Publié le 19 Février 2012

Rigoletto02.jpgRigoletto (Giuseppe Verdi)
Représentations du 30 janvier et

du 18 février 2012 à l'Opéra Bastille

Rigoletto Zeljko Lucic
Gilda Nino Machaidze
Le Duc de Mantoue Piotr Beczala
Sparafucile Dimitry Ivashchenko
Maddalena Laura Brioli
Giovanna Cornelia Oncioiu
Monterone Simone del Savio
Marullo Florian Sempey
Di Ceprano Marianne Crebassa

Direction musicale Danielle Callegari
Mise en scène Jérôme Savary (1996)

 

 

Rien que pour la présence de Nino Machaidze cette sixième série de Rigoletto en seize ans mérite d’être entendue. La jeune soprano géorgienne n’en est qu’au début de sa carrière, et il y a en elle ce rayonnement magnétique qui promet des prises de rôles électrisantes.                                                                                 Nino Machaidze (Gilda)

Elle dépeint ce soir une Gilda très mature et décidée, enflammée et rêveuse mais sans naïf angélisme et surtout, elle ne peut se départir de sa spontanéité naturelle adorablement lumineuse lorsqu’elle vient saluer au rideau final avec un sourire magnifique.

Son timbre n’est pas aussi pur et velouté qu’une Anna Netrebko ou une Angela Gheorghiu,  il rappelle plutôt celui d’Anna Caterina Antonacci avec de petits éclats sombres qui lui donnent du caractère, elle néglige parfois perceptiblement la musicalité et la perfection du phrasé dans les passages vifs, mais ensuite, elle affiche une aisance sidérante à irradier la salle entière de sa voix puissance et clairement colorée.

Si on passe sur les toutes extrêmes coloratures qu’elle ne se risque pas à exécuter à la fin de "Caro Nome", la belle féminité de sa stature et la noirceur qu’elle peut exprimer suggèrent l’idée étrange de l’entendre en Lady Macbeth, elle y serait royale et troublante à ne pas en douter.

Rigoletto03.jpgMais elle n’est pas la seule à faire toute la valeur de cette reprise, car Zeljko Lucic est un Rigoletto d’une grande noblesse malgré son rôle de bouffon, un beau timbre fumé et une projection de voix particulièrement percutante ce soir. Dommage qu’aucune direction d’acteur ne lui donne une assise théâtrale, et nous n’entendrons même pas les appels Gilda! Gilda!, toujours poignants, lorsqu’il rejoint la chambre de sa fille enlevée.

Habitué à chanter les rôles majeurs du répertoire sur les plus grandes scènes internationales, Piotr Beczala ne semble pas aborder le personnage le plus adéquat pour sa voix. Il possède un certain rayonnement et un profond souffle qui laissent des traces marquantes de ses passages vocaux, une forte présence dans le médium et le grave, mais les aigus de ses airs « Questa o quella » et « La donna e mobile » se rétrécissent très vite.  Enfin, la séduction des sonorités italiennes lui fait défaut, et son personnage reste campé dans une attitude purement légère et trop convenue, bien qu’il ait gagné de l’assurance par rapport aux premières représentations.
                            Nino Machaidze (Gilda)

 Parmi les rôles secondaires on remarque l’impressionnant Sparafucile de Dimitry Ivashchenko, une belle basse dont les couleurs vocales grisonnantes rappellent certaines intonations de Nicolaï Ghiaurov, et le Marullo de Florian Sempey qui s’amuse de bon cœur à donner la réplique à Zeljko Lucic quand ce dernier cherche à retrouver sa fille.

Non content de faire filer la musique avec dynamisme, Danielle Callegari tire des effets de style de l’orchestre, que ce soit par de subtiles changements de cadences - l’impulsivité de Gilda se retrouve dans de furtives accélérations musicales - ou bien par des variations de volume sonore harmonieusement lissées dans les moments dramatiques. Ce grand travail théâtral et musical privilégie transparence et éclat et modère les tonalités sombres et inquiétantes de la partition.

