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Publié le 1 Janvier 2010

De Byzance à Istanbul, un port pour deux continents
Exposition au Galeries Nationales du Grand Palais
Du 10 octobre 2009 au 25 janvier 2010

Au cœur de la saison turque en France, le Grand Palais trace une passionnante traversée du temps à travers une exposition dédiée à Istanbul.
Le sujet est brûlant d’actualité particulièrement en France, un des pays les plus sensibles à la question de l'intégration de la Turquie à l'Union Européenne.

Après une brève ouverture sur la préhistoire du détroit du Bosphore (-6000 av J.C), la première section est une mise en valeur de l’époque romaine, dès le rattachement de Byzance à la province de Bithynie (-146 av J.C).


Les objets présentés montrent de fascinantes formes arrondies, telle une bouteille à panse globulaire en verre nacré translucide, ou bien un bol à pied en terre cuite et au fond incurvé (Ier siècle).
Comme preuve de l’héritage artistique grec, un échantillon des statues de Silahtaraga en marbre et calcaire montre des personnages, des femmes drapées ou bien un corps d’homme idéalisé et en léger déhanché (200 ap J.C).

En 395, sur volonté de l’Empereur Constantin, le christianisme devient religion officielle de l’Empire et la capitale est transférée de Rome à Byzance, renommée Constantinople.
L’Empire est partagé en deux, l’Est pour Arcadius, l’Ouest pour Honorius.

Dès le Vième siècle, l’Empire de l’Ouest s’effondre, alors que l’Empire Byzantin va durer plus de 1000 ans.Les monnaies d’Or de Honorius, Theodose II Et Justinien constituent le point de départ d’un chemin parsemé au fil de l’exposition des monnaies d’Or de toutes les époques jusqu’à Abdülhamid II (1909).

Un magnifique plat en argent et or, le Missorium avec Héraclès combattant le lion de Némée, illustre la persistance de l’art classique grec au sixième siècle, mais les colonnes en marbre et pierres précieuses de l’Eglise Saint Polyeucte, fondée par la patricienne Anicia Juliana, annoncent l’influence d’un art décoratif  plus oriental.

Les forces extérieures vont cependant mettre en péril la survie de Constantinople. Il va lui falloir repousser les sièges avars et sassanides en 626, puis deux sièges arabes (674-678 puis 717-718), jusqu’au VIIIième siècle. A l’abris des remparts bien entretenus, la population chute à 40.000 habitants.

Il ne reste quasiment rien de la période iconoclaste qui suivit, mais l’influence extérieure supposée est improbable. Il s’agit plus d’un mouvement qui voyait dans les images humaines une forme empêchant l’âme de croire au Christ.

Une des plus belles illustrations de la renaissance artistique sous la dynastie macédonienne (857-1057) est donc le Triptyque Harbaville : Deesis et saints, tout en ivoire, qui mêle représentation du Christ et raffinement antique (dans le détail des drapés par exemple).

Prise lors de la quatrième croisade en 1204, Constantinople se libère de la domination latine 60 ans plus tard, mais les Turcs d’Asie et les Serbes des Balkans progressent.
La nouvelle monnaie d’Or d’Andronicus II et Andronicus III, l’hyperpère, devient plus fine et concave.

L’ère byzantine s’achève avec la magnifique cloche en bronze de la Tour de Galata « la Tour du Christ ».

Ainsi, la capitale tombe en décrépitude, énormément endettée vis à vis de Gênes et Venise.

La conquête ottomane est proche : un espion vénitien dessine, en 1453, une Vue Cavalière de la forteresse de Rumeli Hisar. Le Sultan Mehmed II a fait construire l’édifice pour empêcher tout renfort venant de la Mer Noire.
Au pied de l’escalier menant à la seconde partie de l’exposition, une copie d’un canon de la fin du XVième siècle pointe une représentation de la ville, de quoi faire revivre l’ouverture déchaînée de l’Otello de Verdi.
On apprend à cette occasion que l’artillerie lourde des Ottomans a été mise au point par l’ingénieur hongrois Urbain.

Dès la prise de la capitale, Mehmed II (qui est le sujet de l’opéra de Rossini Maometto II) convertit l’église Sainte Sophie en Mosquée.

En haut de l’escalier, le visiteur passe sous les Dômes de l’actuelle Istanbul, et peut découvrir une carte de la Méditerranée du XIVième siècle, reprise des travaux du géographe grec Claude Ptolémée (90-168) par les scientifiques ottomans, et enrichie des connaissances de l’époque (notamment des citadelles existantes).

