Publié le 2 Janvier 2017

TV-Web Janvier 2017 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 01 janvier 2017 sur France 2 à 11h05
Concert du nouvel an de Vienne - Philh de Vienne - dm Dudamel

Dimanche 01 janvier 2017 sur Arte à 18h40
Concert de Noël à la Fenice de Venise - dm Luisi

Feola - Osborn

Dimanche 08 janvier 2017 sur France 3 à 00h30
Le Vaisseau Fantome (Wagner) - ms Schulin - dm Roth

Walker - Brimberg - Reijans

Dimanche 08 janvier 2017 sur Arte à 18h20
Ravel, Poulenc, Chabrier, Massenet - dm Simon Rattle - Philh. de Berlin

Dimanche 08 janvier 2017 sur Arte à 23h50
Sous le charme d'Anne-Sophie Mutter

Lundi 09 janvier 2017 sur Arte à 00h45
Symphonie n°9 (Beethoven) et Concerto pour piano n°22 (Mozart) - dm Rattle

Dimanche 15 janvier 2017 sur France 3 à 00h30
Orfeo (Rossi) - ms Mijnssen - dm Pichon - Ensemble Pygmalion

Van Wanroij - Aspromonte - Bridelli - Semenzato, Donato

Dimanche 15 janvier 2017 sur Arte à 16h35
L'Elbphilharmonie à la figure de proue de Hambourg

17h30 Concert d'ouverture - dm Hengelbrock

Dimanche 15 janvier 2017 sur Arte à 23h50
Le Choeur de l'église Sainte-Croix de Dresde

Lundi 16 janvier 2017 sur Arte à 02h00
Intégrale des symphonies de Brahms - dm Hengelbrock

Vendredi 20 janvier 2017 sur France 2 à 00h45
Didon et Enée (Purcell) - ms Lubek - dm Dumestre - Le Poème Harmonique

Genaux - Neven - Quintans - Mauillon

Dimanche 22 janvier 2017 sur France 3 à 00h30
La Naissance d'Osiris. Daphnis et Eglé (Rameau) - ms Daneman - dm Christie

Van Mechelen - Fonnard - Leger - Richard

Dimanche 22 janvier 2017 sur Arte à 18h20
Danses slaves (Dvorak) - dm Rattle - Philh. de Berlin

Dimanche 29 janvier 2017 sur Arte à 18h30
La Valse, Daphnis et Chloe (Ravel) - dm Mehta - Philh. d'Israel

Mezzo et Mezzo HD

Dimanche 01 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Agrippina de Haendel au Theater an der Wien

Mercredi 04 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky

Vendredi 06 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Idomeneo de Mozart au Theater An Der Wien

Samedi 07 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Valery Gergie dirige Samson et Dalila de Saint-Saëns

Dimanche 08 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Les Troyens de Berlioz au Royal Opera House

Mercredi 11 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Valery Gergiev dirige Guerre et Paix de Prokofiev au Mariinsky de Saint-Pétersbourg

Jeudi 12 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Macbeth de Verdi au Royal Opera House de Londres

Samedi 14 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Jonas Kaufmann chante Parsifal de Wagner au Metropolitan Opera de New York

Dimanche 15 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Agrippina de Haendel au Theater an der Wien

Mercredi 18 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
La Finta Giardiniera de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence

Vendredi 20 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Idomeneo de Mozart au Theater An Der Wien.

Samedi 21 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
William Christie dirige Didon et Enée de Purcell à l'Opéra Comique

Samedi 21 janvier 2017 sur Mezzo HD à 22h30
Macbeth de Verdi au Royal Opera House de Londres

Dimanche 22 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Les Troyens de Berlioz au Royal Opera House

Mercredi 25 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Kent Nagano dirige Boris Godounov de Moussorgski à Munich

Vendredi 27 janvier 2017 sur Mezzo HD à 20h30
Les Troyens de Berlioz au Royal Opera House

Samedi 28 janvier 2017 sur Mezzo à 20h30
Idomeneo de Mozart au Theater An Der Wien

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Concert Arte

Macbeth (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

La Flûte Enchantée (Académie du Teatro alla Scala)

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

Samson et Dalila (Opéra National de Paris)

Norma (Teatro Real de Madrid) - ms Davide Livermore

Manon (Grand Théâtre de Genève) - ms Olivier Py

Mefistofele (Festival de Baden Baden) - ms Philipp Himmelmann

Les Trois Ténors - les inédits

 

Sur Operaplatform, Culturebox etc...

I Puritani - Opéra de Paris - jusqu'au 06 janvier 2017

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence jusqu'au 06 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Les Damnés (Festival d'Avignon) jusqu'au 11 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

"In Parenthesis" au Wales Millennium Center jusqu'au 31 janvier 2017

 

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Le Vaisseau Fantôme (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 12 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Labirinto d'amore (Festival de Sable) jusqu'au 25 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

 

Otello (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 23 mars 2017

Le Prince Igor (Bolshoi) jusqu'au 24 mars 2017

Les Noces de Figaro (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 26 mars 2017

 

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Eliogabalo (Opéra National de Paris) jusqu'au 08 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

La Bohème - Teatro Regio jusqu'au 20 avril 2017

Goplana - Polish National Opera jusqu'au 02 mai 2017

The Nose - Covent Garden jusqu'au 08 mai 2017

Les Contes d'Hoffmann (Opéra National de Paris) jusqu'au 22 mai 2017

Les perles de Cléopâtre (Komische Oper Berlin) jusqu'au 02 juin 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

Le Coq d'Or (La Monnaie de Bruxelles) jusqu'au 22 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 20 octobre 2017

Nabucco (Opera Royal de Wallonie) jusqu'au 27 octobre 2017

Aquagranda de Filippo Perocco (Teatro La Fenice) jusqu'au 14 novembre 2017

Le Requiem de Mozart (Philharmonie de Paris) - dm rené Jacobs - jusqu'au 26 novembre 2017

Don Giovanni (Opéra de Liège) jusqu'au 23 novembre 2017

Le Vaisseau Fantome (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 27 décembre 2017

La Bohème (Festival d'Opéra en plein air) jusqu'au 29 décembre 2017

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 23 Décembre 2016

Rapprochement Lune-Jupiter-Spica du 23 décembre 2016

Vendredi 23 décembre, dans les lueurs de l’aube qui, une heure trente avant le lever du Soleil, commencent à éclaircir l’horizon, la Lune, Jupiter et l’étoile Spica se retrouvent pour dessiner un triangle sur les flancs de la Vierge.

S’admire ainsi l’éclat du satellite terrestre qui se réfracte à travers un fin nuage pour en concentrer un rayon en direction de l’étoile principale de la constellation.

La Lune, Jupiter (en haut, à droite), et Spica (en bas) le 23 décembre 2016 à 07h30 Heure locale

La Lune, Jupiter (en haut, à droite), et Spica (en bas) le 23 décembre 2016 à 07h30 Heure locale

Jupiter, encore située à 850 millions de kilomètres, se rapproche dorénavant de nous. Nous en serons au plus proche le 07 avril 2017, où son diamètre apparent aura alors augmenté d’un quart de ses dimensions actuelles.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 5 Décembre 2016

Iphigénie en Tauride (Christoph Willibald Gluck)
Représentations du 04 et 22 décembre 2016
Palais Garnier

Iphigénie Véronique Gens
Oreste Etienne Dupuis
Pylade Stanislas de Barbeyrac
Thoas Thomas Johannes Mayer
Diane Adriana Gonzalez
Une femme grecque Emanuela Pascu
Un Scythe Tomasz Kumiega
Iphigénie (rôle non chanté) Renate Jett
Oreste (rôle non chanté) Pablo Villaud-Vivien

Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2006)
Décors, costumes Malgorzata Szczesniak
Direction musicale Bertrand de Billy                                
Stanislas de Barbeyrac (Pylade)

Après Alceste et Orphée et Eurydice, Iphigénie en Tauride fait partie des trois oeuvres de Christoph Willibald Gluck régulièrement représentées à l’Opéra National de Paris depuis 1973, date de l’arrivée de Rolf Liebermann à la direction de l’institution. Toutefois, elle est la seule créée particulièrement pour Paris, les deux autres étant des adaptations françaises des versions originales viennoises.

