Publié le 31 Juillet 2016

Un Ballo in Maschera (Giuseppe Verdi)
Représentation du 27 juillet 2016
Bayerische Staatsoper
Opernfestspiele - Munich

Riccardo Piotr Beczala
Renato Franco Vassallo
Amelia Anja Harteros
Ulrica Okka von der Damerau
Oscar Sofia Fomina
Silvano Andrea Borghini
Samuel Anatoli Sivko
Tom Scott Conner
Oberster Richter Ulrich Reß
Diener Amelias Joshua Owen Mills

Direction Musicale Daniele Callegari
Mise en scène Johannes Erath (2016)

Bayerisches Staatsorchester et  Chor der Bayerischen Staatsoper                 Sofia Fomina (Oscar)

Composé dans la veine artistique du Grand Opéra - un genre d'opéra historique écrit pour être représenté sur la grande scène de l'Opéra de Paris, et genre auquel Giuseppe Verdi s'attacha pendant 30 ans depuis  'Les Vêpres siciliennes' jusqu'à la réécriture de 'Don Carlos' pour la Scala de Milan - , 'Le Bal Masqué' est une réduction du livret qu'Eugène Scribe écrivit pour l'opéra 'Gustave III' de Daniel Auber.

Renommé 'La Vendetta in domino', puis 'Un Ballo in Maschera', le livret de l'opéra subit un important travail de révision afin qu'il ne suggère plus l'assassinat d'un monarque.

La trame de l'histoire se déroule donc à Boston et le Roi n'est plus qu'un Comte tout à fait comparable au Duc de Mantoue de 'Rigoletto', Duc qui est lui-même inspiré du personnage de François Ier.

Depuis sa création à Rome, en 1859, cet opéra de Verdi créé juste avant les grands évènements d'unification de l'Italie est devenu un de ses ouvrages les plus représentés à travers le monde.

Sofia Fomina (Oscar)

Sofia Fomina (Oscar)

Pour sa première collaboration avec l'Opéra d'Etat de Bavière, le metteur en scène allemand Johannes Erath a cependant choisi d'éliminer toute allusion au contexte du livret et à ses différentes unités de lieu, afin de resserrer l'enjeu psychologique uniquement sur le trio amoureux formé par Amelia, Riccardo et Renato.

Ainsi, il construit sa dramaturgie au coeur d'un décor unique constitué d'une vaste chambre à coucher, dont le lit central est le point focal d'une spirale colorée de motifs en forme de damier noir et blanc.

Par symétrie, le lit apparaît également inversé au plafond où l'ombre d'un personnage annonce à chaque fois un des évènements qui suivra, suggérant ainsi le revers du destin.

L'escalier en colimaçon du fond de scène participe de la même manière à ce sentiment d'inéluctable et à la symétrie de l'ensemble.

Sofia Fomina (Oscar) - au centre - et le choeur

Sofia Fomina (Oscar) - au centre - et le choeur

L'obsession amoureuse aspire ainsi les passions morbides et criminelles, et la sorcière Ulrica, incarnée par la belle sensualité vocale d'Okka von der Damerau, apparait telle une muse - son arrivée en contre-jour est saisissante - qui veille sur Riccardo en attendant sa fin proche.

Des pulsions inattendues sont mises à nue, Amelia semblant vouloir passer à l'acte criminel, et même au suicide, avant qu'elle ne se ressaisisse.

Le spectacle évoque alors une comédie musicale américaine où Piotr Beczala et Anja Harteros seraient les parfaits sosies de Cary Grant et Audrey Hepburn.

Cette impression est renforcée par la direction musicale de Daniele Calligari qui dirige avec la même neutralité affichée dans 'Il Trovatore' à l'Opéra Bastille cette saison.

Piotr Beczala (Riccardo)

Piotr Beczala (Riccardo)

Car, après une ouverture fluide et légère, il donne à la musique une ligne soignée mais peu contrastée et peu théâtrale où, par exemple, les accompagnements de flûtes ne se distinguent que si l'on y prête véritablement attention.

Bien loin de tirer des traits dramatiques et saillants, les cuivres, eux-aussi, semblent bridés pour ne pas donner à l'orchestre une présence trop dominante sur les chanteurs.

Quant aux mouvements des cordes, ils n'expriment jamais la fougue et les tourments que Semyon Bychkov avait exalté avec toute sa passion slave lorsqu'il dirigea le 'Bal Masqué' à l'Opéra de Paris sous la direction de Gerard Mortier.

La musique de Verdi résonne donc plus comme un fond musical qui enveloppe l'histoire sans prendre prise sur l'auditeur, à une seule exception quand, la clameur du choeur, toujours superbe à Munich, s'élèvant, les musiciens se joignent à lui d'un élan spectaculaire et harmonieusement lié aux chanteurs.

Les solistes étant de fait mis au premier plan, leur interprétation vocale réserve avec bonheur d'ennivrants effets de styles et de grands moments d'intensité.

Okka von der Damerau (Ulrica)

Okka von der Damerau (Ulrica)

Naturellement, Anja Harteros est une Amelia d'une finesse noble et mature qui laisse de côté tout sentimentalisme pour incarner une femme rongée par la noirceur.

Chant extrêmement puissant et dirigé en faisceau déchirant, elle décrit avec la même maîtrise la délicatesse des méandres de son coeur par des variations ornementales souples et délicates au souffle infini, qui dépeignent avec précision et raffinement la richesse d'âme de son personnage.

Franco Vassallo, dans un rôle qu'il connait depuis plus de dix ans, est lui aussi happé par l'enjeu du drame. Il incarne avec une voix à la fois ample et intériorisée un Renato fort et déterminé.

De très beaux et impressionnants moments de présence, et une évolution psychologique qui part d'une forme de légèreté pour aboutir à une tension qui se libère avec une générosité conquérante.

Un de ses personnages verdiens les plus brillants car il conjugue une certaine sévérité et un volontarisme qu'il sait fortement ancrer sur la scène.

Anja Harteros (Amelia)

Anja Harteros (Amelia)

Piotr Beczala, dont on connait surtout les affinités avec le chant français, a toujours un défaut de brillance dans des aigus qui s'atténuent sensiblement sans que la musicalité ne soit atteinte pour autant, alors que son chant révèle une richesse de couleurs dans le médium sur lequel il peut construire un caractère.

Certes, le personnage de Riccardo est très superficiel dans cette mise en scène, mais il pourrait avoir beaucoup de charme s'il était chanté avec la rondeur et la chaleur italienne que l'on ne trouve que trop peu ici.

Beczala joue en tout cas avec une confiance sans faille qui rend le Comte bien sympathique, et laisse ressortir une jeunesse qui conviendrait pourtant mieux à un Roméo tant il chante à coeur ouvert.

Franco Vassallo (Renato) et Anja Harteros (Amelia)

Franco Vassallo (Renato) et Anja Harteros (Amelia)

Oscar piquant, Sofia Fomina prend beaucoup de plaisir à lui donner un visage pervers et provocateur, d'autant plus que Johannes Erath lui donne une ambiguïté qui la valorise et dévoile, au final, son caractère féminin et ses attentes masquées.

Un avantage qui la démarque d'Ulrica dont la nature maléfique tombe, ce qui permet à Okka von der Damerau, avec ses allures de Maria Guleghina vengeresse, de mettre en avant les belles couleurs chaudes de son timbre.

Elle a moins d'ampleur dans les graves ce qui ne la rend cependant pas aussi inquiétante que le livret ne le laisse penser.

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Publié le 18 Juillet 2016

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy)
Représentation du 16 juillet 2016
Grand Théâtre de Provence
Festival d'Aix-en-Provence

Pelléas Stéphane Degout
Mélisande Barbara Hannigan
Golaud Laurent Naouri
Arkel Franz-Josef Selig
Geneviève Sylvie Brunet-Grupposo
Yniold Chloé Briot
Le Médecin Thomas Dear

Direction Musicale Esa-Pekka Salonen
Mise en scène Katie Mitchell                 Barbara Hannigan (Mélisande) et Laurent Naouri (Golaud)
Cape Town Opera Chorus                      
© Patrick Berger/ArtComArt
Philharmonia Orchestra

En coproduction avec Teater Wielki - Opera Narodowa / Polish National Opera, Beijing Music Festival

Au lendemain d'une puissante interprétation d''Oedipe Rex' et de la 'Symphonie de Psaumes', le Grand Théâtre accueille à nouveau dans sa fosse Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra.

Leur lecture de 'Pelléas et Mélisande' est, comme on peut s'y attendre, d'une très grande intensité. Une coulée vivante et mystérieuse prend forme, envahit l'espace sonore en donnant de l'ampleur aux nappes des cordes et des vents sombres, des accents de cuivres menaçants suggèrent un environnement hostile, ou, du moins, énigmatique, et la musique s'irise de frémissements straussiens qui nous rapprochent de l'univers majestueux de 'La Femme sans ombre'.

