Publié le 1 Janvier 2015

TV-Web Janvier 2015 Lyrique et Musique

Jeudi 01 janvier 2015 sur France 2 à 11h15
Concert du Nouvel An, en direct du Musikverein

Jeudi 01 janvier 2015 sur Arte à 18h30
Nouvel An à Venise

Agresta, Polenzani
Orchestre de la Fenice, dir. Harding

Vendredi 02 janvier 2015 sur Arte à 18h30
Oeuvres de Steffani à Versailles

Bartoli, Jaroussky
Choeur de la Radiotélévision suisse, I Barocchisti, dir.Fasolis

Vendredi 02 janvier 2015 sur Arte à 23h45
La Belle Hélène (Offenbach)

Han, Gailliard, Larmore, Rud, Jo Loeb, Nurgeldiyev, Saplacan, Popson
Opéra de Hambourg, dir. Gerrit Priessnitz. m.s. Doucet

Dimanche 04 janvier 2015 sur Arte à 08h30
L'Opéra quelle Histoire ?! La Flûte Enchantée (part.1)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 04 janvier 2015 sur Arte à 18h30
Jonas Kaufmann. Opérettes, Cabarets, Berlin 1930

Lundi 05 janvier 2015 sur Arte à 00h10
Lang Lang & Nikolaus Harnoncourt. Mission Mozart

Lundi 05 janvier 2015 sur France 3 à 01h45
La Belle au bois dormant (Tchaikovski)

Chorégraphie Petipa / Noureev
Abbagnato, Ganio, Heymann, Ould-Braham, Karaoui
Ballet de l'Opéra National de Paris

Mercredi 07 janvier 2015 sur France 2 à 01h15
Gloire et douleurs de Maria Callas

Jeudi 08 janvier 2015 sur France 3 à 23h45
Gala d'ouverture du Théâtre Mariinsky II de Saint Petersbourg

Dimanche 11 janvier 2015 sur Arte à 08h30
L'Opéra quelle Histoire ?! La Flûte Enchantée (part.2)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 11 janvier 2015 sur Arte à 18h30
Bruch, Respighi

Khachatryan, Orchestre de Paris, dir. Nodesa

Mercredi 18 janvier 2015 sur TF1 à 02h35
Les Noces de Figaro (Mozart) 1ère partie

Dimanche 18 janvier 2015 sur Arte à 08h30
L'Opéra quelle Histoire ?! La Flûte Enchantée (part.3)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 18 janvier 2015 sur Arte à 16h45
La Philharmonie de Paris : un rêve musical

17h30 Gala d'ouverture (Borodine, Ravel, Tchaikovski)
Lang Lang & Grimaud, Orchestre de Paris, dir. Järvi

Mercredi 20 janvier 2015 sur TF1 à 02h35
Les Noces de Figaro (Mozart) 2ème partie

Jeudi 22 janvier 2015 sur France 2 à 00h30
Inauguration de l'Auditorium de la Maison de la Radio

Orchestre National de France, dir. Gatti

Dimanche 25 janvier 2015 sur Arte à 08h30
L'Opéra quelle Histoire ?! La Flûte Enchantée (part.4)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 25 janvier 2015 sur Arte à 18h30
Oeuvres de Kraisler

Garrett, Philharmonique de Russie, dir. Spivakov

Lundi 26 janvier 2015 sur Arte à 00h10
Les Philharmoniker Sinti et Roma - Chef d'orchestre et son rêve

Samedi 31 janvier 2015 sur Arte à 17h30
La Folles journée de Nantes. En direct

Verdi, Berlioz, Chopin

Dimanche 01 février 2015 sur Arte à 08h30
L'Opéra quelle Histoire ?! Carmen (part.1)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 01 février 2015 sur Arte à 17h30
La Folles journée de Nantes. En direct

Verdi, Berlioz, Chopin

 

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Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

Joyce di Donato et David Zobel : Voyage à Venise - Live at Carnegie Hall

 

Fidelio (Scala de Milan) jusqu'au 07 janvier 2015

Soirée Nicolas LeRiche (Opéra de Paris) jusqu'au 08 janvier 2015

Nuit de deuil (Festival d'Aix) jusqu'au 15 janvier 2015

Dialogues des Carmélites (Théâtre Champs Elysées) jusqu'au 22 janvier 2015

Don Giovanni (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles) du 07 au 27 janvier 2015

La Fanciulla del West (Opéra Bastille) jusqu'au 30 janvier 2015

 

Otello (Orange) jusqu'au 05 février 2015

Le Chevalier à la Rose (Festival de Glyndebourne) jusqu'au 02 mars 2015

Il Mondo della Luna (Opéra de Montecarlo) jusqu'au 25 mars 2015

Gala du Tricentenaire de l'Opéra Comique jusqu'au 27 mars 2015

Le Barbier de Séville (Opéra Bastille) jusqu'au 30 mars 2015

 

 Aïda (Opéra de Wallonie) jusqu'au 02 avril 2015

Figaro (Amel Festival Opera) jusqu'au 10/04/2015

Punch and Judy (Amel Opera Festival) jusqu'au 14/04/2015

Mitridate Re di Ponto (Amel Opera Festival) jusqu'au 16/04/2015

Castor & Pollux (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 18 avril 2015

Tosca (Opéra Bastille) jusqu'au 21 avril 2015

L'Enlèvement au Sérail (Opéra Garnier) jusqu'au 27 avril 2015

Doctor Atomic (Opéra de Strasbourg) jusqu'au 06 mai 2015

Dance - Lucinda Childs (Théâtre de la Ville) jusqu'au 06 mai 2015

Didon et Enée (Opéra de Rouen) jusqu'au 17 mai 2015

Moïse et Pharaon (Opéra de Marseille) jusqu'au 03 juin 2015

La Clémence de Titus (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 18 juin 2015

 

Luisa Miller (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 03 décembre 2015

Tosca (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 30 décembre 2015

 

Il Trovatore (Festival de Salzbourg)

La Flûte Enchantée (Festival Aix en Provence)

Le Turc en Italie (Festival Aix en Provence)

Le Requiem de Mozart à Kerimäki

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 23 Décembre 2014

La Chauve Souris 01bLa Chauve-Souris (Johann Strauss)

Représentation du 21 décembre 2014
Opéra-Comique (Salle Favart)


Gabriel Stéphane Degout
Rosalinde Chiara Skerath
Adele Sabine Devieilhe
Alfred Philippe Talbot
M° Falke Florian Sempey
Frank Franck Leguérinel
Prince Orlofsky Kangmin Justin Kim
Ida Jodie Devos
Frosch Atmen Kelif
Ivan Jacques Gomez
Mise en scène Ivan Alexandre
Direction Musicale Marc Minkowski
Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble

                                                                                           Sabine Devieilhe (Adèle)

Le faible intérêt dramaturgique de la Chauve-Souris n'empêche pas cette opérette d'être appréciée principalement pour la virtuosité de son ouverture, la feinte légèreté de l’air de Rosalinde « Mein Herr, was dächten Sie von mir », et toute la fin de soirée trépidante au palais du prince Orlofsky.