Véronique Gens (Iphigénie)

Véronique Gens (Iphigénie)

Et autant cette Iphigénie mit fin à la querelle entre les défenseurs de l’italien Piccini et les défenseurs du protégé de Marie-Antoinette, autant la version scénique qui en fut donnée en 2006, avec le soutien de Gerard Mortier, ouvrit un nouveau débat autour de la confrontation entre interprétation métaphysique et fidélité à la littéralité de l’ouvrage.

Car Krzysztof Warlikowski, riche d’un passé théâtral précédemment développé en Pologne, et apparu quelques années auparavant au Festival d’Avignon, entend reprendre les mythes anciens pour nous parler de l’homme contemporain et de ses névroses.

Renate Jett (Iphigénie)

Renate Jett (Iphigénie)

Iphigénie est une femme sacrifiée par sa famille, n’ayant pas assisté aux massacres survenus à Mycènes, au retour d’Agamemnon de la guerre de Troie, mais qui en a le pressentiment à travers ses propres cauchemars.

Nous ne la retrouvons donc pas en toge blanche sur une île déserte stylisée telle qu’elle est représentée au Théâtre des Abbesses, au même moment, dans une mise en scène de Jean-Pierre Vincent, mais dans une maison de retraite, à la fin de sa vie.

Renate Jett (Iphigénie) et Thomas Johannes Mayer (Thoas)

Renate Jett (Iphigénie) et Thomas Johannes Mayer (Thoas)

Un dragon rouge serpente sur le fond de scène, signe que le metteur en scène va s’intéresser aux monstres qui hantent l’âme humaine, des vieilles dames déambulent dans cet espace clos, et une paroi semi-réfléchissante définit des espaces distincts afin de faire vivre en même temps le présent, pathétique, les souvenirs de l’enfance, en famille, et les mécanismes psychanalytiques qui régissent les êtres.

Véronique Gens apparaît soit dans son costume de vieille actrice, soit en robe rouge, au printemps de sa jeunesse, et une comédienne, Renate Jett, la double, aussi bien dans le passé que dans le présent.

Stanislas de Barbeyrac (Pylade) et Etienne Dupuis (Oreste)

Stanislas de Barbeyrac (Pylade) et Etienne Dupuis (Oreste)

Pour le public, le défi est d’arriver à saisir cette interpénétration de différentes réalités, portée par deux artistes distinctes, qui ne concerne pourtant qu’une seule et même personne.

Les relations affectives qui lient Oreste et Pylade, son ami de cœur, ainsi qu'Oreste et sa propre sœur, sont décrites avec une terrible vérité par la façon qu'ont les chanteurs de se toucher, se répondre, s’enlacer, et de vivre leurs souffrances respectives.

L’influence de la psychanalyse, à laquelle Warlikowski croit bien plus qu’en l’histoire elle-même, se perçoit dans la figure d’Oreste, les yeux ensanglantés, et par la pantomime jouée par deux acteurs qui revivent le crime d’Oreste envers Clytemnestre, tout en montrant un acteur nu (Pablo Pillaud-Vivien), désirant pour sa mère, qu’il assassine pourtant, titubant, de coups fulgurants. 

Pantomime du meurtre de Clytemnestre par Oreste (Pablo Villaud-Vivien)

Pantomime du meurtre de Clytemnestre par Oreste (Pablo Villaud-Vivien)

Les lumières, parfois blafardes, parfois d'un rouge sang, imprègnent la scène de mondes étranges, irréels et cauchemardesques, comme le livret le suggère. Thoas est de plus représenté en impuissant, et en séquestreur d’Iphigénie.

Enfin, les histoires de familles se devinent en arrière-plan, les images d’un mariage heureux conventionnel qui va être défait par l’horreur de la vie.

Les images parlent plus que le texte, et la beauté naît de la brutalité de cette souffrance exprimée par un chant intense et magnifique sous les lèvres de la nouvelle distribution réunie ce soir.

Véronique Gens (Iphigénie)

Véronique Gens (Iphigénie)

Véronique Gens, qui fut elle-même Alceste sur ces planches à l’été 2015, incarne une Iphigénie immanente, digne à tous les âges de la vie, élégante actrice, elle qui est habituée à jouer avec des metteurs en scène tels Olivier Py, Ivo van Hove et Michael Haneke.

Son chant, haut et étiré, subtilement vibrant, suit de longues lignes fuyantes et dramatiques, dépouillées de tout effet réaliste et appuyé, qui préservent l’épure de sa stature, malgré l’immaturité affective qu’elle exprime. Son portrait, très différent de la femme-enfant de Maria Riccarda Wesseling, en 2006, est celui de la sérénité accomplie malgré le dolorisme le plus vif.

Elle est une des rares chanteuses françaises à pouvoir envelopper un personnage avec une profondeur qui ne trahit aucun faux-semblant.

Etienne Dupuis (Oreste) et Stanislas de Barbeyrac (Pylade)

Etienne Dupuis (Oreste) et Stanislas de Barbeyrac (Pylade)

Et elle est entourée par deux autres chanteurs francophones absolument fantastiques. Stanilas de Barbeyrac, ténor issu de l’atelier lyrique, prend à chaque nouveau rôle une dimension de plus en plus affirmée. Ici, il transmet toute la révolte passionnée de Pylade avec une clarté virile, présente, superbement déclamée, à laquelle un physique de jeune Siegmund romantique ne fait que renforcer le charme inhérent. Ses tressaillements, ses gestes d’affection et la gravité du regard le rendent très touchant car ils crédibilisent sa sensibilité.

Inconnu jusqu’à présent à l’Opéra de Paris, où il reviendra régulièrement au cours des futures saisons, la splendide révélation d’Etienne Dupuis ne peut que laisser abasourdi plus d’un spectateur.

Formidable par ses attaques vocales, la projection et la netteté, rien ne semble venir à bout de ce jeune baryton, franc et démonstratif, qui marque clairement son désir de s’ancrer sur la scène du Palais Garnier. Il veut toucher le public, et il y réussit pleinement.

Etienne Dupuis (Oreste) et Véronique Gens (Iphigénie)

Etienne Dupuis (Oreste) et Véronique Gens (Iphigénie)

Quant à Thomas Johannes Mayer, en Thoas, il démontre une éloquence inattendue dans la langue française, mais ne fait pas oublier la noirceur inhumaine que Franck Ferrari poussa à l’extrême lors de la création de ce spectacle.

Disposés dans la fosse d’orchestre, parmi les musiciens, les trois artistes de l’atelier lyrique, Adriana Gonzalez, Emanuela Pascu, Tomasz Kumiega ont la chance d’être très bien mis en valeur en participant à cette prestigieuse reprise, ce qui conforte la maison dans sa capacité à renforcer les distributions des ouvrages qu’elle représente.

