Publié le 25 Septembre 2016

Faust I & II (Goethe / Robert Wilson / Herbert Grönemeyer)
Représentation du 23 septembre 2016
Théâtre de la Ville - Théâtre du Châtelet

Faust I Winfried Goos, Anatol Käbisch, Sven Scheele, Felix Strobel, Fabian Stromberger
Faust II Fabian Stromberger
Mephistophélès Christopher Nell
Marguerite Christina Drechsler, Claudia Graue, Gaia Vogel
La Sorcière / L'Archevêque Luca Schaub
L'Empereur Raphael Dwinger
Parîs Sven Scheele
Hélène Anna von Haebler

Mise en scène Robert Wilson
Adaptation et dramaturgie Jutta Ferbers
Musique et chansons Herbert Grönemeyer                  Christopher Nell (Méphistophélès)

Production Berliner Ensemble (2015)
Avec le soutien du Goethe Institut

Cette saison, pour le premier spectacle de Robert Wilson au Théâtre de la Ville - suivront d'ici l'hiver 'L'Opéra de quat'sous' et 'Letter to  man' -, la grande scène du Théâtre du Châtelet accueille le metteur en scène texan qui est régulièrement invité en ce lieu, depuis vingt cinq ans, pour y représenter essentiellement des ouvrages lyriques de compositeurs aussi différents que Johann Sebastian Bach, Christoph Willibald Glück, Richard Wagner ou bien Philip Glass.

Fabian Stromberger (Faust)

Fabian Stromberger (Faust)

Nombre de jeunes élèves parisiens se sont ainsi déplacés pour assister à une version onirique de 'Faust I' et 'Faust II' dominée par l'impressivité des costumes, des éclairages et des maquillages d'un bleu arctique de toute beauté, qui dépasse le pouvoir des mots extraits de l'oeuvre originale.

Et dès l'ouverture de la salle, nous avons la surprise d'être éveillés par une musique électrique forte et agressive, jouée sans ambages par l'orchestre du Berliner Ensemble

Sven Scheele, Winfried Goos, Felix Strobel, Anatol Käbisch, Christopher Nell

Sven Scheele, Winfried Goos, Felix Strobel, Anatol Käbisch, Christopher Nell

D'apparence classique, avec ses violons, alto et violoncelle, la formation est également composée d'un synthétiseur, de percussions et d'un piano électronique, comme s'il s'agissait d'atteindre la sensibilité de la part la plus juvénile du public par des couleurs issues de l'univers musical affectif du metteur en scène. 

Herbert Grönemeyer, rock star allemande, en est le compositeur.

La première réflexion qui émerge de ce spectacle de 3h30 est oh! combien le propos reste joyeux, ironique et irrévérencieux face à la damnation inéluctable du héros.

Christopher Nell (Méphistophélès)

Christopher Nell (Méphistophélès)

La mélancolie se lit dans les regards peints, s'instille dans la musique intemporelle sur laquelle apparaît Faust, tout au début, et laisse place à une vitalité, à des silences ou bien à de grands passages chantés en choeur et dansés frénétiquement, alors que le Méphistophélès de Christopher Nell rythme la scène en jouant dans son espace entier jusqu'aux hauteurs des parois qui l'enserrent. 

Il est un adolescent qui peut être aussi amical qu'infernal.

Dans 'Faust I', les scènes s'enchaînent, sans temps mort, les mots défilent, parfois trop vite, et la performance, et la poésie des pauses, l'emportent sur le sens dramaturgique de l'oeuvre - Marie n'a, ici, qu'un rôle anecdotique.

Raphael Dwinger (L'Empereur)

Raphael Dwinger (L'Empereur)

La seconde partie, 'Faust II', réduit fortement l'oeuvre de Goethe, et se moque beaucoup plus clairement des rôles et artifices d'une société dépassée. 

Que ce soit l'Empereur, frêle et grimaçant sous ses précieuses parures, ou bien l'archevêque qui se retrouve bardé d'une érection grotesque au cours d'une scène orgiaque, Robert Wilson raille une société entière, vainement orgueilleuse et fière de ses titres.

La musique est nettement moins provocante qu'en première partie, mais Méphistophélès est toujours cette présence inévitable qui lie ce petit monde clownesque.

Matthias Moscbach (Le Général) et Krista Birkner (Une Dame de la cour)

Matthias Moscbach (Le Général) et Krista Birkner (Une Dame de la cour)

Belle image de Parîs et Hélène, un rêve de perfection antique, dont on reconnaît une scène de rencontre, lente et figée dans l'ombre, qui est la reprise exacte d'un tableau de 'Die Frau ohne schatten', opéra de Richard Strauss que Wilson mit en scène sur la scène Bastille en 2003.

L'ambiguïté masculine et féminine se découvre comme toujours dans les figures androgynes imaginées par le régisseur.

La nature fait aussi irruption à travers deux vidéographies, l'une représentant les magnifiques déployés musculaires, filmés au ralenti, d'un guépard pris en pleine course, et d'un troupeau de gnou pris en pleine fuite à travers la savane africaine.

Sven Scheele (Parîs) et Anna von Haebler (Hélène)

Sven Scheele (Parîs) et Anna von Haebler (Hélène)

La beauté de ces images naturelles suffit à rappeler la magnificence du monde tant soit peu que l'on s'y intéresse.

Faust, lui, réapparaît un temps sous forme d'un automate régi par une mécanique d'engrenages astucieusement animée et guidée sur le plateau scénique sombre et marqué de-ci de-là par quelques touches de lumières.

Fabian Stromberger (Faust)

Fabian Stromberger (Faust)

Robert Wilson est passé maître dans l'art d'utiliser les mythes et les textes pour servir son magnifique théâtre personnel jaloux des forces inconscientes qui le traversent, et son regard sur les facticités du monde est une invitation à ne pas le prendre au sérieux plus que nécessaire.

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Publié le 23 Septembre 2016

Esa-Pekka Salonen - Philharmonia Orchestra
Concert du 22 septembre 2016
Théâtre des Champs-Elysées

Igor Stravinsky
Fanfare pour trois trompettes
Symphonies d’instruments à vent

Ludwig van Beethoven  
Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque »
Jean Sibelius
Symphonie n° 5 en mi bémol majeur

Direction musicale Esa-Pekka Salonen
Philharmonia Orchestra

 

C’est un magnifique programme, en apparence hétéroclite, qu’Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra nous offrent ce jeudi soir au Théâtre des Champs-Elysées, emporté par un ensemble de musiciens vifs et galvanisés par les fulgurances de leur chef.

Première image saisissante que de voir Esa-Pekka Salonen séparé de sa section de vents par un encerclement de chaises vides. Cette disposition aussi peu conventionnelle a cependant pour effet de renforcer ce qu’il y a d’inédit dans cette fanfare pétaradante aux impressions éclatantes.

Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka Salonen

S’en suit le déroulé des ‘symphonies d’instruments à vent’, puissantes et gorgées d’un son généreusement chaud, dont la force pulsante ancre l’instant dans une réalité intense et prenante.

Et une fois l’orchestre au complet pour interpréter la '3ième symphonie' de Beethoven, nous sommes pris par une lecture enthousiaste, presque vaillante, sans aucune lourdeur.

Tous ces timbres, portés par des lignes rebondies sous tension permanente, se colorent ainsi les uns les autres, au point de nous saisir d'une jeunesse d’esprit pure et chantante.

Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra - ‘symphonie d’instruments à vents’

Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra - ‘symphonie d’instruments à vents’

Mais la grande surprise de la soirée provient du fabuleux voyage de la '5ième symphonie' de Jean Sibelius, qui évoque les forêts et reliefs du Grand Nord.

Amples respirations de l’orchestre, tempi implacables, forte concentration et détermination des musiciens, merveilleuse transformation du déploiement symphonique en mélodies pastorales, comme si nous sortions d’un survol chaotique en montagne pour atterrir dans un paisible village, un envol vers des contrées imaginaires qu’il est rare de vivre dans une salle de concert.

Esa-Pekka Salonen

Esa-Pekka Salonen

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Publié le 21 Septembre 2016

Tosca (Giacomo Puccini)
Représentation du 20 septembre 2016
Opéra Bastille

Floria Tosca Anja Harteros
Mario Cavaradossi Marcelo Alvarez
Il Barone Scarpia Bryn Terfel
Cesare Angelotti Alexander Tsymbalyuk
Il Sagrestano Francis Dudziak
Spoletta Carlo Bosi

Mise en scène Pierre Audi (2014)
Direction musicale Dan Ettinger

                     Anja Harteros (Tosca)

Remplaçant depuis 2014 la production usée de Werner Schroeder, la nouvelle mise en scène de ‘Tosca’ par Pierre Audi s’articule autour d’une immense croix, massif et envahissant élément de décor omniprésent.

Elle symbolise d’abord la structure de base de l’église Sant’Andrea della Valle, au premier acte, peinte sur son flanc des nus féminins éthérés nés de l’imaginaire de Cavaradossi, puis,  le poids de plus en plus oppressant des convictions religieuses de la cantatrice, et enfin, la nature violente et politique de ce pouvoir clérical.

Anja Harteros (Tosca)

Anja Harteros (Tosca)

Les appartements de Scarpia, au palais Farnèse, révèlent sa connaissance des sciences – présence de nombre d’objets finement dorés, lunette, globe … -, et donc sa distance avec la religion.

Le fond circulaire rouge et rapproché de l’avant-scène n’évoque pas grand-chose, mais s’avère un atout pour la projection vocale des artistes.

Quant au dernier acte situé sur un terrain de campagne militaire, loin des terrasses du château Saint-Ange, et sans poésie, il annonce surtout une fin misérable pour tous.

Depuis l’ouverture de l’Opéra Bastille, près de 120 représentations sur 12 saisons ont permis d’apprécier toutes les facettes interprétatives possibles de ‘Tosca’, aussi bien de la part des chanteurs principaux que de la direction orchestrale.

