Publié le 2 Mars 2015

TV-Web Mars 2015 Lyrique et Musique

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Le Barbier de Séville (part.2)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 18h30
Ma Patrie (Smetana)

Philh. Tchèque, dir. Belohlavek.

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 23h55
Mauricio Pollini, de mains de maître.

Dimanche 08 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Le Barbier de Séville (part.3)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 08 mars 2015 sur Arte à 18h30
Puccini, Verdi, Tchaïkovski, Strauss…
A. Gheorghiu.

Jeudi 12 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Von Heute auf Morgen (Schönberg), Sancta Susanna (Hindemith)
Newerla, Hofmann, Dos Santos, karnezi, Weiland.
Opéra de Lyon, dir. Kontarsky. M.s Fulljames.

Vendredi 13 mars 2015 sur France 2 à 00h30
Hippolyte et Aricie (Rameau)
Connoly, Gillet, Hill, Azzaretti, Haller, Degout, Lehtipuu, Lis
Le Concert d’Astrée, dir. Haim, m.s Alexandre

Dimanche 15 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.1)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Lundi 16 mars 2015 sur Arte à 0h30
Taïwan, l’Ile aux 1000 violons

Jeudi 19 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Wagner, un génie en exil.

Dimanche 22 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.2)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 22 mars 2015 sur Arte à 18h30
Stabat Mater (Pergolèse)
Jaroussky, Lezhneva.

Jeudi 26 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Médée (Cherubini)
Michael, streit, Stotijin, Le Texier …
Les Talens Lyriques, dir.Rousset. M.s Warlikowski.

Vendredi 27 mars 2015 sur France 2 à 00h30
Symphonie n°1 et Concerto n°2 & 3 (Chostakovitch)
Brunello (Violoncelle)
Théâtre Mariinski, dir. Gergiev.

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.3)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 18h30
Concertos n°1 & 2 (Liszt)
Barenboim (Piano), dir. Boulez.

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 23h30
Un virtuose sans égal, le violoniste Jasha Heifetz.

Web : Opéras en accès libre
Lien direct sur les titres et sur les vidéos

Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)
 
Jakob Lenz (La Monnaie) – à partir du 17 mars jusqu’au 6 avril 2015
Il Mondo della Luna (Opéra de Montecarlo) jusqu’au 25 mars 2015
Gala du Tricentenaire de l’Opéra Comique jusqu’au 27 mars 2015
Le Barbier de Séville (Opéra Bastille) jusqu’au 30 mars 2015
Aïda (Opéra de Wallonie) jusqu’au 02 avril 2015
Figaro (Amel Festival Opera) jusqu’au 10/04/2015
Punch and Judy (Amel Opera Festival) jusqu’au 14/04/2015
Mitridate Re di Ponto (Amel Opera Festival) jusqu’au 16/04/2015
Castor & Pollux (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 avril 2015
Tosca (Opéra Bastille) jusqu’au 21 avril 2015
L’Enlèvement au Sérail (Opéra Garnier) jusqu’au 27 avril 2015
Doctor Atomic (Opéra de Strasbourg) jusqu’au 06 mai 2015
Dance – Lucinda Childs (Théâtre de la Ville) jusqu’au 06 mai 2015
Didon et Enée (Opéra de Rouen) jusqu’au 17 mai 2015
Moïse et Pharaon (Opéra de Marseille) jusqu’au 03 juin 2015
La Clémence de Titus (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 juin 2015
Iphigénie en Tauride (Genève) jusqu’au 04 août 2015
Tamerlano (La Monnaie) jusqu’au 06  août 2015
Alcina (La Monnaie) jusqu’au 10  août 2015
Médée (Bâle) jusqu’au 16  août 2015
Francesca da Rimini (Nancy) jusqu’au 18  août 2015
Aleko (Nancy) jusqu’au 18  août 2015
Les Fêtes Vénitiennes (Opéra Comique) jusqu’au 27  août 2015
El Publico (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 06 septembre 2015

 

Luisa Miller (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 03 décembre 2015
Tosca (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 30 décembre 2015
I Capuleti e i Montecchi (La Fenice de Venise) jusqu’au 18 janvier 2016

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 24 Février 2015

Akhnaten (Philip Glass)
Représentation du 21 février 2015
Opera Ballet Vlaanderen
Antwerpen (Anvers)

Akhnaten Tim Mead
Nefertiti Kai Rüütel
Queen Tye Mari Moriya
Horemhab Andrew Schroeder
Amon Adam Smith
Aye James Homann
Scribe Geert Van Rampelberg
Daughters Hanne Roos, Lies Vandewege
   Dorine Mortelmans, Lieselot De Wilde,
   Sara Jo Benoot, Martha Jones

Direction musicale Titus Engel
Mise en scène & décors Nigel Lowery
Costumes Walter Van Beirendonck
Lumières Glen D’Haenens
Dramaturgie Luc Joosten
Chorégraphie Amir Hosseinpour
Chœur et orchestre Opera Vlaanderen

                                                                                Tim Mead (Akhnaten)

Alors que bien des maisons d’opéras jouent avec les valeurs sûres pour ne pas trop perturber leur public habituel, l’Opéra des Flandres poursuit le déroulement d’une programmation qui pourrait bien lui valoir une reconnaissance internationale pour son originalité et sa qualité. Car Anvers et Gand ont maintenant la chance de découvrir un opéra qui n’est joué qu’une ou deux fois par saison dans le monde : Akhenaton.

Si ce souverain égyptien a intéressé Philip Glass, c’est, avant tout, pour la rupture idéologique et artistique qu’il imprima profondément à son territoire, bouleversant mille cinq cent ans de lignée pharaonique.

Kai Rüütel (Nefertiti), Tim Mead (Akhnaten) et Mari Moriya (Queen Tye)

Kai Rüütel (Nefertiti), Tim Mead (Akhnaten) et Mari Moriya (Queen Tye)

En effet, dès son accession au trône, Aménophis IV entreprit d’instaurer un nouveau Dieu, Aton, pourvoyeur de vie à tous les êtres de la Terre. Il ne faisait, finalement, que reconnaître le Soleil dans son rôle direct d’essence du monde terrestre, et s’abstraire de dieux conventionnels, au risque de s’aliéner le clergé, riche et puissant, dévolu à l’ancienne divinité, Amon.

Cette révolution mystique prit une ampleur culturelle telle, qu’Akhenaton – son nouveau nom – décida de construire une nouvelle capitale bien au nord de l’ancienne Thèbes, en plein centre de l’Egypte.

Cette cité unique, dédiée à Aton, fut baptisée Akhetaton, et se développa autour d’un immense temple déployé à ciel ouvert. Tous ses habitants devinrent ainsi les fils protégés d’une divinité suprême et unique.

Un art nouveau émergea rapidement, et son style révolutionnaire par son abondance de couleurs et de représentations foisonnantes de vie est depuis appelé Art amarnien, du nom du site archéologique Tell el-Amarna où se trouvent les restes et les tracés de la ville.

Akhenaton (T.Mead-K.Rüütel-M.Moriya-T.Engel-P.Glass) Anvers

Mais la construction de cette cité nécessita nombre de militaires, et Akhenaton en vint à négliger les menaces frontalières, dont les redoutables Hittites, qui ne tardèrent pas à soumettre le royaume de Mittani, territoire situé dans la partie occidentale de la Syrie d’aujourd’hui.

Même Ramsès II, cinquante ans plus tard, aura bien du mal à contenir ce peuple expansif lors de la bataille de Qadesh, relatée à l’avantage du Pharaon, alors que les historiens remettent en question la réalité même de cette victoire.

Quant à Akhenaton, sa fascination mégalomaniaque pour son dieu, comparable en tout point à celle de Louis II de Bavière pour Wagner – voilà un autre roi ‘hors du temps’ sur lequel Philip Glass pourrait composer une œuvre -, ne l’aura conduit qu’à l’exaspération des forces politiques et religieuses de l’Egypte, qui en détruiront toute trace après son grand voyage.