Par contraste avec les Musiciens du Louvre qui avaient, sous la direction de Marc Minkowski, joué la musique de Gluck en la colorant de traits pathétiques et chaleureux, il y a dix ans, un orchestre aussi moderne que celui de l’Opéra de Paris ne peut recréer exactement ces sonorités baroques.

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski

Au contraire, Bertrand de Billy lisse la pâte sonore de l’orchestre, étonnamment fluide, marine, sans aucun pathos, ce qui est inhabituel pour la musique de Gluck. Les détails des sonorités ne se perdent pas pour autant, mais ils semblent pris dans des nimbes obscurs et envoûtants, qui participent sans doute à une concordance entre la modernité du travail scénique et la qualité diluée du flot orchestral.

Les chœurs, dissimulés sous la scène, prennent ici une valeur subliminale.

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Publié le 3 Décembre 2016

TV-Web Décembre 2016 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 04 décembre 2016 sur France 3 à 00h30
Les Damnation de Faust - Opéra de Rouen - ms Roels - dm Krüger

Fenton, Gautrot, White, Herriau - Choeur Accentus

Dimanche 04 décembre 2016 sur Arte à 18h00
Chantons la libération

Lundi 05 décembre 2016 sur Arte à 00h00
Les Enchanteurs - doc. sur les répétitions d'une production à La Monnaie

Vendredi 09 décembre 20156 sur France 2 à 00h45
Les Chevaliers de la Table Ronde (Hervé) - ms Weitz - dm Grapperon

Bigourdan, Philippot, Marzorati, Vidal, Perruche, Neumann

Dimanche 11 décembre 2016 sur France 3 à 00h30
Shéhérazade (Rimski-Korsakov) - Phil. de Saint-Pétersbourg - dm Termikanov

Dimanche 11 décembre 2016 sur Arte à 18h00
Rossini, Paganinin, Verdi - dm Chailly

Dimanche 18 décembre 2016 sur Arte à 18h00
Cto pour violon (Tchaikovski)

Lundi 19 décembre 2016 sur Arte à 00h10
Magnificat (Bach) - dm Hengelbrock - Orchestre de Paris

Samedi 24 décembre 2016 sur Arte à 17h50
Airs d'Opéras de Verdi, Bellini, Puccini,Bizet - Opéra de Paris - dm Jordan

Dimanche 25 décembre 2016 sur Arte à 01h20
Cantates de Noël (Bach) - dm Herreweghe

Dimanche 25 décembre 2016 sur Arte à 16h20
Le Beau Danube Bleu, histoire d'une valse

Dimanche 25 décembre 2016 sur arte à 18h10
Gala de Noël à Vienne - dm Ortner

Vendredi 30 décembre 2016 sur France 2 à 00h45
Les Puritains (Bellini) - Opéra de Paris - ms Pelly - dm Mariotti

Maria Agresta, Dmitry Korchak, Marius Kwiecen, Michele Pertusi

Vendredi 30 décembre 2016 sur Arte à 20h00
L'Oiseau de Feu (Stravinsky)

La Légende de la ville invisible de Kitège (Rimski-Korsakov) - dm Gergiev


Mezzo et Mezzo HD

Vendredi 02 décembre 2016 sur Mezzo HD à 22h52
Jonas Kaufmann et Bryn Terfel chantent La Damnation de Faust de Berlioz à l'Opéra de Paris

Samedi 03 décembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Esa-Pekka Salonen dirige Le Château de Barbe-Bleue et La Voix humaine à l'Opéra de Paris

Dimanche 04 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Joyce DiDonato chante Maria Stuarda de Donizetti au Metropolitan Opera de New York

Mercredi 07 décembre sur Mezzo à 20h30
Max Emanuel Cencic chante Farnace de Vivaldi

Vendredi 09 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Jonas Kaufmann chante Parsifal de Wagner au Metropolitan Opera de New York

Samedi 10 décembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Mozart: Don Giovanni, avec Erwin Schrott et Anna Netrebko à Baden-Baden

Dimanche 11 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Met de New York

Mercredi 14 décembre sur Mezzo à 20h30
Jonas Kaufmann et Bryn Terfel chantent La Damnation de Faust de Berlioz à l'Opéra de Paris

Jeudi 15 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Joyce DiDonato chante La Donna del Lago de Rossini au Metropolitan Opera

Samedi 17 décembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Le Roi Arthus de Chausson à l'Opéra de Paris

Dimanche 18 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Joyce DiDonato chante Maria Stuarda de Donizetti au Metropolitan Opera de New York

Mercredi 21 décembre sur Mezzo à 20h30
Max Emanuel Cencic chante Alessandro de Haendel à Versailles

Vendredi 23 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Jonas Kaufmann chante Parsifal de Wagner au Metropolitan Opera de New York

Samedi 24 décembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Rigoletto de Verdi au Metropolitan Opera de New York

Dimanche 25 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Cavalleria Rusticana et Pagliacci au Met de New York

Mercredi 28 décembre sur Mezzo à 20h30
Ariodante de Haendel au Festival d'Aix-en-Provence

Vendredi 30 décembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Joyce DiDonato chante La Donna del Lago de Rossini au Metropolitan Opera

Samedi 31 décembre 2016 sur Mezzo à 20h30
La Dame de Pique de Tchaikovsky par Valery Gergiev

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Concert Arte

Mitridate, re di Ponto (Théâtre des Champs Elysées)

Macbeth (Théâtre de La Monnaie)

"Senza Sangue" de Péter Eötvös et "Bluebeard’s Castle"(Armel Opera Festival)

"Maria de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla à l'Armel Opera Festival

"The Angel of the Odd" et "The Tell-Tale Heart" de Bruno Coli à l'Armel Opera Festival

"Elegy for Young Lovers" de H.W. Henze à l'Armel Opera Festival

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

"The Omnibus Opera" à l'Armel Opera Festival

La Flûte Enchantée (Académie du Teatro alla Scala)

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

Samson et Dalila (Opéra National de Paris)

Norma (Teatro Real de Madrid) - ms Davide Livermore

Manon (Grand Théâtre de Genève) - ms Olivier Py

Mefistofele (Festival de Baden Baden) - ms Philipp Himmelmann

 

Sur Operaplatform, Culturebox etc...

Macbeth (Latvian National Opera) jusqu'au 10 décembre 2016

La Dame de Pique - ms Herheim (Dutch National Opera) jusqu'au 20 décembre 2016

Eugène Onéguine (Festival Garsington) jusqu'au 29 décembre 2016

La Chute des Dieux - ms J.Simons - Avignon 2005 jusqu'au 30 décembre 2016

 

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence jusqu'au 06 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Les Damnés (Festival d'Avignon) jusqu'au 11 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

"In Parenthesis" au Wales Millennium Center jusqu'au 31 janvier 2017

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Labirinto d'amore (Festival de Sable) jusqu'au 25 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Otello (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 23 mars 2017

Le Prince Igor (Bolshoi) jusqu'au 24 mars 2017

Les Noces de Figaro (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 26 mars 2017

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Eliogabalo (Opéra National de Paris) jusqu'au 08 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

La Bohème - Teatro Regio jusqu'au 20 avril 2017

Goplana - Polish National Opera jusqu'au 02 mai 2017

The Nose - Covent Garden jusqu'au 08 mai 2017

Les Contes d'Hoffmann (Opéra National de Paris) jusqu'au 22 mai 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 20 octobre 2017

