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Publié le 13 Décembre 2007

Krum (Hanokh Levin)
Représentation du 12 décembre 2007 (Théâtre de l’Europe)

Kroum Jacek Poniedzialek           La Mère Malgorzata Rozniatowska
Trouda Magdalena Cielecka        Doupa Malgorzata Hajewska-Krzystofik
Tougati Redbad Klijnstra            Félicia Anna Radwan-Gancarczyk
Dulcé Zygmunt Malanowicz

Mise en scène  Krzysztof Warlikowski
 

Krzysztof Warlikowski est un homme qui s’intéresse à la vie en ce qu'elle a de plus direct et de tragique. Partant de la pièce d’Hanokh Levin il reconstitue, un petit univers glauque quelque part à Tel-Aviv et dans lequel revient Krum.

Krum a tout raté de sa vie. Le constat est clair face à sa mère. Comment ne peut-il la tenir responsable d’une condition dont il ne peut s’échapper et qu’il doit accepter ?

D’ailleurs c’est le cas de toute cette famille qui, chacun à sa manière, trouve moyen de se divertir d’une destinée écrasante. Que ce soit Tougati avec ses problèmes de diaphragme ou bien ce couple qui se croit sorti de sa condition. Dans ce dernier cas cela nous vaut une scène hilarante par sa caricature du couple bourgeois qui veut faire croire à son évasion du vide.

Alors l’on rit beaucoup. Car ces personnages sont portés par des acteurs affranchis des regards et de leur propre corps de manière stupéfiante. Ce sentiment de liberté extraordinaire est renvoyé au spectateur qui doit faire avec. Il peut prendre cette énergie pour lui, ou bien chercher si l’on ne souhaite pas se jouer de lui.

Mais sur le fond nous rions moins. Pas sûr que les cendres de la mère jetées sur la table n’aient levé quelque angoisse. Par sûr que certains ne se soit demandés s’ils sont bien aussi vivants qu’ils ne le pensent.

Ce soir Krzysztof Warlikowski est dans la salle. Spectateur de son propre spectacle il suit ses comédiens, s’amuse lui-même de ses gags interactifs avec le public conçus uniquement pour lui faire plaisir.

Les jeux de lumières et l’atmosphère musicale évoquent parfois les lueurs obscures de Blade Runner, l’absurdité de ces protagonistes déjantés rejoint celle d’un Alain Platel, et le dernier tableau semble tiré de « Talons Aiguilles » de Pedro Almodovar.

Et enfin, avec cette mise en scène, nous avons une explication de l’origine de

l’ Iphigénie en Tauride terriblement dramatique avec laquelle Warlikowski s’en est allé à la rencontre du public de Garnier en 2006. Le même écran vidéo, les mêmes ventilateurs et la même chaise roulante sont présents.

N’a-t-il pas voulu transposer un peu de cet univers (la pièce fût créée à Avignon en juillet 2005) dans le monde de l’Opéra ? 
 

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Publié le 5 Décembre 2007

Tannhäuser (Richard Wagner)

Répétition générale du 03 décembre 2007
Opéra Bastille
 
Tannhauser Stephen Gould                
Elisabeth Eva-Maria Westbroek
Venus Béatrice Uria-Monzon           
Wolfram Matthias Goerne
Hermann Franz Joseph Selig           
Walther Michael König
Biterolf Ralf Lukas
 
Direction musicale Seiji Osawa
Mise en scène Robert Carsen
 
 
 
« Ce soir la mise en scène s’inspire de l’Espace Vide en référence à Peter Brooks », en ces termes tout autant humoristiques qu’élégiaques Gerard Mortier annonce à la salle qu’aucun élément de la mise en scène de Robert Carsen ne sera utilisé. Seule trouvaille, la harpe de Tannhäuser plantée au centre du plateau indique une soirée de pure musique.
 
Mais ce dont personne ne se doute à cet instant là, c’est que la gêne posée par le mouvement de grève (qui atteint un point critique) va être soufflée par l’élan d’une soirée exceptionnelle !
 
Debout, l’orchestre accueille Seiji Osawa avec un enthousiasme que se réapproprie le public, puis se lance dans une ouverture illuminée.
 
Le point culminant de la bacchanale reflète parfaitement l’art du chef à théâtraliser sans marques exagérées. Le courant garde ainsi sa fluidité.
 