Marcelo Alvarez (Cavaradossi)

Marcelo Alvarez (Cavaradossi)

Le trio de ce soir, Anja HarterosMarcelo Alvarez et Bryn Terfel, dirigé par Dan Ettinger, offre au public heureux une soirée d’une grande intensité, spectaculaire, l’image même que l’on peut avoir de l’opéra démonstratif des grandes maisons de répertoire.

La soprano allemande fait une entrée magistrale, agitée et animée par des sentiments de jalousie dont elle renforce la nature animale aussi bien par l’agressivité de ses intonations que par sa gestuelle impulsive aux envolées tournoyantes.

Aigus sauvages, pénétrants et rayonnants, féminité noble au cœur saignant semblant palpiter dans une insécurité permanente, elle est une belle femme passionnante à suivre, fascinante par l’écart de tempérament qu’elle incarne au regard de sa nature personnelle réservée.  

Couleurs vocales torturées dans les graves, médium au grain composite plus complexe, elle conserve pendant deux actes un dramatisme qu’elle laisse tomber au dernier tableau pour peindre une Tosca enfantine, comme si le meurtre de Scarpia l’avait libérée d’un rôle d’actrice qui avait suppléé à son immaturité affective.

Bryn Terfel (Scarpia) et Anja Harteros (Tosca)

Bryn Terfel (Scarpia) et Anja Harteros (Tosca)

Grandiose Marcelo Alvarez ! Certes, d’autres interprètes auraient privilégié plus de mesure, mais une telle générosité d’aplomb, un tel rayonnement solaire et affirmé, un si grand plaisir à envahir la salle et à exalter une pleine forme et un cri d’amour lancé sans condition à la vie, ne peuvent qu’éblouir et pousser chacun à se libérer de soi avec la même force.

Bryn Terfel, lui, bête de scène puissamment brutale, fige Scarpia dans sa nature implacablement libidineuse, n’humanise donc pas son personnage, mais se situe dans la même ligne exceptionnellement efficace que ses partenaires.

Suffocations réalistes lors de son assassinat, sans effets grandguignolesques.

Et Alexander Tsymbalyuk, en Cesare Angelotti, et Francis Dudziak, en Sacristain, accompagnent avec une verve tout aussi théâtrale ces trois grands artistes.

Anja Harteros (Tosca)

Anja Harteros (Tosca)

Dans la fosse, Dan Ettinger fait une forte impression au premier acte, en imprimant à la musique une prégnance virile, un panache rutilant et des détails orchestraux qui soulignent nettement les ombres des tressaillements des protagonistes.

Cette première partie s’achève comme si nous avions tous reçu un formidable coup de poing, et le chef reste longuement à applaudir l'ensemble des musiciens pour un tel engagement, qui se poursuivra au second acte.

Toutefois, dans l'acte ultime, le merveilleux réveil auroral est dirigé de façon plus conventionnelle, pas aussi ciselé et mystérieux qu’il pourrait l’être, et les nuances poétiques ne semblent être la préoccupation principale du jeune chef israélien qui, avant tout, soigne la cohérence théâtrale et musicale.

Chute de tension sur cette dernière partie, mais une représentation qui restera dans les mémoires.

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Publié le 16 Septembre 2016

Eliogabalo (Francesco Cavalli) 
Répétition générale du 12 septembre 2016 et représentations du 19 septembre et du 07 octobre
Palais Garnier

Eliogabalo Franco Fagioli 
Alessandro Cesare Paul Groves 
Flavia Gemmira Nadine Sierra 
Giuliano Gordio Valer Sabadus 
Anicia Eritea Elin Rombo 
Atilia Macrina Mariana Flores 
Zotico Matthew Newlin 
Lenia Emiliano Gonzalez Toro 
Nerbulone, Tiferne Scott Conner 

Mise en scène Thomas Jolly 
Direction musicale Leonardo García Alarcón          Franco Fagioli (Eliogabalo)

Orchestre Capella Mediterranea
Chœur de Chambre de Namur
Coproduction avec De Nationale Opera, Amsterdam

Retransmission en direct sur le site de France Télévisions Culturebox le vendredi 07 octobre.

Avec ’Eliogabalo’, l’entrée de Francesco Cavalli au répertoire de l’Opéra National de Paris est un évènement majeur de la vie de l’institution parisienne, puisque le successeur de Claudio Monteverdi n’y a jamais été joué depuis la création de l’Académie Royale de Musique en 1669.

C’est d’autant plus surprenant que ce compositeur italien créa, en 1662, un opéra dédié aux noces de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, ‘L’Ercole Amante’

La salle des Machines des Tuileries fut construite à cette occasion, salle qui deviendra au XVIIIème siècle une des salles de l’Académie après l’incendie du Théâtre du Palais Royal.

Franco Fagioli (Eliogabalo)

Franco Fagioli (Eliogabalo)

Si l’on devait rapprocher Heliogabale, empereur romain assassiné en 222 à l’âge de 19 ans, de souverains plus connus, on pourrait y reconnaître les traits de Louis II de Bavière ou d’Akhenaton par sa nature à la fois fantasque, ambigüe, et par sa recherche d’un dieu unique, fédérateur, Wagner pour l’un, Aton pour l’autre.

Profil différent du sanguinaire Caligula, ou même de Don Giovanni, donc.

Entre les mains du tout jeune metteur en scène de théâtre Thomas Jolly – qui, cette saison, se voit confier pour la première fois deux mises en scène d’opéras, l’une à Garnier, l’autre à l’Opéra-Comique avec ‘Fantasio’ -, ce personnage se dilue dans une fantaisie en premier lieu costumière. 

Nadine Sierra (Flavia Gemmira )

Nadine Sierra (Flavia Gemmira )

Large toge pourpre parcellée de pointes d’or, puis, travestissement d’une robe rouge aux mêmes motifs auréolaires et solaires, cet empereur surgit comme une ombre inquiétante surplombant la scène – silhouette qui évoque le Comte Dracula -, pour se révéler plus illuminé que dangereux, et sans profondeur.

Thomas Jolly crée pourtant un climat sombre, un véritable théâtre de l’intériorité, mais qu’il colore sans doute plus que la musique ne le suggère.

Matthew Newlin (Zotico)

Matthew Newlin (Zotico)

Une estrade centrale creusée par un  passage, un soleil de lumières rouges en arrière scène, dix-huit faisceaux lumineux provenant du plafond et s’orientant dans toutes les directions pour créer l’illusion d’un mur de scène, de symboles religieux, ou encore de structures qui se prolongent dans la salle sous de magiques effets étoilés, le spectacle repose en grande partie sur l’inventivité de ce travail épatant  sur les éclairages.

Le livret pose une difficulté en soi de par sa dramaturgie, qui enchaine des actions qui s’interrompent dans leur élan, ou, plus simplement, de par son édulcoration du caractère de l’empereur.

Mariana Flores (Atilia Macrina) et Paul Groves (Alessandro Cesare)

Mariana Flores (Atilia Macrina) et Paul Groves (Alessandro Cesare)

​Ses passions homosexuelles n’y transparaissent pas, mais le metteur en scène dispose, de ci, de là, quelques images qui s’y réfèrent.

Tout est dans la pose esthétique des figurants, jamais totalement nus, ou bien dans l’affection portée par Eliogabale à Zotico, mâle jeune et bien plus massif.

Les trois personnages féminins, Gemmira, Atilia et Eritea se distinguent par des costumes et maquillages très différents.

Ceux de Gemmira sont les plus purs et d’un bleu pâle aux lignes sophistiquées, alors que ceux d’Eritea, sous l’emprise d’un viol, lui donne une allure de martyre recouverte d’une blancheur calcifiée.

Et il n’y a pas personnages plus opposés qu’Alessandro Cesare, vétu d'une toge noble et bleue imprégnée de sagesse, et Lenia, version gothique et vénéneuse d’Eliogabale.

Franco Fagioli (Eliogabalo)

Franco Fagioli (Eliogabalo)

Nombre de metteurs en scène dits ‘professionnels’ de l’opéra auraient laissé les interprètes répandre leurs états d’âme sans grande force expressive, Thomas Jolly, lui, obtient d’eux une richesse d’expressions qui ajoute de la vérité à leurs airs, à défaut d’entretenir un intérêt dramaturgique infaillible.

C’est déjà beaucoup, et il suffit de se rappeler les récentes mises en scène d’opéras baroques au Théâtre des Champs Elysées pour mesurer l’originalité et la vitalité d'’Eliogabale’.

Il ne souffre que de quelques temps morts quand la baisse de luminosité crépusculaire devient trop prégnante pour soutenir les dialogues scéniques.

Valer Sabadus (Giuliano Gordio)

Valer Sabadus (Giuliano Gordio)

Et l'oeuvre bénéficie d’une distribution vocale généreuse.

Franco Fagioli, en Eliogabale, n’est certes pas dans un répertoire qui met le mieux en valeur ses affinités avec l’art volubile de Cecilia Bartoli, mais la tessiture crémeuse de sa vocalité lui cède une séduction apaisante qui sauverait presque l’âme de son personnage.

A ses côtés, Paul Groves est beaucoup plus surprenant, car sa voix a gagné en densité et maturité, ce qui lui donne une stature très affirmée et nobiliaire, si éloignée du Nemorino plus léger que nous avons entendu à Bastille il y a déja dix ans. Il est la surprise de la soirée.

Eliogabalo (Fagioli-Groves-Sierra-Sabadus-Garcia Alarcon-Jolly) Garnier

Nadine Sierra, elle, est la révélation de la soirée. Quand on l'admire jouer et chanter, on ne peut s’empêcher d’y voir une Anna Netrebko du baroque par la force de son incarnation. Elle a de la puissance, de la détermination, et un lyrisme sensible qui renforcent sa présence.

Dans un registre plus tragique, Elin Rombo porte en elle une théâtralité qui révèle des abysses intérieurs et un insondable désarroi.  Eritea en devient une femme très inquiétante, fantomatique, une âme torturée dépourvue de son corps. 

Mariana Flores, interprète d’Atilia, celle qui ne trouvera aucun amant au moment de la résolution du drame, est la plus claire des trois chanteuses. Elle montre le tempérament d’une femme pleinement démonstrative, et une tendresse qui touche par la pureté de coeur qu'elle exprime.