Nabucco (Opera Royal de Wallonie) jusqu'au 27 octobre 2017

Aquagranda de Filippo Perocco (Teatro La Fenice) jusqu'au 14 novembre 2017

Don Giovanni (Opéra de Liège) jusqu'au 23 novembre 2017

 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 30 Novembre 2016

Cavalleria Rusticana / Sancta Susanna (Pietro Mascagni / Paul Hindemith)
Répétition du 26 novembre 2016 et représentation du 03 décembre 2016
Opéra Bastille

Cavalleria Rusticana (1890)
Production de la Scala de Milan (2011)
Santuzza Elena Zhidkova (le 26) Elina Garanca (le 03)
Turiddu Yonghoon Lee
Lucia Elena Zaremba
Alfio Vitaliy Bilyy
Lola Antoinette Dennefeld

Sancta Susanna (1922)
Nouvelle production
Susanna Anna Caterina Antonacci
Klementia Renée Morloc
Alte Nonne Sylvie Brunet-Grupposo
Die Magd Katharina Crespo
Ein Knecht Jeff Esperanza

Direction Musicale Carlo Rizzi
Mise en scène Mario Martone
Chœur et orchestre de l’Opéra National de Paris     
 Antoinette Dennefeld (Lola)

Comment et pourquoi réunir deux œuvres qui n’ont absolument rien à voir ? 
La première, Cavalleria Rusticana, est née d’un concours organisé par un éditeur italien, Sonzogno, désireux de concurrencer les éditeurs de Verdi, Puccini et Wagner.  Dès sa création à Rome, en 1880, l’opéra en un acte de Pietro Mascagni redéfinit un genre, le Vérisme.

Elena Zhidkova (Santuzza) - 26 novembre, Bastille

Elena Zhidkova (Santuzza) - 26 novembre, Bastille

La seconde, Sancta Susanna, est le dernier volet d’un triptyque érotique composé par Paul Hindemith, en 1921, dans une logique de provocation de la morale sexuelle bourgeoise, tout en restant fidèle au principe de tonalité. Cette dernière composition, née des fantasmes d’un jeune homme de 26 ans, fut jugée si choquante que l’Association des femmes catholiques de Frankfort réclama des dommages et intérêts.

La scénographie imaginée par Mario Martone pour Cavalleria Rusticana, en 2011, à la Scala de Milan, offre naturellement un élément commun aux deux opéras, un grand Christ en croix.

Le choeur

Le choeur

Elle est en apparence décevante, car l’ouverture est jouée face au grand rideau noir, même pendant l’air de Turiddu, et parce qu’elle se démarque par l’absence de références visuelles au pittoresque de la campagne sicilienne. Le lent déplacement d’une maison close, le temps d’une minute ou deux, témoigne cependant d’une volonté d’utiliser principalement l’espace vide et sombre de la scène pour renforcer l’impression d’isolement et d’opposition de Santuzza par rapport à la communauté de son village. Pendant l'office de Pâques, la jeune paysanne est en effet tournée vers le public, dos à la cérémonie,

Par sa présence, le chœur, assis au centre de la scène sur plusieurs rangées de chaises, magnifique et impressionnant de force et de détermination, induit une pression sociale qui cherche à la contraindre à renoncer à sa passion humaine afin de revenir vers Dieu. 

Elena Zaremba (Lucia)

Elena Zaremba (Lucia)

Mais malgré le plateau totalement nu, l’échange final entre Turiddu et sa mère en est poignant de désolation. On croirait alors, après le meurtre du jeune homme, que c’est le peuple lui-même, marchant lentement vers l'avant-scène, qui l’a éliminé afin de ramener le calme parmi les habitants.

Mario Martone a choisi le dépouillement théâtral, certes, mais il a travaillé les éclairages de façon à créer des clairs obscurs et des nuages d’ombres comme dans les tableaux du Caravage.

Yonghoon Lee (Turiddu)

Yonghoon Lee (Turiddu)

Yonghoon Lee, en Turiddu, est un ténor d’une solidité infaillible, très assuré, mais ancré dans une attitude si dure et noire qu’il ne laisse place à aucune nuance de compassion. Il n'en est pas moins touchant tant ses appels drainent un sentiment de désespérance fatale.

A l’inverse, Antoinette Dennefeld, en Lola, laisse transparaître un galbe pulpeux et séducteur que l’on retrouvera dans le rôle de Mercédès lors des représentations de Carmen prévues en seconde partie de saison.

Yonghoon Lee (Turiddu) et Elena Zhidkova (Santuzza) - le 26 novembre, Bastille

Yonghoon Lee (Turiddu) et Elena Zhidkova (Santuzza) - le 26 novembre, Bastille

Lucia tourmentée, Elena Zaremba évoque aussi la puissance de l’autorité maternelle à laquelle répond la théâtralité froide et tragique d’Elena Zhidkova. Le regard noir, la torpeur amoureuse dépourvue d’espoir, la volonté de ne rien masquer du cauchemar qu’elle vit, la soprano russe restitue tous ces sentiments terribles sans verser dans le mélodrame, une fascinante leçon de présence.

On ne peut alors qu'admirer la différence de perception scénique avec celle qui interprète également, en alternance, le rôle de Santuzza, Elina Garanca. Le timbre de la mezzo-soprano lettone a en effet le même pouvoir de séduction que la grande mezzo américaine des années 70/80, Shirley Verrett.

Elena Zaremba (Lucia) et Elina Garanca (Santuzza) - 03 décembre, Bastille

Elena Zaremba (Lucia) et Elina Garanca (Santuzza) - 03 décembre, Bastille

Aigus royaux, dramatisme et volupté des graves, sentiment d'une totalité vocale impressionnante, ses attitudes corporelles prolongent aussi de façon plus conventionnelle les tensions intérieures de l'héroïne. Sur ce dernier point, Elena Zhidkova, telle une bête blessée, apparaît plus névrosée et tendue vers une personnalité au bord du gouffre, ce qui est aussi très poignant à voir et à entendre.

Et Vitaliy Bilyy, en Alfio, complète cette distribution franche et sans concession, par une prestance fière, d’un impeccable aplomb.

Engagé dans une direction orchestrale vive, non dépourvue de tonitruances, et modérée dans ses effets de pathos, Carlo Rizzi n’en mène pas moins l’ensemble des artistes vers un engagement scénique assez galvanisant, qui va se déployer plus largement en seconde partie de soirée.

Anna Caterina Antonacci (Susanna)

Anna Caterina Antonacci (Susanna)

Car après le vide de cet espace immense qui fait ressentir l’absence intérieure laissée dans l’âme de Santuzza, les 25 minutes de Sancta Susanna vont nous faire vivre un choc comparable à un condensé d’Elektra. Décor cette fois évocateur d’une petite cellule d’un couvent éclairée par une toute petite fenêtre et une lueur interne à la pièce, l’échange initial entre Klementia et Susanna, qui se déroule selon un mode conventionnel, laisse place à la rencontre entre la jeune sœur et une jeune femme, la montée d’un désir trouble qui prend soudainement une dimension totalement fantastique.

Anna Caterina Antonacci (Susanna)

Anna Caterina Antonacci (Susanna)

Eclatement du costume religieux d'Anna Caterina Antonacci, voix sidérante de couleurs sensibles au timbre inimitable, exaltation d’une poitrine que les éclairages érotisent tout en préservant la pudeur de cette scène de libération, danse sensuelle d’une actrice nue sur le corps du Christ en croix, ce tableau est si captivant et court, qu'on le vit comme un concentré fantasmatique qui ne laisse aucune place à la raison, d'autant plus qu'il s'achève, à nouveau, par l'effacement de cette vision au regard de la communauté religieuse.

Carlo Rizzi, lui aussi, se libère totalement dans cette musique volcanique, dont il n’est pas dit qu’il nous fasse entendre tous les tressaillements harmoniques, mais qui accentue les traits menaçants à en rendre palpable la présence diabolique sous jacente.

Amples respirations, détails insolites, la musique d'Hindemith est une formidable découverte qui vient s'ajouter au Cardillac, offert à Paris par Gerard Mortier, et à Mathis der Maler, sublimé par la mise en scène d'Olivier Py sous la direction de Nicolas Joel.

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Publié le 29 Novembre 2016

Les Nuisibles (Compagnie Les Cassandres)
Représentation du 27 novembre 2016
La Grange aux Dîmes - Carrières-sur-Seine

Soprano Elisabeth Baz
Piano Julie Traouën
Comédienne et metteur en scène Dorothée Daffy

A la lecture du riche programme de ce concert - pas moins de 16 airs de compositeurs aussi divers que Claudio Monteverdi, Franz Schubert, Jacques Offenbach, Georges Bizet, Jules Massenet, Claude Debussy, Manuel de Falla, Erik Satie, Kurt Weill, György Ligeti, Gian Carlo Menotti émaillent ce voyage d'une heure et quart - on ne peut s'empêcher d'être à la fois stimulé par les découvertes musicales qu'il recèle, qu'intrigué par la logique sur laquelle il est construit.

Dorothée Daffy - comédienne

Dorothée Daffy - comédienne

Car comment et pourquoi lier des oeuvres qui couvrent plus de 300 ans d'histoire de la musique? Que veulent nous dire ces contes issus de traditions populaires Inuit, Japonaise ou plus familièrement française?

Il y est question d'animaux, corbeau, baleine, tigre, loup, et aussi de la figure omniprésente du chasseur. Mais même ces contes qui ne nous semblent pas tous inconnus résonnent différemment de l'esprit que nous leur connaissons bien. Le loup du petit Chaperon rouge nous paraît bien sympathique, en revanche, le corbeau qui détruisit par bêtise l'âme d'une baleine, et qui finit par se transformer en petit homme fier de son crime, n'est pas sauvé.

La Grange aux Dîmes

La Grange aux Dîmes

Et si Dorothée Daffy avait remodelé ces contes pour revaloriser la vie et remettre l'homme à sa place? Quelle surprise d'entendre ce vieux conte japonais relatant l'histoire d'un homme coincé sur une falaise, pris entre deux tigres, en haut et en bas, prêts à le dévorer, et qui ne trouve pas mieux que de se saisir des meilleures baies à portée de main pour jouir de leur saveur! Pourtant, ce conte philosophique qui invite à apprécier l'instant présent et la fragilité de la vie semble ici empreint d'une volonté de ramener l'homme à une humble prise de conscience face à la puissance de la nature. Et peut-être y a t-il aussi une lueur d'envie de pardonner à cet homme pour sa violence? Ou bien  de lui faire peur?

Elizabeth Baz - soprano

Elizabeth Baz - soprano

Le sens des airs choisis s'éclaircit petit-à-petit. Ceux-ci prolongent naturellement l'enjeu émotionnel de ces contes, mais même si nous ne les comprenons pas, certains nous parlent plus que d'autres.

Elizabeth Baz, mélodiste passionnée dans Schubert (Ständchen), exubérante dans Manon (Je suis encor tout étourdie ... j'en suis à mon premier voyage), crée une tension permanente avec les auditeurs, le chant lyrique étant théâtralisé par la précision des mots, l'intensité des vibrations de son timbre clair, et une solide accroche vocale.

Julie Traouën - pianiste

Julie Traouën - pianiste

Sa partenaire, Julie Traouën, au piano, relève un défi aussi ardu non seulement parce qu'elle doit s'adapter au rythme de la soprano, mais aussi parce qu'elle doit dépeindre des ambiances très contrastées qui engagent tout son corps pour tirer et travailler le papillotement des notes, mais aussi pour appuyer des effets bien marqués, presque brutaux, dans la musique de Ligeti rendue célèbre par le film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut.

Dorothée Daffy - comédienne

Dorothée Daffy - comédienne

Dorothée Daffy, une optimiste née, est encore et toujours une actrice drôle et captivante qui prend à coeur de faire partager avec humour et bienveillance sa sensibilité aux aventures des bêtes. Le public est un peu comme ses enfants, mais elle peut aussi s'en détacher pour trouver des poses statiques et expressives même dans l'immobilité.

Un piano sous un large parasol noir, un fauteuil hamac, une plante verte, et surtout quelques projecteurs judicieusement disposés de façon à colorer de doux reflets fuschias et violets murs, fenêtres et faces des éléments de la pièce, la poésie née aussi de ces jeux de lumières dont les effets ne peuvent pas être entièrement prévus à l'avance.

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Publié le 22 Novembre 2016

Les Français - Francuzi (Krzysztof Warlikowski) 
D’après A la recherche du temps perdu de Marcel Proust
Représentations du 19 et 25 novembre 2016
Théâtre National de Chaillot

Charles Morel Bartosz Bielenia
Charles Swann Mariusz Bonaszewski
Marie de Guermantes, Rachel, Phèdre Agata Buzek
Oriane de Guermantes Magdalena Cielecka
Princesse de Parme, Reine de Naples, Gilberte Swann Ewa Dalkowska
Narrateur Bartosz Gelner
Sidonie Verdurin et de Guermantes Malgorzata Hajewska-Krzysztofik
Gustave Verdurin, Gilbert de Guermantes Wojciech Kalarus
Basin de Guermantes Marek Kalita
Alfred Dreyfus Zygmunt Malanowicz
Odette de Crécy Maja Ostaszewska
Baron de Charlus Jacek Poniedzialek
Robert de Saint-Loup Maciej Stuhr
Performance Claude Barnouil
Violoncelle Michal Pepol                          
         Magdalena Cielecka (Oriane de Guermantes)

Adaptation Krzysztof Warlikowski, Piotr Gruszczynski
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2015)
Scénographie Malgorzata Szczesniak
Production Nowy Teatr

Plus d’un an après les premières représentations au festival de la Ruhrtriennale, la dernière pièce de Krzysztof Warlikowski, dédiée à l’ouvrage majeur de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, fait écho au dernier roman d’Olivier Py, Les Parisiens.

Car aussi bien dans Les Français que dans Les Parisiens, il est fait une description d’une société qui tourne à vide, malgré ses ambitions, sans qu'aucune aspiration à un idéal salvateur ne se découvre.

Bartosz Bielenia (Morel) et Maciej Stuhr (Saint-Loup)

Bartosz Bielenia (Morel) et Maciej Stuhr (Saint-Loup)

Et alors qu'une pièce aussi crue qu’Angels in America réservait de très beaux passages d’intimité et de profondeur dans les rapports interpersonnels, le directeur polonais montre de la scène proustienne une suffisance personnelle qui la dénue de toute sensibilité à autrui, ou de toute lucidité.

Le narrateur, incarné par Bartosz Gelner, l’évocation troublante d’un Krzysztof Warlikowski jeune, est représenté tel Proust malade, observant ou revivant son histoire à ce monde qui l’a fait souffrir, une description du mal être qui colle à la peau du metteur en scène.

