Publié le 29 Septembre 2010

Samedi 02 octobre 2010 sur France3 à 01H10
Le Couronnement de Poppée (Monteverdi)
Enregistré au Festival de Glyndebourne 2008.
Mise en scène Robert Carsen, avec Danielle de Niese, Alica Coote, direction Emmanuelle Haïm.

Samedi 02 octobre 2010 sur Arte à 08H55
Annonciation (Angelin Preljocaj)
Ballet enregistré à la Friche de la Belle de Mai à Marseille en 2002.

Samedi 02 octobre 2010 sur Arte à 20H30
Rigoletto (Verdi)
En direct de la Fenice à Venise. Avec Eric Cutler, Roberto Frontali, Désirée Rancatore, mise en scène Daniele Abbado, direction Myung-Whun Chung.

Dimanche 03 octobre 2010 sur TF1à 03H25
Mireille (Ballet)
Chorégraphie de Jean-Charles Gil, musique de Charles Gounod, par le ballet de l’Europe.

Dimanche 03 octobre 2010 sur Arte à 09H45
One Flat Thing Reproduced (William Forsythe)
Musique de Thom Willems (durée 26mn)

Dimanche 03 octobre 2010 sur Arte à 10H10
Sviatoslav Richter (pianiste)
Documentaire de Bruno Monsaingeon.

Dimanche 03 octobre 2010 sur Arte à 14H55
Sens dessus dessous « Revue anti-dépression »
D’après une pièce d’Henrich Heine, direction Oliver Weder, mise en scène Michael Kliefert.

Dimanche 03 octobre 2010 sur Arte à 19H00
Max Raabe et le Palast Orchester (partie 1)

Dimanche 03 octobre 2010 sur Arte à 22H35
Metanoia en direct de l’Opéra de Berlin
Opéra d’après un texte de René Pollesh. Direction Daniel Barenboïm, mise en scène Christoph Schlingensief.

Lundi 04 octobre 2010 sur Arte à 22H30
Fritz Wunderlich, un ténor de légende.

Mardi 05 octobre 2010 sur France 2 à 00H15
Susanna (Haendel)
Festival d’Ambronay 2009, direction William Christie. Avec Sophie Karthäuser,  Max Emanuel Cencic, David DQ Lee, William Burden, Alan Ewing. 

 

Jeudi 07 octobre 2010 sur TF1 à 03H10 

La Sylphide

Ballet de Pierre Lacotte sur une musique de Schneitzhoeffer.

Opéra National de Paris (2004) avec Aurélie Dupont, Mathieu Ganio.

 

Samedi 09 octobre 2010 sur France 3 à 00H10
Manon (Massenet)
Avec Natalie Dessay, Rolando Villazon, direction Victor Pablo Perez.

Grand Theatre du Liceu à Barcelone (2007) 

 

Dimanche 10 octobre 2010 sur Arte à 09H45
Chaconne de Christian Spuck (Ballet)

Dimanche 10 octobre 2010 sur Arte à 10H35
Leonard Bernstein joue Stravinsky et Bach

Dimanche 10 octobre 2010 sur Arte à 11H30
Leonard Bernstein, réflexion.

Dimanche 10 octobre 2010 sur Arte à 19H00
Gustavo Dudamel dirige Rossini, Bernstein, Ravel.
Concert enregistré le 18 septembre 2010 à Lucerne.

Lundi 10 octobre 2010 sur Arte à 22H30
Leonard Bernstein : The making of « West Side Story » (1984) 

 

Jeudi 14 octobre 2010 sur TF1 à 02H30 

Capriccio (Strauss)

Avec Renée Fleming, Dietrich Henschel, Rainer Trost, Gerald Finley, Franz Hawlata, Anne-Sofie von Otter, direction Ulf Schirmer, mise en scène Robert Carsen.

Opéra National de Paris (2004) 

 

Dimanche 17 octobre 2010 sur Arte à 09H45
Leonard Bernstein joue Chostakovitch (1967)

Dimanche 17 octobre 2010 sur Arte à 10H40
Leonard Bernstein : The making of « West Side Story » (1984)

Dimanche 17 octobre 2010 sur Arte à 19H00
Concert Chopin : concerto pour piano et orchestre n°1
Piano : Garrick Ohlsson.

Lundi 18 octobre 2010 sur Arte à 22H30
Le pianiste Yundi Li : jeune et romantique 

 

Mardi 19 octobre 2010 sur France 2 à 00H20
Cendrillon (Prokofiev)
Ballet de Rudolf Noureev. Opera National de Paris 2007. 