Cette pâte noble, noire et épurée, que les violons peuvent soudainement illuminer, développe les dimensions symphoniques de l'oeuvre à un tel point que la version raffinée de 'Tristan et Isolde', que nous avait fait entendre Daniele Gatti au Théâtre des Champs-Elysées récemment, ferait passer Richard Wagner pour un grand compositeur classique aux intentions mesurées.

Le Poème de Maeterlinck et de Debussy est ainsi somptueusement immergé dans un flot suave et ténébreux sous lequel couve une tension qui, à tout moment, se détend d'imparables coups de théâtre. La scène de délire de Golaud tentant de savoir, en manipulant le petit Yniold, ce qui se passe entre Pelléas et Mélisande est, musicalement, particulièrement saisissante.

Barbara Hannigan (Mélisande) et Laurent Naouri (Golaud)  © Patrick Berger/ArtComArt

Barbara Hannigan (Mélisande) et Laurent Naouri (Golaud) © Patrick Berger/ArtComArt

Et l'ensemble de la distribution est exceptionnel. Barbara Hannigan, actrice incontestablement fantastique, incarne une inhabituelle Mélisande. Séductrice, d'une diction claire et incisive, et un peu sauvage, elle exprime moins de mélancolie que de sophistication, chant et expressions du corps ne faisant qu'un. Elle capte ainsi une irrésistible fascination physique, d'autant plus qu'elle se plie volontiers aux provocations très féminines que lui impose Katie Mitchell, aux limites du fantasme.

Elle éblouie, certes, mais le champ ne lui est pas laissé pour émouvoir durablement.

Stéphane Degout, pour sa dernière interprétation de Pelléas, l'imprègne d'une poétique virile bien personnelle. Timbre dense, doux et lunaire, mais d'une réelle noirceur, sa force expressive le place sur le même plan que Barbara Hannigan, avec laquelle il partage une sensualité physique pour former ce couple si proche du scandale.

Futur Golaud est-il en devenir ? En toute évidence, rarement Pelléas n'aura autant semblé le frère jumeau de celui-ci qu'à travers ce spectacle.
La ressemblance physique entre Stéphane Degout et Laurent Naouri est accentuée, mais leurs particularités de timbre aussi.

Ce dernier est clairement le Golaud le plus idiomatique de sa génération.
Noirceur et netteté d’élocution, splendides ports de voix subtilement fins, une caractérisation bien ancrée sur la scène où les zones d’ombre ne sont pas sans susciter la sympathie, il affiche une stabilité de tempérament qui ne bascule que dans le dernier acte.

Barbara Hannigan (Mélisande) et Laurent Naouri (Golaud)  © Patrick Berger/ArtComArt

Barbara Hannigan (Mélisande) et Laurent Naouri (Golaud) © Patrick Berger/ArtComArt

Les partenaires de ces trois chanteurs charismatiques peignent eux-aussi des portraits forts sur la scène du Grand Théâtre. Franz-Josef Selig est naturellement un Arkel pathétique, mais, surtout, Sylvie Brunet-Grupposo confirme à nouveau à quel point la beauté de sa diction mêlée d’une profonde tristesse humanise le personnage de Geneviève,

Et Chloé Briot et Thomas Dear dessinent leurs deux brefs rôles dans la même ligne présente et théâtrale.

Au théâtre (comme dans 'Christine' ou 'Mademoiselle Julie'), Katie Mitchell utilise des techniques cinématographiques pour, sur scène, montrer la pièce qui se joue en faisant apparaître tous les trucages et techniciens qui filment les scènes selon différents points de vue, et en reconstituer, en temps réel, le résultat vidéo sur un grand écran qui surplombe la scène.

On retrouve ce goût de la perfection technique dans la mise en scène foisonnante de 'Pelléas et Mélisande', mais on remarque aussi que le prétexte du rêve lui permet d'insérer des scènes sans grande signification juste pour permettre l'enchaînement avec les scènes suivantes.

Ce rêve permet également de privilégier l'esthétique au détriment de la dramaturgie. Quand, par exemple, Golaud surprend Pelléas et Mélisande dans la piscine - scène charnelle d'une très grande force, comme il y en a à plusieurs reprises ici - sans qu'il n'y ait aucune d'ambigüité sur leur relation, on comprend difficilement comment Golaud peut, par la suite, harceler de questions Mélisande, pour savoir ce qu'il s’est réellement passé.

Barbara Hannigan (Mélisande) et Stéphane Degout (Pelléas)  © Patrick Berger/ArtComArt

Barbara Hannigan (Mélisande) et Stéphane Degout (Pelléas) © Patrick Berger/ArtComArt

L’univers qu’elle recrée dans cette vaste demeure où s’enchaînent scènes de salon, vestibule, chambre, escalier de service et piscine d’intérieur, est articulé avec une fluidité magnifiquement réglée sur le cours de la musique, dans un décor aux tonalités verdâtres qui évoquent la verdeur des tableaux de John Constable.

Elle exploite ainsi entièrement la souplesse théâtrale de Barbara Hannigan pour jouer sur des effets de ralenti à laquelle se joint le double muet de Mélisande interprété par une comédienne qui lui ressemble.

L’érotique sous-jacente inspire ainsi fortement Katie Mitchell, qui a bien raison de profiter de deux chanteurs, Barbara Hannigan et Stéphane Degout, qui aiment valoriser leur corps autant que leur voix dans tous les rôles profondément vivants qu’ils portent sur les scènes lyriques du monde.

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Publié le 16 Juillet 2016

Oedipe Rex / Symphonie de Psaumes (Igor Stravinsky)
Représentation du 15 juillet 2016
Grand Théâtre de Provence
Festival d'Aix-en-Provence

Oedipe Rex (1927)
Oedipe Joseph Kaiser
Jocaste Violeta Urmana
Créon / Tirésias / le Messager Sir Willard White
Le Berger Joshua Stewart
Antigone Pauline Chevillier
Ismène Laurel Jenkins
Choeur Orphei Drängar

Symphonie de Psaumes (1930)
Oedipe Joseph Kaiser
Choeurs Orphei Drängar, Gustaf Sjökvist Chamber Choir, Sofia Vokalensemble                                           Joseph Kaiser (Oedipe)

Direction Musicale Esa-Pekka Salonen
Mise en scène Peter Sellars (2010)
Philharmonia Orchestra

Composées à Nice quand Igor Stravinsky avait rejoint la Côte d'Azur dont le climat convenait mieux à la santé de sa femme, ces deux oeuvres vocales, un oratorio et une oeuvre religieuse, ont une étrange résonance ce soir après la minute de silence sollicitée par l'orchestre et Bernard Foccroulle, le directeur du festival.

'Oedipe Rex' est une oeuvre puissante, portée par une musique froidement magistrale, faite pour marquer les exprits. Esa-Pekka Salonen et le Philharmonia Orchestra en restituent toute la beauté glacée avec un sens de l'inéluctable sidérant.

Mais certaines sonorités ont aussi un charme plus ancien, telles celles des flûtes qui ramènent la musique à des évocations plus intimistes.

La communion de l'orchestre, car il s'agit bien de cela, avec le choeur d'hommes suédois 'Orphei Drängar' est une des plus belles invocations humaines jamais entendue à ce jour.

Esa-Pekka Salonen et Violeta Urmana

Esa-Pekka Salonen et Violeta Urmana

Une quarantaine de ténors, un peu moins de barytons et basses, la clarté - l'espérance - et les murmures plus sombres - les inquiétudes - forment un ensemble tendre et volontaire qui transcende l'idée même d'un peuple uni.

Les chanteurs sont habillés de toutes les nuances de bleu possibles, pieds et, parfois, chevilles nus, et sa gestuelle exprime superbement tous les états d'âmes changeants de ces hommes devant l'inconnu de leur destinée.
Cette beauté si poétique et suppliante est à elle seule le coeur palpitant de l'oeuvre.

Joseph Kaiser, en Oedipe, chante avec une simplicité qui ne met pas aussi bien en valeur le charme des inflexions que l'on aime chez lui dans les rôles de Lenski ('Eugène Onéguine') ou de Flamand ('Capriccio'), et c'est surtout Violeta Urmana qui impose une présence mémorable, bien que courte, en Jocaste.

Son timbre est toujours plus gorgé de noirceur et de gravité, ses aigus ont gagné en souplesse, plus ample en est l'émanation de sa noblesse.

Violeta Urmana (Jocaste) et Sir Willard White (Créon)

Violeta Urmana (Jocaste) et Sir Willard White (Créon)

Et Willard White, la sagesse blessée inquiétante et humaine, apparaît plus que jamais comme la valeur sûre qui fixe une autorité intemporelle indiscutable.

Enfin, Pauline Chevillier joue un rôle parfait de récitante, naturelle et éloquente, sans solennité trop sérieuse qui pourrait nous tenir à distance.

Dans la seconde partie, 'La symphonie de Psaumes', oeuvre écrite après le ralliement de Stravinsky à l'église orthodoxe russe, deux choeurs féminins, le Gustaf Sjökvist Chamber Choir et le Sofia Vokalensemble, se joignent au choeur d'hommes.