Cependant, il existe peu d’œuvres qui laissent autant de degrés de liberté aux interprètes scéniques et musicaux, et le choix de la langue de Molière permet de l’enrichir d’éphémères touches lyriques françaises - les réminiscences de Carmen, la lumière de « Oh ! Lève-toi soleil » -, depuis l’arrivée d’Alfred, chez Eisenstein, jusqu’à son incarcération à la prison de la ville.


Marc Minkowski dissémine ainsi dans la partition des références à notre répertoire national, sans que l’on puisse soupçonner chez lui autre chose qu’un amour de la musique vivante.

Stéphane Degout (Gabriel) et Chiara Skerath (Rosalinde)Pourtant, si l’on devait s’en tenir au jeu des artistes imprégné par le théâtre de boulevard artificiel d'Ivan Alexandre, la lassitude gagnerait très vite ce spectacle transposé dans le Paris de notre époque.

On oublie naturellement Vienne depuis cet appartement classique animé par un large écran de télévision, un autel des temps modernes …

Tout le monde s’agite caricaturalement, et même Stéphane Degout y perd en densité, car ce type d’œuvre comique ne peut que diluer sa personnalité si noble et si sombre dans le répertoire romantique. 

                                                                       

Stéphane Degout (Gabriel) et Chiara Skerath (Rosalinde)

Ce sont donc l’agilité vocale et les coloratures espiègles de Sabine Devieilhe qui s’épanouissent superbement, et avec évidence, sur la scène de la salle Favart. Néanmoins, l’œuvre n'est subitement que prétexte à une succession d’exploits vocaux, et le personnage d’Adèle ne gagne finalement rien en profondeur.

Tout semblerait donc suivre une routine préétablie, s’il n’y avait le remplacement surprise de Frédéric Antoun par Philippe Talbot - un jeune ténor léger qui sait charmer langoureusement la Rosalinde de Chiara Skerath, sûre d’elle malgré les altérations dans l'aigu de son timbre riche -, et l’interprétation étrange du Prince Orlofsky par le contre-ténor sud-coréen Kangmin Justin Kim, qui abuse des transitoires hystériques entre suraigus et graves masculins.

La-Chauve-Souris-03.jpgEt quand les invités se retrouvent à la fête généreusement organisée par le Prince, le déroulement linéaire de l’action se trouve soudainement arrêté par l’arrivée de Jérôme Deschamps - déguisé en directeur de théâtre à l’ancienne. Faux semblant d’une panne de courant, hilarante mise en cause d’une de ses collaboratrices, cette scène drôlement jouée, au point de laisser un doute sur la réalité de la situation, permet non seulement de signaler la présence parmi les spectateurs du premier ministre, Manuel Valls, mais également de créer un entracte avant la fin de la soirée du Prince.
De retour dans la salle, le spectacle reprend avec une marche russe de Johann Strauss et une désopilante parodie de Cecilia Bartoli - Kangmin Justin Kim en imite le swing, les tics, les cheveux au vent et le délire virtuose au cours d’un air de Vivaldi - qu’un spectateur, malgré tout, n’appréciera pas.

Philippe Talbot (Alfred)

Pourtant, cette façon de railler la fascination du public parisien pour ce genre de numéro de cirque est formidablement juste.

Et comme la scène ne permet pas de reproduire l’immensité d’une salle de bal, le galop est alors simplement dansé par une jeune femme, faussement nue, qui se réduit au fur et à mesure à un squelette, se jouant ainsi du regard des spectateurs et de la folie parisienne qui ne voient en elle qu’un ensemble de chairs sans cervelle.


La-Chauve-Souris-04.jpg    Kangmin Justin Kim (Orlofsky)

 
L ’acte de la prison, dont il est difficile de rire lorsque l’on connait les témoignages de celles et ceux qui y vécurent réellement, est au moins l’occasion pour le geôlier de faire une allusion à la subvention récemment retirée aux Musiciens du Louvre par la nouvelle mairie écologiste de Grenoble . La légèreté du propos ne cache pas la charge volcanique qui se vit en ce moment précis.

Mais Marc Minkowski n’a rien perdu de son allant - peut-être n’est-il pas d’une humeur des plus caressantes pour que cela s’entende avec une extrême sensualité à travers l’orchestre -, et il libère une énergie qu’il insuffle sans retenue aussi bien aux artistes qu’au public.

La-Chauve-Souris-05.jpg   Stéphane Degout, Marc Minkowski et Philippe Talbot

 

Et c’est pour cela, malgré les longueurs du dernier acte et la déception d’un rôle si court et si peu expansif pour Florian Sempey, que ce spectacle ne laisse pas indifférent.

 

Lie également La Chauve-Souris (Johann Strauss)

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Publié le 16 Décembre 2014

Eclipse totale de soleil aux Iles Féroé et au Svalbard, partielle à Paris, le vendredi 20 mars 2015

 

2015 est une année astronomiquement riche pour la France, puisque deux éclipses y seront visibles : l’une, solaire, sera partielle à 81% sur Paris, le 20 mars, et l’autre, lunaire, sera totale le 28 septembre, pendant plus d’une heure et dix minutes.

L’éclipse solaire du vendredi 20 mars, jour de printemps, sera la plus importante pour la France depuis le début du troisième millénaire, et il faudra attendre plus de 11 ans, un soir d’étoiles filantes du 12 août 2026, pour qu’une éclipse solaire totale la frôle en traversant l’Espagne.

EclipseTotale2015.jpg

     Trajectoire de l'éclipse Totale du vendredi 20 mars 2015 (bande de totalité sur les iles Féroé et le Svalbard, et bande de visibilité partielle sur l'Europe  jusqu'à l'Afrique du Nord et l'Oural)

 

Cette éclipse totale sera cependant visible par un très faible nombre de personnes, puisqu’elle ne sera observable que par les 50.000 habitants des Iles Féroé, et les 2.500 habitants et 3.000 ours blancs du Spitzberg et du Nordaustland.
Des milliers d’observateurs du monde entier devraient cependant affluer vers ces deux régions, s’ils ne sont pas découragés par les conditions météorologiques médiocres prévues pour cette période.

