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Publié le 8 Mai 2017

Circonstances de l’éclipse totale de soleil du 21 août 2017 aux Etats-Unis

Après l’éclipse annulaire de soleil qui a ravi un nombre modeste d’observateurs situés dans le sud de la Patagonie le 26 février 2017, le continent nord-américain s’apprête à être traversé de part en part, le 21 août 2017, par une éclipse totale.

14 états des Etats-Unis seront concernés, selon une trajectoire qui partira de l’Oregon jusqu’à la Caroline du Sud, en passant par l’Idaho et le Wyoming. Ce sera la réplique de l’éclipse qui passa au nord de Paris le 11 août 1999.

Cet événement sera donc fortement médiatisé, car la dernière éclipse totale qui a touché les USA s’est produite le 26 février 1979, uniquement sur l’extrême nord-ouest du pays.

Trajectoire de l'éclipse totale de Soleil du 21 août 2017 - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Trajectoire de l'éclipse totale de Soleil du 21 août 2017 - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

La particularité géographique de l’éclipse du mois d’août est qu’elle va plonger dans l’ombre de la lune des états connus pour la beauté de leur nature et de leurs paysages, qui sont des lieux où des films intimistes célèbres du cinéma américain se sont déroulés. On peut citer Old Joy de Kelly Reichardt (en Oregon), Paranoïd Park et My Own Private Idaho de Gus Van Stan (en Oregon et Idaho), Brokeback Mountain de Ang Lee (au Wyoming), Boys don ’t Cry de Kimberly Peirce (au Nebraska).

Tracé de l'éclipse totale de Soleil du 21 août 2017 de l'Oregon au Wyoming - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Tracé de l'éclipse totale de Soleil du 21 août 2017 de l'Oregon au Wyoming - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

L'éclipse sera totale du fait de la relative proximité de la Lune à la Terre (366 386 km) qui rendra son diamètre apparent plus grand que celui du Soleil.

La durée de l’éclipse variera de 2 minutes au sud de Portland (Oregon) à 2m18s au nord d’Idaho Falls, jusqu’à 2m41s entre Saint-Louis (Missouri) et Nashville (Tennessee).

Plus précisément :

Mont Jefferson (Sud de Portland) : Totalité à 10h20 (41° de hauteur), durée 2mn03
Idaho Falls (Craters of the Moon) : Totalité à 11h34 (49° de hauteur), durée 2mn18
Casper Mountains (Wyoming) : Totalité à 11h44 (54° de hauteur), durée 2mn27
Kansas City : Totalité à 13h08 (62° de hauteur), durée 2mn40
Saint-Louis : Totalité à 13h19 (64° de hauteur), durée 2mn41
Nashville : Totalité à 13h28 (64° de hauteur), durée 2mn41

L'ombre de la Lune à Idaho Falls le 21 août 2017 à 11h36mn08s, dans la région de Crater of the Moon et du Park de Yellowstone - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

L'ombre de la Lune à Idaho Falls le 21 août 2017 à 11h36mn08s, dans la région de Crater of the Moon et du Park de Yellowstone - (c) Xavier Jubier - xjubier.free.fr

Un des meilleurs compromis entre durée de l’éclipse et paysages spectaculaires se situe en Idaho et au Wyoming.

Le déroulement de l’éclipse à Idaho Falls comprendra quatre jalons clés lundi 21 août :

1.    A 10h15mn13s, heure locale, la Lune commencera à recouvrir le bord solaire, à 37° au-dessus de l’horizon Est-Sud-Est.

2.    Une heure et quart plus tard, à 11h32mn35s, à 49° au-dessus de l’horizon, la Lune recouvrira entièrement le Soleil sous une spectaculaire couronne magnétique, laissant apparaître Régulus à leur côté, tous trois encadrés de près par Mars et Mercure, et, plus loin, par Vénus et Jupiter. La vitesse de l’ombre au sol sera de 3000 km/h. 

3.    Deux minutes et 18 secondes plus tard, à 11h34mn53s, la Lune commencera à se dégager de la surface solaire et le jour reviendra.

4.    Enfin, à 12h57mn36s, la Lune se sera entièrement dégagée de notre étoile.

La largeur du tracé de l’ombre au sol, elle, ne sera que de 106 km.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 5 Mars 2017

Eclipse annulaire du 26 février 2017, deux minutes avant la formation de l'anneau

Eclipse annulaire du 26 février 2017, deux minutes avant la formation de l'anneau

Circonstances de l’éclipse annulaire de soleil

L’éclipse annulaire de soleil qui vient de traverser le centre de la Patagonie est la première d’une série de trois éclipses qui va toucher l’Argentine entre 2017 et 2020, ce qui est rare pour un même pays en si peu de temps (celles du 02 juillet 2019, près de San Juan, Cordoba et Buenos Aires, et du 14 décembre 2020, près de Viedma et Las Grutas, seront par ailleurs totales, et donc plus spectaculaires).

Elle a parcouru une région très peu habitée de l’Amérique du Sud où, probablement, de l’ordre de 70.000 habitants vivent sur la bande de terre d’où l’’anneau de feu’ était visible, mais l’Afrique a elle aussi pu l’observer au soleil couchant en Angola, Zambie et République démocratique du Congo.

Trajectoires des 3 éclipses de soleil prévues en Argentine entre 2017 et 2020 - (c) Xavier Jubier

Trajectoires des 3 éclipses de soleil prévues en Argentine entre 2017 et 2020 - (c) Xavier Jubier

Présentation de la Patagonie

Les steppes, déserts et pâturages de la Patagonie couvrent un tiers de l’Argentine, mais la partie occidentale de la Cordillère des Andes qu’elle abrite appartient, elle, au Chili.
Son nom proviendrait du terme ‘Patagon’ (‘grande patte’) employé dans leurs écrits par Fernand de Magellan et Antonio Pigafetta, un des membres de son expédition, lorsqu’ils découvrirent, en 1520, le peuple amérindien Tehuelche sur ces terres.

Ce peuple, dont le nom fut donné par un autre peuple originaire des Andes chiliennes, les Mapuche, avait une culture nomade et chassait les guanacos et les nandous.
Avec l’introduction du cheval au XVIIIe siècle par les Espagnols, ses itinéraires de transhumances se modifièrent, et, quand il rencontra les colons gallois qui fuyaient l’oppression religieuse et culturelle en Grande-Bretagne, il établit avec eux des liens très forts, et leur apprit les techniques de chasse et de confection d’habits traditionnels.

Ces colons, arrivés le 28 juillet 1865, fondèrent leur première ville dans leur port naturel de débarquement, situé à l’entrée de la péninsule de Valdès, et le nommèrent Puerto Madryn.