Les voix deviennent alors la métaphore de tout un peuple, la qualité des timbres et l'osmose dans laquelle ils s'épanouissent sont à nouveau sublimes d'unité, et ce voyage profond se déroule sur scène dans une tonalité vert clair apaisante.

Les choeurs Orphei Drängar, Gustaf Sjökvist Chamber Choir et Sofia Vokalensemble

Les choeurs Orphei Drängar, Gustaf Sjökvist Chamber Choir et Sofia Vokalensemble

Peter Sellars s'est, en effet, exclusivement concentré sur le travail gestuel des choeurs et le déplacement dans l'espace des chanteurs, ne crée aucun effet scénique autrement significatif que la volonté de construire une continuité entre les deux ouvrages, et ce minimalisme peut être aussi bien critiqué que compris comme la volonté de laisser le champ intégral aux choristes, ce qui bénéficie à l'écoute et l'imprégnation de ces chants si beaux et d'une écriture unique.

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Publié le 15 Juillet 2016

Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (Georg Friedrich Haendel)
Représentation du 14 juillet 2016
Théâtre de l'Archevêché
Festival d'Aix en Provence

Bellezza Sabine Devieilhe
Piacere Franco Fagioli
Disinganno Sara Mingardo
Tempo Michael Spyres

Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Direction musicale Emmanuelle Haïm
Le Concert d'Astrée
Coproduction Opéra de Lille et Opéra de Caen

Krzysztof Warlikowski fait partie de ces metteurs en scène qui s'emparent des oeuvres lyriques pour les faire entrer en résonance avec un monde personnel qui semble avoir gardé une trace émotionnelle profonde de ce qu'une certaine jeunesse vécut dans les années 70.

Franco Fagioli (Piacere) - Pablo Pillaud-Vivien (en arrière plan)

Franco Fagioli (Piacere) - Pablo Pillaud-Vivien (en arrière plan)

Le premier oratorio de Haendel, 'Il Trionfo del Tempo e del Disinganno', composé à l'âge de 22 ans, porte en lui une contradiction flagrante, puisqu'il oppose les plaisirs de la vie à une morale rigoriste - morale qui joue de façon malsaine sur la conscience de la mort et de la peur qu'elle peut engendrer afin de casser les élans vitaux de La Beauté -, alors que sa musique même célèbre un hédonisme sonore, certes mélancolique, mais d'une très grande force impressive.

Sabine Devieilhe (Bellezza) et Michael Spyres (Tempo)

Sabine Devieilhe (Bellezza) et Michael Spyres (Tempo)

De part sa sensibilité, le directeur polonais choisit de transposer le livret dans la vie des adolescents de la génération 1968 qui rêvaient de réinventer un monde éternel basé sur la musique, le cinéma, la drogue et le sexe afin de contrer le système et son autoritarisme.

Sous son regard, Bellezza devient donc le symbole de cette jeunesse maudite qui va échouer dans sa recherche d'éternité sur les récifs de la réalité.

Franco Fagioli (Piacere) - Sabine Devieilhe (Bellezza) - Pablo Pillaud-Vivien

Franco Fagioli (Piacere) - Sabine Devieilhe (Bellezza) - Pablo Pillaud-Vivien

La scène se déroule entièrement dans une salle de cinéma tournée vers le public, au centre de laquelle une étroite cage en plexiglas semi-réfléchissant sert de boîte de nuit confinée.

Un jeune et très beau garçon, Pablo Pillaud-Vivien, - il est le rédacteur en chef de la section 'Veille artistique et citoyenne' du journal Médiapart, ce qui témoigne de son engagement politique - incarne ce rêve de sensualité vitale que chante Il Piacere.

Sabine Devieilhe (Bellezza)

Sabine Devieilhe (Bellezza)

Il danse, charme, expose la perfection de son corps pour le plaisir de toutes et tous, et est entouré de figurantes qui représentent cette Bellezza qui ne saura pas survivre à la confrontation avec le monde réel, c'est-à-dire la conséquence d'un enfermement que le Temps et la Désillusion lui prédisent si elle persévère dans sa fuite vers le plaisir.

Elles apparaissent ainsi comme des zombies collés à leur siège de cinéma, et Warlikowski, à la fin de la première partie, introduit une judicieuse référence cinématographique à travers un extrait de 'Ghost dance' de Ken McMullen.

Il trionfo del tempo e del disinganno (Devieilhe-Fagioli-Mingardo-Spyres-Haïm-Warlikowski) Aix

Cet extrait confronte le philosophe Jacques Derrida - Juif sépharade algérien déchu de sa citoyenneté française par le gouvernement de Vichy -, duquel le metteur en scène polonais se sent inévitablement proche, à l'actrice française Pascale Ogier qui succombera d'une overdose à l'âge de 25 ans.

Sur le thème des fantômes avec lesquels nous vivons et que nous croyons voir chez les autres, la conversation prend une tournure absurde sur notre perception de la réalité et de la vérité, et donne surtout une clé pour comprendre les symboles de la mise en scène. 

Elle permet également de prendre de la hauteur et un peu de légèreté par rapport à la lourdeur des enjeux de la pièce.

Sara Mingardo (Disinganno)

Sara Mingardo (Disinganno)

Sabine Devieilhe, que nous connaissons depuis quelques années sur les scènes françaises, y compris celle de l'Opéra Bastille, prend une nouvelle dimension en abordant un rôle dramatique qui révèle ses facultés d'adaptation à un jeu théâtral viscéral, intériorisé et non conventionnel, tel que Barbara Hannigan ou bien Isabelle Huppert - au théâtre - aiment trouver chez Warlikowski pour les limites qu'il les oblige à dépasser.

Sabine Devieilhe (Bellezza)

Sabine Devieilhe (Bellezza)

Non seulement elle pousse la vérité du jeu jusqu'à une bouleversante scène finale qu'elle chante tout en agonisant - Bellezza choisit le suicide par refus du temps et de la vérité -, mais elle révèle sur le strict plan vocal une variété de sentiments et d'émotions qui se traduisent par une variété de techniques qui, parfois, font entendre une jeune fille fragile, ou bien, à d'autres moments, ajoutent de la maturité et renforcent des couleurs dont elle fait émerger des intonations déclamées sensiblement humaines, et qui lui permettent même de faire jaillir des coloratures naturelles qui ornent d'une étourdissante fraîcheur ses airs les plus virtuoses.

Franco Fagioli (Piacere)

Franco Fagioli (Piacere)

Franco Fagioli, en Piacere, paraît tout aussi emporté par un art de la vocalise endiablé, exclamations rauques, tendresse suave, excellent acteur, lui aussi, jouant un amoureux éperdu avec une présence trouble - ses visages sont multiples dans cette mise en scène - en très grand lien avec celle de Sabine Devieilhe.

Sara Mingardo et Michael Spyres sont par ailleurs éblouissants, eux aussi.

Timbre somptueusement noir, chant et diction soignés avec une gravité qui appuie l'emprise du personnage de la Vérité sur Bellezza, la contralto italienne s'attache, par des jeux de regards, à préserver une humanité derrière le rôle bien réglé qu'elle semble jouer.

Sara Mingardo, Emmanuelle Haïm, Sabine Devieilhe

Sara Mingardo, Emmanuelle Haïm, Sabine Devieilhe

Quant au ténor américain, il est d'une infaillibilité impressionnante, même dans les suraigus qu'il atteint avec une aisance de souffle et de couleurs et quelque chose d'attachant dans le timbre qui, finalement, le font rejoindre ses trois autres partenaires dans ce portrait qui les lie à notre coeur par une cohésion vocale et humaine fascinante à vivre.

Le Concert d'Astrée, sous la direction passionnée d'Emmanuelle Haïm, entraîne cette partition chaleureuse sur des lignes d'une beauté de nuances magnifiquement précautionneuse du rythme des chanteurs.

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski

Belle fusion des timbres des instruments, et délicatesse ondoyante irrésistible.

Et le grand joueur de contrebasse, qui dépasse d'une tête le reste des musiciens, donne l'impression d'être le barreur d'une embarcation vouée à un amour sensible pour une musique dont l'harmonie ne reflète pourtant pas la sévérité du propos.

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Publié le 12 Juillet 2016

L'article qui suit cherche à donner une idée de l'impact des sites internet de musique classique et lyrique français (sites marchands, revues musicales, radios musicales, forum de discussions, Opéras Nationaux) sur le public amateur ou averti.

Le point de départ est le site de mesure d'audience Similarweb.com (une jeune compagnie britannique de technologie de l'information) qui donne, gratuitement, quelques indicateurs, à ne considérer que pour leurs ordres de grandeur, et un classement mondial des sites sélectionnés.