Dans la scène qui suit, Béatrice Uria Monzon est une Vénus d’une véhémence franchement impressionnante. Ce n’est pas forcément très nuancé, mais une belle femme avec un tel tempérament s’apprécie sans modération.
 
Mais ce que le public découvre relève de l’exception. Stephen Gould vient tout simplement exposer ce qu’est un ténor wagnérien : une puissance contrôlée, un chant lié et plein de clarté aux accents mélancoliques. Pourtant, c’est l’impression d’avoir compris un personnage bien mieux que n’importe quel spectateur averti qui prédomine.
Béatrice Uria-Monzon (Vénus)

Béatrice Uria-Monzon (Vénus)

Une telle caractérisation pousse au questionnement et à l’envie d’être revue.
 
La puissance est aussi une des grandes qualités vocales d’Eva-Maria Westbroek. Seulement, moi-même sans doute victime d’une image trop idéalisée d’Elisabeth, cette force seule fait barrage à l’émotion que devrait soulever cette femme hautement morale et aimante.
 
Beaucoup plus dans son élément que dans Verdi, Franz Joseph Selig économise ses gestes, et se suffit de son autorité naturelle pour incarner les valeurs traditionnelles.
 
Matthias Goerne devient donc l’autre protagoniste le plus émouvant. Timbre chaud et lignes magnifiquement enveloppées, j’ajouterais qu’il est le véritable cœur palpitant du drame.
 
L’utilisation de l’espace sonore par les chœurs est aussi une des grandes réussites de la soirée, surtout lorsqu’ils chantent hors de scène.
Au final c’est plutôt fortissimi à volonté !
Eva-Maria Westbroek (Elisabeth)

Eva-Maria Westbroek (Elisabeth)

Evidemment, cette dernière répétition s’achève dans un délire qui fait écho à l’arrivée d’Osawa, avec des musiciens et musiciennes sautillants dans la fosse et des spectateurs survoltés comme pour aider encore plus les artistes, et surtout le chef, à conjurer le sort de fort belle manière. 

 

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Publié le 2 Décembre 2007

Alcina (Georg Friedrich Haendel)

Représentation du 01 décembre 2007 (Palais Garnier)
 
Alcina Emma Bell                              Oronte Xavier Mas
Ruggiero Vesselina Kasarova             Melisso François Lis
Morgana Olga Pasichnyk                    Oberto Judith Gauthier
Bradamante Sonia Prina 
 
Direction musicale Jean-Christophe Spinosi
Mise en scène Robert Carsen 
Alcina au Palais Garnier
Il est rare de voir une œuvre à l’affiche, pour sa troisième saison en huit ans, assurer toujours une si belle interprétation musicale.
Majestueuse, mais sans pompe, sa forme harmonieuse prend une tonalité sensuelle et vive finalement pas si étonnante lorsque la direction de Spinosi l’anime avec joie.
 
Dans ce climat, l’apparition d’Alcina n’est pas sans surprise. Emma Bell porte quelque chose de tragique et très charnel dans la voix. Cette puissance pourrait paraître le principal ressort dramatique de la magicienne si « Ah ! mio cor » ne réservait pas des nuances bouleversantes magnifiquement traduites. Un désespoir mêlé de rage qui ne la quitte plus, et vaut à la chanteuse une forte ovation finale.
Psychologiquement, Ruggiero n’a rien a voir avec l’enchanteresse. Solide et sûr de lui, Vesselina Kasarova accentue cette dimension.
 Noble dans son attitude, la chanteuse développe de plus en plus généreusement un timbre tantôt évoquant une contralto, tantôt un contre ténor , subtil « Moi bel tesoro » mais « Sta nell’Ircana » avec une retenue quelque fois excessive. 
De même, avec beaucoup de finesse, Olga Pasichnyk nous rend Morgana très attachante sans exagérer ses aspects survoltés. La sensualité de « Credete al moi dolore », à tourner la tête, ne trouve pas encore tout à fait le répondant de Xavier Mas au IIIième acte, un peu trop confidentiel sans doute. Cependant cet ancien élève de l’atelier lyrique possède une suavité dans la voix qui continue à s’enrichir.
                                                                                                             Vesselina Kasarova (Ruggiero)

Ce jeune chanteur très élégant, et remarqué lors des masterclasses avec Teresa Berganza en novembre 2003, se voit confier chaque année des rôles de plus en plus complexes. Une valeur montante de l’Opéra de Paris.