 Statistiquement, l’archipel du Svalbard devrait être un peu plus favorable, mais il faudra être capable d’affronter une température moyenne de -15°C, ambiance qui pourra également affecter les performances des matériels électroniques. Et la présence d’ours polaires devrait induire une tension diffuse, même si aucune attaque contre l’homme n’a eu lieu depuis août 2011.

Svalbard-modified3.jpg

     Détail de la trajectoire et de l'ombre de l'éclipse sur le Svalbard à 10h12mn30s.

 

Mais voici comment cette journée d’éclipse devrait se dérouler.
A 8h22mn30s TU (9h22mn30s heure locale), depuis Paris, le soleil commence à être masqué par la lune, alors qu’il brille à 22° au-dessus de l’horizon.

Puis, à 9h11mn30s TU, l’éclipse totale se lève en plein Atlantique Nord, quelque part au sud du Groenland. En revanche, depuis le Spitzberg, le soleil commence tout juste à être partiellement éclipsé.

Eclipse2015Paris.jpgL’ombre de la lune se dirige ensuite vers le Nord-Est, tout en décélérant, et, à 9h29mn15s TU (10h29mn15s heure locale), alors qu’elle est passée à une vitesse inférieure à 4.000km/h, l’éclipse est maximale sur Paris (81%) à 31,5° au-dessus de l’horizon sud-est.

Peu de temps après, à 9h41mn TU, l’ombre rejoint les Iles Féroé, et les traverse à 3.200 km/h. L’éclipse dure 2m22s sur les pointes les plus proches de la ligne de centralité projetée à 125km au loin sur l’Océan.
                                                    Apparence du soleil éclipsé à 81% sur Paris à 10h29mn15s heure locale.

 

L’ombre de la lune reprend alors de la vitesse, et atteint enfin l’archipel du Svalbard à 10h09mn45s TU à près de 6.000 km/h.
L’éclipse est totale sur Longyearbyen à 10h10mn43s TU, et elle dure 2mn27s, à 11° au-dessus de l’horizon.

Une demi-heure plus tard, à 10h40mn15s TU (11h40mn15s heure locale), plus aucune trace de l’éclipse n’est visible à Paris, et il en est de même sur Longyearbyen à 11h12mn20s TU.

La réplique de cette éclipse (61ème évènement du cycle Saros 120) aura lieu le 30 mars 2033, dans le nord de l’Alaska. Autant dire qu’elle y sera peu suivie.

 

Lire également Spitzberg : Focus sur l'éclipse totale de soleil du 20 mars 2015

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 9 Décembre 2014

Don-Giovanni 00Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart)

Théâtre Royal de La Monnaie
Représentations du 07 et 14 décembre 2014

Don Giovanni Jean-Sébastien Bou
Il Commendatore Sir Willard White
Donna Anna Barbara Hannigan
Don Ottavio Topi Lehtipuu
Donna Elvira Rinat Shaham
Leporello Andreas Wolf
Masetto Jean-Luc Ballestra
Zerlina Julie Mathevet

Mise en scène Krzysztof Warlikowski                                    Barbara Hannigan (Donna Anna)
Décors et costumes Malgorzata Szczesniak
Direction Musicale Ludovic Morlot
                                                                                                             
Danse et co-écriture des solos Rosalba Torres Guerrero

En choisissant de rendre quasiment insignifiant le personnage de Don Giovanni et de montrer comment - malgré la déchéance évidente – le magnétisme sexuel qu’il provoque entraîne ses partenaires féminines vers la perte de leur propre estime et de leur contrôle sur elles-mêmes, Krzysztof Warlikowski a renoncé à en renouveler le mythe et à lui donner une nouvelle dimension. Il le traite comme le dernier des minables à l'instar des héros de la mythologie qu'il aime défaire, tel Hercules dans Apollonia et Alceste.

Don-Giovanni-01.jpg    Sir Willard White (Le Commandeur)

 

En réalité, c’est tout un engrenage de détérioration intérieure qu’il étale sur scène, exigeant toujours de la part des chanteuses un exercice esthétique d’expression corporelle fascinant.

Don-Giovanni_06.jpg   Barbara Hannigan (Donna Anna) et Sir Willard White (Le Commandeur)

 

La scène d’ouverture, jouée dans l’une des loges de côté, réussit ainsi à planter un personnage séducteur mais antipathique, et présente – sous les traits sensuels et glamours de Barbara Hannigan – une Donna Anna allumeuse et prédestinée à la nymphomanie, jusqu’à ce que n’apparaisse le Commandeur grave de Sir Willard White, tombé et assassiné dramatiquement sous les yeux horrifiés de sa compagne restée seule dans l’ombre de la loge qui lui fait directement face. On pourrait se croire dans la scène introductive et spectaculaire d’un nouveau James Bond.

Don-Giovanni-02.jpg    Jean-Sébastien Bou (Don Giovanni)

 

Cette représentation d’une Donna Anna complice et tentatrice n’est pas nouvelle, mais sa radicalité l’est beaucoup plus. Son personnage se perd, puis, c’est au tour de Donna Elvira qui n’est plus la femme morale et compassionnelle qui pourrait, par sa simple existence, sauver l’âme de Don Giovanni. Et Zerline, si fraîchement innocente, y laisse également la spontanéité de sa personnalité pour finir, dans un cabaret sordide nimbé d’un éclairage sombre et rougeoyant, à danser sous les regards d’hommes d’affaires en quête de stimulants charnels.

Don-Giovanni-03.jpg    Jean-Sébastien Bou (Don Giovanni) et Rinat Shaham (Donna Elvira)

 

C’est ainsi l’univers contemporain d’exhibition et de marchandisation du corps féminin que le metteur en scène décrit dans ses moindres détails, atteignant un point culminant dans la scène du bal masqué transposée dans une immense discothèque étoilée par le défilement argenté des reflexions d'une boule à facettes, et vouée au voyeurisme de l’orchestre d’arrière scène, caché sous ses loups anonymes.

Don-Giovanni_07.jpg   Rinat Shaham (Donna Elvira)

 

Rosalba Torres Guerrero, danseuse musclée et fantasmatique illuminée de bleu, peut alors s’époumoner à singer une gymnastique aussi grotesque que le sexe pratiqué comme un sport. Et même si l’on connait la sensibilité de Warlikowski au thème du ’noir’ comme allégorie de l’autre, inconnu et effrayant, le délire vaudou final de Rosalba, entièrement grimée en Africaine, qui précède le réveil du commandeur, tend vers un excès d’agitation inutile.