Il fournit, notamment, le nombre de visites par mois sur un site donné (sachant qu'une même personne physique peut consulter un site plusieurs fois par mois, depuis plusieurs machines différentes, et que le nombre de visites comprend également les visites de robots virtuels), mais il fournit aussi en complément l'origine des visites (accès direct, accès par moteur de recherche, réseaux sociaux), et la part des lecteurs qui résident en France.

Concert pour la fête de la Musique 2016 à l'Opéra Bastille

Concert pour la fête de la Musique 2016 à l'Opéra Bastille

Il nous faut donc élaborer une estimation du nombre de personnes physiques différentes, qui, au cours d'un même mois, ont consulté le site proposé au moins une fois.

Le tableau ci-dessous propose donc, en dernière colonne, pour chaque site internet, une estimation du nombre de lecteurs mensuels.

Quelques sites culturels ou médiatiques sont indiqués à titre de référence.

Cette estimation n'engage que l'auteur de cet article, et l'on notera que le classement mondial de Similarweb mesure l'activité sur les sites internet, activité qui n'est pas forcément proportionnelle au nombre de visiteurs.

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (1er semestre 2016)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (1er semestre 2016)

France Musique (www.francemusique.fr)
On connait la pression managériale que France Musique subit pour hausser son audience de 1,6% à 2%, c'est à dire celle de Radio Classique (www.radioclassique.fr). Pourtant, sur internet, France Musique double son audience (25 000 à 55 000 personnes par mois) par rapport à sa radio concurrente (15 000 à 30 000 auditeurs), ce qui est la preuve de sa richesse et de la valeur de son contenu intellectuel et culturel aussi important que le pur contenu musical.
 

L'Opéra National de Paris (www.operadeparis.fr)
Premier site d'Opéra en France avec 25 000 à 45 000 personnes en visite par mois (à comparer aux 55 000 personnes qui, chaque mois, se rendent à l'Opéra de Paris au moins une fois), le site de l'Opéra de Paris se trouve parmi les 100 000 premiers sites internet du monde avec le Metropolitan Opera, le Mariinsky et le Royal Opera House Covent Garden.
Les visiteurs étrangers représentent un tiers des visites sur internet.

 

Forum Opera (www.forumopera.com)
Avec 4500 à 9000 lecteurs par mois, ForumOpera est le premier magazine français du monde lyrique sur internet.

35 journalistes, dont la si touchante et sympathique Roselyne Bachelot, contribuent à rendre compte des représentations d'opéras dans le monde entier.

Le site comprend également nombre d'interviews d'artistes et une rubrique 'News' très dynamique.

Et, la moitié de ses visites provenant d'un accès direct et de bons relais sur les réseaux sociaux, la formule de ForumOpera permet de fidéliser un public quasi journalier.

Il est aussi actif que le site TouteLaCulture, site généraliste qui regroupe toutes les activités culturelles, concerts, expositions, cinéma, théâtre, danse .., bien que ce dernier ait le double de lecteurs mensuels, néanmoins plus occasionnels.

 

Music Opera (www.music-opera.com)
Spécialiste des spectacles classiques dans le Monde : Concerts, Opéras, Ballets, le site Music & Opera offre une base de données de plus de 50 000 spectacles, mise à jour quotidiennement, pour trouver rapidement les artistes et oeuvres que vous aimez et réservez vos places.

Il reçoit la visite de 4500 à 9500 personnes par mois, dont un peu moins de la moitié sont françaises.

 

Opera on Line (www.opera-online.com)
Avec 4000 à 8000 lecteurs par mois, OperaOnLine est le magazine des amateurs lyriques qui monte.
15 Chroniqueurs, dont Alain Duault, présentent des comptes-rendus de grande qualité des spectacles lyriques, et de nombreuses interviews exclusives d'artistes et d'acteurs du milieu lyrique.

Une alternative plus impartiale à ForumOpera, mais un public plus occasionnel également, le site étant très bien référencé et attirant des lecteurs sur des sujets très précis.

Un tiers de ses lecteurs sont étrangers, ce qui le différencie de son équivalent, plus ancien et plus francophone, Resmusica (www.resmusica.com).

 

ODB Opera Data Base (www.odb-opera.com)
ODB est un cas unique dans le paysage lyrique français sur le web. Ce forum, qui a plus de dix ans d'existence, se découvre par hasard - 15% seulement de son trafic provient des moteurs de recherches alors que 80% de ses accès sont des accès directs-, et son public est donc un public d'afficionados qui ne dépasse pas le millier de lecteurs par mois.

Sa formule de forum de discussions permet des échanges parfois très productifs quand ils se construisent entre membres n'ayant pas les mêmes points de vue sur la manière de représenter un spectacle ou d'apprécier l'art des chanteurs et musiciens.

Avec 5 fois moins de lecteurs que les magazines en ligne, il brasse une richesse d'informations qui profite aussi bien aux amateurs qu'aux professionnels du milieu parisien, principalement, ce qui le classe au même niveau que les sites cités précédemment.

 

Concert Classic (www.concertclassic.com)
Site complet abordant aussi bien la danse, la musique de chambre, baroque ou symphonique, Concert Classic réunit chaque mois de 1500 à 3000 lecteurs grâce aux comptes-rendus de sa quinzaine de chroniqueurs (Gilles Macassar, Jean-Charles Hoffelé, François Lesueur, Jacques Doucelin ...). Il permet de réserver en ligne des billets de spectacles et de consulter des vidéos et des interviews d'artistes.

 

Concertonet (www.concertonet.com), Olyrix (www.olyrix.com), Altamusica (www.altamusica.com), Avant-Scène Opéra (www.asopera.fr)
Ces sites de comptes rendus de musique classique et d'opéras touchent plusieurs centaines de lecteurs fidèles par mois (un millier pour Olyrix qui s'adresse à des lecteurs occasionnels), et contribuent toujours plus à diversifier les avis sur les spectacles chroniqués.

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Rédigé par David

Publié dans #Actualité

Publié le 10 Juillet 2016

Tristan und Isolde (Richard Wagner)
Représentation du 09 juillet 2016
Opéra de Stuttgart

Isolde Rachel Nicholls
Brangäne Katarina Karnéus
Tristan Erin Caves
Kurwenal Shigeo Ishino
König Marke Liang Li
Melot Ashley David Prewett
Hirt Torsten Hofmann
Steuermann Eric Ander
A young sailor's voice Daniel Kluge

Direction musicale Sylvain Cambreling                           Sylvain Cambreling  
Mise en scène Jossi Wieler, Sergio Morabito (2014)

La reprise de la nouvelle production 2014 de 'Tristan und Isolde' mise en scène par Jossi Wieler et Sergio Morabito, les intendants de l'Opéra de Stuttgart, est l'occasion de retrouver Sylvain Cambreling à la direction d'orchestre, lui que nous avions surtout entendu dans Mozart, Verdi et les grands ouvrages de l'Opéra français du XXème siècle, lorsque Gerard Mortier dirigeait l'Opéra National de Paris, puis, le Teatro Real de Madrid.

Rachel Nicholls (Isolde) et Erin Caves (Tristan)

Rachel Nicholls (Isolde) et Erin Caves (Tristan)

On connait son goût pour le symphonique lyrique, et, de ce point de vue, cela le rapproche de Philippe Jordan, le directeur musical actuel à Paris, mais son sens du théâtre est également une force qu'il sait déployer sans sacrifier à un seul moment le sens musical.

C'est donc une impressionnante et puissante lecture du drame de Richard Wagner qu'il vient d'offrir au public de Stuttgart, lecture soutenue par un ensemble de cuivres ronflants aux traits dramatiques éclatants, comme s'ils suggéraient un monde bien à part qui s'entrechoque au lyrisme des cordes, vivantes et flamboyantes dans des remous aux teintes mates et troubles.

Rachel Nicholls (Isolde)

Rachel Nicholls (Isolde)

A plusieurs reprises, l'orchestre semble, depuis des hauts traversés par les violons et les altos, s'effondrer vers des profondeurs tragiques, avec une souplesse suffisante pour en amortir l’impétuosité. C'est prenant de bout en bout, d'autant plus que les sonorités des vents, flûtes et hautbois s'épanouissent de toute leur clarté, quand, ailleurs, les cordes se stabilisent dans un état finement oscillant et impalpable pour suspendre le temps, permettant ainsi qu'une poésie latente reprenne l'avantage en un instant.

L'Orchestre de l'Opéra de Stuttgart, emporté dans une envolée romantique très différente de celle, plus précieuse, de l'Orchestre National de France entendu au printemps dernier, dans la fosse du Théâtre des Champs Elysées, est donc une pièce majeure qui met à l'épreuve les chanteurs.

Katarina Karnéus (Brangäne)

Katarina Karnéus (Brangäne)

Pourtant, tous arrivent à ne pas se laisser submerger par le flot volubile.

On retrouve Rachel Nicholls, Isolde inhabituellement claire que dirigeait Daniele Gatti avenue Montaigne, qui, sans avoir l'ampleur des interprètes mythiques, met son endurance au service d'une incarnation à la fois terrestre et agressive.

