Cependant cet opéra est le premier d’une série qui aborde des sujets avec une hardiesse toute nouvelle. Ici un prêtre marié à une femme adultère lui pardonne au final avec la noblesse surhumaine du Christ.

Le sujet est tiré d’une pièce française « Le Pasteur » ou « L’Evangile et le foyer », pièce d’Eugène Bourgeois et Emile Souvestre donnée pour la première fois au Théâtre de la Porte Saint Martin en février 1849.
Et c’est à Francesco Maria Piave que Verdi s’adresse pour en réaliser l’adaptation.

 

Les censures autrichienne et ecclésiastique modifient le livret et surtout la scène finale a destination de laquelle toute l’œuvre est bâtie. Le prêtre devient un ministre d’une principauté allemande, l’église n’en est plus une et l’Evangile n’est plus cité.

 

Le 16 novembre 1850, cet opéra échoue donc prévisiblement à Trieste. Verdi ne fait d’ailleurs aucun effort pour le défendre.

 

Stiffelio

 

Pour la première fois, Verdi met en scène une œuvre en phase avec son temps.

Depuis le retour de Pie IX en juillet 1849, le pouvoir du pape est devenu autoritaire avec un spectaculaire revirement traditionnel.

Cependant ce pouvoir millénaire va s’effriter au cours des deux prochaines décennies.

En 1851, la proclamation du Second Empire en France et l’avènement de Napoléon III seront le déclencheur d’une politique favorable au mouvement des nationalités.

Le Piémont annexera les états Pontificaux en 1860 puis, après le départ des troupes françaises en 1870, inclura Rome dans le Royaume d’Italie.

Quelque part, « Stiffelio » est  une œuvre symbolique des dernières années du pouvoir temporel du Pape par la manière dont elle a été défigurée.

 

L’œuvre se situe en Allemagne au début du XIXième siècle au château du Comte Stankar.

Sa fille, Lina, est mariée à Stiffelio, chef d’une secte protestante.

Certains faits sont rapportés à ce dernier qui, mis en rapport avec la disparition de la bague de sa femme, l’amènent à soupçonner qu’elle le trompe.

Seul Stankar a compris que c’est avec Raffaele.  Hypocrite comme le sera plus tard Germont dans Traviata , il signifie à Lina de ne rien dire à Stiffelio de peur de voir l’honneur de sa famille terni.

 

Il est même décidé à se débarrasser lui-même de l’amant tandis que celui-ci souhaite partir avec celle qu’il aime.

Stiffelio apprend la vérité et laisse présager qu’il donnera prochainement à l’église un sermon terrible.

Malgré tout il propose à Lina de divorcer; ce qu’elle refuse jusqu’à ce que son père apparaisse souillé par le sang de Raffaele.

Contre toute attente, lors de la dernière scène à l’intérieur de l’église, le prêtre ouvre la Bible et lit, à la surprise de tous, les lignes relatant la femme adultère et appelant au pardon.
 

Par David
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Vendredi 15 février 2008

Genèse de l’œuvre

Aussitôt après la représentation à Rome de la Battaglia di Legnano, Verdi Repart à Paris.
Pendant ce temps, à Naples,  Cammarono achève de versifier « L’Assedio di Firenze » de Guarezzi pour le compte du compositeur.
Le sujet est déjà à l’étude depuis juillet 1848 et c’est en avril 1849 que le texte est présenté à « L’Autorité qui supervise les théâtre de Naples ».
Vu les circonstances en Italie et à Florence en particulier, le sujet est refusé.

Dans ces conditions, Cammarono se rabat sur « Amore e raggiro » de Friedrich Schiller (3ième livret après Giovanna d’Arco et I Masnadieri).

Verdi a déjà en vue « Le Roi s’amuse » et « les Joyeuses commères de Windsor » ce qui montre son désir maintenant d’introduire ses passions humaines, c'est-à-dire s’intéresser à l’âme d’un personnage.
On chuchote surtout que Rossini a émis l’avis que Verdi ne fera jamais d’Opéra semi sérieux.
C’est de cette époque que date son obsession pour « Falstaff ».

En août, Verdi et la Strepponi quittent Paris où vient d’éclater l’épidémie de Choléra.
Ils se rendent à Bussetto, au palais Orlandi,  puis Naples en octobre. L’instrumentation de « Luisa Miller » reste à faire.

Après avoir tenu tête au duc de Ventignano, administrateur qui prétend ne pas le payer immédiatement,  le compositeur voit le sorcier Capecelatro entrer en scène.
Verdi craint le pouvoir de ce genre d’homme mais ne peut empêcher le jeteur de sort d’entrer dans la salle lors de la première représentation du 8 décembre 1849.
Un décor se détache et rate de peu le musicien.

