Publié le 19 Février 2017

Prince Igor (Alexander Borodin)
Représentation du 17 février 2017
De Nationale Opera – Amsterdam

Prince Igor Ildar Abdrazakov
Yaroslavna Oksana Dyka
Prince Galitsky et Khan Konchak Dmitri Ulyanov
Konchalovna Agunda Kulaeva
Vladimir Igoryevich Pavel Černoch
Ovlur Vasily Efimov
Skula Vladimir Ognovenko
Yerosha Andrei Popov
Yaroslavna’s Nanny Marieke Reuten
A Polovtsian Maiden Adèle Charvet

Direction musicale Stanislav Kochanovsky
Mise en scène Dmitri Tcherniakov (2014)
Chorégraphie Itzik Galili
Rotterdams Philharmonisch Orkest
Chœur De Nationale Opera – Ching-Lien Wu

Coproduction New York Metropolitan Opera                          Oksana Dyka (Yaroslavna)

Il y a exactement cinq ans, l’opéra d’Amsterdam accueillit la fantastique production de Dmitri Tcherniakov pour porter sur scène l’ouvrage que Nikolaï Rimski-Korsakov considérait comme son testament musical - sans se douter qu’il composerait plus tard Le Coq d’Or -, La Légende de la ville invisible de Kitège et de la vierge Fevronia.

Le metteur en scène russe, loin de vouloir faire revivre un univers médiéval, décrivit une vision futuriste d’une grande ville décadente, livrée aux bandes de pillards et totalement coupée de la vie des villages forestiers restés liés, eux, à leur environnement naturel.

Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Deux ans après, c’est dans le même esprit, brillant et audacieux, qu’il prit à bras le corps un autre monument de l’opéra russe, Le Prince Igor, pour lui donner une portée contemporaine aussi forte.  Le New York Metropolitan Opera eut la primeur de ce travail que reprend aujourd’hui De Nationale Opera.

L’unique opéra d’Alexander Borodine, achevé par Rimski-Korsakov et Glazounov, s’inspire des évènements décrits dans le poème médiéval Le dit de la campagne d’Igor. Cette œuvre relate la lutte entre les jeunes états russes chrétiens et les tribus eurasiennes de Coumans, les Polovtsiens, qui percèrent jusqu’en Europe avant les conquêtes mongoles.

Prologue - cour du palais de la ville de Poutivl

Prologue - cour du palais de la ville de Poutivl

Ces nomades étaient païens – et non musulmans comme certains esprits aimeraient le croire -, ce qui fait de ce chef-d’œuvre une ode à la religion orthodoxe, rempart contre la dureté du climat et les invasions venant de l’est comme de l’ouest, Allemands, Polonais et Suédois compris.

Ce n’est pourtant pas cette dimension conceptuelle qui intéresse Dmitri Tcherniakov, mais plutôt le thème de la passion humaine pour la guerre, comme la manifeste ici le Prince.

La scénographie s’ouvre ainsi sur un décor de citadelle qui aligne nombre de portes, surmontées de balcons, où se recueille le peuple, et d’ouvertures par lesquelles pénètre la lumière extérieure.

Dmitri Ulyanov (Prince Galitsky)

Dmitri Ulyanov (Prince Galitsky)

Les costumes des hommes et des femmes évoquent la Russie aristocratique de la fin du XIXe siècle, si bien que l’on pourrait tout à fait rapprocher la destinée d’Igor et son fils, Vladimir, de celle de l’Empereur Nicholas II qui combattit les Allemands sur le front en 1915.

Les images grimaçantes en noir et blanc des visages des combattants qu’insère Tcherniakov à la fin du prologue lui permettent d’enchaîner directement avec la défaite du Prince Igor, et de poursuivre un passionnant montage qui inverse les traditionnels actes I et II, et mixe également les scènes afin d’aboutir au meurtre confus de Galitsky, un déroulement d’une force dramaturgique stupéfiante.

Pavel Černoch (Vladimir Igoryevich)

Pavel Černoch (Vladimir Igoryevich)

L’acte I immerge ainsi le spectateur dans un univers paradisiaque, fond de ciel bleu-azur, tapis de fleurs rouges, dont l’onirisme est renforcé par un fin voile ouateux. 

La voix claire et entêtante d’Adèle Chauvet, discrètement en retrait à droite de la scène, chante l’attente des caresses à la tombée du jour, puis, celle chaude et généreuse d’Agunda Kulaeva fait surgir le souvenir imaginaire d’une femme perdue, en même temps que la femme d’Igor, Yaroslavna, apparaît à son regard. 

Cette très belle image est cependant ambiguë, car on pourrait y voir le Prince pensant à sa première épouse, impression qui s’estompe, par la suite, à l’arrivée de Pavel Černoch, au beau timbre d’amande, qui incarne un Vladimir tendre dans les bras de Konchalovna.

Et l’acte baigne ainsi entièrement dans un esprit de réconciliation et de nostalgie. Les danses polovtsiennes deviennent alors un ballet de l’Eden, magnifié par les corps gracieux et chargés de désirs de jeunes hommes et jeunes femmes nageant dans les fleurs des steppes.

Oksana Dyka (Yaroslavna)

Oksana Dyka (Yaroslavna)

L’acte II, lui, débute par la seconde scène originelle (de l’acte I).

Oksana Dyka, vêtue d’une fière robe grenat, superbe Chimène, paraît seule mais déterminée au milieu de la cour du palais. Artiste clivante, elle l’est, car si on peut lui reprocher certaines sonorités aigües pincées, la personnalité qu’elle dépeint est forte et passionnée. Elle est de plus une très belle femme au regard mystique. Vocalement, elle possède un souffle phénoménal qui lui permet de filer des lignes infinies, et le médium de son timbre exprime vaillamment de profonds élans de noble mélancolie.

L’arrivée des Boyards, ses conseillers, est l'un des grands moments impressifs de cet opéra, car le chœur masculin use alors de ses graves sinistres et intrigants pour annoncer à la princesse la défaite d’Igor.  De bout en bout, les chanteurs du Chœur d’Amsterdam, dirigés par Ching-Lien Wu, font entendre des sonorités harmonieusement détaillées, fluides et colorées de grâce, une merveille dans ce répertoire slave.

Danses Polovtsiennes

Danses Polovtsiennes

Et alors que les hommes de Yaroslavna étaient vêtus de costumes vert de gris parés de palmes dorées, l’armée de Galitski est représentée comme une réplique de l’Armée rouge, en bleu et rouge.

Dmitri Ulyanov, qui interprète à la fois le rôle du successeur temporaire d’Igor et le Khan Konchak, dévoile un caractère burlesque et léger, tout en chantant d’une voix bien timbrée et ironiquement sombre, ce qui lui permet à la fois de paraître un beau-frère sans dimension impériale, et un chef polovtsien magnanime.

Le croisement intelligent des scènes de l’acte II rend alors possible de donner un sens à sa présence en le faisant disparaître dans la panique spectaculaire créée par l’arrivée de l’ennemi, au point de suggérer que Yaroslavna est le commanditaire insoupçonné de son meurtre. Les nombreuses portes permettent le soudain surgissement du choeur.

Une façon géniale d’ajouter une atmosphère de complot à cette scène qui s’achève par l’effondrement du palais.

Oksana Dyka (Yaroslavna) et Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Oksana Dyka (Yaroslavna) et Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Tout au long de cet acte, on admire également les chorégraphies entraînantes des chœurs, que l’on voit même entamer une danse bien rythmée, païenne aurait-on envie de dire, les poings levés au ciel, autour de Galitski. Un éblouissement gai et jouissif.

Le dernier acte, qui repose sur l’acte IV initial interpénétré, comme en un songe marqué par les changements de luminosité, par des saynètes de l’acte III, décrit enfin un monde en recherche de rédemption, une résonance salutaire qui fait écho au Parsifal de Richard Wagner (sur le thème de la chute d’un monde et de sa reconstruction).

Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Le décor est délabré, déprimant, et des filets d’eau chutent depuis le toit du palais. Tous sont recouverts de haillons, et chacun, Skula (Vladimir Ognovenko) et Yerosha (Andrei Popov) y compris, tire leçon de cette épopée destructrice.

La confusion est telle que l’on distingue à peine les chanteurs principaux du reste du peuple. Le spectateur se retrouve face à un amas de pierres et d’humains indistincts.

Dans une recherche d’effets véristes, s'entend ainsi la nourrice pleurer à voix déchirée, et l'attente désespérée d’une déité qui ne survient pas.

Adèle Charvet (A Polovtsian Maiden)

Adèle Charvet (A Polovtsian Maiden)

Ildar Abdrazakov aura été tout au long de cette épopée un prince fraternel, humain, au chant mature et d’une belle compacité sans aucune inflexion disgracieuse. L’acteur est séduisant, sympathique, avec quelque chose de presque trop sage dans l’intention, il ne peut donc qu'être touchant dans l’acte des réminiscences sur le champ de bataille.

Quant à la direction fine et splendide du jeune chef russe Stanislav Kochanovsky, elle allie joliment les timbres des cuivres, des bois et des vents, fluidifie les lignes et dégage une poésie qui ne vient jamais s’imposer au drame, sinon l’encenser de façon subliminale.

Oksana Dyka (Yaroslavna) et Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Oksana Dyka (Yaroslavna) et Ildar Abdrazakov (Le Prince Igor)

Sans volonté d’effets tonitruants, même dans les danses, et associés à des chanteurs tous excellents, les musiciens peuvent être heureux d’avoir fait de ce spectacle une référence artistique qui compte dans l’histoire du Nationale Opera et du répertoire russe.

Il semble, pour le moment, que ce ne soit pas cette version du Prince Igor qui sera portée sur la scène de l’opéra Bastille au cours de la saison 2019/2020. La barre est donc déjà très élevée pour l’Opéra National de Paris. A bon entendeur…

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Publié le 5 Février 2017

Mise à jour mars 2017

Krzysztof Warlikowski : Commandeur des Arts et des Lettres
Discours à l’occasion de la remise des insignes de Commandeur des Arts et des Lettres


Lundi 18 mars 2013, lors d’une réception organisée en son honneur à la Résidence de France à Varsovie, le metteur en scène de théâtre et d'opéra Krzysztof Warlikowski a reçu de la part de l’Ambassadeur de France les insignes de Commandeurs des Arts et des Lettres.

Né à Szczecin, c’est en Pologne qu’a démarré le parcours artistique de Krzysztof Warlikowski, pour se poursuivre à travers toute l’Europe jusqu’en Israël. Il appartient à cette génération d’Europe de l’Est qui s’est ouverte au monde après la chute du mur de Berlin, afin d’irriguer la culture académique occidentale d’une nouvelle forme d’expression plus proche, viscéralement, du cœur de la vie.

En France, c’est par le biais du Festival d’Avignon qu’il s’est fait connaitre – avec Hamlet d’abord, puis avec ses autres pièces, Purifiés (Sarah Kane), Le Songe d’une nuit d’été (Shakespeare), le Dibbouk (Shalom Anski et Hanna Krall), Krum (Hanokh Levin) et Angels in America (Tony Kushner).

Krzysztof Warlikowski est non seulement un artiste qui porte un regard profond sur les textes, y compris ceux des livrets d’opéras, qu’il met en scène, mais aussi une personnalité entière et géniale qui réalise un travail de stylisation et d’expression lucide sur la condition humaine dont il tire une force extraordinaire à partir de ses propres tensions internes. Il est également quelqu'un qui, par la vitalité de son discours, nous permet de sortir des rapports humains artificiels que nous connaissons dans la vie, alors que, pourtant, nous sommes dans l'illusion du théâtre. C’est du moins la vision personnelle que j’ai de cet homme.

Et depuis le jeudi 14 avril 2016, sa troupe, le Nowy Teatr, dispose d'un nouveau lieu d'accueil dans un ancien bâtiment industriel, construit en 1927, d'un des rares quartiers de Varsovie à ne pas avoir été rasé par les bombardements pendant la guerre, le quartier de Mokotow.

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     Ewa Dalkowska et Krzysztof Warlikowski

 

Avant de reproduire, ci-dessous, le discours de l’Ambassadeur, un petit rappel de tous les ouvrages qu’il a traduit sur scène depuis 2006, lorsque Gerard Mortier, ancien directeur de l’Opéra National de Paris, le fit découvrir au public parisien, permet de prendre la mesure de ce qu’il a réalisé ces dix dernières années, même si son travail artistique s'exprime depuis plus de vingt ans. Sont ensuite évoqués les projets à venir.