Nadine Sierra (Flavia Gemmira )

Nadine Sierra (Flavia Gemmira )

Ces trois chanteuses représentent ainsi trois pôles féminins très distincts qui forment à eux seuls l’architecture vocale de cet opéra.

Et le Giuliano de Valer Sabadus représente la véritable touche mélodramatique de l’œuvre, profondément sensible, une voix de sopraniste vouée au lamento dont on a de cesse de mesurer la contradiction qu’il porte, lui qui incarne le cœur du commandant de la garde prétorienne.

Très beau Matthew Newlin en Zotico, doux et viril à la fois.

Valer Sabadus (Giuliano Gordio)

Valer Sabadus (Giuliano Gordio)

Cet ensemble d’artistes qui se cherche dans un univers esthétiquement très travaillé est ainsi naturellement baigné par le flot de basses continu de l’orchestre, qui émerge de la fosse relevée à son maximum pour cette occasion.

La musique conserve une certaine épaisseur et beaucoup de chaleur, les détails des cuivres, la brillance des cordes et les scintillements du clavecin du Capella Mediterranea ont un charme prenant, et Leonardo García Alarcón, lors de cette dernière répétition, pétrit et entretient cette massivité coulante qui n’allège pas forcément l'humeur orchestrale.

Chœur de Chambre de Namur prodigue en nuances inédites dès l’ouverture.

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Publié le 3 Septembre 2016

Wolfgang Amadé Mozart / Anton Bruckner (Daniel Barenboim)
Concerts du 02 et 09 septembre 2016 et 07 janvier 2017
Philharmonie de Paris – Grande Salle

Concerto pour piano et orchestre n°24 (1786)
Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique » (1888)

Piano et direction Daniel Barenboim
Orchestre de la Staatskapelle Berlin

L’intégralité des symphonies d’Anton Bruckner, précédées d’une sélection de concertos écrits par Mozart pour le piano, va résonner pendant un an au cœur de la Philharmonie de Paris, sous les coups de trois salves, une première en septembre 2016, une seconde en janvier 2017, et une dernière en septembre 2017.

Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin ont ainsi commencé, ce soir, à ranimer la lumière flamboyante de la culture musicale autrichienne des XVIIIème et XIXème siècles dont le cœur artistique palpitait entre Salzbourg, Vienne et Linz.

Daniel Barenboim - Photo Monica Ritterhaus

Daniel Barenboim - Photo Monica Ritterhaus

L’introduction par le 'Concerto pour piano n°24' de Mozart, créé juste avant ‘Les Noces de Figaro’, teinte d’emblée l’espace vide de la grande salle d’une tonalité tragique qui annonce, dans le premier mouvement, l’ouverture de ‘Don Giovanni’.

Les enlacements de flûtes et l’urgence des cordes instaurent cette présence mozartienne qui nous est si familière, puis, les accords de piano viennent s’y superposer, et s’y noyer, dans un élan fantaisiste mais guindé de l’élégante dextérité du pianiste et chef d’orchestre qui l’empreint d’une solennité pesante.

Daniel Barenboim - Salut final de la 6ième symphonie de Bruckner

Daniel Barenboim - Salut final de la 6ième symphonie de Bruckner

La densité et la prégnance de la musique de Mozart se diluent vraisemblablement trop dans cette vastitude, mais l’esprit de recueillement s’installe pourtant confortablement.

Ce premier concerto prend en toute évidence la forme d’un palier de décompression avant que ne se déploie l’une des symphonies les plus monumentales de Bruckner.

Car la lecture pleine de respirations et d’une clarté somptueuse qui en est faite contraste avec la droiture affichée par Daniel Barenboim dans le concerto mozartien.

Cette fois, l’orchestre a plus que doublé de volume, et l’éventail des cordes, soutenu en arrière-plan par l’ensemble des vents, est dominé par une section de huit contrebasses donnant une image d’ensemble fortement structurée.

Mais la musique, elle, est prodigieusement épanouie et sublimée par l’acoustique de la Philharmonie.

Non seulement les solos d’instruments forment des motifs d’une pureté magnifique, mais la montée des cadences et l’étendue du voile orchestral s’animent d’une belle énergie confiante, et le chef israélien donne ainsi l’impression de maîtriser généreusement un ensemble qui ne demande qu’à filer, et même se précipiter, vers des gouffres fracassants pour mieux en renaître plein d’allant.

La perception des détails met ainsi en valeur la nature répétitive des phrases qui évoquent, à certains moments, les réminiscences chères à la musique de Philip Glass.

Orchestre de la Staatskapelle Berlin - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Orchestre de la Staatskapelle Berlin - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Lustre des cuivres sans être écrasants, tension des percussions sans être assourdissantes, cette impression de puissance et d’aisance se combine également à d’impressionnants effets d’échos qui ajoutent, parfois, une sensation d’infini autour du corps orchestral.

Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin sortent d’un concerto mozartien crépusculaire, mais ressortent avec une nouvelle jeunesse de cette « Romantique » dont ils se sont évertués à dépasser les noirceurs.

 

Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson  en mi bémol (1778?)
Symphonie n°7 en mi majeur (1884)

Une semaine plus tard, la formation allemande est à nouveau déployée sous le regard concentrique des spectateurs, mais cette fois, c'est l'énigmatique symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et basson, attribuée à Mozart, qui ouvre la soirée.

D'une tonalité bien plus légère que le concerto pour piano et orchestre n°24, l'ensemble est joué avec une belle fluidité, et toute l'âme malicieuse qui s'en dégage semble provenir d'un merveilleux hautboïste, Gregor Witt, qui dessine d'élégantes arabesques fines et nuancées en clin d'oeil vers ses partenaires.

La symphonie de Bruckner jouée en seconde partie de soirée, la 7ème, est naturellement un des sommets de ce cycle.

Daniel Barenboim - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Daniel Barenboim - salut final de la 7ième symphonie de Bruckner

Elle est en effet chargée d'une symbolique sombre et mystique, où se rejoignent l'univers fantastique de Louis II de Bavière, le dédicataire de l'oeuvre, et celui de Luchino Visconti, qui fit de ce Roi le sujet d'un de ses chefs-d'oeuvre, "Le Crépuscule des Dieux", et qui utilisa également l'esthétique de l'adagio de la 7ème pour sublimer l'atmosphère décadente du Venise de son premier film baroque, "Senso".

Comme pour l'interprétation de la "Romantique", on retrouve chez Daniel Barenboim et les musiciens de la Staatskapelle un talent majestueux pour l'ampleur lumineuse et l'hédonisme sonore, mais surtout, la puissance et l'éclat de l'orchestre s'accomplissent dans la salle de la Philharmonie en jouant d'effets acoustiques parfois très surprenants. 

Les cors se reflètent ainsi sur les plafonds des balcons, les sons des cordes flottent en suspension au-dessus de l'ensemble, et les déflagrations des chutes orchestrales s'évanouissent le long des parois dans de fulgurants mouvements de fuite vers l'arrière de la salle. 

C'est absolument saisissant à entendre.

Daniel Barenboim - Concerto n°22 de Mozart - 07 janvier 2017

Daniel Barenboim - Concerto n°22 de Mozart - 07 janvier 2017

Concerto pour piano n°22 en mi bémol majeur K.482
Symphonie n°3 en ré mineur "Wagnérienne" (1877)


C'est au cours des tous premiers jours de l'année 2017 que la seconde partie du cycle Mozart-Bruckner interprété par Daniel Barenboim et la Staatskapelle de Berlin se poursuit en revenant sur les premières oeuvres du compositeur originaire de Linz.

En première partie de soirée, le 07 janvier, le bel allant de la formation décrit un Mozart moelleux et vif, subtil lorsque les filaments des violons se détachent et se dissipent dans l’atmosphère réflexive de la Philharmonie, et flamboyant avec une intensité qui se resserre au dernier mouvement. Daniel Barenboim, au piano, joue beaucoup d’effets de nuances absolument captivants par leur optimisme, privilégiant, à certains moments, le courant pianistique à la précision, et à d’autres, le contraste d’une seule note pour marquer l’attention dans l’instant.

Daniel Barenboim - Symphonie n°3 de Bruckner - 07 janvier 2017

Daniel Barenboim - Symphonie n°3 de Bruckner - 07 janvier 2017

En seconde partie, l’interprétation de la troisième symphonie d'Anton Bruckner montre à quel point ses dimensions requièrent une habilité et une tension qui peuvent expliquer la difficulté que le compositeur eut à la diriger lors de sa création.
Daniel Barenboim tient son orchestre à bout de corps, l’esprit sévère mais prêt à revenir à une détente légère quand les réminiscences de valses surviennent, les attaques des cuivres fusent et soutiennent une architecture monumentale pour laquelle on ressent une adhésion infaillible des musiciens, et ce souffle paraît presque incroyable tant Bruckner cherche dans cette symphonie à trop impressionner.

Paradoxalement, le pathétisme de l’adagio est à peine fiévreux, emprunt d'une sérénité qui invite au rêve plus qu'à un grand voyage imaginaire.

Soirée d'une grande unité pour deux oeuvres pourtant bien dissemblables.