L’œuvre n’obtient pas tout de suite le succès qu’elle mérite, l’enthousiasme se démontre au fur et à mesure des représentations.

L’union de la musique et de la parole devient plus intime et le discours des épisodes orchestraux plus ample.



Luisa Miller



L'action de  "Kabale und Liebe" se situe dans un état allemand vers 1776.
Après la mort de l'Empereur Charles VI en 1740, l'histoire du Saint Empire Romain Germanique est marquée par la guerre de succession d'Autriche entre Marie Thérèse (23 ans) et Frédéric II de Prusse car aucun héritier masculin n'est clairement identifié.

La fille de Charles réussit à faire élire son mari François Ier, se rapproche de l'Angleterre et repousse les Français alliés des Prusses. Elle doit cependant céder la Silésie à Frédéric lors du traité d'Aix la Chapelle en 1748.

La guerre entre la France et l'Angleterre se poursuit alors dans les colonies.

A partir de 1775, la Guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique oblige les Britanniques à trouver des renforts.

Certains princes Allemands ( lands de Hesse-Cassel et Brunswick notamment) acceptent de fournir des hommes à Georges III  et c'est ainsi que 30000 mercenaires partent en Amérique en échange de revenus confortables pour leurs petits états.

Schiller s'insurge de ces ventes d'hommes dans son drame qui est un véritable réquisitoire pour la liberté.

En 1847, Alexandre Dumas réécrit l'oeuvre ("Intrique et Amour") en privilégiant la dimension privée, et 2 ans plus tard Verdi élimine toute référence politique pour faire de "Luisa Miller" un mélodrame qui se déroule au Tyrol au milieu du XVIIIième siècle.


Luisa et Rodolpho s’aiment. Mais le Comte Walter, le père du jeune homme, souhaite le marier à la Duchesse Federica. Dans le même temps, Wurm aime (ou plutôt désire) Luisa en secret.

Quand Walter découvre la liaison de son fils, il fait enfermer Luisa et son Père. Wurm survient et propose à Luisa d’écrire une lettre reniant son amour puis de le suivre.
Elle accepte la suggestion ce qui permet de libérer son père. Rodolphe prend connaissance de la lettre, retrouve Luisa et dégouté, la force à partager avec lui une coupe de poison.

Elle lui révèle alors la vérité. Furieux, il a le temps de tuer Wurm et ils meurent.

Par David
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Vendredi 8 février 2008

Genèse de l’œuvre

Le 18 mars 1848, les Milanais se soulèvent et en cinq jours chassent les Autrichiens.
Charles-Albert, chef des partisans du Risorgimento, lève des troupes.

Verdi, à peine guéri, accourt dans sa patrie et rencontre Mazzini, fondateur du mouvement « Jeune Italie ».  Exilé depuis 1831 puis revenu en Lombardie ce dernier fonde l’ « Italia del popolo ».

Pour ne pas assister aux représailles des Autrichiens, les deux hommes fuient Milan.
Après un passage à Naples, Verdi revient à Paris.

Les troupes de Radetsky reprennent Milan le 6 août. Le Piémont est contraint d’abandonner la Lombardie et Venise.


Garibaldi
résiste jusqu’au 26 août avant de perdre la bataille de Morazzone.

Pendant ce temps Verdi doit une partition à l’éditeur Ricordi qui le prie de se rendre à Rome pour y mettre en scène le livret sur lequel planche Salvatore Cammarono.

Dans les derniers jours d’octobre, il reçoit le troisième acte de « La Battaglia di Legnano ».  Il s’agit de la première victoire italienne de l’histoire sur un empereur allemand. Voilà qui va rallumer la foi de tous dans la renaissance nationale.

Le 15 novembre, le premier ministre Pellegrino Rossi est assassiné. Les démocrates prennent le pouvoir et des élections sont programmées pour 1849.

Verdi arrive début janvier 1849 à Rome et le 27 a lieu la première de son opéra patriotique.
Impossible de trouver de places quand on sait que le peuple avait voulu assister de force à la répétition.
Dès le chœur d’ouverture les acclamations « Viva Verdi ! » éclatent dans un tumulte général.
Le 5 février, un officier se débarrasse de ses attributs militaires sur scène.
Le 9 février, Mazzini participe à la proclamation de la république romaine.