Akhenaton (T.Mead-K.Rüütel-M.Moriya-T.Engel-P.Glass) Anvers

Cependant, l’œuvre opératique de ce soir ne se présente pas comme une narration historique de la vie de ce pharaon hérétique, mais comme une plongée dans son univers ésotérique, que la musique vertueuse et entêtante du compositeur américain évoque avec mysticisme et grandiloquence. Et à la mise en scène, Nigel Lowery réussit avec force et intelligence, comme nous allons le voir, à unifier des scènes indépendantes pour enrichir la narration et rapprocher ce monde ancien de notre monde contemporain.

Le premier acte montre en effet l’accession d’Akhenaton au trône d’Egypte. Le narrateur, personnage à double sens qui représente autant Aménophis III, le père, qu’un conteur, s’exprime dans la langue de l’auditeur, c’est-à-dire le Flamand.

Pendant l’ouverture sombre et envoutante comme Philip Glass sait les composer à partir d’enlacements tournoyants de cordes et de bassons, une foule de personnages divers décrit des portraits singuliers d’êtres humains en révolte ou bien souls et désorientés, violents même – on voit un terroriste équipé d’une Kalachnikov -, une prostituée stylisée par une immense bouche, bref, l’univers d’une ville actuelle en décadence.

Kai Rüütel (Nefertiti) et Tim Mead (Akhnaten)

Kai Rüütel (Nefertiti) et Tim Mead (Akhnaten)

La grande scène traditionnelle qui suit est alors présentée comme illustrative de la diversité des cultes pratiqués à cette époque. Les funérailles d’Aménophis III se déroulent selon un rythme primitif magnifiquement rendu par le chœur de l’opéra des Flandres, disposé sur plusieurs niveaux dans des alcôves – dorées sur fond noir – face aux spectateurs. Nigel Lowery projette sur chaque paroi latérale deux colosses d’Horus et Anubis aux traits dessinés à la craie, fumant sous les flammes infernales d’un rite sacrificiel – animées par vidéo projection.

On se croirait dans Indiana Jones et le Temple Maudit – cette impression d’ambiance de film est renforcée à la fois, par les tam-tams de la musique, et par l’utilisation d’une incrustation vidéo qui montre ce que vivent les personnages à l’intérieur de la cité -, et la transformation du narrateur momifié prend une part de surprise lorsque le déroulé des bandes mortuaires révèle Tim Mead sous les traits solennels du nouveau pharaon.

Détail de l’orchestre

Détail de l’orchestre

L’artiste britannique a une voix plus féminine qu’angélique, ce qui aligne de fait son androgynie vocale sur l’androgynie que l’on connait des représentations sculpturales du Pharaon.

Mari Moriya, en Queen Tye – la mère du novateur -, allie avec une joie au regard halluciné et avec goût un timbre lumineux qui laisse en retrait celui plus noir et intime de Kai Rüütel, la femme d’Akhenaton.

Ces trois figures royales sont de plus maquillées en portant un menton allongé, par fidélité à l’art iconographique de cette période révolutionnaire.

Une des étrangetés de la scénographie est la façon dont la ville ancienne de Thèbes est imaginée. Avec ses toits empilés, ses interstices angoissants, sa façade gothique et un enchevêtrement de structures qui évoquent les villes expressionnistes du cinéma allemand des années 20, cette référence moderne peut surprendre. Elle relève pourtant du choc artistique fascinant avec ses jeux d’ombres entrainés par le plateau tournant, d’autant plus qu’elle rejoint la noirceur de la musique.

Tim Mead (Akhnaten)

Tim Mead (Akhnaten)

Dans la fosse, par ailleurs, la tension palpable de Titus Engel, qui doit avoir l’œil sur un ensemble bien plus complexe que les réminiscences musicales ne le suggèrent, impulse une énergie et un contrôle des nuances qui donne une impression de fluidité naturelle.
Les cuivres regorgent de sons ronflants, les claviers sont aussi hypnotisant que ceux que l’on entendit dans Einstein on the Beach à Londres et Paris, et le tout devient prenant de bout en bout.

Dans la seconde partie, les chants liturgiques se mêlent à une atmosphère évanescente avant que le chœur ne revienne en puissance, mais selon une écriture vocale répétitive qui n’a pas le même pouvoir galvanisant qu’au premier acte. La destruction de l’ancien temple montre Akhenaton sous un angle agressif.
Puis, en opposition avec cet épisode violent, le duo entre Tim Mead et Kai Rüütel s’empreint d’une beauté nocturne émouvante, et d’une pureté émotionnelle retenue et glacée.

Hanne Roos, Lies Vandewege, Dorine Mortelmans, Lieselot De Wilde, Sara Jo Benoot, Martha Jones (les filles)

Hanne Roos, Lies Vandewege, Dorine Mortelmans, Lieselot De Wilde, Sara Jo Benoot, Martha Jones (les filles)

Le choc esthétique arrive donc au dernier acte, quand l’on retrouve Pharaon et sa famille à l’avant d’une immense toile de champs de fleurs aux teintes jaunes, vertes, bleues et mauves, lui-même étant vêtu d’une veste bleue fluo qui fait écho visuel avec celle que porte le chef d’orchestre.
Les deux symboles artistiques humains se rejoignent plus ou moins consciemment.

Les six chanteuses, Hanne Roos, Lies Vandewege, Dorine Mortelmans, Lieselot De Wilde, Sara Jo Benoot et Martha Jones qui incarnent ses filles le font avec une fraicheur bienveillante qui rappelle le chœur des amies de Iolanta, l’opéra intimiste de Tchaïkovski.

Le renversement de la famille est alors appuyé par une scène qui renvoie à la cité originelle de Thèbes. La vidéo montre la poursuite et la fin pathétique du couple royal, le désarroi du récitant devant un guide touristique que l’on imagine décevant par l’histoire qu’il raconte, et le retour à une vie contemporaine et ses problèmes non résolus.

Dans cette vision de l’œuvre, contestable certes, Akhenaton n’aura été qu’un illuminé fantasque ne voulant pas voir la réalité. Mais en même temps, il aura réussi à faire passer son rêve avant tout le reste, et su se libérer temporairement des griffes de la société.

Mari Moriya, Tim Mead, Titus Engel, Kai Rüütel

Mari Moriya, Tim Mead, Titus Engel, Kai Rüütel

Ce travail d’ensemble abouti et formidable de cohésion, l’opéra des Flandres le doit à une pluralité de talents dont on n’oubliera ni les danseurs qui sont parfois poussés aux limites de l’équilibre par la chorégraphie d’Amir Hosseinpour, ni la fantaisie des costumes de Walter Van Beirendonck, ni le réglage des lumières de Glen D’Haenens dans la pénombre des scènes rituelles.

Un grand opéra inspirant, une musique envoutante et hors du temps, des musiciens et un chef enthousiastes, on ne sort pas de ce spectacle total en souhaitant tourner rapidement cette grande page porteuse d’idéalisme.

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Publié le 18 Février 2015

Lady Macbeth de Mzensk (Dimitri Chostakovitch)

Version originale de 1932

Représentation du 14 février 2015
Deutsche Oper Berlin

Katerina Izmajlova Evelyn Herlitzius
Boris Izmajlov Sir John Tomlinson
Zinovi Izmajlov Thomas Blondelle
Sergej Maxim Aksenov
Aksinja Nadine Secunde
Schäbiger Burkhard Ulrich
Pope Tobias Kehrer
Polizeichef Seth Carico
Polizist Andrew Harris
Sonjetka Dana Beth Miller

Mise en scène Ole Anders Tandberg
Direction musicale Donald Runnicles
Coproduction Der Norske Opera & Ballet, Oslo (2014)

                                                                Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Lorsqu’un régisseur norvégien tel Ole Anders Tandberg s’empare de la mise en scène de Lady Macbeth de Mzensk, l’univers oppressant de la société Russe d’avant-guerre rejoint celui, tourmenté, de la société géorgienne anglaise de Peter Grimes, qu’il transpose quelque part sur une côte scandinave tumultueuse.

Un décor unique représente une maison de pêcheur en surplomb d’un monticule rocheux, isolé sur le plateau de scène tournant et entouré d’ombres.