Puerto Madryn face au Golfo Nuevo

Puerto Madryn face au Golfo Nuevo

Mais en 1879, le général Julio Argentino Roca lança une conquête génocidaire du désert afin d’ouvrir de larges territoires à la colonisation espagnole. Les indigènes furent décimés, et ne subsistent dorénavant que quelques vestiges de la culture Tehuelche.

Une des conséquences de cette appropriation des terres du sud fut d’ouvrir la voie aux paléontologues qui découvrirent cette zone peu humide où la géologie est parfaitement visible. 

Au cours des années 1890, Carlos Ameghino, paléontologue argentin, entreprit avec son frère, Florentino, d’importants voyages en Patagonie, et ramena au total plus de 2000 pièces de mammifères du tertiaire appartenant à 120 espèces différentes.

Aujourd’hui, la Patagonie est aussi devenue la zone qui recèle le plus de fossiles datant du Jurassique au monde, comme le prouve la découverte d’un immense gisement dans la province de Santa Cruz en 2012, ou bien celle des restes d’un Titanosaure, le plus grand herbivore jamais mis à jour, dans la région du Chubut.

Squelette de Tyrannotitan - musée paléontologique de Trelew

Squelette de Tyrannotitan - musée paléontologique de Trelew

Route vers le point d’observation

Le point de départ de ce voyage fut Puerto Madryn, base tranquille dévouée à l'écotourisme et emplacement idéal pour aller observer les baleines franches, les orques, les dauphins de Commerson, les lions et les éléphants de mer.

Route vers le point d'observation au nord de Sarmiento

Route vers le point d'observation au nord de Sarmiento

Deux endroits paraissaient d’emblée privilégiés pour observer l’éclipse annulaire dans de bonnes conditions, la Baie de Camarones et sa réserve naturelle de Cabo Dos Bahias, ou bien la rive nord-est du lac Musters situé tout près de Sarmiento, au creux du Corridor Central de Patagonie.

C’est ce dernier lieu qui fut retenu, aussi bien pour son relief et la nature préhistorique de sa géologie que pour son importante distance à l’Océan Atlantique, dont les brumes et les formations nuageuses auraient pu perturber le spectacle.

De Puerto Madryn, il fut aisé de rejoindre, à 55km au sud, Trelew, ville qui dispose d’un important musée paléontologique où règnent nombre de squelettes de fossiles, dont celui d’un impressionnant Tyrannotitan.

Pingouins de Magellan - Cabo dos Bahias (Camarones)

Pingouins de Magellan - Cabo dos Bahias (Camarones)

A 250km plus au sud, au pied de la ‘Meseta de Montemayor’, le village de Camarones se présenta comme un point d’étape obligé, tant la faune qui vit dans ses alentours jouit d’un environnement qui la protège à l’écart des foules touristiques. Les guanacos – une espèce de lama non domestiqué -, les nandous de Darwin, les colonies de pingouins de Magellan, les troupeaux de moutons, les lions de mers et toutes sortes d’oiseaux de mers cohabitent sur les bordures rocheuses couvertes de bosquets, auxquelles on ne peut accéder que par de fastidieuses routes de pierres.

Lever de soleil dans l'horizon de Comodoro Rivadavia - dimanche 26 février 2017 à 06h45

Lever de soleil dans l'horizon de Comodoro Rivadavia - dimanche 26 février 2017 à 06h45

En poursuivant sur 200km la voie principale qui longe le flanc oriental de la Patagonie jusqu'au détroit de Magellan, la ville de Comodoro Rivadavia fut la dernière étape avant de quitter la côte pour se diriger vers l’intérieur des terres. Elle se situe en plein centre d’une importante zone pétrolifère où champs de puits de pétrole et champs d’éoliennes se côtoient non sans un certain sens de l’incompatible écologique.

Arrivée sur la rive du Lac Musters - le 26 février 2017 à 08h30

Arrivée sur la rive du Lac Musters - le 26 février 2017 à 08h30

Ne resta plus qu’à rejoindre Sarmiento dans les lueurs du soleil levant. Après 150km de route bitumée, puis 45 km de route de pierres, sur laquelle on conduit comme sur de la neige, la rive du Lac Musters est enfin apparue à 8h30, alors que les premiers groupes d’observateurs étaient déjà installés.

Un camp principal était même déployé sur l’estancia El Musters où l’association scientifique argentine ‘Grupo Astronomico Osiris’ avait réuni des dizaines de jeunes amateurs, et qu’un champ d’instruments d'observation jonchait le sol.

Camp d'observation - Estancia El Musters - Sarmiento

Camp d'observation - Estancia El Musters - Sarmiento

Observation de l’éclipse

A 9h24, dans un ciel parfaitement bleu sous une température ambiante très agréable, la lune commença à se dessiner sur la surface solaire dans une clameur générale, à 23° au-dessus de l’horizon. Au centre, une tâche solaire bien visible pouvait s'apercevoir.

Le sol, lui, offrait à ceux qui en avaient la curiosité nombre de témoignages des passages des tribus Tehuelche, pointes de flèches taillées en pierre, outils de découpe et bois fossilisés n’attendaient qu’à être ramassés …

Détail de l'activité solaire - 9h45mn

Détail de l'activité solaire - 9h45mn

Vers 10h15, la variation de luminosité devint perceptible, le bleu du ciel plus profond, les contrastes plus marqués sur les profils des sommets, et la sensation de fin de jour vint.

Au cours des dix dernières minutes avant l’éclipse annulaire, le vent et la fraicheur se levèrent, inévitables signes que le paroxysme approchait et qui resserra l’emprise sensible du phénomène sur notre psyché. On sent la nature comme aspirée par la conjonction astrale.

Photo montage de l'éclipse annulaire du 26 février 2017 entre 09h45mn et 10h40mn

Photo montage de l'éclipse annulaire du 26 février 2017 entre 09h45mn et 10h40mn

Enfin, à 10h39mn et 26 secondes, l’anneau de soleil apparut dans les instruments pour une petite minute, à 35° au-dessus de l’horizon, dans une clameur encore plus forte qu’au début de l’évènement.

Le maintien de cette impression lunaire sur la zone s’est alors prolongé pour une dizaine de minutes, avant que, petit à petit, le cycle du jour ne reprenne. A 12h01, plus aucune trace du passage de la lune devant le disque de notre astre n’était visible.

Plateau du Lac Musters sous les lumières de l'éclipse

Plateau du Lac Musters sous les lumières de l'éclipse

Après l’éclipse

L’heure qui suivit fut consacrée aux flâneries le long de la rive du lac Musters, immensité bleu-vert totalement isolée au milieu d'un plateau sec et désertique pauvre en végétation.

Le lac Musters

Le lac Musters

Puis, la fin de journée fut dédiée à la découverte du parc des Bosquets pétrifiés, situé 30km au sud de Sarmiento. Dans un paysage extra planétaire baptisé la ‘Vallée Lunaire’, des restes de troncs d’arbres datant de dizaines de millions d’années gisent toujours sur les flancs des falaises érodées par le temps. 