A ce moment là, La Battaglia di Legnano est considéré comme l’un des opéras les plus puissants de Verdi. Le compositeur quitte Rome immédiatement après la première représentation.

La France, soucieuse de ne pas laisser l’Autriche s’étendre au sud de l’Italie, envoie des troupes pour affronter les 10000 « Chemises rouges » de Garibaldi.
Rome est prise le 2 et 3 juillet 1849 par le général Oudinot. Pie IX peut y revenir et restaurer les anciennes institutions.


La Battaglia di Legnano


Depuis la mort d’Henri V en 1125,  le souverain allemand n’a plus guerre de pouvoir que sur ses propres domaines, les coalitions féodales de Bavière et de Franconie s’affrontant en des luttes constantes.
Avec l’élection de Frédéric Ier en 1152, duc de Soaube, les conflits sont réglés.

Le 11 juin 1155, Frédéric Ier Barberousse est couronné à Rome Empereur Romain Germanique par le pape Adrien IV.
Peu de temps avant, il a contribué à l’arrestation d’Arnaud Brescia, opposant au pouvoir temporel du pape et instaurateur d’une république inspirée de la cité antique.

Il lui reste maintenant à consolider son pouvoir en Italie.

En 1158, la promulgation du décret de Roncaglia exigeant l’abandon par les villes Italiennes de droits exclusivement impériaux (comme celui de frapper sa propre monnaie) entraîne la révolte de Crémone.
Frédéric fait détruire la ville en 1160 puis Milan en 1162 après un siège d’un an.

La lutte de l’Empereur contre les villes italiennes s’accompagne d’une rupture avec le pape. Une erreur de traduction d’une déclaration fait croire effectivement à Barberousse qu’il est considéré comme un vassal de Rome par le nouveau pape Alexandre III.

Suite à ces évènements tragiques, la Ligue Lombarde se constitue en 1167 en même temps que Barberousse prend Rome.

Les Lombards s’allient à Alexandre III et infligent une cuisante défaite à Frédéric lors de la bataille de Legnano en 1176.

L’Empereur s’efforce alors de trouver un arrangement lors de la paix de Venise précisant ainsi les rôles respectifs de chacun.

Frédéric Barberousse meurt noyé le 10 juin 1190 lors de la IIIième croisade juste après la prise de Koniah.

La trame de « La Battaglia di Legnano » se situe à Milan. Le jeune Arrigo a échappé au siège de Suse (Piémont) par Barberousse. Sa fiancée Lidia le croyant mort s’est mariée avec Rolando son ancien compagnon d’armes.

Arrigo et Rolando, messagers de la Ligue Lombarde, n’arrivent pas à convaincre la ville de Côme de s’allier à eux contre l’Empereur qui menace de détruire à nouveau Milan. Alors le jeune patriote n’ayant en plus aucun espoir de retrouver son ancienne fiancée, se joint aux « Chevaliers de la Mort » chargés d’en finir avec Frédéric Ier.


Rolando découvre la relation entre Lidia et Arrigo et fou de rage tente de déshonorer Arrigo en l’empêchant de partir. Il échoue. Quelques jours plus tard on apprend que Barberousse a été tué par un chevalier mortellement blessé : c’est Arrigo.
  

Par David
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Dimanche 20 janvier 2008

Genèse de l’œuvre

A présent la vie de Verdi prend un nouveau chemin. Après s’être procuré l’indépendance morale et matérielle qui lui permet de vivre sans obligations envers personne, il se consacre tout entier à son amie La Strepponi.

Pour lui faire plaisir il loue une petite maison à Passy.


En février 1848
, le peuple de Paris se soulève. Immédiatement Vienne et Berlin, puis Palerme, Milan, Messine, Bologne, Brescia, Rome, Venise suivent.

Dans la précipitation, Verdi achève en mars 1848 « I Corsaro », dernier opéra qu’il doit au bien peu scrupuleux éditeur Lucca.
Comme pour
I Due Foscari , le livret s’inspire d’une pièce de Byron « Le Corsaire », héros fait plus pour l’action que la méditation mais se sentant isolé vis-à-vis de ses semblables.

Francesco Maria Piave
reste fidèle au romantisme du poète ce que n’avait su faire Ferreti pour l’Opéra « Le Corsaire» de Pacini très vite oublié.

Verdi abandonne alors l’œuvre à son destin.

Lucca décide que l’œuvre sera montée au Teatro Grande de Trieste le 25 octobre 1848.

Verdi ne prend même pas la peine de se déplacer ce qui vaut à l’ouvrage un accueil glacial et des réactions outragées. Il apprend ainsi par la presse qu’ayant rempli ses poches de guinées anglaises et de francs français, il pourrait peut-être se payer le luxe d’étudier un peu les classiques.