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Publié le 31 Août 2016

TV-Web Septembre 2016 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 04 septembre 2016 sur Arte à 17h30

Mozart Superstar - Documentaire de Mathias Goudeau

Dimanche 04 septembre 2016 sur Arte à 18h30
Une académie pour les soeurs Weber - Sabine Devieilhe - ensemble Pygmalion, Pichon

Lundi 05 septembre 2016 sur Arte à 02h30
Concert d'ouverture de la Mozartfest de Würburg 2016 - Armstrong (piano)

Dimanche 11 septembre 2016 sur Arte à 23h30
Currentzis, l'enfant terrible du classique - Documentaire de Christian Berger

Lundi 12 septembre 2016 sur Arte à 00h25
Mithridate (Mozart) - dm Haïm - ms Hervieu-Léger - Champs-Elysées

Spyres, Petibon, Papatanasiu, Dumaux, Devieilhe, Dubois

Dimanche 18 septembre 2016 sur France 3 à 00h30
Concert de cloture La Roque d'Anthéron 2011

Leguay, Kadouch, Ridenko, Lugansky

Mercredi 21 septembre 2016 sur Arte à 20h45
La Flûte enchantée (Mozart) - ms Stein - dm Fischer - Scala de Milan

Vendredi 23 septembre 2016 sur France 2 à 00h45
Alceste (Gluck) - dm Bolton - ms Warlikowski - Teatro Real de Madrid

Denoke, Staveland, White

Dimanche 25 septembre 2016 sur France 3 à 00h30
Le Prince Igor (Borodine)

Azizov, Popovskaya, Shulakov, Matorin, Guilmanov - Bolchoi

Vendredi 30 septembre 2016 sur France 2 à 00h45
La Gioconda (Ponchielli) - dm Oren - ms Pizzi - Opéra National de Paris

Urmana, Intino, Anastassov, Montiel, Alvarez

 

Mezzo et Mezzo HD

Vendredi 02 septembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30

L'Or du Rhin de Wagner au Liceu de Barcelone

Samedi 03 septembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Les Maîtres chanteurs de Wagner au Festival de Salzbourg

Dimanche 04 septembre 2016 sur Mezzo HD à 21h59
Daniel Barenboim dirige la Fiancée du Tsar au Staatsoper Berlin

Mercredi 07 septembre 2016 sur Mezzo à 21h41
L'Or du Rhin de Wagner au Liceu de Barcelone

Vendredi 09 septembre 2016 sur Mezzo HD à 22h15
Daniel Barenboim dirige Tannhäuser de Wagner au Staatsoper de Berlin

Samedi 10 septembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Peter Grimes de Britten à la Scala de Milan

Dimanche 11 septembre 2016 sur Mezzo HD à 21h50
Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky

Mercredi 14 septembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Le Tour d'Ecrou de Britten au Festival de Glyndebourne

Vendredi 16 septembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Daniel Barenboim dirige Parsifal de Richard Wagner au Staatsoper de Berlin

Samedi 17 septembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Carlos Kleiber dirige le Chevalier à la Rose de Strauss

Dimanche 18 septembre 2016 sur Mezzo HD à 20h59
Daniel Barenboim dirige la Fiancée du Tsar au Staatsoper Berlin

Mercredi 21 septembre 2016 sur Mezzo à 22h59
Pierre Boulez dirige la Walkyrie de Wagner au Festival de Bayreuth

Vendredi 23 septembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Daniel Barenboim dirige Tannhäuser de Wagner au Staatsoper de Berlin

Samedi 24 septembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Alcina de Haendel au Festival d'Aix en Provence

Dimanche 25 septembre 2016 sur Mezzo HD à 20h59
Valery Gergiev dirige Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Mariinsky

Mercredi 28 septembre 2016 sur Mezzo à 20h31
Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach au Teatro Real de Madrid

Vendredi 30 septembre 2016 sur Mezzo HD à 22h14

Daniel Barenboim dirige Parsifal de Richard Wagner au Staatsoper de Berlin

Web : Opéras en accès libre
Lien direct sur les titres et sur les vidéos

L'Opera Seria (La Monnaie de Bruxelles)

Parsifal (Opéra de Vienne)

Manon Lescaut (Opéra de Lettonie)

Reigen (Boesmans) - Opéra de Stuttgart

"Senza Sangue" de Péter Eötvös et "Bluebeard’s Castle"(Armel Opera Festival)

Concert Lyrique exceptionnel à l’Opéra de Paris (dm Jordan)

Macbeth (Latvian National Opera)

La Dame de Pique - ms Herheim (Dutch National Opera)

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence

"Maria de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla à l'Armel Opera Festival

"The Angel of the Odd" et "The Tell-Tale Heart" de Bruno Coli à l'Armel Opera Festival

"Elegy for Young Lovers" de H.W. Henze à l'Armel Opera Festival

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

"Cosi fan tutte" de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence

"Hamlet" de Franco Faccio depuis le Festival de Bregenz

"The Omnibus Opera" à l'Armel Opera Festival

"Saul" au Festival de Glyndebourne

"In Parenthesis" au Wales Millennium Center à partir du 01 juillet 2016

"Eugène Onéguine" au Festival Garsington Opera à partir du 24 août 2016

 

La Walkyrie (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 03 septembre 2016

Rudolf Noureev - Le Saut vers la liberté jusqu'au 06 septembre 2016

Béatrice et Bénédict - Glyndebourne jusqu'au 10 septembre 2016

Iolanta/Casse-Noisette (Opéra National de Paris) jusqu'au 25 septembre 2016

Michel Tabachnik  (Opéra de Lyon) jusqu'au 25 septembre 2016

Agrippina  (Theatre an der Wien) jusqu'au 30 septembre 2016

Concert de Paris du 14 juillet 2016, jusqu'au 15 octobre 2016

Le Médecin malgré lui  (Théâtre de Genève) jusqu'au 18 octobre 2016

Le Barbier de Séville (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 23 octobre 2016

Lucio Silla (Philharmonie de Paris) jusqu'au 24 octobre 2016

Lucia di Lammermoor (Grand Théâtre d'Avignon) jusqu'au 27 octobre 2016

Rigoletto (Opéra National de Paris) jusqu'au 02 novembre 2016

La Chute des Dieux - ms J.Simons - Avignon 2005 jusqu'au 30 décembre 2016

 

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 25 Août 2016

Alignement - de haut en bas - de Saturne, Mars et Antarès au dessus de Paris et du Palais Garnier le 24 août 2016 à 22h09

Alignement - de haut en bas - de Saturne, Mars et Antarès au dessus de Paris et du Palais Garnier le 24 août 2016 à 22h09

Après le rapprochement avec la Lune du 11 août dernier, c’est à un très bel alignement des deux planètes, Mars et Saturne, avec l’étoile principale de la constellation du ScorpionAntarès, qu’il fut possible d’assister le 24 août 2016.

Alignement - de haut en bas, à gauche - de Saturne, Mars et Antarès. A droite, les étoiles Acrab et Dschubba du Scorpion.

Alignement - de haut en bas, à gauche - de Saturne, Mars et Antarès. A droite, les étoiles Acrab et Dschubba du Scorpion.

604 années lumière de distance pour Antarès, étoile supergéante en fin de vie brillant d’une couleur orangée dans le ciel parisien (magnitude 1), 128 millions de kilomètres pour Mars, la plus lumineuse (magnitude -0,2) dans cette région du ciel, ce soir, 1480 millions de kilomètres pour Saturne (magnitude 0,6), les trois astres formaient ainsi un axe de 6° de longueur pointant sur la ville.

Le Palais Garnier vu depuis Montmartre.

Le Palais Garnier vu depuis Montmartre.

Et en recherchant un angle de vue favorable depuis la butte Montmartre, on pouvait même aligner ces trois objets avec des bâtiments remarquables de Paris, tel l’Opéra Garnier dominant les hôtels et immeubles de son quartier.

Lire également Rapprochement Antarès-Mars-Saturne-Lune-ISS du 11 et 12 août 2016

L’alignement de Saturne, Mars et Antarès au dessus de Paris, pris un peu plus tôt à 21h30.

L’alignement de Saturne, Mars et Antarès au dessus de Paris, pris un peu plus tôt à 21h30.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 13 Août 2016

Chaque année, la Terre croise les nuages de poussières laissés par les passages de comètes.

L’un des plus importants se manifeste entre le 25 juillet et le 17 août sous forme d’un essaim d’étoiles filantes dénommées Perséides, du nom de la constellation de Persée où se trouve son radiant, c’est à dire le point du ciel d’où elles semblent toutes provenir.

Cette illusion d'optique indique en fait le point de fuite vers lequel se dirige notre planète à ce moment là.

Ces Perséïdes atteignent ainsi leur maximum d’intensité au cours des nuits des 11 et 12 août, en fonction de l'épaisseur des traces de poussières laissées par la comète Swift-Tuttle, dont le dernier passage date de 1992. Son prochain passage n'est cependant pas prévu avant 2126.

Cette comète de période longue, qui revient tous les 130 ans environ, fut ainsi reconnue pour la première fois en 1862.

On compte également au moins 7 révolutions – c'est-à-dire 7 passages de la comète le long de la même trajectoire autour du Soleil – depuis l’an 1079, et il est probable que la Terre traverse, chaque année, une ou plusieurs de ces révolutions, dont, probablement, celle de 1079.

Détail d'une des Perséïdes pointant sur la galaxie M31 d'Andromède - petite tâche floue à droite du météoroïde, le vendredi 12 août 2016 à 01h41mn heure locale.

Détail d'une des Perséïdes pointant sur la galaxie M31 d'Andromède - petite tâche floue à droite du météoroïde, le vendredi 12 août 2016 à 01h41mn heure locale.

Depuis la région du Perche, l'observation du ciel a atteint, vers 1 heure du matin, un pic d’intensité perceptible à l’œil nu même par des amateurs peu habitués à un tel spectacle.

Les étoiles filaient dans toutes les directions, vers la Grande Ourse, au Nord-Ouest, jusqu’au Scorpion aux confins de l'horizon Sud-Ouest.

Certaines passaient furtivement telles des ombres fantomatiques peu brillantes, d’autres se désintégraient dans le ciel en formant une boule très lumineuse identique à celles créées par un feu d’artifice, et il était même possible d’en voir 2 ou 3 se suivre à quelques secondes d’intervalle, comme si un météoroïde se disloquait en plusieurs morceaux.

Vision grand champ de l'étoile filante pointant sur Andromède sous le W de la constellation de Cassiopée - Vue prise avec un DMC-FZ72 Panasonic - focale 20mm - Tpose 8s - ISO 400

Vision grand champ de l'étoile filante pointant sur Andromède sous le W de la constellation de Cassiopée - Vue prise avec un DMC-FZ72 Panasonic - focale 20mm - Tpose 8s - ISO 400

Le temps passant, on ne comptait plus le nombre de traces, mais chacun a probablement aperçu une centaine d’étoiles filantes en 2 ou 3 heures, sans compter que le regard ne peut surveiller toute la voute céleste et que nous n’observons pas le ciel en continu.