Bois pétrifiés (à gauche) et strates géologiques de la 'Vallée Lunaire' (Sarmiento)

Bois pétrifiés (à gauche) et strates géologiques de la 'Vallée Lunaire' (Sarmiento)

Arrachés par des vents violents et silicifiés par les sels des mers qui se sont depuis retirées, ils témoignent éternellement de la végétation qui recouvrait jadis cette région à l’aspect abandonné, et de la richesse en vie animale qu’elle protégeait.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 21 Février 2016

Eclipse totale de soleil du mercredi 09 mars 2016 en Indonésie

Ce sera donc l’éclipse la plus longue des 5 prochaines années (3mn15 s aux Moluques du Nord), qui débutera à l’ouest de l’île indonésienne de Sumatra, la région de Bengkulu plus précisément, pour remonter sur le sud de Bornéo, traverser les Célèbes, puis les Moluques, pour poursuivre à travers le Pacifique une course où l’ombre de la Lune frôlera les Atolls américains Wake et Midway.

Carte en projection stéréographique avec courbes de demi-durée (Xavier Jubier)

Carte en projection stéréographique avec courbes de demi-durée (Xavier Jubier)

Au petit matin, dès 7h19mn (heure de Djakarta, soit 01h19m du matin à Paris), l’éclipse sera totale à 15° au-dessus de l’horizon Est de Sumatra, et culminera à 50° haut dans le ciel à Ternate, à 7h51mn. La trace de l'ombre couvrira alors 145 km de large.

Seulement 30 minutes d’éclipse pour l’Indonésie, en pleine saison des pluies, avec moins d’une chance sur cinq que le ciel ne soit pas obstrué par la couverture nuageuse, cette éclipse est aussi celle qui a le moins de chance d’être visible au cours des 5 prochaines années.

L'ombre de la Lune à 0h54mn10s TU (7h54 heure locale) aux Moluques (Xavier Jubier)

L'ombre de la Lune à 0h54mn10s TU (7h54 heure locale) aux Moluques (Xavier Jubier)

Indonésie – Sumatra, durée 2mn 05, grandeur 1,01622, largeur 115 km, hauteur sur l’horizon 19°, Météo : 10% Soleil

Indonésie – Moluques du Nord, durée 3mn 15 mn, grandeur 1,02034, largeur 145 km, hauteur 48°, Météo : 20% Soleil

Lire également Les éclipses de soleil dans le monde de 2016 à 2020

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 28 Septembre 2015

Eclipse Totale de Lune du 28 septembre 2015

Très attendue, cette éclipse totale de Lune a pu être observée depuis l'ensemble du continent américain, l'Europe et l'Afrique. Seuls les habitants de l'Asie et de l'Australie n'ont pu la voir.

Eclipse Totale de Lune du 28 septembre 2015 vue depuis Paris

Elle avait la particularité de se produire au passage de la Lune à son périgée, c'est à dire à sa distance la plus proche de la Terre, soit 354.000 km, rendant ainsi son éclat plus impressionnant.

Entrée dans l'ombre (3h07)

Entrée dans l'ombre (3h07)

A Paris, dans un ciel totalement dégagé, la Lune est entrée dans la pénombre de la Terre à 2h11mn - la pénombre est la région de l'Espace où le Soleil paraît partiellement éclipsé par la Terre.

Photomontage de l'avancée de l'ombre à 3h21, 3h39 et 3h45

Photomontage de l'avancée de l'ombre à 3h21, 3h39 et 3h45

C'est ensuite à partir de 3h07mn que la Lune a commencé à entrer dans l'ombre de la Terre, zone depuis laquelle le Soleil paraît totalement éclipsé par notre planète.

Les dernières minutes avant la totalité à 4h et 4h07 (Temps de poses de 1/2s et 1s, Iso 200)

Les dernières minutes avant la totalité à 4h et 4h07 (Temps de poses de 1/2s et 1s, Iso 200)

Puis, à 4h11mn, la Lune s’est trouvée intégralement dans l’ombre, ce qui signifie que depuis son sol, on pouvait y observer une Eclipse Totale de Soleil qui allait durer 1h12mn.

Enfin, à partir de 5h23mn, la Lune a progressivement quitté la zone d’ombre jusqu’à 6h30.

La totalité à 4h30 (Temps de pose de 4s, Iso 200). Les étoiles faibles du Poisson sont visibles.

La totalité à 4h30 (Temps de pose de 4s, Iso 200). Les étoiles faibles du Poisson sont visibles.

Cet évènement était absolument fabuleux à suivre que ce soit à l’œil nu ou aux jumelles.

A l’œil nu, dès l’approche de la totalité, la Lune donnait l’impression de devenir un anneau d’un rouge éclatant, car les mers, c'est-à-dire les plaines situées sur sa face dirigée vers nous, devenaient plus sombres que le bord lunaire. La surbrillance de ce contour était d’une beauté naturellement magique.

Au maximum de l'ombre à 4h46 (Temps de pose de 1,3s)

Au maximum de l'ombre à 4h46 (Temps de pose de 1,3s)

En revanche, aux jumelles, cette impression lumineuse s’estompait, car l’augmentation de lumière induite avait tendance à uniformiser les coloris d’ensemble en une nimbe rouge-orangée, faisant alors apparaître les petites étoiles de faible magnitude (entre 7 et 8) de la constellation du Poisson environnant l’astre sélène.

5h04, à 20 minutes de la fin de la totalité (Temps de pose de 1,3 s)

5h04, à 20 minutes de la fin de la totalité (Temps de pose de 1,3 s)

Ce spectacle s’est déroulé au-dessus de la ville encore endormie, par une température clémente, et dans un calme hors du temps.

Photomontage jusqu'à la fin de la totalité, à 5h11, 5h22, 5h24 et 5h25 (Temps de poses de 1s et 1/2s)

Photomontage jusqu'à la fin de la totalité, à 5h11, 5h22, 5h24 et 5h25 (Temps de poses de 1s et 1/2s)

Les deux prochaines éclipses de Lune visibles à Paris auront lieu le 27 juillet 2018 – la Lune se lèvera à 21h30 totalement éclipsée et le restera jusqu’à 23h15, à près de 405.000 km de la Terre -, puis le 21 janvier 2019, entre 5h40 et 6h43, à 355.000 km de la Terre, mais dans des conditions inévitablement hivernales.