Don-Giovanni-04.jpg

   Barbara Hannigan (Donna Anna) et Topi Lehtipuu (Don Ottavio)

 

Alors on s’accroche à ce que l’on aime chez le directeur polonais et sa fidèle alliée, Malgorzata Szczesniak, aux atmosphères mystérieuses et fantastiques, à la détresse des âmes lisible dans les torsions des visages et des corps, à la stylisation des vidéos, ce qui compense l’atmosphère sans chaleur de tout ce petit monde déshumanisé - ou trop humain, selon la façon dont chacun définit ce terme.

Don-Giovanni-06.jpgLors de la représentation du 07, il est sensiblement abandonné par la direction musicale de Ludovic Morlot qui, même s’il tient cette corde vivante sur laquelle glisse le nœud vital de la musique de Mozart, détruit l’âme pulsante et flamboyante du compositeur, pour s’en tenir à de bien ternes couleurs. C’est incompréhensible et, comme pour Cosi fan Tutte, il sape le travail théâtral du metteur en scène.
Pourtant, les lamentos sont magnifiques, les ambiances nocturnes sont réussies et envoutantes autant que le drame le lui permette, ce qui laisse penser qu’il se sentirait probablement plus d’affinités avec l’univers austère et mélancolique de la musique de Gluck.
Le résultat est que l’absence de Mozart se fait tellement ressentir, qu’elle déconcentre.

   Rinat Shaham (Donna Elvira) et, en arrière plan,  Rosalba Torres Guerrero

 

Cependant, cette impression s'atténue fortement une semaine plus tard, bien que la texture grise des cordes prédomine toujours, et la musique retrouve son allant dramatique constellé par la poésie chantante des vents. Une conclusion tragique, intense et sans excès, des traits pathétiques de contrebasses destinés à faire ressentir la tristesse de la déchéance de Don Giovanni, en sont des souvenirs marquants.

Don Giovanni 03

   Ludovic Morlot

 

Mais la distribution est également dominée par ses talents d’acteurs, plus que par sa fidélité à la finesse mozartienne.


La grande Barbara Hannigan n’a peut-être pas le chant le plus moelleux, mais il est prodigue en profondeur, en éclats colorés et tranchants avec lesquels elle exprime une personnalité vive, à fleur de peau, comme on aime le voir et l’entendre chez cette belle artiste. Elle inspire une fascination irrésistible car elle sait être un être tout entier sur scène, ce qui en fait une référence artistique pour celles et ceux qui se prétendent un peu trop rapidement de grands acteurs, alors qu’ils ne sont que de bons comédiens.

Don-Giovanni_05.jpg

    Barbara Hannigan (Donna Anna) et Jean-Sébastien Bou (Don Giovanni)

 

Sa manière de chanter intensément, allongée, le dernier grand air "Non mi dir" avec ses sursauts d'extase - alors que Don Ottavio s'active langoureusement entre ses cuisses - est un grand moment, prévisible, de la part de Krzysztof Warlikowski.

Julie Mathevet, aux discrètes et fragiles coloratures, laisse vivre une bien naïve Zerline et s’amuse de bout en bout, ce qui n’est pas du tout le cas de Rinat Shaham. Elle doit en effet incarner une Donna Elvira extrêmement en souffrance, et, sans doute, n’est-elle pas suffisamment à l’aise ni avec cette vision du personnage, ni avec la tessiture tendue du rôle, qui révèle trop d’instabilités dans les aigus.

Don-Giovanni-05.jpg   Julie Mathevet (Zerlina) et Jean-Luc Ballestra (Masetto)

 

Parmi les rôles masculins, Jean-Sébastien Bou s'abandonne comme un fou à son personnage déluré et dénué de sens - auquel il cède même son corps nu en symbole d’une vie dissolue. Il a le timbre ‘mâle’ du séducteur, mais c’est l’ambiguïté de Don Giovanni qu’il devrait mieux traduire, en jouant sur des variations d’expressions et de faux accents caressants mêlés d’inflexions menaçantes.
Don-Giovanni_04.jpg   Jean-Sébastien Bou (Don Giovanni)

 

Le contraste avec l’incarnation épouvantablement glaçante de Leporello par Andreas Wolf – auquel celui-ci n’est pour rien car il ne s’agit que de la volonté de Warlikowski – en est d’autant plus saisissante ; ce jeune chanteur était magnifiquement sensuel dans son interprétation de Guglielmo (Cosi fan Tutte) à Madrid et Bruxelles, mais c’est ici toute une dimension humaine que l’on ne retrouve pas, ce qui est tristement dommage. Quant à Topi Lehtipuu, il compense par son caractère ferme et exaspéré le peu de sentiment tendre que son timbre induit.

Don-Giovanni-07.jpg   Barbara Hannigan (Donna Anna)

 

En revanche, Jean-Luc Ballestra lègue à Masetto la noirceur vocale d'un Don Giovanni.

Et malgré les premières sensations éraillées de la voix de Sir Willard White, l'apparition finale du chanteur britannique, dans la scène du Commandeur, a la puissance impressionnante d’un ultime geste d’amour humain avant la fin.

 Puis, Krzysztof Warlikowski a le coup de génie de faire croire à l'achèvement brutal du drame sur la disparition de Don Giovanni. La part du public impoli se lève alors et quitte la salle, ce qui permet ensuite aux spectateurs de suivre la morale finale sans être génés par ceux-ci. Donna Anna se redresse de manière conpulsive, exécute Don Ottavio, tandis que tous les autres chanteurs restent dignes face à la foule du théâtre.

Don-Giovanni_02.jpg    Jean-Sébastien Bou, Rinat Shaham, Krzysztof Warlikowski , Barbara Hannigan et Ludovic Morlot

 

Et quand vient le moment des saluts, les grands applaudissements et l'arrivée du metteur en scène, acclamé sous quelques signes de mécontentement, ce dernier reçoit alors les remerciements consolateurs et affecteux de Rinat Shaham, enlacée autour de son cou, et les regards complices et admiratifs de Barbara Hannigan.

 

Lire également Don Giovanni (Hannigan-Bou-Morlot-Warlikowski) La Monnaie

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Publié le 4 Décembre 2014

Jeudi 04 décembre 2014 sur France 2 à 00H30

Les Brigands (Offenbach)
Huchet, Boulianne, Duclziack, Defontaine Dir. Roth, m.s. Makeïef & Deschamps

Dimanche 07 décembre 2014 sur Arte à 20H45

Fidelio (Beethoven)
Mattei, Struckmann, Vogt, Kampe, Youn, Erdmann Dir. Barenboim, m.s. Warner

Jeudi 11 décembre 2014 sur France 3 à 00H30

Le dernier jour d'un condamné (David Alagna)
Alagna, Aaron Dir. Kocksas, m.s. Duffaut

Vendredi 12 décembre 2014 sur France 2 à 00H50

Falstaff (Verdi)
Ambrogio Maestri, Svetla Vassileva, Paolo Fanale, Elena Tsallagova, Raul Gimenez, Bruno Lazzaretti, Mario Luperi, Artur Rucinski Dir. Daniel Oren, m.s. Dominique Pitoiset

Dimanche 14 décembre 2014 sur Arte à 16H50
Horowitz, le dernier romantique

Dimanche 14 décembre 2014 sur Arte à 18H30
Scarlatti, Lizt, Rachmaninov, Scriabine, Schumann, Chopin.