Les scientifiques de l’observatoire de La Palma (Canaries) ont confirmé, samedi, que le maximum fut atteint le vendredi 12 août matin à 01h30 (heure de Paris), et a dépassé les 150 bolides par heure.

Détail sur une autre des Perséïdes dans la constellation du Poisson, le vendredi 12 août 2016 à 01h18mn heure locale - Vue d'un DMC-FZ72 Panasonic - focale 20mm - Tpose 8s - ISO 400.

Détail sur une autre des Perséïdes dans la constellation du Poisson, le vendredi 12 août 2016 à 01h18mn heure locale - Vue d'un DMC-FZ72 Panasonic - focale 20mm - Tpose 8s - ISO 400.

Quand on observe la campagne, en journée, depuis un point situé en hauteur sur une colline, la Terre semble fixe et étendue à l’infini.  Mais lorsque l’on observe le ciel lors d’une nuit comme celle du 11 août dernier, ces particules qui se ionisent, fusionnent et se vaporisent dans l’atmosphère à plus de 40km/s nous donnent alors la véritable et juste sensation d'être à bord d’un engin qui fonce à travers l’espace sous le regard d’étoiles inaccessibles.

C’est notre perception de notre place dans l’univers qui en est définitivement modifiée.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 13 Août 2016

Jeudi 11 et vendredi 12 août 2016, un beau rapprochement entre la planète Saturne, située dans la constellation d’Ophiuchus, la planète Mars et l’étoile supergéante Antarès, situées au « Cœur du Scorpion », recevait la visite d’un premier quartier de Lune et de la station spatiale internationale ISS.

Vision dramatique du passage de l'ISS à proximité de la Lune, Mars, en bas dans les feuillages, Saturne, à gauche, depuis la région du Perche, le jeudi 11 août 2016 à 23h18mn heure locale.

Vision dramatique du passage de l'ISS à proximité de la Lune, Mars, en bas dans les feuillages, Saturne, à gauche, depuis la région du Perche, le jeudi 11 août 2016 à 23h18mn heure locale.

Antarès – littéralement « Comme Arès », le dieu de la guerre - se trouvait donc près de sa planète jumelle, le plus brillant des astres dans cette région du ciel (magnitude -0,4) à ce moment-là, mais errant à 117 millions de kilomètres de la Terre.

Mars, depuis son opposition périhélique du mois de mai dernier, s’éloigne donc, mais reste visible avec un diamètre apparent de 12’’ d’arc pendant cet été.

Il faudra attendre deux ans, fin juillet 2018, pour s’en rapprocher à nouveau, et la voir avec un diamètre apparent double de ce soir.

Dans un ciel encore voilé, qui ne se dégagera totalement qu’en seconde partie de nuit, quatre heures après le coucher du soleil, les nuages glacés donnaient une vision spectaculaire au-dessus de l’horizon, la Lune, par effet de transparence, en révélant les détails, la finesse ou bien l’épaisseur des textures.

Nouveau passage de l'ISS à proximité de la Lune dominant le triangle Saturne-Mars-Antarès, le vendredi 12 août 2016 à 22h25mn heure locale,

Nouveau passage de l'ISS à proximité de la Lune dominant le triangle Saturne-Mars-Antarès, le vendredi 12 août 2016 à 22h25mn heure locale,

Puis vint le passage de la Station Spatiale Internationale, la plus grande structure humaine en orbite autour de la Terre, qui accueille un équipage permanent de six astronautes américains, russes et japonais.

Elle traça en quelques minutes un arc très lumineux semblant provenir du Soleil pour aller se perdre dans l’ombre de la Terre, une fois ces planètes au couchant dépassées.

Le vendredi soir, dans des conditions météorologiques plus claires, la Lune se trouvait encore à proximité de ce rapprochement, et la Station spatiale renouvela son passage, pour le survoler plus haut dans le ciel, en étant encore plus brillante.

Détails de la mer des pluies (Mare Imbrium), entourée, au sud, du cratère Erathostène, d'où part la chaîne des Appenins (5500m). Au centre, bien visible, le cratère Archimède (85km de diamètre), et au nord, le cratère Platon d'où part la chaîne des Alpes (3600m).

Détails de la mer des pluies (Mare Imbrium), entourée, au sud, du cratère Erathostène, d'où part la chaîne des Appenins (5500m). Au centre, bien visible, le cratère Archimède (85km de diamètre), et au nord, le cratère Platon d'où part la chaîne des Alpes (3600m).

Photographies réalisées avec un appareil numérique Panasonic Lumix DMC-FZ72 de focales 20 à 1200 mm.

Lire également Les Perséïdes - Etoiles filantes de la comète Swift-Tuttle -  11 et 12 août 2016 et Alignement Saturne-Mars-Antarès-Palais Garnier du 24 août 2016

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Rédigé par David

Publié dans #Astres

Publié le 9 Août 2016

Les Théâtres Lyriques de l’enceinte de Philippe-Auguste et Louis XIII à Paris

Lorsque l’on s’intéresse aux lieux des créations parisiennes d’œuvres lyriques, on découvre une diversité de salles, pour la plupart disparues aujourd’hui, qui ne sont pas évidentes à localiser sur un plan de la ville. 

On remarque cependant que toutes les salles créées jusqu’au XIX siècle sont regroupées sur une zone de 3 kilomètres par 3 kilomètres qui englobe les quatre premiers arrondissements de Paris jusqu’aux limites, au sud, de l’enceinte de Philippe-Auguste, à l’est, de l’enceinte de Charles V, et à l’ouest, de l’enceinte de Louis XIII, c'est-à-dire les limites principales du Paris du Cardinal Richelieu (1585-1642).

Enceintes de Philippe-Auguste, Charles V et Louis XIII (Paris)

Enceintes de Philippe-Auguste, Charles V et Louis XIII (Paris)

La carte qui suit propose de présenter les principaux emplacements successifs des théâtres lyriques parisiens du XVII siècle jusqu’à aujourd’hui – seul le Théâtre des Champs-Elysées (1913) n’y apparaît pas, puisqu’il se situe au Pont de l’Alma, à proximité du Mur des Fermiers généraux, construit à l'approche de la Révolution française. 

Six institutions, compagnies ou courants musicaux, proposant chacun une ligne de programmation lyrique spécifique, se sont ainsi partagés une trentaine de salles à Paris au cours des 350 dernières années – mais seule une dizaine de ces salles subsiste encore aujourd’hui. 

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

L’Académie Royale de Musique / Opéra de Paris (1669 à nos jours)

Confiée au poète Pierre Perrin, puis à Jean-Baptiste Lully, l’Académie Royale de Musique initiée sous Louis XIV avait pour vocation de promouvoir l’opéra français à Paris et dans les succursales de province. 

Renommée ‘Théâtre national de l’Opéra’ après la Commune (1871), et ‘Opéra de Paris’ à l’ouverture de l’Opéra Bastille (1989), elle a occupé par moins de 10 salles – détaillées ci-après -, sans compter les passages temporaires par 4 autres salles parisiennes après l’incendie du Second Théâtre du Palais Royal (1781), l’attentat contre le Duc de Berry devant l’Opéra Richelieu (1820), et l’incendie de la salle Le Peletier (1873). 

1. Le Jeu de Paume et de la Bouteille (1671-1672), rue Mazarine. 

La première représentation publique de l'’Académie royale de Musique’ y est donnée avec ‘Pomone’ (Robert Cambert), oeuvre considérée comme le premier opéra français. 

2. Le Jeu de Paume de Bel-Air (1672-1673), rue Vaugirard. 

Y sont représentés les ‘Fêtes de l'Amour et de Bacchus’ puis ‘Cadmus et Hermione’  de Jean Baptiste Lully, qui a repris le privilège des représentations de l'Académie.

Ancien Jeu de Paume du Bel-Air, rue de Vaugirard (vers l'actuel no 13 bis, à l'angle de l'ancienne rue des Fossées-de-Nesles, actuellement rue de Médicis) (Credit: Roger-Viollet).

Ancien Jeu de Paume du Bel-Air, rue de Vaugirard (vers l'actuel no 13 bis, à l'angle de l'ancienne rue des Fossées-de-Nesles, actuellement rue de Médicis) (Credit: Roger-Viollet).

3. Le Théâtre du Palais Royal (1673-1763) 

A la mort de Molière, Lully récupère le Théâtre du Palais Royal. Ses ouvrages, ‘Alceste’ (1674), ‘Persée’ (1682), 'Amadis' (1684) et ‘Armide’ (1686)y sont créés, ainsi que les opéras de Campra et Rameau ('Hippolyte et Aricie' (1733), 'Les Indes Galantes' (1735), 'Castor et Pollux' (1737), 'Dardanus' (1739) et 'Zoroastre' (1749)).

Mais un incendie détruit le théâtre en 1763.

Vue du feu qui détruisit la Salle de l'Opéra de Paris le 6 avril 1763 (Bibliothèque Nationale de France).

Vue du feu qui détruisit la Salle de l'Opéra de Paris le 6 avril 1763 (Bibliothèque Nationale de France).

4. La salle des Machines des Tuileries (1763-1770) 

Après l’incendie du Théâtre du Palais Royal, l’Académie s’installe dans la salle des Machines des Tuileries, construite en 1661, et y reste jusqu’au 23 janvier 1770. 

Des œuvres de Rameau, Dauvergne, Francoeur et Merton y sont jouées. 

Les Théâtres Lyriques de l’enceinte de Philippe-Auguste et Louis XIII à Paris

5. Le second Théâtre du Palais Royal (1770-1781) 

Dans cette salle de 2300 places sont représentés les opéras de Gluck ('Iphigénie en Aulide' et 'Orphée et Eurydice' (1774), la version révisée d'Alceste' (1776), 'Armide' (1777), 'Iphigénie en Tauride' et 'Echo et Narcisse' (1779)), et de Piccinni ('Iphigénie en Tauride' (1781))

'Amadis de Gaule’ (J-C Bach) y est également créé. 

Cependant, ce théâtre s'enflamme en 1781.