I Corsaro


Au début du XIXième siècle, l’empire Ottoman s’étend toujours de l’Afrique du Nord à l’Europe Sud Orientale bien que les offensives des Européens aient déjà enclenché sa désagrégation.


En 1822
, l’insurrection grecque initiée en Epire se propage et l’indépendance est proclamée.
Le sultan Muhammad Ali réagit en envoyant une flotte de 63 navires de guerre et 100 bâtiments de transports à laquelle ne peuvent résister les révoltés.

Cela attire la sympathie de l’opinion européenne qui envoie aux insurgés de l’argent, des armes et des volontaires.  Parmi eux,  Lord Byron, romantique rongé par le mal de vivre et en quête d’une cause enthousiasmante, se rallie à eux et meurt probablement de fièvre lors du siège de Missolonghi.

La flotte turco-egyptienne est défaite plus tard à Navarin par l’escadre anglo-franco-russe et la Grèce devient indépendante en 1830.

La trame d’I Corsaro ne fait référence à aucun évènement marquant de l’histoire mais devrait se situer vers 1810.

Sur une île de la Mer Egée le chef des corsaires, Corrado, informé par un espion grec prépare ses troupes à mener une expédition contre la flotte musulmane basée dans le port de Corone (sud du Péloponnèse). Ce projet inquiète Médora mais elle ne peut le retenir.

Pendant ce temps, à Corone, le Pacha Seid est également sur le point de lancer un raid contre les corsaires. Il se fait cependant surprendre, ses navires sont incendiés mais il réussit à réunir ses troupes alors que Corrado cherche à sauver les femmes des flammes. Le héros est arrêté.

Gulnara, la favorite du harem, s’éprend de lui et l’aide à s’échapper après avoir poignardé le sultan.

Malheureusement, à son retour dans les îles, sa fiancée le croyant mort se suicide et lui-même met fin à ses jours.
 

Par David
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Jeudi 10 janvier 2008

Genèse de l’œuvre

Après deux représentations d’ « I Masnadieri», Verdi se fait remplacer à la direction musicale et rentre à Paris.
Malgré son dédain pour la superficialité parisienne, il accepte de répondre aux sollicitations des directeurs de l’Opéra.


« I Lombardi »
n’a pas encore été représenté en France, c’est donc l’occasion d’en faire une adaptation.
La tâche de nettoyer cet Opéra incombe aux librettistes Alphonse Royer et Gustave Vaëz.
Les 11 scènes des Lombards sont réduites à 7, les croisés Lombards deviennent français, Milan se change en Toulouse.

Il n’en peut plus de Paris. Pourtant ce désespoir s’éclipse lorsque qu’il retrouve La Strepponi (voir Oberto et Nabucco)  installée depuis un an dans la capitale. Désormais ils ne se sépareront plus.

Les répétitions de « Jérusalem » durent deux mois et Verdi se félicite de ne plus reconnaître Les Lombards.
Seulement, l’accueil le 26 novembre 1847 est plutôt froid.
Les évènements politiques en sont sans doute la cause.

La population ne supporte plus la monarchie autoritaire de Louis Philippe et les députés corrompus du ministère de François Guizot
D’autant plus que la crise économique commencée en 1846 aggrave la situation.

En février 1848, une manifestation effraie la garde qui tire : bilan 16 morts. 
Paris s’enflamme, le roi fuit, la monarchie s’effondre. Un gouvernement provisoire s’installe.
Les violences se poursuivent jusqu’en été puis une nouvelle République jaillie.

Louis Napoléon Bonaparte
en devient le prince-président le 10 décembre 1848.


Jérusalem


Si le contexte historique de « Jérusalem » est le même que celui d’ « I Lombardi » le livret est totalement modifié. L’action débute à Toulouse d’où partit la seconde armée de croisés sous la direction du Comte Raymond de Saint-Gilles et du légat du Pape.

La trame principale de l’Opéra est l’histoire de Gaston, amant d’Hélène, la fille du Comte Raymond.
Celui-ci a été grièvement blessé par erreur lors d’un attentat commandité par son frère Roger.
Horrifié d’avoir atteint son propre frère, il réussit tout de même à faire accuser Gaston, condamné à l’exil.
Roger part en Terre Sainte et entame une vie d’ermite.

Fait prisonnier à Ramla par l’Emir de la ville, Gaston y retrouve sa fiancée Hélène, partie à sa recherche et arrêtée elle aussi par les troupes arabes.