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Publié le 19 Février 2012

Voyage-hiver01.jpgVoyage d’hiver (Franz Schubert)
Représentation du 17 février 2012
Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Winterreisse
01 Gute Nacht                            03 Gefrorene Tränen    
02 Die Wetterfahne                    12 Einsamkeit    
08 Rückblick                              05 Der Lindenbaum
17 Im Dorfe                                 19 Täuschung    
06 Wasserflut                              07 Auf dem Flusse
13 Die Post                                 09 Irrlicht
10 Rast                                        11 Frühlingstraum    
04 Erstarrung                            14 Der greise Kopf
18 Der stürmische Morgen     15 Die Krähe    
20 Der Wegweiser                    16 Letzte Hoffnung    
21 Das Wirtshaus                     22 Mut        
23 Die Nebensonnen              24 Der Leiermann

La Femme Mélanie Boisvert
Le Poète Guillaume Andrieux
Le Musicien vagabond Didier Henry                                  Mélanie Boisvert (La jeune femme)

Mise en scène Yoshi Oïda
Direction musicale Takénori Némoto
Ensemble Musica Nigella
(2 violons, alto, violoncelle, basse, clarinette, basson, cor)

Le Voyage d’hiver - cycle de lieder composé à l’origine pour piano et ténor - est présenté ce soir dans une version profondément remaniée.
Avec huit de ses musiciens, tous issus de l’ensemble Musica Nigella, Takémory Némoto en a réalisé une version pour orchestre qui, au creux de l’intimité de la salle aux allures de théâtre en miniature, prend une dimension ouateuse et très enveloppante.
On est pris dans une atmosphère nostalgique, des couleurs à la fois rudes et chaleureuses généreusement dissipées par les résonances et les frissonnements du corps des instruments à cordes, alors que la rondeur des motifs des trois instruments à vent dialogue avec les sensations de l’âme que l’on surprend à évoquer les plaintes de Tristan.

La mise en scène de Yoshi Oïda fait intervenir trois chanteurs, le poète errant, mais aussi la femme pour laquelle il éprouve des sentiments non partagés, et un vagabond qui est son seul compagnon et un regard désarmé sur ces vagues à l’âme sans espoir.
Pour des raisons dramaturgiques l’ordre des lieder est parfois modifié, mais l’intégralité des textes est interprétée.
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   Guillaume Andrieux (Le poète) et Didier Henry (Le vagabond)

 

La belle découverte est le talentueux Guillaume Andrieux, un jeune baryton clair qui chante cette insondable peine non seulement avec un art pleinement poétique et des effets d’allègement de voix qui évoquent un autre grand romantique du répertoire allemand, Wolfram, mais également avec une incarnation qui rend lisible la perdition dans le regard.

Mélanie Boisvert, belle femme par ailleurs, se situe dans un registre beaucoup plus terre à terre, impeccablement précis, mais bien moins sensuel et touchant, comme pour marquer le fossé qui sépare la vision amoureuse du jeune homme de la personnalité assez indifférente du personnage réel.

Didier Henry apporte, quand à lui,  une touche paternelle solide et humaine au vagabond.

De la scénographie se distinguent surtout le bel arbre blanc et les variations tristes des ambiances lumineuses plutôt que les petits détails sonores qui ont pour effets de divertir de l’impression d’ensemble.

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Publié le 13 Février 2012

La Légende de la ville invisible de Kitège et de la vierge Fevronia

kitege02.jpg(Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov)
Représentation du 11 février 2012
De Nederlandse Opera

Prince Yury Vsevolodich Vladimir Vaneev
Prince Vsevolod Maxim Aksenov
Fevroniya Svetlana Ignatovich
Grishka Kuter’ma John Daszak
Feodor Poyarok Alexey Markov
Page Mayram Sokolova
Deux gentilshommes Morschi Franz
                                  Peter Arink
Joueur de Gusli Gennady Bezzubenkov
Montreur d’ours Hubert Francis
Mendiant Iuri Samoilov
Bedyay Nikita Ognovenko
Burunday Vladimir Ognovenko
Sirin Jennifer Check
Alkonost Margarita Nekrasova

Mise en scène Dmitri Tcherniakov

Direction musicale Marc Albrecht

Orchestre Philharmonique Néerlandais                        Svetlana Ignatovich (Fevronia)
Chœur du Nederlandse Opera
Nederlands ConcertKoor                                             

Coproduction Opéra National de Paris, Scala de Milan, Liceu de Barcelone.