Feu du 08 juin 1781 qui détruisit le Théâtre du Palais Royal (Bibliothèque Nationale de France).

Feu du 08 juin 1781 qui détruisit le Théâtre du Palais Royal (Bibliothèque Nationale de France).

6. La salle de la Porte-Saint-Martin (1781-1794) 

Après un passage de quelques mois par la petite salle des Menus-Plaisirs, rue bergère – salle située à l’actuel emplacement du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique -, l’Académie de Musique investit la nouvelle salle de la Porte-Saint-Martin. 

Les opéras de Salieri et Cherubini y sont représentés. Mais cette salle n’est que temporaire.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin - dessin de Jean-Baptiste Lallemand.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin - dessin de Jean-Baptiste Lallemand.

7. L’Opéra de la rue Richelieu ou Théâtre des Arts (1794 – 1820)

Comédienne et directrice de théâtre, dont celui de la Monnaie de Bruxelles, Mademoiselle Montansier fait construire en 1793 un vaste théâtre, rue de la Loi – l’actuelle rue Richelieu -, qu’elle nomme ‘Théâtre National’. 

Sous la Terreur, le comité de l’Opéra l’en dessaisit et y installe l’Académie de Musique. 

Les opéras de Spontini, ‘La Vestale’, ‘Fernand Cortez’, ‘L’Olympie’, et de Lesueur, ‘Ossian, ou les bardes’, ‘La Mort d’Adam’, y sont créés. 

Après l’assassinat du Duc de Berry, l’opéra est détruit. Le Square Louvois actuel occupe son emplacement. 

L'opéra de la rue Richelieu, ou Théâtre des Arts.

L'opéra de la rue Richelieu, ou Théâtre des Arts.

8. La salle Le Peletier (1820-1873) 

Après un passage d’un an à la première salle Favart – la salle de l’Opéra-Comique - et de trois mois au Théâtre Louvois – une des salles des Italiens -, l’Académie de Musique inaugure la nouvelle salle Le Peletier, qui n’est que provisoire. 

Les Opéras - de Grands Opéras pour la plupart - de Rossini ('Le Siège de Corinthe', ''Moïse et Pharaon', 'Le Comte Ory', 'Guillaume Tell') , Auber ('La Muette de Portici','Gustave III', 'Manon Lescaut')Cherubini ('Ali-Baba'), Meyerbeer ('Les Huguenots', 'Le Prophète', 'L'Africaine'), Halévy ('La Juive', 'La Reine de Chypre'), Berlioz ('Benvenuto Cellini'), Donizetti ('La Fille du Régiment', 'La Favorite'), Verdi ('Jérusalem', 'Les Vêpres siciliennes', 'Don Carlos'), Gounod ('Sapho', 'La Nonne sanglante', 'La Reine de Saba'), Thomas ('Hamlet') et le ‘Tannhäuser’ de Wagner – version parisienne – y sont créés, tous en langue française. 

Mais dès 1868, l’architecte du Nouvel Opéra signale un tassement général du bâtiment, et, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873, un incendie le détruit en quelques heures. 

La troupe se déplace temporairement à la salle Ventadour – rue Montsigny - que les Italiens ont quitté depuis 1871. 

La salle Le Peletier (1864) - peinture d'August Lauré (1818-1900).

La salle Le Peletier (1864) - peinture d'August Lauré (1818-1900).

9. Le Palais Garnier (1875 à nos jours) 

L’incendie de la salle Le Peletier oblige a accélérer l’achèvement de la construction de l’Opéra Garnier initiée en 1861. 

Le Théâtre national de l’Opéra s’empare de ce joyau architectural le 05 janvier 1875. 

La reprise des Grands Opéras créés à la salle Le Peletier et une intense ouverture aux oeuvres de Wagner se poursuivent jusqu'à la seconde Guerre mondiale. 

Au cours des 30 premières années, ‘Polyeucte’ et ‘Le Tribut de Zamora’ de Gounod et 'Françoise de Rimini' de Thomas y sont créés, ainsi que nombre d’opéras de Jules Massenet’Le Roi de Lahore’, ‘Le Cid’, ‘Thaïs’, ‘Ariane’, ‘Bacchus’

Après la seconde Guerre mondiale, l'Opéra commence à intégrer le répertoire de l'Opéra-Comique, 'Carmen' ne rentre qu'en 1959, mouvement qui s'accèlère dans les années 70 et 80 avec Rolf Liebermann qui intègre les oeuvres du répertoire international en langue originale. 

De 1978 à 1989, la salle Favart devient la seconde salle de l'institution parisienne. 

L'Opéra Garnier vu de la rue Auber (Léonard Saurflet - 1875)

L'Opéra Garnier vu de la rue Auber (Léonard Saurflet - 1875)

10. L’Opéra Bastille (1989 à nos jours)

Afin de démocratiser l’accès à l’Art Lyrique, une seconde salle est construite place de la Bastille. 

Inaugurée avec ‘Les Troyens de Berlioz’, la scène Bastille devient la salle principale de l’Opéra de Paris pour la programmation des œuvres lyriques (1/4 des opéras restent joués à Garnier). 

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

L’Opéra-Comique (1714 à nos jours) 

L’Opéra-Comique est le genre le plus ancien qui fasse contrepoids au monopole de l’Académie Royal de Musique. 

Il apparaît dans les théâtres des Foires Saint-Germain et Saint-Laurent lorsque qu’une troupe de forains reçoit, en 1714, l’autorisation de donner des spectacles chantés.

Cette troupe prend le nom d’Opéra-Comique, nom qui sera aussi celui de sa salle principale à partir de 1783, la célèbre salle Favart. 

Ce genre ne signifie cependant pas que les œuvres sont des comédies comiques, mais qu’elles comprennent une partie parlée, par opposition à l’Opéra qui est, lui, entièrement chanté. 

Après une première fusion avec la troupe des italiens, en 1762, renommée ‘Comédie des Italiens’, l’institution retrouve son nom d’origine, l’’Opéra Comique’, en 1780, et le conserve jusqu’à nos jours. 

9 salles et emplacements ont ainsi accompagné le développement de l’Opéra-Comique. 

1. Les Foires Saint-Germain et Saint-Laurent (1714-1762) 

Apparues aux Moyen-Age, ces foires sont respectivement situées à Saint-Germain des prés et à l’Abbaye des frères de Saint-Lazare – près de l’église Saint-Laurent.Nombre d’ouvrages de François-André Danican Philidor furent créés sur ces deux foires, ‘Le diable à quatre’, ‘Le soldat magicien’, ‘Blaise le savetier’

L’opéra le plus célèbre d’Antoine Dauvergne, ‘Les Troqueurs’, est par ailleurs créé à la Foire Saint-Laurent le 30 juillet 1753. 

 Plan de la Foire Saint-Germain vers 1670, gravure de Jollain.

Plan de la Foire Saint-Germain vers 1670, gravure de Jollain.

2. L’Hôtel de Bourgogne (1762-1783)

La troupe de l’Opéra-Comique déménage à la salle de l’Hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, et fusionne avec la Comédie des Italiens dont elle prend le nom. 

‘Tom Jones’, de Philidor, y est créé le 27 février 1765 ainsi que ‘Le déserteur’, d’Alexandre Montsigny, le 06 mars 1769. 

3. La Salle Favart I (1783-1801) 

Suite à l’arrêté du 25 décembre 1779 interdisant les comédies en italien, la troupe retrouve l’appellation ‘Opéra-Comique’ et déménage, quatre ans plus tard, dans son nouveau théâtre, la salle Favart, construit sur l’emplacement de l’hôtel du duc de Choiseul. 

‘Richard Cœur-de-Lion’ d’André Grétry y est créé le 20 octobre 1784, puis, ‘Beniovski’ et ‘Le Calife de Bagdad’ de François-Adrien Boieldieu, en 1800. 

Vue du Théâtre Royal Italien - première salle Favart - prise du coté de la place. Gravure originale de 1816 gravée par Blanchard ainé Père d"après un dessin de Henri Courvoisier-Voisin.

Vue du Théâtre Royal Italien - première salle Favart - prise du coté de la place. Gravure originale de 1816 gravée par Blanchard ainé Père d"après un dessin de Henri Courvoisier-Voisin.

4. Le Théâtre Feydeau (1801-1829)

Sur ordre de Napoléon, le 16 septembre 1801, la troupe de l’Opéra-Comique fusionne avec la troupe de la salle Feydeau – théâtre concurrent construit en 1789 dans les jardins de l’hôtel Briçonnet -, et s’y installe, Favart étant devenue vétuste. 

Les créations d’œuvres de Boieldieu se poursuivent, ‘Ma tante Aurore’, ‘Jean de Paris’‘La Dame Blanche’. 

La salle Feydeau à Paris (d'après Pierre Courvoisier).

La salle Feydeau à Paris (d'après Pierre Courvoisier).

5.  Le Théâtre Ventadour (1829-1832)

La vétusté du Théâtre Feydeau oblige à nouveau la troupe de l’Opéra-Comique à changer de lieu. Elle s’installe au Théâtre Ventadour, salle inaugurée le 20 avril 1829 sur l’ancien emplacement de l’hôtel de Lionne. 

‘Fra Diavolo’, d’Auber, et ‘Zampa’, d’Herold, y sont créés. 

Mais les charges d’exploitation de la salle s’avèrent trop élevées. 

Salle Ventadour, par C. Gilio, vers 1830.

Salle Ventadour, par C. Gilio, vers 1830.

6. Le Théâtre des Nouveautés (1832-1840)

Nouveau déménagement de la troupe au Théâtre des Nouveautés, en face de la Bourse, théâtre inauguré en 1827 par une troupe concurrente qui sera, cinq ans plus tard, victime de sa rivalité avec l’Opéra-Comique. 

'Le pré aux Clercs' d'Herold, ‘Le Chalet’ et ‘Le Postillon de Lonjumeau’, d’Adolphe Adam, et ‘Le Cheval de bronze’ et le ‘Domino noir’, d’Auber y sont créés. 

La salle du Théâtre des Nouveautés.

La salle du Théâtre des Nouveautés.

