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Publié le 8 Mars 2010

Emilie (Kaija Saariaho)
Représentation du 07 mars 2010
Opéra National de Lyon

Création Mondiale
Reprise en juillet 2012 à l’Opéra Comique

Emilie du Châtelet Karita Mattila

Livret Amin Maalouf

Direction Musicale Kazushi Ono

Mise en scène François Girard

 

Dix ans après la création de L’amour de loin au festival de Salzbourg, sous la direction de Gerard Mortier, et après celle d’ Adriana Mater à l’Opéra Bastille en 2006, toujours sous la direction de Gerard Mortier, Kaija Saariaho crée à Lyon son nouvel opéra pour la soprano finlandaise Karita Mattila.

Emilie du Châtelet (1706-1749) permet d’approcher la psychologie de celle qui est reconnue comme la première femme scientifique européenne, mais aussi pour sa nature amoureuse qui rappelle celle d’Edit Piaf.

Il est fascinant de voir dans une même âme la rigueur scientifique, le sens du raisonnement sur lequel se construit la structure de l’esprit, et un bouillonnement de sentiments qui risque de la consumer.

Karita Mattila (Emilie)

Karita Mattila (Emilie)

Kazushi Ono semble parfaitement maître de l’ensemble orchestral, les nappes sonores évoquent le mystère, des pulsations répétitives, les réminiscences du clavecin de l’époque, il émerge même des cordes des couleurs glacées et intemporelles.

Ce discours musical n’est pas théâtral, et prédispose l’auditeur à une atmosphère de détente et de concentration.

Karita Mattila (Emilie)

Karita Mattila (Emilie)

Il y a adéquation avec l’aspect visuel de la mise en scène, architecturée autour d’une armature reconstituant la mécanique céleste des sept premières planètes du système solaire, en révolution autour du soleil figuré par le bureau sur lequel étudie Emilie.

Uranus n’ayant été découverte qu’en 1781, par William Herschel, un brillant spectateur a vu dans cet anachronisme une nécessité dramaturgique, lorsque ces sept planètes s’alignent pour illustrer les sept couleurs de l’arc en ciel, tel que Newton l’avait envisagé.

Chacun de ces globes porte le nom d’un personnage important de la vie d’Emilie, Saint Lambert (son dernier amour), Newton, le Baron de Breteuil, le Marquis du Châtelet, et Voltaire.

Si elle a pu trouver son indépendance dans son goût pour la science, elle s’est tout autant complu dans ses passions amoureuses, notamment pour Voltaire, avec un intense attachement.

Karita Mattila (Emilie)

Karita Mattila (Emilie)

Cette force ne se trouve pas dans la musique, mais dans le chant.
Karita Mattila interprète Emilie, enceinte de Saint Lambert à la fin de sa vie, avec une conviction et un relief vocal dramatiques, mordante dans les monologues parlés et violente dans ses supplications.

L’extrême aigu se détimbre parfois, sans que cela ne trouble les couleurs très contrastées de ses expressions.

On peut critiquer l’absence de légèreté dans ce portrait testamentaire, mais il s’agit d’un thème fort sur la dualité entre liberté et recherche du bonheur, avec les souffrances qu’elle engendre dans le rapport à l‘autre.

Emilie ne voulait pas qu’on se souvienne d’elle pour sa liaison avec Voltaire, alors c’est ce dernier qui publia en 1759 sa traduction de Principia mathematica de Newton, en profitant de l’engouement que suscita le passage de la comète de Halley.

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Publié le 8 Juillet 2007

Adriana Mater (Kaija Saariaho)

Représentation du 15 avril 2006 (Opéra Bastille)
 
Adriana Patricia Bardon
Refka  Solveig Kringelborn
Tsargo Stephen Milling
Yonas Gordon Gietz
 
Direction musicale Esa-Pekka Salonen
Mise en scène Peter Sellars
 
 
Le décor évoque certains villages (d’Afrique du Nord ?) ornés de coupoles, symboles spirituels. Il n’en reste plus qu’une au second acte (celle d’Adriana) épargnée malgré les ravages de la guerre. 
La pâle lueur rouge d’espoir vacille : la luminosité de la scène semble alors exprimer les couleurs des sentiments en jeu, les ruines prenant une teinte particulièrement glacée au moment où le cœur de Jonas se durcit le plus face à son père.
 
Au premier balcon, Kaija Saariaho contrôle elle-même la sonorisation des voix qu’elle accentue fortement au cours du duo Refka/Adriana qui suit le viol. La scène est étrangement surnaturelle.
 
La musique entretien une tension perpétuelle, parfois harcelante dans ses effets vifs, les coups d’éclats pouvant être forts et violents.
Il y a même quelque chose d’épique car les sonorités me font penser un moment à la scène de couronnement de Boris Goudonov ou bien à Guerre et Paix.
 
Le texte de Amin Maalouf est très intéressant (j’aime beaucoup Adriana éclairant Refka sur la peur qui se cache derrière le mépris que cette dernière lui recommande).
Il pose les questions de fond, exprime les sentiments les plus instinctifs (Refka est en permanence la voix qui peut entraîner l’esprit d’Adriana vers la régression).
L’influence des spiritualités orientales est visible, il y a une tentative de prise de conscience de ce qui se passe en chacun des protagonistes afin que leur action permette malgré tout de réussir leur vie.
Pour Adriana, il s’agit de mettre à l’épreuve son fils en le laissant aller se confronter à son père après lui avoir donné pendant sa jeunesse la meilleure éducation possible.
 
Patricia Bardon et surtout Solveig Kringelborn réussissent des expressions vocales parfois  tranchantes et assez inhabituelles à l’opéra.
 
Je ne me souviens pas avoir décroché du spectacle un seul instant.

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