Le Comte Raymond réussit à prendre la cité, et retrouve Gaston qu’il condamne à mort.
Roger fournit alors à son frère les armes nécessaires à la prise de Jérusalem où l’intrigue se conclut.


« Jérusalem » sera encore remanié dans la traduction italienne de Calisto Bassi intitulé « Gerusalemme ».

Mais l’accueil sera franchement froid, les Italiens préférant de loin « I Lombardi ».

 

Par David
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Vendredi 4 janvier 2008

Genèse de l’œuvre

Dans les derniers jours de mai 1847, Maffei a presque terminé « I Masnadieri ».  
Avec sa première pièce, le poète Schiller (1759-1805) exprime sa révolte contre la tyrannie du Duc de Wurtemberg.
Ici il ne fonde pas l’idéal de Liberté sur la destruction du passé mais sur le renouvellement spirituel de l’individu.
Le 13 janvier 1782, Mannheim accueille « Les Brigands » dans un délire incroyable.

De cette violente critique de la société, Andrea Maffei ne retient pourtant rien et concentre l’opéra uniquement sur la rivalité entre deux frères.
Pendant ce temps, à Londres, Lumley attend anxieusement le compositeur. C’est en effet le premier opéra qui soit exprès écrit pour Londres par un compositeur italien moderne.

Une grande musicienne attend également Verdi au Théâtre de la Reine : La Lind.
Même si ce dernier trouve sa virtuosité un peu datée, il a un point commun avec elle : elle déteste le milieu du théâtre.

Dans le même temps le Covent Garden, dirigé par Costa, peine et jalouse la relation privilégiée du théâtre concurrent avec Verdi et la Lind.
A force de limiter les représentations du maestro italien et de mal accompagner la Lind, il finit par faire faillite.

Les répétitions d’ « I Masnadieri » commencent alors mi-juillet.
La Reine Victoria a même donné vacance au parlement pour assister à la première représentation.

Celle-ci a lieu le 22 juillet 1847 et est accueillie très favorablement.

Pour Verdi c’est aussi l’heure du mûrissement, le moment de se détacher de ces années qu’il a passé à travailler dur pour oublier les chagrins qui l’ont attristé.


I Masnadieri

En 1648, les traités de Westphalie signent la fin de la guerre de 30 ans.
Les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche ont perdu leur guerre d’hégémonie contre la France et les Provinces-Unies.

L’Empire allemand s’effondre et se retrouve émietté en quelques trois cent cinquante principautés, évêchés et villes franches ayant chacun son souverain défendant jalousement son pouvoir.

La cruauté et le mépris de la vie humaine de ces princes allemands suscitent l’indignation.
Le duc de Wurtemberg interdit même à Schiller d’écrire des comédies après la représentation  « Des Brigands ». Le poète doit fuir Stuttgart et se réfugie en Saxe à Dresde.

L’histoire d’ « I Masnadieri » se situe vers 1730 en Bohême et Franconie, à l’est du duché dont Schiller s’est enfui, mais ne fait aucune allusion à une situation tyrannique.
Francesco, jaloux de son frère Carlo a rejoint des brigands. Déçu par cette vie, il décide de brouiller son frère et son père, Massimiliano Comte de Moor. Il le jette au cachot.
Ses manipulations conduisent à la mort de son père puis de Amalia par la main même de son fiancé Carlo qui se donne la mort après coup.

« I Masnadieri » ne marque aucun progrès dans l’art de Verdi. Le manque d’envolées puissantes conduit à une tragédie plate.
Les corrections conseillées par le compositeur à Maffei n’ont pas suffit à améliorer le livret.

Par David
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Lundi 8 octobre 2007
Genèse de l’œuvre
 
De retour à Milan, Verdi récupère sur sa santé et s’implique même dans le dénouement de la vie conjugale de ses amis Maffei. La comtesse se retire à Clusone alors que Maffei propose à Verdi de réduire le drame de Schiller « Les Brigands » (I Masnadieri).
 
Cependant, depuis l’accueil chaleureux du public florentin à ses œuvres, le compositeur ne peut plus ignorer une telle sympathie. Or Lanari, directeur de l’opéra de Florence, ne dispose pas de ténor de première classe.
Le choix de Verdi se porte donc sur Macbeth, opéra dans lequel la partie de ténor est d’importance secondaire.
 
Ce travail ne lui permet pas de répondre à une demande de Rome pour un hymne célébrant l’intronisation du Pape Pie IX. En effet, ses mesures démocratiques (loi libérale confiant la censure à une commission laïque, libération des condamnés politiques) l’ont rendu populaire et inquiètent le pouvoir autrichien.
Metternich renforce ses troupes et se tient prêt à contrer les révolutionnaires.
 