Erin Caves, en Tristan, pousse loin son travail interprétatif, ce qui ne rend à aucun moment son personnage monotone.  Plus brillant et incisif que Torsten Kerl, l'interprète du rôle à Paris, il s'engage avec une intensité impressionnante au troisième acte, comme s'il sublimait son état d'homme blessé, ce qui va l'amener à rencontrer un unique passage de faiblesse, soudain et inattendu, à la fin de cette dernière représentation.

Le public ne lui en tiendra pas rigueur, tant il a su préserver la ligne dramaturgique jusqu'au bout.

Erin Caves (Tristan)

Erin Caves (Tristan)

A ses côtés, Shigeo Ishino fait bien plus que paraître un ami simplement fidèle à Tristan, comme le réduisent trop facilement à ce rôle les metteurs en scène de ce soir, et donne une véritable authenticité humaine à Kurwenal, tout en prouvant, jusqu'au bout, ô ! combien l'on peut compter sur lui.

La voix est fortement sonore, dispensatrice de belles lignes viriles, simples et naturelles.

Et, légèrement couverte par l'orchestre, au premier acte, Katarina Karnéus n'en brosse pas moins un portrait assez inhabituel de Brangäne, aussi agressif qu'Isolde, plus énergique que tendre, qu'elle va abandonner pour donner deux appels longs et splendides au second acte.

La mise en scène se charge pourtant de chercher à en casser la poésie, fidèle à sa logique d'éveil et d'évitement du confort bourgeois - Tristan et Isolde, exaspérés, lui jettent des cailloux pour l'empêcher de chanter.

Rachel Nicholls (Isolde)

Rachel Nicholls (Isolde)

Enfin, le roi Marke de Liang Li ne se contente de pas de faire résonner la salle de sa généreuse antre vocale, il y ajoute des inflexions apitoyées et dramatiques poignantes, tout en paraissant véritablement à l'écart du couple principal.

Et, bien que dissimulé à l'arrière scène, ou bien à l'intérieur de la coque du navire, Daniel Kluge laisse entendre un jeune marin au timbre suave et innocent.

Ces artistes ont ainsi le grand mérite de s'être approprié sans réserve la mise en scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito, qui n'est pas sans rappeler l'esprit avec lequel Peter Konwitschny, incontournable régisseur allemand, a dirigé 'Tristan et Isolde' et 'Le Vaisseau Fantôme' à l'Opéra de Munich.

Liang Li ( le Roi Marke)

Liang Li ( le Roi Marke)

On imagine en effet assez mal, à Stuttgart, une volonté de représenter les oeuvres de façon conforme à un imaginaire conventionnel, et les premières apparences de ce décor aux vagues en trompe-l’œil, comme les avait représenté Ivan Fischer dans sa vision désormais légendaire d''Idoménée' à l'Opéra de Paris en 2002, sont vites tombées devant le comportement quelque peu loufoque d'Isolde, prise de mal de mer, au premier acte.

Cette façon de prendre à contre-pied les attentes instinctives de l'auditeur a pour mérite, ou bien pour vice, de sous-entendre que Richard Wagner cherche à le piéger, voir, le manipuler.

Rachel Nicholls (Isolde)

Rachel Nicholls (Isolde)

Mais afin de ne pas tout dénaturer, le second acte offre un mémorable duo d'amour empreint de la tendresse à la fois humaine et animale de King Kong et de sa belle américaine, joué dans un décor factice rouge et noir pailleté, avant qu'Isolde ne révèle, d'un grand geste circulaire, le phare depuis lequel le Roi Marke observait le couple amoureux.

Ce phare, comme le suggère la toile d'avant-scène dressée au début de chaque acte, évoque le panoptique 'Presidio Modelo', modèle de prison édifié à Cuba - où Fidel Castro fut lui-même incarcéré -, qui est une prison construite en forme de colisée, aujourd'hui désaffectée, au centre de laquelle une tour permet de surveiller les prisonniers sans qu'ils sachent s'ils sont observés ou pas.

Erin Caves (Tristan)

Erin Caves (Tristan)

C'est ici le thème de la surveillance sociale, obsessionnelle et identique en tout point à celui que Katarina Wagner convoqua au second acte de sa mise en scène de 'Tristan et Isolde', l’année dernière à Bayreuth, qui devient le point focal du drame.

Ce symbole témoigne d'un violent ressenti, chez une part des artistes d'aujourd'hui, de la nature de plus en plus oppressive de nos sociétés occidentales. Mais en choisissant ce seul point de vue, ce second acte pourrait tout aussi bien, et même mieux, convenir à une mise en scène de 'Pelléas et Mélisande', héros et héroïne victimes de la paranoïa de Golaud.

Le centre d'expositions d'Art contemporain, face à l'Opéra, surplombé par la Lune et Jupiter

Le centre d'expositions d'Art contemporain, face à l'Opéra, surplombé par la Lune et Jupiter

Le thème pilier qu'ont donc retenu les metteurs en scène réduit considérablement la portée du mythe médiéval, et le dernier acte, avec cette carcasse de bateau se décomposant au milieu de nulle part, signe surtout la mise à mort d'une illusion par le monde politique qui ne veut pas reconnaitre ce qui peut être exceptionnel dans la vie, pour le réduire au vide absolu.

Et c'est bien parce que l'ensemble des artistes, chanteurs, musiciens et chef, ont livré un engagement total, que ce spectacle s'achève sur un grand sentiment de satisfaction.

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Publié le 6 Juillet 2016

Philippe Jaroussky – Ensemble Artaserse – Baroque vénitien
Concert du 04 juillet 2016
Théâtre des Champs-Elysées

Pietro Antonio Cesti (1623 – 1669)
Sinfonia from „Le disgrazie d’amore“ - Festeggia mio core“ – Amicizia’s aria from „Le disgrazie d’amore“ (1667)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
Erme, e solinghe cime/ Lucidissima face“– Endymion’s rec. & aria from „La Calisto“ (1651)

Luigi Rossi (1597 –1653)
Lasciate averno“ – Orfeo’s lament from „L’Orfeo“ (1646 - Paris)
Giovanni Antonio Pandolfi Mealli (1624 –1687)
Sonata per violin „La Cesta“ op. 3 Nr. 2 (1660)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
All’ armi mio core“ – Brimonte’s aria from „La statira“ (1656)
Marco Uccellini (1603 –1680)
Sinfonia quinta à cinque stromenti op. 7
Giovanni Legrenzi (1626 – 1690)
O del Cielo ingiunta legge!“ – Giustino’s aria from „Il Giustino“ (1683)
Biagio Marini (1594 – 1663)
Passacalio“
Luigi Rossi (1597 –1653)
M’uccidete begl’occhi“ – Aria (1646)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Sorge Anteo“ – Arie aus der Oper “Alarico, il Baltha, Ré de Gothi“ (1687)
Marco Uccellini (1603 –1680)
Sinfonia sesta à cinque stromenti op. 7
Claudio Monteverdi (1567–1643)
Adagiati, Poppea“/ „Oblivion soave“ – Arnalta’s aria from „L’incoronazione di Poppea“ (1642)
Francesco Cavalli (1602 –1676)
Delizie contente“ – Giasone’s aria from „Il Giasone“ (1649)
Che città/ Mille perigli“ – Nerillo’s rec. and arias from „L’Ormindo“ (1644)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Overture of the opera „Marco Aurelio“
Dove son“/ 57:36 „Dal mio petto“ – Anfione’s rec. and arias from „Niobe, Regina di Tebe“ (1688)
Giovanni Legrenzi (1626 – 1690)
Sonata à due „La Spilimberga“ op. 2
Pietro Antonio Cesti (1623 – 1669)
Berenice, dove sei?“ – Polemone’s lamento from „Il Tito“ (1666)
Agostino Steffani (1655 –1728)
Gelosia, lasciami in pace“ – Arie di ciaccona from „Alarica, il Baltha, Rè de Gothi“ (1687)


C’est sur un chaleureux concert que s’achève, ce soir, la saison du Théâtre des Champs-Elysées, laissant ainsi la scène à Philippe Jaroussky et son ensemble de 12 musiciens, ‘Artaserse’, pour faire revivre l’Italie baroque du Seicento.

Ils nous ramènent aux origines italiennes de l’opéra à partir d’un programme de musiques principalement vénitiennes, écrites entre 1640 et 1690, à l’apogée de Monteverdi, Cavalli et Cesti.

A cette époque, le violon classique est sur le point de faire son apparition, et le piano n’existe pas encore.

Philippe Jaroussky

Philippe Jaroussky

L’orchestre est par ailleurs idéalement dimensionné pour la musique de Cavalli, le compositeur d’opéra le plus dispensateur de cette période, théorbe, clavecin et orgue, violoncelles, contrebasse et violons, flûtes, piccolos, cornets et tambour jouant sans chef, uniquement liés par l’âme des artistes, eux-mêmes liés par leur amour pour des couleurs musicales intimes et humaines.