 

Jeudi 21 octobre 2010 sur Arte à 04H30
One Flat Thing Reproduced (William Forsythe)
Musique de Thom Willems (durée 26mn) 

 

Jeudi 21 octobre 2010 sur Arte à 19H45
Concours international de piano Frédéric Chopin 2010
En direct de Varsovie.

Lundi 25 octobre 2010 sur Arte à 22H30
Arthur Rubinstein (documentaire)

 

Jeudi 28 octobre 2010 sur Arte à 22H20
Simon Rattle. Rhythm is it!  

 

Samedi 29 octobre 2010 sur France 3 à 00H10
L'Heure de Mirella Freni.  

 

Samedi 29 octobre 2010 sur France 3 à 01H10
Le Château de Barbe-Bleue (Bartok)

Avec Willard White, Béatrice Uria-Monzon, direction Gustav Kuhn, mise en scène La Fura Dels Baus.

Enregistré à l'Opéra National de Paris en 2007.

 

Dimanche 31 octobre 2010 sur Arte à 09H45
La Rondine (Puccini)

Enregistré au Metropolitan Opera le 10 janvier 2009 (rediffusion)
Avec Angela Gheorghiu, Roberto Alagna, Samuel Ramey, Direction Marco Armiliato

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 27 Septembre 2010

VepresSiciliennes01.jpgLes Vêpres siciliennes (Verdi) 

Représentation du 26 septembre 2010 

De Nederlandse Opera (Amsterdam)

Hélène Barbara Haveman
Ninetta Livia Aghova
Henri Burkhard Fritz
Guy de Montfort Alejandro Marco-Buhrmester
Jean Procida Balint Szabo
Tybalt Huber Francis
Danieli Fabrice Farina
Mainfroid Rudi de Vries
Robert Roger Smeets
Le sire de Bethune Jeremy White
Le Conte de Vaudemont Christophe Fel

Direction Musicale Paolo Carignani
Mise en scène Christof Loy

 

 

 

                          Barbara Haveman (Hélène)

Après sa création à Paris le 13 juin 1855, et une reprise en 1863, la capitale s'est détournée des Vêpres Siciliennes qui ne fut, par la suite, quasiment plus chantée en français.

L'œuvre disparut même au cours de la première partie du XXième siècle avant de réapparaitre à Florence et à Milan en 1951, renaissance immortalisée par un enregistrement live de la version italienne I Vespri siciliani avec Maria Callas et sous la direction de Erich Kleiber.

Il fallut donc attendre 2003 pour que la version française renaisse à l'Opéra Bastille sous la direction de James Conlon, dans une mise en scène d'Andrei Serban.

En attendant une reprise éventuelle de la part du spécialiste des voix qui dirige actuellement l'Opéra de Paris, sa rareté justifie un déplacement à Amsterdam.

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   Alejandro Marco-Buhrmester (Guy de Montfort)

Le fait que Christof Loy soit le régisseur de la production peut induire une vague appréhension, mais son  travail a au moins le mérite de conserver l'intégralité de la partition et notamment le ballet des quatre saisons.

Dans ce passage de près d'une demi-heure, cédé aux exigences de l'Académie impériale, la musique de Verdi y est facétieuse, enthousiaste, dramatiquement hors sujet, ce qui devient prétexte à une burlesque évocation de l'enfance d'Henri, avec ses jeux et ses bêtises, dans un décor kitsch des années 60.

La mise à profit d'une musique de divertissement pour évoquer un rêve décalé n'est pas nouvelle, Arnaud Bernard y avait eu recours dans La Dame de Pique créée au Capitole de Toulouse en 2008.

VepresSiciliennes02.jpg   Les Vêpres siciliennes. Fin acte III (mise en scène Christof Loy)

Il y a bien quelques frayeurs lorsque l'opéra ouvre directement sur la scène des Français convoitant les Siciliennes, jusqu'à ce que l'ouverture apparaisse entre l'acte I et II pour marquer le temps relativement long qui sépare ces deux phases théâtrales.

Mais dans l'ensemble, bien que le metteur en scène allemand analyse l'évolution psychologique d'Hélène, qui ne peut devenir une femme aimante tant qu'elle n'a pas fait le deuil du meurtre de son frère, on retient surtout de la réussite pour les scènes rayonnant de joie de vivre..