Bartosz Gelner (Le narrateur) et Maja Ostaszewska (Odette de Crécy)

Bartosz Gelner (Le narrateur) et Maja Ostaszewska (Odette de Crécy)

On reconnait immédiatement Oriane de Guermantes, sophistiquée, parfaitement sûre de son personnage, que Magdalena Cielecka, actrice qui paraît si détachée d’elle-même, joue d’un impressionnant réalisme à travers les gestes les plus furtifs, les petites touches de respirations, et les rictus charmeurs.

C’est d’ailleurs à cette incroyable capacité à créer des personnages plus vrais que nature que se distingue la troupe du Nowy Teatr, une performance rarement aussi aboutie par l’école théâtrale française.

Bartosz Gelner (Le narrateur) et Agata Buzek (Rachel)

Bartosz Gelner (Le narrateur) et Agata Buzek (Rachel)

Krzysztof Warlikowski a ainsi sélectionné plusieurs thèmes, l’attachement aveugle d’Un amour de Swann, - Mariusz Bonaszewski accentue l’état de bête de Swann - la bêtise et le rêve d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs, l’indifférence du Côté des Guermantes, les rapports homosexuels troubles de Sodome et Gomorrhe et Albertine, et l’inévitable déchéance de la vieillesse du Temps retrouvé.

Tout se déroule dans une pièce unique avec, au fond, un bar, surmonté d’un écran large, à gauche, un canapé-lit, et à droite, une cage de verre mobile qui accroît l’impression de cloisonnement.

Maja Ostaszewska (Odette de Crécy)

Maja Ostaszewska (Odette de Crécy)

Claude Barnouil, affublé d’un masque de noir, intervient dans une chorégraphie qui place le noir dans la même posture que la prostituée, Rachel - Agata Buzek -, personnages étranges ici. Nous reviennent alors les images de cette magnifique Lulu interprétée par Barbara Hannigan à La Monnaie, en 2013, et animée par son rêve d’enfance de devenir danseuse classique.

Nous devinerons même l'Adage du Pas de deux de Casse-Noisette arrangé sur une orchestration hard rock assourdissante.

Magdalena Cielecka (Oriane de Guermantes)

Magdalena Cielecka (Oriane de Guermantes)

Les références musicales vont de Im waiting here, de David Lynch et Lykke Li, à Rachel, grand du seigneur, extrait de La Juive d’Halevy, et Also Sprach Zarathusta de Richard Strauss – à travers une référence grotesque à 2001 L’Odyssée de l’Espace – signe de la fin des utopies.

On assiste à une mise en scène habile et fascinante de tous les clichés possibles, les images d’Epinal acides d’homosexuels snobs, les attitudes surfaites de la haute société, et une mise en scène géniale de la théâtralité d’Odette de Crécy, dont le portrait magistralement brossé par Maja Ostaszewska est un grand moment impossible et hilarant de la pièce.

Ewa Dalkowska (Reine de Naples)

Ewa Dalkowska (Reine de Naples)

La vidéo, élément dorénavant incontournable des spectacles de Krzysztof Warlikowski , qui fait d'ailleurs l’objet d’un ouvrage intitulé L’art vidéo à l’opéra (Alternatives théâtrales), est utilisée aussi bien pour souligner de manière très esthétique le thème du désir, à travers les baisers de couples homo et hétéro sexuels, que pour ouvrir sur le désir d’évasion vers les grands espaces de la nature, un paradis perdu pour la société décrite ici.

Bartosz Gelner (Le narrateur)

Bartosz Gelner (Le narrateur)

Certaines scènes sont très physiques, sadomasochisme d’une lutte de corps-à-corps inextricable, scènes de séduction autour du bar, mais la froideur et la dureté du monde, rendues presque charnelles par les respirations en fond sonore, renforcent cette impression d’immersion dans un monde inconnu qui est pourtant l’intériorité de ces personnages.

Maja Ostaszewska (Odette de Crécy) et Bartosz Bielenia (Morel)

Maja Ostaszewska (Odette de Crécy) et Bartosz Bielenia (Morel)

Ewa Dalkowska, elle, en Reine de Naples ou Princesse de Parme, a un rôle plus léger et presque rassurant, la seule lueur maternelle de la scène.

Quant au fascinant Bartosz Bielenia, longue crinière claire qui ajoute au trouble de Charles Morel, il représente une vision artistique naturelle de la fusion des traits masculins et féminins.

Bartosz Gelner (Le narrateur)

Bartosz Gelner (Le narrateur)

Il y a enfin, dans le prolongement de ces figures qui angoissent de se retrouver seules face à la mort, au temps retrouvé, l'ultime scène de l'aveu de Phèdre déclamé avec une force déchirante inouïe par Agata Buzek, la chevelure sauvage, l'instinct suicidaire à fleur de peau.

Impossible d'ignorer l'incarnation d'Isabelle Huppert dans Phèdre(s) quand elle jette de tout son être un 'J'aime!' viscéralement vrai, mais l'actrice polonaise la dépasse en intensité car elle y ajoute l'insondable désespoir de la passion adolescente.

Double du narrateur, et de Krzysztof Warlikowski, à l'instar de Rachel, Phèdre symbolise en fait l'amour passionnel du jeune homme pour Gilberte, et même, cet amour fondamental qui s'est fracassé sur un monde qui y était totalement insensible.

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski

Près de quatre heures de spectacle, hors entractes, une nécessité de le revoir au moins une seconde fois, l’expérience sensorielle de l’univers de Krzysztof Warlikowski, même s’il s’écarte totalement d’un style narratif progressif, et même si un inévitable décrochage du texte survient, est quelque chose qui nous préserve du simplisme ambiant, de la pensée creuse, et qui nous enrichit de sensations indélébiles qui nous font nous sentir un peu plus différents à chaque expérience.

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Publié le 20 Novembre 2016

Les Damnés (Luchino Visconti, Nicola Badalucco, Enrico Medioli)
Représentation du 19 novembre 2016
Comédie Française - salle Richelieu

La mère de Lisa Amaranta Kun
Wolf von Aschenbach Éric Génovèse
Baron Konstantin von Essenbeck Denis Podalydès
Le Commissaire et le Recteur Alexandre Pavloff
Friedrich Bruckmann Guillaume Gallienne
Baronne Sophie von Essenbeck Elsa Lepoivre
Herbert Thallman Loïc Corbery
Elisabeth Thallman Adeline d'Hermy
Günther von Essenbeck Clément Hervieu-Léger
Olga Jennifer Decker
Baron Joachim von Essenbeck Didier Sandre
Martin von Essenbeck Christophe Montenez
Janek Sébastien Baulain

Mise en scène Ivo van Hove       Christophe Montenez (Martin) - Photo : Anne-Christine Poujoulat
Festival d’Avignon 2016

Les Damnés (1969) est l’œuvre de Luchino Visconti qui réunit deux de ses acteurs fétiches, Dirk Bogarde, engagé depuis le début des années 60 dans des films risqués, Victim, The Servant, et Helmut Berger, le partenaire dans la vie du réalisateur italien. Suivront Mort à Venise (1971) et Ludwig ou Le Crépuscule des Dieux (1972) qui sublimeront le lien entre la montée du nazisme et la résurgence du romantisme allemand, portée par un désir de perfection artistique absolu.