Horowitz (piano)

Jeudi 18 décembre 2014 sur France 2 à 00H30
Alessandro (Haendel)

Cencic, Staskiewicz, Kucerova Dir. Armonia Atenea, m.s. Petrou. Childs

Dimanche 21 décembre 2014 sur Arte à 18H30

Bizet, Gounod...
Garança. Philh. radio de Sarrebruck, dir. Chichon.

Mercredi 24 décembre 2014 sur France 2 à 01H00

Bach Concerto.
Orch de chambre de Lausanne.

Jeudi 25 décembre 2014 sur Arte à 19H00
Kasarova, Ushakova, Vargas, Rucinski.

Vendredi 26 décembre 2014 sur Arte à 19H00
J.Strauss, Lehar, Gershwin, Bernstein...

Dimanche 28 décembre 2014 sur Arte à 17H30
Si l'Opéra-Comique m'était conté.

Gala du tricentenaire de l'Opéra Comique.

Mercredi 31 décembre 2014 sur France 2 à 01H00
Platée (Rameau)

Beekman, Kermes, Auvity, Negri. Les Arts Florissants Dir. Agnew, m.s. Carsen

Mercredi 31 décembre 2014 sur Arte à 18H40

Pavarotti, une voix pour l'éternité.

 

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Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

 

La Traviata (Opéra Bastille) jusqu'au 20 décembre 2014

La Flûte Enchantée (Opéra de Lyon) jusqu'au 21 décembre 2014

 

Soirée Nicolas LeRiche (Opéra de Paris) jusqu'au 08 janvier 2015

Nuit de deuil (Festival d'Aix) jusqu'au 15 janvier 2015

Dialogues des Carmélites (Théâtre Champs Elysées) jusqu'au 22 janvier 2015

La Fanciulla del West (Opéra Bastille) jusqu'au 30 janvier 2015

 

Otello (Orange) jusqu'au 05 février 2015

Le Chevalier à la Rose (Festival de Glyndebourne) jusqu'au 02 mars 2015

Il Mondo della Luna (Opéra de Montecarlo) jusqu'au 25 mars 2015

Le Barbier de Séville (Opéra Bastille) jusqu'au 30 mars 2015

Aïda (Opéra de Wallonie) jusqu'au 02 avril 2015

Figaro (Amel Festival Opera) jusqu'au 10/04/2015

Punch and Judy (Amel Opera Festival) jusqu'au 14/04/2015

Mitridate Re di Ponto (Amel Opera Festival) jusqu'au 16/04/2015

Castor & Pollux (Théâtre des Champs Elysées) jusqu'au 18 avril 2015

Tosca (Opéra Bastille) jusqu'au 21 avril 2015

L'Enlèvement au Sérail (Opéra Garnier) jusqu'au 27 avril 2015

Doctor Atomic (Opéra de Strasbourg) jusqu'au 06 mai 2015

Dance - Lucinda Childs (Théâtre de la Ville) jusqu'au 06 mai 2015

Didon et Enée (Opéra de Rouen) jusqu'au 17 mai 2015

Moïse et Pharaon (Opéra de Marseille) jusqu'au 03 juin 2015

Luisa Miller (Opéra Royal de Wallonie) jusqu'au 03 décembre 2015

 

Il Trovatore (Festival de Salzbourg)

La Flûte Enchantée (Festival Aix en Provence)

Le Turc en Italie (Festival Aix en Provence)

Le Requiem de Mozart à Kerimäki

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 5 Novembre 2014

 

Khovantchina09.jpgLa Khovantchina (Modest Moussorgski)
Représentation du 02 novembre 2014
Opera Ballet Vlaanderen (Antwerpen)

Ivan Khovanski Ante Jerkunica
Andrei Khovanski Dmitry Golovnin
Vassili Golitsine Vsevolod Grivnov
Chakloviti Oleg Bryjak
Dossifei Alexey Antonov
Marfa Julia Gertseva
Susanna Liene Kinca
Le Clerc Michael J.Scott
Emma Aylin Sezer
Varsonofiev Christian Lujan
Kouzka Adam Smith
Strechniev Vesselin Ivanov
Premier Strelets Patrick Cromheeke
Deuxième Strelets Thomas Mürk
Un confident de Golitsine Vesselin Ivanov                         Ante Jerkunica (Ivan Khovanski)

Direction Musicale Dmitri Jurowski
Mise en scène David Alden
Coproduction English National Opera

Deux ans sont passés depuis la dernière reprise du chef-d’œuvre inachevé de Modest Moussorgski, reprise que dirigeait Michael Jurowski pour le public de l’Opéra de Paris.

Et aujourd’hui, c’est au tour de l’un de ses fils prodiges, Dmitri Jurowski, de faire résonner les éclats et les abîmes qu’expriment les lamentations les plus profondes de son peuple d’origine.

Khovantchina01.jpg    Michael J.Scott (Le Clerc)

 

L’Opéra de Flandre a confié la mise en scène de cette nouvelle production à David Alden, artiste voué aux lectures humainement fortes. Il s’écarte ici de la littéralité de l’œuvre évoquant les évènements qui marquèrent l’Empire à l’avènement de Pierre Le Grand, pour se rapprocher de la spiritualité de son texte et de sa musique.

Khovantchina02.jpgLes confrontations entre les différents courants de pensées, les Streltsy, les Boyards, les vieux croyants, le politicien éclairé Golitsine et le peuple - protagoniste central - se déroulent dans une Russie moderne, sans qu’aucun groupe ne puisse se porter garant d’une issue salvatrice pour tous.

Bien au contraire, le régisseur dessine les grands traits caractéristiques des personnages par la représentation de symboles frappants, détachant de façon évidente les forces sombres de chacun.

Ainsi voit-on les membres de la secte des Vieux-croyants se recueillir devant un tableau ésotérique, accroché à un mur vide, avant d’être arrêtés pendant le prélude de l’acte III par des conspirateurs.

