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Publié le 4 Septembre 2015

Boston Symphony Orchestra
Concert du 03 septembre 2015
Philharmonie – Grande Salle

Don Quichotte (Richard Strauss)
Symphonie n°10 (Dmitri Chostakovitch)

Yo-Yo Ma, violoncelle
Steven Ansell, alto

Direction musicale Andris Nelsons
Boston Symphony Orchestra

 

En ouverture de sa première saison intégrale, la grande salle de la Philharmonie accueille le Boston Symphony Orchestra, un des grands orchestres internationaux dont Andris Nelsons a pris la direction depuis la saison précédente. Huit ans plus tôt, ce superbe ensemble luxuriant faisait alors l'ouverture de la saison 2007/2008 de la salle Pleyel avec La Damnation de Faust, un quatre septembre, sous la direction de James Levine.

Le flux de la vie culturelle et musicale parisienne reprend ainsi son rythme comme s’il s’agissait moins d’un évènement que d’un courant naturel qui retrouve son chemin vers ses lieux de vie sociale.

Andris Nelsons

Andris Nelsons

Cette soirée réunit dans un même programme deux œuvres totalement distinctes d’esprit, mais qui vont être liées par l’élan et la patine fluide et adoucie de cet orchestre qui vibre d’une énergie enthousiasmante.

La première partie est dédiée à un  large poème symphonique de Richard Strauss, peut être le plus attachant, Don Quichotte.

Ce poème est une allégorie du rêve du fameux chevalier qui pourrait être aussi celui de l’auditeur qui ré-imagine son univers et sa vie tout au long de la musique.

Et comme lors d’une traversée à la fois paisible et mouvementée du temps, l’orchestre fait vivre des ondes de tissus instrumentaux de cordes et de vents qui se fondent dans des mouvements continus se gorgeant d’un sang félin, pour rejoindre ensuite un univers ludique et poétique plus intime et toujours réconfortant.

 

Grande salle de la Philharmonie

Grande salle de la Philharmonie

L’emportement élancé de l’orchestre dans la saisissante « Chevauchée dans les airs » est exaltant par son sens ample et lent de la respiration, la masse s’élève dans les tourbillons des vents, et Andris Nelsons apparaît comme un peintre expressif des illusions.

Yo-Yo Ma, débonnaire et happé par la force vitale des musiciens, joue du violoncelle avec une sensibilité aigüe au jeu de ses partenaires, et de son corps penché par le cœur, son lien à l’orchestre en devient encore plus visible.

Mais dans la seconde partie, l’ombre que fait planer Staline sur la dixième symphonie de Chostakovitch se découvre dès le début. Cuivres sombres et menaçants, d’une finition rutilante, la férocité des accents contient un feu vital brillant qui résiste à la tentation d’une interprétation empesée et tragique.

Traits de flûtes fulgurants, nimbes claires et mystérieuses qui donnent le frisson, on se surprend à ressentir de l’espoir malgré les débordements violents de la musique, car il y a dans cette esthétique une chair tendre et harmonieuse, et toujours la vision de ce chef d’orchestre dont aucune gravité n’émane, sinon de la profondeur.

Et la chaleur réciproque avec laquelle chef et musiciens se répondent au salut final témoigne de cette immense estime qui les unit tous.

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Publié le 4 Août 2014

AL01.jpgLohengrin (Richard Wagner)
Représentation du 31 juillet 2014
Bayreuther Festspiele

 
König Heinrich Wilhelm Schwinghammer
Lohengrin Klaus Florian Vogt
Elsa von Brabant Edith Haller
Friedrich von Telramund Thomas Johannes Mayer
Ortrud Petra Lang
Der Heerufer des Königs Samuel Youn


Mise en scène Hans Neuenfels (2010)
Direction musicale Andris Nelsons

 

 

                                                                                                            Klaus Florian Vogt (Lohengrin)

 

Un an après sa création en 2010 au Festival de Bayreuth, la vision de Lohengrin par Hans Neuenfels fut diffusée en direct sur Arte, et il est même possible, à présent, de la revoir sur la plateforme Youtube, avec une distribution que l’on retrouve partiellement en 2014 - Klaus Florian Vogt, Petra Lang et Samuel Youn - avec le même charisme et la même présence vocale.


Malgré son esthétique qui rend peu flatteuse l'image de la société humaine du Brabant, la mise en scène est très lisible, proche du didactisme même.
Le régisseur allemand représente un monde où tous les êtres sont régis par des instincts suivistes et destructeurs. Leur identité est indifférenciée, et l'image d'un groupe de rats numérotés est radicalement explicite.


AL02.jpg   Edith Haller (Elsa)

 

La vidéographie est explicative, et même plus qu'il n'est nécessaire, puisque le meurtre de Gottfried, un rat rouge lui aussi, est montré sous l'angle des apparences, c'est à dire par Elsa, puis par un autre être – le réel meurtrier - au moment du combat entre Lohengrin et Telramund.


Quand Elsa survient, une salve de flèches plantée dans le dos, supportant le même supplice que celui d'un Saint Sébastien, la violence accusatrice et facile de ce monde de rats achève de le rendre encore plus répugnant.


L'apparition de Lohengrin, sous les traits magnifiques de Klaus Florian Vogt, oppose donc une individualité forte qui est en clivage total avec cette société contaminée par sa psychose collective, et limitée par ses gardiens - des hommes en tenues antivirales - qui dégagent tout ce qui pourrait déranger l'ordre de ce petit monde, un rat qui se rebelle, Ortrud elle-même qui est sur le point d'être internée, et la croix que désigne le chevalier à la fin du second acte.


AL04.jpg   Samuel Youn (Le Heraut)

 

Par cette image, Hans Neuenfels non seulement souligne le vide spirituel de cet univers, mais il réhabilite immédiatement la foi de Lohengrin qui reconstruit la croix en la brandissant. En cela il ne déconstruit pas ce personnage, mais il le renforce.


Au dernier acte, devant un lit nuptial d'un blanc immaculé, la perte de confiance d'Elsa est signifiée par l'apparition d'une barque-cercueil ne contenant plus que les plumes du cygne. Puis, le meurtre défensif de Telramund par Lohengrin devient le paroxysme inévitable d'une tension accumulée entre une individualité et un groupe social pétri de codes, de peurs et de conformisme.


Lohengrin se retrouve seul, vêtu de noir, et surmonté en arrière-plan d'un immense point d'interrogation. Il a fallu un drame pour qu'enfin se pose la question de qui est ce personnage qui ne se comporte pas comme les autres, et qui en apparaît étrange. C’est comme si le fait de n’avoir ni l’hypocrisie, ni la mesquinerie, ni les faux-semblants et l’esprit de lucre de son monde le rendait suspicieux et remettait en cause son humanité.

AL03.jpg   Petra Lang (Ortrud) et Thomas Johannes Mayer (Telramund)

 

Hans Neuenfels n’en fait cependant pas un ange mélancolique non plus, et son rapport à Elsa est montré avec un mélange de tendresse et de violence, manière de révéler que la tension qu’il entretient avec son milieu social affecte la relation avec l’héritière du Brabant qui, elle, n’est pas indépendante de celui-ci.

La violence entre Ortrud et Telramund, attaqués et dévalisés par une bande de rats lors de leur fuite de la cité, est également saisie avec un fascinant diabolisme morbide et torturé.

