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Publié le 13 Septembre 2023

Orchestre et Chœur du Théâtre de La Scala de Milan
Concert du 12 septembre 2023
Théâtre des Champs-Elysées

Giuseppe Verdi (1813 - 1901)
Nabucco (1842, Milan) : Sinfonia, ‘Gli arredi festivi’, ‘Va’, pensiero, sull’ali dorate’
I Lombardi alla prima crociata (1842, Milan) : Coro della Processione ‘Gerusalem’, ‘O Signore, dal tetto natìo’
Ernani (1844, Venise) : Preludio, ‘Si ridesti il Leon di Castiglia’
Don Carlos (1867, Paris) : Finale balletto, ‘Spuntato ecco il dì d’esultanza’
Macbeth (1847, Florence - 1865, Paris) : Preludio, ‘Che faceste? Dite su!...’, ‘S’allontanarono!’,  ‘Patria oppressa! Il dolce nome’
Il Trovatore (1853, Rome) : Preludio, ‘Vedi, le fosche notturne spoglie’
La Forza del destino (1862, Saint-Pétersbourg) : Sinfonia, ‘Nella guerra è la follia’
Aida (1872, Le Caire) : ‘Gloria all’Egitto, ad Iside’
Bis Simon Boccanegra (1857, Venise): ‘Viva Simon, del popolo l’eletto!...’

Direction musicale Riccardo Chailly
Chef de Choeur Alberto Malazzi

Tournée européenne : Arènes de Vérone (31 août), Festival de Grafenegg (02 septembre), Konzerthaus de Vienne (04 septembre), Elbphilharmonie de Hambourg (05 septembre), Concertgebow d’Amsterdam (06 septembre), Musikkens Hus d’Aalborg (08 septembre), Bozar de Bruxelles (09 septembre – annulé), Philharmonie de Luxembourg (11 septembre)

Débutée aux Arènes de Vérone le 31 août dernier, la tournée européenne de l’Orchestre et du Chœur de la Scala de Milan s’achève au Théâtre des Champs-Élysées dans une ambiance étincelante à la rigueur quasi-martiale.

Le programme suit dans sa première partie une logique chronologique qui enchaîne les symphonies et les airs des 3 premiers grands succès de jeunesse de Giuseppe Verdi, ‘Nabucco’, ‘I Lombardi alla prima crociata’ et ‘Ernani’, qui sont développés, ce soir, selon une rythmique extrêmement précise sur un tempo modéré, telle une machine très bien huilée qui avance dans une tonalité spirituelle d’une forte emprise sur l’auditeur.

Riccardo Chailly

Riccardo Chailly

Le final du ballet de ‘Don Carlos’, écrit plus tard pour sa création parisienne, semble alors plus incongru, mais il apporte une légèreté très entraînante qui ne peut empêcher d’évoquer, pour ceux qui connaissent la mise en scène de Peter Konwitschny conçue pour l’opéra de Vienne, l’hilarant quatuor royal formé du Roi et de la Reine d’Espagne, l’Infante et la princesse Eboli, sous la forme d’un couple bourgeois moderne et conventionnel qui reçoit à dîner ses beaux parents.

Orchestre et Chœur de la Scala de Milan

Orchestre et Chœur de la Scala de Milan

Le point culminant du concert est alors atteint en début de seconde partie avec les extraits de ‘Macbeth’, le coup de génie de Verdi alors qu’il n’avait que 34 ans, introduit par la chaleur rutilante des cuivres et la puissance des cordes aux détails majestueux, suivies par l’allant des airs des sorcières et, surtout, la profondeur du chœur recueilli ‘Patria opressa’, écrit en 1865 pour la version parisienne, et qui atteint une intensité de velours qui rivalise avec la beauté des grands chœurs des opéras tragiques russes.

Chœur des sorcières de 'Macbeth'

Chœur des sorcières de 'Macbeth'

Riccardo Chailly présente ensuite un arrangement qui lie sans césure l’ouverture menaçante et pimpante d’’Il trovatore’ avec le chœur des forgerons du second acte et l’écho de ce même chœur repris un plus loin dans l’opéra, ensemble dominé par une densité rougeoyante très imagée, et enchaîne avec l’ouverture si célèbre de ‘La Force du destin’ qu’il fait suivre par une interprétation de ‘Nella guerra è la follia’ d’une très grande noblesse, bien qu’il s’agisse d’un chœur populaire.

La compacité sonore ancre ainsi une proximité naturelle avec l'esprit fougueux et dramatique de Verdi, et plusieurs 'Viva Verdi' seront lancés spontanément dans la salle par des spectateurs.

Alberto Malazzi et Riccardo Chailly

Alberto Malazzi et Riccardo Chailly

Le ‘Gloria all’Egitto, ad Iside’ d’’Aida’ permet enfin d’achever cette démonstration de maîtrise en l’ornant par de magnifiques effets d’irisation de la part des percussions, toujours dans cet esprit de souplesse très bien calibré, et le bis final qui déchaîne les furies de la fin du prologue de ‘Simon Boccanegra’, 'Viva Simon, del popolo l’eletto!…’, laisse entrevoir un message d’espoir qu’un jour, peut-être, un grand leader élu sans réserve par la majorité d’un peuple émergera pour le guider vers sa destinée.

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Publié le 6 Juillet 2023

Grisélidis (Jules Massenet – Opéra-Comique,
le 20 novembre 1901)
Version de concert du 04 juillet 2023
Théâtre des Champs-Elysées

Grisélidis Vannina Santoni
Alain Julien Dran
Le Marquis Thomas Dolié
Le Diable Tassis Christoyannis
Fiamina Antoinette Dennefeld
Bertrade Adèle Charvet
Le Prieur Thibault de Damas
Gondebaut Adrien Fournaison

Direction musicale Jean-Marie Zeitouni
Chœur et Orchestre de l’Opéra national Montpellier Occitanie

Avec 73 représentations au cours de la première partie du XXe siècle, ‘Grisélidis’ fait partie de ces œuvres de Jules Massenet créées à l’Opéra Comique qui connaitront un succès d’estime – il y aura également 8 représentations entre 1922 et 1923 à l’Opéra de Paris -.

Thomas Dolié (Le Marquis) et Vannina Santoni (Grisélidis)

Thomas Dolié (Le Marquis) et Vannina Santoni (Grisélidis)

L’œuvre, basée sur la pièce d'Armand Silvestre et d'Eugène Morand ‘Le Mystère de Grisélidis’ créée à la Comédie-Française le 15 mai 1891, est d’abord un témoignage de la longue amitié entre Jules Massenet et le poète Armand Silvestre, ancien élève de l’Ecole Polytechnique, qui écrivit nombre de poèmes pour les mélodies du compositeur.

Achevée fin 1894, 'Grisélidis' sera cependant mise en veille au profit de trois autres ouvrages de Massenet,  ‘La Navarraise’ (03 octobre 1895), ‘Sapho’ (24 novembre 1897) et ‘Cendrillon’ (24 mai 1899), si bien qu’après un profond remaniement, elle verra finalement le jour le 20 novembre 1901.

Julien Dran (Alain)

Julien Dran (Alain)

Ce conte lyrique est tiré d’un célèbre thème médiéval littéraire qui est une ode à la patience d’une pauvre bergère vivant à Saluzzo, une cité située au sud de Turin, qui dut endurer les pires épreuves, dont l’enlèvement de ses enfants, pour prouver sa fidélité à son mari, un riche marquis de la région.

L’opéra baroque et l'opéra classique italiens se sont emparés de ce sujet par le passé à de multiples reprises, à travers les versions de ‘Griselda’ composées par Antonio Maria Bononcini, Alessandro Scarlatti, Pietro Torri, Giovanni Bononcini, Francesco Bartolomeo Conti, Antonio Vivaldi ou bien Niccolo Piccini, si bien que l’on peut voir à travers ‘Grisélidis’ une résurgence directe d’un thème tant privilégié au XVIIIe siècle.

Thibault de Damas (Le Prieur) et Adrien Fournaison (Gondebaut)

Thibault de Damas (Le Prieur) et Adrien Fournaison (Gondebaut)

Pour la très large majorité du public venu ce soir au Théâtre des Champs-Elysées, il s’agit donc d’une découverte, et probablement peu de visages habituels du microcosme lyrique parisien sont absents.

L’art musical de Jules Massenet s’apprécie immédiatement par sa façon de faire vivre des ondes orchestrales avec beaucoup de souplesse et de délicatesse, tout en laissant se délier des lignes mélodiques bucoliques auxquelles s‘allient des ensembles de chœurs – excellente finesse du Chœur de l’Opéra national Montpellier Occitanie ! -  qui exaltent la foi chrétienne.

Tassis Christoyannis (Le Diable) et Adèle Charvet (Bertrade)

Tassis Christoyannis (Le Diable) et Adèle Charvet (Bertrade)

Jean-Marie Zeitouni donne du corps à la musique et entraine l’Orchestre de l’Opéra national Montpellier Occitanie dans un discours dramatique très appuyé et un style qui évite de trop fondre couleurs et matières.  L’oreille ne peut cependant s’empêcher de ressentir des modulations musicales et des chatoiements balbutiants qui seront plus tard magnifiquement développés avec majesté par Richard Strauss dans ses grands opéras tels ‘Die Frau ohne Schatten’.

Mais il est également assez déroutant de basculer de ce continuum sonore encore un peu âpre à une légèreté très vivante lorsque le Diable apparait. Tassis Christoyannis lui donne une jovialité mais également une très agréable subtilité expressive qui démultiplient les accents aux intentions ludiques.