Iphigénie en Tauride (Christoph Willibald Gluck) Palais Garnier (Paris) Juin 2006 & Juin 2008
L'Affaire Makropoulos (Leos Janacek) Opéra Bastille (Paris) Mai 2007 & Mai 2009
Krum (Hanokh Levin) Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Décembre 2007
Parsifal* (Richard Wagner) Opéra Bastille (Paris) Mars 2008
Angels in America (Tony Kushner) Théâtre du Rond Point (Paris) Mai 2008
Le Roi Roger (Karol Szymanowski) Opéra Bastille (Paris) Juin 2009
(A)pollonia (Hannah Krall-J.M Coetzee) Théâtre National de Chaillot (Paris) Novembre 2009
« Un Tramway » nommé désir (T.Williams) Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Février 2010
Macbeth (Giuseppe Verdi) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Juin 2010
The Rake's progress (Igor Stravinsky) Staatsoper im Schiller Theater (Berlin) Décembre 2010
La Fin. Koniec (B-M. Koltès-F.Kafka,J.M Coetzee) Odéon Théâtre de L'Europe (Paris) Février 2011
Médée (Luigi Cherubini) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Avril 2008 & Septembre 2011
Contes Africains (d’après Shakespeare) Théâtre National de Chaillot (Paris) Mars 2012
Eugène Onéguine (Piotr Ilitch Tchaïkovski) Bayerische Staatsoper (Munich) Juillet 2008 & Mars 2012
Poppea e Nerone (Claudio Monteverdi-Orch Boesmans) Teatro Real (Madrid) Juin 2012
Lulu (Alban Berg) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Octobre 2012
Kabaret (John Fosse) Festival d’Avignon Juillet 2013 et Palais Chaillot (Paris) Février 2014
L'Affaire Makropoulos (Leos Janacek) Opéra Bastille (Paris) Reprise Septembre 2013
Die Frau Ohne Schatten (Richard Strauss) Bayerische Staatsoper (Munich) Novembre 2013
Alceste (Christoph Willibald Gluck) Teatro Real (Madrid) Mars 2014
Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart) Théâtre de la Monnaie (Bruxelles) Décembre 2014

Die Franzosen (The French) (Marcel Proust) RuhrTriennale (Gladbec) Août 2015
Le Château de Barbe Bleue (Bartok) / La Voix Humaine (Poulenc) Opéra Garnier (Paris) Novembre 2015
Phèdre(s) (W.Mouawad - S.Kane) Odéon-Théâtre de l'Europe avec Isabelle Huppert mars/mai 2016
Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Haendel)  Festival d'Aix en Provence Juillet 2016
Die Franzosen (The French) (Marcel Proust) Théâtre Chaillot (Paris) Reprise Novembre 2016
Iphigénie en Tauride (Christoph Willibald Gluck) Palais Garnier (Paris) Reprise Décembre 2016
Wozzeck (Alban Berg)  Dutch National Opera (Amsterdam) Mars 2017

* La production de Parsifal a été détruite sous la direction de Nicolas Joel, directeur de l'Opéra National de Paris de 2009 à 2014.


Parsifal_Acte2_02b.jpg     Waltraud Meier (Kundry) dans Parsifal en mars 2008

 

Alors que les saisons 2017/2018 se dévoilent petit à petit, ses futurs projets commencent à être bien connus :

Die Gezeichneten - Les Stigmatisés (Franz Schreker)  Bayerishe Staatsoper (Munich) Juillet 2017

Die Frau Ohne Schatten (Richard Strauss) Bayerische Staatsoper (Munich) Reprise Juillet 2017

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy) RuhrTriennale (Bochum) Août 2017

Don Carlos (Giuseppe Verdi) Opéra Bastille (Paris) octobre 2017

Le Château de Barbe Bleue (Bartok) / La Voix Humaine (Poulenc) Opéra Garnier (Paris) Reprise mars 2018

De la Maison des Morts (From the House of the Dead) (Janacek) Royal Opera House Londres mars 2018

Don Carlo (Giuseppe Verdi) Opéra Bastille (Paris) 2018/2019 (reprise en italien)

AMakropoulos05b.jpg  Angela Denoke (Emilia Marty) dans l'Affaire Makropoulos en mai 2009
 

 

 

 

Discours à l’occasion de la remise
des insignes de Commandeur des Arts et des Lettres
à M. Krzysztof Warlikowski
(lundi 18 mars 2013)



Monsieur le ministre,
Messieurs les députés,
Messieurs les sénateurs,
Mesdames et messieurs, chers amis,
Cher Krzysztof Warlikowski,

J’ai le grand plaisir de vous accueillir ce soir dans la résidence de France, face à cet auditoire nombreux d’amis et d’admirateurs, pour vous remettre les insignes de commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Cet ordre est l’un des quatre ordres ministériels de la République française et en conséquence l’une de ses principales distinctions honorifiques, par laquelle le Ministre de la Culture honore celles et ceux qui se sont illustrés, soit par leurs contributions au patrimoine mondial dans le domaine artistique ou littéraire, soit par la contribution qu’ils ont apportée au rayonnement de la culture française dans le monde.

Krzysztof Warlikowski, vous êtes l’un des plus grands metteurs en scène de théâtre, un metteur en scène dont la notoriété dépasse les frontières de la Pologne et de l’Europe. Vous êtes aussi, de par votre carrière internationale, un représentant de l’Europe de la culture d’aujourd’hui, plurilingue et pluriculturelle, authentiquement polonaise et authentiquement universelle.

Permettez-moi de revenir sur quelques traits marquants de votre vie et de votre carrière. Je ne m’aventurerai pas, en effet, à en faire un tableau exhaustif tant elle a été jusqu’à ce jour extraordinairement riche et diversifiée.

Vous avez fait des études d’histoire, de philosophie et de philologie romane à l’Université Jagellonne de Cracovie. Vous avez également étudié pendant une année l’histoire du théâtre à l’École Pratique des Hautes Études de la Sorbonne. Vous avez commencé l’étude de la mise en scène à l’Académie du Théâtre de Cracovie où vous avez signé vos premiers spectacles, Nuits blanches de Dostoïevski et L’Aveuglement d’Elias Canetti.

Votre curiosité et votre soif de nouvelles formes d’expression théâtrale vous ont amené ensuite à travailler avec les plus grands noms de la scène européenne. Vous avez été l’assistant de Peter Brook sur le spectacle Impressions de Pelleas, présenté aux Bouffes du Nord à Paris, et dans le cadre d’un atelier organisé par les Wiener Festwochen en Autriche. Vous avez aussi collaboré à la mise en scène par Krystian Lupa de l’œuvre de Rainer Maria Rilke, Malte, au Stary Teatr de Cracovie. Giorgio Strehler vous a également accompagné dans l’adaptation pour la scène d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust au théâtre Schauspiel de Bonn.

Votre passion pour William Shakespeare transparaît dans la liste des très nombreuses mises en scène que vous avez faites de ses œuvres majeures : Le Marchand de Venise, Le Conte d’hiver, Hamlet, La Mégère apprivoisée, La Nuit des rois, La Tempête... À côté des grands classiques tels Sophocle et Euripide, vous avez également mis en scène des textes d’auteurs contemporains : je ne citerai que deux d’entre eux, Bernard-Marie Koltès et Sarah Kane.

Votre carrière internationale vous a amené, vous et votre fidèle troupe d’actrices et d’acteurs dont le talent ne laisse de faire l’admiration des critiques et des publics, aux Bouffes du Nord, au Piccolo Teatro, au Kammerspiele de Hambourg et au Staatstheater de Stuttgart, à Zagreb en Croatie et jusqu’en Israël. Mais elle ne vous a jamais éloigné de la Pologne, où vous avez travaillé et continuez à travailler, parcourant le pays pour y monter vos spectacles. Les publics de Cracovie, Poznań, Toruń, Varsovie, Radom, Wrocław, pour ne citer que ces villes, vous accueillent toujours avec curiosité et passion.

J’ajouterai que vous avez été l’hôte de plusieurs éditions du Festival d’Avignon, lors desquelles vous avez proposé Hamlet, Kroum et bien sûr (A)pollonia, qu’une critique française décrivait en ces termes : « un long fleuve impétueux charriant des matériaux disparates et grondant de bruits et de fureur, flot fascinant qui brasse émotions et savoirs, matière en fusion comme sortie d’un volcan en violente éruption et qui crache les pensées comme les sentiments, les faits établis comme les analyses rigoureuses, les vérités de fantaisie comme les actes de l’histoire. »

Je voudrais encore citer votre adaptation très personnelle et remarquée de Tennessee Williams avec votre mise en scène à l’Odéon de Paris il y a trois ans d’Un Tramway, dont le rôle principal était joué par une actrice française que nous admirons tous – et qui vous admire, Isabelle Huppert.

Le théâtre ne suffisant pas à votre soif de création et de découvertes, vous vous aventurez, depuis plusieurs années, dans la mise en scène d’œuvres d’opéra, le Don Carlos de Verdi ou encore l’Ubu Roi de Penderecki

Vous êtres directeur artistique du Nowy Teatr de Varsovie depuis 2008. Ce ne sera un étonnement pour personne d’apprendre que vous vous êtes déjà attelé à un nouveau défi, la mise en scène d’un spectacle intitulé Kabaret, dont la première en Pologne est prévue en juin prochain et qui sera ensuite présenté au festival d’Avignon.

Mon très cher Krzysztof, toutes ces mises en scènes, dans lesquelles vous tentez d’explorer et de mettre au jour les méandres de l’âme humaine, sont le reflet d’une étonnante capacité de travail et de création qui, je dois l’avouer, ne laisse pas de susciter un profond sentiment d’admiration.

Pour votre apport insigne à la culture universelle, mais aussi en hommage à l’attachement indéfectible que vous vouez à la France, à notre culture et à notre langue, le gouvernement de la République française a décidé de vous nommer commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Krzysztof Warlikowski, au nom du ministre de la Culture, je vous fais commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres.
 
Le discours sur le site de l'Ambassade de France

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Publié le 3 Février 2017

TV-Web Février 2017 - Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 05 février 2017 sur Arte à 17h30
Ravel, Prokofiev, Dvorak - dm Poga - Folles journées de Nantes

Lundi 06 février 2017 sur Arte à 01h30
Le Sacre du Printemps pour deux pianos (Stravinsky) - Kadouch, Laloum

Lundi 06 février 2017 sur Arte à 02h35
Les Quatre saisons (Vivaldi) - Max Richter

Vendredi 10 février 2017 sur France 2 à 00h00
Il Mondo de la Luna (Haydn) - dm Rhorer - ms Sagi

Do, Bridelli, Candia, Le Corre

Samedi 11 février 2017 sur France 3 à 00h30
Dona Francisquita (Vives) - dm Caballé Domenech - ms Sagi

Melian, Mouriz Aurora, Prieto, Alvarez

Dimanche 12 février 2017 sur arte à 23h30
Dans le ventre de Notre-Dame - Documentaire sur le grand orgue

Dimanche 19 février 2017 sur France 3 à 00h30
La Damnation de Faust (Berlioz) - dm Jordan - ms Hermanis

Kaufmann, Koch, Terfel

Dimanche 19 février 2017 sur Arte à 18h30
Jonas Kaufmann chante le Berlin des années 1930

Dimanche 26 février 2017 sur Arte à 18h20
L'orchestre du festival de Dresde joue Robert Schumann

Lundi 27 février 2017 sur Arte à 00h15
Le Coq d'Or (Rimski-Korsakov) - dm Altinoglu - ms Pelly

Hunka, Dolgov, Vassiliev, Zwierko


Mezzo et Mezzo HD

Mercredi 01 février 2017 sur Mezzo à 20h30
Les Troyens de Berlioz au Royal Opera House

Vendredi 03 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Valery Gergiev dirige Samson et Dalila de Saint-Saëns

Samedi 04 février 2017 sur Mezzo à 20h30
Macbeth de Verdi au Royal Opera House de Londres

Dimanche 05 février 2017 sur Mezzo HD à 22h15
Les Indes Galantes de Rameau par Christophe Rousset

Mercredi 08 février 2017 sur Mezzo à 20h30
Agrippina de Haendel au Theater an der Wien

Vendredi 10 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Dardanus de Rameau au Grand-Théâtre de Bordeaux

Samedi 11 février 2017 sur Mezzo à 20h30
Nixon In China de John Adams au Théâtre du Châtelet de Paris

Dimanche 12 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky

Mercredi 15 février 2017 sur Mezzo à 20h30
La Cenerentola de Rossini à l'Opéra de Rennes

Vendredi 17 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Samedi 18 février 2017 sur Mezzo à 20h30
L'Etoile de Chabrier à Amsterdam

Dimanche 19 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Les Indes Galantes de Rameau par Christophe Rousset

Mercredi 22 février 2017 sur Mezzo à 20h30
L'Heure Espagnole de Ravel au Festival de Glyndebourne
L'Enfant et les Sortilèges de Ravel au Festival de Glyndebourne
Sancta Susanna d'Hindemith à l'Opéra de Lyon

Vendredi 24 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Dardanus de Rameau au Grand-Théâtre de Bordeaux

Samedi 25 février 2017 sur Mezzo à 20h30
Hamlet de Thomas dirigé par Marc Minkowski à la Monnaie de Bruxelles

Dimanche 26 février 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Dardanus de Rameau au Grand-Théâtre de Bordeaux

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Concert Arte

Macbeth (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

La Flûte Enchantée (Académie du Teatro alla Scala)

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

Samson et Dalila (Opéra National de Paris)

Norma (Teatro Real de Madrid) - ms Davide Livermore

Manon (Grand Théâtre de Genève) - ms Olivier Py

Mefistofele (Festival de Baden Baden) - ms Philipp Himmelmann

Les Trois Ténors - les inédits

 

Sur Operaplatform, Culturebox etc...