Pour qui n’est pas un suiveur inconditionnel de Philippe Jaroussky, ce récital est l’occasion de redécouvrir ce chanteur atypique, authentique et doué d’une présence fascinante.

Joueurs de flûtes et de cornets - Ensemble Artaserse

Joueurs de flûtes et de cornets - Ensemble Artaserse

Son timbre surnaturel exceptionnel n’empêche pas ses incarnations de révéler la puissance de maitrise qu’elles exigent pour conserver cette pureté qui peut tendre à une élégie sublime (‘M’uccidete begl’occhi’ de Rossi), et s'épanouir sur des airs, le plus souvent plaintifs, que les accords coulants du théorbe réconfortent d'un délicat raffinement.

Airs qui sont eux-mêmes une découverte, expressifs et composés par des auteurs aujourd’hui méconnus et rarement interprétés.

Mais la richesse harmonique de la musique de cette époque ne cesse de surprendre, tels les accords descendants de contrebasse de la sonate pour violon de Cesta qui anticipent le lamento que Purcell composera, plus tard, pour 'Didon et Enée', ou bien les ondes oscillantes et sensibles du 'Dal mio petto' de Steffani.

Yoko Nakamura - Ensemble Artaserse - Orgue et clavecin

Yoko Nakamura - Ensemble Artaserse - Orgue et clavecin

Le fondu enchaîné de ces compositions nées d'auteurs talenteux bien différents entretient à merveille un climat mélancolique teinté de joie profonde.

Et plus d’un auditeur sera intrigué par les deux jeunes joueurs de flûtes, de piccolos et de cornets à bouquin, qui alternent, au fil des airs,  instruments à vent et teintes sonores, ou par la si discrète joueuse d’orgue et de clavecin, Yoko Nakamura.

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Publié le 4 Juillet 2016

William Forsythe
Pré-Générale du 01 juillet 2016 et représentation du 05 juillet 2016
Palais Garnier

Of Any If And (1995 – Frankfurt)
Entrée au répertoire
Musique Thom Willems
Danseurs Léonore Baulac
                  Adrien Couvez

Approximate Sonata (1996 – Frankfurt)
Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris en 2006
Nouvelle version
Musique Thom Willems
1er couple  Alice Renavand
            Adrien Couvez

2ème couple Hannah O'Neill
            Fabien Revillion

3ème couple Eleonora Abbagnato
            Alessio Carbone

4ème couple Marie-Agnès Gillot
            Audric Bezard

Blake Works I (2016 – Paris)
Création                                                                                Pablo Legasa
Musique James Blake
Danseurs Ludmila Pagliero, Léonore Baulac, Fanny Gorse, Sylvia-Cristelle Saint-Martin, Lydie Vareilhes, Laure-Adélaïde Boucaud, Roxane Stojanov, Camille Bon, Eugénie Drion, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Amélie Joannidès, Caroline Osmont, François Alu, Hugo Marchand, Germain Louvet, Jérémy-Loup Quer, Simon Valastro, Grégory Gaillard, Pablo Legasa, Paul Marque, Maxime Thomas

Les danseurs et danseuses du Corps de Ballet et William Forsythe

Les danseurs et danseuses du Corps de Ballet et William Forsythe

Texte parlé, interprété d’une diction mécanique froide et stylisée par deux récitants assis dans l’ombre du fond de scène, l’ouverture de ‘Of Any If And’ évoque la musique répétitive d’’Einstein on the Beach’, l’œuvre culte de Philip Glass.

Plateau désert, avec un effet de vide créé par l’absence de lumière sur les pourtours du plateau plongés dans le noir, une immense plaque provenant du plafond resserre l’espace en réduisant l’impression de petitesse du couple par rapport à la scène.

Léonore Baulac - Of Any If And

Léonore Baulac - Of Any If And

Ce premier ballet est une démonstration technique où les corps se laissent glisser au sol, perdent et reprennent prise en dégageant tout ce que les muscles peuvent emprunter de souplesse à l’animal, comme si un profond mouvement intérieur prenait forme pour s’emparer d’eux.

Les deux jeunes solistes, Léonore Baulac et Adrien Couvez, sont pris dans un jeu fascinant de maîtrise, mais paraissent aussi quelque peu indifférents dans l’expression d’émotions profondes, comme si leurs mondes personnels ne se rejoignaient pas totalement.

Adrien Couvez - Of Any If And

Adrien Couvez - Of Any If And

Ce sont donc deux individualités autonomes, détachées de toute attraction fusionnelle, tableau qui peut être perçu comme une scène de séduction issue de  'West Side Story', mais couverte par un lancinant rapport de force.

Plus ludique et légère, mais tout aussi complexe et impliquant quatre couples de danseurs, ‘Approximata Sonata’ est un réarrangement de la chorégraphie que William Forsythe présenta à Garnier en 2006.

Fabien Revillion - Approximata Sonata

Fabien Revillion - Approximata Sonata

Costumes flashy évoquant une scène de répétition, ampleur majestueuse des gestes des bras aux réminiscences classiques, une sourde concurrence s’établit du point de vue du spectateur qui, intuitivement, est amené à accrocher son regard sur le couple dont émane l’harmonie qui le touchera le plus. Alice Renavand, furtive et magicienne des poses sophistiquées, Fabien Revillion, l'insouciance sérieuse et joyeuse, pour ne citer qu'eux.

Et la musique enregistrée de Thorn Willems, cinématographique dans le premier ballet, mystérieuse et intimiste dans le second, prend une part déterminante au climat de ces deux pièces.

Blake Works I

Blake Works I

La troisième partie de soirée permet alors à un ensemble de 22 danseurs d’interpréter la dernière création de William Forsythe pour l’Opéra de Paris, ‘Blake Works I’.

Sa chorégraphie est une euphorisante envolée où la vivacité et le piqué des pas laissent deviner, en filigrane, une influence des techniques classiques remodelées et affûtées pour servir une esthétique du mouvement d’un très grand impact visuel.

Pablo Legasa - Blake Works I

Pablo Legasa - Blake Works I

Et une fois passée l'introduction faussement classique par le groupe au complet, le jeune danseur Pablo Legasa, évoque par son charme juvénile et féminin une incarnation du ‘Tadzio’ idéalisé de Thomas Mann, et se livre de façon impressionnante à des jeux de poses et de déhanchés statiques d’une délicatesse inédite rien que pour le plaisir de l’étonnement.

Sur la musique de James Blake, habituellement jazz-soul mais ici plus entrainante, la scène du Palais Garnier prend des allures de dancefloor, les solistes se faufilent à l’indienne, et s’élancent dans une inertie de mouvement jubilatoire et merveilleuse de précision, des étoiles plein les yeux.

Pablo Legasa - Blake Works I

Pablo Legasa - Blake Works I

Tous magnifiques de cohésion et rayonnants d'une joie communiante, certains, tel Hugo Marchand, ont même leur propre passage en solo qui permette de laisser porter tout le plaisir du regard sur un danseur à l'énergie subtilement glamour.

Ainsi, en une soirée et trois pièces, nous sommes passés d’un univers glacé et post-moderne, à un renouveau jaillissant et plein de vie réjouissant qui aurait pu durer jusqu'à la nuit tombée sans que quiconque ait à en redire.

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Publié le 2 Juillet 2016

L'article qui suit - il sera mis à jour chaque année, en fin d'hiver, au moment de l'annonce des nouvelles saisons - propose de donner un aperçu du répertoire de quelques grandes maisons d'opéra, en les comparant non sur le nombre absolu de représentations, mais sur l'importance relative des oeuvres où des compositeurs dans ces maisons.

Ces 7 maisons sont l'Opéra de Paris, la Monnaie de Bruxelles, le Bayerische Staatsoper de Munich, la Scala de Milan, le Royal Opera House Covent-Garden de Londres, l'Opéra de Vienne et le New-York Metropolitan Opera.

Elles sont choisies pour leur célébrité, mais également parce qu'elles mettent à disposition du grand public leurs archives.

Leur répertoire est donc analysé sur la période 1973 à nos jours, c'est à dire sur la période de renouveau initiée par Rolf Liebermann au début des années 1970.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Toutefois, les données disponibles sur l'Opéra de Munich ne couvrent pas le XXième siècle; les informations ne sont donc que partielles.

Ces maisons ayant présenté, chacune, entre 150 et 280 oeuvres différentes sur cette période de 44 ans, nous nous limitons à afficher, ci-dessous, la liste des oeuvres les plus jouées et qui couvrent 50% de la programmation.

Plus la liste est longue (près de 50 oeuvres à Bruxelles, mais seulement 20 à New-York), plus elle traduit une grande variété et une grande équité dans le choix des oeuvres.

Pour une meilleure lisibilité, cliquez sur le tableau.

Pour une meilleure lisibilité, cliquez sur le tableau.

La Monnaie de Bruxelles

Avec seulement  90 représentations par an, le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles est une maison où le répertoire y est le plus diversifié, des compositeurs  baroques aux compositeurs  contemporains.

