Theodora (Haendel)
Direction Emmanuelle Haïm
Theodora Geraldine Mc Greevy
Iréne Anne Sophie Von Otter
Dydimus Stephen Wallace
Septimus Paul Agnew
Valens Matthew Rose
Orchestre et Choeurs du Concert d'Astrée
Représentations lyriques Vidéos intégrales d'opéras
TV : Lyrique & Musique
Theodora (Haendel)
La Création (Haydn)
Missa Solemnis (Beethoven)
Mais l’effet
recherché par les solistes est ambigu : s’ils ont tous une réelle personnalité vocale, l’impression globale est sans éclat, trop humaine, Birgit Remmert ayant sans doute
prodigué la plus belle musicalité lors de l’Agnus Dei, le passage le plus saisissant.
Lucia di Lammermoor (Gaetano Donizetti)
Natalie Dessay, Matthew
Polenzani et Kwangchul Youn
Simon Boccanegra (Verdi)
Répétition générale du 07 avril 2007 (Opéra Bastille)
Simon Boccanegra Dimitri Hvorostovsky
Amélia Olga Guryakova
Gabriele Stefano Secco
Fiesco Franz Josef Selig
Paolo Frank Ferrari
Mise en scène Johan Simons
Direction musicale James Conlon
Une répétition est toujours enveloppée de réserves d’autant plus que dans le cas de Simon Boccanegra les artistes ne semblent pas, pour l’instant, en accord parfait avec l’expression
musicale et théâtrale de l’œuvre.
La noblesse de chant de Dmitri Hvorostovsky impose d’emblée un homme d’élite au cœur généreux opposé à l’autorité de Franz
Josef Selig, Fiesco massif et dénué de toute force vitale.
Olga Guryakova
Franck Ferrari impeccable de perfidie, mais charme, projection et présence de O.Guryakova ne masquent cependant pas les atteintes faites
aux lignes musicales : passages en force et décalages extériorisent une nervosité excessive.
Le duo avec Simon Boccanegra impose quand même un temps fort de la représentation.
Stefano Secco absolument magnifique et stupéfiant d’audace pour une générale.
James Conlon accomplit un retour fracassant et accumule dans la fosse toute la violence
des rapports politiques.
Pour cette reprise, la révision des costumes embourgeoise protagonistes et figurants et les éclairages, dans l’ensemble très
assombris, créent également de meilleurs contrastes et de très beau effets chatoyants avec le rideau argenté.
L'Affaire Makropoulos (Leos Janacek)
Répétition générale du mercredi 25 avril 2007 (Bastille)
Direction musicale Tomas Hanus
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Emilia Marty Angela Denoke
Albert Gregor Charles Workman
Jaroslav Prus Vincent Le Texier
Vítek David Kuebler
Krista Karine Deshayes
Janek Ales Briscein
Maître Koleanaty Paul Gay
Hauk-Sendorf Ryland Davies
Représentations du 27 avril au 18 mai.
Avant la répétition générale de mercredi soir j'avais jugé utile de me faire un petit résumé de l'histoire pour ne pas être trop perdu. Je le restitue ci dessous.
Au début du XVIIième siècle, un élixir prolonge pour des siècles la vie d' Elina Makropoulos.
Tous les 60/70 ans elle doit donc changer d'identité mais conserve ses initiales.
En 1820, sous le nom de Elian Mac Gregor elle a un fils, Ferdinand (non reconnu officiellement), né de sa relation avec le baron Prus.
A la mort de ce dernier, l'héritage est transmis à son cousin, jusqu'à ce qu'un dénommé Mc Gregor viennent réclamer sa part.
S'en suit un procés Mc Gregor/Prus qui va durer un siècle.
Au XXième siècle, Elina Makropoulos est Emilia Marty, une célèbre chanteuse.
Impliquée dans l'affaire, Emilia Marty cherche à récupérer des documents auprès de l'avocat Koleanaty puis de Prus qui pourraient être le secret de l'Elixir de vie comme la preuve que Ferdinand
Mc Gregor était son fils.
Pour compliquer la chose, Albert Mc Gregor (le descendant) courtise Emilia elle même prise en admiration par la jeune Krista dont le fiancé Janek, qui n'est autre que le fils de Prus, va
finalement craquer pour cette artiste éternelle.