 

                                                                               Ante Jerkunica (Ivan Khovanski)

Ou bien assiste-t-on à l’arrivée des partisans d’Ivan Khovanski, casqués et vêtus en treillis rouges et noirs, qui font penser à des groupes de maintien de l’ordre, galvanisés et idolâtrés par de jeunes enfants naïvement idéologisés, à la croisée des jeunesses hitlériennes et des mouvements scouts, image ambigüe inévitablement provocante. 


Khovantchina03.jpg

Quant à Vassili Golitsine, reclus dans son palais moscovite, ne lui reste plus qu’à noyer son regard dans le portrait faiblement éclairé de la Grande Catherine, en souvenir d’une époque des lumières définitivement révolue.

Khovantchina04.jpgAu cours du troisième acte et de la scène qui suit l’air de désespérance de Chakloviti, les Streltsy se livrent à une beuverie et une orgie très couramment utilisées dans les scènes de décadences dignes de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny, et les femmes apparaissent enlaidies par leur abandon au luxe sans goût d’une société de consommation débridée.

Et peu après, la danse persane chez Ivan Khovanski se transforme en une scène de viol, qui s’achève par le relèvement spectaculaire de la victime, droguée, pour abattre l’agresseur et finir gisante et rampante sur les accords terribles annonçant l’arrestation des Streltsy. Ils seront finalement libérés par d’autres forces tout aussi redoutables et humainement insignifiantes.

 

 

                                                                                         Aylin Sezer (Emma)

Le savoir-faire dramaturgique indéniable de David Alden trouve sa plus belle expression aussi bien dans la manière d’enchaîner les scènes en liant l’action à la musique, que dans sa façon de combler l’action dans tous les préludes orchestraux. Et c’est avec émoi que l’on assiste, au début du Vème acte, à l’arrestation pathétique de Golitsine, sous les projecteurs affolés d’une chasse à l’homme implacable.

Et même si les moyens consacrés à la scénographie sont limités, tous les tableaux comportent une dimension visuelle impressive, jusqu’au bûcher final représenté par la projection de la montée d’un feu glacial.

Khovantchina05.jpg

   Julia Gertseva (Marfa)

 

Dmitri Jurowski est ainsi dans son élément pour amplifier les noirceurs névrotiques de la partition, et transformer l’orchestre en un acteur dramatique majeur. Les percussions sont d’une urgence impressionnante sans que la musicalité ne soit jamais entachée d’un fracas facile. Le flux est spectaculairement expressif, les respirations amples et profondes, les détails poétiques bien surlignés, et ne manque qu’un déploiement plus large et brillant de la tissure des cordes.
Le son est donc toujours très compact dans la modeste, mais intime, salle de l’Opéra d’Anvers, mais cela fait partie de son charme et de son identité.


Khovantchina06.jpgEt l’ensemble fait corps avec les solistes et le chœur, chœur violemment présent et homogène, mais qui peut difficilement rendre tout le mystère mélancolique de la langue slave. D’autant plus que la taille de la salle ne lui laisse pas suffisamment de place pour se fondre entièrement dans la masse orchestrale.

Au cœur de cette distribution profondément engagée, Ante Jerkunica est un grand Khovanski, un jeune séducteur impressionnant au regard manipulateur, mais sans nuances de caractère, une sorte de Don Giovanni qui n’éprouve aucune compassion pour qui que ce soit. Il a face à lui un Dossifei qui est son parfait contraire humain. Le chant poétique d’Alexey Antonov évoque, en effet, la douceur d’un Wolfram, une sérénité défaite qui ne se fait aucune illusion sur l’évolution de son monde.

                                                                                     Adam Smith (Kouzka)

A ses côtés, la Marfa de Julia Gertseva est une femme décidée et passionnée, mesurée dans ses sentiments, et très impliquée dans sa relation aux autres. Vocalement, elle a pour elle la force de la langue russe, qui ne suffit pas totalement à dépasser les déchirures agressives de ses aigus. Sa gravité est d’abord dans son regard posé sur l’être qui lui est cher sur scène, Andrei Khovanski.


Khovantchina07.jpg

   Julia Gertseva (Marfa) et Dmitri Golovnin (Andrei Khovanski)

 

Dmitry Golovnin est ainsi un chanteur sans ambages doué d’une puissance viscérale saisissante, qui fonctionne aux coups d’éclats. Le timbre n’est pas séduisant, mais révélateur des tourments de son personnage au caractère d’enfant.

Khovantchina08.jpgEt parmi les autres interprètes masculins, Oleg Bryjak incarne un Chakloviti conspirateur puissant, Vsevolod Grivnov extériorise la violence de Vassili Golitsine, comme dernier geste de révolte, et Michael J.Scott s'amuse à jouer, d’emblée, un clerc plein d’assurance et d’intelligence.

Dans son rôle court et hystérique, Aylin Sezer rend Emma attachante par ses traits félins et désespérés, mais quel dommage que Liene Kinca ne fasse qu’une apparition succincte en Susanna, car son galbe vocal surdimensionné a hypnotisé plus d’un spectateur.

La version jouée à l’Opéra d’Anvers est semblable à celle de Paris, basée sur l’orchestration de Chostakovitch, et écourtée par le final de Stravinsky.

                                                                                           Alexey Antonov (Dossifei)

 

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Publié le 4 Novembre 2014

Dimanche 02 novembre 2014 sur Arte à 17h25
Découvrir une oeuvre : Le Beau Danube bleu de J.Strauss

Dimanche 02 novembre 2014 sur Arte à 18h20
Requiem (Mozart)
Isokoski, Paasikivi, Sivasti, Söderlund.
Orchestre baroque d'Helsinki, dir. Stasevska.

Mercredi 06 novembre 2014 sur France 2 à 23h45
Rienzi (Wagner)
Kern, Schonberg, Wielgolg, Sindran, Heidemann, Bork, Heller
Capitole de Toulouse, dir Steinberg, Lavelli, m.s.

Vendredi 07 novembre 2014 sur France 2 à 00h25
Atys (Lully)
Richter, d'Oustrac, Negri, Rivenq...
Les Arts Florissants, dir. Christie. Villégier, m.s.

Dimanche 09 novembre 2014 sur Arte à 17h00
Richard Wagner et les Juifs.
Documentaire de Michel Beyer et Steffen Herrmann.

Dimanche 09 novembre 2014 sur Arte à 18h30
Rolando Villazon présente les stars de demain.
Pumeza Matshikiza (piano), Adam Plachetka (Baryton), Nemanja Radulovic (violon), Trio Karénine

Lundi 10 novembre 2014 sur Arte à 00h20
Sir Georg Solti, Ma vie a été un combat.