Antoinette Dennefeld (Fiamina)

Antoinette Dennefeld (Fiamina)

A l’opposé, Thomas Dolié crée un portrait du Marquis vif et très torturé qui trouve auprès de lui une figure de la femme parfaite que Vannina Santoni tient haut la main avec une fière impassibilité. Grisélidis est surtout pour elle un personnage qui lui permet de canaliser ses grandes qualités de coloration, et de surmonter les tensions des lignes de chant pour leur donner une ornementation radieuse et éloquente.

Et à travers Bertrade, la suivante de Grisélidis, Adèle Charvet offre un beau portrait empreint de chaleur humaine et de plénitude veloutée qui vient plaisamment contrebalancer cet univers de tension constante.

Jean-Marie Zeitouni et Vannina Santoni

Jean-Marie Zeitouni et Vannina Santoni

Cette tension, justement, se retrouve d’emblée chez le pauvre Alain que Julien Dran incarne avec tendresse et sens du dolorisme, donnant de son chant un brin forcé, mais focalisé avec précision, une image de dignité désespérée très touchante.

En Fiamina, la femme du Diable, Antoinette Dennefeld se régale à décliner les facettes les moins sympathiques d’une femme séductrice mais fortement manipulatrice, et Thibault de Damas, en Prieur, révèle une très grande présence et de la jeunesse d’esprit.

Enfin, dorénavant régulièrement distribué au Théâtre des Champs-Elysées, Adrien Fournaison dépeint Gondebaut avec prestance et une noirceur de velours d'une grande noblesse.

Tassis Christoyannis, Adrien Fournaison, Julien Dran et Thibault de Damas

Tassis Christoyannis, Adrien Fournaison, Julien Dran et Thibault de Damas

Succès certain pour cette unique soirée qui met en valeur une distribution de chanteurs tous très engagés à défendre une œuvre au thème, certes, daté, mais qui est portée par une musique douée d’une évidente faculté d’imprégnation.

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Publié le 16 Mai 2023

Der Fliegende Holländer (Richard Wagner – 1843)
Version de concert du 15 mai 2023
Théâtre des Champs-Elysées

Daland Karl-Heinz Lehner
Senta Ingela Brimberg
Erik Maximilian Schmitt
Mary Dalia Schaechter
Der Steuermann Dmitry Ivanchey
Der Holländer James Rutherford

Direction musicale François-Xavier Roth
Les Siècles
Chœur de l’Opéra de Cologne

Coproduction Théâtre des Champs-Élysées / Les Siècles / Atelier Lyrique de Tourcoing / Oper Köln / Bühnen Köln

                                                      François-Xavier Roth

10 ans après l’interprétation par l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam sous la direction de Yannick Nézet-Séguin (18 septembre 2013), et 50 ans après celle du Deutsche Staatsoper de Berlin menée par Wilfried Werz (19 mars 1973), le Théâtre des Champs-Élysées est à nouveau embarqué pour un soir dans l’élan romantique du ‘Vaisseau Fantôme’, mais avec cette fois une coloration musicale issue d’instruments allemands de l’époque de la création à Dresde.

James Rutherford (Der Holländer) et Ingela Brimberg (Senta)

James Rutherford (Der Holländer) et Ingela Brimberg (Senta)

Dés l’ouverture, qui se déroule dans une ambiance lumineuse ambrée, se dégagent les qualités orchestrales qui vont se déployer tout le long du concert, le charme des sonorités chantantes des vents au délié rond, bien timbré et très poétique, la chaleur et la tessiture un peu âpre des cuivres, le dessin soigné et nuancé des différentes lignes harmoniques, et un surprenant métal scintillant des cordes qui, toutefois, n’est pas aussi prédominant que dans d’autres versions plus expansives.

Et il y a surtout ce sens du tempo net et souple qui crée une théâtralité percutante d’une très grande élégance.

François-Xavier Roth, Les Siècles et le Chœur de l’Opéra de Cologne

François-Xavier Roth, Les Siècles et le Chœur de l’Opéra de Cologne

On aime également chez François-Xavier Roth cette manière passionnée de danser et d’humaniser la musique de Richard Wagner, d’en faire ressortir le toucher intime, mais aussi de galvaniser la scène à l'instar du grand choral ‘Johohoe!’ du dernier acte où les choristes de l’Opéra de Cologne, tous accourus à l’avant-scène, s’emparent de l’audience pour l’entraîner avec un impact franc phénoménal, et aussi avec grand sens de la cohésion et de la détermination qui induit un véritable sentiment fraternel entre eux.

François-Xavier Roth et Les Siècles

François-Xavier Roth et Les Siècles

Par ailleurs, si l’ensemble de la distribution est très impliqué, la psychologie de certains personnages montre de nouvelles facettes, à commencer par le Hollandais incarné par James Rutherford. Le baryton britannique se distancie d’une figure qui serait trop froide pour insuffler une forme d’autorité au gant de velours. Timbre homogène, voix sombre et attendrissante, il rend son personnage plus proche de nous, et il est très étonnant de voir comment Maximilian Schmitt lui oppose un Erik qui est son exact reflet physique, mais avec des expressions plus émotives, un tempérament bien écorché, la mise en espace semblant mettre en équilibre ces deux fortes personnalités face à Senta.

James Rutherford (Der Holländer)

James Rutherford (Der Holländer)

La soprano suédoise Ingela Brimberg brosse aussi un grand portrait wagnérien de la fille de Daland, un peu plus dur et moins romantique que d’autres interprètes, mais avec une solidité de timbre et un splendide aigu qui rendent une sensible impression névrotique à son caractère. Ses regards fusants sont à l’unisson de la forte pénétrance de son élocution ample et bien marquée, et point même l’envie d’y voir certains reflets de l’art déclamatoire de Waltraud Meier.

Ingela Brimberg (Senta)

Ingela Brimberg (Senta)

Autre personnalité forte, Karl-Heinz Lehner fait aussi vivre un Daland assez violent et particulièrement retentissant, dans une veine très théâtrale et vigoureuse où l’on sent l’influence d’un grand personnage straussien, le Baron Och du ‘Rosenkavalier’.

Quant à Dalia Schaechter, elle affiche une sévérité excessive alors que la nourrice de Senta pourrait révéler un visage maternel très attachant.

Dmitry Ivanchey (Der Steuermann) et Karl-Heinz Lehner (Daland)

Dmitry Ivanchey (Der Steuermann) et Karl-Heinz Lehner (Daland)

Et par contraste avec ses partenaires, Dmitry Ivanchey apporte une touche plus légère et mozartienne en dénuant le pilote de tout vague à l’âme sombrement mélancolique, tout en lui ajoutant, avec sa tessiture très claire, une tonalité humoristique inattendue.

Un version attachante, amoureusement dirigée, dont le souffle, la générosité et la précision musicale font à nouveau la valeur de cette brillante soirée wagnérienne donnée au Théâtre des Champs-Élysées.

Chœur de l’Opéra de Cologne

Chœur de l’Opéra de Cologne

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Publié le 31 Mars 2023

Présentation de la saison Lyrique 2023 / 2024 du Théâtre des Champs Élysées

Depuis le mardi 21 mars 2023, la quatorzième saison de Michel Franck à la direction du Théâtre des Champs Élysées est officiellement dévoilée à travers une visioconférence diffusée en matinée.

Cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 5 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 24 soirées, une pièce de théâtre 'Le malade imaginaire' jouée sur 16 soirées, 22 soirées d’opéras en version concert (dont 2 soirs pour ‘Giulio Cesare’ et un dimanche matin pour ‘Didon et Enée’) et 5 oratorio et œuvres religieuses (dont 2 soirs pour ‘Carmina Burana’ avec Ludovic Tézier), 20 concerts symphoniques (dont 4 avec Les Siècles), 11 récitals vocaux, 19 récitals de piano, 11 concerts de l’orchestre de chambre de Paris, 5 autres concerts de musique de chambre, 19 concerts du dimanche matin, 5 ballets dansés sur 16 soirées et 2 soirées de Théâtre musical (‘Le Carnaval Baroque’).

Par ailleurs, une version de ‘La Flûte enchantée’ ramenée à une durée d’une heure et trente minutes,  interprétée par l’ensemble Les Siècles, sera créée pour le jeune public, et donnée en onze représentations sur le temps scolaire, ainsi que sur trois matinées et trois soirées tout public.

Ce spectacle sera une coproduction avec l’Atelier Lyrique de Tourcoing, l’opéra de Reims et l’opéra de Bordeaux

Cette ligne programmatique redonne également de la place aux opéras en version scéniques avec 5 nouvelles productions, et c’est cette fois la danse qui s’efface un peu pour laisser la place au théâtre à l’occasion des fêtes de Noël avec la reprise du ‘Malade imaginaire’ dans l’ancienne production de Claude Stratz (2001) de la Comédie française.

Les soirées d’opéras en version concert battent un nouveau record de représentations (plus de 20 soirées), mais les récitals vocaux sont fortement réduits par rapport aux saisons précédentes (une dizaine de soirées seulement).