Parmi cet univers banal et souvent vide, rien sur le plan esthétique, pas même les éclairages, ne contribue à une sorte d'emprise mentale, et le travail d'acteur n'est percutant que pour Hélène, le chœur, et quelques rôles mineurs parmi les soldats français. La liberté que s'octroie Loy est un défi engagé avec le spectateur qui doit soit s'en contenter, soit s'en aller.

VepresSiciliennes03.jpgAinsi, lorsque le visuel déçoit, intellectuellement parlant, les grandes émotions verdiennes doivent compter sur la qualité musicale.

La sensibilité de Paolo Carignani est gourmande de sensualité, de fusion parfaite entre cordes, cuivres et vents, et de sonorités patiemment polies.

Le chef sait même être léger et entrainant au cours du ballet ou du boléro. Il se refuse en revanche à toute réaction sanguine, aux attaques fulgurantes, aux grondements de terreur, aux grands traits qui soulèvent les passions humaines.

 

 

                              Barbara Haveman (Hélène)

Cette relative placidité se retrouve sur scène, que ce soit Burkhard Fritz, Henri au langage sensible, élégiaque et sans fougue, ou bien Alejandro Marco-Buhrmester (Amfortas dans le mémorable Parsifal mis en scène par Warlikowski en 2008),  Guy de Montfort  humain et dépressif, ou encore Balint Szabo, Jean Procida au grain mûr et aux lignes vocales toujours élégamment modulées.

Mais la grande satisfaction verdienne, sans aucune réserve, se concentre sur Barbara Haveman.

A aucun moment il n’est possible de décrocher d’une incarnation de feu, la souplesse, l’aisance dans les transitions du registre le plus grave aux piani les plus subtiles et les plus élevés, une puissance sauvage et sensuelle, et une présence scénique qui domine ses partenaires masculins.

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   Barbara Haveman (Hélène). Boléro (Acte V).

Timbre similaire à celui d’Anna Caterina Antonacci, diction française un peu moins précise que la soprano italienne toutefois, la soprano néerlandaise n’avait pas donné aussi forte impression il y a deux ans dans le rôle de Lisa à Toulouse.

Le chœur, fortement sollicité par l’action à laquelle il participe amplement et avec joie, assume la ferveur enthousiaste de la partition.

Synopsis des Vêpres Siciliennes.

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Publié le 25 Septembre 2010

Vaisseau-Fantome02.jpgDer Fliegender Holländer (Richard Wagner)
Représentation du 24 septembre 2010
Opéra Bastille

Daland Matti Salminen
Senta Adrianne Pieczoncka
Erik Klaus Florian Vogt
Mary Marie-Ange Todorovitch
Der Steuermann Bernard Richter
Der Holländer James Morris

 

Mise en scène Willy Decker

Direction musicale Peter Schneider

 

 

James Morris (Der Fliegender Holländer)

Pour ceux qui n’ont pas oublié l’impressionnante direction de Daniel Klajner (actuel directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse) en 2002, la reprise du Vaisseau Fantôme peut apparaître comme un gouffre de frustrations, tant l’austère maîtrise de Peter Schneider s’ingénie à confiner toute velléité de débordement à l’intérieur de la fosse d’orchestre, le gris comme étendard d’une neutralité excessive.

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Il n’est alors plus possible de créer une tension dès la rencontre du Hollandais et de Daland, le premier manquant d‘intensité, à ce moment là, le second révélant une usure qui dépareille trop le timbre attachant qu’on lui connaît, le vide de la mise en scène de leur échange limitant encore plus l’intérêt, lorsque l’on connaît déjà le sujet de l’œuvre.

Seul le verbe lumineux aux accents wagnériens de Bernard Richter évoque la lassitude de l’éloignement, l’espoir d’une terre meilleure.

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  Bernard Richter (Le pilote)

Mais le livret du Vaisseau Fantôme est un livret très bien construit. Plusieurs étapes amènent une progression dramatique bâtie sur la révélation d’évènements intervenus antérieurement.

La complainte de Senta rappelle le défi qu’a lancé le Hollandais, à l’origine de son errance. Adrianne Pieczoncka l’interprète en sage et pure évocation, au milieu d’un salon bourgeois, lieu unique et fermé choisi par Willy Decker pour son aspect contraignant par rapport auquel le romantisme de la jeune femme cherche une échappatoire.

Vaisseau-Fantome04-copie-1.jpgL’arrivée d’Erik déclenche l’accroche décisive avec le drame, non pas que le personnage en soit le pivot, mais parce qu’il est chanté par Klaus Florian Vogt, incroyable chanteur au timbre jeune, androgyne et suppliant, comme s’il avait gardé quelque chose de son adolescence.