Elle est la seule qui place Mozart comme compositeur le plus joué devant Giuseppe Verdi, 'Cosi fan tutte' en tête. Mais la Monnaie fait honneur à 'Falstaff', l'ultime ouvrage du compositeur italien.

Puccini y est 2 à 3 fois moins donné qu'ailleurs - 'Tosca' n'est que dixième du classement -, et les répertoires véristes et belcantistes y sont peu représentés.

Benjamin Britten (7ième compositeur de la maison!), Leos Janacek et Claudio Monteverdi y sont donc plus joués que Gaetano Donizetti, et Igor Stravinsky l'est plus que n'importe quel compositeur français ('Les Contes d'Hoffmann' sont relativement peu montés).

Mais nulle autre maison n'affiche aussi souvent 'Pelléas et Mélisande', oeuvre dont le livret est de Maurice Maeterlinck, écrivain belge.

Une rareté, 'Cendrillon' de Massenet, est particulièrement bien mise en avant - alors que 'Manon' est absente - , et les oeuvres du musicien belge Philippe Boesmans sont autant représentées que celles de Glück.

Petite surprise pour Rossini, dont le 'Turc en Italie' rivalise avec 'Le Barbier de Séville'.

Près de 300 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

 

La Scala de Milan

Même si aucune autre maison ne fait autant la part belle aux compositeurs italiens (soit 60% de la programmation) - Giuseppe Verdi, Giacomo Puccini et Gioacchino Rossini dépassent Mozart - , peu savent que la Scala de Milan laisse une place importante aux oeuvres rares ('Cherevichki' de Tchaikovski 'La Fiancée du Tsar' de Rimski-Korsakov, 'Donnerstag aus Licht' de Stockhausen ...), malgré un rythme de programmation modeste (moins de 100 représentations par an).

La part du répertoire anglo-saxon (4%) y est, par exemple, aussi importante, voire plus, qu'à New-York.

Benjamin Britten est donc le 8ième compositeur le plus joué, devant Vincenzo Bellini, et aucune autre maison n'accorde 1% de ses représentations au 'Wozzeck' d'Alban Berg, néanmoins au détriment de 'Lulu'.

Et si la Scala n'est pas un Opéra qui encense Richard Strauss et Richard Wagner, le 'Fidelio' de Beethoven y jouit d'une excellente popularité.

Enfin , Giuseppe Verdi est le compositeur phare - 26 de ses 28 opéras ont été joués au moins une fois depuis 1973 -, et, par conséquent, la Scala est le lieu idéal pour réentendre 'I Lombardi alla Prima Crociata' ou 'I Due Foscari'. Mais  'Ernani' est toujours absent de l'affiche.

250 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Bruxelles, Milan, Paris et Munich

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Bruxelles, Milan, Paris et Munich

L'Opéra National de Paris

La programmation de l'Opéra National de Paris est unique car elle est la seule, et c'est tout à fait naturel, à accorder près d'un quart des représentations au répertoire français.

'Carmen', 'Les Contes d'Hoffmann' et 'Faust' sont donc dans les dix premiers, et 'Manon', 'Pelléas et Mélisande', 'Werther', 'La Damnation de Faust' et 'Samson et Dalila' sont fréquemment joués.

Ces deux dernières décennies auront également vu le triomphe de 'Platée' de Jean-Philippe Rameau, le meilleur exemple du passage à la postérité du répertoire de l'Académie Royale de Musique du XVIIIème siècle, avec les ouvrages de Glück ('Iphigénie en Tauride' et 'Orphée et Eurydice').

'Les Noces de Figaro' de Mozart, grâce à Liebermann, reste pour l'instant l'opéra le plus représenté, mais les scènes parisiennes de 'La Bohème' devraient logiquement devenir l'oeuvre n°1 de l'Opéra dans les cinq ans à venir.

Et à l'instar de la Monnaie de Bruxelles,  la popularité de 'La Clémence de Titus'  et d''Idoménée'  y est bien meilleure que dans les grandes maisons de répertoire.

Côté italiens, Puccini est contenu (moins de 10% du répertoire), sous l'effet du passage de Gerard Mortier à la direction de l'institution, mais, étrangement, 'La Traviata' de Verdi reste derrière 'Rigoletto', ouvrage emblématique de l'histoire de l'Opéra de Paris depuis plus d'un siècle.

Par ailleurs, Don Carlo(s) s'installe durablement comme le troisième opéra de Giuseppe Verdi le plus joué ici.

Leos Janacek est également un compositeur bien représenté, puisqu'il porte 2% du répertoire, ce qu'aucune autre maison, à part La Monnaie, ne lui concède.

En revanche, quelques grands piliers des maisons de répertoire, 'Turandot', 'Aïda', 'I Pagliacci/Cavalleria Rusticana' sont plus modestement représentés.

Belle reconnaissance pour 'Der Rosenkavalier' de Richard Strauss, qui dure depuis un siècle.

Plus de 200 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Le Bayerische Staatsoper de Munich

Avec près de 200 représentations par an, l'Opéra d'Etat de Munich est un pilier des grandes maisons d'opéras.

Richard Wagner (10% du répertoire) y est plus représenté que Giacomo Puccini (9% du répertoire), le seul cas parmi les 7 maisons étudiées ici.

Et ce sont naturellement les opéras de Mozart en langue allemande 'Die Zauberflöte' et 'Die Entführung aus dem Serail' qui occupent le haut de la programmation.

Même logique pour 'Hansel und Gretel' d'Humperdinck, placé dans les 5 premiers, ainsi que pour 'Fidelio' , 'Die Fledermaus' et 'Ariane à Naxos'.

L'Opéra de Munich a par ailleurs la particularité de jouer régulièrement deux références du bel canto romantique italien, 'Roberto Devereux' et 'Norma', uniquement grâce à la présence d'Edita Gruberova.

Giuseppe Verdi, compositeur italien le plus prolifique, reste encore et toujours le musicien le plus joué - bien qu' 'Otello' et 'Simon Boccanegra' souffrent le plus de la concurrence du répertoire allemand - , mais Gioachino Rossini n'est plus que le 8ième compositeur de la maison.

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Munich, Londres, Vienne et New-York

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Munich, Londres, Vienne et New-York

Le Royal Opera House Covent-Garden de Londres

Le Covent Garden est l'opéra dont la programmation s'approche le plus de celle du Metropolitan Opera de New-York : 20% pour Verdi, 15% pour Puccini, 10% pour Mozart, 7% pour Wagner.

C'est la seule maison à placer 4 oeuvres de Puccini, dont 'Turandot', dans les 10 premiers et à placer 'La Fanciulla del West' au même niveau que la Scala de Milan.

Mais Richard Strauss dépasse cependant Gioacchino Rossini.

Peu d'originalité visible dans le grand répertoire - à l'exception de 'Die Meistersinger von Nuremberg' , opéra de Wagner le plus joué -, le ROH offre cependant 6% de ses représentations aux compositeurs britanniques, Benjamin Britten, Michael Tippett, Thomas Adès, Harrison Birtwistle, George Benjamin, Mark-Anthony Turnage ('Anna Nicole'), et Irlandais, John Browne ('Babette's Feast').

Le Royal Opera House a joué plus d'une soixantaine d'oeuvres sur un soir ou deux, mais moins de 180 oeuvres ont été jouées sur 3 soirées ou plus ces 44 dernières années.

 

L'Opéra de Vienne

L'Opéra de Vienne est un théâtre de répertoire qui joue 250 représentations d'opéras par an.
Giuseppe Verdi est à nouveau le compositeur le plus joué (17%), mais Giacomo Puccini, Wolfgang Amadé Mozart, Richard Strauss et Richard Wagner représentent chacun, à part égale, 10% de la programmation.

La grande originalité est de placer 'Der Rosenkavalier' dans les 5 premiers, et de le rendre aussi populaire que 'La Bohème'.

'Salomé' et 'Fidelio' apparaissent également dans les 10 premiers, mais, à présent, moins de 25 ouvrages représentent plus de 50% des soirées.

Seules 150 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973, et, chaque saison, une oeuvre rare, uniquement, est nouvellement montée.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Le New-York Metropolitan Opera

Disposant d'une salle unique de 3700 places et de 240 représentations par an, le Metropolitan Opera se concentre sur les piliers du répertoire, au point que 20 ouvrages seulement couvrent 50% de la programmation (Verdi et Puccini en tête).

Les italiens dominent, parmi lesquels le diptyque 'I Pagliacci/Cavalleria Rusticana' est bien représenté,  et Mozart tient encore 10% du répertoire.

Quelques grands absents se font remarquer, 'I Capuleti ei Montecchi' de Bellini, 'Saint-François d'Assise' de Messian, 'L'Amour des 3 oranges' de Prokofiev, 'La petite Renarde rusée' de Janacek, 'Alcina' de Haendel, Alceste' de Glück, 'Le Couronnement de Poppée' de Monteverdi.

Mais 'Romeo et Juliette' de Charles Gounod est plus joué que 'Faust', et se situe dans les 30 premiers.