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Le Vaisseau Fantôme (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 12 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Labirinto d'amore (Festival de Sable) jusqu'au 25 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

 

Otello (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 23 mars 2017

Le Prince Igor (Bolshoi) jusqu'au 24 mars 2017

Les Noces de Figaro (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 26 mars 2017

 

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Eliogabalo (Opéra National de Paris) jusqu'au 08 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

La Bohème - Teatro Regio jusqu'au 20 avril 2017

Goplana - Polish National Opera jusqu'au 02 mai 2017

The Nose - Covent Garden jusqu'au 08 mai 2017

Les Contes d'Hoffmann (Opéra National de Paris) jusqu'au 22 mai 2017

Les perles de Cléopâtre (Komische Oper Berlin) jusqu'au 02 juin 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

Le Coq d'Or (La Monnaie de Bruxelles) jusqu'au 22 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 20 octobre 2017

Nabucco (Opera Royal de Wallonie) jusqu'au 27 octobre 2017

Aquagranda de Filippo Perocco (Teatro La Fenice) jusqu'au 14 novembre 2017

Le Requiem de Mozart (Philharmonie de Paris) - dm rené Jacobs - jusqu'au 26 novembre 2017

Don Giovanni (Opéra de Liège) jusqu'au 23 novembre 2017

Le Vaisseau Fantome (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 27 décembre 2017

La Bohème (Festival d'Opéra en plein air) jusqu'au 29 décembre 2017

La Damnation de Faust (ms Ruggero Raimondi) jusqu'au 01 février 2018

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 29 Janvier 2017

La Flûte Enchantée (Wolfgang Amadé Mozart)
Représentation du 28 janvier 2017
Opéra Bastille

Tamino Pavol Breslik
Erste Dame Gabriela Scherer 
Zweite Dame Annika Schlicht
Dritte Dame Nadine Weissmann
Papageno Florian Sempey
Papagena Christina Gansch
Sarastro Tobias Kehrer
Monostatos Andreas Conrad 
Pamina Kate Royal
Königin der Nacht Sabine Devieilhe
Der Sprecher José Van Dam 
Drei Knaben Solistes des Aurelius Sängerknaben Calw

Direction musicale Henrik Nánási
Mise en scène Robert Carsen (2014)

Coproduction Festspielhaus Baden-Baden

                                                                                         José Van Dam (Der Sprecher)

Si l’intelligence théâtrale de la mise en scène de Robert Carsen réserve nombre d’émerveillements au spectateur qui découvre La Flûte Enchantée – on pense à l’intégration de la fosse d’orchestre au décor, à l’interaction des chanteurs avec les auditeurs de la salle, à l’humour macabre de Papagena (géniale Christina Gansch!) grimée en mort-vivante, au changement de point de vue entre la surface verte de la forêt et le monde souterrain, liés par seulement trois ouvertures … -, deux facettes du chef-d’œuvre de Mozart sont pourtant occultées : la féerie, et la symbolique maçonnique.

Florian Sempey (Papageno)

Florian Sempey (Papageno)

Le directeur canadien, auteur d’une douzaine de spectacles présentés à l’Opéra de Paris, s’est volontairement dégagé de ces dimensions imaginaires pour se réapproprier les éléments naturels du livret, et monter une dramaturgie qui réévalue le parcours initiatique à l’aune de la relation entre l’homme et la nature.

Ainsi, l’unité de l’humanité, divisée par l’idéologie et l’organisation sociale, ne peut se réaliser que dans la conscience de son appartenance au monde naturel : l’image des cercueils disséminés dans une grotte privée de lumière est éloquente sur ce point. Il ressort donc une tonalité lugubre de cette représentation émaillée d’effets mémorables.

Pavol Breslik (Tamino)

Pavol Breslik (Tamino)

Quel instant saisissant, en effet, que d’entendre José Van Dam, après 43 ans de présence sur la scène de l’Opéra de Paris, interpréter le rôle du Sprecher, le visage dissimulé sous un voile noir, la voix certes fluctuante, mais empreinte d’un velours émouvant ! Combien de spectateurs, ce soir, ont réalisé la défiance au temps de ce passage solennel ?

Et quel rôle exaltant pour Florian Sempey que ce Papageno randonneur, si proche du public qu’il semble en provenir ! Chacun peut alors se sentir lié à lui comme à un double de soi-même.

Florian Sempey (Papageno) et Kate Royal (Pamina)

Florian Sempey (Papageno) et Kate Royal (Pamina)

Ce jeune baryton tout fou, timbre mat et joues généreuses, a une élocution franche totalement désinhibée, dans une langue qui ne lui est pourtant pas naturelle. Sensible aux regards rivés sur lui, il en tire une énergie qui le galvanise dans son art de la comédie qui semble vouloir embrasser le monde entier.

Kate Royal, Pamina aux traits délicats et finement estompés, plus espiègle que romantique, en semble presque séduite, et finit par former un couple contrasté avec le Tamino viril, brillant et expressif de Pavol Breslik, loin d’être un prince vaporeux, mais une personnalité consciente et affirmée.

Sabine Devieilhe (La Reine de la Nuit) et Tobias Kehrer (Sarastro)

Sabine Devieilhe (La Reine de la Nuit) et Tobias Kehrer (Sarastro)

Et, en Reine de la Nuit plus bourgeoise que magicienne, Sabine Devieilhe révèle dans chaque air un sens de la nuance qui adoucit, notamment en seconde partie, le caractère intransigeant de son personnage.

On trouve également, dans les accents d’Andreas Conrad et de Tobias Kehrer, des traits de caractères ambivalents, car le premier dessine un Monostatos finalement presque attachant, alors que le second dresse une allure impériale de Sarastro qui incarne beaucoup plus que la sagesse de l’expérience, sinon une autorité prodigieuse qui résonne des tressaillements menaçants d’un commandeur inquiétant. 

Kate Royal (Pamina) et les solistes de l’Aurelius Sängerknaben Calw

Kate Royal (Pamina) et les solistes de l’Aurelius Sängerknaben Calw

Quant aux trois dames, Gabriela Scherer, Annika Schlicht, Nadine Weissmann, elles évoquent, par moment, de leurs voix chaudes, des romancières de mélodies russes. Leurs contraires, les trois jeunes solistes de l’Aurelius Sängerknaben Calw, sont, eux, élégants, charmants de pureté et d’enthousiasme.

Enfin, excellent Henrik Nánási qui gorge l’orchestre moelleux de sonorités chaleureuses tout en disséminant une vitalité agrémentée de touches subtiles, légères et amusées. La musique irrigue ainsi de jeunesse une scène sur laquelle le chœur, en harmonie avec cette image finale profondément utopique du cercle communautaire, y fond naturellement un chant uni et réconciliateur.

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Publié le 27 Janvier 2017

Cosi fan Tutte (Wolfgang Amadé Mozart)
Répétition du 20 janvier 2017 et représentations du 04 et 10 février 2017
Palais Garnier

Fiordiligi Ida Falk-Winland / Jacquelyn Wagner / Cynthia Loemij*
Dorabella Stéphanie Lauricella / Michèle Losier / Samantha van Wissen*
Ferrando Cyrille Dubois / Frédéric Antoun /Julien Monty*
Guglielmo Philippe Sly / Michaël Pomero*
Don Alfonso Simone Del Savio / Paulo Szot / Bostjan Antoncic*
Despina Maria Celeng / Ginger Costa-Jackson / Marie Goudot*

*Danseurs de la Compagnie Rosas

Direction musicale Philippe Jordan
Chorégraphie Anne Teresa De Keersmaeker (2017)
Dramaturgie Jan Vandenhouwe

                                                                                           Stéphanie Lauricella (Dorabella)

Patrice Chéreau ayant préféré ne plus reprendre sa mise en scène de Cosi fan Tutte, et la production Ezio Toffolutti créée à Garnier en 1996 ayant fait son temps, s’ouvre dorénavant une nouvelle jeunesse pour le dernier volet de la collaboration légendaire entre Mozart et le librettiste italien Da Ponte.

Philippe Sly (Guglielmo) et Stéphanie Lauricella (Dorabella)

Philippe Sly (Guglielmo) et Stéphanie Lauricella (Dorabella)

Ainsi, plutôt que de faire appel à un pur metteur en scène de théâtre ou d’opéra, Stéphane Lissner a choisi de confier à une chorégraphe, qui connait le monde lyrique, le renouvellement scénique d’un des chefs-d’œuvre du compositeur autrichien.

Anne Teresa de Keersmaker a en effet déjà chorégraphié des opéras tels Le Château de Barbe-Bleue et I Due Foscari, et son nom, qui évoque, pour un large public, la danse contemporaine, a le pouvoir d’attirer au Palais Garnier des spectateurs qui ne privilégient pas forcément l’art lyrique dans leur monde culturel.

Chanteurs et danseurs

Chanteurs et danseurs

Sur une scène nue, débarrassée de ses parois latérales, totalement repeinte en blanc jusqu’au mur arrière qui fait partie intégrante du théâtre, des diagonales, figures géométriques et cercles concentriques définissent des contours sur lesquels les chanteurs - deux distributions sont prévues en janvier et février - et les danseurs qui les doublent respirent, se synchronisent, et jouent avec l’espace et la pesanteur en fonction des pulsations et du rythme de la musique de Mozart.

Inévitablement, cette évocation des sciences mathématiques met à découvert des structures parfaites dont les lois reflètent celles sur lesquelles l’écriture musicale est fondamentalement construite.

Les artistes paraissent ainsi liés les uns aux autres par des forces invisibles, mais le plus beau, dans ce spectacle, qui prive de décor le spectateur, réside dans le choix des chanteurs dont le chant est d’une très belle homogénéité, auquel se rajoute, chez les femmes, des lignes physiques savamment exploitées pour leur fascinante souplesse.

Ida Falk-Winland (Fiordiligi)

Ida Falk-Winland (Fiordiligi)

A ce titre, Ida Falk-Winland, qui ne chante que pour deux soirs, est une Fiordiligi longiligne, sophistiquée, véhémente dans ses injections vocales, et pourtant d’une classe irradiante, un peu comme une Isolde fantasmée, lignes aux vents, ayant la capacité de capter par la totalité de son être le regard admiratif du spectateur.

Stéphanie Lauricella, plus physique, mais tout aussi charmante, incarne une Dorabella très lumineuse, en décalage complet avec les interprétations sulfureuses et profondément sensuelles des mezzo-sopranos dramatiques, mélange de maitrise de soi et de sensibilité touchante réservée.

Chanteurs et danseurs

Chanteurs et danseurs

Leurs partenaires, Cyrille Dubois et Philippe Sly, représentent une jeunesse pleine de fraîcheur et de sincérité, chez lesquels on ne peut soupçonner la moindre perversion. 

Le premier, jeune ténor issu de l’atelier lyrique, rend à Ferrando une épure adolescente, un peu lunaire, teintée d’immature timidité, alors que le second joue avec les sentiments en usant des facettes les plus alanguies de son timbre coulé de tendresse. 

Ida Falk-Winland (Fiordiligi) et, de dos, Cynthia Loemij

Ida Falk-Winland (Fiordiligi) et, de dos, Cynthia Loemij

Cette vision fluide qui s’accompagne du Don Alfonso bon vivant et léger de Simone Del Savio et de la spontanéité de Maria Celeng, qui rend Despine plus agréable que bon nombre d’interprétations, est bien entendu portée par les danseurs de la compagnie Rosas, dont les mouvements peuvent paraître simples, mais qui ont véritablement en eux un sens du balancement qui tisse ce lien subliminal entre les trajectoires chorégraphiques et la musique.

Une des danseuses, Samantha van Wissen, est particulièrement captivante dans ses déplacements, avant, arrière, et son attention portée à Dorabella.

Cyrille Dubois (Ferrando), Cynthia Loemij et Ida Falk-Winland (Fiordiligi)

Cyrille Dubois (Ferrando), Cynthia Loemij et Ida Falk-Winland (Fiordiligi)

Quelques scènes reviennent à la pure théâtralité du livret, comme celle de l’empoisonnement qui s’amuse de l’effet d’attraction des deux beaux torses des garçons comme le faisait Michael Haneke dans sa mise en scène de l’œuvre à Madrid, et, dans la seconde partie, Anne Teresa De Keersmaeker utilise l’espace entier pour permettre à chaque danseuse de représenter en arrière scène les tourments des deux jeunes femmes.

Dans la fosse d’orchestre, Philippe Jordan, chef, mais également claveciniste, livre une de ses meilleures interprétations de Mozart entendues à ce jour. L’orchestre ne sonne ni lourd, ni trop étoffé, et le directeur musical prend un plaisir visible à entraîner les musiciens, à les envelopper avec un panache jubilatoire, à s’accorder avec la chorégraphie, et à soutenir son attention pour chaque artiste. 

Le son, qui peut être aussi piqué que fondu dans une patine rutilante, se pare d'une beauté moderne et inventive qui en magnifie la verve jouissive.

Jacquelyn Wagner (Fiordiligi) et, de dos, Cynthia Loemij

Jacquelyn Wagner (Fiordiligi) et, de dos, Cynthia Loemij

Quelques jours plus tard, nous retrouvons la distribution choisie pour interpréter la majorité des représentations.

Personnage d’une puissante allure adoucie par l’onde de sa longue chevelure blonde, Jacquelyn Wagner, qui évoque ainsi la déesse de la sagesse, Athéna, incarne l’idéal mozartien d’une grâce lyrique rarement aussi aboutie dans le rôle de Fiordiligi. 

Michèle Rosier, en Dorabella, aurait du paraître encore plus voluptueuse, mais sa vitalité, très humaine, et sa tessiture grave, plus modeste, la révèlent plutôt comme le prolongement espiègle de Zerlina, une des héroïnes d’un autre opéra de Mozart et de Da Ponte, Don Giovanni.

Au cours du duo de séduction avec le beau Philippe Sly, il serait alors naturel, après un long silence, d’entendre l’air ‘La ci darem la mano’ s’élever pour unir les deux artistes.

Frédéric Antoun (Ferrando) et Philippe Sly (Guglielmo)

Frédéric Antoun (Ferrando) et Philippe Sly (Guglielmo)

Et dans le rôle de Ferrando, Frédéric Antoun, fascinant de son regard sombre et méditerranéen, et de son timbre doux et légèrement noir, donne lui aussi une épaisseur mystérieuse à son personnage.

Rarement aura-t-on admiré Despina plus séductrice, libre et entreprenante que celle de Ginger Costa-Jackson, un regard brillant magnifique.

Quant à Paulo Szot, encore jeune pour incarner un vieil Don Alfonso, rusé et désabusé, il est en premier lieu un acteur charismatique d’une ironie mordante.

A la veille de diriger Lohengrin, dimanche, Philippe Jordan est, à nouveau, maître d’une interprétation magistrale de Mozart, nuancée et théâtrale à la fois.

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Publié le 25 Janvier 2017

Présentation de la saison Lyrique 2017 / 2018 de l’Opéra National de Paris
Le 2
5 janvier 2017 - Palais Garnier

Dans la suite de la présentation à la presse, tenue dans la matinée, Aurélie Dupont et Stéphane Lissner ont exposé aux membres de l'Association pour le Rayonnement de l'Opéra de Paris, dans la grande salle du Palais Garnier, la prochaine saison 2017/2018.