Le duo entre Vogt et Pieczoncka forme le cœur émotionnel de la représentation, les deux voix se situant sur le même plan expressif, large et tragique. Cela tient presque du contre-sens vocal, car ils portent en eux la passion de Siegmund et Sieglinde, et l’orchestre est également plus voluptueux.

La réapparition de James Morris prend ensuite une dimension plus empathique, avec des couleurs blafardes et une réelle attention à l’âme qu’expriment ses sons baillés.
Il n’y a d’ailleurs pas ce désespoir chez Matti Salminen, surtout sonore.

                                                              Klaus Florian Vogt (Erik)

Adrianne Pieczoncka se libère totalement lors du dénouement final, suicide que l’on comprend ici comme l’unique manière de quitter son milieu, puisque le Hollandais ne veut plus d’elle, au lieu d’être un moyen pour rejoindre et sauver celui-ci.

La mise en scène de Willy Decker, bien que peu intéressante dans le détail de la gestuelle, est en défaveur d’Erik, mis à terre par les marins de Daland une fois ce dernier convaincu que l’affaire est réglée entre le mystérieux voyageur et sa fille.

Elle oriente sur l’univers de Senta, sa psychologie, mais n’interroge pas le personnage du Hollandais.

Vaisseau-Fantome05.jpg  Adrianne Pieczoncka (Senta)

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Publié le 23 Septembre 2010

Joyce DiDonato
Concert du 22 septembre 2010 au Théâtre des Champs Elysées
Orchestre de l’Opéra de Lyon
Direction Kazushi Ono

Poulenc Sinfonia

Mozart «Non son piu» (Cherubino - Noces de Figaro)
             «Deh vieni, non tardar» (Susanna - Noces de Figaro)
Gluck  «Se mai senti spirarti sul volto» (Sesto - La Clémence de Titus)
Mozart «Non piu di fiori» (Vitellia - La Clemenza di Tito)

Gluck  Iphigénie en Aulide, ouverture

Offenbach «La mort m’apparaît souriante» (Eurydice - Orphée aux enfers)
Gluck / Berlioz «Amour viens rendre à mon âme» (air d’Orphée - Orfeo)

Berlioz  Béatrice et Bénédict, ouverture

Rossini «Non piu mesta» (Angelina - La Cenerentola)

Bis Mozart « Parto, parto » (Sesto - La Clémence de Titus)

DiDonato01.jpgEtrange soirée où les fanatiques de classification partirent en déroute face à une Joyce DiDonato enflammée aussi bien dans les rôles de mezzos que dans les rôles de sopranos.

Vitellia s'emporte au point d'avaler la salle comme le ferait Waltraud Meier sous les traits d'Ortrude, Mozart n'ayant plus qu'à se recoiffer, Angelina se panache de virtuoses bulles d'ivresse décorées de furtives coloratures fantaisie, le pendant de Rosine par Callas, et Sesto, le héros de Gluck, se laisse aller à une magnifique épure, rêveuse et introspective.

Plus discrets, car humainement plus simples, Suzanne et Chérubin se contentent d’être charmants, et « Malgré toi, je saurai t ‘arracher au trépas » seront les intentions les plus intelligibles d’Eurydice.

                                          Joyce DiDonato

En parallèle, Kazushi Ono mène un second concert avec l’orchestre de l’Opéra de Lyon, netteté de l’éclat dans Berlioz, fluidité vivante de la Sinfonia de Poulenc, et tous les archers scient l’air avec divers petits décalages en orientation quand la musique de Gluck résonne.

Enfin, Sesto, le héros de Mozart cette fois, vient saluer d’un bis qui sera l’unique de la soirée, engagé et touché par la fatigue de plusieurs jours de travail intense, « Parto, parto ».

Les airs de ce concert seront intégrés au prochain album de Joyce DiDonato, "Diva Divo",  prévu pour janvier 2011.

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Publié le 17 Septembre 2010

OneguineBastille01.jpgEugène Onéguine (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Répétition générale du 15 septembre 2010
Opéra Bastille

Madame Larina Nadine Denize
Tatiana Olga Guryakova
Olga Alisa Kolosova
La Nourrice Nona Javakhidze
Lenski Joseph Kaiser
Eugène Onéguine Ludovic Tézier
Le Prince Grémine Gleb Nikolski
Zaretski Ugo Rabec
Monsieur Triquet Jean-Paul Fouchécourt

Mise en scène Willy Decker

Direction musicale Vasily Petrenko

 

          Ludovic Tézier (Eugène Onéguine)

L’ouverture de la nouvelle saison de l’Opéra de Paris laisse le champ à deux portraits d’hommes en errance, le Hollandais du Vaisseau Fantôme et Eugène Onéguine, dans deux reprises créées sous la direction d’Hugues Gall et confiées au metteur en scène favori de Nicolas Joel : Willy Decker.

