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Publié le 1 Juin 2009

Proust ou les intermittences du cœur
Roland Petit
Représentation du 29 mai 2009 au Palais Garnier

Direction musicale Koen Kessels
Chorégraphie Roland Petit (1974)

Albertine Eleonora Abbagnato
Proust Jeune Benjamin Pech
Morel Josua Hoffalt
Monsieur de Charlus Simon Valastro
Saint-Loup Christophe Duquenne

Musiques de Camille Saint-Saëns, Renaldo Hahn, César Franck, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Ludwig van Beethoven,  Richard Wagner

Daniel Stokes (Le violon) et Mathilde Froustey (Le piano)

Ce que propose Roland Petit avec "Les intermittences du coeur" est une oeuvre illustrative de scènes tirées du roman "A la recherche du temps perdu".
Selon la sensibilité de chacun, la succession de tableaux glisse sur l'âme, ou bien la happe.

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Mélange de classicisme et de gestes subtilement humains, la première partie recèle plusieurs duo amoureux charmants, Le violon et le Piano, Albertine et Andrée, bien qu'un chorégraphe comme John Neumeier maîtrise mieux la fraîcheur et le naturel du sentiment si l'on se réfère par exemple aux enlacements de Aschenbach et de son amour de jeunesse dans "La Mort à Venise".

Sur ce monde joliment conventionnel, s'ouvre une grande fracture vers l'enfer proustien, selon la vision sociale de l'époque, où se mêlent hédonisme, recherche d'un idéal de beauté masculine, amour impossible.

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

La lutte entre Saint Loup et Morel s'appuie sur la gravité et la tension de l‘élégie du violoncelle (Gabriel Fauré). Il en émerge des figures symboliques, des oppositions et des résistances, des corps courbés comme des arcs avec force impressive. Les convolutions du coeur.

Au dernier tableau, l'ouverture de Rienzi annonce l'enterrement d'une période fausse et datée, élans épiques de la musique et hachures brutales des coups d'archers d'une part, grâce de la Duchesse de Germantes entourée de fantômes d'autre part, donnent une image assez belle de cette page qui se tourne.
Seulement était ce une raison pour ne pas rechercher plus de pureté dans l'interprétation musicale, gorgée de sonorités mais rarement délicates?

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Publié le 12 Mai 2009

Onéguine (John Cranko)
Représentation du 11 mai 2009
Opéra Garnier

Direction musicale James Tuggle
Chorégraphie John Cranko (1965)
Décors et costumes Jürgen Rose

Eugène Onéguine Manuel Legris
Tatiana Clairemarie Osta
Lenski Mathias Heymann
Olga Mathilde Froustey
Le Prince Christophe Duquenne

Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra National de Paris.

                                                                                                  Manuel Legris et Clairemarie Osta

Musique Piotr Ilytch Tchaïkovski (Les Saisons op. 37, Ouverture de Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane, Romance pour piano op. 51, Ouverture de Francesca da Rimini)

Chaque interprétation d'une oeuvre, sous une forme nouvelle, comporte ses propres angles de vue.

Après la mise en scène de Dmitri Tcherniakov en septembre, détaillant avec une profondeur rare à l'opéra le personnage de Tatiana, la ballet de John Cranko ouvre le champ à Lenski et Onéguine.

Mathias Heymann (Lenski) et Mathilde Froustey (Olga)

Mathias Heymann (Lenski) et Mathilde Froustey (Olga)

Deux personnalités s'affrontent : la jeunesse éclatante et morale, face à l'âge mûr malhonnête et manipulateur. Mathias Heymann et Manuel Legris décrivent ces deux caractères avec une justesse flagrante.

C'est un plaisir de suivre l'aisance du tout nouveau danseur étoile, une attitude qui montre un esprit qui a les pieds sur terre, un regard éclatant et positif qui ne flanche que devant les provocations d'Onéguine.

Mathilde Froustey (Olga) et Mathias Heymann (Lenski)

Mathilde Froustey (Olga) et Mathias Heymann (Lenski)

On le voit porter Mathilde Froustey le long des ondes symphoniques en toute légèreté, puis s'humaniser lorsqu'il exprime son exaspération et son trouble avec des gestes forts, "mais à quoi tu joues?", "vous allez où comme cela?" semble t-il dire à sa fiancée et à son ami.

Sa scène de désespoir le laisse seul dans l'ombre, la joie s'éteint, les mouvements lents se posent avec notre regard sur le danseur.

Mathias Heymann (Lenski)

Mathias Heymann (Lenski)

Aucun état d'âme en revanche pour Manuel Legris.

A quelques jours de ses adieux (encore une représentation le 15 mai), le voir lui même éliminer le tout jeune venu relève du cynisme le plus abouti.

Tout y est, la froideur, la distanciation dans les duos avec Clairemarie Osta, quelques raideurs, une noirceur terrible et sans doute un peu facile après le duel, quand il surgit à la manière d'un comte célèbre des Carpathes.

A l’instant de l’écriture de la lettre, et sous l’effet des illusions, Tatiana s’imagine en rêve dans les bras d’Onéguine, issu des reflets d’un miroir très précisément mis en scène.

Manuel Legris y est plus flamboyant, tendre, et Clairemarie Osta virevolte autour de lui par des accélérations vives et spontanées assez épatantes.

Manuel Legris (Onéguine)

Manuel Legris (Onéguine)

Manuel Legris y est plus flamboyant, tendre, et Clairemarie Osta virevolte autour de lui par des accélérations vives et spontanées assez épatantes.

Mais son personnage de jeune fille naïve se maintient, tout au long de l’intrigue, dans une description sans grand relief, jusqu’à la scène finale, où après un corps à corps très expressif avec son ancien amour, elle lui lance un geste qui dit bien ce qu’il signifie : « dégage! ».

Plus tard, un des élèves de John Cranko, John Neumeier, poussera encore plus loin un sens de la chorégraphie à la fois classique et passionné, et un sens du tragique qui néanmoins en reste ici au stade de l’épure.

A la tête d’une formation qui ne laisse aucun recoin disponible dans la fosse, James Tuggle harmonise la masse orchestrale dans les passages les plus sensuels de la musique de Tchaïkovski.

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