Photomontage de la sortie de l'ombre à 5h27 et 5h37 (Temps de poses de 1/8s et 1/15s)

Photomontage de la sortie de l'ombre à 5h27 et 5h37 (Temps de poses de 1/8s et 1/15s)

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 27 Mars 2015

Éclipse totale de soleil du vendredi 20 mars 2015 au Spitzberg (Svalbard)

Circonstances de l’éclipse totale de soleil

Une éclipse de soleil est un évènement extraordinaire pour ceux qui se trouvent dans une région parcourue par l’ombre de la Lune, car elle évoque, plus ou moins consciemment, une réunion idéale de deux forces contradictoires : l’une rayonnante et puissante, l’autre irrationnelle et obscure.

Vendredi 20 mars : Couronne solaire : ISO 100, Focale 300mm, vitesse 1/15s, ouverture 5.5

Vendredi 20 mars : Couronne solaire : ISO 100, Focale 300mm, vitesse 1/15s, ouverture 5.5

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Celle qui vient de se produire sur les Iles Féroé et l’Archipel du Svalbard est cependant sur le déclin, car elle appartient à un cycle d’éclipses totales finissant, dont la dernière manifestation aura lieu le 30 mars 2033 en Alaska, soit dans 18 ans 11 jours et 8 heures.

C’est ce que l’on appelle un cycle de Saros, le 120ème dans ce cas précis, qui s’étale sur plus d’un millénaire.

Lire également Spitzberg : Focus sur l'éclipse totale de soleil du 20 mars 2015

Trajectoire de l’éclipse totale de soleil du 20 mars 2015 sur le Svalbard (Saros 120) - selon le site de Xavier Jubier

Trajectoire de l’éclipse totale de soleil du 20 mars 2015 sur le Svalbard (Saros 120) - selon le site de Xavier Jubier

A chaque retour cyclique, la trajectoire de l’ombre de la Lune se rapproche du pôle Nord, avant de quitter définitivement le sol terrestre.

Peu de personnes ont donc été témoins de cette éclipse en 2015, les 2.500 habitants du Spitzberg – l’île principale du Svalbard, les 50.000 habitants des Iles Féroé, et les moins de 10.000 visiteurs internationaux qui se sont rendus sur les deux archipels.

 

Présentation du Svalbard

Le Svalbard est la désignation par les Vikings, en vieil islandais, de cette terre qu’ils découvrirent au 12ème siècle , les « côtes froides ».

Plus tard, au 16ème siècle, le navigateur hollandais Willem Barents aborda l’île principale qu’il nomma « Spitsbergen », les « montagnes pointues ».

Entrée de la vallée de Bjorndallen, face à l’Isfjorden, le lundi 16 mars 2015.

Entrée de la vallée de Bjorndallen, face à l’Isfjorden, le lundi 16 mars 2015.

Quatre mers et océan en bordent ses rives : la mer de Norvège, la mer du Groenland, la mer de Barents et l'océan Arctique.

Et, de par sa proximité avec le Pôle Nord distant de moins de 1.100 km, les expéditions polaires aériennes prirent, au début du XXème siècle, cet archipel comme point d’envol. Certaines s’achèveront dans des conditions dramatiques.

Conséquence de son lent déplacement depuis les zones équatoriales jusqu’à plus de 78° de latitude nord, le sous-sol du Svalbard est riche en fossiles d’animaux et de végétaux, ainsi qu’en ressources de charbon.

Le réseau d’antennes SVALSAT

Le réseau d’antennes SVALSAT

Longyearbyen, la capitale administrative, est une ville minière qui a considérablement évolué pour devenir un centre universitaire (UNIS). Elle dispose d’un aéroport depuis 1975, est surplombée d’un réseau d’antennes – SVALSAT – offrant des services de communication aux opérateurs internationaux (EUMETSAT, NASA, ESA, NOAA …), et devient maintenant une base d’accueil touristique.

Longyearbyen, le vendredi 20 mars 2015.

Longyearbyen, le vendredi 20 mars 2015.

Une seule des 7 mines originelles est encore en exploitation, et l’une d’entre elles est reconvertie depuis 1984 en une banque de gènes végétaux, le Global Seed Vault. Il en existe des centaines d’autres dans le monde, mais celle-ci a comme particularité d’être à l’abri des catastrophes naturelles ou nucléaires.

Observateur solitaire de l'éclipse rejoignant à pied Longyearbyen.

Observateur solitaire de l'éclipse rejoignant à pied Longyearbyen.

Il était possible – comme certains observateurs l’ont fait – de ne venir au Spitzberg que 48 heures pour observer l’éclipse de soleil, mais il est bien plus intéressant de profiter de cet évènement naturel pour explorer un peu cette région inhospitalière en hiver. Car même le jour de l’équinoxe de printemps, les températures descendent à -25°C, heureusement en l’absence de tout vent.

 

Randonnée vers le point d’observation

Afin de rejoindre le point d’observation situé à 450m au-dessus du niveau de la mer sur le plateau du Plataberget, au sud-ouest de Longyearbyen, trois jours de marche et de repérage (30km) vont être nécessaires.

Emplacement du point d’observation sur le plateau de Plataberget à 35km de la ligne de centralité. Tracé – en vert – du parcours d’exploration.

Emplacement du point d’observation sur le plateau de Plataberget à 35km de la ligne de centralité. Tracé – en vert – du parcours d’exploration.

Après la remontée de la vallée enneigée de Bjordalen, la progression se poursuit en longeant les flancs de Nordenskioldfjellet (1053m), puis, aboutit sur le plateau où le campement sera posé à l’abri des vents du glacier de cette montagne. Au loin, à l’ouest et à la même altitude, des motoneiges rejoignent les coupoles de SVALSAT.

 

Observation de l’éclipse

11h00 : Observation de la phase partielle (80%) de l’éclipse de soleil, 10 minutes avant la totalité.

11h00 : Observation de la phase partielle (80%) de l’éclipse de soleil, 10 minutes avant la totalité.

Alors que l’atmosphère des jours précédents était relativement voilée, c’est sous un ciel bleu azur que nous nous réveillons le vendredi 20 mars, jour de l’éclipse. Le soleil n’est qu’à quelques degrés au-dessus du plateau de Gruvefjellet, séparé du notre par la vallée de Longyeardalen. Et rien, même pas les quelques nuages de basse altitude qui recouvrent les sommets de bord de mer de l’autre côté de l’Isfjorden, le principal fjord de l’archipel, n’apparait menaçant.

Seul le froid glaciaire va rendre l’attente et l’observation un peu pénibles.

Phases partielles de l’éclipse entre le 1er et le 2d contact : 10h18 (10%), 10h32 (33%), 10h42 (50%), 10h57 (75%), 11h04 (85%). ISO 100, Focale 400mm, vitesse 1/8s, ouverture5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ72)

Phases partielles de l’éclipse entre le 1er et le 2d contact : 10h18 (10%), 10h32 (33%), 10h42 (50%), 10h57 (75%), 11h04 (85%). ISO 100, Focale 400mm, vitesse 1/8s, ouverture5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ72)

A 10h12mn, la lune commence à s’interposer entre le soleil et la Terre, alors que son ombre se rapproche à une vitesse de 6000 km/h.  Il ne lui faut qu’une petite heure pour recouvrir l’intégralité du disque, en laissant un croissant orange – vu à travers les filtres solaires – s’affiner au fur et à mesure que l’alignement se forme.