Le peintre Jean-Baptiste van Mour (1671-1737), né à Valenciennes, s’attacha à dépeindre la vie de Constantinople, art de l’orientalisme aux teintes ocres qui va influencer de nombreux peintres.
On peut contempler le charme de ces coloris dans la scène du « Grand Vizir traversant l’hippodrome ».

Madame Verdurin sera alors ravie de découvrir un fabuleux bijou provenant du trésor du Palais de Topkapi, une émeraude rectangulaire d'un vert profond assortie à un rubis clair ornant une aigrette de perles, de plumes et de diamants.

Avec la religion musulmane, Constantinople devient totalement multiculturelle, et pour bien se représenter à quel point la foi du prophète Mahomet est une continuité de la foi chrétienne, le grand livre L’essence de l’Histoire (Zübdetü’ t- Tevârîh) est ouvert sur une page montrant l’ascension du Christ, élevé par des anges en présence des Apôtres (1583).

A partir du XVIIIième siècle, la création de jardins sur les bords du Bosphore marque le développement des loisirs.
La scène de Kagithane, que peint à la gouache Enderunlu Fazil dans son Livre des femmes, évoque les jardins de la princesse Eboli.

Tant d’opéras dans la tête rendent la moindre image susceptible de déclencher toutes sortes de réminiscences musicales.

L’Empire Ottoman trouve cependant dans l‘Europe une source d‘inspiration pour se moderniser.
En 1838, l’Edit des Tanzimats officialise cette politique.
Mais sous le règne du Sultan Abdülhamid II (1876-1908), les nationalismes s’exacerbent et la violence gagne tout l’Empire. L’état des finances ne permet pas de tenir les engagements libéraux. Le Sultan réplique par des massacres contre les Arméniens.

La révolution jeune-turque (1908), censée apporter une véritable libération politique, ne va pas permettre de sauver l’Empire des conflits dans les Balkans, en Tripolitaine, et pendant la Première Guerre Mondiale.

Lorsque la résistance nationaliste parvient à prendre le contrôle de l’Anatolie et d’Istanbul, Mustafa Kemal Pacha transfère la capitale à Ankara.

L’exposition s’achève sur la projection sur grand écran de photographies issues de la collection d’Omer Koç

Un siècle de la vie d’Istanbul jusqu’à aujourd’hui, les moments historiques, la belle époque avec ses cafés, la jeunesse, les moments de détentes et la religion, la modernité et la tradition s’y côtoient en illustrant l’impressionnante complexité de l’identité turque.

Les réactions des visiteurs à haute voix devant les objets d’arts valent le détour, car elles rendent compte également de la diversité des jugements. Les frémissements de peur devant le moindre voile fleuri se superposent à l’ironie la plus mordante vis à vis de l’actuel gouvernement français.

En préface du catalogue de l'exposition, on peut lire deux textes écrits par chaque président, Abdullah Gul et Nicolas Sarkozy.
Le président français écrit avec une passion visible : « Istanbul me fascine par cette diversité culturelle. Elle me fascine par son identité et son rayonnement. Elle me fascine par sa beauté, ses symboles, ses richesses artistiques mais aussi par ses contrastes ».

Une rétrospective savamment orchestrée qui brouille tous nos repères, mais vraiment tous...

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Rédigé par David

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Publié le 3 Septembre 2007

La modernité à l’Opéra : Jacques Rouché (1914-1945)

Bibliothèque de l’Opéra Garnier. Jusqu’au 30 septembre 2007
 
A quelques jours de l’ouverture de la saison 2007/2008 de l’Opéra de Paris, c’est un peu une pré-rentrée lyrique que nous propose le Palais Garnier. Une toute modeste exposition retrace les 31 ans d’administration de ce directeur, dont la carrière est déjà évoquée dans l’article L’Opéra à Paris de 1900 à 1980..
 
D’abord la paperasse, avec ces comptes négatifs, jusqu’à 2.400.000 francs par an, à la charge de Rouché
Généreux mécène, mais pas au point d'accepter les abus, seule la menace de sa démission contraint l’état à une revalorisation de la subvention.
 
Puis, les lettres marquées de l’ère Pétain, la convocation au serment de fidélité, les demandes du ministère aux questions juives et les justifications du directeur pour éviter le licenciement d’un ouvrier juif.
 
L’effrayante affiche rouge de la Damnation de Faust frappe les esprits lorsque le Théâtre ré-ouvre ses portes le 24 août 1940. Le régime impose en outre quatre œuvres allemandes par saison.
 
Malgré tout, Haut fonctionnaire de l’état, Jacques Rouché doit exclure une trentaine d’artistes et membres du personnel et réussit à maintenir le décorateur Ernest Klausz jusqu’en 1943.
A la libération, résistants et syndicalistes lui apportent leur soutien lorsqu’il doit rendre compte de ses agissements.
 