C’est la force de cette mise en scène que d’exacerber ces tensions entre des êtres que tout semble opposer, mais qui sont pourtant posés sur le même plan humain. Et l’on peut se remémorer Ortrud et Elsa s’affrontant avec la même robe, l’une noire, l’autre blanche, au cours d’une joute verbale tournoyante qui montre, quelque part, qu’une même ambition anime ces deux femmes. Elsa n’est pas totalement blanche, elle est influençable, et c’est pour cela qu’elle est sensible au propos d’Ortrud, et qu’elle a besoin d’en savoir plus sur Lohengrin, afin de vérifier que son ambition sociale ne sera pas remise en cause.


AL05.jpg   Petra Lang (Ortrud)

 

Lors de la scène finale, l’opposition blanc-noir s’inverse, et c’est Elsa qui apparaît en deuil, et Ortrud en sorte de colombine ambitieuse devenue folle.

L’échec de Lohengrin à n’avoir pu susciter un amour basé uniquement sur le sentiment – belle scène d’Elsa en admiration devant un cygne idéalisé au deuxième acte – est la conséquence de son niveau d'exigence à l’égard de la nature humaine. La dernière image d’un nouveau-né, laid et se tenant debout, peut faire sourire, mais elle est une façon de renvoyer au monde l’image de ce qu’il est réellement, dans son humanité la plus charnelle.

AL08.jpg   Klaus Florian Vogt (Lohengrin) et Edith Haller (Elsa)

 

Cette reprise de Lohengrin - peut-être la dernière dans cette mise en scène – est jouée entre les deux derniers volets du Ring dirigé par Kirill Petrenko, ce qui n’est pas sans incidence sur notre ressenti à la direction musicale.
 

L’ouverture est certes lente, majestueuse et spirituelle, mais Andris Nelsons ne réussit pas toujours au premier acte à emplir la scène d’une générosité orchestrale qui, parfois, tombe dans une forme de platitude où disparaissent des pans sonores entiers, et où se noient les motifs les plus subtils.

AL07.jpg   Petra Lang (Ortrud)

 

Il faut en fait attendre le milieu du second acte pour que le spectacle soit totalement intégré dans ses dimensions tant musicales que théâtrales. Petra Lang, au regard d’acier, est toujours aussi impressionnante, à la fois lumineuse et puissante, mais l’on ne ressent pas l’extrême tension nerveuse qu’elle est capable d’imprimer à son rôle, et quelques décalages gestuels sont perceptibles.

Edith Haller semble, elle, mal à l’aise avec la mise en scène, ou du moins vaguement impliquée, et n’a sans doute pas toute la confiance qui lui permettrait de chanter avec le legato le plus soigné et le plus allégé. Au troisième acte, les emportements d’Elsa lui conviennent bien mieux, et c’est à cette caractérisation forte que Klaus Florian Vogt rendra hommage avec déférence au salut final.


Quant au ténor allemand, il est au meilleur de sa forme, tendre et rayonnant avec ce timbre magnifiquement pur et clair, tout en étant théâtral dans ses expressions vocales, selon une candeur naturelle qui rend le personnage de Lohengrin si crédible sous ses traits.

AL06.jpg 

   Klaus Florian Vogt (Lohengrin) et Edith Haller (Elsa)

 

Thomas Johannes Mayer, le meilleur Telramund du festival dans cette mise en scène, est fidèle à toutes les incarnations qu’il a donné ces dernières années, excellent acteur, expressif et charismatique, une ligne vocale qui ne se départit pas d’une certaine douceur même dans la véhémence la plus brutale. C’est véritablement quelqu’un d’aussi captivant que ses grands partenaires que sont Klaus Florian Vogt et Petra Lang.

Wilhelm Schwinghammer est lui aussi un roi d’une belle couleur vocale, et Samuel Youn chante toujours le rôle du héraut avec la même noblesse sûre et posée.

Le chœur, un peu trop couvert par les masques de rats au premier acte, est par la suite à la fois ample et nuancé, au point de permettre d’entendre précisément les différentes composantes basses ou claires des voix.

 

Lire également Lohengrin (Vogt-Haller-Lang-Mayer-Neuenfels) Bayreuth 2014

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