Dans un contexte de réduction des financements publics, ils ont souligné l'importance des soutiens privés pour mener à bien leurs projets, relevé l'engouement positif enclenché depuis le début de saison, au risque de passer un peu vite sur ce qui fonde l'âme des oeuvres qu'ils défendent.

Aurélie Dupont et Stéphane Lissner

Aurélie Dupont et Stéphane Lissner

Si, pour la danse, Aurélie Dupont a confirmé que Marie Agnès-Gillot et Hervé Moreau feront respectivement leurs adieux à l'occasion des représentations d'Orphée et Eurydice et de Roméo et Juliette, Stéphane Lissner a, lui, confirmé la poursuite des grandes lignes qui façonnent la programmation de ses saisons, un cycle Berlioz, qui aboutira sur la représentation des Troyens en 2019, un cycle sur la littérature française, qui se poursuivra avec Bérénice et le Soulier de Satin lors des saisons 2018/2019 et 2019/2020, un opéra de Wagner chaque année, et un cycle d'opéras russes qui se poursuivra avec Katerina Ismailova, Prince Igor et Guerre et Paix.

L'importance des chefs d'orchestre, mythique, Boulez, actuels, Jordan, Salonen, et prometteur, Dudamel, transparaît dans toute la présentation, et la noirceur des oeuvres clés passe avant les ouvrages plus légers, ce qui est l'essentiel.

Les Nouvelles Productions

Don Carlos (Giuseppe Verdi – 1867) – Nouvelle Production
Du 10 octobre au 11 novembre 2017 (11 représentations à l’opéra Bastille)
Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Krzysztof Warlikowski
Jonas Kaufmann, Pavel Cernoch, Sonya Yoncheva, Hibla Gerzmava, Ludovic Tézier, Ildar Abdrazakov, Elina Garanca, Ekaterina Gubanova

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 30 octobre 1986

Il s'agit de la version 5 actes de 1866 intégrale, composée avant que Verdi n'opère des coupures afin d'y inclure les ballets prévus pour la création en mars 1867. Cette version est, d'un point de vue dramaturgique, la plus complète qui soit.                             Krzysztof Warlikowski

La Ronde (Philippe Boesmans – 1993) – Nouvelle Production
Du 02 novembre au 11 novembre 2017 (6 représentations à l’amphithéâtre Bastille)
Direction musicale Jean Deroyer, mise en scène Christiane Lutz
Artistes de l’Académie de l’Opéra National de Paris

Entrée au répertoire

L'oeuvre est basée sur la pièce de l'écrivain autrichien Arthur Schnitzler.

De la Maison des Morts (Leos Janacek - 1930) – Coproduction Scala de Milan, MET Opera, Festival d’Aix en Provence, Holland Festival
Du 18 novembre au 02 décembre 2017 (6 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Esa-Pekka Salonen, mise en scène Patrice Chéreau
Andreas Conrad, Eric Stoklossa, Peter Mattei, Stefan Margita, Willard White, Peter Straka, Vladimir Chmelo, Jiri Sulzenko, Ladislav Elgr, Jan Galla, Vadim Artamonov, Olivier Dumait, Susannah Haberfeld, Ales Jenis, Marian Pavlovic, Peter Hoare

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 12 juin 2005

La Bohème (Giacomo Puccini - 1896) – Nouvelle Production
Du 01 décembre au 31 décembre 2017 (12 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Gustavo Dudamel, Manuel Lopez-Gomez, mise en scène Claus Guth
Sonya Yontcheva, Nicole Car, Atalla Ayan, Benjamin Bernheim, Artur Rucinski, Aida Garifullina , Alessio Arduini, Andrei Jilihovschi, Roberto Tagliavini, Marc Labonnette, Antonel Boldan

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 30 décembre 2014

La mise en scène de Claus Guth tente de poser la question de ce qu'est un artiste en 2017, et ce qu'est la vie à Paris aujourd'hui.

Jephta (Georg Friedrich Haendel - 1770) – Coproduction De Nationale Opera, Amsterdam
Du 13 janvier au 30 janvier 2018 (8 représentations au Palais Garnier)
Direction musicale William Christie, mise en scène Claus Guth
Ian Bostridge, Marie-Nicole Lemieux, Philippe Sly, Katherine Watson, Tim Mead, Valer Sabadus

Entrée au répertoire

Only the sound remains (Kaija Saariaho - 2016) – Coproduction De Nationale Opera, Amsterdam, Teatro Real de Madrid, Finish National Opera, Opera de Toronto
Du 23 janvier au 07 février 2018 (6 représentations au Palais Garnier)
Direction musicale Ernest Martinez, mise en scène Peter Sellars
Philippe Jaroussky, Davone Tines, Nora Kimball-Mentzos

Entrée au répertoire – Co-commande de l’Opéra National de Paris

Présentation de la saison lyrique 2017 / 2018 de l'Opéra de Paris

Benvenuto Cellini (Hector Berlioz - 1838) – Coproduction De Nationale Opera, Amsterdam, English National Opera, Opéra de Rome
Du 20 mars au 14 avril 2018 (9 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Terry Gilliam
John Osborn, Pretty Yende, Maurizio Muraro, Audun Iversen, Marco Spotti, Vincent Delhoume, Luc Bertin-Hugault, Rodolphe Briand, Michèle Losier, Se-jin Hwang

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 31 mars 1993

Parsifal (Richard Wagner - 1882) – Nouvelle Production
Du 27 avril au 23 mai 2018 (8 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Philippe Jordan, mise en scène Richard Jones
Andreas Schager, Peter Mattei, Anja Kampe, Evgeny Nikitin, Günther Groissböck, Jan-Hendrik Rootering 

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 23 mars 2008

Boris Godounov (Modeste Petrovitch Moussorgsky - 1869) – Nouvelle Production
Du 07 juin au 12 juillet 2018 (12 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Vladimir Jurowski, Damian Iorio, mise en scène Ivo van Hove
Ildar Abdrazakov, Ain Anger, Evgeny Nikitin, Evdokia Malevskaya, Ruzan Mantashyan, Alexandra Durseneva, Maxim Paster, Boris Pinkhasovich, Dmitri Golovin, Elena Manistina, Vasily Efimov, Mikhail Timoshenko, Maxim Mikhailov, Francisco Simonet

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 24 mai 2005

Don Pasquale (Gaetano Donizetti - 1843) – Coproduction Royal Opera House, Covent Garden
Du 09 juin au 12 juillet 2018 (12 représentations au Palais Garnier)
Direction musicale Evelino Pido, mise en scène Damiano Michieletto
Lawrence Brownlee, Nadine Sierra, Michele Pertusi, Florian Sempey, Frédéric Guieu

Entrée au répertoire

Présentation de la saison lyrique 2017 / 2018 de l'Opéra de Paris

Les reprises

La Veuve Joyeuse (Franz Lehar - 1905)
Du 09 septembre au 21 octobre 2017 (15 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Jakub Hrusa, Marius Stieghorst, mise en scène Jorge Lavelli (1997)
José Van Dam, Valentina Nafornita, Thomas Hampson, Véronique Gens, Stephen Costello, Alexandre Duhamel, Karl-Michael Elbner, Peter Bording, Rebecca Jo Loeb, Michael Kranebitter, Edna Prochnik, Julien Arsenault, Yvonne Wiedstruk, Siegfried Jerusalem, Esthel Durand, Isabelle Escalier, Sylvie Delaunay, Virginia Leva-Poncet, Ghislaine Roux, Marie-Cécile Chevassus

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 02 avril 2012

Cosi fan Tutte (Wolfgang Amadé Mozart – 1790)
Du 09 septembre au 21 octobre 2017 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Philippe Jordan, Marius Stieghorst, Mise en scène Anne Teresa De Keersmaeker (2017)
Jacquelyn Wagner, Ida Falk Winland, Michèle Losier, Stéphanie Lauricella, Cyrille Dubois, Philippe Sly, Edwin Crossley-Mercer, Paulo Szot, Simone Del Savio, Ginger Costa-Jackson, Maria Celeng

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 19 février 2017

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy – 1902)
Du 19 septembre au 06 octobre 2017 (5 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Philippe Jordan, Mise en scène Robert Wilson (1997)
Etienne Dupuis, Luca Pisaroni, Franz-Josef Selig, Thomas Dear, Elena Tsallagova, Anna Larsson, Jodie Devos

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 28 février 2015

Falstaff (Giuseppe Verdi – 1893)
Du 20 octobre au 16 novembre 2017 (7 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Fabio Luisi, Mise en scène Dominique Pitoiset (1999)
Bryn terfel, Franco Vassallo, Francesco Demuro, Graham Clark, Riodolphe Briand, Thomas Dear, Aleksandra Kurzak, Julie Fuchs, Varduhi Abrahamyan, Julie Pasturaud

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 24 mars 2013

La Clémence de Titus (Wolfgang Amadé Mozart – 1791)
Du 15 novembre au 25 décembre 2017 (15 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Dan Ettinger, Mise en scène Willy Decker (1997)
Ramon Vargas, Michael Spyres, Amanda Majeski, Aleksandra Kurzak, Valentina Nafornita, Christina Gansch, Stéphanie d’Oustrac, Marianne Crebassa, Antoinette Dennefeld, Angela Brower, Marko Mimica

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 23 décembre 2013

Un ballo in Maschera (Giuseppe Verdi – 1859)
Du 16 janvier au 10 février 2018 (9 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Bertrand de Billy, Mise en scène Gilbert Deflo (2007)
Marcelo Alvarez, Piero Pretti, Simone Piazzola, Anja Harteros, Sondra Radvanovsky, Luciana D’Intino, Nina Minasyan, Mikhail Timoshenko, Marko Mimica, Thomas Dear, Vincent Morell, Hyoung-Min Oh

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 23 mai 2009

Le Barbier de Séville (Gioacchino Rossini – 1816)
Du 24 janvier au 16 février 2018 (9 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Riccardo Frizza, Mise en scène Damiano Michieletto (2014)
René Barbera, Levy Sekgapane, Simone Del Savio, Olga Kulchynska, Massimo Cavalletti, Florian Sempey, Nicolas Testé, Pietro Di Bianco, Julie Boulianne, Olivier Ayault

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 04 mars 2016

La Traviata (Giuseppe Verdi – 1853)
Du 02 février au 28 février 2018 (8 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Dan Ettinger, Mise en scène Benoît Jacquot (2014)
Anna Netrebko, Marina Rebeka, Virginie Verrez, Isabelle Druet, Rame Lahaj, Charles Castronovo, Vitaliy Bilyy, Placido Domingo, Julien Dran, Philippe Rouillon, Tiago Matos, Tomislav Lavoie, John Bernard

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 29 juin 2016

Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine (Bela Bartok / Francis Poulenc – 1918 / 1959)
Du 17 mars au 29 mars 2018 (7 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Ingo Metzmacher, Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2015)
John Relyea, Ekaterina Gubanova, Barbara Hannigan

Œuvres jouées pour la dernière fois au Palais Garnier le 12 décembre 2015

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck – 1774)
Du 24 mars au 06 avril 2018 (11 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Thomas Hengelbrock, Manlio Benzi, Mise en scène Pina Bausch (2005)
Maria Riccarda Wesseling, Agata Schmidt, Yun Jung Choi, Chiara Skerath 

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 21 mai 2014

L’Heure espagnole / Gianni Schicchi (Maurice Ravel / Giacomo Puccini – 1911 / 1918) – Coproduction Seji Ozawa Opera Project
Du 17 mai au 17 juin 2018 (10 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Maxime Pascal, Mise en scène Laurent Pelly (2004)
Clémentine Margaine, Michèle Losier, Stanislas de Barbeyrac, Philippe talbot, Alessio Arduini, Thomas Dolié, Nicolas Courjal
Artur Rucinski, Elsa Dreisig, Rebecca De Pont davies, Vittorio Grigolo, Philippe Talbot, Emmanuelle de Negri, Nicolas Courjal, Maurizio Muraro, Jean-Luc Ballestra, Isabelle Druet, Pietro Di Bianco, Tomasz Kumiega, Mateuse Hoedt, Piotr Kumon

Œuvres jouées pour la dernière fois au Palais Garnier le 07 avril 2004

Il Trovatore (Giuseppe Verdi – 1853) - Coproduction De Nationale Opera, Amsterdam, Opéra de Rome
Du 20 juin au 14 juillet 2018 (14 représentations à l’Opéra Bastille)
Direction musicale Maurizio Benini, Mise en scène Alex Ollé (2016)
Zeljo Lucic, Gabriele Viviani, Sondra Radvanovsky, Elena Stikhina, Anita Rachvelishvili, Ekaterina Semenchuk, Marcelo Alvarez, Roberto Alagna, Yusif Eyvazov, Mika kares, Elodie Hache, Yu Shao, Lucio Prete, Luca Sannai

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 15 mars 2016

Présentation de la saison lyrique 2017 / 2018 de l'Opéra de Paris

Premières impressions sur la saison 2017 / 2018

Le rythme de production

Pour sa troisième saison à la direction de l'Opéra National de Paris, Stéphane Lissner se tient à une ligne de renouvellement intense avec 9 nouvelles productions (dont 5 en coproductions), plus une nouvelle production à l'amphithéâtre, Reigen (La Ronde) de Philippe Boesmans, mise en scène par Christiane Lutz.

Parmi les nouveautés, une rareté, Jephta de Haendel, un grand classique, Don Pasquale de Donizetti, et une création récente, Only The sound remains de Kaija Saariaho, entrent au répertoire.

Le grand répertoire français de l'Opéra de Paris

Et, à l'instar de Samson et Dalila, la saison passée, Don Carlos et Benvenuto Cellini, deux autres ouvrages en langue française créés à la salle Le Peletier, avant la construction du Palais Garnier, qui n'avaient plus été représentés depuis au moins 25 ans, font leur retour sur scène, avec le soutien, notamment, du Cercle Berlioz, un groupe de mécènes engagés à faire revivre les oeuvres du grand répertoire.