Quelques observateurs manifestent leur présence, à motoneige, à skis, et même depuis la nacelle d’une montgolfière qui s’élève au loin vers l’est.

Plataberget 11h10 : Diamant. ISO 100, Focale 500mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h10 : Diamant. ISO 100, Focale 500mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

A 11h10mn, les restes des rayons lumineux scintillent le long de la surface lunaire, le diamant brille irrésistiblement, se rétrécie, et, à 11h10mn et 40s, le plateau du Plataberget plonge subitement dans le bleu de la nuit.

Plataberget 11h11 : Protubérances solaires au second contact. ISO 100, Focale 660mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Protubérances solaires au second contact. ISO 100, Focale 660mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

La couronne solaire n’est qu’à 11° d’altitude, près du sommet du Trollsteinen (850m). L’allongement ellipsoïdal de l’ombre se devine par les courbes en dégradé qui illuminent l’horizon, sauf dans la direction du soleil noir.

Plataberget 11h11mn : Vision scénique de l’éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.5.

Plataberget 11h11mn : Vision scénique de l’éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.5.

Les protubérances solaires sont nombreuses et importantes sur la surface occidentale de l’astre solaire, et l’observation entière de l’éclipse se déroule dans un calme sidérant.

Plataberget 11h11 : Couronne solaire. ISO 100, Focale 760mm, vitesse 1/10s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Couronne solaire. ISO 100, Focale 760mm, vitesse 1/10s, ouverture 5.6.

A l’opposé du soleil, les nuages d’Isfjorden se sont noircis, et les sommets baignés par les glaciers qui se déversent dans la mer du Groenland semblent comme étouffés sous les lueurs sombres et rougeoyantes qui entourent l’ombre.

Baie de Borebukta dans l’ombre de l’éclipse.

Baie de Borebukta dans l’ombre de l’éclipse.

Seules 2mn et 25s de nuit polaire sont laissées à ce spectacle total, et le second diamant en annonce la fin. D’incroyables ombres volantes convergent soudainement vers lui, comme si la roue géante d’un vélo tournait et projetait ses rayons sur le sol totalement blanc.

Plataberget 11h11 : Ciel d’éclipse et Vénus. ISO 100, Focale 20mm, vitesse 0,75s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Ciel d’éclipse et Vénus. ISO 100, Focale 20mm, vitesse 0,75s, ouverture 5.6.

La dernière partie de l’éclipse, moins assidument suivie, se déroule en moins d’une heure jusqu’à 12h12mn.

Si le vent ne s’est pas levé dans la suite du phénomène, la température, elle, est passée de -18°C à -26°C !

Coucher du soleil le soir du vendredi 20 mars.

Coucher du soleil le soir du vendredi 20 mars.

Et à notre grande surprise, les appareils photographiques grands publics non tropicalisés (type Nikon, Panasonic …) tiennent le choc alors qu’ils ne sont pas garantis pour les températures négatives.

 

Après l’éclipse

L’après-midi de ce jour de printemps est ensuite consacré à la découverte du plateau du Plataberget et de ses vues sur LongYearbyen et l’Isfjorden, ainsi qu’à l’observation du renne de Svalbard, le plus petit et le plus trapu des neuf sous-espèces de rennes.

Renne de Svalbard.

Renne de Svalbard.

Puis, les jours qui suivent, nous rejoignons Longyearbyen par le goulot encaissé de Blomsterdalen – la vallée des fleurs -, pour entrer dans la vallée de Bolterdalen.

La finesse des découpes des rochers sur le fond blanc immaculé transforme en œuvre d’art le paysage qui semble dessiné à l’encre de Chine, avec le même raffinement que les peintures mystiques des montagnes célestes d’Extrême-Orient.

Vallée du glacier de Scott Turnerbreen.

Vallée du glacier de Scott Turnerbreen.

De plus, les jours continuent à s’allonger de 15 minutes par jour pendant tout le mois de mars, et, à minuit, les lueurs du soleil sont dorénavant perceptibles.

 

Accompagnement

Progresser sur les terres glacées du Svalbard n’est pas entreprise facile.

En outre, affronter le froid nécessite une organisation et un rituel rigoureux, et la présence de l’ours polaire, protégé depuis 1973 et maître des lieux, rend obligatoire d’être armé et accompagné de chiens.

Emmanuel Poudelet observant l’éclipse. Dans les airs, une montgolfière surveille l’arrivée de l’ombre de la lune.

Emmanuel Poudelet observant l’éclipse. Dans les airs, une montgolfière surveille l’arrivée de l’ombre de la lune.

Pour sécuriser ces jours d’explorations, il fallait donc un guide vigilant, déterminé et attentif. Cet esprit d’engagement enthousiaste, nous l’avons trouvé en Emmanuel Poudelet, à qui l’on doit un soutien et une énergie qui ont été, tous les jours, une leçon pour chacun d’entre nous, malgré les aléas inhérents à la mission.

C’est également l’un des buts de ces expéditions, rencontrer les véritables exemples, pour ne pas dire les véritables héros, d’aujourd’hui.

 

Pour approfondir ses propres connaissances sur le Svalbard :

Carte topographique du Svalbard

Base de connaissance sur le Svalbard

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 16 Décembre 2014

Eclipse totale de soleil aux Iles Féroé et au Svalbard, partielle à Paris, le vendredi 20 mars 2015

 

2015 est une année astronomiquement riche pour la France, puisque deux éclipses y seront visibles : l’une, solaire, sera partielle à 81% sur Paris, le 20 mars, et l’autre, lunaire, sera totale le 28 septembre, pendant plus d’une heure et dix minutes.

L’éclipse solaire du vendredi 20 mars, jour de printemps, sera la plus importante pour la France depuis le début du troisième millénaire, et il faudra attendre plus de 11 ans, un soir d’étoiles filantes du 12 août 2026, pour qu’une éclipse solaire totale la frôle en traversant l’Espagne.

EclipseTotale2015.jpg

     Trajectoire de l'éclipse Totale du vendredi 20 mars 2015 (bande de totalité sur les iles Féroé et le Svalbard, et bande de visibilité partielle sur l'Europe  jusqu'à l'Afrique du Nord et l'Oural)

 

Cette éclipse totale sera cependant visible par un très faible nombre de personnes, puisqu’elle ne sera observable que par les 50.000 habitants des Iles Féroé, et les 2.500 habitants et 3.000 ours blancs du Spitzberg et du Nordaustland.
Des milliers d’observateurs du monde entier devraient cependant affluer vers ces deux régions, s’ils ne sont pas découragés par les conditions météorologiques médiocres prévues pour cette période.

 Statistiquement, l’archipel du Svalbard devrait être un peu plus favorable, mais il faudra être capable d’affronter une température moyenne de -15°C, ambiance qui pourra également affecter les performances des matériels électroniques. Et la présence d’ours polaires devrait induire une tension diffuse, même si aucune attaque contre l’homme n’a eu lieu depuis août 2011.

Svalbard-modified3.jpg

     Détail de la trajectoire et de l'ombre de l'éclipse sur le Svalbard à 10h12mn30s.

 

Mais voici comment cette journée d’éclipse devrait se dérouler.
A 8h22mn30s TU (9h22mn30s heure locale), depuis Paris, le soleil commence à être masqué par la lune, alors qu’il brille à 22° au-dessus de l’horizon.

Puis, à 9h11mn30s TU, l’éclipse totale se lève en plein Atlantique Nord, quelque part au sud du Groenland. En revanche, depuis le Spitzberg, le soleil commence tout juste à être partiellement éclipsé.

Eclipse2015Paris.jpgL’ombre de la lune se dirige ensuite vers le Nord-Est, tout en décélérant, et, à 9h29mn15s TU (10h29mn15s heure locale), alors qu’elle est passée à une vitesse inférieure à 4.000km/h, l’éclipse est maximale sur Paris (81%) à 31,5° au-dessus de l’horizon sud-est.

Peu de temps après, à 9h41mn TU, l’ombre rejoint les Iles Féroé, et les traverse à 3.200 km/h. L’éclipse dure 2m22s sur les pointes les plus proches de la ligne de centralité projetée à 125km au loin sur l’Océan.
                                                    Apparence du soleil éclipsé à 81% sur Paris à 10h29mn15s heure locale.

 

L’ombre de la lune reprend alors de la vitesse, et atteint enfin l’archipel du Svalbard à 10h09mn45s TU à près de 6.000 km/h.
L’éclipse est totale sur Longyearbyen à 10h10mn43s TU, et elle dure 2mn27s, à 11° au-dessus de l’horizon.

Une demi-heure plus tard, à 10h40mn15s TU (11h40mn15s heure locale), plus aucune trace de l’éclipse n’est visible à Paris, et il en est de même sur Longyearbyen à 11h12mn20s TU.

La réplique de cette éclipse (61ème évènement du cycle Saros 120) aura lieu le 30 mars 2033, dans le nord de l’Alaska. Autant dire qu’elle y sera peu suivie.

 

Lire également Spitzberg : Focus sur l'éclipse totale de soleil du 20 mars 2015

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 18 Novembre 2012

Bien que s'étant déroulée le mercredi 14 matin en Australie, cette éclipse a eu lieu le mardi 13 novembre 2012 à 20h40 Temps Universel.

Eclipse02.jpg

     Trajectoire de l'éclipse totale de soleil du 13 novembre 2012 (Saros 133)

 

L’éclipse de soleil qui a parcouru la région très peu peuplée du Nord du Queensland en Australie, au lever du soleil, est certainement une de celles qui aura eu le moins de témoins parmi les 13 éclipses totales des Saros qui couvrent le début du XXIème siècle. Un Saros, pour rappel, est un cycle de 223 lunaisons, toujours d'une durée de 18 ans 11 jours et 8 heures, qui caractérise le renouvellement périodique de la même éclipse, mais qui s'accompagne également d'une évolution progressive de ses caractéristiques géographiques, physiques et temporelles.

Eclipse01.jpg      Circonstances de l'éclipse sur la région de Cairns et dessin de l'ombre de la Lune

 

Seuls 150.000 australiens vivent sur la bande de terre qui fut recouverte par l’ombre de la lune, et les deux tiers habitent Cairns ou ses étendues. On peut toutefois ajouter les 50.000 visiteurs, autochtones et étrangers, qui investirent la région pour l’occasion, bien que les vicissitudes météorologiques ne permirent pas à tous d’admirer la phase de totalité, la période estivale étant également une saison humide.

Eclipse03.jpg      Emplacement du point d'observation sur la plage d'Ellis Beach à 7kms de la ligne de centralité

 

Pourtant, cette éclipse est comparable à celle qui a ébloui nombres d’observateurs de l’Afrique à l’Asie en 2006, car elle en a la même durée - plus de 4 minutes - et la même largeur de bande à son zénith - 180 kms.

Seulement, si l’on exclut les cinq premières minutes qui se sont déroulées sur le continent australien, le reste de sa trajectoire de plus de trois heures s'est projeté sur l’Océan Pacifique Sud, avant de disparaître à un millier de kilomètres des côtes chiliennes.
 

Australie201201.jpg      Ellis Beach 04h56 : Double Island, Haycock Island et Vénus au dessus des nuages. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 3s, ouverture 2.8 (Panasonic Lumix DMC-FZ8)

 

Dans ces conditions, pour assister à l’intégralité du passage de la Lune devant le soleil, il n’y avait que la région de Cairns pour élire un poste d’observation favorable, même si cette ville touristique était située à 20 kilomètres de la ligne de centralité. La durée de l’éclipse y étant estimée à 1m58s, il a donc fallu chercher un lieu plus proche du centre de l’ombre pour obtenir quelques secondes de totalité supplémentaires.

Australie201217.jpg    Ellis Beach 05h37 : Lever du soleil sur Buchan Point. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/640s, ouverture 4.5

 

Mais plus encore, si cet évènement pouvait effectivement se vivre pour son intérêt scientifique, il comportait également une autre motivation, une motivation liée à une sensibilité esthétique et romantique pour laquelle l’esprit cartésien n'est plus qu'un moyen à son service.

Car, en débutant au lever du soleil, cette éclipse promettait de créer un fantastique tableau naturel incluant la mer, le ciel, tous les éléments de paysage, et le soleil éclipsé lui-même à seulement 14° au dessus de l’horizon.

Australie201202.jpg    Ellis Beach 05h39 : Lever du soleil sur Buchan Point. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/1300s, ouverture 5

 

Alors, en remontant la veille le long de la côte vers Palm Cove, petite ville touristique située à 27 kms de Cairns, se découvre 2 kms plus loin une magnifique plage de sable au pied des falaises sans la moindre habitation, Ellis Beach.

Australie201215.jpg    Ellis Beach 05h42 : Disparition du soleil sur Buchan Point. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/1300s, ouverture 5

 

Face à cette plage, deux iles, Double Island et le petit rocher de Haycock Island, dessinent en contre-jour des ombres sur l’horizon marin et prolongent le promontoire du nord de Palm Cove - Buchan Point - dans la direction où se lèvera le soleil le lendemain matin.
De là, la ligne de centralité n’est plus qu’à 7kms, et l’éclipse totale durera 2m02s.