Evelyn Herlitzius (Katerina)

Evelyn Herlitzius (Katerina)

Les hommes du village ramènent quantités de morues fraîches et ballantes, un des deux grands symboles phalliques – il y aura, plus loin, les planches à repasser dans la scène du commissariat -, dont il abuse à outrance pour décrire la tension sexuelle permanente dans laquelle vit Katerina.

Avec, de plus, un rideau de scène représentant en nature morte un amas d’abats sanglants et écœurants, le spectateur se retrouve plongé dans un univers nauséabond, dont il pourrait presque ressentir l’odeur de putréfaction.

On ne trouve dans ce travail de représentation, ni une référence visible à une société russe contemporaine prise de déliquescence – ce qui était, récemment, un des angles d’attaque de Calixto Bieito à Anvers -, ni la force de scènes intimes ou spectaculaires que Martin Kusej a sublimé à Amsterdam et Paris.

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Il y a en effet de quoi être frustré quand l’ouverture du dernier acte des bagnards se joue à rideau fermé, après une adaptation du décor laborieuse, alors que Kusej faisait sortir de terre une cage gigantesque surplombée par des policiers et des bergers allemands.

Mais Ole Anders Tandberg a au moins un sens viscéral de la vie, une façon crue de diriger les chanteurs, et des idées qui tournent principalement autour de l’exacerbation des forces libidinales de tous, comme si elles n’étaient que le pendant du vide et de l’ennui abyssal d’une société entière qui ne sait quoi faire d’intelligent dans sa vie.

Sa plus belle réussite se réalise néanmoins dans la scène d’amour de Katerina et de Sergej, chantée au-dessus d’une masse de cabillauds, sous les regards et le souffle hystérisant des musiciens les encerclant et jouant des cuivres comme des créatures diaboliques et méphistophéliques.

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

L’exacerbation phénoménale de l’acte sexuel par cet agencement orchestral voyeuriste, et éblouissant de lumière, est d’une intensité extrême. Son sens est même modifié en rendant la jeune femme dominatrice dans la relation amoureuse.

Ailleurs, la vulgarité est de mise, artificiellement violente, et trop lourde pour rester crédible – la scène de viol avec les poissons, les gauloiseries des policiers avec les planches à repasser…

Les éclairages, eux, sont employés avec force et contrastes tout au long du spectacle. Et par la manière dont ils isolent ou évitent les protagonistes, ils en suggèrent avec évidence leurs états d’âme et leur solitude.

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Sir John Tomlinson (Boris)

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Sir John Tomlinson (Boris)

L’apparition systématique des joueurs de cuivres en majorettes circulant en farandole peut sembler facile, elle a néanmoins le mérite d’entretenir un leitmotiv conducteur qui met particulièrement bien en valeur cet ensemble, visuellement, et sur le plan sonore.

L’orchestre, dirigé par Donald Runnicles, le directeur musical du Deutsche Oper, est également superbe de fluidité, supérieur dans les grandes nappes symphoniques et descriptives traversées d’ondes noires menaçantes.

Les cadences délirantes ne sont cependant pas totalement libérées dans la première partie, mais à l’écoute de la grande fresque qui est déployée, la musique gagne en épaisseur pour aboutir à un spectaculaire dernier acte d’une noirceur saisissante.
Et l’acoustique défavorable aux voix ne rend que plus ample l’ensemble orchestral, alors que les sonorités léchées, dégagées de tout naturalisme, se démarquent de l’horreur qui se vit sur scène.

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Et sur cette scène, justement, les chanteurs ne ménagent ni leur expressionisme vocal, ni leur engagement physique intégral.

Fantastique actrice, Evelyn Herlitzius porte en elle la rage d’une vie écrasée par son entourage et dénuée de joie. Et cette rage a à voir avec la haine d’Elektra – autre grande incarnation de l’artiste allemande – dont elle emprunte de sa personnalité torturée pour s’appuyer sur son magnétisme fauve et peindre une Katerina directe et hurlante.

De plus, elle peut compter sur deux tessitures bien distinctes et reconnaissables qui lui permettent de passer d’une tension lyrique à des monologues intérieurs rauques et animaux, bien que sa voix ne soit pas d’une sensualité naturellement slave.

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Evelyn Herlitzius (Katerina) et Maxim Aksenov (Sergej)

Mais son partenaire, Maxim Aksenov, est tout aussi vrai dans sa manière d’être. Aucune gaucherie, les nerfs à vif, il joue avec un réalisme bluffant – l’épuisement physique progressif au cours de la séance de flagellation, les scènes de séduction, les moments de panique -, et dégage une énergie sexuelle aussi marquée que celle de sa maitresse.
Sa voix est expressive, claire et virile, ce qui complète un portrait fort de ce personnage opportuniste et sans envergure.

Quant à Sir John Tomlison, vieux routier du rôle, il n’a aucune peine à camper un Boris dur et bestial, sorte de bucheron grossier dénué de toute noblesse, mais impressionnant de par son timbre usé et sa crinière blanche et sauvage.

Dana Beth Miller (Sonjetka) et Maxim Aksenov (Sergej)

Dana Beth Miller (Sonjetka) et Maxim Aksenov (Sergej)

Souffrant, Thomas Blondelle rend encore plus insignifiant Zinovi Izmajlov, très violentée, Nadine Secunde joue avec courage son rôle de femme objet, et Burkhard Ulrich – le Mime de Bayreuth l’été dernier – compose une scène anecdotique, très vivante, noyée sous l’alcool.

Deux rôles secondaires se démarquent enfin, le Pope de Tobias Kehrer d’une aisance et d’une humanité sensible – sa très belle voix est même un contresens ici -, et la voluptueuse Sonjetka de Dana Beth Miller, véritable animal scénique et prétendante indiscutable.

Et le chœur, inoubliable, sera d’une élégie religieuse sublime, à en croire l’âme du peuple bonne pour une ultime rédemption.

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Publié le 16 Février 2015

Ensemble intercontemporain
Représentation du 13 février 2015
Philharmonie 2 – Salle des concerts

Matthias Pintscher
A twilight’song, pour soprano et sept instruments

Anton Webern
Six pièces, op.6, pour orchestre de chambre

Arturo Fuentes
Snowstorm, pour ensemble

Aribert Reimann
Nacht-Räume, pour piano à quatre mains et soprano

Hans Werner Henze
Being Beauteous, pour soprano colorature, harpe et quatre violoncelles

Yeree Suh, soprano
Dimitri Vassilakis, Sébastien Vichard, pianos
Ensemble intercontemporain
Direction musicale Matthias Pintscher                           
Matthias Pintscher et Yeree Suh

C’est à une soirée intégralement dédiée à l’art musical d’après-guerre que l’ensemble Intercontemporain vient de convier un public curieux d’atmosphères abstraites et de sonorités étranges.

Christine Shaefer devait être, dans un premier temps,  l’interprète féminine irradiante de sa voix adolescente si profonde et fragile. Elle a néanmoins choisi de privilégier sa vie personnelle en se faisant remplacer par la jeune soprano colorature Yeree Suh.

Celle-ci, très différente, est par son naturel et son chant souriant et perceptiblement vibrant – harmonieusement lié aux élans mystérieux de la musique- , l’ange aérien de Saint-François d’Assise.

Yeree Suh

Yeree Suh

Dans la première pièce, A twilight’song, on retrouve l’écriture austère qui caractérise nombre d’œuvres contemporaines, égrainant des comas furtives qui ne s’inscrivent jamais dans une phrase temporelle longue et continue. On ne peut s’empêcher de penser aux propos de Renaud Machart, critique et homme de radio, qui avait caricaturé avec grand sens du spectacle ces ‘tics’ mécaniques lors de la création d’Akhmatova (Bruno Mantovani) à l’opéra Bastille.

Cependant, ces ‘marques’ de ce répertoire sont transcendées dans la pièce de Matthias Pintscher par une expérience acoustique qui insère des sons cristallins tenus sur une même tonalité jusqu’à leur évanouissement total dans l’espace de la salle des concerts.