'Boris Godounov' - Mise en scène Olivier Py

'Boris Godounov' - Mise en scène Olivier Py

Opéras en version scénique

La Cenerentola (Gioachino Rossini)
9, 11, 13, 15, 17, 19 octobre (6 représentations)

Direction musicale Thomas Hengelbrock  Mise en scène Damiano Michieletto
Marina Viotti, Levy Sekgapane, Edward Nelson, Peter Kálmán, Alice Rossi, Justyna Ołów, Alexandros Stavrakakis
Balthasar-Neumann-Ensemble, Balthasar-Neumann-Chor
Coproduction Semperoper Dresden

La Flûte enchantée (Wolfgang Amadé Mozart)
14, 16, 18, 20, 22, 24 novembre (6 représentations)

Direction musicale François-Xavier Roth, Mise en scène Cédric Klapisch
Cyrille Dubois, Regula Mühlemann, Florian Sempey, Catherine Trottmann, Jean Teitge, Marc Mauillon, Aleksandra Olczyk, Judith van Wanroij, Isabelle Druet, Marion Lebègue, Ugo Rabec, Blaise Rantoanina
Les Siècles, Chœur Unikanti-Maîtrise des Hauts-de-Seine
Coproduction Atelier Lyrique de Tourcoing, Théâtre Impérial–Opéra de Compiègne, Opéra de Nice-Côte d’Azur

Boris Godounov (Modeste Moussorgski)
28 février, 1, 3, 5, 7 mars (5 représentations)

Direction musicale Andris Poga, Mise en scène Olivier Py
Matthias Goerne, Victoire Bune, Lila Dufy, Svetlana Lifar, Marius Brenciu, Mikhail Timoshenko, Andreï Chtchelkalov, Roberto Scandiuzz, Airam Hernández, Yuri Kissi, Fabien Hyon, Sarah Laulan, Kristofer Lundin, Barnaby Re, Sulkhan Jaiani
Orchestre National de France, Chœur de l’Opéra National du Capitole, Maîtrise des Hauts-de-Seine Coproduction Opéra National du Capitole

David et Jonathas (Marc-Antoine Charpentier)
18, 19 mars (2 représentations)

Direction musicale Sébastien Daucé, Mise en scène Jean Bellorini
Petr Nekoranec, Gwendoline Blondeel, Jean-Christophe Lanièce, Lucile Richardot, Etienne Bazola, Alex Rosen, Hélène Patarot
Chœur et Orchestre Ensemble Correspondances
Production théâtre de Caen
Coproduction Théâtre des Champs-Élysées, Ensemble Correspondances, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Opéra National de Lorraine, Opéra de Lille, Théâtre National Populaire Villeurbanne

L’Olimpiade (Antonio Vivaldi)
20, 23, 25, 27, 29 juin (5 représentations)

Direction musicale Jean-Christophe Spinosi, Mise en scène Emmanuel Daumas
Jakub Józef Orliński, Marina Viotti, Varduhi Abrahamyan, Delphine Galou, Jodie Devos, Luigi De Donato, Christian Senn
Choeur et Orchestre Ensemble Matheus
Ce projet a reçu le label Olympiade Culturelle

Elena Stikhina dans 'Adriana Lecouvreur'

Elena Stikhina dans 'Adriana Lecouvreur'

Opéras et oratorio en version de concert

Les Boréades (Jean-Philippe Rameau) le 23 septembre
Sabine Devieilhe, Reinoud Van Mechele, Thomas Doli, Tassis Christoyannis, Benedikt Kristjánsson, Philippe Estèphe, Gwendoline Blondeel

György Vashegyi direction, Orfeo Orchestra,  Purcell Choir
       
Requiem (Wolfgang Amadé Mozart) le 10 octobre
Julia Lezhneva, Eva Zaïcik, Mauro Peter, Nahuel Di Pierro

Julien Chauvin direction, Chœur de chambre de Namur

Carmen  (Georges Bizet) le 22 octobre
Marianne Crebassa, Stanislas de Barbeyrac, Iulia Maria Dan, Jérôme Boutillier, Faustine de Monès, Floriane Hasler, Florent Karrer, Thomas Morris, Nicolas Brooymans, Yoann Dubruque

Ben Glassberg direction, Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, Choeur Accentus / Opéra de Rouen Normandie 

Jules César en Égypte (Georg Friedrich Haendel le 23 et 25 octobre
Cecilia Bartoli, Carlo Vistoli, Sara Mingardo, Max Emanuel Cenčić , José Coca Loza, Kangmin Justin Kim

Gianluca Capuano direction Orchestre et Les Musiciens du Prince-Monaco

Adriana Lecouvreur (Francesco Cilea) le 05 décembre
Elena Stikhina, Brian Jagde, Misha Kiria, Clémentine Margaine, Maurizio Muraro, Robert Lewis, Giulia Scopelliti, Thandiswa
Mpongwana, Pete Thanapat
Daniele Rustioni direction Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon

Véronique Gens dans 'Iphigénie en Tauride', 'Alceste' et 'Atys'

Véronique Gens dans 'Iphigénie en Tauride', 'Alceste' et 'Atys'

Oratorio de Noël (Jean-Sébastien Bach) le 08 décembre
A
nna Dennis , Hugh Cutting, Guy Cutting, Dominic Sedgwick
Masaaki Suzuki direction, Orchestra & Choir of the Age of Enlightenment

L’Enlèvement au sérail (Wolfgang Amadé Mozart) le 11 décembre
Albina Shagimuratova, Julien Behr, Florie Valiquette, Sulkhan Jaiani, Sahy Ratia

Julien Chauvin direction, Le Concert de la Loge, Chœur Fiat Cantus

La Chauve-souris (Johann Strauss) le 13 décembre
Huw Montague Rendall, Jacquelyn Stucker, Samuel Hasselhorn, Alina Wunderlin, Sandrine Buendia, Magnus Dietrich, Krešimir Špicer, Marina Viotti, Sunnyi Melles

Marc Minkowski direction, Les Musiciens du Louvre

Iphigénie en Tauride (Henry Desmarest / André Campra) le 09 janvier
Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Tassis Christoyannis, David Witczak, Olivia Doray, Floriane Hasle, Tomislav Lavoie , Antonin Rondepierre, Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc

Hervé Niquet direction, Orchestre et Chœur Le Concert Spirituel

Les sept péchés capitaux (Kurt Weill) le 10 janvier
Marina Viotti, Judith Chemla

Marc Leroy-Calatayud direction, L’Orchestre de Chambre de Genève

Philippe Jordan dans 'Don Giovanni'

Philippe Jordan dans 'Don Giovanni'

Carmina Burana (Carl Orff) le 25 et 26 janvier
Regula Mühlemann, Matthias Rexroth, Ludovic Tézier

Kazuki Yamada direction, Orchestre National de France, Choeur de Radio France, Maîtrise de Radio France

Alceste (Jean-Baptiste Lully) le 01 février
Véronique Gens, Cyril Auvity, Luigi De Donato, Luc Bertin-Hugault , Camille Poul, Léo Vermot-Desroches, Geoffroy Buffières, Claire Lefilliâtre, Cécile Achille

Stéphane Fuget direction, Les Epopées

Rinaldo (Georg Friedrich Haendel) le 02 février
Carlo Vistoli, Emőke Baráth | Armida, Chiara Skerath, Lucile Richardot, Anthea Pichanick, Andrea Mastroni

Thibault Noally direction, Les Accents

Didon et Enée (Henry Purcell) le 04 février
Anna Wal, Yoann Dubruque, Apolline Raï-Westphal

Johannes Pramsohler direction, Ensemble Diderot
       
Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart) le 05 février
Christian Van Horn, Slávka Zámečníková , Bogdan Volkov, Federica Lombardi, Peter Kellner, Antonio Di Matteo, Martin Häßler, Patricia Nolz

Philippe Jordan direction, Orchestre et Chœur de l’Opéra de Vienne

Joyce DiDonato dans 'Didon et Enée'

Joyce DiDonato dans 'Didon et Enée'

Didon et Enée / Jephté (Henry Purcell / Giacomo Carissimi) le 08 février
Joyce DiDonato, Andrew Staples, Fatma Saïd, Beth Taylor, Carlotta Colombo, Alena Dantcheva, Anna Piroli, Massimo Altieri, Hugh Cutting

Maxim Emelyanychev direction, Il Pomo d’Oro

Les Pêcheur de perles (Georges Bizet) le 04 mars
Sandra Hamaoui, Xabier Anduaga, Benjamin Appl, Matthieu Lécroart

Lorenzo Passerini direction, Orchestre de chambre de Paris, Chœur de chambre de Rouen 

La Damnation de Faust (Hector Berlioz) le 21 mars
Stanislas de Barbeyrac, Stéphanie d’Oustrac, Jean Teitgen, Frédéric Caton

Cristian Măcelaru direction, Orchestre National de France, Chœur de Radio France

Passion selon Saint Matthieu (Jean-Sébastien Bach) le 22 mars
Maximilian Schmitt , Yannick Debus, Kateryna Kasper, Philippe Jaroussky, Emiliano Gonzalez Toro, Andreas Wolf

Francesco Corti  direction, Freiburger Barockorchester, Zürcher Sing-Akademie

Atys (Jean-Baptiste Lully) le 26 mars
Mathias Vidal, Véronique Gens, Deborah Cachet, Tassis Christoyannis, Floriane Hasler, Eléonore Pancrazi, David Witczak, Adrien Fournaison, Antonin Rondepierre, Carlos Rafael Porto, Marine Lafdal-Franc, François-Olivier Jean

Alexis Kossenko direction, Les Ambassadeurs~La Grande Ecurie, Les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles

Yannick Nézet-Séguin dans 'La Walkyrie'

Yannick Nézet-Séguin dans 'La Walkyrie'

Elektra (Richard Strauss) le 29 avril
Iréne Theorin, Violetta Urmana, Simone Schneider, Paweł Koni, Matthias Klink
Cornelius Meister direction, Staatsorchester Stuttgart

La Walkyrie (Richard Wagner) le 04 mai
Stanislas de Barbeyrac, Elza van den Heever, Soloman Howard , Brian Mulligan, Karen Cargill, Tamara Wilson, Justyna Bluj, Iris van Wijnen, Maria Barakova, Ronnita Miller, Bongiwe Nakani, Catriona Morison
Yannick Nézet-Séguin direction, Rotterdams Philharmonisch Orkest