Mercredi 12 novembre 2014 sur France 3 à 00h30
La Favorite (Donizetti)
Aldrich, Yijie, Tezier..
Capitole de Toulouse, dir Allemandi, Boussard, m.s.

Jeudi 13 novembre 2014 sur France 2 à 00h30
War Requiem (Britten)
Pavlovskaya, Ainsley, Müller-Brachmann,
Orchestre Gulbenkian, dir. McCreesh.

Dimanche 16 novembre 2014 sur Arte à 18h20
Rolando Villazon présente les stars de demain.
Sonia Yoncheva (soprano), Kit Armstrong (piano), Antonio Poli (ténor), Die Chorjungen (trio vocal)

Lundi 17 novembre 2014 sur Arte à 00h00
Découvrir une oeuvre.
Tableaux des expositions (Moussorgski)

Mercredi 19 novembre 2014 sur France 3 à 00h30
Ernani (Verdi)
Vargas, Tézier, Vinogradov...
Opéra de Monte-Carlo, dir. Callegari, Grinda, m.s.

Jeudi 20 novembre 2014 sur France 2 à 00h30
Lang Lang Dance
Houston, Ballet, Lang Lang (piano)

Mercredi 26 novembre 2014 sur France 3 à 00h30
Soirée spéciale Orchestre de Paris.
Beethoven, Brahms, Dvorak, Debussy, Ravel.
Fray et Andsnes (piano) et P. Järvi (direction)

Jeudi 27 novembre 2014 sur France 2 à 00h30
Jean-Claude Casadesus. Le Goût des autres.

 

 

Web : Opéras en accès libre

Lien direct sur les titres et sur les vidéos)  

 

Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

 

 
 

 

Lire également TV-Web Novembre 2014 Lyrique et Musique 

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Rédigé par David

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Publié le 1 Novembre 2014

Florian Sempey (Figaro)
Florian Sempey (Figaro)

Le Barbier de Séville (Gioacchino Rossini)

Représentation du 28 octobre 2014
Opéra Bastille
Il Conte d’Almaviva Edgardo Rocha
Bartolo Paolo Bordogna
Rosina Marina Comparato
Figaro Florian Sempey
Basilio Carlo Cigni
Fiorello Tiago Matos
Berta Cornelia Oncioiu
Un Ufficiale Lucio Prete

Direction musicale Carlo Montanaro
Mise en scène Damiano Michieletto (2010)

Production originale du Grand Théâtre de Genève

Quand fut annoncée l’arrivée de la production de Damiano Michieletto en remplacement de la version moyen-orientale de Coline Serreau, le sentiment qu’il n’était pas nécessaire, à une époque où la création artistique manque de moyens, de dépenser pour le superflu s’est naturellement imposé. Et la vision de cette immense façade d’un quartier populaire sévillan des années 70, fascinant, sûrement, par sa complexité qui évoque l’art miniature des maisons de poupées, ici grandeur nature, n’en a que véritablement confirmé le luxe inutile.


Barbier-02.jpg   Florian Sempey (Figaro) et Edgardo Rocha (Il Conte d'Almaviva)

 

A ce choix, s’est ajoutée une première distribution vocalement peu raffinée, et ce Barbier de Séville est immédiatement apparu comme un spectacle à oublier.

Sauf qu’une seconde distribution est apparue depuis mi-octobre, bouleversant la perception initiale de l’œuvre et de son interprétation.

Car Edgardo Rocha, Paolo Bordogna, Florian Sempey et Marina Comparato forment à eux quatre une équipe d’excellents chanteurs, d’excellents acteurs, qui, en fusion parfaite avec la vitalité musicale de l’orchestre et de son chef, transforment la superficialité apparente de ce spectacle en un formidable élan de  vie, qui ne peut être que le résultat d’un travail considérable, éblouissant de par la lumière personnelle même  de chaque artiste.

Barbier-04.jpg   Marina Comparato (Rosina) et Edgardo Rocha (Il Conte d'Almaviva)

 

Et c’est toute la crédibilité de leur lien humain sur scène qui en fait le ravissement.

Dès son arrivée crâneuse et, en apparence, si facile, Florian Sempey est à fondre de frissons d’admiration. Son chant est une défiance pleine et aérienne à la vie, un charme d’insouciance juvénile sous lequel on devine la gentillesse, et ce magnifique garçon joue avec un naturel incroyable. On peut d’ailleurs passer toute la soirée à ne regarder que lui, car même lorsqu’il ne chante pas, il a toujours quelque chose à exprimer avec malice.
On le retrouvera, bientôt, dans la nouvelle production de La Chauve-souris à l’Opéra-Comique, entouré de Stéphane Degout, Sabine Devieilhe et Frédéric Antoun.

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   Florian Sempey (Figaro)

 

Edgardo Rocha, en Comte, est lui aussi encore très jeune. Son interprétation est, comme pour Florian Sempey, entière et très touchante. Il vit son personnage d’amoureux légèrement tragique avec profondeur et sincérité, le discours vocal est vaillant, fin et agile, une très belle découverte sur scène.

Quant à l’héroïne, Marina Comparato, elle partage avec ses partenaires la même homogénéité de timbre, une excellente musicalité, des couleurs qui pourraient être, certes, plus contrastées, et elle investit son personnage d’adolescente réfugiée dans un univers couvert de photographies de Johnny Depp et Jim Morisson avec la même folie déjantée.

Barbier-05.jpg   Marina Comparato (Rosina)

 

Mais il y a également la frime lourde, mais volontaire, de Paolo Bordogna, et sa tessiture fumée séduisante. Cornelia Oncioiu, elle, réussit le brillant air de Berta avec un panache inattendu.

Et tout ce monde est très bien accompagné par Carlo Montanaro, avec lequel l’orchestre est à la fois souple et fluide, non pas vif et piqué, mais d’une richesse de nuances et de chair musicale pleine de charme.

 

Lire également Le Barbier de Séville (Gioacchino Rossini)

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Publié le 26 Octobre 2014

Les-Negres01.jpgLes Nègres (Jean Genet)
Représentations du 18 et 25 octobre 2014
Odéon Théâtre de l’Europe

Avec Armelle Abibou, Astrid Bayiha, Daphné Biiga Nwanak, Bass Dhem, Lamine Diarra, Nicole Dogué, William Edimo, Jean-Christophe Folly, Kayije Kagame, Gaël Kamilindi, Babacar M’Baye Fall, Logan Corea Richardson, Xavier Thiam, Charles Wattara

Mise en scène Robert Wilson
Musique Dickie Landry / Ornette Coleman

 

Coproduction Festival d'Automne, TNP-Villeurbanne, deSingels campus arts international - Anvers, Festival Automne en Normandie, La Comédie de Clermont-Ferrand                                                     

                                                                                                       Armelle Abibou (La Reine)


Si 55 ans se sont exactement écoulés depuis la création des Nègres au Théâtre de Lutèce, force est de constater que le texte de Jean Genet a perdu de son impact, même si la mise en scène de Robert Wilson au Théâtre de l’Odéon n’en souligne que quelques facettes - la caricature diabolisée et déjantée du noir, et les sentiments dans ce qu’ils ont de plus sensiblement et universellement humains.