Les six pièces, op.6, d’Anton Webern, dans leur version réduite pour orchestre de chambre, ne font que conforter un climat sinistre, et faire mieux ressortir l’énergie tournoyante et jouissive, presque hilarante, de la création d’Arturo Fuentes jouée pour la première fois à l’auditorium de l’opéra de Bordeaux deux jours avant. En émergent des tubulures caustiques et un foisonnement inventif qui pourraient faire croire à l’effervescence d’une scène de vie animale à la campagne, un jour de printemps.

Yeree Suh et Matthias Pintscher (Being Beauteous)

Yeree Suh et Matthias Pintscher (Being Beauteous)

Pourtant, le compositeur ne fait que recréer le souffle imprévisible d’une tempête de neige. Et lorsque l’on demande à chacun quelles images lui furent évoquées, on se rend compte que snowstorm est une œuvre que l’auditeur peut s’approprier pour y projeter son imaginaire personnel. Ce rapport au vivant fantastique pourrait ainsi parfaitement s’intégrer à un opéra naturaliste, afin d’en décrire une scène forte.

Dans la seconde partie, Nacht-Räume, écrit par Aribert Reimann pour une soprano accompagnée au piano, se vit comme une préparation abstraite et intérieure à la pièce qui va suivre, Being Beauteous, de Hans Werner Henze.

Car les soupirs longs et pathétiques des violoncelles nous ramènent aux vérités silencieuses et essentielles de la vie et de ses peines.

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Publié le 7 Février 2015

Présentation de la saison Lyrique 2015 / 2016 de l’Opéra National de Paris
Hotel Intercontinental Paris Le Grand - Mercredi 04 février 2015


Depuis le mercredi 04 février, la première saison de Stéphane Lissner à la direction de l’Opéra National de Paris est enfin dévoilée. Elle comprend 4 nouvelles productions et 5 coproductions - dont une, le Vol retour, sera jouée à l’Amphithéâtre Bastille.
Avec 19 titres au total, cette saison renoue ainsi avec un volontarisme que le nouveau directeur affiche fermement, comme un contrepied au climat actuel de repli sur soi face à la crise.

Lors de cette présentation, qui s’est déroulée
sous les reflets des statues érotiques suspendues parmi les glaces de la salle Opéra de l’Hotel Intercontinental, il n’a pas souhaité commenter les œuvres programmées, mais plutôt rappeler quelques personnalités qui l’ont marqué- le chef d’orchestre Pierre Boulez, et les metteurs en scène de théâtre Peter Brook et Patrice Chéreau -, et définir une logique avec un esprit, et un vocabulaire, de chef d’entreprise et de producteur de spectacles.

Aucun complexe à parler d’argent, à fidéliser un mécénat privé qui sera décisif dans la réussite de ses projets artistiques inscrits dans la durée, et la vision lucide d’une concurrence internationale des scènes lyriques pour capter les fonds nécessaires.

De grandes lignes sont évoquées, un cycle Berlioz sur 6 ans, la forte présence de la musique et de la littérature françaises tout au long de son mandat, et une ouverture sans précédent à la jeunesse par le biais de 13 avant-premières qui lui seront entièrement réservées.

Stéphane Lissner

Stéphane Lissner

Un ouvrage biblique en ouverture de mandat

Moses und Aron (Arnold Schönberg)
Du 17 octobre au 09 novembre (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Romeo Castellucci
Thomas Johannes Mayer, John Graham-Hall, Julie Davies, Catherine Wyn-Rogers, Nicky Spence, Michael Pflumm, Chae Wook Lim, Christopher Purves, Ralf Lukas
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid

L’œuvre n’a été jouée que onze fois à l’Opéra National de Paris, entre septembre 1973 et avril 1975.
Patrice Chéreau devait le mettre en scène pour cette ouverture, mais, suite à sa disparition, c’est Roméo Castellucci, prévu initialement pour un autre opéra biblique, Salomé, qui reprend la direction scénique du quatrième opéra de Schönberg.
Évocation de l’Exode, des limites du débat théologique face à l’urgence de la situation et des grandes réflexions liées aux religions, elle est un écho brulant aux courants spirituels et médiatiques d’aujourd’hui.

Ludovic Tézier et Philippe Jordan

Ludovic Tézier et Philippe Jordan

La Damnation de Faust (Hector Berlioz)
Du 05 décembre au 29 décembre (10 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Alvis Hermanis
Sophie Koch, Jonas Kaufmann, Bryan Hymel, Bryn Terfel, Edwin Crossley-Mercer, Sophie Claisse
Nouvelle production

Absent de la scène de l’Opéra National de Paris depuis 10 ans – cela ne lui était jamais arrivé depuis son entrée au répertoire -, La Damnation de Faust initie un cycle Berlioz qui s’achèvera avec les Troyens, en passant, sûrement, par Benvenuto Cellini.

Die Meistersinger von Nurnberg (Richard Wagner)
Du 01 mars au 28 mars (7 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Stefan Herheim
Gerald Finley, Günther Groissböck, Dietmar Kerschbaum, Ralf Lukas, Bo Skovhus, Michael Kraus, Martin Homrich, Stefan Heibach, Robert Wörle, Miljenko Turk, Panajotis Iconomou, Roman Astakhov, Brandon Jovanovich, Paul Schweinester, Julia Kleiter, Wiebke Lehmkuhl, Andreas Bauer
Coproduction avec le Festival de Salzbourg, la Scala de Milan et le Metropolitan Opera de New York

Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg n’ont jamais été représentés en version scénique sur le plateau de l’Opéra Bastille.
Cette production, en provenance de Salzbourg, initie ainsi un cycle de nouvelles productions des oeuvres de Richard Wagner – une par an – que Philippe Jordan n’a, pour certaines, jamais dirigé à Paris.
Viendront, dans les années suivantes, le Lohengrin conçu par Claus Guth à la Scala de Milan, une nouvelle production de Parsifal, et l'Anneau des Nibelungen.

Stéphane Lissner - Saison lyrique 2015/2016 de l’Opéra de Paris

Trilogie populaire de Verdi

Bien que l’année Verdi soit dernière nous, la trilogie populaire de Giuseppe Verdi est pour la première fois montée intégralement au cours de la même saison sur la scène de l’Opéra Bastille.
En plus de la reprise de la Traviata, deux nouvelles productions du Trouvère et de Rigoletto sont donc programmées, afin de constituer une ligne d’œuvres facilement accessibles.


Il Trovatore (Giuseppe Verdi)
Du 28 janvier au 15 mars (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniele Callegari, Mise en scène Alex Ollé
Ludovic Tézier, Vitaliy Bilyy, Anna Netrebko, Hui He, Ekaterina Semenchuk, Ekaterina Gubanova, Marcelo Alvarez, Fabio Sartori, Roberto Tagliavini, Liang Li, Marion Lebègue
Coproduction avec De Nationale Opera, Amsterdam

Rigoletto (Giuseppe Verdi)
Du 09 avril au 30 mai (18 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Nicola Luisotti, Pier Giorgio Morandi, Mise en scène Claus Guth
Michael Fabiano, Francesco Demuro, Quinn Kelsey, Franco Vassallo, Olga Peretyatko, Irina Lungu, Rafal Siwek, Andrea Mastroni, Vesselina Kasarova, Isabelle Druet, Mikhail Kolelishvili, Michal Partyka, Christophe Berry, Tiago Matos, Andreea Soare
Nouvelle production


Autres nouvelles productions

Lear (Aribert Reimann)
Du 23 mai au 12 juin (7 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Fabio Luisi, Mise en scène Calixto Bieito
Bo Skovhus, Gidon Saks, Andreas Scheibner, Michael Colvin, Kor-Jan Dusseljee, Lauri Vasar, Andrew Watts, Andreas Conrad, Ricarda Merbeth, Erika Sunnegardh, Annette Dasch, Edda Moser, Nicolas Marie
Nouvelle production

L’opéra d’Aribert Reimann – en version française - n’a été représenté que huit fois, en novembre 1982, sur la scène de l’opéra Garnier.
Cette nouvelle production, montée en langue originale pour l'anniversaire des 80 ans du compositeur berlinois, signe également l’arrivée sur la scène parisienne du metteur en scène catalan Calixto Bieito.