Berenice (Georg Friedrich Haendel) le 21 mai
Sandrine Piau , Ann Hallenberg, Paul-Antoine Bénos-Djian, Hugh Cutting, Rupert Charleswort, John Chest
Francesco Corti direction, Il Pomo d’Oro

L’Heure espagnole (Maurice Ravel) le 22 mai
Isabelle Druet, Julien Behr, Loïc Félix, Thomas Dolié, Jean Teitgen
François-Xavier Roth direction, Les Siècles

Tolomeo (Georg Friedrich Haendel) le 31 mai
Franco Fagioli, Giulia Semenzato, Andrea Mastroni, Giuseppina Bridelli, Christophe Dumaux
Giovanni Antonini direction, Kammerorchester Basel

Les Grandes Voix d'Afrique

Les Grandes Voix d'Afrique

Récitals vocaux

Paris Opera Competition, le 15 septembre

Philippe Jaroussky (Hasse, Leo, Valentini, Traëtta, Bernasconi, Ferrandini, Haendel, J. C. Bach, Jommelli), le 26 novembre

Franco Fagioli (Rossini, Meyerbeer, Morlacchi, Nicolini), le 09 décembre

Golda Schultz, Amitai Pati, Pene Pati Donizetti, Mozart, Verdi, Gounod, Lehár), le 08 janvier

Les grandes voix lyriques d’Afrique, le 23 mars

Lisette Oropesa et Benjamin Bernheim

Lisette Oropesa et Benjamin Bernheim

Matthias Goerne (Schumann, Brahms), le 28 mars

Opera Fuoco fête ses 20 ans (Marcello, Telemann, Haendel, Mozart, Haydn, Mayr, Bizet, Rossini, Bellini, Offenbach), le 09 avril

Lisette Oropesa, Benjamin Bernheim (Rossini, Donizetti, Verdi, Offenbach, Bizet, Massenet, Gounod), le 26 avril

Lauranne Oliva, Eva Zaïcik, Bruno de Sá, Christophe Dumaux (Haendel, Porpora, Vivaldi), le 14 mai

Gala Belle Époque (Debussy, Saint-Saëns, Massenet, La Tombelle, Bonis, Dubois, Caplet), le 26 juin

Marina Viotti (Haendel), le 28 juin

'Le Malade imaginaire' - Comédie Française

'Le Malade imaginaire' - Comédie Française

Théâtre musical

Le Carnaval Baroque Art du cirque, musique et danse du XVIIe siècle D’Il Fàsolo à Monteverdi) le 13 et 15 janvier
Anaïs Bertrand, Paco Garcia, Martial Paulia, Igor Bouin, Stefano Amori, Julien Lubek

Vincent Dumestre direction, Cécile Roussat mise en scène
Le Poème Harmonique

 

Théâtre

Le Malade imaginaire (Molière) du 21 décembre au 7 janvier
Avec la troupe de la Comédie Française

Claude Stratz mise en scène

Vladimir Jurowski

Vladimir Jurowski

Concerts (sélection subjective)

Wiener Philharmoniker, Jakub Hrůša direction, Igor Levit piano (Brahms, Dvořak), le 14 septembre

Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski direction, Yefim Bronfman, Elsa Dreisig (Wagner, Schumann, Mahler), le 21 septembre

Orchestre de chambre de Paris, Maxim Emelyanychev direction (Mendelssohn, Saint-Saëns), le 16 octobre

Les Siècles, François-Xavier Roth direction (Voyage musical de Mozart à Beethoven), le 14 octobre

Orchestre de chambre de Paris, Thomas Dausgaard direction, Elisabeth Leonskaja piano (Honegger/Pesson Rugby, Mozart, Mendelssohn), le 18 octobre

Dmitry Masleev piano (Rachmaninov, Cui, Liszt, Medtner, Balakirev, Glinka, Moussorgski), le 17 novembre

Quatuor Zaïde, Xavier Phillips violoncelle, Michel Portal clarinette (Mozart, Beethoven, Schubert), le 21 novembre

Orchestre national de France, Trevor Pinnock direction, Gil Shaham violon (Beethoven, Schubert), le 07 décembre

Emmanuel Pahud flûte, Maja Avramovic violon, Joaquín Riquelme García alto, Tim Park violoncelle (Mozart, Dvořák), le 17 décembre

Orchestre de chambre de Paris, Gábor Káli direction, Roger Muraro piano (Kodály, Chopin, Dvořák), le 11 janvier

Quatuor Hanson (Chostakovitch, Beethoven), le 21 janvier

Igor Levit piano (Mahler , Brahms, Beethoven), le 29 février

Maxim Emelyanychev piano, Aylen Pritchin violon (Brahms , Dvořák, Grieg), le 10 mars

Les Siècles, François-Xavier Roth direction, Marie-Nicole Lemieux contralto, Andrew Staples ténor (Rameau, Mahler Das Lied von der Erde), le 25 mars

Nikolaï Lugansky piano (Mendelssohn, Chopin Ballade , Wagner-Lugansky), le 27 mars

Andreï Korobeinikov piano (Beethoven, Schumann, Scriabine, Messiaen), le 12 avril

Orchestre Colonne, Marc Korovitch, Laurent Petitgirard direction (Dukas, Pierné, Berlioz, Petitgirard, Stravinsky, Ravel), le 28 avril

Les Siècles, François-Xavier Roth direction, Jean-Efflam Bavouzet piano, Renaud Capuçon violon (Alex Nante, Berg , Schoenberg), le 30 avril

Staatskapelle Dresden, Christian Thielemann direction (Weber, Wagner , Strauss), le 24 mai

Jean-Christophe Spinosi et Emmanuel Daumas dans 'L'Olimpiade'

Jean-Christophe Spinosi et Emmanuel Daumas dans 'L'Olimpiade'

Première impression sur la saison 2023 / 2024

Avec 8 opéras en version de concert d’après Lully, Desmarest, Gluck, Berlioz, Bizet et Ravel, la langue française prédomine parmi les soirées lyriques en version de concert pour la deuxième année consécutive, et tous les siècles depuis Louis XIV jusqu’à la Première Guerre mondiale sont représentés.

En revanche, pour défendre l'opéra français en version scénique, seuls deux soirs sont consacrés au ‘David et Jonathas’ de Marc-Antoine Charpentier mis en scène par Jean Bellorini.

Les opéras en italiens continuent de voir leur représentativité se réduire (aucun Monteverdi, Verdi, Puccini, Donizetti, Bellini ne sont programmés), mais la version scénique de ‘L’Olimpiade’ de Vivaldi est une vrai proposition, car rarement le compositeur vénitien a droit à une mise en scène (le dernier opéra de Vivaldi mis en scène remonte à la saison 2010/2011 avec ‘Orlando furioso’ dans la production de Pierre Audi dirigée par Jean-Christophe Spinosi).

Quant à ‘La Cenerentola’ de Gioachino Rossini, la mise en scène de Damiano Michieletto se substituera à celle d’Irina Brook dont la dernière reprise date de 2010.

‘Jephté’ de Giacomo Carissimi sera par ailleurs la découverte, en version de concert, de la saison.

Après deux saisons de mise en retrait, le répertoire allemand reprend des couleurs avec une version scénique de ‘La Flûte enchantée’, les versions de concert d’’Elektra’ de Richard Strauss et de ‘La Walkyrie’ de Richard Wagner, mais aussi des compositeurs tels Johann Strauss, Kurt Weill, et Jean-Sébastien Bach pour les oratorios.

Cette saison reflète d’ailleurs une certaine complétude du répertoire, car les langues slaves et anglaises y sont aussi représentées.

Stéphanie d'Oustrac dans 'La Damnation de Faust'

Stéphanie d'Oustrac dans 'La Damnation de Faust'

La nouvelle production de ‘Boris Godounov’ par Olivier Py, metteur en scène attaché à la maison, est un évènement qui s’inscrit dans la continuité d’’Eugène Onéguine’ mis en scène par Stéphane Braunschweig deux saisons auparavant.

Et pour les amoureux du baroque anglais, une matinée et une soirée sont dédiées à ‘Didon et Enée’ d’Henry Purcell interprété par deux équipes artistiques différentes, dont l’une avec Joyce Di Donato.

Quant à la langue latine, elle se limite au ‘Requiem’ de Mozart et ‘Carmina Burana’ de Carl Orff, où l’on retrouvera Ludovic Tézier dans la célèbre cantate.

Mais globalement, cette saison respecte les fondamentaux du théâtre centrés principalement sur le répertoire du XVIIIe et XIXe siècle, en s’appuyant sur 3 piliers équivalents, les répertoires italien, français et allemand.

Parmi les soirées très attendues, le ‘Don Giovanni’ dirigé par Philippe Jordan, la venue du Bayerisches Staatsorchester dirigé par Vladimir Jurowski, avec la participation d’ Elsa Dreisig, ‘Le Chant de la Terre’ par Les Siècles avec Marie-Nicole Lemieux et Andrew Staples, les ouvrages aussi surdimensionnés que sont ‘Elektra’ ou bien ‘La Walkyrie’, le récital de Lisette Oropesa et Benjamin Bernheim, ‘Atys’ avec Mathias Vidal et Véronique Gens, sont quelques exemples d’incontournables.

L'intégralité de la saison c'est ici.