Par ailleurs, une part du grand répertoire de l'Opéra de Paris du XIXème siècle ('Samson et Dalida', 'Thais', 'Le Prophète', 'Le Siège de Corinthe', 'Esclarmonde') , est mieux représenté qu'à Paris même.

Cependant, si une quarantaine d'ouvrages sont données à New-York mais pas à Paris - tels 'Ernani', 'Don Pasquale' -, à l'inverse, 90 oeuvres lyriques sont uniquement jouées dans la capitale française.

Au total, près de 160 oeuvres sont représentées sur cette scène depuis 1973.

 

Conclusion

La comparaison des répertoires de ces sept maisons permet de dégager 50 ouvrages répartis en trois groupes :

Le premier comprend 11 incontournables qui sont  : Bohème (La), Tosca, Traviata (La), Zauberflöte (Die), Nozze di Figaro (Le), Don Giovanni, Carmen, Madama Butterfly, Barbiere di Siviglia (Il), Rigoletto, Cosi fan tutte.

Le second comprend 16 oeuvres à dominante verdienne très fréquemment jouées : Aida, Rosenkavalier (Der), Ballo in maschera (Un), Turandot, Elisir d'amore (L'), Trovatore (Il), Don Carlo(s),Otello, Entführung aus dem Serail (Die), Lucia di Lammermoor, Contes d'Hoffmann (Les), Cenerentola (La), Salomé, Falstaff, Fidelio, Simon Boccanegra.

Le troisième comprend 23 ouvrages à dominante wagnérienne régulièrement programmés dans les maisons de répertoire : Fliegende Holländer (Der), Fledermaus (Die), Elektra, Eugène Onéguine, Macbeth, Lohengrin, Faust, Ariadne auf Naxos, Walküre (Die), Parsifal, Boris Godounov, Manon Lescaut, Tristan et Isolde, Werther, Nabucco, Wozzeck, Forza del destino (La), Hänsel et Gretel, Pagliacci (Il)/Cavalleria Rusticana, Pelléas et Mélisande, Meistersinger von Nürnberg (Die), Idomeneo, Tannhäuser.

L'originalité d'une programmation se mesure alors à la capacité que peut avoir une institution à s'écarter de ce répertoire type, sachant que l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche et la France, les quatre terres natales des compositeurs les plus joués, privilégient les oeuvres de leurs auteurs nationaux.

On remarque également que plus le nombre de représentations d'une maison d'opéra augmente et dépasse les 200 spectacles pas an, moins elle tend à diversifier son répertoire, ce qui est le grand paradoxe de cette étude.

L'Opéra National de Paris apparaît donc, jusqu'à présent, comme l'une des maisons qui recherche le meilleur équilibre entre répertoire solide et élargissement vers de oeuvres moins connues, et il faut souhaiter que cela se poursuive.

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Publié le 30 Juin 2016

TV-Web Juillet-Août 2016 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 03 juillet 2016 sur France 3 à 00h30
Pierre et le Loup (Prokofiev) - dm Gatti - Orchestre National de France

Dimanche 03 juillet 2016 sur Arte à 18h30
Dixit Dominus (Handel) - Monteverdi Choir - dm Gardiner

Vendredi 08 juillet 2016 sur Arte à 22h30
Cosi fan tutte (Mozart) - Aix en Provence - ms Honoré - dm Langrée

Ruiten, Lindsay, Pietro, di Pierro, Piau

Samedi 09 juillet 2016 sur France 2 à 00h00
Le Songe d'une nuit d'été (Britten) - Opéra de lyon - ms Carsen - dm Ono

Piau, Zazzo, Yerolemou, Conner, McHardy

Dimanche 10 juillet 2016 sur Arte à 18h30
Oeuvres de Rossini, Paganini, verdi, Monti - dm Chailly

Jeudi 14 juillet 2016 sur France 2 à 20h55
Concert du 14 juillet - Champs de Mars - Choeur et Orchestre National de France

Uria Monzon, Lemieux, Florez, Abdrazakov, Thibaudet (piano)

Dimanche 17 juillet 2016 sur Arte à 18h30
Oeuvres de Stravinski, Elgar, Wagner - dm Rattle

Samedi 23 juillet 2016 sur France 2 à 00h45
Les Fêtes de l'hymen et de l'amour (Rameau) - Concert spirituel - dm Niquet

Santon-Jeffery, Sampson, Borghi

Dimanche 24 juillet 2016 sur France 3 à 00h30
Aldo Ciccolini à la Roque d'Anthéron

Dimanche 24 juillet 2016 sur Arte à 18h30
Placido Domingo au théâtre du plein air Loreley

Samedi 30 juillet 2016 sur France 2 à 00h45
Le Trouvère (Verdi) - dir Billy - Orchestre National de France

Alagna, Hui He, Lemieux, Petean

Dimanche 31 juillet 2016 sur France 3 à 00h30
La Khovantchina (Moussorgski) - dm Gergiev - ms Alexandrov

Aleksashkin, Galouzine, Nikitin, Borodina

Dimanche 31 juillet 2016 sur Arte à 18h30
Oeuvres de Mozart, Schubert - dm Barenboim - piano Argerich

Samedi 06 août 2016 sur France 3 à 20h55
La Traviata (Verdi) - Chorégie d'Orange - ms Désiré - dm Rustioni

Damrau, Domingo, Meli

Dimanche 07 août 2016 sur Arte à 18h30
Gala Monteverdi - Le Concert d'Astrée - dm Haim

Kozena, Villazon, Lehtipuu, Gonzalez Toro

Samedi 20 août 2016 sur France 2 à 00h30
Symphonies n°6 et 10 - Concert pour violoncelle n°1 (Chostakovitch) - dm Gergiev

Samedi 27 août 2016 sur France 2 à 00h30
Symphonies n°7 - Concert pour violon n°2 (Chostakovitch) - dm Gergiev

Dimanche 28 août 2016 sur Arte à 18h30
Symphonie n°8 (Mahler) - Festival de Lucerne - dm Chailly

Merbeth, Goerne, Richter, Mingardo, Fujimura, Mattei, Youn

Dimanche 28 août 2016 sur France 3 à 20h55
Acis et Galatée (Handel) - The King's Consort - dm King

Junker, Ellicot, Oxley


Mezzo et Mezzo HD

Mise à jour ultérieurement

 

Web : Opéras en accès libre
Lien direct sur les titres et sur les vidéos

Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)
L'Opera Seria (La Monnaie de Bruxelles)

Parsifal (Opéra de Vienne)

Manon Lescaut (Opéra de Lettonie)

I Capuleti e i Montecchi (Opéra de Zurich)

Gianni Schicchi (Woody Allen et Placido Domingo)

Mithridate, re di ponto (La Monnaie de Bruwelles)

Reigen (Boesmans) - Opéra de Stuttgart

"Senza Sangue" de Péter Eötvös et "Bluebeard’s Castle"(Armel Opera Festival)

Concert Lyrique exceptionnel à l’Opéra de Paris (dm Jordan)

Macbeth (Latvian National Opera)

La Dame de Pique - ms Herheim (Dutch National Opera)

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence

Il Barbiere di Seviglia - Wide Open Opera Dublin

"Maria de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla à l'Armel Opera Festival

"The Angel of the Odd" et "The Tell-Tale Heart" de Bruno Coli à l'Armel Opera Festival

"Elegy for Young Lovers" de H.W. Henze à l'Armel Opera Festival

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

"Cosi fan tutte" de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence

"Hamlet" de Franco Faccio depuis le Festival de Bregenz

"The Omnibus Opera" à l'Armel Opera Festival

Gala Monteverdi au Théâtre des Champs Elysées

 

Lady Macbeth de Mzensk (Opéra de Lyon) jusqu'au 05 août 2016

Carmen (Opéra de Lyon) jusqu'au 11 août 2016

Carmen (Arènes de Vérone) jusqu'au 16 août 2016

Pas sur la bouche (Théâtre de l'Odéon de Marseille) jusqu'au 28 août 2016

 

La Walkyrie (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 03 septembre 2016

Béatrice et Bénédict - Glyndebourne jusqu'au 10 septembre 2016

Iolanta/Casse-Noisette (Opéra National de Paris) jusqu'au 25 septembre 2016

Michel Tabachnik  (Opéra de Lyon) jusqu'au 25 septembre 2016

Agrippina  (Theatre an der Wien) jusqu'au 30 septembre 2016

Concert de Paris du 14 juillet 2016, jusqu'au 15 octobre 2016

Le Médecin malgré lui  (Théâtre de Genève) jusqu'au 18 octobre 2016

Le Barbier de Séville (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 23 octobre 2016

Lucio Silla (Philharmonie de Paris) jusqu'au 24 octobre 2016

Lucia di Lammermoor (Grand Théâtre d'Avignon) jusqu'au 27 octobre 2016

Rigoletto (Opéra National de Paris) jusqu'au 02 novembre 2016

 

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique