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Publié le 22 Avril 2012

Nixon02.jpgNixon in China (John Adams)

Représentation du 14 avril 2012
Théâtre du Châtelet

Richard Nixon Franco Pomponi
Pat Nixon June Anderson
Henry Kissinger Peter Sidhom
Mao Zedong Alfred Kim
Madame Mao (Jiang Qing) Sumi Jo
Chou En-Lai Kyung Chun Kim

Livret Alice Goodman
Mise en scène Chen Shi-Zheng


Direction musicale Alexander Briger
Orchestre de Chambre de Paris
Chœur du Châtelet

                                                                                                              Alfred Kim (Mao Zedong)

Depuis sa création à Houston en 1987, Nixon in China n’avait été représenté en France qu’une seule fois, sur la scène de la Maison de la Culture de Bobigny (1991) précisément.
Une fois de plus, Jean Luc Choplin offre au public du Théâtre du Châtelet un magnifique cadeau susceptible de plaire autant aux amateurs de pur lyrique qu’aux esprits plus largement ouverts à de l’excellente musique.

Et cette musique pulsatile, qui installe progressivement un climat introspectif, a comme pour effet d’harmoniser le rythme interne du corps avec un champ d’ondes submergeant, si bien que l’on se sent comme irrépressiblement en phase avec les êtres proches.

Nixon03.jpg   Franco Pomponi (Richard Nixon) et Kyung Chun Kim (Chou En-Lai)

 

Au cours du second acte, on peut ainsi entendre un passage d’une beauté envoutante quand Pat Nixon promène ses pensées rêveuses à travers la ville de Pékin, une ballade simplement illustrée par quelques objets d’art et un groupe d’enfants - jouant innocemment avec des drapeaux chinois et américains - qui circulent en suspend dans les airs.
June Anderson, en épouse et mère de famille modèle, sublime d’émotions contemplatives son grand aria « This is prophetic!», laisse filer de superbes lignes vocales, un peu durcies certes, qui s’éclaircissent et s’évanouissent avec un art de la diction subtile, et dresse ainsi un portrait fort sensible et lumineux de la première dame.

Autre personnage impressionnant, Mao Zedong est présenté dans le premier acte comme un homme pragmatique et lucide sur les intérêts américains.


Nixon01.jpg   June Anderson (Pat Nixon)

 

 Avec simplement quelques canapés en cuir blanc, Chen Shi-Zheng organise la rencontre diplomatique cruciale, et Alfred Kim brosse un portrait du président chinois fort et au regard perçant. On est ici dans le registre de l’Heldentenor à l’aigu puissant, et l’artiste coréen en fait une démonstration saisissante quand il fustige les américains de vouloir  « crucifier les Chinois sur la croix des taux d’intérêts ».
Richard Nixon, plus superficiellement, est vu comme un « beau parleur », rôle pour lequel Franco Pomponi a autant l’endurance que l’allure bien réglée.

Il arrive que la musique ondulante s’estompe pour que la recouvrent de grands élans théâtraux rythmés par la batterie et les cuivres, ou bien de larges mouvements symphoniques néoclassiques comme dans la seconde partie du deuxième acte.
Scéniquement, il s’agit de la partie la plus réussie, animée par une chorégraphie habilement dynamique, des chutes glissées magnifiquement fluides malgré l’apparente violence que subissent les trois danseuses. 

Le Chœur du Châtelet, acteur majeur, est depuis l’ouverture d’une parfaite unité musicale et très bien équilibré avec l’orchestre.

Nixon04.jpgLes amateurs lyriques ont remarqué que les noms de deux célèbres sopranos - elles ont toutes deux interprété le rôle de Lucia di Lammermoor à Bastille dans les années 1990 - figurent sur la distribution.
Si June Anderson se montre sous un jour rayonnant et intense, Sumi Jo se glisse avec une très grande facilité dans la froideur du rôle de Jiang Qing.
Ses aigus sont de véritables armes perçantes, son timbre âcre accentue encore plus le caractère monolithique de l’épouse de Mao, et même si le dernier acte qui humanise tous ces caractères devrait faire émerger chez elle une sensibilité cachée, on ne la perçoit en fait que faiblement, même au lever de rideau final. 
                                                                                          Sumi Jo (Jiang Qing)

De ce point de vue, Kyung Chun Kim dessine beaucoup mieux l’évolution du caractère droit et respectueux de Chou En-Lai, et il achève l’opéra sur une figure humaine assombrie par le doute et d’une tenue vocale impeccable.

Artisans fondamentaux de cette belle réussite musicale, Alexander Briger et l’Orchestre de Chambre de Paris immergent la salle entière dans l’ampleur sonore évanescente, la multitude des motifs et les variations soudaines de couleurs, une expérience sensorielle unique due également à l’excellente acoustique du théâtre.

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Publié le 27 Septembre 2009

Sumi Jo et Antonino Siragusa
Concert du 26 septembre 2009
Théâtre des Champs Elysées

Donizetti : Don Pasquale, ouverture
"Una furtiva lagrima", air extrait de L'elisir d'amore
Rossini : "Si ritrovarla io giuro", air extrait de La  Cenerentola 
Bellini : "Care compagne", air extrait de La Somnambula
Verdi : "Caro Nome", air extrait de Rigoletto
Bellini : "Prendi l'anel ti dono", air extrait de La Somnanbula
Rossini : Guillaume Tell, ouverture
Meyerbeer : "C'est bien l'air que chaque matin", air extrait de L'Etoile du Nord
Rossini : "Deh troncate", air extrait de Elisabetta Regina d’Inghilterra
Donizetti : "Quoi? Vous m'aimez?", "A mes amis", airs extraits de La fille du régiment
Bellini : "Fini, mi lassa", air extrait de I Puritani

Direction Danielle Callegari
Orchestre National d’Ile de France

Les Théâtres Lyriques seront éternellement hantés par les souvenirs des chanteurs les plus divins, car il y aura toujours des âmes pour les faire revivre et relativiser ce que la vie d’aujourd’hui peut offrir de meilleur.

Alors peut être qu’Antonino Siragusa n’a pas tout à fait le moelleux d’un Pietro Bottazzo (pour ceux qui connaissent l’Italienne à Alger avec Marilyn Horne et dirigée par Carlo Franci), mais il vient de nous offrir de bien heureux moments de sa voix sensuelle, claire et pleine de jeunesse, un style et des inflexions latines qui vous donnent l’impression d’écouter une âme qui appelle à votre considération.

D’autant plus que le chanteur est très sympathique, joue tout un numéro de décontraction dont on se doute tout de même qu’il sert surtout à charmer comme lors d’une première rencontre, car il se répète très vite.

Antonino Siragusa et Sumi Jo

Antonino Siragusa et Sumi Jo

Découverte en 1987 lors du concert hommage à Maria Callas au Palais Garnier, Sumi Jo n’est plus une inconnue dans la capitale : Les Contes d’Hoffmann, Lucia di Lammermoor, Rigoletto à Bastille et plusieurs récitals après, la cantatrice coréenne est toujours là pour dessiner avec une finesse extrême de fragiles filaments, comme si elle sculptait une œuvre d’art.

Et elle réussit cela grâce à sa capacité à diriger son souffle sur la durée, ce qui est son point fort dans la Sonnanbula.
Nous sommes comme Louis XIV visitant la Manufacture des Gobelins, peut-on dire.

Moins à son avantage dans les moyennes altitudes, une vibration très caractéristique colore son timbre à la fois de brillant et d’impuretés, ce qui laisse un petit goût de déception après tant de passages aériens. 

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