Présentation de la Saison 2023-2024 du Théâtre des Champs-Elysées par Michel Franck

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Publié le 25 Décembre 2022

Giselle (Adolphe Adam – Académie Royale de Musique-Le Peletier, 28 juin 1841)
Ballet de l'Opéra de Kiev
Représentations du 21 (19h30) et 24 (15h00) décembre 2022
Théâtre des Champs-Élysées

Giselle Natalia Matsak
Albrecht Sergii Kryvokon
Myrtha Iryna Borysova
Hilarion Kostiantyn Pozharnytskyi
Berthe Kseniia Ivanenko
Avec Tymofiy Bykovets, Maksym Bilokrynytskyi, Daria Manoilo, Sergii Lytvynenko, Petro Markishev et le corps de ballet de l’Opéra national d’Ukraine

Chorégraphie Marius Petipa, d’après Jules Perrot et Jean Coralli
Décors et costumes originaux Tetiana Bruni
Costumes nouveau design Malva Verbytska (Maison Malva Florea)
Maître de Ballet Kostyantin Sergieiev
Direction musicale Dmytro Morozov
Orchestre Prométhée

Avec la reprise de ‘Giselle’ au Palais Garnier, en juin dernier, suivie, dès la rentrée au Théâtre des Champs-Élysées, par la version d’Akram Khan, et maintenant avec la venue du Ballet de l’Opéra national d’Ukraine en ce même théâtre, l’année 2022 aura donc été une année ‘Giselle’ pour Paris.

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Et, en préambule de la première du mercredi 21 décembre, Michel Franck, le directeur du célèbre Théâtre de l’avenue Montaigne, a bien pris soin de décrire au public les conditions avec lesquelles les artistes ont du composer pour venir en toute sécurité à la capitale : le voyage en car depuis Kiev vers Varsovie, la tempête de neige et les défaillances de leur moyen de transport, leur rapatriement vers Cracovie où l’organisatrice de la tournée a pu trouver en urgence 100 billets d’avions pour les danseurs, certains venant avec leurs enfants pour échapper aux bombardements de leur ville.

Michel Franck et l'organisatrice de la Tournée du ballet national d'Ukraine

Michel Franck et l'organisatrice de la Tournée du ballet national d'Ukraine

Ils sont arrivés au théâtre 3 jours plus tôt, un dimanche, et Michel Franck, décrivant le stress d’une alerte à la bombe lorsque l’un des artistes ukrainiens eut oublié d’éteindre son téléphone portable, a rappelé à quel point ces circonstances remettaient à leur juste place nos petits problèmes quotidiens.

Corps de Ballet de l'Opéra national d'Ukraine (Fête au village)

Corps de Ballet de l'Opéra national d'Ukraine (Fête au village)

Cette venue était programmée avant le début de la guerre, c’est pourquoi ‘Casse-Noisette’ était initialement programmé, et du être remplacé par ‘La fille des neige’ afin de ne pas donner prise à la Russie de Vladimir Poutine qui utilise la culture comme moyen de propagande.

Mais avec les multiples coupures d’électricité dues aux attaques aériennes sur les installations civiles, la troupe manquait de temps pour monter le ballet de Michael Corder, si bien que les danseurs de Kiev ont choisi d’interpréter ‘Giselle’ d’Adolphe Adam qu’ils connaissent par cœur.

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Ils sont donc très heureux d’être à Paris, mais pour eux, il est important de montrer la réalité de ce qu’ils vivent, et chacun est bien décidé à ne pas se laisser faire et à poursuivre sa mission. Certains danseurs et danseuses sont même allés au combat, et un ancien soliste, Alexander Chapoval, a été tué par les Russes dans l’est de l’Ukraine.

Kseniia Ivanenko (Berthe)

Kseniia Ivanenko (Berthe)

La toute première venue au Théâtre des Champs-Élysées de la troupe du Ballet de l’Opéra de Kiev date de 1964 où, dans le cadre du deuxième Festival International de Danse de Paris, elle fut consacrée meilleure Compagnie, ainsi que leurs solistes, Irma Loukachova et Vladimir Parsegoff, qui reçurent le Grand Prix de la Ville de Paris pour leur pas de deux d'’Esmeralda’

Puis, il faudra attendre décembre 2018 pour retrouver en ces lieux la Compagnie Ukrainienne à l’occasion de ses 150 ans d’existence. 

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion), Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion), Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Hasard de l’Histoire, c’est au moment de la naissance de l’Opéra de Kiev que ‘Giselle’ disparut de l’affiche de l’Opéra de Paris. Car si la création du célèbre ballet d’Adolphe Adam eut lieu avec succès le 28 juin 1841 à la salle Le Peletier, c’est Jules Perrot, venu à Saint-Pétersbourg en 1849, puis Marius Petipa, qui vont contribuer à l’installer en Russie. ‘Giselle’ ne reviendra par la suite au Palais Garnier qu’en 1910.

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion)

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion)

La chorégraphie interprétée ce soir reste donc inspirée de l’original de Marius Petipa, d’après Jules Perrot et Jean Coralli, et elle se déroule dans un un décor très classique, adapté par la créatrice ukrainienne Malva Verbytska, qui comprend, côté jardin, la petite maison de Giselle, et en arrière plan, un château de Contes de fées qui évoque les origines aristocratiques d’Albrecht.

Tymofiy Bykovets (Un paysan virtuose)

Tymofiy Bykovets (Un paysan virtuose)

En seconde partie, des lumières bleutées diffusent une atmosphère nocturne et poétique au Royaume des ombres, sur fond d’une nature fantomatique.

La tension et la mélancolie sont perceptibles, mais cela ne va empêcher les artistes de défendre ce chef d’œuvre romantique, non sans gravité, mais avec l’envie de se faire plaisir et de faire plaisir au public.

Corps de Ballet de l'Opéra national d'Ukraine (Royaume des ombres)

Corps de Ballet de l'Opéra national d'Ukraine (Royaume des ombres)

La danseuse étoile Natalia Matsak est en effet éblouissante. Technique qui lui permet de réussir sans concession et sans la moindre marque de fléchissement les mouvements tournoyants sur pointe, et de tenir des poses avec grande allure et élégance, cette magnifique artiste rayonne d’une fraîcheur très mature qui, à la fois, traduit la sincérité de Giselle, mais aussi en fait une femme intérieurement profonde, dont la perte de raison fait aussi penser à celle de la Traviata lorsqu’elle révèle fatalement ses souffrances intérieures.

Iryna Borysova (Myrtha)

Iryna Borysova (Myrtha)

Son partenaire, Sergii Kryvokon, est un splendide danseur, très grand est d’une physionomie qui figure à la fois la noblesse et la dominance souveraine d’Albrecht, avec énormément de sensibilité.
Grands élans aériens, expressivité romantique, assurance dans toutes les portées, nous sommes avec lui transportés dans le monde de l’indomptable fierté slave, et c’est absolument fascinant à admirer.

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

Natalia Matsak (Giselle) et Sergii Kryvokon (Albrecht)

En seconde partie, Iryna Borysova donne également une leçon d‘exigence dans son incarnation de la blanche Myrtha, dans une attitude sévère mais consciente, et le rival d’Albrecht, Kostiantyn Pozharnytskyi, habillé comme il se doit en tenue de chasseur qui lui donne un aspect perçant, est tout aussi sensible, lui qui révèle dans la majesté et la célérité de ses impeccables postures une authenticité teintée subtilement d’ombre.

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion) et Natalia Matsak (Giselle)

Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion) et Natalia Matsak (Giselle)

Dans la scène des danses paysannes, Tymofiy Bykovets est lui aussi brillant de par son aplomb et sa précision de mouvement, tout en affichant une certaine exigence dans sa relation au public, et le corps de ballet réussit à conserver une bonne cohésion d’ensemble, d’abord par sa vitalité joyeuse mais départie de tout superficialité excessive, en première partie, puis par sa quiétude recueillie en seconde partie, qui devient inévitablement fort inspirante pour l’auditeur.

Sergii Kryvokon (Albrecht)

Sergii Kryvokon (Albrecht)

Et dans la fosse d’orchestre, Dmytro Morozov, directeur musical de l’Opéra de Kharkiv, obtient de l’ensemble ‘Prométhée’ un très beau délié fluide et inspirant auquel on se laisse aller en toute sérénité, avec une tension juste qui soutient une théâtralité chaleureuse où les percussions sont sollicitées sans réserve. Très agréable poésie des vents, également, qui magnifie la belle gestuelle des solistes et des ensembles.

Dmytro Morozov (directeur musical de l'Opéra de Kharkiv)

Dmytro Morozov (directeur musical de l'Opéra de Kharkiv)

La soirée s’est achevée en standing ovation à la première, comme ce fut aussi le cas en matinée trois jours plus tard, avec plus de détente sans doute à la veille de Noël, les artistes étant heureux d’avoir retrouvé toutes leurs marques en quelques jours.

Et le fait de se montrer forts touchés par cet accueil s’est vraiment lu en eux, ce samedi après-midi. Un enchantement régnant parmi les spectateurs s'entendait ainsi à la sortie du Théâtre.

Natalia Matsak (Giselle), Sergii Kryvokon (Albrecht) et Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion)

Natalia Matsak (Giselle), Sergii Kryvokon (Albrecht) et Kostiantyn Pozharnytskyi (Hilarion)

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Publié le 13 Novembre 2022

Ariodante (Georg Friedrich Haendel – 1735)
Version de concert du 07 novembre 2022
Théâtre des Champs-Élysées

Ariodante Franco Fagioli
Ginevra Melissa Petit
Dalinda Sarah Gilford
Polinesso Luciana Mancini
Lurcanio Nicholas Phan
Le Roi d’Ecosse Alex Rosen

Direction musicale George Petrou
Il Pomo d’Oro

                                                  Melissa Petit (Ginevra)

 

Après ‘Giulio Cesare’ et ‘Alcina’, ‘Ariodante’ est l’opéra de Georg Friedrich Haendel le plus interprété depuis la production de Pier Luigi Pizzi créée à la Scala de Milan le 24 mars 1981, qui circula à Édimbourg (septembre 1982), Nancy (octobre 1983) et même Genève (février 1986).