L’adaptation théâtrale d’Ivo van Hove suit exactement le scénario et le script du film, mais, ne pouvant reconstituer l’esthétique baroque et raffinée de Visconti, il se concentre sur le huis clos qui enserre la riche famille industrielle de la Ruhr, les Essenbeck, devant l’ascension de l’ambitieux Friedrich Bruckmann, soutenu par Wolf von Aschenbach. 

Christophe Montenez (Martin) - Photo Juliette Parisot

Christophe Montenez (Martin) - Photo Juliette Parisot

A gauche de la scène, les loges intimes où se préparent les acteurs, à droite, les cercueils où la plupart finiront, au centre, un écran qui permet de voir ce qui se déroule dans les moindres recoins. Cet écran cerne également la vérité des visages, comme dans le film original, et amplifie le sordide de ces exécutions en dévoilant la panique de chacun à l’approche de la mort.

Chaque assassinat est également surligné par un éclairage brusque de la salle au son strident d’une cheminée à vapeur placée à l’avant-scène, allusion évidente aux déportations, mais qui peut être brutale pour les spectateurs situés au plus près du plateau.

Par ce procédé, Ivo van Hove prend le risque de réduire l’enjeu politique de la pièce à une intrigue policière digne des Dix petits nègres d’Agatha Christie.

Loïc Corbery (Herbert Thallman) - Adeline d'Hermy (Elisabeth Thallman) - Denis Podalydès (Konstantin) - Photo Juliette Parisot

Loïc Corbery (Herbert Thallman) - Adeline d'Hermy (Elisabeth Thallman) - Denis Podalydès (Konstantin) - Photo Juliette Parisot

Mais lorsque l’on connait bien le film, on ne peut s’empêcher de le croiser, en filigrane et en continu, avec le réel de la pièce, si bien qu’il devient impossible d’apprécier cette dernière sans cette connexion permanente.

Les acteurs, eux, ont tous un peu de cette monotone solennité initiale qui bride leur spontanéité, un trait caractéristique de la Comédie Française, qui peut cependant traduire, dans ce contexte, le corsetage de l’éducation aristocratique des Essenbecks.

Ainsi, c’est Eric Génovèse, en Wolf von Aschenbach manipulateur, narquois et cynique, qui tire le meilleur parti de ce style déclamatoire contrôlé qui renforce l’impression de froide maîtrise inhérente à son rôle de défenseur des intérêts du parti Nazi.

Denis Podalydès (Konstantin) et Sébastien Baulain (Janek) - Photo Audrey Scotto

Denis Podalydès (Konstantin) et Sébastien Baulain (Janek) - Photo Audrey Scotto

A l’opposé, Denis Podalydès est tout sauf bridé, et peu oublieront son impudeur sidérante à vivre l’exaltation dépravée du Baron Konstantin von Essenbeck, avant que les SS ne viennent exterminer les SA et leur volonté d’indépendance. 

Cette scène, qui, dans le film, se déroule à Bad Wiessee, au bord du lac de montagne Tegernsee, se joue sur un sol orangé inondé de bière au son du chant militaire « Wir werden weiter marchieren ». Ivo van Hove n’élude rien de l’homo-érotisme de ce tableau très fort qui repose sur les pitreries de Denis Podalydès et de son partenaire, Sébastien Baulain, dont la fabuleuse sculpture du corps prend une dernière pose d’ange une fois sa vie éteinte.

Et Christophe Montenez, étrangement ressemblant à Helmut Berger, accentue les travers pervers de Martin, sans toutefois reproduire les ambiguïtés de ses faiblesses et de ses doutes, particulièrement visibles dans la première partie du film de Visconti.

Guillaume Gallienne (Friedrich Bruckmann) - Photo Juliette Parisot

Guillaume Gallienne (Friedrich Bruckmann) - Photo Juliette Parisot

Le jeune acteur est fascinant, et après s’être recouvert des cendres des victimes, précautionneusement recueillies dans une urne familiale, ce n’est pas du salut nazi qu’il conclut la pièce, mais d'une tonitruante fusillade tournée vers le public. 

L’insistance à prendre celui-ci à partie est peut-être le point faible de ce spectacle, car le directeur donne le sentiment d’insister et de forcer le trait, au lieu de laisser le spectateur s’imprégner de la violence de la pièce naturellement.

Mais l’on trouve aussi une très belle idée qui nous rapproche de Visconti quand il fait courir Sophie von Essenbeck (Elsa Lepoivre) à travers le théâtre de la Comédie Française, suivie en direct jusque dans la rue Richelieu sur l'écran de scène.

Christophe Montenez (Martin) - Photo Anne Christine Poujoulat

Christophe Montenez (Martin) - Photo Anne Christine Poujoulat

Finalement, la conversion progressive des esprits au nazisme se traduit à la fois par la disparition des êtres et par l'unicité de la couleur vestimentaire de chacun, le noir.

Plus de 40 000 spectateurs vont assister à ces Damnés rien qu'à Paris. La gravité, qui pouvait parfois se lire sur de très jeunes visages, montre en tout cas la force de la pièce et de son texte qui fait prendre conscience à quel point la culture peut craindre, elle aussi, d’un pouvoir bâti sur la puissance de l’argent et de l’obsession sécuritaire.

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Publié le 16 Novembre 2016

The Fountainhead (Ayn Rand)
Représentation du 13 novembre 2016
Théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier

Howard Roark Ramsey Nasr
Henry Cameron Hugo Koolschijn
Peter Keating Aus Greidanus jr.
Mrs. Keating Frieda Pittoors
Guy Francon Hugo Koolschijn
Dominique Francon Halina Reijn
Ellsworth M. Toohey Bart Slegers
Gail Wynand Hans Kesting
Catherine Halsey Janni Goslinga
Steve Mallory Robert de Hoog,
Alvah Scarett Robert de Hoog,

Mise en scène Ivo van Hove
Les musiciens de Bl!ndman [percussions]               Ivo van Hove - photo Valerio Vincenzo

Ayn Rand est une écrivaine russo-américaine née en 1905 dans une famille bourgeoise juive de Saint-Peterbourg sous le nom d’Alisa Zino’yevna Rosenbaum.

Attirée par les valeurs individualistes de l’Amérique, elle migre aux Etats-Unis en 1926 où elle devient scénariste sous la direction de Cecil B. DeMille. Elle épouse alors l’acteur Franck O’Connor.

Ecrite sur une période de sept ans, The Fountainhead est une nouvelle philosophique qui sera son premier grand succès littéraire en 1943. Elle oppose, dans l’univers de l’architecture, Howard Roark - inspiré de l’architecte Frank Lloyd Wright -, le symbole de l’artiste idéaliste et individualiste qui place la matière, l’environnement et son sens créatif au service d’une œuvre, à plusieurs personnalités ayant préféré le compromis de leurs valeurs avec la société afin de s’assurer reconnaissance et réussite matérielle.

Ramsey Nasr (Howard Roark) et Halina Reijn (Dominique Francon) - Photo Jan Versweyveld

Ramsey Nasr (Howard Roark) et Halina Reijn (Dominique Francon) - Photo Jan Versweyveld

Quelques années plus tard, en 1949, ce roman sera adapté au cinéma par King Vidor avec Gary Cooper et Patricia Neal.

Des plus de 700 pages de l’ouvrage, Ivo van Hove n’en a adapté qu’un quart pour en faire un spectacle de 4 heures.

Le décor reproduit l’immense pièce d’un atelier de création, lieu unique qui sert de bureau d’études d’architecture, de chambre à coucher, de salle à manger ou de salle d’édition d’un journal. Des ordinateurs et machines industrielles sont agencés tout autour, renvoyant une image moderne et sans âme d’un lieu de production de masse.