Dans le cas d’Eugène Onéguine, il nous faut remonter assez loin puisque la production date de 1995, lorsque les nouvelles créations de La Bohème, Billy Budd et Cosi Fan Tutte constituaient, elles aussi, les nouvelles armes de reconquête du rang international de la Maison.

OneguineBastille05.jpg

Confronter ce spectacle à celui qui vient au même moment d’ouvrir la première saison de Gerard Mortier à Madrid, dans la vision de Dmitri Tcherniakov qu’accueillit Paris il y a deux ans, permet une captivante mise en relief des forces et faiblesses de part et d’autre.

Inévitablement, Madame Larina retombe dans une posture effacée et n’est plus la mère de famille qui rythme la vie dans sa datcha, bien que Nadine Denize restitue un maternalisme naturel.

La nourrice, petite vieille toute courbaturée, est traitée façon Singspiel, façon Papagena toute âgée, alors que Nona Javakhidze la chante avec la légèreté de l’âme en grâce, la seule voix qui pourrait atteindre la jeune fille.


OneguineBastille02.jpgCette jeune fille, Tatiana, Olga Guryakova l’incarne totalement, avec ces couleurs russes, c’est-à-dire ces couleurs au galbe noble et à l’ébène lumineux qu’elle n’a pas perdu depuis son interprétation il y a sept ans de cela sur la même scène.

Le visage tout rond d’innocence, les cheveux parcourus de mèches finement tissées comme en peinture, la puissance de ses sentiments qui passent intégralement par la voix trouve aussi quelques expressions scéniques fortes lorsque, dans une réaction de honte absolue, elle détruit la lettre qu'Onéguine lui a sèchement rendu.

 

 

                               Olga Guryakova (Tatiana)

Il est vrai que Ludovic Tézier se contente de retrouver cette posture hautaine et méprisante qu’il acquière si facilement, son personnage ne suscitant aucune compassion de la part de l’auditeur, aucune circonstance atténuante.

Peu importe que les tonalités slaves ne soient pas un don naturel, il est la sévérité même qui doit cependant s’abaisser face à l’immense Prince de Gleb Nikolski, un médium impressionnant, quelques limites dans les expressions forcées, tout en mesure dans sa relation à Tatiana et Onéguine.

L’autre couple, Olga et Lenski, trouve en Alisa Kolosova et Joseph Kaiser deux interprètes élégants, musicalement et scéniquement, le second sans doute plus touchant de par son rôle, mais aussi par la variété de ses coloris.

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   Alisa Kolosova (Olga) et Joseph Kaiser (Lenski)

L’impeccable et fine diction de Jean-Paul Fouchécourt permet de retrouver un Monsieur Triquet chantant en langue française, principale entorse musicale que Dmitri Tcherniakov s’était alloué dans sa production du Bolchoï en faisant interpréter cet air par Lenski, mais dans un but bien précis.

Le haut niveau musical de cette reprise bénéficie par ailleurs du soutien d’un orchestre et d’un chef intégralement consacrés au potentiel sentimental et langoureusement mélancolique de la partition, une fluidité majestueuse du discours qui en réduit aussi la noirceur.

La gestuelle souple, harmonieuse, de Vasily Petrenko, et son emprise sur les musiciens et les chanteurs s’admirent avec autant de plaisir.

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   Joseph Kaiser (Lenski)

Evidemment, comparée à la richesse du travail dramatique de l’équipe du Bolchoï, vers lequel le cœur reste tourné, la vision de Willy Decker paraît bien sage et naïve, simple dans son approche humaine, attachée au folkore russe qui pourrait rappeler les farandoles de Mireille la saison passée, et classique dans la représentation du milieu conventionnel et sinistre que rejoint Tatiana.

Mais il y a dans les éclairages, le fond de scène la nuit, les lumières d’hiver dans la seconde partie, un pouvoir psychique réellement saisissant.