Cependant, la création du second volet sur la littérature française, Bérénice, d'après Racine, sur une musique de Michael Jarrell et dans la mise en scène de Claus Guth, est, elle, reportée à la saison 2018/2019.

En revanche, aucun des quatre compositeurs français du XIXe siècle habituellement les plus joués, Bizet, Massenet, Gounod, Offenbach ne revient cette saison, au bénéfice de Debussy, Ravel et Poulenc.

Giuseppe Verdi

Fait unique, Giuseppe Verdi bat tous ses records de représentations, dans l'histoire de l'Opéra de Paris, puisque cinq de ses opéras sont programmés pour un total de 49 soirées (le quart de la programmation 2017/2018!).

La Bohème

Après 20 ans de service, la production de La Bohème par Jonathan Miller disparaît au profit de la nouvelle mise en scène de Claus Guth. A cette occasion, La Bohème rejoint Les Noces de Figaro en tête des oeuvres les plus jouées (un peu plus de 200 soirées pour chacun de ces deux ouvrages) depuis le début de l'ère Liebermann (1973-1980).

L'équilibre du répertoire sur 3 ans

Ainsi, les trois premières années du mandat de Stéphane Lissner montrent une logique programmatique très proche de celle d'Hugues Gall, le directeur de la période 1995-2004, dont 5 productions sont reprises en 2017/2018 (La Veuve Joyeuse, Pelléas et Mélisande, Falstaff, La Clémence de Titus, L'Heure espagnole / Gianni Schicci).

Cette logique s'appuie sur la présence d'une forte proportion du répertoire du XIXe siècle, notamment parmi les nouvelles productions (seul Pierre Berger avait jusqu'à présent consacré 60% de ses nouveautés au siècle des révolutions industrielles), sans négliger pour autant le répertoire slave (Nicolas Joel n'avait programmé aucune nouvelle production dans cette langue en cinq ans).

Les metteurs en scène

Certes, Lissner ne prend pas autant de risques que Mortier pour défendre le répertoire du XXe siècle, dans un contexte budgétaire moins facile, il est vrai, mais il livre dans le même esprit ses productions aux mains de véritables metteurs en scène de théâtre, ce qui permet de relancer le renouvellement scénique de l'opéra qui avait été stoppé net par Nicolas Joel.

Confier ainsi la première nouvelle production de la saison, Don Carlos, en version originale française, à Krzysztof Warlikowski, et la faire suivre par De la Maison des Morts, dans la mise en scène de Patrice Chéreau, est un signe fort qui symbolise le mieux la philosophie de cette première partie de mandat. L'arrivée d' Ivo van Hove, pour la mise en scène de Boris Godounov, renforce par ailleurs cette logique.

Spécificité musicale

Se distingue également un regroupement inédit d'oeuvres d'une très grande valeur musicale, car, pour la première fois, Moussorgsky, Debussy et Berlioz (avec Benvenuto Cellini et Romeo et Juliette - sous forme de ballet -) sont joués au cours de la même saison.

Les artistes

De grands chefs (Jordan, Metzmacher, Salonen, Dudamel, Christie, Jurowski ...), des stars (Netrebko, Kaufmann, Yoncheva, Terfel, Alvarez, Harteros, Jaroussky ...), des jeunes qui montent (Spyres, Dupuis, Losier, Lemieux, Margaine ...), des vétérans (Jerusalem, Domingo, van Dam ...).

Au total, ce sont plus de 200 représentations d'opéras qui sont prévues - en incluant la reprise de l'Opéra-Ballet Orphée et Eurydice -, ce qui est le record de l'institution.

Les tarifs 2017/2018 - une baisse de 5%, en moyenne, du prix du billet

En moyenne, le prix du billet d'opéra, à Bastille, passe à 126 euros, en baisse de 5% par rapport à la saison précédente. Ceci est du à la simplification de la grille tarifaire qui s'accompagne de la disparition de la classe des prix 5 à 195 euros au profit de la classe 5 à 180 euros.

Ainsi, si les prix des catégories de billets inférieures à 100 euros (1/3 des places) sont stables, ceux des catégories de billets au delà de 100 euros baissent de 10% environ, d'autant plus que les majorations, pour certaines soirées, ne dépassent pas 10%, au lieu des 20% de la saison en cours.

La distribution des prix selon les oeuvres reste, comme cette saison, très importante, 90 euros en moyenne, certains soirs, pour De la Maison des Morts et Pelléas et Mélisande, et 150 euros en moyenne, certains soirs, pour Don Carlos, La Bohème, La Traviata, Parsifal, Boris Godounov, Benvenuto Cellini.

Pour la première fois, depuis l'ouverture de Bastille, les prix se tassent, les ressources de mécénat et des activités commerciales restant fondamentales pour garantir l'équilibre budgétaire d'une maison vouée au plus complexe, mais fragile, des arts vivants.

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Publié le 22 Janvier 2017

Circonstances de l’éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 en Argentine

L’année 2017 réserve au continent américain deux phénomènes astronomiques spectaculaires, sous la forme de deux éclipses de Soleil.

La plus importante, et la plus médiatique, sera l’éclipse de Soleil du 21 août 2017 qui traversera 14 états des Etats-Unis, selon une trajectoire qui partira de l’Oregon jusqu’à la Caroline du Sud, en passant par l’Idaho et le Wyoming. Ce sera la réplique de l’éclipse qui était passée au nord de Paris le 11 août 1999.

Trajectoire de l'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Trajectoire de l'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

En prélude à ce spectacle très attendu, une première éclipse annulaire va se dérouler sur l’Amérique du Sud le 26 février 2017. Elle touchera les régions peu habitées d’Aisén del General Carlos Ibáñez del Campo, au Chili, et du Chubut, en Patagonie argentine.

Elle se poursuivra ensuite à travers l’Océan Atlantique pour atteindre l’Angola, la Zambie et la république démocratique du Congo.

Tracé de l'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 au Chubut - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Tracé de l'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 au Chubut - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Cette éclipse sera annulaire, et non totale, car la Lune, située à 380 000 km de la Terre, sera sur un point de sa trajectoire un peu trop éloigné de la Terre – la Lune peut, en effet, s’approcher jusqu’à près de 356 000 km de la Terre, et s’en éloigner jusqu’à 407 000 km, du fait de son excentricité orbitale.

Cependant, même si le diamètre de la Lune sera un peu inférieur à celui du Soleil, la durée de l’éclipse sera inférieure à la minute, ce qui devrait donner un effet lumineux grandiose sur les contrées sauvages de l’Amérique du Sud.

En Argentine, la région privilégiée pour l’observer se situe sur une bande large de seulement 53km au nord de Sarmiento, autour des deux lacs de Musters et Colhue Huapi. La probabilité d’y trouver un ciel dégagé est de 65%.

L'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 à Sarmiento - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

L'éclipse annulaire de Soleil du 26 février 2017 à Sarmiento - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Le déroulement de l’éclipse comprendra quatre jalons importants dimanche 26 février :

  1. A 9h24mn43s, heure locale, la Lune commencera à recouvrir le bord solaire, à 22° au-dessus de l’horizon Nord-Est.
  2. Une heure et quart plus tard, à 10h38mn22s, à 35° au-dessus de l’horizon, la Lune recouvrira entièrement le Soleil à 99%, ne laissant passer qu’un fin anneau lumineux autour de sa circonférence. La vitesse de l’anté-ombre sera de 4800 km/h. Le ciel ne sera pas noir, mais Vénus sera visible.
  3. Une minute plus tard, à 10h39mn27s, la Lune touchera l’autre bord du Soleil et commencera à se dégager de sa surface.
  4. Enfin, à 12h00mn24s, la Lune aura définitivement fini de recouvrir notre étoile.

L’inconnu réside bien entendu dans l’effet lumineux que provoquera l’éclipse sur ces étendues naturelles.

Voir également le compte-rendu de cet événement sous le lien Eclipse annulaire de soleil du 26 février 2017 en Patagonie Argentine.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 19 Janvier 2017

Lohengrin (Richard Wagner)
Répétition du 14 janvier et représentations du 18, 21, 27 janvier et 11 et 18 février 2017
Opéra Bastille

Heinrich der Vogler         René Pape
                                         Rafal Siwek
(fev)
Lohengrin                        Jonas Kaufmann
                                         Stuart Skelton
(fev)
Elsa von Brabant              Martina Serafin
                                         Edith Haller
(fev)
Friedrich von Telramund Wolfgang Koch
                                         Tomasz Konieczny
(fev)
Ortrud                              Evelyn Herlitzius
                                         Michaela Schuster
(fev)
Der Heerrufer des Königs Egils Silins

Mise en scène Claus Guth (2012)
Direction musicale Philippe Jordan
Coproduction Scala de Milan

                                        Evelyn Herlitzius (Ortrud)

Probablement sans le savoir, Stéphane Lissner vient d’offrir, en moins d’un an, une nouvelle production pour chacun des trois opéras qui étaient les plus joués, après le Faust de Charles Gounod, de l’ouverture du Palais Garnier jusqu’à la rupture de la Seconde Guerre Mondiale.

En effet, après Samson et Dalila et Rigoletto, Lohengrin était le quatrième opéra le plus représenté à l’Opéra au début du XXe siècle – Les Huguenots, n°5 sur la liste, auront quant à eux leur nouvelle production en 2018.

 Evelyn Herlitzius (Ortrud)

Evelyn Herlitzius (Ortrud)

Mais depuis l’après-guerre, cette œuvre qui représente un sommet culminant de l’opéra romantique se situe à peine parmi les 50 œuvres phares du répertoire, et sa dernière reprise, dans la mise en scène de Robert Carsen, remonte à dix ans déjà, sous le mandat de Gerard Mortier.

Réalisée à la Scala de Milan en 2012, quand Stéphane Lissner en était le directeur, la production de Lohengrin par Claus Guth est aujourd’hui montée sur la scène de l’opéra Bastille.

Martina Serafin (Elsa)

Martina Serafin (Elsa)

Celle-ci se démarque immédiatement de l’univers originel de légende médiévale par la recréation d’un monde de fin XIXe siècle, coloré par le bleu-doré des costumes militaires, où la société masculine parade en hauts-de-forme noirs, et où les femmes doivent se plier aux us qui leurs sont dévolus.

Dans une cour carrée entourée d’un mur de portes stratifié sur plusieurs étages, une jeune femme, Elsa, trouve dans le rêve une échappatoire aux tensions engendrées par les désirs de représentations sociales et de pouvoir de son entourage.

 Jonas Kaufmann (Lohengrin) - Evelyn Herlitzius (Ortrud) - René Pape (Le Roi) - Tomasz Konieczny (Telramund)

Jonas Kaufmann (Lohengrin) - Evelyn Herlitzius (Ortrud) - René Pape (Le Roi) - Tomasz Konieczny (Telramund)

Ainsi, plutôt que de centrer la représentation sur l’incompatibilité entre les aspirations d’un surhomme, Lohengrin, et la société humaine telle qu’elle est, Claus Guth fait d’Elsa le véritable personnage principal, et de Lohengrin son pendant maladif tout aussi inadapté.

Lohengrin - inspiré, dans cette production, de la vie du personnage de Gaspar Hauser - semble une vision fantasmée de Gottfried, le frère disparu d’Elsa, et la mise en scène – qui laisse planer un doute sur la responsabilité d’Ortrud dans cette disparition - superpose au monde réel les souvenirs d’enfance de l’héroïne par l’incarnation d’une jeune fille accompagnée d'un autre rôle muet, celui du frère, mi- enfant, mi- cygne.

Martina Serafin (Elsa)

Martina Serafin (Elsa)

Et ces visions, isolées par des éclairages intimistes, réapparaissent à chaque angoisse.

De plus, le metteur en scène tisse des liens imaginaires entre Ortrud et Elsa, en montrant le pouvoir d’influence de la première sur l’adolescente, et sa haine inaltérable.

Un piano, situé en bord de scène – et basculé au sol au troisième acte -, renvoie à des désirs poétiques de rêves et de réconfort.

Nombre d’images et d’atmosphères révèlent leurs forces, le début du second acte, où l’on découvre Ortrud et Telramund s’apitoyant sur leur sort sous les ombres lugubres des murs de la ville qui sculptent les lignes mortifères de leurs visages, ou bien la grande scène de mariage flamboyante, et le regard illuminé et inconscient d’Elsa qui sourit à son bonheur sous les pluies de pétales filées par le chœur. 

Martina Serafin (Elsa)

Martina Serafin (Elsa)

Mais il y a aussi la violence scarificatrice d’Ortrud envers elle-même, l’étreinte entre Lohengrin et Elsa au milieu des roseaux sauvages du marais, lieu de refuge et du drame initial, et ces personnages tapis dans l’ombre et prêts à surgir à tout moment pour imposer leur regard oppressant.

Une dramaturgie qui, certes, ne parle pas du risque à s’élever au-delà de la nature humaine, mais qui raconte un drame lisible sur l’impossibilité à s’échapper d’un monde mentalement fermé.

Jonas Kaufmann (Lohengrin) et Martina Serafin (Elsa)

Jonas Kaufmann (Lohengrin) et Martina Serafin (Elsa)

L’interprétation musicale, impressionnante par ses accents perçants, son rythme acéré et son grand impact vocal, renforce la puissance théâtrale de la mise en scène.

La première distribution réunie au cours du mois de janvier reprend ainsi une partie de celle qui avait participé à la création de cette production à Milan en décembre 2012, avec Jonas Kaufmann, René Pape et Evelyn Herlitzius.

René Pape, la stature naturellement impérieuse et le regard clair de glace, la voix expressive d’une texture agréablement fumée, dépeint un roi inflexible mais non dénué de tendresse, toujours fascinant de prestance.