Emma Bell (Alcina)

Emma Bell (Alcina)

J’avoue, ce fût une petite déception avec Sonia Prina. Bradamante n’est pas le rôle qui la met le plus en valeur. Il comprend trop peu de passages largo si propices à laisser les nuances noires de son timbre s’exprimer. 

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Publié le 23 Novembre 2007

Karita Mattila et l'Orchestre de Paris

Concert du 22 novembre 2007 (Salle Pleyel)
 
Strauss : Capriccio – sextuor à Cordes
Roland Daugareil et Eiichi Chijiiwa violons – Ana Bela Chaves et David Gaillard altos – Emmanuel Gaugué et François Michel violoncelles
Mozart : Quintette pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson, K 452
Alexandre Gattet hautbois – Philippe Berrod clarinette – Giorgio Mandolesi basson – André Cazalet cor
Strauss : Salomé – Danse du voile et Scène Finale.
 
Direction et piano Christoph Eschenbach
Soprano Karita Mattila
 
Toujours immergée dans une tension sociale orageuse, la Capitale abrite heureusement des petits îlots de sérénité parfois là où nous ne l’attendons pas.
Au cours de la première partie de programme, conçue pour amener l’auditeur à retrouver les lumières de son intimité, l’espace réduit dédié aux solistes est l’unique point de focalisation des éclairages chaleureux, que chacun, depuis sa pénombre, peut vivre comme un doux feu d’hiver.
C’est donc de cette douceur que le sextuor à cordes d’ouverture de Capriccio, puis la quintette de Mozart, viennent nous bercer. Le Larghetto déborde de sensualité.
Seulement, tout ce climat s’évanouit devant l’arrivée en premier lieu symbolique de Salomé. En entamant la Danse du Voile, Christoph Eschenbach et l’Orchestre de Paris entreprennent de façonner une jeune femme gorgée de charmes voluptueux, puis à la métamorphoser en un être bien plus violent. Et cette image évolutive de la fille d’Hérodiade se forme uniquement par une interprétation musicale pleine de patience et fort réussie.
Il ne manque donc plus qu’une vision en chair et en os. Karita Mattila s’offre une entrée de Star, et achève le portrait de Salomé en concentrant toute la laideur du personnage sur son visage.
  Karita Mattila
Timbre irrésistible d’homogénéïté et de vigueur, l’envoûtement est total.
Mais que cette apparition a paru bien courte!

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Publié le 23 Octobre 2007

Tosca (Puccini)

Répétition Générale du 22 octobre 2007 (Opéra Bastille)
 
Tosca Catherine Naglestad
Mario Marcus Haddock
Scarpia Franck Ferrari
 
Direction musicale Nicola Luisotti
Mise en scène Werner Schroeter 
 
Après la direction finement ciselée du regretté Marcello Viotti et les piani langoureux de Marcello Giordani en 2003, la version 2007 s'annonce beaucoup plus fiévreuse. 
 
En effet, Marcus Haddock est de la même trempe que Vladimir Galouzine, avec une puissance et des couleurs obscures qui l'imposent surtout dans les épreuves les plus lyriques. 
Je n'aurai pas la possibilité d'entendre Sylvie Valayre, ceci étant, si d'aucun apprécie la sensualité de Catherine Naglestad, j'ai surtout vu une panthère farouche et un soupçon perverse, entendu des invocations très sauvages, et eu l'impression à plusieurs reprises d'être transpercé par la fulgurance de ses aigus. Elle ne lâche même pas prise sur un "Vissi d'Arte, vissi d'Amore  " voluptueux. Il y a quand même trop d'outrance pour ne pas s'en amuser un peu.
Catherine Naglestad (Floria Tosca)

Catherine Naglestad (Floria Tosca)

Avec de tels formats vocaux dignes d'un Siegmund et d'une Sieglinde, Nicola Luisotti peut donc engager l'orchestre dans des flôts de passion spectaculaires, où, finalement, Franck Ferrari s'évertue à humaniser Scarpia. Il paraît presque amoureux de Floria Tosca dans sa déclaration, et trouble le caractère à la base sadique du chef de la police. Il lui reste à rendre pleinement convaincante son envergure, car, sur ce point, l'alternative de Samuel Ramey bénéficie d'un meilleur crédit.
Sur le plan visuel, il n'est pas impossible que les éclairages aient été retouchés pour rendre l'atmosphère encore plus étouffante.

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Publié le 22 Octobre 2007

Jennifer Larmore à la Salle Pleyel

Concert du 21 octobre 2007
 
Vivaldi
Concerti RV 116 et RV 11
Orlando Furioso : "Alza in quelgli occhi", "Vorresti amor da me", "Cosi potessi anchio"
Rossini
L'Italienne à Alger : Ouverture, "Per lui che adoro", "Cruda Sorte"
Le Barbier de Séville : Ouverture, "Una voce poco fa".
Mendelssohn
Symphonie n°4
 
Orchestre de chambre de Bâle.
Direction David Sterne
 
Résumons la situation : en 1998, Jennifer Larmore déboule à l'Opéra Garnier avec une Italienne à Alger séduisante et une noirceur de timbre bien typée.
Mais très vite les enregistrements qu'elle réalise montrent une tendance nette à un engorgement prononcé. Puis ses apparitions au Théâtre des Champs Elysées révèlent une chanteuse peu à l'aise et une opulence physique qui s'accroit. Son cas est plié.
Pourtant l'année dernière j'entend parler d'un récital extraordinaire et il s'agit donc aujourd'hui d'aller constater par soi même.
C'est un choc lorsque survient par la gauche de la scène une femme élégante et déterminée défilant comme à une présentation de mode, longue robe noire fendue et un sourire terriblement accrocheur.
Si les deux premiers airs de l'Orlando Furioso se noyent un peu dans l'acoustique de la salle, la sensibilité avec laquelle la chanteuse interprète "Cosi potessi anchio" amorce sa prise de contact avec l'auditoire. Et l'on comprend ce qu'il va se passer lorsque Isabella puis Rosina deviennent pour elle prétexte à un show débordant d'impertinence. Elle use toujours de ses graves empruntés à Marilyn Horne mais elle joue maintenant avec l'agilité soutenue exigée dans la tessiture aigüe des deux héroïnes et se met elle même en scène sans aucune retenue avec une souplesse de corps retrouvée. Bien sûr, elle ne se risque pas à toutes les fantaisies de coloratures possibles avec Rosine. 
 
Alors dans ces conditions ce concert prend une nouvelle dimension, une démonstration d'une prise en main de soi totale. Jennifer Larmore avait la capacité et une volonté qu'elle s'est appliquée à elle même. Ce genre d'image est inestimable.

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Publié le 16 Octobre 2007

Le Roi d’Ys (Edouard Lalo - 1888)

Représentation du 14 octobre 2007 (Capitole de Toulouse)
 
Le Roi d’Ys Paul Gay
Margared Sophie Koch
Rozenn Inva Mula
Mylio Charles Castronovo
Karnac Franck Ferrari
St Corentin Eric Martin-Bonnet
Jahel André Heyboer
 
Direction musicale Yves Abel
Mise en scène Nicolas Joel
                                                                                           Sophie Koch (Margared)
Une ouverture de saison à l’Opéra de Toulouse est quelque chose qui ne se rate pas. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en octobre la chaleur des lumières de l’après-midi sur la place du Capitole distribue une ambiance empreinte de sérénité qui vous place dans une prédisposition optimale surtout quand le sujet de l’œuvre relève du fantastique et de la légende.
 
Allons donc découvrir cette ville d’Ys sujet d’un conte celte que j’ai pris soin de lire bien avant.
 
Passée l’ouverture épique, Yves Abel nous plonge dans les reflets d’une musique dont l’étendue vaporeuse efface les dimensions modestes du théâtre.
 
La dynamique est d’ailleurs tout aussi parfaite quand le drame frise l’hystérie, et je pense ici à l’affrontement entre Margared et Rozenn. C’est d’un théâtral étrangement similaire à la rencontre entre Adrienne et la Princesse que Francesco Cilea créa 14 ans plus tard avec Adrienne Lecouvreur.
Inva Mula et Charles Castronovo

Inva Mula et Charles Castronovo

Inva Mula est épatante, puissance vocale dont nous n’avions pas l’habitude, couleurs dorées, diction fluide, elle s’oppose à une Sophie Koch inattendue dans un emploi aussi lourd. La caractérisation reste un peu sommaire dans le fameux air « De tout côté j’aperçois dans la plaine » où aucune inflexion ne vient briser un tempérament dur et déterminé. Mais l’impact de ce timbre d’un bronze souple est indiscutable. Oublié le petit compositeur torturé d’Ariane à Naxos, voici donc une nouvelle diabolique.
 
C’est exactement l’évolution inverse que suit Franck Ferrari. Admirable dans les rôles de salauds à Paris (Paolo, Thoas, Lindorf), il se veut un peu moins brutal et soigne plus les lignes de chants et les changements de tonalités. La stature de Karnac en souffre un peu je trouve.
 
Après le succès de l’Élixir d’Amour à Paris, Charles Castronovo confirme qu’il est un ténor que l’on va de plus en plus réclamer dans les rôles d’amoureux pour lesquels la musicalité et les obscurités vocales le prédestinent.
 
Paul Gay assume à la fois l’autorité et les sentiments profonds pour sa fille avec beaucoup de dignité.
Dernière scène (C.Castronovo, I.Mula, S.Kock, P.Gay)

Dernière scène (C.Castronovo, I.Mula, S.Kock, P.Gay)

Le très bel escalier en marbre bleu qui se sépare des deux côtés de l’espace scénique fixe une force architecturale marquante et magnifique sous les cascades d’eau finales.

Le livret s'attarde sur les accusations de wagnérisme portées à l'époque contre l'oeuvre. Il faut replacer ce jugement dans le contexte politique d'une époque dominée par un fort sentiment anti-allemand et ne pas lui donner de valeur artistique. Je n'ai par ailleurs aucunement pensé à Wagner de tout l'après-midi.

Les scènes s'enchaînent sans trêve (hors entracte) durant deux petites heures si bien qu'avec une distribution aussi homogène et impliquée il y a surtout de quoi laisser l’imagination s'épanouir.

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Publié le 16 Octobre 2007

La Traviata (Verdi)

Répétition Générale du 12 octobre 2007
Opéra Garnier
 
Violetta Christine Schäfer
Alfredo Stefano Secco
Germont José Van Dam
Annina Michèle Lagrange
Flora Helene Schneiderman
 
Direction musicale Daniel Oren
Mise en scène Christophe Marthaler
  
 
 
 
José Van Dam (Germont) et Christine Schäfer (Violetta)
 
Voilà une reprise qui comprend un changement majeur : le chef.
 
En juin-juillet, la nouvelle production de la Traviata (commentée dans l’article La Traviata) frappait par son parti pris total de la mise en scène à la représentation musicale.
Christine Schäfer (Violetta)

Christine Schäfer (Violetta)

Comment Daniel Oren va-t-il s’approprier le concept ? Certainement pas en changeant les tempi parfois plus lents que ceux de Sylvain Cambreling. Plus sûrement en développant les ressorts les plus intimes de la musique de Verdi et en laissant se détacher les motifs des instruments. L’oreille est si souvent piquée que la fosse devient un objet d’intérêt au risque de distraire de l’enjeu scénique.
 
L’effet est très réussi dans la rêverie de Violetta au premier acte, la folie de la réception chez Flora Bervoix (retravaillée et encore plus marquante) , et la tristesse de cette femme délaissée sur son lit de mort.
 
Il n’est donc plus question ici de décrire une atmosphère sinistre qui faisait la force de la rencontre opposant Germont à Traviata ce qui me laisse préférer la première version plus radicale et plus apte à bousculer le spectateur dans son confort.
Stefano Secco (Alfredo) et Christine Schäfer (Violetta)

Stefano Secco (Alfredo) et Christine Schäfer (Violetta)

Indubitablement la lecture de Daniel Oren est surtout une friandise qui peut se déguster indépendamment de tout contexte théâtral.
 
Sur scène l’autre nouveauté est l’Alfredo de Stefano Secco. Clarté du timbre, articulation mordante, projection parfois éclatante, le chanteur fait ce qu’il peut pour adhérer au rôle mais avec moins de conviction que Jonas Kaufmann. Il n’en n’a pas le charme ni l’insouciance.
 
En fait je le préfère bien plus dans les rôles d’hommes au grand cœur tel Adorno et sans nul doute dans le futur Macduff.
Christine Schäfer (Violetta) : acte III

Christine Schäfer (Violetta) : acte III

Christine Schäfer reste l'interprète fragile idéale dans la vision de Marthaler, José Van Dam est avant tout une stature inévitable et j'ai cru remarquer le domestique Slawomir Szychowiak qui ne dit que trois mots mais forts impressionnants.