Les-Negres02.jpg   Babacar M'Baye Fall (Ville de Saint-Nazaire)

 

Très souvent, le texte est couvert pas la musique, et ce qui fait le prix de ce spectacle est avant tout l’euphorisante énergie de la troupe d’acteurs noirs, tous expansifs et fascinants.

Et alors que les spectateurs entrent dans la salle pendant le quart-d’heure qui précède le début de l’œuvre, une musique jazzy les accueille, sous le regard impassible et mystérieux de Babacar M’Baye Fall, Ville de Saint-Nazaire.

Les-Negres03.jpg   Armelle Abibou (La Reine), Jean-Christophe Folly (Le Valet), Lamire Diarra (Le Missionnaire)

 

Ensuite, l’arrivée de la troupe est merveilleusement mise en scène. Elle les fait surgir un à un devant la façade d’une maison africaine, sous une rafale de mitraillette qui les fige. Derrière le silence, une musique stellaire et onirique dont l’auteur n’est pas mentionné - musique qui semble inspirée de The Glade (Randy Edelman et Trevor Jones) – idéalise leur passage vers un autre monde, alors que s’humanisent imperceptiblement leurs traits du visage émus.
Wilson ne fait que suggérer la violence et la haine dont souffraient les noirs dans les années 50-60 en Amérique.

Les-Negres04.jpg   Kayije Kagame (Vertu)

 

Puis, une fois passé le seuil de l’habitation traversée de nuages, le show commence en habits de couleurs vert, rouge, violet, jaune, comme dans La Flûte Enchantée que le metteur en scène avait monté à l’Opéra Bastille.

Evidemment, la joie de vivre et la facilité avec lesquelles les femmes dansent, chacune selon son style, l’ondoyante Kayije Kagame (Vertu), la drôle et attachante Daphné Biiga Nwanak (Neige) au regard roulant, sont un enchantement réconfortant, et la pièce se déroule dans un lieu unique jonché féériquement de serpentins lumineux.

Les-Negres05.jpg   Daphné Biiga Nwanak (Neige)

 

En surplomb, cinq noirs déguisés en blancs jugent les acteurs et déclament avec ironie. En arrière-plan, dans l’ombre, le saxophoniste joue du Dickie Landry, à mi-hauteur, Nicole Dogué (Félicité) s’efforce d’assurer sa puissance dominatrice, et tout ce jeu s'exalte sur un fond bleu hypnotique, éclairé d’un fin croissant de lune serti d’étoiles, qui réveille notre conscience d’enfant.

Rien n’est montré du simulacre du cadavre blanc, sinon une simple fleur pâle, ni du meurtre des cinq blancs transfiguré en un rite vaudou satirique.

Les-Negres06.jpg   Lamire Diarra (Le Missionnaire), Logan Corea Richardson (Le Saxophoniste)

 

Tout est faux, mais l’humain se reflète dans tous les visages, et si cette pièce est une comédie sur les images préconçues des noirs qui semble dépassée, c’est qu’aujourd’hui les images fausses concernent de façon plus virulente d’autres stéréotypes à propos des juifs, des homosexuels et des musulmans. Mais il ne manque qu’un nouveau Jean Genet pour les mettre en abîme.

 

Lire également Les Nègres (J.Genet - R.Wilson - E.Hammer ) Odéon Théâtre

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Publié le 25 Octobre 2014

Lucinda01.jpgDance (Lucinda Childs)
Représentation du 23 octobre 2014
Théâtre de la Ville

Avec la Lucinda Childs Dance Company :

Ty Boomershine, Katie Dorn, Kate Fisher, Sarah Hillmon, Anne Lewis, Sharon Milanese, Patrick John O’Neill, Matt Pardo, Lonnie Poupard Jt., Caitlin Scranton, Stuart Singer, Shakirah Stewart.


Chorégraphie Lucinda Childs
Film Sol LeWitt
Musique Philip Glass

 

Production Pomegranate Arts, Festival d'Automne à Paris

 

Créé le 17 octobre 1979 au Stadsschouwburg d’Amsterdam, Dance reçut sa première New-Yorkaise à la Brooklyn Academy of Music le 29 novembre de la même année.
Et aux premières mesures de la musique de Philip Glass, sur lesquelles on admire les danseurs traverser en toute légèreté et fluidité l’entière largeur de scène pour disparaître vers l’invisible - avec, parfois, des rotations destinées à ralentir le rythme -, le souvenir obsédant d’une scène d’ Einstein on the Beach ressurgit de notre mémoire.

Car la première collaboration entre Philip Glass et Lucinda Childs date du premier opéra du compositeur marylandais, pour lequel la chorégraphe newyorkaise réalisa une partie dansée, une contribution au texte, et l’un des rôles de récitant.

Lucinda02.jpg

 

Dance apparait donc comme un prolongement de cette association, et se développe sur une œuvre qui dure plus d’une heure, avec, en filigrane, le film de Sol LeWitt, restauré à cette occasion.
Ce film superpose ainsi aux danseurs la mémoire poétique noir et blanc des danseurs d’origine, et le regard du spectateur, hypnotisé par les tournoiements répétitifs de la musique électronique, entre en profondeur dans l’essence et l’articulation même du mouvement des bras, du tronc et de la tête des artistes.

Toutes les sources d’énergie du corps sont ainsi mises à nues, et l’on s’imprègne aussi bien de l’élégance des gestes, que des ralentissements contrôlés uniquement par le pivot central des corps, puis à nouveau des bras, qui se vident alors de leur énergie pour retrouver leur position de détente naturelle.

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    Lucinda Childs Dance Company et Lucinda Childs

 

Mais c'est toute une philosophie de vie qui émane de ces danseurs qui se doublent, se croisent et se rencontrent en modifiant leur trajectoire à la manière de corps célestes interagissant. On peut y voir une expression du bonheur, sans attache, libéré du soi, et la grâce d’un état évanescent qui transcende également la vérité viscérale logée à l'intérieur de chaque être. 

 

Lire également Dance (Lucinda Childs - Philip Glass) Théâtre de la Ville

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