René Pape (Le Roi)

René Pape (Le Roi)

Tant attendu, Jonas Kaufmann est un émerveillement de douceur et de sensibilité.

Acteur total, adorable dans ce rôle de héros un peu perdu, il a retrouvé ce chant si fin et diffus qui porte en lui-même un cri de souffrance camouflé sous une sombre suavité, et qu’il sait libérer progressivement mieux que personne.

Ampleur mesurée, mais projection frontale d’une homogénéité parfaite, le balancement entre sentiment d’humilité et humanité profonde qui s’abandonne, dans la confrontation finale avec Elsa, décrit ainsi un Lohengrin assommé par le poids d’une société qu’il ne peut soutenir.

Quel spectacle que de regarder ainsi une salle comble, rivée à son fauteuil et recevant, comme d’un seul souffle, In fernem Land, chanté avec une telle délicatesse sous un faisceau lumineux qui efface tout ce qui entoure le chanteur!

Jonas Kaufmann (Lohengrin)

Jonas Kaufmann (Lohengrin)

En contraste total avec cette sensibilité recueillie, Evelyn Herlitzius, pour ses débuts sur la scène parisienne, est un constant vecteur de frissons d’effroi, invraisemblable hystérie arrogante.

Déclamation extraordinairement franche aux couleurs noires, clivées de furtives exclamations éclatantes, incarnation nerveuse, dominatrice, voix fabuleuse avec, parfois, d’étonnants graves couverts que l’on semble entendre rien qu’en lisant le visage de cette artiste hors-norme, on ne peut s’empêcher d’admirer cette énergie inimitable qui tend entièrement à une consumation autodestructrice.

 Evelyn Herlitzius (Ortrud)

Evelyn Herlitzius (Ortrud)

Voir ainsi une personnalité telle Evelyn Herlitzius se donner totalement à son Art, sans paraître affectée par tous ces rôles aussi incroyables qu’Elektra, Katerina Ismaïlova, Isolde ou Kundry, qu’elle interprète à travers le monde, c’est frapper à vie sa propre mémoire émotionnelle.

Son partenaire, Tomasz Konieczny, qui remplace pour la première représentation Wolfgang Koch dans le rôle de Telramund, est également un fauve scénique impressionnant. Baryton au mordant de bronze, menaçant, ce chanteur de caractère dégage une animalité stupéfiante, un brin caverneuse, le refus de la faiblesse malgré le rejet social de Telramund.

Tomasz Konieczny (Telramund)

Tomasz Konieczny (Telramund)

Dans une vocalité plus humaine mais très mature, Martina Serafin rayonne de toute la féminité idéaliste inhérente à la personnalité d’Elsa. Présence physique forte, texture du timbre dense et riche d’aigus acérés, elle n’exprime pas tout à fait une innocence lisse, mais plutôt une personnalité sanguine qui dépasse un peu Lohengrin.

Quant à Egils Silins, voix mâte et bien projetée, son assurance appuyée donne au Héraut d’armes une fermeté encore plus intransigeante que celle du Roi.

Martina Serafin (Elsa)

Martina Serafin (Elsa)

L’interprétation orchestrale de Philippe Jordan, patient travail sur les textures et les ornementations, s’accompagne d’une parfaite maîtrise de la théâtralité, y compris dans la marque des silences.

Moins centré sur la recherche du pur hédonisme sonore qu'il développe régulièrement, il s’empare de toute la violence contenue dans la musique pour l’exacerber en faisant résonner les percussions, avec une constante volonté d’insuffler au drame un élan porteur pour les chanteurs.

Il les tient du regard et canalise l’énergie des musiciens pour permettre à l’expression des artistes qui évoluent sur scène de briller avec le plus d’éclat possible. 

Philippe Jordan - final de la répétition générale du 14 janvier

Philippe Jordan - final de la répétition générale du 14 janvier

Ainsi, les cuivres claquent avec un tranchant extrêmement incisif, décrivent parfois de grands arcs lumineux étincelants, les violons strient en petites touches des ambiances glacées, et la pureté des lignes suffit à faire ressortir les instants les plus poétiques.

C’est cependant au troisième acte que le chef d’orchestre déploie le plus sa capacité à créer des espaces intemporels et immatériels fascinants.

Enfin, belle osmose avec le chœur, qui se traduit aussi bien par des passages chantés avec une présence qui permettrait presque de dissocier chaque choriste, que par de larges envolées lyriques où voix et musique se fondent en une élégie sonore grandiose. 

Tomasz Konieczny (Telramund) et Michaela Schuster (Ortrud) - le 11 février 2017

Tomasz Konieczny (Telramund) et Michaela Schuster (Ortrud) - le 11 février 2017

On aurait pu penser que l’aura dominante de Jonas Kaufmann sur cette première série de représentations aller faire de l’ombre à la seconde distribution réunie au cours du mois de février, pourtant, c’est une envolée galvanisante que celle-ci a réservé à ses auditeurs.

En effet, dans un total élan de libération, Philippe Jordan transforme littéralement l’orchestre en une machinerie dantesque mêlant sublime et énergie agressive pour repousser les limites de l’expressivité dramatique. Cordes amples aux couleurs profondes, cuivres fulgurants et explosifs, pléthore d’effets sonores inhabituels, une tempête souffle, une clameur lyrique envahit le théâtre, l’intimité se resserre, aucun répit n’est laissé à l’auditeur pris par une tension permanente.

Edith Haller (Elsa) et Stuart Skelton (Lohengrin) - le 11 février 2017

Edith Haller (Elsa) et Stuart Skelton (Lohengrin) - le 11 février 2017

Ce tournoiement orchestral pourrait mettre à dure épreuve les chanteurs, il semble en fait les enflammer. Tomasz Konieczny est toujours aussi colossal et grandiose, et Michaela Schuster révise le jeu théâtral d’Ortrud : par exemple, les incantations à Wotan, chantées debout de façon glorieuse, alors qu’Evelyn Herlitzius restait prostrée sur sa table. Ou bien, remarque t'on un peu moins de gestes sadiques totalement visibles - pas de rabattement violent du couvre clavier du piano sur les doigts d'Elsa -, mais des gestes mesquins plus dissimulés - elle s'assoie discrètement sur la robe d'Elsa pour l'empêcher de bouger. Il y a chez elle une manière de rendre Ortrud encore plus dissimulatrice de sa nature hypocrite et calculatrice.

Un grand travail de psychologie servie par une voix noire dont elle semble s’amuser de ses étranges modulations.

Edith Haller (Elsa) - le 11 février 2017

Edith Haller (Elsa) - le 11 février 2017

Et avec Edith Haller, on retrouve une Elsa radiante et rêveuse, une pureté de ligne mais aussi des inflexions plus en chair dans les rapports de confrontations où elle garde toujours une certaine mesure.

Inscrit dans la même tonalité fumée et douce de Jonas Kaufmann, Stuart Skelton dessine un Lohengrin merveilleux de poésie et de profondeur qui lui permettent de dépasser les limites de son jeu scénique, et qui contrastent fortement avec son allure de solide montagnard. Le timbre dense et riche, viril, les nuances filées, un liant superbe, il est véritablement un très bel interprète du rôle.

Quant à Rafal Siwek, il représente un roi sombre et bien incarné.

Philippe Jordan - le 11 février 2017

Philippe Jordan - le 11 février 2017

Chœur à son summum, mais comment pouvait-il en être autrement avec une équipe artistique d’un tel niveau ?

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Publié le 15 Janvier 2017

Chimène ou le Cid (Antonio Sacchini)
Opéra créé en 1783 à Fontainebleau et joué à l’Académie Royale de Musique jusqu’en 1793
Représentation du 13 janvier 2017
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines

Chimène Agnieszka Slawinska
Rodrigue Artavazd Sargsyan
Le Roi de Castille Enrique Sanchez-Ramos
Don Diègue Matthieu Lécroart
Un Héraut d’armes Jérôme Boutillier
Don Sanche François Joron
Une Coryphée Eugénie Lefebvre

Mise en scène Sandrine Anglade
Direction musicale Julien Chauvin
Concert de la Loge
Chœur des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles

                                                                                       Julien Chauvin (Photo DR)

Création de l’Arcal, compagnie nationale de théâtre lyrique et musical en collaboration avec le Centre de musique baroque de Versailles. Spectacle repris le 14 mars 2017 à l'opéra de Massy.

Il n’y a pas plus grand anachronisme que d’assister, dans la grande salle en format cinémascope du Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, à la réapparition d'une œuvre d’Antonio Sacchini - un compositeur napolitain d’avant la Révolution qui fut pris à partie, au cours de ses dernières années de vie à Paris, par les partisans de Gluck et les partisans de Piccinni -, devant un parterre largement occupé par des adolescents.

Certes, nombre de ces jeunes ont du se sentir totalement en décalage avec leur univers musical habituel, mais il faut souhaiter que certains ont été sensibles aux expressions touchantes des artistes présents sur la scène, et à la révélation de cette soirée, Agnieszka Slawinska.

Agnieszka Slawinska (Chimène) - Photo DR

Agnieszka Slawinska (Chimène) - Photo DR

La soprano polonaise, régulièrement invitée à l’Opéra National du Rhin, possède en effet une dramatique vocale émouvante, une patine voilée sous laquelle l’expressivité use des mots pour les imprégner d’affectations subtiles, un souffle qui nimbe de soie son timbre opalin.

Actrice romantique qui se départit aisément d’effets conventionnels, sa voix est douée d’une projection naturelle taillée pour affronter des scènes plus vastes encore, et l’on ne peut que souhaiter à sa sensibilité artistique une plus large reconnaissance.

Dans ce Chimène ou le Cid ressuscité, elle est entourée de plusieurs partenaires, l'un au chant clair, léger et poétique, tel le rôle du Cid interprété par Artavazd Sargsyan, un autre, autoritaire avec une franchise de timbre séduisante, le Don Diègue assuré de Matthieu Lécroart, et même d’un jeune baryton, Jérôme Boutillier, à l'impact juvénile renforcé par son incarnation fortement sexualisée du Hérault d’arme. L'intégralité de la troupe baigne dans une harmonie d'ensemble, certes aux accents solennels, mais soignés.

Sous la direction vive de Julien Chauvin, attentif à l’équilibre des nuances, l’orchestre du Concert de la Loge et le chœur des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles s'épanouissent dans deux alcôves situées au centre de la scène, dont la pente délimite deux espaces communiquant autour des musiciens. Ils entretiennent ainsi un charme délié pour une musique traversée d’inspirations qui évoquent, dans l’ouverture, le dynamisme qui caractérisera plus tard l'écriture de Rossini, dans le second acte empreint d’honneur, le rayonnement du jeune Mozart - inconnu à Paris à l'époque -, et, deci delà, des élancements de cors dramatiques directement influencés par le génie de Gluck.

Sandrine Anglade débute par une très belle image qui montre le Cid laissant filer des pétales de roses rouges pour signifier la blessure mortelle infligée au père de Chimène, alors que celle-ci se présente avec un bouquet qu’elle laisse tomber de stupeur au spectacle du drame qui vient de se jouer sous ses yeux.

Habile mise en espace animée et construite sur des éléments symboliques signifiants, le cérémoniel inévitable du second acte, qui ne repose pas autant sur le rôle primordial de Chimène que les deux autres actes, ne trouve pas l’accroche dramatique suffisante pour soutenir constamment l’attention, mais place heureusement l’orchestre au centre de l’œuvre.

La cohésion musicale qui en ressort fait la valeur de cette recréation, qui peut être vue comme une alternative à la version théâtrale de la pièce de Corneille.

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Publié le 2 Janvier 2017

L'article qui suit est une proposition ludique qui met en avant cinquante ouvrages lyriques absents de la programmation de l'Opéra National de Paris, soit depuis sa création, soit depuis au moins cinquante ans.

La sélection proposée est totalement subjective, et prend en compte les sources littéraires, les qualités orchestrales ou la valeur historique des ouvrages dans l'histoire de l'institution, tout en ne proposant pas plus de deux oeuvres d'après le même compositeur.

Sont également prises en considération les proportions de programmation de l'institution, qui limite à 20% la présence du répertoire baroque et classique, mais j'insiste ici un peu plus sur le répertoire du XXe et XXIe siècle, qui représente plus de 35% des ouvrages parmi les propositions qui suivent. La part des opéras slaves et anglo-saxons est par ailleurs bien supérieure aux habitudes de la maison, dont la moitié des oeuvres concerne habituellement le répertoire italien.

N'apparaissent pas dans cette liste Les Huguenots, Jenufa (en langue originale), Don Pasquale et Le Turc en Italie, dont le retour sur la scène de l'Opéra du premier et l'entrée tardive au répertoire des seconds sont confirmés pour les prochaines saisons.

Cet article est donc avant tout un prétexte pour rappeler l'existence, ou bien découvrir, des oeuvres parfois oubliées. Certaines n'ont pas eu de succès à cause des incohérences de leur livret, malgré une musique raffinée, mais l'apparition de metteurs en scène de théâtre dans l'univers lyrique, depuis quelques décennies, peut tout à fait être la solution pour les restaurer sur la scène.

50 Opéras du XVIIe au XXIe siècle à programmer à l'Opéra de Paris

L’Opéra à Venise

Il Ritorno d'Ulisse in patria Claudio Monteverdi (1641)
Œuvre baroque écrite pour les théâtres publics de Venise quand Monteverdi avait plus de soixante-dix ans, à l’instar de l’Incoronazione di Poppea, Il Ritorno d'Ulisse in patria emprunte un sujet à la Grèce classique (L’Odyssée d’Homère). Les récitatifs expressifs mettent le drame au premier plan.

 

L’Opéra en France et en Angleterre avant la Révolution

Armide Jean-Baptiste Lully (1686)
Armide, d’après La Jérusalem délivrée (1581) du Tasse, est le dernier opéra de Lully. Le récitatif est la pierre angulaire de ses tragédies, mais la danse se voit accorder une place qui va conditionner l’évolution de l’opéra français. Les chœurs jouent également un rôle considérable, et la structure décorative de l’orchestre sera imitée, plus tard, par Haendel, Rameau, Gluck et Mozart.