 

De retour le lendemain bien avant le lever du soleil, vers 3h30 du matin, quelques campeurs sont déjà sur place et y ont passé la nuit. Le ciel semble dégagé, Vénus et Jupiter encadrant Orion dans un ciel pur et étoilé, et une météorite file vers le sud.

Australie201203.jpg      Ellis Beach 06h25 : Réapparition du Soleil éclipsé à 75%. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/1600s, ouverture 8

 

Un peu avant le lever du jour, chacun s’installe sur la plage, et d’autres passionnés ou simples curieux viennent se répartir le long de la mer.

Avant que ne débute le phénomène, on peut rappeler quelques éléments temporels de cette éclipse.
Au nord de Palm Cove, la largeur de la bande de totalité est de 144 kms, ce qui est plutôt faible comparé aux 250 kms de l’éclipse de Shanghai en 2009. Il ne faudra donc pas s’attendre à un assombrissement nocturne.

Australie201204.jpg      Ellis Beach 06h29 : Soleil éclipsé à 83%. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/1000s, ouverture 8

 

Le soleil va émerger de l’horizon à 5h35, puis commencer à s'éclipser derrière la Lune à 5h44mn36s - point de premier contact - à seulement 1,3° au dessus de la mer.
Il ne mettra pas plus de 54 minutes pour atteindre le début de l’éclipse totale à 6h38mn19s - point de second contact - et, à 6h40mn21s, l’éclat de l’astre solaire réapparaîtra instantanément- troisième contact. La Lune s’en séparera définitivement à 7h40mn02s - dernier contact - à une vitesse de 13000 kms/heure.


Australie201205.jpg      Ellis Beach 06h32 : Soleil éclipsé à 89%. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5

 

Cette vitesse est très importante, car elle n’est habituellement que de 3000 à 4000 kms/heure lorsque l’éclipse se déroule en milieu de journée.
Il ne sera donc pas possible de suivre le déplacement de l’ombre au sol, et nous serons pris par une soudaineté implacable, d‘autant plus que l‘ombre arrivera dans le dos, à l‘opposé du soleil.

Australie201216.jpg      Ellis Beach 06h33 : Soleil éclipsé à 91%. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/1000s, ouverture 8

 
Il y avait beaucoup de calcul dans le choix du site de Palm Cove, mais pas au point de prévoir la beauté incroyable du lever du soleil qui s’est produite ce matin là.
L’astre est apparu juste derrière les arêtes déchirées de son promontoire, illuminant les reliefs enflammés des nuages à l’horizon, dans une vision dont Edgar Poe n’aurait pas manqué de décrire toute la splendeur dramatique.

Australie201206.jpg      Ellis Beach 06h38 : Diamant. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/500s, ouverture 5.6

 

Malheureusement, ce disque brûlant va très vite se dérober derrière les nuages, et il n’apparaîtra plus durant les 40 minutes suivantes. Pendant ce temps, chacun observe les mouvements des nuages bas, les trouées qui s’ouvrent vers le sud, et évalue les chances que le ciel se dégage autour du soleil. Pour estimer sa position dissimulée, il devient nécessaire de suivre les rayons qui plongent en dessous des nuages vers l‘océan, comme les lignes d'une pyramide de lumières dorées, et de reconstituer par extrapolation le foyer du rayonnement.

Australie201207.jpg      Ellis Beach 06h38 : Vision scénique de l'éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.2

 

Vers 6h20 quelques personnes perdent patience et décident de quitter la plage pour rejoindre un autre lieu.
Pourtant, tout ne semble pas perdu, car les vents poussent vivement les nuages bas vers l’extérieur de la côte, alors que les nuages d’altitude, fins et peu gênants, se déplacent vers l’intérieur des terres.

Malgré l’angoisse de l’attente, les impressions ressenties sur cette plage, face à un ciel dont la luminosité s’adoucit dans des lueurs crépusculaires d’or sombre, sont incroyables.
Le relief des nuages se détache sur un fond de ciel de moins en moins bleu, et l’on se retrouve face à un tableau tourmenté de William Turner, alors que les vents paraissent souffler en provenance du soleil, et que le bruit des vagues, s’effondrant sur le sable, s’intensifie avec la marée montante.

Australie201208.jpg      Ellis Beach 06h38 : Couronne solaire. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/20s, ouverture 3.3

 

A 6h25, treize minutes avant l‘arrivée de l‘ombre de la lune, un croissant de soleil réapparaît, et l’espoir, réapparu tout autant, se transforme en certitude cinq minutes avant la totalité, le ciel s'étant enfin dégagé autour du soleil.

Les dernières minutes sont à couper le souffle devant ce décor d’ombres et de lumières, puis le contour circulaire lumineux du soleil se forme, le diamant apparaît et se réduit très rapidement. L’entrée dans le cône lunaire se manifeste par l’apparition fulgurante de Vénus dans le coin de l'oeil gauche, alors que la couronne solaire se révèle enfin.

Australie201214-copie-1.jpg      Ellis Beach 06h38 : Protubérances solaires. ISO 100, Focale 432mm, vitesse 1/1000s, ouverture 3.3

 

Il est naturellement impossible de décrire l’effet de contraction du temps qui se produit, cette transition instantanée donnant l’impression d'une chute en un éclair dans un océan de calme bleu, après une résistance flamboyante des derniers rayons du soleil face à la trajectoire irrésistible de la Lune.

Australie201210.jpg      Ellis Beach 06h39 : Vision scénique de l'éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/2s, ouverture 2.8

 

L’horizon reste très lumineux en direction de la ligne de centralité, mais très assombri vers le soleil, une manifestation de la forme ellipsoïdale fortement allongée de cette ombre.
Nombres de protubérances témoignent de l’activité solaire, mais le temps est trop court pour tout saisir, et il faut choisir entre photographier, contempler dans l’urgence, ou bien observer aux jumelles le soleil. Cette dernière activité ne sera pas réalisée.

Australie201218-copie-1.jpg  Ellis Beach 06h43 : Retour du Soleil éclipsé à 95%. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/1000s, ouverture 4

 

La réapparition du soleil s’accompagne enfin du relâchement de tous, car, pendant toute la phase de l’éclipse partielle jusqu’à la totalité, l'ensemble des observateurs est resté pris dans un silence méditatif, presque religieux, ce qui montre comment un tel phénomène peut faire écho à un besoin de recueillement spirituel présent en chacun de nous.
L’effacement du soleil en plein jour correspond au retrait brutal, pour quelques minutes, de la source directe de la vie, et cela remet toutes les idées en place, les yeux, le ventre et tout le corps ressentant instinctivement le lien profond qui les unit à cet astre.