Cette oeuvre est une aubaine pour K.Warlikowski dans laquelle se projette sa passion pour l'univers du cinéma Américain des années 30-50 et pour ses vedettes immortelles auxquelles hommes et
femmes peuvent vouer un amour éternel.
King Kong semble ici employé pour symboliser cet amour infini et impossible.
L'espace scénique est une alternance entre un studio cinéma décoré de bakélite et l'intimité des salles d'eau où se déroulent les échanges les plus forts entre les protagonistes.
Chaque acte est précédé de projections video contribuant aussi bien à l'immersion dans ce monde cinématographique qu'à la cohérence de cette transposition.
L'intensité vocale et la performance d'actrice d'Angela Denoke ne devrait laisser personne indifférent.
Lire également les impressions plus détaillées de la reprise de l'Affaire Makropoulos en 2009.
Die Frau ohne Schatten (Richard Strauss)
Représentation du 08 octobre 2006 (Capitole de Toulouse)
Der Kaiser Robert Dean Smith
Die Kaiserin Ricarda Merbeth
Die Amme Doris Soffel
Barak Andrew Schroeder
Sein Weib Janice Baird
Direction musicale Pinchas Steinberg
Mise en scène Nicolas Joel
Avec un timbre presque surnaturel, comme si les transitions même les plus brutales étaient lissées par un effet de voile,
Riccarda Merbeth dresse une impératrice majestueuse et désespérée.
Sa seule excursion dans un registre très expressif au moment où elle réalise la pétrification de l’empereur bouleverse. Cette
chanteuse m’a fasciné de bout en bout.
Janice Baird s’empare du rôle de la teinturière avec une théâtralité et une assurance comparable à ce que
Waltraud Meier accomplie dans ces rôles de femmes enflammées.
La puissance dans l’émission révèle une dureté un peu limite ? oui, mais quels graves !
On rêve à entendre Robert Dean Smith, tant les ténors cumulant clarté, solidité et aptitude à émouvoir ne
courent pas les rues.
Doris Soffel se démarque dans un rôle de nourrice protectrice et grande gueule.
Alors au milieu de ces monstres, Andrew Schroeder nous offre un Barak plus humain, à la fois dur et
sensible.
Un tel plateau vocal paraît toutefois déséquilibré au regard des dimensions modestes du théâtre et de la lecture toujours aussi
fine de Steinberg, orchestre et chanteurs semblant évoluer dans deux dimensions très distinctes.
Le chœur des veilleurs à la fin du Ier acte est d’une grâce…………
Avec beaucoup d’ingéniosité, la mise en scène de Nicolas Joël alterne entre un monde glacé aux lumières
bleutées et le taudis rougeoyant, fumant et sale de la teinturière avant de s’achever sur un décor dont les motifs fleuris, les couleurs et l’éclat des costumes évoquent une vision idéalisée de
l’humanité proche de Klimt.
Idomeneo (Mozart)
Répétition générale du lundi 27 novembre 2006 (Opéra Garnier)
Idomeneo Ramon Vargas
Idamante Joyce DiDonato
Ilia Camilla Tilling
Elektra Mireille DeLunsch
Arbace Thomas Moser
Direction Thomas Hengelbrock
Mise en scène Luc Bondy
Premières impressions après la dernière répétition.
Quelques réglages seront sans doute nécessaires mais le style de direction que propose Thomas Hengelbrock
devrait ravir ceux qui ont été frustrés par la placidité de Gustav Kuhn dans Cosi fan tutte et La Clémence de Titus : attaques vives, sonorités brillantes,
motifs qui fusent, aucune lourdeur n’exagère les passages les plus dramatiques.
Le plateau vocal s’annonce plutôt d’une bonne homogénéïté sans forcer sur le volume.
Joyce DiDonato et Camilla Tilling
Charmante, Camilla Tilling exprime beaucoup de fragilité avec son timbre délicat et une émission parfois fluette, amoureuse d’un
Idamante dont la clarté vocale de Joyce DiDonato n’a aucun mal à traduire la juvénilité.
Sans trop de surprise Ramon Vargas est un Idoménéo décidé et révolté et d’une musicalité remarquable par sa constance dans toute
la tessiture.
Par ailleurs Thomas Moser touche par la sensibilité de son Arbace.