Depuis la dislocation de l'ancienne URSS, un renouveau du rayonnement culturel russe est rendu possible grâce à l'engagement d'artistes et de personnalités politiques qui soutiennent ses projets innovants.
Dans les années 1990 et 2000, Valery Gergiev entreprit de hisser le Théâtre Mariinski de St Petersbourg parmi les premières scènes grâce à plusieurs tournées internationales.
Et certains de ses points de passages furent, à Paris, le Théâtre des Champs Elysées (1994 et 1997), puis le Théâtre du Châtelet (2003 et 2005).

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Le Bolchoï de Moscou vient de connaître, lui aussi, un renouveau tout récent puisqu'il dispose maintenant de deux scènes depuis octobre 2011.

Et ce rayonnement a enfin trouvé en Dmitri Tcherniakov un régisseur capable de réactualiser les œuvres lyriques les plus emblématiques du répertoire russe, quitte à se mettre à dos quelques personnalités tout autant emblématiques, telle Galina Vichnevskaïa qui est toujours aussi farouchement opposée à sa relecture impertinente et sensible d' Eugène Onéguine.

Pourtant, c'est bien à Tcherniakov qu'est revenue l'élaboration du Gala de réouverture du Bolchoï, tout comme lui est revenu l'honneur de mettre en scène Russlan et Ludmilla diffusé sur Arte en novembre dernier.

kitège03La Légende de la ville invisible de Kitège appartient à ce même genre de conte imaginaire - l’histoire se déroule dans la première moitié du XIIIème siècle - dont, au premier abord, on ne voit pas bien comment le sujet pourrait toucher le public d'aujourd'hui s'il l'enferme dans une imagerie vieillotte, et s'il le laisse seul face aux longs élans mystiques de la partition.

Rien qu'à Paris, cet opéra ne s'y est produit scéniquement que deux fois, en 1935 à l'Opéra Comique, puis en 1994 au Théâtre des Champs Elysées.

Comme il le fait systématiquement, Dmitri Tcherniakov a donc adapté la dramaturgie en se détachant des détails anecdotiques et folkloriques, mais tout en restant fidèle à la réalité émotionnelle du livret et de la musique.
Maxim Aksenov (Prince Vsevolod)

Chaque acte est introduit par un court texte projeté sur le large rideau noir de l'avant scène afin d'en restituer le contexte. Et le premier de ces textes suggère qu'un évènement important a bouleversé la vie sur Terre, libre au spectateur d'en imaginer l'énigmatique nature : "After what happened on earth, life can never go on as before. Everybody lives waiting for an unavoidable end".

On s'attend avec impatience à ce que le rideau se lève sur un monde inattendu, mais il apparaît bien - on pourrait presque dire "avec surprise" - une forêt embrumée, jonchée de hautes herbes brunes et dorées, et trois gigantesques troncs qui délimitent, comme dans une composition picturale en diagonale, la clairière d'où s'élève la fumée d'une petite maison forestière.
Les applaudissements de certains spectateurs restent un amusant mystère.

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  John Daszak (Grishka Kuter’ma),  Morschi Franz et Peter Arink (deux gentilshommes)

 

Ensuite, le talent de conteur et d'animateur du metteur en scène se révèle très rapidement au cours de ce premier acte d‘une demi-heure, sans action majeure, qui est une grande  ode à la nature. Il introduit une famille, un enfant et ses parents, pour recréer la vie de la jeune Fevronia dans cette nature avec laquelle son esprit de communion s'exprime par de petits gestes qui accompagnent les chatoiements de la musique et ses chants d‘oiseaux.