Australie201211.jpg      Ellis Beach 06h51 : Observateurs suivant et photographiant la fin de l'éclipse partielle

 

La phase descendante de l’éclipse se poursuit alors que l’intensité du phénomène finit par arracher des émotions et des pleurs difficiles à expliquer, la tension accumulée ayant atteint son paroxysme dans une joie profonde et inoubliable.

De retour à Cairns, j’apprendrais en discutant avec une habitante de la ville que l’éclipse n’a pu y être visible à cause des nuages coincés sur la baie, là ou le plus grand nombre d‘observateurs s‘était rassemblé, ne faisant qu’accroître le sentiment miraculeux de ce qu'il s’est produit sur la plage d’Ellis Beach.

 

Australie201212.jpg      Ellis Beach 06h57 : Sur la plage, admiratrice de la fin de l'éclipse

 

Enfin, les prochaines éclipses de 2013, en Afrique centrale, de 2015 au Svalbard et de 2016 en Indonésie auront des circonstances météorologiques beaucoup plus défavorables (80% de probabilité d’avoir un ciel couvert aux périodes du phénomène), l’éclipse australienne étant celle qui avait le plus de chance d’être visible pour les quatre ans à venir.

 

Australie201213.jpg     Townsville, le 15 novembre à 18h59 : Fin croissant de lune de 36 heures et lumière cendrée

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 15 Août 2009

 

L'éclipse annulaire du 03 octobre 2005, vue partiellement à Paris.
Montage photo avec phases toutes les 5 minutes entre 10H10 et 12h05 du matin (heure locale).


Au cours de la matinée du 03 octobre 2005, Madrid avait la chance de voir le soleil prendre la forme d’un anneau.

A Paris, l’éclipse n’était que partielle, mais la portion du disque solaire recouverte était suffisamment importante (70%) pour que le changement de luminosité soit perceptible et que les contrastes s’intensifient, l'astre du jour ne culminant qu'à 27° au dessus de l'horizon au moment du maximum
Rarement le bleu du ciel ne prend une telle profondeur.


  Parcours de l'éclipse annulaire du 03 octobre 2005.

 

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 14 Août 2009

Deux ans après l’éclipse de 1999 en France, vécue par beaucoup sous les nuages, l’envie d’aller au rendez vous de l’éclipse suivante en Afrique devint irrépressible. Plus stable que l’Angola, la Zambie offre des conditions météorologiques favorables aussi bien pour l’observation que pour la vie quotidienne.  
Sur un plateau à plus de 1000 mètres d’altitude et en plein hiver, l’air moins chaud et moins humide qu’en été est un confort qui compense en partie la qualité rudimentaire du mode de voyage.


Au cœur d’un pays peu touristique, la nature est plus sauvage qu’ailleurs. Elle se tient à distance, difficile d’approcher de près les antilopes, et les éléphants peuvent être très agressifs, comme en témoigne l’état d’un bus que nous avons croisé après une charge frontale.
Une nuit, le fracas des branches d’un pachyderme se nourrissant tout en arpentant le camp jonché de tentes, avec obligation de ne pas bouger tout en craignant de se faire écraser, reste un excellent test de mémoire auditive.

Ne pouvant rejoindre la réserve de Kafue vers l’ouest à cause du mauvais état de la piste, nous devons nous replier au nord de Lusaka près du site aménagé pour les touristes venus en grand nombre.
Le jeudi 21 en pleine savane, les instruments astronomiques de tous types sont disséminés au milieu des tentes dès le début de l’après midi.

     La trajectoire de l'ombre de la Lune le jeudi 21 juin 2001 en Zambie

L’attente est animée par l’estimation en temps réel de la localisation de l’ombre de la Lune.
A 13H00 heure locale, l’éclipse partielle commence sur la côte angolaise, à 13H25 elle débute à l’ouest de la Zambie, à 13H40 le premier contact se produit sur notre site, et à 14H40 l’ombre de la lune entre sur le territoire africain.
Pour nous, le second contact (début de la totalité) se produit à 15H08mn40s, l’ombre se déplace à près de 4300km/h. Le spectacle à 30° au dessus de l’horizon est sensationnel, l’enthousiasme s’approche de la panique car seules trois petites minutes et trente six secondes nous sont laissées pour tout saisir.

La chute de température est très sensible, nous passons de 25°C à 18°C au moment de la totalité, mais la descente se poursuit jusqu'à 13°C, 45 minutes après l'éclipse totale, une inertie thermique considérable due à l'altitude, la faible hauteur du soleil sur l'horizon, et le fait que nous sommes en hiver.

     Le diamant. Appareil argentique Zenith 11, focale 200mm, ouverture 3.9, Iso 100.

La nature est à ce moment endormie. Le retour spontané du soleil réveille subitement un groupe de vanneaux couronnés, perturbés par le phénomène et par notre inhabituelle présence.
Leur vol tournoyant au dessus de nos têtes tout en criant va durer quelques minutes.

La Zambie, c’est aussi le souvenir des chutes Victoria se jetant le long d’une large falaise pour se concentrer dans un couloir étroit, le coucher de soleil sur le Zambèze, les crocodiles somnolents, la beauté des visages et des habits des femmes.

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 13 Août 2009

 

L'éclipse de soleil du 11 août 1999, vue depuis Laon 20 minutes avant la totalité. Appareil Zenith 11 argentique, focale 200mm, ouverture 3.9, Iso 100.

Dix ans sont déjà passés depuis l’éclipse de soleil dont l’ombre au sol balaya la campagne à 30kms au Nord de Paris.
La capitale ne fût pas plongée dans le noir, et le soleil apparut tel qu’il peut être vu 30 secondes avant la totalité.
Il fallait donc se déplacer pour se situer sur la ligne de centralité.

Trajectoire en France de l'ombre de la lune lors de l'éclipse solaire du 11 août 1999 (diamètre 110kms).

La Normandie était une possibilité, le Nord Est en était une autre. Le sud de Laon s’avéra être un mauvais choix, mais il était trop tard pour bouger une fois sur place.
Néanmoins, la phase partielle à travers les nuages et dans ce bain de lumière de plus en plus verdâtre dramatisa l’attente, jusqu’à l’arrivée de l’ombre de la lune, qui en quelques secondes éteignit successivement toutes les couches nuageuses (le soleil n‘était plus visible depuis 15minutes).

C’était trop inhabituel pour de pas en être choqué, d’autant plus que j’attendais cette éclipse depuis 15ans.

L’obscurité dura 2mn12s autour de 12h25 heure locale, et il fallait être à Bucarest pour profiter au plus de 2mn23s.

Trajectoire des éclipses du 11 août 1999 et du 21 août 2017 (Saros 145).

Appartenant à une série récente (Saros 145), cette éclipse de soleil se reproduira le 21 août 2017 pour traverser d’ouest en est les Etats-Unis, et cette fois le noir total s’étendra sur 2mn40s.

 

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Rédigé par David

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