Ensuite, les photographies des ballets de Serge Lifar, nommé Maître de ballet depuis 1930, représentent quelques unes de ses 32 créations auxquelles participaient compositeurs et décorateurs contemporains (« Le festin de l’araignée » ou « Bacchus et Ariane » d’Albert Roussel par exemple).
 
Pour Rouché, attaché aux décors de peintres, la modernité se décline dans la recherche d’une unité entre décors, costumes et musique. La profusion de détails de la maquette qu’Alexandre Benoît imagine pour le Coq d’Or de Rimsky-Korsakov est aussi stimulante pour les yeux que les beautés envoûtantes de l’œuvre.
 
Le directeur néglige un peu la mise en scène, qu’il confie souvent au régisseur Pierre Chéreau, mais supervise tous les spectacles et s’implique particulièrement dans l’Œdipe d’Enesco.
Il prend à cœur de promouvoir les œuvres contemporaines : elles représentent 60% de son répertoire pour un tiers des soirées.
 
Seul le Chevalier à la Rose se place parmi les dix meilleurs succès de l’Opéra (peinture de décor ci-contre).
 
En 1936/1937 il déclare aux abonnés « J’ai seulement à déplorer le peu de curiosité manifeste pour les œuvres nouvelles ». 
 
 
Cette mission de présenter des compositeurs contemporains est d’ailleurs plus dictée par lui-même que par la tutelle.
Le parcours s’achève sur un documentaire de 25 minutes produit par René Hervouin en 1944 « Une journée à l’Opéra » : la vie de l’établissement sous ses angles les plus favorables.
J’imagine sans peine que si Gerard Mortier ne partage pas forcément le goût des concrétisations scéniques de Rouché (notre directeur flamand est peu sensible à la peinture de son aveu même), son estime pour un directeur tenace dans la résistance à l'esprit de conservation est évidente.
C'est aussi une source de questionnement face aux choix qu'il dut faire.

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Rédigé par David

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Publié le 26 Août 2007

Visions de l’Ouest – Photographies de l’exploration américaine, 1860-1880.

Du 10 juillet au 31 octobre 2007 (Giverny).
 
Pour qui est sensible à l’austérité des vallées, canyons et déserts américains, le Musée d’Art américain de Giverny reçoit une exposition qui met en scène ces décors durs.
Ils ont été photographiés pendant et après la guerre de sécession, pour attiser rêve et esprit de découverte.
Rien ne rassure, car les teintes ocres unifient atmosphère, végétation et roches. Les lumières écrasent les sols et les cieux, contrastent les courbes des strates géologiques, et saturent les yeux des moindres détails des pierres.
La maîtrise de ce savoir faire photographique, surprenant pour cette époque, se lit dans les cadrages, le choix des angles de vue, les jeux de reflets mais aussi un parfait contrôle des temps de pose vis à vis de l’ouverture des objectifs.
Les cours d’eaux surexposés révèlent leurs lignes de fuite, parfois rendues anarchiques lorsqu’elles se heurtent aux rochers. La pure blancheur des chutes se détache du chaos.
 
Les portraits des Indiens soulignent également la richesse et la beauté de leurs visages.
Je retiens l’un d’entre eux, arc au poing mais garde baissée, au corps croisé de lanières au niveau des épaules et en diagonale, un pied sur une pierre, regard détendu et sûr, une finesse du visage et des mains presque féminine.
 
Un monde que l’espace d’exposition et la fréquentation éparse rend facilement captivant.
 

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Rédigé par David

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Publié le 23 Juillet 2007

L’âge d’or de l’Inde classique. L’Empire Gupta.

Exposition du Grand Palais      04 avril au 08 juillet 2007 (Paris)
 
Sous le règne de Chandragupta II (380-414), le royaume Gupta atteint son Apogée au cours d’une période considérée comme un modèle de la littérature Indienne. Les progrès de l’Art, l’Astronomie et les Mathématiques sont suffisamment significatifs pour que plus tard les Arabes, puis les Européens reprennent leur système numérique.
 
Le Grand Palais présente des sculptures de l’époque. L'étonnement et la séduction trouvent leur origine dans ces lignes pures, élégantes hyperboles à flanc de silhouette qui ensuite s’inversent pour épouser les formes des jambes et s’ouvrent enfin au niveau des épaules sur les traits elliptiques du visage.
 
Admirer la perfection de ces contours, digne des trajectoires des astres, suffit à abstraire l’esprit de ce qui l’alourdit et se demander quelle est la part de calcul dans cet Art.

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Rédigé par David

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