Rinaldo Georg Friedrich Haendel (1711)
Jusqu’à la création de Rinaldo, les londoniens n’avaient guère eu l’occasion d’entendre des opéras entièrement chantés en italien. Inspirée d’un épisode de La Jérusalem délivrée (1581), l’œuvre réutilise plusieurs éléments des compositions antérieures d’Haendel.

Castor et Pollux Jean-Philippe Rameau (1737)
Héros antiques des poèmes d’Homère et d’Hésiode, Castor et Pollux ont inspiré à Jean-Philippe Rameau un de ses chefs-d’œuvre incontesté pour sa puissance dramatique et l’absence de faiblesse.

La première version, créée au Théâtre du Palais Royal en 1737, eut un succès d’estime, mais la version révisée de 1754, qui supprime le prologue (commémoration de la fin de la Guerre de Succession de Pologne), réécrit le premier acte et raccourcit les récitatifs, fut jouée en continu jusqu’en 1785. Puis, après 133 ans d’absence, l’ouvrage réapparut au Palais Garnier en 1918, dans une mise en scène de Jacques Rouché, et y resta jusqu’en 1940.

Les Fêtes de l'hymen et de l'amour, ou les Dieux d’Egypte Jean-Philippe Rameau (1747)
Créé le 15 mars 1747 dans le Manège de la Grande Ecurie de Versailles, cet opéra-ballet héroïque connut plus de 150 représentations au fil des reprises jusqu’en 1776. Jean-Philippe Rameau, continuateur le plus brillant de Lully, enrichit l’orchestre de couleurs et d’alliages fastueux et novateurs pour l’époque.

L’Opéra séria. L’Opéra de cour

Mithridate, re di Ponto Wolfgang Amadé Mozart (1770)
Sur un livret inspiré d’une traduction italienne du Mithridate de Jean Racine, Mozart, âgé de seulement quatorze ans, composa pour le Teatro Regio Ducal (la future Scala de Milan) un opéra séria qui remportera un succès retentissant. Cet opéra de jeunesse, redécouvert en 1971 au Festival de Salzbourg, est de retour sur de grandes scènes (Londres, Munich, Zurich) dans des mises en scènes inventives, mais n’a été accueilli à Paris qu’au Théâtre des Champs Elysées.

Lucio Silla Wolfgang Amadé Mozart (1772)
A la suite du succès de Mithridate, Milan passa commande à Mozart d’un nouvel opéra. Ce sera Lucio Silla, du nom du dictateur romain contemporain de Mithridate VII. L’œuvre témoignait de la maturité musicale de l’adolescent et préparait ses futurs grands chefs-d’œuvre tels Idomeneo ou La Clémence de Titus.

Iphigénie en Aulide Christoph Willibald Gluck (1774)
Premier de ses opéras parisiens, le sujet d’Iphigénie en Aulide emprunte à Racine et Homère (L’Iliade), et poursuit l’investissement délibéré de Gluck dans le développement du drame lyrique. A sa création, l’œuvre remporta un succès triomphal à la salle des Tuileries de l’Académie Royale de Musique. Le final était heureux, et Diane finissait par sauver et permettre l’union d’Achille et Iphigénie (final révisé de 1775).  Cette version se maintint au répertoire parisien jusqu’en 1824.

Plus tard, en 1847, Richard Wagner signa une version remaniée qui revint à Euripide avec un final qui voyait Diane emporter Iphigénie sur l’ile de Tauride. Version plus amère, elle permet un enchaînement naturel vers une autre œuvre tragique de Gluck, Iphigénie en Tauride (1779) qui, elle, est toujours au répertoire de l’Opéra de Paris dans une mise en scène de Krzyzstof Warlikowski.

Armide Christoph Willibald Gluck (1777)
Reprenant le même livret de Philippe Quinault que Lully avait utilisé pour son Armide (1686), l’Armide de Gluck devint un opéra-spectacle qui donna à l’orchestre un pouvoir émotionnel fascinant là où l’œuvre du compositeur baroque confiait ce rôle aux voix seules.
Armide a disparu du répertoire parisien à la veille de la Grande Guerre, en 1913.

L’Opéra post-révolutionnaire en France, en Italie et en Allemagne

Lodoiska Luigi Cherubini (1791)
Cet ouvrage mélodramatique situé en Pologne, près de la frontière russe, s’achève par un dénouement wagnérien, mais présente, tout au long de son développement, nombre d’analogies avec Mozart, inconnu à Paris, à cette époque, où Cherubini réside. 
L’invention musicale et les qualités dramaturgiques de la pièce peuvent donner matière à un passionnant déploiement théâtral.

Tancredi Gioacchino Rossini (1813)
Si le succès des opéras bouffes de Rossini n’a jamais faibli, ses opéras séria sont tombés dans l’oubli entre les deux guerres mondiales. Premier du genre pour le compositeur, Tancredi est inspiré de la tragédie de Voltaire, Tancrède (1760).  

La virtuosité de ses airs requiert des interprètes doués d’une capacité d’ornementation hors pair. 

Il n’en existe pas moins de 3 versions : celle de la création vénitienne de février 1813, celle révisée de Ferrare un mois plus tard, fidèle au final tragique de Voltaire, et dont on n’a retrouvé la partition qu’en 1974 (c’est la version la plus jouée aujourd’hui), et la version de Milan, de décembre 1813, qui revient au final heureux avec l’addition de nouveaux airs.

Der Freischütz Carl Maria von Weber (1821)
Très influencé par les écrivains de son temps qui, pour beaucoup, étaient de ses amis, Carl Maria von Weber participa au développement d’un romantisme allemand naissant, mouvement essentiellement spirituel qui se démarquait des nouvelles valeurs sociétales issues de la Révolution Française. 
Der Freischütz, inspiré d’une nouvelle fantastique de Johann August Appel, découle de ces influences, et la prégnance, dans cette œuvre, de forces surnaturelles et de l’opposition entre bien et mal se démarque de l’humanisme du Fidelio de Beethoven.

En 1841, l’ouvrage fit son entrée à l’Opéra de Paris, dans une version française pour laquelle Hector Berlioz réécrivit les récitatifs et ajouta quelques pages du compositeur. Cette version, qui sera jouée jusqu’à Berlin, restera au répertoire de l’institution jusqu’en 1927.

Il Viaggio a Reims Gioacchino Rossini (1825)
Créé au Théâtre des Italiens, Il Viaggio a Reims a été composé à l’occasion du Sacre de Charles X à Reims. L’œuvre nécessite une distribution pléthorique – 18 chanteurs –, et concentre le meilleur de l’écriture musicale de Rossini, bien qu’il s’auto parodie pour le plaisir de la dérision.

Oberon Carl Maria von Weber (1826)
Le dernier opéra de Carl Maria von Weber, adaptation d’un poème de Wieland, fut créé à Londres, dans la langue de Shakespeare. Maria Callas a elle-même enregistré ‘Ocean, thou mighty monster’, mais aucun enregistrement en langue originale n’existe toujours aujourd’hui.

L’œuvre, complexe musicalement, exige également un metteur en scène imaginatif pour adapter à la scène une œuvre difficile théâtralement parlant.

L’Opéra de Paris programma l'oeuvre en 1954, dans une mise en scène de Maurice Lehmann et avec Denise Duval dans le rôle de Fatima.

Il Pirata Vincenzo Bellini (1827)
Adapté de la pièce Bertram ou le Pirate créée au Panorama-Dramatique – un théâtre parisien du boulevard du Temple -, Il Pirata témoigne de la première coopération entre le célèbre librettiste italien du moment, Felice Romani, et le compositeur italien.

Cet opéra, comme les suivants, I Capuleti e i Montecchi, La Sonnanbula, Norma, I Puritani, nécessite une équipe entière d’excellents chanteurs.

L’Opéra romantique italien et ses grandes scènes de folie seront dorénavant promis à un avenir prolifique.

Anna Bolena Gaetano Donizetti (1830)
C’est avec Anna Bolena que le public parisien a découvert Gaetano Donizetti au Théâtre des Italiens, premier opéra où il donna la pleine mesure de son talent, après une série de farces et d’opéras bouffes. L’œuvre s’inspire d’Enrico VIII, d’Ippolito Pindemonte, et d’Anna Bolena d’Alessandro Pepoli. La qualité des ensembles et l’aspect spectaculaire de certains airs ne trouvèrent qu’en 1957 une interprète comme Maria Callas pour les faire revivre.

Lucrezia Borgia Gaetano Donizetti (1833)
Adaptée du drame de Victor Hugo, Lucrèce Borgia (1833), par Felice Romani - drame qui forme un ensemble avec Le Roi s’amuse (1832) -, la création parisienne de l’œuvre, en 1840, déclencha les poursuites judiciaires de la part du dramaturge français. L’œuvre fut alors jouée jusqu’en 1845 sous le titre La Rinegata

Lors de reprise à La Scala, Donizetti apporta des modifications importantes dont la suppression du grand air final de Lucrezia, remplacé par un air pour le ténor.

L’Opéra en Europe et en Russie, des nationalismes à la chute des Empires

Une vie pour le Tsar Mikhaïl Glinka (1836)
De 1830 à 1833, Mikhaïl Glinka parcourut l’Europe puis rentra en Russie, décidé à composer un opéra réellement national. Le poète Vassili Joukovski lui proposa un sujet historique dont il tira Ivan Soussanine (ou Une vie pour un Tsar), créé avec grand succès au Bolshoï sur une musique d’une indéniable facture italienne.

Rienzi Richard Wagner (1842)
Wagner composa à Riga son troisième opéra, Rienzi, adaptation d’un roman de Bulwer Lytton du même titre. Il rêvait d’être joué à l’Opéra de Paris et donna à cette œuvre les dimensions monumentales de Guillaume Tell ou des Huguenots. L’ouvrage sera créé à Dresde et non à Paris. Rienzi est la dernière œuvre des années de formation de Wagner, durant lesquelles ce dernier tenta de s’imposer dans l’opéra conventionnel italien ou français.

Ruslan and Lyudmila Mikhaïl Glinka (1842)
Dans Ruslan et Lyudmila, le style russe de Mikhaïl Glinka est manifeste. L’œuvre recèle vigueur, élan, couleur harmonique et orchestrale que l’on retrouvera chez tous les compositeurs postérieurs comme Borodine, Moussorgsky ou Tchaïkovski.

I Lombardi alla Prima Crociata Giuseppe Verdi (1843)
Basé sur un poème héroïco-comique de Tommaso Grossi, I Lombardi alla Prima Crociata profita du succès de Nabucco pour porter un thème religieux fort sur la scène de Milan. Mais son succès purement italien souligna à quel point la dimension patriotique du livret primait sur son intérêt dramaturgique.

Verdi adapta son quatrième opéra milanais pour Paris, en 1847, sous le titre de Jérusalem. Il fut repris une dernière fois au Palais Garnier en 1984.

Ernani Giuseppe Verdi (1844)
Incontournable du répertoire verdien inspiré du roman de Victor Hugo, Ernani n’a jamais été représenté à l’Opéra de Paris, sinon au théâtre des italiens sous le titre Il proscritto. Le dynamisme de l’intrigue et la fougue de la musique portent au sommet la nature agitatrice du jeune Giuseppe Verdi. 

Le Prophète Giacomo Meyerbeer (1849)
De son vrai nom Jakob Beer, Giacomo Meyerbeer était un berlinois qui faisait partie de l’entourage de Weber. Il avait fait jouer plusieurs opéras en Allemagne et en Italie avant d’arriver à Paris en 1826. Sa réputation repose essentiellement sur les pièces qu’il composa avec Scribe pour l’Opéra de Paris, principalement dans le genre historique.
Le Prophète, qui évoque la révolte des Anabaptistes de Hollande au XVIe siècle, une secte allemande qui souhaitait établir une théocratie dans la ville allemande de Münster, fut joué 565 fois à l’Opéra de Paris, jusqu’en 1912.

La Nonne sanglante Charles Gounod (1854)
Sur un livret d’Eugène Scribe, basé sur une nouvelle de Matthew Lewis, The Monk, passée dans les mains de huit compositeurs tels Berlioz, Verdi et Meyerbeer, Gounod a finalement créé une œuvre qui lui a valu bien des louanges sur le plan musical. L’œuvre fut jouée 11 fois à la salle Le Peletier en 1854, mais n’a jamais été reprise, suite au changement de directeur de l’institution à cette époque.

Hamlet Ambroise Thomas (1868)
Sur une musique gracieuse et mélodique, Ambroise Thomas a adapté pour le public français un des chefs-d’œuvre de Shakespeare en le centrant sur l’amour entre Ophélie et le héros. Olivier Py, dans sa mise en scène dédiée au Théâtre an der Wien et au Théâtre de la Monnaie, a montré récemment la puissance théâtrale d’une œuvre qui a totalisé près de 300 représentations depuis l’ouverture du Palais Garnier jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.

Hérodiade Jules Massenet (1881)
Inspirée de l’Hérodias de Gustave Flaubert, à l’instar de la tragédie Salomé d’Oscar Wilde, l’œuvre n’est entrée au répertoire de l’Opéra de Paris qu’en 1921, bien après Milan, Bruxelles et Budapest, à l’initiative de Jacques Rouché. Elle y est restée jusqu’en 1947, après 180 représentations. Massenet n’a cessé de remanier sa partition jusqu’en 1895, réduisant le rôle d’Hérodiade mais ne parachevant pas le lien dramatique entre l’ensemble des tableaux.

Mazeppa Piotr Ilitch Tchaïkovski (1884)
A nouveau, c’est un poème de Pouchkine, Poltava, qui est l’inspirateur d’un opéra de Tchaïkovski.