Le Château de Barbe-Bleue (Bela Bartok) / La voix humaine (Francis Poulenc)
Du 20 novembre au 12 décembre (10 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Esa-Pekka Salonen, Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Johannes Martin Kränzle, Ekaterina Gubanova
Barbara Hannigan
Coproduction avec le Teatro Real de Madrid

Alors que Gerard Mortier lui avait confié quatre nouvelles mises en scène, et Nicolas Joel aucune, Krzysztof Warlikowski fait son retour à l’Opéra de Paris avec une de ses chanteuses fétiches, Barbara Hannigan.
C’est aussi le grand retour d’ Esa-Pekka Salonen, absent depuis la création d’Adriana Mater en 2006.

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski

Iolanta / Casse-Noisette (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Du 07 mars au 01 avril (13 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Alain Altinoglu, Mise en scène Dmitri Tcherniakov
Alexander Tsymbalyuk, Sonya Yoncheva, Arnold Rutkowski, Andrei Zhilikhovsky, Vito Priante, Roman Shulakov, Gennady Bezzubenkov, Elena Zaremba, Anna Patalong, Paola Gardina
Direction musicale Alain Altinoglu, Décors Dmitri Tcherniakov,
Chorégraphie Sidi Larbi Cherkaoui, Édouard Lock, Benjamin Millepied, Arthur Pita, Liam Scarlett
Nouvelle production

De même, Gerard Mortier lui avait confié deux nouvelles mises en scène, et Nicolas Joel aucune, Dmitri Tcherniakov fait son retour à l’Opéra de Paris pour défendre son répertoire national.

Iolanta est représentée telle qu'elle fut créée au Théâtre Mariinsky de Saint-Peterbourg le 18 décembre 1892, c'est à dire suivie du ballet Casse-Noisette.

Cette version de Casse-Noisette ne remplace cependant pas la version de Rudolf Noureev inscrite au répertoire de l'Opéra National de Paris depuis 30 ans.

Vol retour – The Way Back Home (Joanna Lee)
Du 04 décembre au 19 décembre (9 représentations à l'amphithéâtre Bastille)

Direction musicale Stephen Higgins, Mise en scène Katie Mitchell
Solistes de l'Académie / Atelier Lyrique et Solistes de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris
Coproduction avec l'English national Opera
Spectacle pour enfants à partir de 4 ans

Créé en décembre dernier à l’English National Opéra, The Way Back Home est un conte d’hiver qui raconte le voyage d’un petit garçon à travers les étoiles qui, après un atterrissage forcé sur la Lune, rencontre un martien, lui aussi échoué. Katie Mitchell, célèbre metteur en scène de théâtre britannique, débutera à l'Opéra de Paris.


Les reprises

Pour toutes les reprises, les metteurs en scène ont été convaincus de revenir afin de retravailler les œuvres, et un soin est particulièrement accordé aux petits rôles.


Madame Butterfly (Giacomo Puccini)
Du 5 septembre au 13 octobre (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniele Rustioni, Mise en scène Robert Wilson
Oksana Dyka, Ermonela Jaho, Annalisa Stroppa, Piero Pretti, Gabriele Viviani, Carlo Bosi, Tomasz Kumięga

Svetla Vassileva (Madame Butterfly mars 2014)

Svetla Vassileva (Madame Butterfly mars 2014)

Platée (Jean-Philippe Rameau)
Du 7 septembre au 08 octobre (12 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Marc Minkowski, Mise en scène Laurent Pelly
Frédéric Antoun, Alexandre Duhamel, Florian Sempey, Julie Fuchs, Armelle Khourdoïan, Colin Lee, Franck Ferrari, Julien Behr, Aurélia Legay

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart)
Du 12 septembre au 18 octobre (12 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Patrick Lange, Marius Stieghorst, Mise en scène Michael Haneke
Artur Ruciñski, Alexander Tsymbalyuk, Maria Bengtsson, Matthew Polenzani, Karine Deshayes, Alessio Arduini, Fernando Radó, Nadine Sierra, Gaëlle Arquez

L'Elisir d'Amour (Gaetano Donizetti)
Du 02 novembre au 25 novembre (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Donato Renzetti, Mise en scène Laurent Pelly
Aleksandra Kurzak, Roberto Alagna, Mario Cassi, Ambrogio Maestri, Mélissa Petit

Capriccio (Richard Strauss)
Du 19 janvier au 14 février (9 représentations à l'opéra Garnier)

Direction musicale Ingo Metzmacher, Mise en scène Robert Carsen
Adrianne Pieczonka, Wolfgang Koch, Benjamin Bernheim, Lauri Vasar, Lars Woldt, Daniela Sindram, Chiara Skerath, Juan José De León, Graham Clark, Jérôme Varnier

Werther (Jules Massenet)
Du 20 janvier au 04 février (6 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Alain Lombard, Mise en scène Benoît Jacquot
Piotr Beczala, Stéphane Degout, Paul Gay, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, ElĪna Garanča, Elena Tsallagova, Arto Sarkissian, Gemma Nì Bhriain

Il Barbiere di Siviglia (Gioacchino Rossini)
Du 02 février au 04 mars (10 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Giacomo Sagripanti, Mise en scène Damiano Michieletto
Lawrence Brownlee, Nicola Alaimo, Pretty Yende, Alessio Arduini, Ildar Abdrazakov, Pietro Di Bianco, Anaïs Constans, Laurent Laberdesque

Der Rosenkavalier (Richard Strauss)
Du 09 mai au 31 mai (8 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Herbert Wernicke
Anja Harteros, Michaela Kaune, Peter Rose, Daniela Sindram, Martin Gantner, Erin Morley, Irmgard Vilsmaier, Dietmar Kerschbaum, Anna Lapkovskaja, Fabio Sartori, Jan Štáva, Charles Reid, Peter Galliard

La Traviata (Giuseppe Verdi)
Du 20 mai au 29 juin (13 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Michele Mariotti, Mise en scène Benoît Jacquot
Sonya Yoncheva, Maria Agresta, Antoinette Dennefeld, Elisabeth Moussous, Bryan Hymel, Abdellah Lasri, Željko Lučić, Simone Piazzola, Plácido Domingo, Julien Dran, Fabio Previati, Boris Grappe, Luc Bertin-Hugault

Diana Damrau (La Traviata - juin 2014)

Diana Damrau (La Traviata - juin 2014)

Aïda (Giuseppe Verdi)
Du 13 juin au 16 juillet (14 représentations à l'opéra Bastille)

Direction musicale Daniel Oren, Mise en scène Olivier Py
Orlin Anastassov, Anita Rachvelishvili, Daniela Barcellona, Sondra Radvanovsky, Liudmyla Monastyrska, Aleksandrs Antonenko, Fabio Sartori, Kwangchul Youn, George Gagnidze, Vitaliy Bilyy, Yu Shao, Ileana Montalbetti


Première impression sur cette saison 2015/2016

Chacun a pu entendre, ou du moins sentir, la clameur qui s’est élevée à l’annonce de la première saison Lissner.
Et chacun a pu noter, en premier lieu, le retour et l’arrivée de metteurs en scène internationaux négligés par le précédent directeur Nicolas Joel, qui avait privilégié des directeurs français dont les créations artistiques – hormis celles d’Olivier Py – ont été un enchaînement de catastrophes scéniques qui se poursuit actuellement avec la production de Zabou Breitman pour l’Enlèvement au Sérail au Palais Garnier.

De nouveaux grands chefs arrivent
, Ingo Metzmacher, Patrick Lange, et certains grands chanteurs font leur retour après plus de cinq ans d’absence - Anna Netrebko, Jonas Kaufmann, Placido Domingo, Elina Garanca, Sondra Radvanovsky…
Anja Harteros, Bryan Hymel, Olga Peretyatko et Barbara Hannigan feront également leurs débuts à l’Opéra National de Paris.

Barbara Hannigan (Donna Anna à la Monnaie de Bruxelles - décembre 2014)

Barbara Hannigan (Donna Anna à la Monnaie de Bruxelles - décembre 2014)

Et mis à part la présence de quatre Verdi au cours de la même saison (une première !), la diversité des compositeurs ne néglige ni le répertoire germanique, ni le répertoire du XXème siècle.

