La Traviata à l'Opéra Garnier

Publié le 26 Juin 2007

La Traviata (Verdi)
Représentations du 24 juin
et 12 juillet 2007 à l'Opéra Garnier

 
Mise en scène Christoph Marthaler
Décors et costumes Anna Viebrok
Direction Sylvain Cambreling
 
Violetta Valery Christine Schäfer
Alfredo Germont Jonas Kaufmann
Giorgio Germont José Van Dam 
 
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Sylvain Cambreling dirige l'orchestre de l'Opéra de Paris

Les habitués de l'ONP savent que si Gerard Mortier confie la nouvelle production de Traviata à l'équipe
Marthaler - Viebrok - Cambreling - Schäfer - Van Dam, l'attente d'une interprétation traditionnelle est vaine. 
Alors pourquoi venir pour finalement chercher à heurter consciemment ces artistes ?
Passons donc sur ces huées pour rendre compte du travail artistique.
 
Jamais le premier tableau du second acte ne m'aura paru aussi oppressant et pathétique.
Germont affublé d'un costard qui le fige comme sa mentalité dépassée peut l'être vient convaincre Violetta de quitter son fils.
La scène est relativement déserte et laisse toute liberté à Sylvain Cambreling pour appesantir l'atmosphère non seulement en étirant les tempi de l'orchestre mais également en appuyant les accents sinistres des contre-basses.
Seul petit reproche plus loin, la brutalité brouillonne des ensembles dans les passages destinés à conclure l'action.

José Van Dam s'en tire plutôt bien cet après-midi dans un rôle fantômatique où ses accents un peu trop plaintifs et rugueux ne jurent pourtant pas sur le plan dramatique.
 
Il est bon de rappeler que le Brindisi est une chanson à boire. Alors si Marthaler décide de situer le premier acte au vestiaire d'une salle de spectacle où se retrouve un public tristement soûl, mécanique, il ne choque que par notre accoutumance à la représentation d'uns scène de fête légère et insouciante.
La dérision vis à vis de cette foule vulgaire est perceptible dans la musique : ainsi au deuxième tableau du second acte le chef se permet même de petites déformations ironiques.
A plusieurs reprises dans ce spectacle il nous est effectivement permis d'entendre des sonorités nouvelles.
 
Alors venons en à Christine Schäfer : Piaf et Violetta, le rapprochement est osé et il fonctionne surtout parce que la chanteuse se glisse sans problème dans un personnage aux allures enfantines (voir Chérubin dans Les Noces de Figaro du même Marthaler).
Ses moyens ne lui permettent pas de rivaliser sur le terrain des grandes Traviata dramatiques mais une bonne technique, le souffle rigoureusement contrôlé et la douceur du timbre révèlent son intelligence. 
Je regrette cependant qu'elle ne puisse déployer un cri plus déchirant de douleur au troisième acte, alors que l'absence du contre-mi bémol à la fin du "sempre libera" surprend uniquement par effet d'habitude.
Qu'elle est pourtant attachante lorsque l'inversion de luminosité focalise sur elle un faisceau lumineux l'isolant telle une chanteuse de cabaret exprimant ses mélodies rêveuses!

Traviata-016b.jpgLe 12 juillet, Nataliya Kovalova remplace Christine Schäfer. Après quelques difficultés au premier acte, sa belle voix slave s'assouplie pour nous offrir un portrait bouleversant au Bal chez Flora Bervoix et au IIIième acte. Elle ne cherche cependant pas à se rapprocher d'une interprétation plus fragile et maladive.
 

                                                                                   Nataliya Kovalova

Peu de temps est nécessaire pour réaliser à quel point le spectacle semble adapté à l'ensemble du plateau, car nous découvrons très vite l'Alfredo de Jonas Kaufmann. Jeune, svelte, voix puissante et charmeuse, beau gosse, voici donc l'amoureux parfait de la "Môme", plein de fougue mais aussi d'inconscience.
A dire vrai, les noirceurs de son timbre suggèrent un Don Giovanni adolescent.

La timidé, les regards qui n'osent se croiser et la retenue de chacun crédibilise totalement leur rencontre.
Et par dessus tout, le jeune chanteur se plie sans réserve au rôle, exposant de plus en plus une terrible attache pour ce petit bout de femme.
 
   Jonas Kaufmann
Nul doute que la maladie de Violetta est le thème que chef et metteur en scène veulent omniprésent au point de faire des moments festifs un étalage de la bêtise sociale.

C'est une vision forte et décalée, résultat de l'estime et de la confiance qui lient ces artistes dans la durée.

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