Mais ce n’est pas le point le plus important, car ce qui captive le spectateur tout le long de la représentation est la crédibilité presque viscérale des acteurs qui, pour certains, tels Ramsey Nasr, Halina Reijn, Hans Kesting et surtout Aus Greidanus jr. jouent avec l’énergie animale que leurs corps dégagent.

Halina Reijn (Dominique Francon), Aus Greidanus jr. (Peter Keating), Hugo Koolschijn (Henry Cameron) et Frieda Pittoors (Mrs.Keating) - Photo Christophe Raynaud de lage

Halina Reijn (Dominique Francon), Aus Greidanus jr. (Peter Keating), Hugo Koolschijn (Henry Cameron) et Frieda Pittoors (Mrs.Keating) - Photo Christophe Raynaud de lage

Et même si la fameuse scène de sexe entre Dominique et Howard est poussée presque à son extrême - Ramsey Nasr et Halina Reijn mêlent exhibitionnisme et pudeur d’une façon nonchalamment osée - bien qu’elle soit esthétisée par la médiation d’un écran sur lequel est projeté le champ de la caméra qui les surplombe -, Aus Greidanus jr. dépeint un Peter bouillonnant et débordant de chair et de coups de sang, un regard d’aigle qui le rend plus vivant que ses deux partenaires principaux.

Car il y a une certaine froideur chez Ramsey Nasr et Halina Reijn, une maîtrise physique qui peut faire un peu peur, notamment chez celui qui incarne l’artiste intègre et serein dans l’isolement. L’importance de l’acte sexuel, central dans la pièce, peut être compris comme la manifestation de l’énergie créatrice de celui-ci, ou bien comme l’expression d’une violence intérieure qui va s'exprimer spectaculairement par la destruction des immeubles du Cortlandt project, acte mis en scène avec une force impressionnante qui expulse souffle et poussières sur la scène et sur les premiers rangs de la salle. Mais la nudité est aussi le signe des êtres qui veulent exister par eux-mêmes sans avoir recours aux costumes de la représentation sociale.

Aus Greidanus jr. (Peter Keating) - Photo Toneelgroep Amsterdam

Aus Greidanus jr. (Peter Keating) - Photo Toneelgroep Amsterdam

Le tout sur un fond visuel de tours d’affaires d’une grande citée baignée par le crépuscule lumineux et opératique du Götterdämmerung de Richard Wagner, l’atmosphère de fin de monde qui entoure Gail Wyland est ici rendue avec une force cinématographique qui s’impose subversivement. Hans Kesting est véritablement l’image d’une stature supérieure construite sur une sensibilité qui jaillit d’un regard bienveillant rongé par le doute.

Et alors que l’on assiste à la vacuité grandissante de Peter Keating au fur et à mesure que Aus Greidanus jr. , plutôt débraillé dans sa phase d’ascension, se construit une image de respectabilité structurante, on assiste au contraire à la prise de distance et de liberté de Catherine, sa fiancée, dont il néglige les aspirations à son bonheur privé.

Ivo van Hove, après avoir montré les mécanismes de pression sociale qui l’ont conduite à s’oublier elle-même pour son ami, fait partir de la scène Janni Goslinga avec un éclat et une assurance dénués de toute rancœur mais aussi de toute illusion, dans un grand sourire tourné vers lui. L’image paraît simple, mais elle a une grande valeur suggestive.

Halina Reijn (Dominique Francon) - Photo Christophe Raynaud de lage

Halina Reijn (Dominique Francon) - Photo Christophe Raynaud de lage

Et tout le long du spectacle, les textes choisis résonnent en nous, surtout lorsqu’ils sont déclamés par Ramsey Nasr, car ils révèlent puissamment l’âme de l’artiste qui juge une société, et confirment que ces réflexions écrites dans les années 40 restent toujours actuelles.

Mais il n’y a pas de réponse, ici, à la question de la violence. Est-elle intrinsèque à l’artiste, qui peut avoir un comportement anti-citoyen en détruisant ce qui lui paraît laid sans prendre en considération l’utilité sociale, ou bien provient-elle d’une société qui tend à étouffer l’individualité?

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Publié le 14 Novembre 2016

Joyce DiDonato (Haydn, Strauss, Granados, Heggie)
Récital du 13 novembre 2016
Palais Garnier

Joseph Haydn (1732-1809)
Arianna a Naxos

Richard Strauss (1864-1949)
All mein Gedanken
Du meines Herzens Krönelein
Die Nacht
Ach lieb, ich muss nun scheiden
Traum durch die Dämmerung

Enrique Granados (1867-1916)
Tonadillos: La maja dolorosa

Jake Heggie (né en 1961)
Camille Claudel : Into the Fire (2012)
Textes de Gene Sheer

Mezzo-Soprano Joyce DiDonato                                    Philippe Jordan
Piano Philippe Jordan

Depuis les dernières années du mandat d’Hugues Gall, Joyce DiDonato est une habituée de l’Opéra National de Paris où elle a interprété Haendel (Hercules), Mozart (Le nozze di Figaro, Idomeneo), Rossini (Il barbiere di Seviglia, La Cenerentola, La Donna del Lago) et Bellini (I Capuleti e i Montecchi).

Mais depuis ces six dernières années, le Théâtre des Champs-Elysées est la seule scène parisienne à l’inviter régulièrement.

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Ce récital au Palais Garnier est donc, d’abord, l’aboutissement d’un engagement qu’elle prit avec le chef d’orchestre Philippe Jordan, lorsque tous deux furent réunis en 2011 à la Scala de Milan pour faire revivre Der Rosenkavalier de Richard Strauss, dans la mise en scène d’Herbert Wernicke bien connue à Paris.

Le programme de ce soir ne se limite cependant pas à un programme de lieder du compositeur autrichien, mais s’étend de l’univers classique d’Arianna a Naxos de Joseph Haydn, à celui plus contemporain de Jake Heggie, qui composa spécialement Into the Fire pour la mezzo-soprano américaine.

Philippe Jordan

Philippe Jordan

Malgré une telle disparité stylistique, l’ensemble du récital est empreint d’une même douceur lumineuse qui évoque, en peinture, les couleurs subtilement nimbées de brume de William Turner. Car bien qu'elle soit une artiste douée d’une tessiture sombre, elle n’a recours que dans quelques passages à une accentuation des graves, dans les mélodies espagnoles de Granados par exemple, pour privilégier la délicatesse des nuances claires, parfois aériennes et très affinées, et le vif papillonnement de son timbre brun.

Mais le plus beau est de la voir faire communier son corps, l'élégance des gestes de la main et les lignes de son visage avec l’expression des sentiments mélancoliques drainés par la musique.

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Et comme elle a toujours l'envie d'irradier de sa joie naturelle les auditeurs, qu’elle adore embrasser du regard, elle a aussi des mots pour nous rappeler les origines de ce récital, témoigner de sa sensibilité à l’actualité du monde, particulièrement lourde en cette seconde semaine de novembre, et délivrer un ultime message d’Espérance, selon ses propres mots, à travers deux bis, Morgen'l’espoir que le Soleil brillera à nouveau' – et La Danza de Rossini 'tant que la Lune resplendit'.

Philippe Jordan, dans le rôle si humble et dévoué du pianiste, à l’affût du rythme et des respirations de sa partenaire, lui aura accordé une attention recueillie et feutrée, et un répondant particulièrement ludique sur la musique de Jake Heggie.

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