Melissa Petit (Ginevra) et Franco Fagioli (Ariodante)

Melissa Petit (Ginevra) et Franco Fagioli (Ariodante)

Comme il s’agissait d’une coproduction de l’Opéra de Paris, Pierre Bergé et du Théâtre des Champs-Élysées, ce spectacle fit son entrée sur la scène parisienne de l’avenue Montaigne le 25 mars 1985, pour 5 représentations, sous la direction de Jean-Claude Malgoire.

Dès lors, le Théâtre des Champs-Élysées a accueilli une seconde production par Lukas Hemleb en mars 2007, avec Angelika Kirchschlager dans le rôle-titre et Christophe Rousset à la direction musicale, et pas moins de deux versions de concert données en mai 2011, avec Joyce DiDonato sous la direction d’Alan Curtis, puis en mai 2017 avec Alice Coote sous la direction d’Harry Bicket qui le dirigera également à l'Opéra de Paris en avril 2023.

Sarah Gilford (Dalinda)

Sarah Gilford (Dalinda)

La version de concert dirigée ce soir est cette fois confiée à George Petrou, directeur artistique du Festival Haendel International de Göttingen, qui a débuté cette tournée ‘Ariodante’ à Barcelone pour se poursuivre à Essen, Paris et La Coruña. 

Il est associé à dix-neuf musiciens de l’ensemble Il Pomo d’Oro qui jouent sur instruments d’époque avec une ravissante habileté à distiller des sonorités brillantes et raffinées sur un tempo qui engage à l’allégresse, malgré les noirceurs et tristesses de ce drame sentimental. 

Les musiciens d'Il Pomo d’Oro

Les musiciens d'Il Pomo d’Oro

Profiter de cette clarté musicale permet d’apprécier la délicatesse et la volupté de chaque instrument, tel le magnifique lamento sombre et mélancolique du basson (Katrin Lazar), et de créer une impression de sérénité qui saisit l’audience d’autant plus que la distribution réunie fait honneur à la nature belcantiste du chant haendélien.

Le chef d'orchestre veille ainsi à assurer la cohésion entre solistes et instrumentistes tout en insufflant tension, théâtralité et nuances dans un esprit de symbiose très réussi.

Luciana Mancini (Polinesso) et Sarah Gilford (Dalinda)

Luciana Mancini (Polinesso) et Sarah Gilford (Dalinda)

C’est dans une version pour contre-ténor que le second opéra d’Haendel inspiré par l’’Orlando Furioso’ de l’Arioste – le premier était ‘Orlando’ en 1733 – est chanté, et Franco Fagioli est éblouissant de virtuosité dans les airs purement dédiés à des exercices de grande agilité dont il préserve avec talent la suavité vocale qui naturellement se magnifie dans l’air central ‘Scherza infida’.

Se perd toutefois le charme trouble qui se manifeste lorsque ce rôle est confié à une mezzo-soprano, effet que l’on pourra cependant retrouver dans la prochaine production du Palais Garnier prévue au printemps prochain.

Melissa Petit, qui incarne la fille du Roi d’Écosse, se révèle être une partenaire parfaite de par sa dignité classique un peu austère dont le chant aux teintes ambrées prend aussi des accents d’urgence dramatique qui en font un grand personnage de tragédie. 

Nicholas Phan (Lurcanio)

Nicholas Phan (Lurcanio)

Sarah Gilford, elle, offre un portrait de Dalinda riant, lumineux et juvénile qui a énormément de fraîcheur, pouvant compter sur la pureté de sa voix aux lignes courbes et légères, comme une fleur s'épanouissant, ce qui crée un contraste saisissant avec le Polinesso intrigant et manipulateur que Luciana Mancini fait vivre avec un esprit acéré et charismatique, tout en affichant une aisance à traverser des airs véloces sans que cela ne dénature la texture brune, condensée et très homogène de son timbre de voix. 

Nicholas Phan, Alex Rosen, George Petrou et Franco Fagioli

Nicholas Phan, Alex Rosen, George Petrou et Franco Fagioli

Déjà présent en mai 2011 dans le rôle de Lurcanio, le frère d’Ariodante, Nicholas Phan est un très élégant interprète qui exprime les sentiments avec une subtile profondeur. C’est un ténor qui mêle clarté, maturité des couleurs et très grande souplesse qui lui permettent d’exprimer des élans passionnés très assurés dans les aigus, alliés à une langueur sensiblement mozartienne.

Enfin, Alex Rosen brosse un portrait du Le Roi d’Ecosse posé et réservé avec une belle tessiture qui dépeint gravité, noblesse et jeunesse, ce qui parachève avantageusement ce grand tableau de valeur, défendu par des artistes qui sont une découverte pour beaucoup de spectateurs comblés en ce lundi soir.

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Publié le 15 Octobre 2022

Giselle (Akram Khan – 2016)
Représentation du 12 octobre 2022
Théâtre des Champs-Elysées

Giselle Tamara Rojo
Albrecht Isaac Hernández
Hilarion Ken Saruhashi
Myrtha Stina Quagebeur

Chorégraphie Akram Khan (2016)
Conception sonore Vincenzo Lamagna

English National Ballet

d’après la trame originale d’Adolphe Adam

La venue de l’English National Ballet au Théâtre des Champs-Elysées est une occasion de découvrir comment une référence du ballet romantique de la première moitié du XIXe siècle peut être adaptée pour séduire un public d’aujourd’hui.

Tamara Rojo (Giselle)

Tamara Rojo (Giselle)

‘Giselle’ d’Adolphe Adam a été créé à la salle Le Peletier de l’Académie Royale de Musique le 28 juin 1841 sur une chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot qui est toujours au répertoire de l’Opéra national de Paris. Il s’agit toutefois d’une version qui fut adaptée par Patrice Bart et Eugène Polyakov au moment où ce ballet mythique fit son retour sur la scène du Palais Garnier, le 25 avril 1991, et elle enregistre dorénavant 170 représentations sur les 30 dernières années.

La version de ‘Giselle’ qu’a imaginé Akram Khan pour l’English National Ballet a été créée au Palace Theatre de Manchester le 27 septembre 2016. La musique a été composée par un musicien italien installé à Londres, Vincenzo Lamagna, musique électronique répétitive qui s’avère souvent dure et monumentale, comme pour évoquer la lourde machinerie du monde industriel moderne.

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

On se retrouve ainsi saisi par un univers sonore qui rappelle celui de grands films épiques ou d’anticipation (‘Blade Runner’, ‘Dune’), mais des motifs de la musique d’Adolphe Adam s’insèrent également avec un traitement acoustique et spatial grandiose qui leur donne une dimension futuriste obsédante. 

Le mystère et la méditation sont loin d’être absents, surtout en seconde partie, et c’est un plaisir béat que de se laisser porter par les rythmes et la gestuelle orientalisantes du Kathak, danse indienne dont Akram Khan est un interprète reconnu, qui s’immiscent dans la chorégraphie pour mettre en valeur la vitalité et les magnifiques mouvements d’ensembles ornementaux et plein d’allant du corps de ballet.

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

Le décor se limite à un immense mur pivotant autour d’un axe central situé en hauteur et parallèle à la longueur de la scène, sur lequel sont imprimées les traces des mains des danseurs. L’ambiance est sombre, et l’on ressent que ces femmes et hommes avec lesquels Giselle vit sont enfermés dans un monde oppressant qui restreint leur liberté.

Ken Saruhashi (Hilarion) et les danseurs de l'English National Ballet

Ken Saruhashi (Hilarion) et les danseurs de l'English National Ballet

Tamara Rojo dessine une Giselle aux émotions parfaitement contrôlées, souple et naturelle dans ses poses arquées, forte et déterminée sur pointes au royaume des Willis. En Albrecht, le riche noble, Isaac Hernández est un partenaire bienveillant mais aussi assez lisse, moins marquant que le redoutable Ken Saruhashi qui brosse un portrait remarquablement anguleux, fort et sincère d’Hilarion par son amour sombre pour la jeune fille, avec une célérité et une précision de mouvement splendides.

Tamara Rojo (Giselle) et Ken Saruhashi (Hilarion)

Tamara Rojo (Giselle) et Ken Saruhashi (Hilarion)

Stina Quagebeur, très sollicitée sur ses pointes omniprésentes qui traduisent bien la nature acérée du tempérament de Myrtha, offre une vision insaisissable de cette créature vengeresse, sous des lumières bleutées, comme dans le ballet classique. Toutefois, dans cette seconde partie, la musique n’exprime pas la même délicatesse à fleur de peau que celle d’Adolphe Adam, et les affectations se ressentent moins. La chorégraphie, très épurée, esthétise surtout une danse de la mort entre Albrecht et Giselle pour sublimer l’harmonie qui lie les deux êtres.

Tamara Rojo (Giselle) et les Willis

Tamara Rojo (Giselle) et les Willis

Et si la modernité de la musique associée à un univers fantastique est un facteur immersif important capable d’emporter l’adhésion d’une large audience, et que la chorégraphie use de langages très divers pour exprimer les sentiments des personnages, on retrouve dans ce spectacle un défaut qui parcoure beaucoup d’œuvres cinématographiques aujourd’hui en ce qu’il ne représente pas de personnalités suffisamment fortes qui dépassent la propre trame dramatique de l'ouvrage.