7. La Salle Favart II (1840-1887)

La troupe de l’Opéra-Comique réintègre enfin sa nouvelle salle Favart, reconstruite après l’incendie du 14 janvier 1838. 

Nombreuses créations devenues des incontournables du répertoire : ‘La Damnation de Faust’ (1846), ‘Carmen’ (1875), ‘Les Contes d’Hoffmann’ (1881), ‘Lakmé’ (1883), ‘Manon’ (1884). ‘L’étoile du Nord’ et ‘Dinorah’ (Meyerbeer), ‘Rita’ (Donizetti), ‘Mignon’ (Thomas), ‘Djamileh’ (Bizet), ‘Cinq-Mars’ (Gounod) y sont également créés. 

Mais au cours d’une représentation de ‘Mignon’, le 25 mai 1887, un incendie détruit de nouveau la salle. 

Incendie de la seconde salle Favart (1887).

Incendie de la seconde salle Favart (1887).

8. Le Théâtre des Nations (1887-1898)

L’Opéra-Comique s’installe au Théâtre des Nations – l’actuel Théâtre de la Ville – jusqu’à l’ouverture de la troisième salle Favart. 

La comédienne Sarah Bernhardt reprend le bail du théâtre en 1899. 

‘Esclarmonde’, ‘Le Portrait de Manon’, ‘Sapho’ de Massenet et ‘Le Roi d’Ys’ de Lalo y sont créés.

9. La Salle Favart III (1898 à nos jours)

La troisième salle Favart devient la résidence définitive de l’Opéra-Comique, le 07 décembre 1898. 

‘Véronique’ (Messager) y est créée le 10 décembre 1898. 

A nouveau, de nombreuses créations viennent compenser la perte de créativité de l’Opéra. 

‘Cendrillon’, ‘Grisédilis’ (Massenet), ‘Louise’ et ‘Julien’ (Charpentier), ‘Pelléas et Mélisande’ (Debussy), ‘Ariane et Barbe-Bleue’ (Dukas), ‘Fortunio’ (Messager), ‘Macbeth’ (Bloch), ‘L’Heure espagnole’ (Ravel), ‘Bérénice’ (Magnard), ‘Mârouf, savetier du Caire’ (Rabaud) y sont créés au cours des 20 premières années. 

Plus tard, ‘Le Pauvre Matelot’ (Milhaud), ‘Les mamelles de Tirésias’ et ‘La voix humaine’ (Poulenc) sont découverts sur cette scène. 

Albert Carré impose également ‘Werther’ et introduit les opéras de Puccini en version française. 

L’Opéra-Comique est cependant fermé en 1971. Favart devient, en 1978, la seconde salle de l’Opéra, et la compagnie retrouve finalement son indépendance en 1990. 

L'actuelle salle Favart

L'actuelle salle Favart

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Le Théâtre des Italiens (1716 à 1871)

En 1697, les comédiens italiens sont interdits de représentations à Paris par Louis XIV, après avoir projeté de jouer ‘La fausse prude’, une pièce qui visait Madame de Maintenon, à qui on attribuait une grande influence sur le Roi. 

Quand ces comédiens revinrent à Paris, à la mort du Roi, ils élargirent leur répertoire à l’art lyrique, mais durent attendre près d’un siècle pour se stabiliser et devenir une alternative aux opéras en langue française de l’Opéra-Comique et de l’Académie Royale de Musique. 

6 salles principales ont accueilli le Théâtre des Italiens.

1. L’Hôtel de Bourgogne (1716-1762) 

De retour à Paris en 1716, la Comédie Italienne s’installe à l’Hôtel de Bourgogne et commence à aborder l’Art Lyrique. 

Composé en 1733, ‘La Serva Padrona’ de Pergolèse y est joué pour la première fois en 1746. 

Seules quatre représentations sont données, mais, lorsqu’elles sont reprises par la modeste troupe italienne de Strasbourg, de passage en 1752 à l’Académie Royale de Musique dédiée aux oeuvres de Rameau et Lully, elle déclenche une polémique sur les mérites de la musique française et italienne. 

Devenue concurrente de la troupe de l’Opéra-Comique, celle dernière s’installe à l’Hôtel de Bourgogne en 1762 et fusionne avec la troupe italienne. 

Mais malgré la nouvelle dénomination de ‘Comédie Italienne’, les artistes français deviennent majoritaires, et un nouvel arrêté interdit les comédies italiennes le 25 décembre 1779. 

L'Hotel de Bourgogne au XVIIIème siècle.

L'Hotel de Bourgogne au XVIIIème siècle.

2. Le Théâtre Feydeau (1791-1801)

Construit en 1789 dans les jardins de l’Hôtel Briçonnet, le Théâtre Feydeau accueille en 1791 une troupe dénommée ‘Théâtre de Monsieur’ autorisée à jouer des opéras comiques français et italiens. 

Luigi Cherubini, installé à Paris depuis 1787, est le directeur de cette troupe jusqu’en 1792. 

Il fait découvrir les œuvres de Giovanni Paisiello

Il compose pour le Théâtre Feydeau, en langue française, ‘Lodoiska’ (1791), ‘Médée’ (1797) et ‘Les Deux Journées’ (1798). Renommée 'Le porteur d'eau' pour l'opéra de Vienne, l’humanisme des ‘Deux Journées’ influence Beethoven pour sa composition de ‘Fidelio’

Mais sur ordre de Napoléon, le 16 septembre 1801, la troupe de l’Opéra-Comique fusionne avec la troupe de la salle Feydeau et s'y installe.

3. Théâtre de l’Odéon / Théâtre de l’Impératrice (1808/1815) 

Dès 1801, Mademoiselle Montansier, qui avait fait construire l’Opéra de la rue de Richelieu en 1793, crée une troupe italienne dénommée ‘Opera Buffa’. 

Cette troupe connait des débuts mouvementés et doit changer régulièrement de salle en passant du ‘Théâtre Olympique’ (1801) – au 46, rue de la victoire – à la salle Favart I (1802), au Théâtre Louvois (1804), puis au Théâtre de l’Odéon / Théâtre de l’Impératrice (1808). 

Le répertoire repose essentiellement sur les maîtres contemporains de l’opéra buffa, Cimarosa, Guglielmi, Sarti, Paisiello, Paër et Mayer

C’est également au cours de cette période que les opéras de Mozart Le Nozze di Figaro’ (1807), ‘Così fan tutte’ (1809) et ‘Don Giovanni’ (1811) sont joués pour la première fois en italien à Paris. 

Le 1er décembre 1813, Napoléon assiste avec l’Impératrice, à la première représentation de ‘La morte di Cleopatra’ de Nasolini, et le 8 janvier 1814, il fait venir la troupe aux Tuileries pour entendre ‘I Misteri Eleusini’ de Simon Mayr. 

A la chute de l’Empire, la troupe passe momentanément à Favart I (1815) et est renommée ‘Théâtre Royal Italien’. 

Incendie du Théâtre de l'Odéon en 1818.

Incendie du Théâtre de l'Odéon en 1818.

4. Le Théâtre Louvois (1819-1825)

La troupe se fixe ensuite au Théâtre Louvois en 1819, en face de l’Opéra Richelieu. 

Paër et Rossini en sont les directeurs. 

C’est ici qu’est joué ‘L’Inganno Felice’, le premier grand succès de Rossini, puis, le 19 juin 1825, ‘Il Viaggio a Reims’

Les premières parisiennes de ‘Il barbiere di Siviglia’ (26 Octobre 1819), ’ Otello’ (5 Juin 1821), et ‘Tancredi’ (23 Avril 1822) y sont données également. 

La popularité du compositeur italien est telle que ‘La gazza ladra’, ‘Elisabetta, regina d'Inghilterra’, ‘Mosè in Egitto’ et ‘La donna del lago’ seront joués à la salle Le Peletier de l’Opéra. 

Le Théâtre Louvois vers 1821.

Le Théâtre Louvois vers 1821.

5. La Salle Favart I (1825-1838)

La troupe, devenue ‘Théâtre des Italiens’, revient à nouveau à la Salle Favart I, fin 1825 -pendant ce temps, l'Opéra Comique est toujours installé au Théâtre Feydeau depuis 1801. 

Rossini y monte ‘Sémiramide’ et ‘Zelmira’

Les dix dernières années de la Restauration, les compositeurs français voient avec jalousie le succès de Rossini

Le ‘Comte d’Ory’ (1828) et ‘Guillaume Tell’ (1829) sont créés à la salle Le Peletier. 

‘Les Puritains’ de Bellini sont créés à la salle Favart le 25 janvier 1835 et deviennent un immense succès populaire. 

Mais le 14 janvier 1838, un incendie ravage la salle Favart au cours d’une représentation de ‘Don Giovanni’

6. Le Théâtre Ventadour (1841-1871)

Après un bref passage à la salle Ventadour et au Théâtre de la Renaissance, la troupe s’installe définitivement à Ventadour. 

‘Stabat Mater’, de Rossini, est créé en 1842, et les œuvre populaires de Donizetti et Verdi sont régulièrement jouées - 3 ans après le scandale de sa création, ‘La Traviata’ est montée aux Italiens, en 1856, par curiosité et pour son parfum de Paris. 

Le Théâtre des Italiens ferme cependant ses portes en 1871, car il ne peut résister plus longtemps à la concurrence, la liberté des théâtres étant rétablie depuis 1864.

Mais dorénavant, les opéras italiens continueront à être joués au Palais Garnier. 

Salle Ventadour vers 1830 - scan d'Arthur Pougin, Paris et ses environs (Londres, 1831).

Salle Ventadour vers 1830 - scan d'Arthur Pougin, Paris et ses environs (Londres, 1831).

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Le Théâtre Lyrique (1851 à 1871) 

Le Théâtre Lyrique, dénommé ‘Opéra National’ la première année, est inauguré le 27 septembre 1851 afin de concurrencer l’Opéra, l’Opéra-Comique et les Italiens, et laisser leur chance à de jeunes compositeurs. 

La salle est située dans le quartier du Temple, au n°10 de l’actuelle place de la République. 