C’est plutôt la prédominance du répertoire XIXème siècle, la moindre importance du répertoire slave, et l’absence de création mondiale, qui distinguent cette première saison de l’esprit de Gerard Mortier.

Mais on sait que les créations commenceront la saison suivante, et que la ligne artistique se construit sur 6 ans.

Nous verrons également si il y aura une bonne alchimie, pour chaque spectacle, entre les chanteurs, les metteurs en scène, le chef d'orchestre et les musiciens.

Élément économique non négligeable, les tarifs augmentent très peu, et ne concernent que des changements de catégories dans les places à plus de 100 euros, avec même des déclassements au parterre de Garnier. Et les moins de 28 ans auront donc accès à 13 avant-premières, dont toutes les créations, pour 10 euros.

On sent aussi la volonté de séduire un très large public, ouvert, et une exigence tendue vers l’avenir, ce qui est, pour nombre d’amateurs d’opéra, une source d’exaltation et d'inspiration qui va durer, et on le souhaite tous, sur de longues années.

Stéphane Lissner

Stéphane Lissner

Vive Stéphane Lissner, son enthousiasme, sa détermination, son intelligence et sa générosité !

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Publié le 2 Février 2015

Idomeneo (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 01 février 2015
Opéra de Lille

Idomeneo Kresimir Spicer
Ilia Rosa Feola
Idamante Rachel Frenkel
Elettra Patrizia Ciofi
Arbace Edgaras Montvidas
Le Grand Prêtre Emilio Gonzalez Toro
La Voix de Neptune Bogdan Talos

L’enfant Ethanaël Secq
Danseur Yohann Baran
Un vieil Homme Raymond Bodart

Direction Musicale Emmanuelle Haïm
Le Concert d’Astrée choeur et orchestre
Mise en scène Jean-Yves Ruf

                                                                                         Sacrifice à Neptune


Depuis la fin du mois de janvier de cette année, deux villes françaises montent Idomeneo sur leur propre scène lyrique, suivant deux interprétations radicalement différentes.

Ainsi, après la version sombre et violente de Martin Kusej à l’Opéra National de Lyon, l’Opéra de Lille propose une version naïve et humaniste qui est plus à même de plaire à des spectateurs français. Ici, pas de réflexion sur la remise en question du pouvoir par le peuple, les personnages sont simplement ramenés à la nature essentielle de leurs liens. Et toutes les composantes de cette production sont pensées selon cet angle de vue.

Patrizia Ciofi (Elettra)

Patrizia Ciofi (Elettra)

Emmanuelle Haïm, en premier lieu, s’évertue à obtenir un rendu orchestral caressant, fait des textures ocre et boisées du Concert d’Astrée. Les cordes prédominent dans une tonalité continue et un peu austère, apparaissant comme le prolongement d’un univers baroque, plutôt que des conceptions dramatiques de la musique de Gluck. L’ouverture est d’une pompe majestueuse qui se révèle finalement trompeuse, car on ne retrouve pas cette impression dans la suite de la représentation.

Les voix, sans aucune exception, sont d’un grain homogène et harmonieux, en accord avec l’intériorité solennelle qui se dégage de ce spectacle.

Kresimir Spicer (Idomeneo) et Rosa Feola (Ilia)

Kresimir Spicer (Idomeneo) et Rosa Feola (Ilia)

Timbre quasi-solaire qui alterne atténuations subtiles et exagérations viriles, Kresimir Spicer suit une ligne théâtrale conventionnelle – mais le chanteur est encore jeune -, qui adoucit considérablement la psychologie du roi, et ne permet pas de faire ressentir les tourments d’Idomeneo. L’incarnation est encore trop gentille, mais l’air d’entrée est saisissant de présence.

Rachel Frenkel et Rosa Feola sont, elles, indissociables, car elles forment un couple original, juvénile, qui évolue entre Roméo et Juliette et Tamino et Pamina. La première est très légère, une adolescente, alors que la voix de la seconde est plus riche, une émission stable et digne, et un caractère écorché inhabituel dans ce rôle qui pourrait aussi avoir, à l’instar d’Elena Galistkaya sur la scène de l’Opéra de Lyon,  une véritable dimension tragique.

Sacrifice à Neptune

Sacrifice à Neptune

L’Arbace d’Edgaras Montvidas est impeccable de tenue, presque trop sérieux, nul doute qu’il pourrait traduire avec plus de pathétique son affectation pour le sort d’Idomeneo.

Dans le même esprit, le chœur chante tout en nuances, sans emphase, avec la même chaleur humaine.

Et il y a Patrizia Ciofi. Avec elle, Elettra prend une ampleur humaine hallucinée et miraculeuse. Elle est la seule à savoir entièrement diffracter l’arc des sentiments les plus contradictoires, à puiser en elle pour rendre entièrement un personnage qui sombre progressivement dans la folie, et à émouvoir avec cette voix d’animal blessé. A Lyon, Ilia était une impressionnante Cassandre, à Lille, Elettra est le cœur noir et sincère qui domine sur scène.

Tous ces artistes sont dirigés par Jean-Yves Ruf dans un univers dépouillé et éclairé sur un fond bleu de fosses abyssales, un minimum d’objets, un rideau de fibres qui, comme des barreaux souples et perméables, séparent intérieur et extérieur, et un très bel arbre d’automne aux couleurs de sang, qui sera l’évocation tristanesque des amours d’Ilia et Idamante.

Rachel Frenkel (Idamante) et Rosa Feola (Ilia)

Rachel Frenkel (Idamante) et Rosa Feola (Ilia)

Peu de prises de risques scéniques, donc, mais plusieurs images sacrificielles dont un magnifique jeune homme chorégraphiant les spasmes d’une victime perdant la vie en blanc sous les coulées de sang.

Le public accepte sans réserve la violence des images qui, plus ou moins inconsciemment, renvoient aux souffrances christiques – Arbace finit même par s’entailler, et Idamante porte sur le flanc une blessure rougeoyante –, alors qu’à Lyon, il rejette celles qui, barbares, montrent les conséquences de massacres de masse, bien que le texte les suggère pourtant clairement.

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Publié le 1 Février 2015

TV-Web Février 2015 Lyrique et Musique

Dimanche 01 février 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Carmen (part.1)
Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 01 février 2015 sur Arte à 16h00
Berlioz, Puccini, Chopin, Grieg
La Folle journée de Nantes

Lundi 02 février 2015 sur Arte à 01h00
Symphonie « Résurrection » Mahler
Röschmann, Young, Philh. De New York, dir. Gilbert.

Lundi 02 février 2015 sur France 3 à 20h50
Les 22ème victoires de la Musique

Mardi 03 février 2015 sur Arte à 02h00
Les Nibelungen (Histoire d’un film)

Jeudi 05 février 2015 sur France 3 à 00h00
Anna Karenine (Chedrin)
Lopatkina, Baranov, Ermakov, Ivanova, Bobovnikov, Dolmatova, Zyuzin, Gumerova.
Gergiev, dir. Musicale. Ratmansky, chorégraphie.

Vendredi 06 février 2015 sur France 2 à 00h20
Einstein on the Beach (Philip Glass)
Lucinda Childs Chorégraphie.
Ensemble Philip Glass, dir.Riesman. Wilson, m.s.

Dimanche 08 février 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Carmen (part.2)
Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 08 février 2015 sur Arte à 18h30
Joseph Calleja, hommage à Mario Lanza

Lundi 09 février 2015 sur Arte à 02h00
Découvrir un opéra, Telemaco (Gluck)

Mercredi 11 février 2015 sur France 3 à 00h00
La Création (Haydn)
Roos, Van Arsdale, Patzke.
Ballet, Chœur de l’Opéra national du Rhin, la Follia, Orch. De chambre d’Alsace, dir. Monteil.
Scholz, chorégraphie.