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

Tamara Rojo (Giselle) et Isaac Hernández (Albrecht)

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Publié le 6 Octobre 2022

Eden (de Marini et Valentini à Copland et Portman)
Récital du 05 octobre 2022
Théâtre des Champs-Elysées

Charles Ives The Unanswered Question (1908 – version révisée 1930-1935)
Rachel Portman The First Morning of the World (2021 - Première Française)
Gustav Mahler ‘Ich atmet’ einen linden Duft’ (Rückert-Lieder - 1901)
Biagio Marini ‘Con le stelle in ciel che mai’ (Scherzi e canzonette - 1623)
Josef Myslivecek ‘Toglierò le sponde al mare’ (Adamo ed Eva - 1771)
Aaron Copland ‘Nature, the Gentlest Mother’ (Eight Poems of Emily Dickinson - 1970)
Giovanni Valentini Sonata enharmonica (1619)
Francesco Cavalli ‘Piante ombrose’ ( La Calisto - 1651)
Christoph Willibald Gluck 'Danza degli spettri e delle furie: Allegro non troppo’ (Orfeo ed Euridice - 1764)
Christoph Willibald Gluck ‘Misera, dove son… Ah! non son io che parlo’ (Ezio - 1750)
Georg Friedrich Haendel ‘As with rosy steps the morn’ (Theodora - 1750)
Gustav Mahler 'Ich bin der Welt abhanden gekommen’ (Rückert-Lieder - 1901)

Mise en espace Marie Lambert-Le Bihan
Lumières John Torres

Mezzo-Soprano Joyce DiDonato
Direction et violon Zefira Valova
Ensemble Il Pomo d’Oro
Chœur d’enfants Sotto Voce

C’est au lendemain du concert donné à l’Hôtel de Ville de Paris, le 06 janvier 2003, que Joyce DiDonato fit ses débuts au Théâtre des Champs-Elysées en reprenant le même programme dédié à Henri Dutilleux, Hector Berlioz et Georges Bizet, sous la direction de John Nelson.

Joyce DiDonato - Eden

Joyce DiDonato - Eden

Deux décennies plus tard, et après nombre de récitals et d’opéras en version de concert (Ariodante, Alcina, Agrippina, Theodora, Maria Stuada, Werther) joués sur cette scène, Joyce DiDonato est de retour avenue Montaigne pour interpréter devant le public parisien un spectacle créé sur la base de son dernier album ‘Eden’ (Erato) sorti le 25 février 2022 au lendemain du déclenchement de l’agression russe en Ukraine.

La conception musicale de ce programme mêle des airs italiens, baroques et classiques, au panthéisme mahlérien et à la composition américaine du XXe siècle, et intègre même une création contemporaine.

Mais loin d’être liés chronologiquement, ces différents morceaux sont agencés de manière à dépeindre une évolution spirituelle qui suit une dramaturgie, si l’on peut parler ainsi, bien précise.

Joyce DiDonato - Eden

Joyce DiDonato - Eden

‘The Unanswered Question’ de Charles Ives est un hymne à la contemplation et au mystère de la vie que prolonge, dans le même esprit, ‘The First Morning of the World’ composé en 2021 pour Joyce DiDonato par Rachel Portman, sur un texte de Gene Scheer.

Avant que ne commence cette première séquence, on pouvait entrevoir la cantatrice américaine monter les marches intérieures du Théâtre pour débuter un long appel depuis les hauteurs des balcons, puis revenir à l’orchestre reprendre cet ode au temps, et enfin, rejoindre la scène.

Joyce DiDonato - Eden

Joyce DiDonato - Eden

L’évocation des parfums dans ‘Ich atmet’ einen linden Duft’, extrait des Rückert-Lieder, vient apporter une évocation de l’être aimé qui s’immisce doucereusement dans le charme hypnotique de cet état de grâce.

Puis, afin d'imprégner le spectateur de cet état évanescent, une fine brume baigne la salle en la tamisant de multiples jeux de lumières aux teintes or ou fuchsia dirigés dans tout l’espace, procédé qui fera merveille à plusieurs reprises au cours de la soirée, comme si Joyce DiDonato utilisait le magnifique cadre des fresques de Maurice Denis pour se créer un espace intérieur profondément inspirant.

Et si ‘Con le stelle in Ciel che mai’ de Biagio Marini commence à laisser entrevoir que le Soleil peut soigner les horreurs et les souffrance sur la Terre, alors que la scénographie s'enflamme d'un feu rougissant, ‘Nature, the gentlest mother’ d’Aaron Copland verse à nouveau dans l’ode à la nature.

Joyce DiDonato - Eden

Joyce DiDonato - Eden

Cependant, ‘Toglierò le sponde al mare’ de Josef Myslivecek évoque dorénavant un Dieu destructeur. Les pensées et les expressions du visage de Joyce DiDonato deviennent plus sombres, et nous sommes entraînés dans les ravages de la guerre et de la mort.

‘Piante ombrose’ de Cavalli fait ainsi apparaitre des paysages de destruction, la célèbre danse des spectres et des furies d’’Orphée et Eurydice’ de Gluck nous accompagne dans la folie à l’approche des enfers – l’allant et la vivacité d’ 'Il Pomo d’Oro’ sont absolument splendides -, et les lamentations après un tel désastre s’élèvent avec le ‘Misera, dove son! Ah! Non son io che parlo’ extrait d’’Ezio’.

Joyce DiDonato - Eden

Joyce DiDonato - Eden

Puis vient le moment du retour à l’espoir avec ‘As with rosy stepts the morn’ issu de ‘Theodora’ de Haendel, et un avenir possible se profile à travers 'Ich bin der Welt abhanden gekommen’, à nouveau repris des Rückert Lieder, qui invite à un détachement vis-à-vis du monde afin de trouver refuge en un nouveau Paradis.

Cette narration n’est pas sans rappeler l’esprit new-âge de notre époque récente, mais elle est cette fois développée sur la base d’un matériau musical qui couvre quatre siècles de création lyrique.

Joyce DiDonato et Zefira Valova

Joyce DiDonato et Zefira Valova

La voix de Joyce DiDonato, caractérisée par une vibration bien connue qui s’assouplit pour former de magnifiques effets diaphanes – quelle merveille que se ‘Ombra mai fu’ qu’elle chantera en bis -, et qui se charge en couleurs boisées somptueuses au corps puissant, est idéale pour restituer ce mélange de craintes, de flammes, d’amour profond et d’aspiration à la paix.

La scénographie, qui joue avec les symboles circulaires de l’harmonie et de la Terre, a également juste ce qu’il faut d’épure pour illustrer tous ces airs.

Nous restons tout autant admiratif pour l’ensemble orchestral dont Zefira Valova, au violon, arrive à coordonner tous les musiciens disposés de manière circulaire autour de la si attachante mezzo-soprano.

De par ses timbres chaleureux, ‘Il Pomo d’Oro’ arrive ainsi à lier en une même unité des compositeurs très différents, et à mixer mystère et ambiance intime avec talent.

Joyce DiDonato et les artistes du chœur Sotto Voce

Joyce DiDonato et les artistes du chœur Sotto Voce

Et pour finir, comme elle le fait à chaque étape de sa tournée internationale, Joyce DiDonato invite un chœur d’enfant résidant dans la ville où elle se produit à la rejoindre – Paris est la dix-neuvième étape du récital ‘Eden’ -.

Il s’agit ce soir du chœur 'Sotto Voce', en résidence au Théâtre du Châtelet, qui, de tout son enthousiasme, vient chanter ‘Seeds of Hope’, puis un air surprise, dans le même esprit d’optimisme qui fait la force d’une des grandes artistes lyriques de notre temps.

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Publié le 2 Octobre 2022

L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du Printemps (Igor Stravinsky)
Concert du 30 septembre 2022
Théâtre des Champs-Elysées

L’Oiseau de feu (25 juin 1910, Opéra de Paris – Palais Garnier)
Petrouchka (13 juin 1911 – Théâtre du Châtelet)
Le Sacre du Printemps (29 mai 1913 – Théâtre des Champs-Elysées)

Direction musicale François-Xavier Roth
Les Siècles

En cette rentrée de saison 2022/2023, François-Xavier Roth est fortement présent dans l'actualité avec, d’abord, de splendides représentations des ‘Troyens’ d'Hector Berlioz données à l’Opéra de Cologne, puis la publication de la 'Quatrième symphonie' de Gustav Mahler, sa nomination à la tête de l' Orchestre symphonique de la SWR de Stuttgart en 2025, bientôt la direction de la nouvelle production de ‘Lohengrin’ de Richard Wagner au Bayerische Staatsoper, et, ce soir, l’interprétation des trois ballets d’Igor Stravinsky créés à Paris entre 1910 et 1913 qui marque son début de résidence au Théâtre des Champs-Elysées accompagné par son orchestre Les Siècles qui célèbrera ses 20 ans le 10 janvier prochain en jouant des œuvres françaises du XXe siècle.

François-Xavier Roth

François-Xavier Roth

Bien sûr, le fait d’enchainer ces trois chefs-d’œuvre pour conclure avec celui qui fut créé en ce lieu même, il y a près de 110 ans, est une manière de recréer un lien avec l’histoire musicale parisienne, et de mesurer l’évolution des mentalités sur tout ce temps où l’on est passé du scandale à l’enchantement obsédant.