1. Le Théâtre lyrique du quartier du Temple (1851-1862) 

‘Si j’étais Roi’ d’Adolphe Adam (1852), ‘Le Médecin Malgré lui’ (1858), ‘Faust’ (1859) - qui deviendra l’ouvrage le plus joué à l’Opéra - et ‘Philémon et Baucis’ (1860) de Gounod y sont créés. 

‘Le Postillon de Lonjumeau’ d’Adam, créé à l’Opéra-Comique en 1836, est repris. 

Léon Carvalho, le directeur du théâtre depuis 1856, fait jouer les œuvres de Weber, ‘Les Noces de Figaro’ et ‘L’enlèvement au sérail’ de Mozart, ‘Orphée’ de Gluck, ‘Fidelio’ de Beethoven, tous en version française. 

Après son expropriation, en 1862, due aux travaux de percement de la place de la République, le Théâtre lyrique se déplace au Théâtre des Nations, place du Châtelet. 

Le Théâtre Lyrique (à gauche) et  le Théâtre Impérial du Cirque (au centre) vers 1848.

Le Théâtre Lyrique (à gauche) et le Théâtre Impérial du Cirque (au centre) vers 1848.

2. Le Théâtre des Nations (1862-1871)

Au Théâtre des Nations, l’actuel Théâtre de la Ville, Léon Carvalho continue de présenter des opéras italiens en version française, ‘La Traviata’, ‘Rigoletto’, ‘Norma’, et crée, également, la version parisienne du ‘Macbeth’ (1865) de Giuseppe Verdi

C’est au cours de cette période faste que ‘Les Pêcheurs de perles’ et ‘La Jolie fille de Perth’ (Bizet), ‘Les Troyens à Carthage’ (Berlioz), ‘Mireille’ et ‘Roméo et Juliette’ (Gounod) sont joués pour la première fois. 

Enfin, la première française de ‘Rienzi’ de Richard Wagner (1869) devient la production la plus importante de son successeur, Jules Pasdeloup

Mais lors des évènements de la Commune (1871), les combats entraînent la destruction de la salle. 

Le Théâtre Lyrique laisse la place aux opérettes qui vont jouir d’une grande popularité jusqu’à la fin du XIXème siècle aux Théâtres des Variétés, de la Gaité Lyrique et de la Renaissance. 

Le Théâtre Lyrique / Théâtre des Nations, place du Châtelet.

Le Théâtre Lyrique / Théâtre des Nations, place du Châtelet.

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres d'Opérettes et de Jacques Offenbach (1855 à 1893)

La libéralisation des théâtres en 1864, qui a été fatale au Théâtre des Italiens, permet à l'opérette de sortir des petites salles et de devenir un genre musical qui va connaître un grand moment de popularité au cours de la seconde partie du XIXème siècle. 

Jacques Offenbach en est le leader en tant que compositeur et en tant que manager. 

Pas moins de 6 théâtres ont constitué le fil conducteur de ce courant musical qui engendra la comédie musicale au XXème siècle.

1. Le Théâtre des Bouffes parisiens (1855-1862) 

Situé au 4 rue Montsigny, le Théâtre des Bouffes parisiens prend définitivement ce nom en 1859, après avoir existé sous le titre de Théâtre des Bouffes d’hiver. 

Jacques Offenbach en est l’administrateur. 

Il monte les premières de 'Les Deux aveugles' et ‘Ba-ta-clan’ (1855), ‘Orphée aux enfers’(1858) et ‘Geneviève de Brabant’ (1859). 

En 1862, il cède cependant le bail de la salle qui est détruite puis reconstruite. 

Offenbach passe alors au Théâtre du Palais Royal. 

En 1877, ‘L’étoile’ de Chabrier et, en 1880, ‘La Mascotte’ d’Audran seront créés aux Bouffes parisiens. 

Théâtre des Bouffes parisiens.

Théâtre des Bouffes parisiens.

2. Le Théâtre du Palais Royal (1863-1867)

Situé au 38 rue Montpensier, au coin nord-ouest des jardins du Palais Royal, le Théâtre du Palais Royal est un théâtre de vaudeville qui a lancé de jeunes auteurs (Labiche, Sardou). 

Il va jouer un rôle important en permettant à Offenbach, Meilhac et Ludovic Halévy de s’y rencontrer en 1863. 

‘La vie parisienne’ y est créée en 1866. 

Le Théâtre de Palais Royal.

Le Théâtre de Palais Royal.

3. Le Théâtre des Variétés (1864-1873)

Situé au 7 boulevard Montmartre, le Théâtre des Variétés est encore une création de Mademoiselle Montansier

C’est ici que seront jouées les premières de la plupart des opérettes d’Offenbach, ‘La belle Hélène’ (1864), ‘Barbe-Bleue’ (1866), ‘La Grande Duchesse de Gerolstein’ (1867), ‘La Perichole’ (1868), ‘Les Brigands’ (1869), la seconde version de ‘La vie parisienne’ (1873), tous écrits sur les livrets de Meilhac et Ludovic Halévy. 

Jacques Offenbach quitte ce théâtre en 1873 pour prendre la direction du Théâtre de la Gaité Lyrique. 

Le Théâtre des Variétés.

Le Théâtre des Variétés.

4. Le Théâtre de la Gaité Lyrique (1873-1877)

Jacques Offenbach dédie ce théâtre de mélodrame, ouvert en 1862, à l’art lyrique et à l’opérette. 

Au 3 rue Papin – près du square des Arts-et-Métiers - sont ainsi jouées les premières du ‘Roi Carotte’ (1872), les secondes versions de ‘Orphée aux enfers’ (1874) et ‘Geneviève de Brabant’ (1875), ‘Le voyage dans la Lune' (1875), et, également, la première du ‘Timbre d’argent’ (1877) de Camille Saint-Saëns

Le nouveau Théâtre de la Gaité Lyrique en 1862.

Le nouveau Théâtre de la Gaité Lyrique en 1862.

5. Le Théâtre des Folies-Dramatiques (1869-1892)

En 1862, un théâtre de mélodrame, 'Le Théâtre des Folies-Dramatiques', se déplace du boulevard du Temple vers la rue de Bondy (à l'actuel 40 rue René Boulanger).

Le compositeur français Hervé, rival, mais également ami, de Jacques Offenbach, prend la direction du théâtre et y crée de grandes pièces bouffes, 'L'Oeil crevé' (1867), 'Chilpéric' (1868), 'Le Petit Faust'' (1869).

Le répertoire de son théâtre évolue ensuite pour devenir un théâtre d'opérettes classiques en trois actes, où plusieurs créations importantes auront lieu telles 'Le Canard à trois becs' (1869) d' Emile Jonas, 'La fille de Madame Angot' (1873) de Charles Lecocq, 'Les cloches de Corneville' (1877), 'Rip van Winkle' (1884) et 'Surcouf' (1887) de Robert Planquette, 'Madame Favart' (1878) et 'La fille du tambour-major' (1879) de Jacques Offenbach, 'La fauvette du temple' (1885) et 'La Béarnaise' (1887) d'André Messager.

Hervé quitte Paris pour Londres en 1886, et revient à Paris en 1892 où il décède.

Après la première Guerre Mondiale, le théâtre accueille nombre de comédies musicales, se transforme en cinéma en 1930, et est finalement détruit en 1969.

Le Théâtre des Folies-Dramatiques en 1905

Le Théâtre des Folies-Dramatiques en 1905

6. Le Théâtre de la Renaissance (1875-1893)

Théâtre de drame romantique, le théâtre de la Renaissance est voué à l’opérette à partir de 1875. 

‘La Tzigane’ – version française de ‘La Chauve-Souris’ de Johan Strauss -, ‘Le petit Duc’, de Lecoq, ‘Fanfreluche’, de Hirsch, ‘Belle lurette’, d’Offenbach, joué quelques jours après sa mort. 

‘Madame Chrysanthème’, d’André Messager, est la dernière opérette créée sur le boulevard Saint-Martin, avant la reprise de la salle par Sarah Bernhardt en 1893. 

 

          Le Théâtre de la Renaissance aujourd'hui.

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Les Théâtres Lyriques du Paris ancien (cliquez pour agrandir)

Le Théâtre du Châtelet (1862 à nos jours) 

En 1862, l’architecte Gabriel Daviou créé Le Théâtre des Nations et Le Théâtre du Châtelet de part et d’autre de la place du même nom. 

Le Théâtre du Châtelet est voué à accueillir différentes disciplines, théâtre, danse, musique, opéra, cinéma. 

L'année 1906 marque le début des légendaires saisons mises en place par l'impresario et éditeur de musique Gabriel Astruc

C'est en effet dans ce théâtre qu'a lieu, en 1907, la création française de ‘Salome’ de Richard Strauss, avec le compositeur au pupitre. 

En 1910, Astruc propose une saison italienne avec la troupe du Metropolitan Opera de New York emmenée par Arturo Toscanini. 

Les Parisiens applaudissent Emmy Destinn et Caruso dans ‘I Pagliacci’, ‘Aida’ et lors de la création française de ‘Manon Lescaut’ de Puccini en version originale.

Le Théâtre du Châtelet.

Le Théâtre du Châtelet.

En 1911, c'est au Châtelet que Gabriele D'Annunzio et Claude Debussy créent 'Le Martyre de Saint Sébastien'. 

De 1928 à 1966, le Théâtre du Châtelet se lance dans l'opérette à grand spectacle et signe lui-même de nombreuses mises en scène, ‘Show Boat’, ‘ New Moon’

En 1941, grand succès avec ‘Valses de Vienne’ sur des musiques de Johann Strauss père et fils. 

En 1980, le Châtelet prend le titre de ‘Théâtre musical de Paris’. 

Sous Jean-Albert Cartier, Stéphane Lissner et Jean-Pierre Brossmann, de 1980 à 2006, les opérettes sont toujours jouées, mais les grandes œuvres de Verdi, Wagner, Berlioz et des compositeurs russes sont représentées avec la collaboration de grands metteurs en scène. 

Et, à partir de 2006, Jean-Luc Choplin réoriente la programmation pour la consacrer quasi-exclusivement à la comédie musicale. 

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