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Publié le 4 Octobre 2007

Roméo et Juliette (Hector Berlioz)

Répétition générale du 03 octobre 2007
Opéra Bastille
Chorégraphie Sasha Waltz
Direction Valery Gergiev
 
Juliette Aurélie Dupont
Ekaterina Gubanova
Roméo Hervé Moreau
            Yann Beuron
Frère Laurent Wielfried Romoli
            Mikhail Petrenko
 
Il y a quelques mois, Arte diffusait un reportage ("Le Jardin des Délices") sur la chorégraphe allemande dont les spectacles sont devenus un "Must" à Berlin.
 
Derrière beaucoup de modestie et d'énergie se dévoile alors un sens de la vérité humaine poignant.
C'est dire que ce "Roméo et Juliette" est attendu et le remplissage complet de l'opéra Bastille jusque dans les hautes places des galeries lors de la dernière répétition en témoigne.
 
Dans un univers symbolique, horizon noir infini cernant deux simples dalles, Sasha Waltz exprime dans chaque tableau du drame les effusions amicales, les intimidations mais comme si il y avait quelque chose de vain, de désordonné voir loufoque (ironie qui n'est pas sans rappeler celle de Christoph Marthaler).
 
Valery Gergiev est par ailleurs plus sec et brutal dans la première partie que pendant toute la suite.
 
Le cœur de la représentation reste pour moi la scène du balcon où Juliette et Roméo se retrouvent dans un duo bouleversant d'humanité, de spontanéité et se révèle une irrésistible figuration du bonheur adolescent. Mais ce n'est qu'un songe.
Aurélie Dupont et Hervé Moreau

Aurélie Dupont et Hervé Moreau

Petit à petit l'impossibilité de ce rêve et la tristesse qu'elle déclenche amorcent les premiers mouvements du plateau. Le moment où le filtre est bu par Juliette se cale sur un accord terrible, laissant Roméo en proie à la violence et au désespoir.
 
Le final, peut être moins fort malgré la double veille Roméo sur le corps de Juliette puis Juliette sur le corps de Roméo, est emporté par les chœurs et un Mikhail Petrenko splendides.
 

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Publié le 1 Octobre 2007

Maria Stuarda (Donizetti)

Version de concert du 30 septembre 2007 (Théâtre des Champs Elysées)
 
Marie Stuart Ruth Ann Swenson
Elisabeth Iano Tamar
Leicester Dario Schumk
Talbot Giovanni Furlanetto
Cecil Lionel Loth
Paula Gardino Anna Kennedy
 
Orchestre et choeurs de l'Opéra National de Lyon
Direction Evelino Pidò
 
Dès l'ouverture la cavalcade est lancée entraînant les trémoussements que l'enthousiasme de quelques uns ne peut retenir.
Puis l'attente du duel entre les dames s'établit car seule Elisabeth se découvre au premier acte.
Iano Tamar n'a peut être pas l'ampleur vocale que l'on pourrait attendre d'une reine et se laisse parfois submerger par l'orchestre. En revanche, la séduction de ce timbre pas assez sombre pour franchement l'identifier comme mezzo, mais aux aigus implacables, est un atout dont l'évolution vers les emplois plus dramatiques est digne d'intérêt .
 
Vous connaissiez Dario Schumk ? Moi pas. Car nous avons découvert un ténor franc, viril, jamais en peine et se posant hardiment face à la salle. Si le timbre est relativement commun, le chanteur a donné l'impression d'un tel sens de l'anticipation musicale que rarement j'ai ressenti autant d'harmonie entre chant et discours orchestral.
Avec beaucoup de noblesse Giovanni Furlanetto oppose également un Talbot ferme et convaincant.
 
Et enfin, le suspens se lève sur le château de Fotheringhay. Ruth Ann Swenson illumine avec beaucoup de chaleur et de poésie la scène, mais quelques difficultés avec la partition sont visibles. L'auditoire paraît d'ailleurs plus exigeant avec elle qu'avec ses partenaires.
Les vocalises vertigineuses ne sont certes pas au rendez vous, cependant elle dégage une candeur qui n'en rabaisse que d'avantage l'esprit de son adversaire.
 
Bien entendu Evelino Pidó en fait un peu trop, danse même avec ses chanteurs au risque d'en fatiguer certains avec ses débordements d'énergie.
 
Alors s'il est vrai que la vérité tragique de l'oeuvre ne s'est pas invitée à cette soirée, la générosité de ces chanteurs tous excellents musiciens et leur plaisir d'être présent là face au public ont constitués un petit détournement de l'œuvre de Donizetti pour créer un vrai moment d'évasion.

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