Et ce qui frappe dans l’interprétation donnée par Les Siècles et leur directeur musical est comment leur lecture acérée entraîne l’auditeur dans une histoire où émergent une variété de plans sonores imbriqués les uns avec les autres, la finesse de crêpe des textures des cordes, la chaleur colorée et la rondeur lumineuse des bois, la profondeur de la structure musicale qui lui donne une énergie fortement tournée vers l’expression d’un théâtre intense et intime, et de superbes superpositions de rythmes qui deviennent parfaitement lisibles.

D’ailleurs, la direction de François-Xavier Roth traduit bien cette exigence de précision tenue d’un geste rigoureux comme s’il s’agissait de ne perdre aucun détail des éléments de vie de ces partitions.

L'orchestre Les Siècles

L'orchestre Les Siècles

D’où cette impression de s’être trouvé toute la soirée au cœur du processus de création des images sonores de ces trois musiques de ballet avec une présence captive qui se ressentait fortement dans l’audience. Une expérience qui n'est pas sans laisser un certain sentiment de mystère.

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Publié le 24 Avril 2022

L’Or du Rhin (Richard Wagner – 1869)
Version de concert du 23 avril 2022
Théâtre des Champs-Elysées

Wotan Michael Volle
Loge Gerhard Siegel
Alberich Samuel Youn
Mime Thomas Ebenstein
Erda Wiebke Lehmkuhl
Fasolt Stephen Milling
Fafner Mikhail Petrenko
Fricka Jamie Barton
Froh Issachah Savage
Donner Thomas Lehman
Freia Christiane Karg
Wellgunde Iris van Wijnen
Flosshilde Maria Barakova
Woglinde Erika Baikoff

Direction musicale Yannick Nézet-Séguin
Rotterdams Philharmonisch Orkest
Diffusion sur France Musique le 21 mai 2022

Depuis 12 ans qu’il dirige le Théâtre des Champs-Élysées, Michel Franck représente régulièrement les œuvres de Richard Wagner dont il a déjà programmé deux versions de concert de ‘Parsifal’, une version de concert de ‘Tristan und Isolde’, ‘La Walkyrie’ et ‘Le Vaisseau Fantôme’, et une version scénique de ‘Tristan und Isolde’.

Quant à ’L’Anneau du Nibelung’, il n’avait plus été joué depuis avril 1988 lorsque deux cycles intégraux furent interprétés dans la mise en scène de Daniel Mesguisch conçue pour l’Opéra de Nice. ‘L’Or du Rhin’ fait donc son grand retour avenue Montaigne après 34 ans d’absence.

Michael Volle et Yannick Nézet-Séguin

Michael Volle et Yannick Nézet-Séguin

Et l’on croise les doigts pour que le prologue magnifiquement dépeint ne soit que le début d’un cycle intégral tant l’extraordinaire théâtralité de la direction orchestrale et de l’ensemble de la distribution a contribué à déployer un drame sans relâche et totalement prenant tout le long de la soirée, alors que la première de cette série venait juste d’avoir lieu la veille à Rotterdam. Tous se retrouveront ensuite à Dortmund et à Baden Baden, respectivement les 28 et 30 avril, pour deux autres représentations.

Iris van Wijnen (Wellgunde) et Maria Barakova (Flosshilde)

Iris van Wijnen (Wellgunde) et Maria Barakova (Flosshilde)

Dans l’alcôve qui sert d’écrin au Rotterdams Philharmonisch Orkest, l’introduction, loin d’être comme une lointaine évocation d’un fleuve à l’origine du monde, saisit pas sa présence et la tension vive et colorée des bois sombres qui l’animent, et la concentration dans la salle dès ce prélude est encore plus palpable.

Samuel Youn (Alberich)

Samuel Youn (Alberich)

Les ondines du Rhin, Iris van Wijnen, Maria Barakova et Erika Baikoff, ont toutes trois une aisance scénique servie par des timbres de voix bien marqués, la première mettant en avant des effets coloratures audacieux alors que la seconde fait vivre des opulences graves comme pour charmer et que la troisième représente le mieux la raison.

Michael Volle (Wotan)

Michael Volle (Wotan)

L’arrivée de Samuel Youn est absolument fantastique car il va personnifier Alberich, le nain qui s’emparera de l’or gardé par les nymphes, avec une expressivité délirante, des expressions du visage qui traduisent acuité et intentions maléfiques perçantes, et une agressivité corporelle inattendue chez ce chanteur qui incarnait le Hollandais volant à Bayreuth jusqu’en 2015 de façon bien plus réservée. 

Jamie Barton (Fricka) et Christiane Karg (Freia)

Jamie Barton (Fricka) et Christiane Karg (Freia)

Le timbre gris-argent est fait d’un métal à la fois souple et endurci qui lui donne une pénétrance infaillible et rend son personnage passionnant d’admiration. Et son insertion avec la vitalité de la musique – magnifiques clins d’œil à de furtifs motifs orchestraux – démontre aussi en quoi Wagner raconte de manière incomparable un puissant drame théâtral que Yannick Nézet-Séguin intériorise de manière déchaînée.

Stephen Milling (Fasolt) et Mikhail Petrenko (Fafner)

Stephen Milling (Fasolt) et Mikhail Petrenko (Fafner)

Splendide, lui aussi, et souverain d’allure puisque Wotan règne à la fois sur les dieux, les géants, les hommes et les nains, Michael Volle est loin d’être un puissant sur le déclin tant sa déclamation est assurée sans le moindre ébranlement, qu’il porte en lui une autorité naturelle magnifiée par une noblesse de timbre feutrée éloquente, et qu’il inspire autant la ruse que le bouillonnement éruptif prêt à paralyser son auditoire.

Thomas Lehman (Donner) et Issachah Savage (Froh)

Thomas Lehman (Donner) et Issachah Savage (Froh)

Son jeu de connivence avec le Loge de Gerhard Siegel est d’une très haute tenue, le ténor allemand ayant toujours de cet éclat imparable qui assoit la consistance manipulatrice de son personnage, avec toutefois un peu plus d’ombres dans le timbre de voix qui accroît l’impression de maturité et met en retrait la nature démoniaque du dieu du feu.

Gerhard Siegel (Loge) et Michael Volle (Wotan)

Gerhard Siegel (Loge) et Michael Volle (Wotan)

Et quelle correspondance stupéfiante entre la carrure massive de Stephen Milling et Mikhail Petrenko, d’une part, et les géants Fasolt et Fafner, d’autre part, venus demander leur rétribution pour la construction du Walhalla, la résidence des dieux, qu’ils évoquent avec une distinction d’expression qui correspond très bien à leurs caractères. 

Samuel Youn (Alberich) et Thomas Ebenstein (Mime)

Samuel Youn (Alberich) et Thomas Ebenstein (Mime)

Stephen Milling a ainsi des inflexions de voix et un rendu noble et sensible qui font beaucoup penser au Roi Marke de ‘Tristan und Isolde’, et cette sensibilité reflète avec justesse les sentiments pour Freia, dirigée de manière percutante par Christiane Karg, alors que Mikhail Petrenko est plus froid et acerbe ce qui le prédispose à être celui qui tuera son frère pour s’emparer de la totalité du trésor remis aux géants par Wotan.

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest

Avec sa voix qui draine des agrégats de textures mélangeant graves profonds, multiples vibrations aux reflets hétéroclites et des aigus fauves, Jamie Barton est loin de simplement jouer une Fricka se sentant abandonnée par Wotan attaché à son désir d’éternelle jeunesse, mais évoque déjà la stature plus dominatrice de la déesse que nous retrouverons plus tard dans ‘La Walkyrie’. 

Wiebke Lehmkuhl (Erda)

Wiebke Lehmkuhl (Erda)

La sensualité sauvage est donc portée par Wiebke Lehmkuhl dont la beauté opulante du chant dépasse la simple expression de la sagesse d’Erda, mère des trois Nornes fileuses du destin, pour en faire une femme d’une somptueuse séduction ensorceleuse. 

Maria Barakova (Flosshilde), Iris van Wijnen (Wellgunde) et Erika Baikoff (Woglinde)

Maria Barakova (Flosshilde), Iris van Wijnen (Wellgunde) et Erika Baikoff (Woglinde)

Et même les traits de caractère de Mime, dont la déclamation assombrie de Thomas Ebenstein traduit bien le tempérament veule, et la posture vaillante et fiable de Issachah Savage et Thomas Lehman en Froh et Donner, participent à la crédibilité de cette histoire de famille dont l’avenir du monde dépend.

Michael Volle et Yannick Nézet-Séguin

Michael Volle et Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest sont ainsi éblouissants dans le rendu de cette version extraordinairement dramatique de ‘L’Or du Rhin’ qui dispense un son superbement chaleureux aux colorations d’or rougeoyant, vivifiée par un courant finement nuancé et une rondeur merveilleusement poétique dans les solo de vents. Les chatoiements des coups d'enclumes au moment de la plongée vers le Nibelung ont aussi un effet enchanteur par l'émerveillement qu'ils procurent.

Les changements d’ampleur sont menés sans ambages mais sans brusquerie non plus, avec un soin à ne pas saturer le son et faire perdre en richesse de détails, et cette lecture à la fois intime et galvanisante réussit quelque chose de très rare dans une salle de spectacle qui est d’absorber totalement l’attention du public dans un tout avec la musique et les solistes de par la magnificence du récit et sa prégnance interprétative.

Jamie Barton, Gerhard Siegel, Michael Volle, Yannick Nézet-Séguin et Samuel Youn

Jamie Barton, Gerhard Siegel, Michael Volle, Yannick Nézet-Séguin et Samuel Youn

Beaucoup sont sortis du Théâtre des Champs-Élysées probablement abasourdis par cet emport qui les a dépassé.

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