L’histoire d’amour entre le vieux Mazeppa, chef des armées d’Ukraine, et Maria, la fille de Kotchoubeï, gouverneur de Poltava, se déroule sur fond d’alliance avec la Suède et la Pologne, vers 1708, pour séparer l’Ukraine de la Russie de Pierre le Grand.

Mazeppa est également un poème qui fait partie des Orientales de Victor Hugo.

Sigurd Ernest Reyer (1884)
Basé sur les mêmes légendes nordiques que l’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, Sigurd est une épopée que l’Opéra de Paris refusa à deux reprises de représenter, en 1866 et 1870, avant que la Monnaie de Bruxelles n’accepte d’en porter la création sur sa propre scène à l’instar d’Hérodiade de Massenet.
La puissance de l’œuvre ne s’installera finalement au Palais Garnier, en version intégrale, qu’à partir de 1892, après la version abrégée de 1885, pour un total de 252 représentations jusqu’en 1935.

Prince Igor Alexandre Borodin (1890)
Inspirée probablement des évènements décrits dans le poème médiéval Le Dit de la campagne d’Igor, l’œuvre relate la lutte entre les jeunes états russes chrétiens et les tribus eurasiennes de Coumans (les Polovtsiens – en russe Les couleurs fauves) qui percèrent en Europe jusqu’au Royaume de Hongrie au XIIe siècle, avant l’arrivée des Mongols. Sa musique est une des plus somptueuses du répertoire russe.

A sa mort, en 1887, Borodine laissa une partition plusieurs fois remaniée mais inachevée, que Rimski-Korsakov et Glazounov complétèrent dès 1885.

La création eut lieu à Moscou en 1890, mais l’Opéra de Paris n’accueillit une troupe que fin 1969 pour 7 représentations seulement.

 

En 1983, les travaux de Pavel Lamm furent publiés. Ils révélèrent que Rimski-Korsakov et Glazounov avaient supprimé un cinquième de la partition. Ainsi, c’est en 1993 que Valery Gergiev interpréta la version intégrale.

Fedora Umberto Giordano (1898)
C’est une pièce de Victorien Sardou, Fedora, née d’un début de collaboration entre l’écrivain français et l’actrice Sarah Bernhardt – collaboration qui se poursuivra notamment avec Tosca -, qui est à l’origine de cette œuvre conçue comme une conversation en musique.
Le premier acte se situe à Saint-Petersburg, le second à Paris, le dernier en Suisse, et la musique évoque aussi bien l’univers de Capriccio (Richard Strauss) que de La Rondine (Giacomo Puccini). Fedora est surtout une œuvre écrite pour les grandes cantatrices véristes.

Ariane Jules Massenet (1906)
Après douze ans de créations à l’Opéra-Comique, l’Opéra de Monte-Carlo et au Covent Garden, Massenet revint à l’Opéra de Paris avec une de ses œuvres les plus wagnériennes, orchestralement et vocalement parlant. La mythologie d’Ariane réunit autour d’elle Thésée, Phèdre et Perséphone, sous l’inspiration de la tragédie antique de Sénèque.
Soixante représentations de 1906 à 1908, puis dix en 1937, les faiblesses du livret d’Ariane sont compensées par un lyrisme passionné.

La légende de la ville invisible de Kitège Nikolaï Rimsky-Korsakov (1907)
Le livret de Vladimir Bielski emprunte à deux légendes du treizième siècle, Sainte Frevoniya de Mourom et La ville disparue de Kitège. Chronologiquement, l’action se situe juste après celle du Prince Igor de Borodine, lorsque les Tatars envahissent les territoires slaves.
Rimsky-Korsakov considéra cet ouvrage monumental comme son testament artistique, sans imaginer qu’il composerait peu après une satire politique, Le Coq d’Or.

 

L’Opéra en Europe et en Russie au XXe siècle des dictatures

Le Coq d’Or Nikolaï Rimsky-Korsakov (1909)
La révolution russe de 1905, qui suivit la répression sanglante d’une manifestation populaire sur la place du palais d’hiver de Saint-Pétersbourg, marqua profondément Nikolaï Rimski-Korsakov. Conscient que la censure ne l’épargnerait pas, le compositeur russe décida d’écrire un opéra à la satire dissimulée à l’encontre du Tsar Nikolay II.  
L’œuvre apparut en 1914 sur la scène du Palais Garnier, 5 ans seulement après la création au théâtre Solodovnikov de Moscou, et s’y maintint jusqu’en 1947.

Le Rossignol Igor Stravinsky (1914)
Créé au Palais Garnier le 26 mai 1914, Le Rossignol y fut repris deux jours après et disparut du répertoire à cause de la Guerre. L’opéra est tiré d’un Conte de Christian Andersen, Le Rossignol et l’Empereur de Chine, et sa composition fut interrompue en 1908, à la mort de Nikolai Rimski-Korsakov qui suivait de près Igor Stravinsky dans son travail. L’ouvrage ne sera achevé qu’après L’Oiseau de feu et Le Sacre du Printemps, ce qui explique la richesse de ses atmosphères sonores.

Une Tragédie Florentine Alexandre von Zemlinsky (1917)
D’après la pièce d’Oscar Wilde Une Tragédie florentine, cet opéra d’Alexander von Zemlinsky est fortement influencé par le suicide du peintre Richard Gerstl, amant de la sœur du musicien, Mathilde Schönberg, après qu’elle eut décidé de revenir auprès de son mari, Arnold Schönberg.
Son sujet, la force de l’attraction animale, est d’une violence insurpassée.

Le Joueur Sergueï Prokofiev (1929)
Sergueï Prokofiev est de loin le meilleur spécialiste de l’opéra soviétique. Son adaptation du Roman de Dostoïevski, Le Joueur – Janacek adaptera, peu après, un autre de ses romans, Souvenirs de la maison des morts -, se veut une cassure stylistique afin d’approcher la variété de l’écriture littéraire par une orchestration tendue de bout en bout.

Osud Leos Janacek (1934)
Leos Janacek débuta la composition d’Osud (Le Destin) en 1903 et l’acheva en 1907, sous l’inspiration d’une rencontre romantique avec une jeune femme, Kamila Urvalkova.
Le livret, sans véritable ressort dramatique, est plus un prétexte pour décrire des atmosphères étouffantes et déployer une musique exubérante.  En 2002, Robert Wilson réussit pour l’Opéra de Prague et le Teatro Real de Madrid une mise en scène centrée sur l’intériorité et l’écoute de cette orchestration fascinante.

Œdipe George Enescu (1936)
L’adaptation lyrique de la tragédie de Sophocle par Edmond Fleg, homme de théâtre et l'un des premiers sionistes français, est la plus complète des deux autres versions connues d’Antonio Sacchini (1786) et d’Igor Stravinsky (1927). Cette œuvre monumentale raconte toutes les étapes de la vie d’Œdipe, père d’Antigone et d’Ismène, et fut bien accueillie lors de sa première au Palais Garnier en 1936 (10 représentations en furent données de 1936 à 1937, et deux en roumain, en 1963, dans le cadre d’une tournée de l’Opéra de Bucarest).

Riders to the sea Ralph Vaughan Williams (1937)
Sur la base d’un livret qui reprend tel quel le texte de la pièce du dramaturge irlandais John Millington Spynge, Ralph Vaughan Williams a composé son chef-d’œuvre sur une musique qui évoque le mouvement de la mer. L’œuvre place en son centre la relation complexe entre les marins de la côté ouest irlandaise et la mer qui les emporte – la pièce est écrite dans un dialecte des îles d’Aran.

L’Opéra en Europe dans l'après-guerre du XXe siècle 

Dantons Tod Gottfried von Einem (1947)
C’est en 1939 que Gottfried von Einem découvrit la pièce de Georg Büchner (l’auteur de Woyzeck), La Mort de Danton.

L’attentat manqué contre Hitler fut l’évènement déclencheur de la composition d’un opéra littéraire sur ce leader qui se retourna contre le gouvernement de Robespierre et sa politique basée sur la terreur.

Le style musical est plus proche de celui de Richard Strauss ou Paul Hindemith que de celui d’Alban Berg, et l’œuvre devint la première création d’après-guerre au Festival de Salzbourg. Von Einem remania la partition après la première pour lui donner une force dramatique encore plus importante.

Die Liebe der Danae Richard Strauss (1952)
Ultime opéra du compositeur autrichien, l’œuvre n’a été jouée qu’une seule fois au Palais Garnier, le 16 mai 1953, en langue française. Définie comme une ‘Mythologie Joyeuse’, elle pâtit de la reconnaissance mondiale de Capriccio comme le véritable testament de Richard Strauss, et d’un livret qui n’est pas du niveau de ceux conçus par le musicien et son collaborateur, Hugo Von Hofmannsthal, qui n’avait écrit qu’un scénario en 1920. Néanmoins, Strauss considéra la musique du troisième acte, le plus long, comme une de ses meilleures pages.

Alvis Hermanis en a réalisé une nouvelle production au Festival de Salzbourg en août 2016.

Boulevard Solitude Hans Werner Henze (1952)
Inspiré de Manon Lescaut de l’abbé Prévost, Boulevard Solitude est le premier opéra d’un compositeur allemand âgé de seulement 26 ans qui ne connaissait que les versions de Massenet et de Puccini. Son action est relocalisée dans le Paris d’après-guerre et la musique est imprégnée, entre autre, d’influence bergienne mais également jazz, bien que tonalité et atonalité s’y côtoient en toute liberté.

A Midsummer Night’s Dream Benjamin Britten (1960)
Brillamment adapté de la pièce de William Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été conserve les ressorts fantastiques de la comédie originale et jouit d’une musique magnifiquement inspirée. Créée au Festival d’Aldeburgh en 1960, avec Alfred Deller dans le rôle d’Oberon, l’œuvre s’est rapidement imposée sur les scènes internationales.

En 1991, Robert Carsen réalisa une mise en scène légendaire pour le Festival d’Aix en Provence où elle fut reprise en 2015 après un quart de siècle de voyage.

Le Roi David Arthur Honegger (1960)
Le Roi David est une œuvre musicale qui existe en deux versions, l’une composée en 1921 pour un orchestre de 17 musiciens, chœur mixte et solistes au Théâtre du Jorat de Charleville Mézières, l’autre réorchestrée en oratorio et traduite en allemand en 1923 à Winterthour, en Suisse, qui la débarrasse de son trop plein sensualiste.

Arthur Honegger confia le texte à l’écrivain René Morax qui y vit une occasion de rapprocher la Bible de sa fascination pour l’Orient des Indes.

L’Opéra de Paris accueillit l’ouvrage pour 7 représentations en 1960, dans une mise en scène de Maurice Sarrazin, et l’institution l'a récemment programmé pour un soir, en version concert, le 25 mars 2011, dans sa version originale, sous la direction de Patrick Marie-Aubert.

King Priam Michael Tippett (1962)
Après son premier opéra, Midsummer Marriage (1955), Michael Tippett créa King Priam à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Coventry, pour laquelle fut également composé le War Requiem de Benjamin Britten. Basée sur le texte de l’Iliade d'Homère, l’intrigue aborde les questions morales que pose l’existence, à commencer par la révélation à Priam du destin de son fils nouveau-né, Pâris, qui sera responsable de sa mort.

La force de l’écriture musicale de Michael Tippett comporte également des touches d’originalités avec l’insertion de passages joués à la guitare, dans l’air ‘O rich soiled land’ chanté par Achille pour Patrocle.

Death in Venice Benjamin Britten (1973)
L’adaptation du roman de Thomas Mann par Benjamin Britten est plus fidèle à l’ouvrage que le film de Luchino Visconti réalisé à la même époque. L’élément marin est toujours présent, comme dans la plupart des œuvres du compositeur britannique, et l’essentiel du rôle principal, écrit pour le ténor Peter Pears, est un long monologue qui traduit les errances de son esprit à l’approche de la mort.

Satyagraha Philip Glass (1979)
Sur un livret écrit par la romancière américaine Constance DeJong, Philip Glass choisit Gandhi comme sujet de son second opéra après la réussite d' Einstein on the Beach qui avait enthousiasmé Avignon en 1976, et qui a récemment été repris au Théâtre du Châtelet en 2014.

L’opéra revient sur le combat du guide spirituel contre le ‘black-act’ en Afrique du Sud, et relie le théoricien de ‘L’étreinte de la vérité’, principe de la non-violence par la désobéissance, à trois grands personnages, Tolstoï, Rabindranath Tagore et Martin Luther King.

Orphée Philip Glass (1991)
Premier volet d’une trilogie dédiée à Jean Cocteau, Orphée est un opéra de chambre écrit en hommage au film surréaliste Orphée (1950) du poète et cinéaste français. La structure répétitive de la musique de Philip Glass réalise un effet hypnotique caractéristique des compositions du musicien américain, mais intègre également des sonorités empruntées au jazz et des impressions d’apesanteur musicale.

L’Amour de loin Kaija Saariaho (2000)
L’Amour de loin est le premier opéra de Kaija Saariaho commandé par Gerard Mortier pour le Festival de Salzbourg en coproduction avec le Théâtre du Châtelet. Sur le livret poétique d’Amin Maalouf, la compositrice finlandaise, qui vit à Paris, a écrit une musique surnaturelle et créé le rôle de Clémence pour la soprano Dawn Upshaw.
Fin 2016, le New-York Metropolitan Opera confia une nouvelle production de l'ouvrage à Robert Lepage.

The Tempest Thomas Ades (2004)
Sur un livret adapté de la pièce de William Shakespeare, La Tempête, de façon à en compacter le texte, le compositeur britannique a produit une musique ayant sa propre force théâtrale, qui lui valut un triomphe au Covent Garden et une reprise 3 ans plus tard.
En 2012, le New-York Metropolitan Opera confia, à l'instar de l’Amour de Loin de Kaija Saariaho, une nouvelle production à Robert Lepage.

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