En revanche Mireille Delunsch déçoit au départ - la première scène d’Elektra est dénuée de toute rage et n’exprime que lassitude
– alors qu’au deuxième acte la tendresse de son personnage est convaincante. Les couleurs dans l’aigu restent discutables.
Beaucoup plus sombres que ne le laisse percevoir la retransmission télévisuelle l’année dernière, les couleurs de la scène
balayent toutes les variantes du bleu turquoise au bleu Lapis- Lazuli.
L’Ile de Crête est plaquée au sol en relief à côté d’une trappe rouge qui s’ouvre à l’apparition du monstre marin.
Enlèvement du décor
Les toiles en arrière-plan sont illuminées par des faisceaux rasants provenant uniquement du plateau, jamais de la
salle.
Elles évoquent les visages calmes ou agités de la mer d’où surgit même l’œil de Neptune. L’illusion de profondeur est parfois
saisissante.
Le sentiment de désolation au troisième acte est poignant.
Les Troyens (Hector Berlioz)
Représentation du 21 octobre 2006
Opéra Bastille
Cassandre/Didon Deborah Polaski
Enée Jon Villars
Chorèbe Frank Ferrari
Le fantôme d’Hector Philippe Fourcade
Anna Elena Zaremba
Narbal Kwangchul Youn
Hylas Bernard Richter
Direction Sylvain Cambreling
Mise en scène Herbert
Wernicke
On pourra dire ce que l’on veut sur les aspérités vocales de
Deborah Polaski, la charpente est solide, l’intensité dramatique telle que Cassandre inquiète et Didon émeut.
Jon Villars, à stature égale, campe un Enée en rien héroïque mais pommé et tiraillé, ce que les modulations
lyriques sans grandes élégances suggèrent plutôt bien.
Mais lorsque la voix de trépassé de Philippe Fourcade se fait entendre, le fantôme d’Hector accapare l’espace
sonore et l’emprise psychique rend difficile de ne pas laisser échapper quelques frissons.
Les nappes orchestrales se mêlent à cette atmosphère absolument irréelle.
Si le Chorèbe de Frank Ferrari s’efface trop, Kwangchul Youn est toujours aussi classe sans
oublier Bernard Richter pour la poésie de son Hylas.
La mise en scène de Herbert Wernicke est magnifique : grandes attitudes figées et nobles, effets sombres, une
tristesse diffuse en permanence, et cette façon sobre d’exposer la splendide solitude de Cassandre.
En arrière plan de l’enceinte blanche, la faille est suffisamment large pour laisser les chromatismes de l’horizon évoluer en
fonction des sentiments en jeu, ou de l’ambiance naturelle, et ainsi nous impressionner.
Plusieurs structures monumentales vont se succéder dont un avion de chasse écrasé au sol lors de la guerre de Troie, le fameux
cheval ou le buste d’une statue de bronze dont la signification m’échappe.
L’ensemble s’inscrit dans un cadre scénique au format cinémascope, rouge à Troie, bleu à Carthage, teintes que l’on retrouve sur
les mains des protagonistes ou sur le rideau lorsque celui-ci est abaissé afin de maintenir un prolongement visuel.
Le duo d’amour est d’une très belle mélancolie et Wernicke pousse le chic jusqu’à nous offrir la vision de la
constellation de Cassiopé (en forme de W) juste au dessus de l’horizon.
C’est très réaliste pour le lieu et permet même de situer la scène une nuit de printemps.
La surprise survient au moment de la grande scène de chasse transformée en une obsession traumatique de ce qu’a vécu
Enée.
Des scènes de bombardements urbains par des missiles de croisières défilent en boucle tandis que les coups de tonnerre que
suggèrent la partition accompagnent les images des tirs d’un croiseur.
Dommage que Sylvain Cambreling n’est pas jugé nécessaire d’accentuer cette violence, mais il semble s’interdire
toute exagération théâtrale en général (même lors du présage de Cassandre que sa vie va s’achèver sous les débris de Troie).
A ces quelques réserves près, sa direction délicate fourmille de détails fluidifie le drame et reçoit un accueil enthousiaste
mérité.
La dernière image de Rome ensanglantée ramène au point de départ. Une autre ville sera réduite, d’autres guerres se
poursuivront, fondées sur les anciennes frustrations.