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    Olga Guryakova (Tatiana)

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Publié le 13 Septembre 2010

Oneguine03.jpgEugène Onéguine (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Représentation du 11 septembre 2010

Théâtre Royal de Madrid

Madame Larina Makvala Kasrashvili
Tatiana Tatiana Monogarova
Olga Oksana Volkova
La Nourrice Nina Romanova
Lenski Alexey Dolgov
Eugène Onéguine Mariusz Kwiecen
Le Prince Grémine Anatolij Kotscherga
Zaretski Valery Gilmanov

Mise en scène Dmitri Tcherniakov

Direction musicale Dmitri Jurowski
Solistes, Orchestre et Chœurs du Bolchoï
 

                                      Mariusz Kwiecen (Eugène Onéguine)

En septembre 2008 Gerard Mortier ouvrait sa dernière saison parisienne avec la volonté de faire connaître au public parisien un nouveau metteur en scène : Dmitri Tcherniakov.

Sa réflexion sur Eugène Onéguine prenait l’apparence d’un classicisme typique de la Comédie Française pulvérisé de toute part par des touches ironiques totalement absentes du livret, et l’on pourrait n’attirer l’attention que sur la manière dont Lenski était tourné en dérision par son entourage, y compris Olga.

Deux ans après, jour pour jour, le Teatro Real de Madrid a donc l’honneur de découvrir ce travail scénique déjà longuement commenté dans ces pages.

Oneguine01.jpg   Tatiana Monogarova (Tatiana)

On pourrait se croire lassé par une production qui fut également diffusée sur Arte puis éditée en DVD, et pourtant, la libération émotionnelle de Tatiana, seule à sa table et s’ouvrant entièrement à Onéguine avec une tension croissante, engendre un frisson électrisant qui trouve son origine dans une vérité trop justement exprimée.

Il en va de même de cette véritable exécution à cœur ouvert que subit Tatiana, opposée à celui qu’elle aime de part et d’autre des extrémités de l’immense table.

Toute l’approche de Dmitri Tcherniakov est une mise en valeur du courage qu’implique la résistance au mimétisme des attitudes conventionnelles, un constat de la facilité avec laquelle l’entourage social tombe dans le convenu uniforme et le dérisoire.

Et c’est dans les couleurs les plus intimes que l’orchestre du Bolchoï  fond, sous la main de Dmitri Jurowski, un rendu sonore au cœur battant.

En revanche, les scènes de fêtes s’animent d’un élan très contrôlé avec une étrange manière de conclure les mouvements théâtraux avec force excessivement appuyée, quand ce ne sont pas les cors qui exagèrent.

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      Tatiana Monogarova (Tatiana)

Tous les chanteurs sont conviés à rendre vie à leurs personnages selon des lignes bien précises, Olga (Oksana Volkova) désinvolte et insensible que l’on devine très bien en future Madame Larina - rôle repris par Makvala Kasrashvili avec un peu moins de finesse qu’à l‘Opéra Garnier - , Tatiana qui souffre, sans mépris, son entourage complètement stupide - jeune paysanne dont Tatiana Monogarova décline les tourments d’une voix claire et subtilement ondulée, et avec des regards aussi miraculeux de lucidité et d’humanité que ceux de sa compatriote Ekaterina Shcherbachenko, elle aussi présente en alternance.

Dans ce monde indifférent, Alexej Dolgov se révèle un interprète impulsif de Lenski.
Son être vit au plus près d’une âme aussi entière que celle de Tatiana, mais qui ne peut éviter, par imprudence et manque de distanciation, de tomber et d’y laisser sa peau.
Son chant s’approche moins de la préciosité bourgeoise que de l’authenticité populaire.

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   Mariusz Kwiecen (Eugène Onéguine) et Alexej Dolgov (Lenski)

Rodé à son rôle d’homme en recherche de contenance et d’un pathétique besoin de reconnaissance au dernier acte, Mariusz Kwiecen est l’immature à la voix mûre, la noirceur charmeuse.

Il retrouve un autre partenaire des représentations parisiennes, Anatolij Kotscherga, plus appliqué à Madrid à affiner une douceur décalée en regard d’une autorité lucide et de fer.

Bien que d’une rondeur plus maternelle, la voix de Nina Romanova ne fait pas oublier celle de Emma Sarkisyan, usée, mais plus humaine par le vécu qu’elle évoquait.

A l’occasion de la Noche en Blanco, la retransmission du spectacle sur la plaza de Oriente a attiré environ deux mille personnes, pas autant que pour une star nationale comme Placido Domingo, mais avec un même enthousiasme, surtout lorsque les artistes vinrent saluer au balcon du Théâtre Royal.

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