Dans le même temps, Lumley, directeur du Théâtre de la Reine à Londres, presse Verdi de lui fournir un opéra. Ce sera «I Masnadieri » mais pour l’instant la composition de Macbeth va trop lentement depuis août 1846. C’est seulement début février 1847 qu’il débute l’orchestration.
 
Après deux semaines de répétitions, « Macbeth » est présenté le 14 mars 1847 à Florence.
Il n’obtient pas l’excellent accueil dont parlent les historiens. Les personnages ne sont pas suffisamment caractérisés et surtout le public préfère le Verdi qui exprime la douleur des âmes italiennes aspirant à un destin meilleur.
Verdi proposera une version remaniée de Macbeth pour Paris en 1865 juste avant la création de Don Carlos.
 
 
Macbeth
 
A partir de 889, les royaumes Scots et Pictes sont unifiés et dirigés par Donald II, premier « Roi d’Ecosse » également nommé « Roi d’Alba ». La préoccupation majeure de la population est alors de repousser les invasions Viking.
De plus, le système des Thanes hérité des Celtes d’Ecosse établit que le droit au trône est conféré par la mère. L’avantage est d’assurer un successeur prêt à devenir chef de guerre. L’inconvénient est d’engendrer des rivalités meurtrières quand le nombre de possibilités est élevé.
 
En 1034, Duncan Ier succède à Malcolm II. Cette désignation est vivement ressentie par Macbeth, grand serviteur de Moray, qui s’estime dans la ligne directe de Malcolm et renforcé par la descendance royale de sa femme Gruoch.
Ainsi, en 1040, Macbeth monte une ligue contre Duncan et l’élimine. Crinan, père de Duncan tente une révolte mais est tué à la bataille de Dunkeld en 1045.
Soucieux d’assurer sa position, le roi écossais voyage pour connaître les développements des royaumes voisins.
 
Seulement, les fils de Duncan s’étant réfugiés en Northumbria, l’un d’eux, Malcolm, lève une armée, prend le Lothian et Strathclyde avant de battre et tuer Macbeth à la bataille de Lumphanan (1057). Lulach, fils de Gruoch devient roi, et il faut donc un autre affrontement pour que Malcolm III accède au trône d’Ecosse.
 
L’œuvre de Verdi conserve la dimension fantastique du drame de Shakespeare.
Des sorcières prédisent à Macbeth qu’il sera roi d’Ecosse. Lady Macbeth le somme de précipiter les évènements en éliminant Duncan de passage à leur château.
Devenu Roi, c’est alors le tour de Banco et de la famille de Macduff de disparaître afin de contrer les prédictions des magiciennes sur la succession au trône.
Macduff rejoint Malcolm, lève une armée dans la forêt de Birman et bat Macbeth. La femme du tyran devient folle et meurt.
Ainsi en devenant roi, Malcolm achève un règne marqué par la terreur.
 
Par David
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Lundi 17 septembre 2007
Genèse de l’œuvre
 
Depuis les répétitions d’ « Ernani», Verdi rêve de mettre en musique « Attila » et depuis Naples il prie Solera de s’activer d’autant plus qu’il le considère comme seul capable de donner vie à ce conquérant sanguinaire.
Déjà en mai 1845, Léon Escudier, rédacteur en chef du journal « La France Musicale » est venu à Milan et a obtenu du compositeur la propriété pour la France de toutes ses œuvres écrites en Italie.
Signe de la grande honnêteté de Solera, lorsque Nabucco est autorisé au Théâtre Italien de Paris, Vatel, son directeur, se trouve dans l’obligation de s’acquitter d’une somme de 1000 francs à un homme se déclarant l’auteur du mélodrame. Verdi n’ignorait pas ce fait.
 
A cette époque, Paris est la capitale musicale de l’Europe. « L’Attila pour le grand Opéra de Paris, comme cela serait beau » confie t-il à Escudier. C’est trop tôt mais ce dernier prépare le terrain et contacte Pillet, le directeur de l’ « Académie de Musique ». La contrainte d’un livret en français obtient un rejet de la part de Verdi.
Ernani, représenté sous le titre « Le proscrit » à cause de l’opposition de Victor Hugo est très bien accueilli au Théâtre des Italien.
 