Salomé (Richard Strauss)
Représentation du 23 septembre 2006
Opéra Bastille
Salomé Catherine Naglestad
Herodes Chris Merritt
Herodias Jane Henschel
Jochanaan Eugeny Nikitin
Narraboth Tomislav Mužek
Direction musicale Hartmut Haenchen
Mise en scène Lev Dodin
Est-il si si étonnant que les cinq jours d’éloignement avec la première représentation aient pu favoriser à ce point là un
approfondissement et une meilleure homogénéité musicale ?
Au fur et à mesure que l’on se laisse charmer par la suavité de Tomislav Mužek, l’attention se porte sur l’atmosphère éthérée lentement diffusée par l’orchestre.
Et lorsque Catherine Naglestad entame son délire face à Eugeny Nikitin, ligne de chant raffinée contre inflexions dignes, l’opéra baigne alors dans un océan de
sensualité captivant.
La stature divine de Jochanaan s’estompe cependant, un soupçon de puissance supplémentaire n’aurait pas juré.
Chris Merritt et Jane Henschel forment un couple magnifiquement contrasté et crédible, tous deux excellents acteurs.
D’une grande clarté de timbre, le ténor exploite les aspects comiques et ridicules du tétrarque, alors que la mezzo prend un plaisir évident à sur-jouer l’hystérie et l’agacement de l’épouse.
Catherine Naglestad entame alors la danse des sept voiles, la fluidité de gestes acquise en fait un temps plein de transport.
L’effeuillage s’achève avec l’exposition provocante, lumineuse voir crâneuse de son corps intégralement nu vers Jochanaan.
Hartmut Haenchen ne déroge pas à sa ligne musicale pure et sensuelle quand la grande scène finale éclate, noyant littéralement les cuivres pour créer une impression feutrée
pleine de vrombissements névrotiques au spectaculaire mesuré. C’est en fait sublime.
Après nous avoir joué la jeune fille capricieuse s’enlaçant autour des barreaux de la cellule du prophète, la soprano aborde les intonations sordides et extériorise un chant racé presque trop
beau.
Si le jeu d’acteur est relativement conventionnel, je trouve que l’intérêt de la mise en scène résulte dans les variations d’ambiances lumineuses (qui ont l’air d’avoir été retouchées depuis la
première).
Les tons nocturnes du début (vert bleuté) évoluent vers un jaune lumineux, puis ocre pour retrouver des couleurs froides. La danse est immergée dans une pénombre très réussie.
Accident mécanique ou bien modification volontaire ? il n’empêche que l’effet de l’éclipse qui se produit cette fois totalement à droite du tableau, partiellement cachée par le décor, est d’un
point de vue esthétique bien meilleur.
Et cela évite la distraction d’un mouvement lunaire improbable en Judée (droite vers gauche).
Concert du dimanche 01 juillet 2007 à l'Opéra Garnier 20H30
Ce troisième récital du cycle "La passion du chant selon Pierre-Laurent Aimard" est une perle miraculeuse.
En premier lieu, l'apparition de Christine
Schäfer provoque un choc de contrastes avec l'image de sa Traviata dépressive qu'elle interprétait la veille dans la même salle.
Coiffure blonde et
plaquée, robe rouge et blanche qui s'étale sur ses pas, la chanteuse laisse craindre une légère fatique dans les mélodies de Haydn.
Echauffement sans plus, car lorsque les ondes evanescentes du Glass-Harmonica de Mozart envahissent tout l'espace, l'atmosphère du palais Garnier vire au magique puis glisse vers la mystérieuse apparition de Georges Crumb : Aimard tire les sonorités directement des cordes du piano amplifié et crée une tension sublimée par la souplesse du chant de Christine Schäfer.
Le miracle de cette soirée est de fondre alors univers anglophone et germanophone et de nous conduire vers les lieder de Hugo Wolf, chantés sans partition, et
achevés sur une interprétation à la fois dramatique et pudique.
La présence de l'Harmonica de verre aura même permit d'inclure le "Lion" extrait de Tierkreis. Irréel!
Le 12 juillet, Nataliya Kovalova remplace
Christine Schäfer. Après quelques difficultés au premier acte, sa belle voix slave s'assouplie pour nous offrir un portrait bouleversant au Bal chez Flora Bervoix et au IIIième
acte. Elle ne cherche cependant pas à se rapprocher d'une interprétation plus fragile et maladive.
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