Vendredi 13 février 2015 sur France 2 à 00h30
The Perfect American (Philip Glass)
Teatro Real de Madrid, dir. Russel Davies. McDermott, m.s

Dimanche 15 février 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Carmen (part.3)
Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Mercredi 18 février 2015 sur France 3 à 00h30
Le Barbier de Séville (Rossini)
Barbera, Lepore, Deshayes, Jenis, Anastassov, Matos, Oncioiu, Prete.
Opéra National de Paris, dir. Montanaro.

Dimanche 22 février 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Carmen (part.4)
Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Mercredi 25 février 2015 sur France 3 à 23h50
Verdi, Berlioz.
West-Eastern Divan orchestra, dir. Barenboim.
Symphonie n°5 (Tchaikovski) et Concerto n°3 (Rachmaninov)
Matusev (piano). Capitole de Toulouse, dir. Sokhiev.

 

Web : Opéras en accès libre
Lien direct sur les titres et sur les vidéos

Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)
Joyce di Donato et David Zobel : Voyage à Venise – Live at Carnegie Hall
 
Otello (Orange) jusqu’au 05 février 2015
Le Chevalier à la Rose (Festival de Glyndebourne) jusqu’au 02 mars 2015
Il Mondo della Luna (Opéra de Montecarlo) jusqu’au 25 mars 2015
Gala du Tricentenaire de l’Opéra Comique jusqu’au 27 mars 2015
Le Barbier de Séville (Opéra Bastille) jusqu’au 30 mars 2015
Aïda (Opéra de Wallonie) jusqu’au 02 avril 2015
Figaro (Amel Festival Opera) jusqu’au 10/04/2015
Punch and Judy (Amel Opera Festival) jusqu’au 14/04/2015
Mitridate Re di Ponto (Amel Opera Festival) jusqu’au 16/04/2015
Castor & Pollux (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 avril 2015
Tosca (Opéra Bastille) jusqu’au 21 avril 2015
L’Enlèvement au Sérail (Opéra Garnier) jusqu’au 27 avril 2015
Doctor Atomic (Opéra de Strasbourg) jusqu’au 06 mai 2015
Dance – Lucinda Childs (Théâtre de la Ville) jusqu’au 06 mai 2015
Didon et Enée (Opéra de Rouen) jusqu’au 17 mai 2015
Moïse et Pharaon (Opéra de Marseille) jusqu’au 03 juin 2015
La Clémence de Titus (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 juin 2015
 
Luisa Miller (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 03 décembre 2015
Tosca (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 30 décembre 2015
I Capuleti e i Montecchi (La Fenice de Venise) jusqu’au 18 janvier 2016

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 29 Janvier 2015

Idomeneo (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 25 janvier 2015
Opéra National de Lyon

Idomeneo Lothar Odinius
Ilia Elena Galitskaya
Idamante Kate Aldrich
Elektra Ingela Brimberg
Arbace Julien Behr
Le Grand Prêtre Didier Roussel
La Voix de Neptune Lukas Jakobski

Direction Musicale Gérard Korsten
Mise en scène Martin Kusej (2014)

                                                                                                Kate Aldrich (Idamante) et Ingela Brimberg (Elektra)

Coproduction Royal Opera House Londres, Opéra des Flandres

Martin Kusej n’est pas n’importe quel metteur en scène. Sa vision de l’homme est féroce, car il sait que ce sont les épreuves de la vie qui révèlent le véritable visage de celui-ci.

Il est également un homme de théâtre qui traite le chœur comme un personnage à part entière, et le transforme en symbole d’une société dont il observe avec acuité le rapport aux événements, aux superstitions et au pouvoir.

Ainsi, dans sa production de Macbeth pour l’Opéra de Munich, arrive-t-il à montrer comment un peuple aveugle peut encenser ses nouveaux dirigeants, avant d’en devenir ses victimes.

Kate Aldrich (Idamante) et Elena Galitskaya (Ilia)

Kate Aldrich (Idamante) et Elena Galitskaya (Ilia)

Dès l’ouverture d’Idomeneo, dans un climat de tempête et de trombes d’eau, le chœur a de nouveau un rôle majeur. Il est autant le peuple Troyen échoué sur les bords d’un pays étranger, que les forces crétoises fascistes qui le martyrisent. Le monstre issu de la colère de Neptune devient alors le révélateur des peurs collectives.

L’image de ces gens brandissant un requin et agitant des petits poissons à offrir en sacrifice est bon enfant, mais lorsque le drame arrive, ces personnes en apparence inoffensives sont prises de panique et prennent haches et couteaux sans que l’on sache exactement vers qui leur violence va se retourner : le monstre responsable du massacre ? Idamante ? Son père peut-être ? Tout le monde est sur ses gardes.

Lothar Odinius (Idomeneo)

Lothar Odinius (Idomeneo)

La réaction de certains spectateurs face à une immense langue sanglante de vêtements et de chairs en lambeaux est assez étonnante, car Kusej ne fait que montrer ce que dit le texte : « Ah ! regarde ces rues noyées sous le sang ! ». Est-ce une méconnaissance du livret, ou alors un refoulement d’une image qui renvoie aux actes d’horreur qu’ont connu les New-Yorkais ou bien les Parisiens plus récemment ?

Il ressort en tout cas de ce travail le pressentiment que les démocraties peuvent très vite se retourner en dictatures militaires sous l’emprise de religieux dans un monde de plus en plus dangereux. Et, à la toute fin, le règne d’Idamante et Ilia débute mal.

Mais s’il y a bien une ligne directrice et cohérente qui augmente l’importance de certains personnages comme le Grand Prêtre qui apparaît sous la forme d’un rôle muet au premier acte, le metteur en scène délaisse les caractères, rend Idoménée, Elektra et Idamante monolithiques – les scènes de confrontations manquent d’intensité -, et ne réussit qu’à renforcer le rôle d’Ilia. Jamais n’est-elle parue aussi humaine et déterminante.

Elena Galitskaya (Ilia)

Elena Galitskaya (Ilia)

Car Elena Galitskaya est le véritable cœur saignant de la soirée, une voix dramatiquement romantique débordante de grâce mozartienne. Et l’harmonie entre cette délicatesse et la finesse des expressions fragiles tant de son regard que de ses bras si souples est d’une beauté extrêmement touchante.

A contrario, Kate Aldrich, en Idamante, n’utilise pas suffisamment son corps pour exprimer son intériorité, ce qui est dommage, car au cours de la représentation son chant prend une tonalité de plus en plus sombre et sensuelle sans qu’elle n’arrive à se sentir à l’aise avec le travestissement de son personnage. Même sentiment pour Ingela Brimberg dont les moyens impressionnants ne suffisent pas à traduire les failles d’Elektra et lui donner une épaisseur humaine en laquelle l’on puisse se refléter.

Kate Aldrich (Idamante)

Kate Aldrich (Idamante)

Et Lothar Odinius est certes un Idoménée théâtralement crédible, appuyé par une voix présente et lyrique, sans faille, qui ne traduit cependant pas toute la sensibilité musicale que ce rôle peut offrir.

Les chœurs sont très bons, une force vitale déterminée et tragique, et la direction de Gérard Korsten redéploie les lignes mozartiennes pour leur donner une ampleur inhabituelle, séduisante autant que prenante. L’orchestre de l’Opéra de Lyon est entraîné dans un magnifique continuum marin, comme s’il était la mer baignant le drame.

La transparence des sonorités, la grâce avec laquelle les cordes s’effacent en douceur pour laisser les notes scintillantes du clavecin prolonger le mouvement musical, sont impressionnantes de bout en bout, même si l’on a bien conscience que cette noirceur est une beauté en soi qui se détache du pathétisme des caractères humains.

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Publié le 26 Janvier 2015

Il Re Pastore (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 24 janvier 2015
Théâtre du Châtelet

Alexandre Rainer Trost
Aminta Soraya Mafi
Elisa Raquel Camarinha
Tamiri Marie-Sophie Pollak
Agenore Krystian Adam

Mise en scène Olivier Fredj
Mise en scène et scénographie Nicolas Buffe

Direction Musicale Jean-Christophe Spinosi
Ensemble Matheus                                                                     
Rainer Trost (Alexandre)

Si l’interprétation d’Il Re Pastore représentée sur la scène du Théâtre du Châtelet est une réussite, elle le doit principalement à ses qualités musicales, aussi inventive que soit la mise en scène.
A l’origine, cette sérénade est un oratorio écrit sur commande pour la venue de l’Archiduc Maximilien François Xavier d’Autriche à Salzbourg. Mozart a alors 19 ans, et les sentiments tendres de sa jeunesse irriguent l’intégralité de la partition.