Mais avec Attila, Verdi revient à l’expression de son amour pour la patrie. Et les hommes qui préparent le Resorgimento connaissent la portée de l’action du compositeur.
Lors de la soirée du 17 mars 1846, la Fenice acclame l’œuvre mais aussi tout le patriotisme qui en émane. On accompagne Verdi chez lui avec des couronnes, des orchestres, des torches et le lendemain la Gazetta de Venise publie des louanges dithyrambiques.
 
Attila
 
A partir des années 370, la pression sur les frontières nord de l’Empire Romain s’accroît dramatiquement.
Les Huns, peuple nomade Turc parti des steppes d’Asie orientale au climat trop difficile pour établir un art de vivre agricole et sédentaire, se dirigent vers l’ouest. Leur cavalerie manie l’arc de façon redoutable, leur puissance déstabilise les tribus germaniques rendant l’invasion de l’Empire inévitable.
 
Etabli sur les plaines hongroises au prix de la destruction des Ostrogoths d’Ukraine, Attila entraîne les Huns en direction de la Gaule en 451 mais est défait aux champs Catalauniques (quelque part en Champagne) par une coalition de Romains, Wisigoths, Francs et Burgondes conduite par Aetius.
 
Il poursuit alors sur l’Italie qu’il pille en 452. Aquilée, située sur la côte adriatique est détruite. Le Pape Léon Ier obtient toutefois que Rome soit épargnée.
Attila meurt en 453 et son empire disparaît avec lui.
A l’est, un autre peuple Hun envahit la Perse et l’Inde empêchant ainsi les Sassanides de tirer avantage des déboires Romains. Les Guptas sont détruits à la fin du Vième siècle.
 
L’Opéra se situe après la bataille d’Aquilée.
Attila détient des prisonnières de la cité ravagée menées par l’impressionnante Odabella. L’émissaire de Rome, Ezio (le général Aetius), lui propose d’épargner la capitale et de conserver le reste du monde. Refus net. Mais un rêve affole Attila, il accepte ainsi la trêve avec Rome.
La situation rebondit avec Foresto, rescapé également d’Aquilée et amoureux d’Odabella. Il propose à Ezio d’attaquer les Huns après avoir empoisonné leur chef.
 
Sauvé par sa prisonnière, Attila prépare une riposte lorsque les hurlements des Romains attaquant son camp lui révèlent l’intention meurtrière d’Odabella : le tuer de sa propre main.
 
Attila est une œuvre sincère, ardente et directe.
Le déploiement de la partie orchestrale s’enrichit de descriptions empruntées à l’Ode symphonique de Félicien David, « Le désert » dont la beauté s’insère dans le lever de soleil du prologue.
 
Par David
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Samedi 8 septembre 2007
Genèse de l’œuvre
 
Invité à mettre en scène « Giovanna d’Arco » à Rome, Verdi ne peut s’y rendre à cause de son état de santé affecté par des problèmes d’estomac.
Seulement il a promis un autre opéra pour le San Carlo de Naples. Il doit être représenté en juin 1845 et visiblement les enjeux sont trop importants pour prendre ses certificats médicaux en considération.
Il s’attelle donc à la tâche mais son librettiste Cammarono se traîne également, si bien que début mai le compositeur n’a toujours rien reçu du deuxième acte et devra attendre mi-juin pour disposer de l’ensemble des vers.
 
« Alzira » est inspiré de la tragédie d’ « Alzire » de Voltaire. L'histoire en est réduite mais ce qui plait ici très sincèrement à Verdi tient simplement dans l’expression d’un sentiment religieux auquel il est sensible.
Et s’il paraît paradoxalement en conflit avec l’église c’est à cause de ses interférences très concrètes dans la vie des hommes au mépris de leur liberté et parfois avec violence.
 
Ainsi, bien qu’inspiré par le thème il ne va pouvoir consacrer que 26 jours à son élaboration musicale et fin juin il part pour les répétitions à Naples.
 
Le public se bouscule à la première le 12 août 1845. L’accueil est mitigé, Verdi reconnaît lui-même que cet opéra ne lui a pas donné de peine. Seulement il renonce à le modifier de peur de faire pire.
 
Plus tard il en dira « Pour cet opéra là, il est franchement mauvais ».
 
Alzira
 
Au début du XVième siècle, la conquête du nouveau monde dans laquelle Charles Quint engloutit toutes les ressources espagnoles, s’étend à une vitesse accrue par l’existence de solides structures politiques et des réseaux de communications étendus.
 
Parti depuis Panama en 1526, Francisco Pizarro explore la côte Pacifique et entre en contact avec l’empire Inca qu’il conquière définitivement en 1535.
 