Soraya Mafi (Aminta)

Soraya Mafi (Aminta)

Or, la distribution réunie ce soir porte en elle le charme de cette enfance rêveuse, totalement incarnée par l’Aminta de Soraya Mafi. Constance d’une voix aérienne et immatérielle, évocation de l’innocence, elle fait vibrer notre joie de vivre. Et sous un unique faisceau de lumière, dos en appui sur les dorures du cadre de scène, elle soupire l’air le plus connu de l’œuvre, L’amero, saro constante. Une telle pureté de sentiment ne peut que toucher la sensibilité de nombre d’auditeurs.

Soraya Mafi (Aminta)

Soraya Mafi (Aminta)

Sa compagne, Raquel Camarinha, dans le rôle d’Elise, n’obtient pas la même finesse de timbre, mais elle a une fraicheur mozartienne qui s’allie joliment avec elle dans les nombreux duos qui les réunissent.

Plus complexe et non dénué d’ambigüités, le chant de Marie-Sophie Pollak dévoue également au personnage de Tamiri, celle dont la mission est de sauver sa peau, les traits d’une personnalité qui annonce la future Zerline de Don Giovanni.

Et des deux partenaires masculins, Krystian Adam est celui qui révèle le plus de délicatesse, dédiant ainsi à Agenore une stature humaine que l’on ne retrouve pas en l’Alexandre magnanime de Rainer Trost, faute de relief saisissant.

Marie-Sophie Pollak (Tamiri) et Krystian Adam (Agenore)

Marie-Sophie Pollak (Tamiri) et Krystian Adam (Agenore)

Mais à l’unisson de ces voix homogènes, l’Ensemble Matheus fluidifie avec une verve élégante les lignes musicales rougies par les sonorités superbement fusionnées des cuivres et des cordes. On pourrait même regretter que Jean-Christophe Spinosi n’ait pas cherché à réorchestrer la partition afin de lui rendre un modelé plus dramatique et une plus grande consistance. Cette délicatesse évanescente n’en est pas moins grisante.

La mise en scène d’Olivier Fredj et Nicolas Buffe, elle, projette cet épisode imaginaire du début des conquêtes d’Alexandre Le Grand dans les temps des voyages interstellaires, et vers ces années où les séries d’animations japonaises envahissaient les écrans des télévisions de Golgoths, de space opéras et de héros d’honneur.

Il Re Pastore (S.Mafi-R.Trost-N.Buffe-J.C-Spinosi) Châtelet

L’univers numérique recréé est captivant et s’adresse à plusieurs générations de spectateurs. Planètes multicolores, nuages apocalyptiques et angoissants, cartes d’identités 3D décrivant avec humour chaque protagoniste, voitures Twizy futuristes, traits visuels et sonores fuyants, cette profusion d’images est en mouvement permanent. Des acrobates miment aussi la gestuelle ridicule des personnages de mangas.
On pourrait s’attendre à un effet de saturation, pourtant, la musique et le chant restent au cœur de ce spectacle qui a tout pour faire se rencontrer l’adolescence de Mozart et l’enfance d’aujourd’hui.

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Publié le 23 Janvier 2015

Ariane à Naxos (Richard Strauss)
Représentation du 22 janvier 2015
Opéra Bastille

Le Majordome Franz Grundherer
Le Maître de musique Martin Ganther
Le Compositeur Sophie Koch
Le Ténor (Bacchus) Klaus Florian Vogt
Un Maître à danser Dietmar Kerschbaum
Zerbinette Elena Mosuc
La Primadonna (Ariane) Karita Mattila
Arlequin Edwin Crossley-Mercer
Naïade Olga Seliverstova
Driade Agata Schmidt
Echo Ruzan Mantashyan

Direction Musicale Michael Schonwandt                       Karita Mattila (Ariane)
Mise en scène Laurent Pelly (2003)

Souvenir des années fastes du second mandat d’Hugues Gall, directeur de l’Opéra National de Paris entre 1995 et 2004, la nouvelle production d’Ariane à Naxos dans la mise en scène de Laurent Pelly était d’un bel éclat musical quand les voix de Natalie Dessay, Sophie Koch et Stéphane Degout émerveillaient l’opéra Garnier.

Les temps sont un peu plus difficiles aujourd’hui, et le spectacle s’est déplacé à Bastille, mais la perspective de l’annonce prochaine de la première saison de Stéphane Lissner réchauffe le cœur, d’autant plus que la première représentation de cette reprise est d’une beauté orchestrale et vocale qui nous conforte dans notre sensibilité à une forme artistique qui nous dépasse.

Elena Mosuc (Zerbinette)

Elena Mosuc (Zerbinette)

On se souvient de la finesse avec laquelle Michael Schonwandt avait dirigé Lulu à l’automne 2011, lissant légèrement les sonorités dissonantes de la partition, il ne s’écarte pas plus de cette ligne chatoyante pour la musique d’Ariane à Naxos.
Ses talents de symphoniste devraient beaucoup plaire à Philippe Jordan, car le chef danois – il sera le nouveau directeur musical de l’opéra de Montpellier à la fin de l’été prochain - emplit la fosse d’un déploiement riche et chaleureux de cordes entremêlées d’étincelles et de sonorités chantantes. Le final du premier acte entre Zerbinette et le Compositeur prend même une profondeur poétique qui annonce le lyrisme pathétique de la seconde partie.

Karita Mattila (Ariane)

Karita Mattila (Ariane)

Cette volonté de lier par une même onde subliminale la vitalité musicale de l’actrice et le fleuve de désespérance d’Ariane se retrouve aussi dans la similarité des voix des deux chanteuses, Elena Mosuc et Karita Mattila. Car la soprano roumaine n’a pas uniquement de l’aisance dans les coloratures propres à son rôle ; elle a une voix profondément lyrique qui lui donne une épaisseur de caractère supplémentaire. Le contraste avec les lamentations de la princesse s’atténue donc sensiblement.

Mais la soprano finlandaise n’a, elle, rien perdu de son expressivité dramatique si touchante par la colère intérieure qu’elle révèle. Son chant est d’une beauté nocturne qui ne trahit aucune faille même dans la tessiture aiguë, et ce n’est qu’émerveillement sous ce charme de velours ample et envoutant. Avec, de plus, l’émotion à l’écoute d’une voix qui défie la vie et le passage du temps.

Karita Mattila (Ariane)

Karita Mattila (Ariane)

Ensuite, uniquement dans le prologue, nous retrouvons les deux chanteurs qui étaient sur scène dès la création de la production à Garnier, Martin Ganther, en maître de musique, et Sophie Koch, en compositeur.
Le premier, toujours aussi impressionnant de présence, est un baryton au chant de charme, très agréable à écouter, comme si sa tessiture se diluait dans l’atmosphère.
La seconde, qui fut sur cette même scène Fricka et Vénus, est confondante par son apparence masculine jeune et fine. Son incarnation brille d’impétuosité et de vitalité, et sa voix dirigée bien frontalement révèle uniquement des graves plus intimes.

Klaus Florian Vogt (Bacchus)

Klaus Florian Vogt (Bacchus)

Et comme il s’agit d’une soirée faite pour réunir des stars, Klaus Florian Vogt – qui surgit du devant de la scène pour révéler la vision de Bacchus à Ariane – est un véritable dieu dans ce rôle à sa mesure. Il n’est pas fait pour la comédie de boulevard, mais dès qu’il s’agit d’incarner un personnage à l’apparence de surhomme mais avec un cœur bien humain, la clarté et l’éloquence de sa voix, à la fois céleste et terrestre, est un éblouissement de l’âme.

Les trois nymphes, Olga Seliverstova, Agata Schmidt et Ruzan Mantashyan, composent avec bonheur un superbe ensemble enchanteur.

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