Les tribus américaines sont divisées, sensibles aux maladies européennes si bien que quelques années suffisent à attribuer aux colons les mines d’or et d’argent destinées à une exploitation intensive.
 
Dans le livret d' Alzira, le gouverneur espagnol Alvaro a installé son palais à Lima. Ses troupes subissent les harcèlements constants des Indiens qui organisent une importante offensive de libération.
Fait prisonnier, il est pourtant gracié par l’Inca Zamoro. 
De retour à la capitale il confie le pouvoir à son fils, l’impitoyable Gusmano. Celui-ci retient Alzira captive mais même l’arrivée soudaine de Zamoro ne peut l’affranchir. 
Relâché grâce à Alvaro, il est cependant repris après une sanglante bataille puis aidé dans son évasion. 
Lors des noces de Gusmano et Alzira, sa main frappe mortellement Gusmano qui révèle une foi telle qu’il pardonne à son meurtrier.
Par David
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Samedi 1 septembre 2007
Genèse de l’œuvre
 
De retour à Milan, le musicien n’a pas le temps de souffler. La collaboration Verdi-Solera est relancée pour la composition d’un opéra en un temps record.
Il s’agit cette fois de partir d’une pièce d'un écrivain allemand du XVIIIième siècle, Schiller, dont les œuvres inspireront les auteurs romantiques du XIXième siècle.
 
Si Schiller se détache nettement de la réalité historique dans « La pucelle d’Orléans » en imaginant une idylle entre Jeanne d’Arc et un anglais, Solera n’accepte pas l’idée qu’un symbole de résistance à l’ordre établi se compromette ainsi.
Il imagine donc une histoire d’amour entre celle-ci et le roi !
 
Trois mois seront alors suffisants pour que Verdi mette en musique ce livret dont le sujet va être prétexte à une série de marches militaires et de chœurs tonitruants.
 
La première est programmée à la Scala le 15 février 1845 et le succès est encore au rendez-vous.
 
Giovanna d’Arco
 
Au milieu du XIVième siècle éclate la guerre de Cent ans. Edouard III, sous prétexte de ses origines, revendique la couronne de France, tandis que Philippe VI annonce sa volonté de récupérer la Guyenne. Le conflit s’apaise sous Richard II, mais l’accession en 1399 d’Henri V au trône d’Angleterre relance les hostilités et aboutit à la sévère défaite de la France à Azincourt en 1415.
 
Parallèlement, l’assassinat en 1407 de Louis d’Orléans (frère du roi Charles VI) par Jean sans peur (duc de Bourgogne) puis de ce dernier lors de la rencontre avec le roi de France en 1419 déclenche une guerre interne entre bourguignons et armagnacs.
 
Philippe Le Bon, successeur de Jean sans peur, se range du côté des anglais et signe en 1420 le traité de Troyes qui partage entre eux les possessions françaises, et ne laisse au dauphin Charles que les territoires situés au sud de la Loire. La Flandre passe à cette occasion sous le contrôle bourguignon.
 
Le Dauphin est d’autant plus affaibli que la majorité de l’opinion le pense responsable du meurtre de Jean sans peur.
 
En 1429, Charles sent que Orléans, assiégée par le général Talbot, est sur le point de se rendre aux anglais. C’est une femme, Jeanne, née en Lorraine vers 1412 qui lui est alors présentée. Des voix lui ont impérativement demandé d’agir pour Dieu et elle convainc le Dauphin.
Le 29 avril, Jeanne d’Arc entre dans Orléans avec quelques compagnons, puis fait une sortie le 7 mai qui lui permet de prendre un fort anglais. La ville est libérée.
Enfin elle entraîne Charles VII à Reims où le roi est sacré le 17 juillet.
 
Ensuite elle ne connaît que des revers jusqu’à sa capture par les Bourguignons à Compiègne en mai 1430.
Remise au Duc de Bedford, elle est déclarée hérétique et brûlée vive le 30 mai 1431 à Rouen.
 
Au bout de 20 ans de lutte, les anglais seront finalement chassés de France (hormis Calais).
 
Le livret de « Giovanna d’Arco » n’a pas grand-chose d’historique. Charles VII rencontre Jeanne dans la forêt de Domrémy. Après la libération d’Orléans on les retrouve directement lors du sacre à Reims. A cette occasion leurs sentiments sont révélés. Jacques, père de Jeanne, survient et accuse sa propre fille de sorcellerie. Il la remet aux anglais puis la libère. Elle sauve ainsi la vie de Charles VII sur le champ de bataille où elle est mortellement blessée.
Par David
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