Svetlana Ignatovich chante avec une innocence et une chaleur réconfortantes, une douce mélodiste épurée qui a le tendre regard d’une soeur pour Maxim Aksenov, le jeune prince un peu immature et au timbre déchiré.
Son habillement de citadin moderne prépare aux tableaux suivants qui vont se situer dans des villes contemporaines, l’autre visage de la Russie.

Marc Albrecht tire de l’orchestre une toile sonore éthérée d‘une grande fluidité, un rien opaque, que les fins motifs instrumentaux parcourent sans forts contrastes, mais sans être noyés pour autant.
Il y a, et ce sera une constante de toute la soirée, un sincère et discret enchantement à entendre cette musique dans des conditions réelles, et à en surprendre les petits détails qui émergent de ce flux irréel.

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   Svetlana Ignatovich (Fevronia) et Alexey Markov (Feodor Poyarok)

 

Au second acte, la petite-Kitège, lieu où le prince et Fevronia arrivent pour se marier, devient le hall d’un grand bâtiment criblé de fenêtres étroites - pour donner une idée, on se croirait à l’intérieur de la tour Jussieu à Paris -,  au centre duquel une population bigarrée s’est regroupée pour passer le temps en se détendant autour des tables.

Et surgit Grichka Koutierma, ivrogne mauvais et repoussant, en lequel Fevronia espérera en vain une forme de rédemption. John Daszak interprète un personnage sidérant de réalisme, d’un grand impact vocal, mordant, et d’une confiante clarté qui, malgré tout, en dresse un portrait qui n’écarte pas toute empathie. Son rôle est violent, et il le restera jusqu’à ce qu’il abandonne la jeune fille au milieu de la forêt du dernier acte.

Et le chœur de l’opéra d’Amsterdam, renforcé dans cet acte par le Nederlands ConcertKoor à l’arrivée des Tatars, une bande de rebelles-terroristes masqués et armés qui vont incendier le bâtiment après avoir massacré une bonne partie des gens, prend une importance sur scène qui atteindra son sommet dans la troisième partie.
 
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  La destruction de la Petite Kitège par les Tatars.  

 

Car Kitège est une œuvre où le chœur, l’âme éternelle du peuple russe, dispose d’une place fondamentale. Dmitri Tcherniakov en exige un complexe travail théâtral, un fourmillement de personnages autonomes dans cet acte, animés par leurs petites destinées individuelles.

Les rôles secondaires, Morschi Franz et Peter Arink en gentilshommes, Gennady Bezzubenkov en joueur de Gusli, et Hubert Francis en montreur d’ours sont tous très bien personnalisés, en respectant l’apparence de leur condition sociale, et très bien chantés.

La petite Kitège est ainsi un lieu qui a abandonné toute conviction spirituelle - on se raille des symboles religieux -, et où seules les apparences comptent encore.

kitege07.jpgLe lever de rideau du troisième acte entraîne une clameur amusée, car la Grande Kitège, une merveille légendaire, prend la forme d’une autre grande salle aux murs bleus décrépis, flanqués de grands rideaux, et qui suggère l’abattement moral et la fin de toute illusion.
Alexey Markov, tout juste revenu de Madrid où il interprétait Robert dans  Iolanta, fait son entrée les yeux ensanglantés, et décompose un Feodor Poyarok pétri d’une impressionnante douleur.  Et Vladimir Vaneev, vers lequel tous les espoirs du peuple réfugié se tournent, nous fait entendre une invocation profondément triste, bouleversante d‘humanité, un des moments les plus forts de la soirée.

Vladimir Vaneev   (Prince Yury Vsevolodich)

L’art déclamatoire du chœur, un peuple abandonné mais cette fois uni par la foi, indifféremment vêtu d’habits modestes bleu-clairs, est d’une superbe noblesse slave. Tout suggère, lorsque hommes et femmes chantent les yeux fermés tournés vers le ciel, couverts par leurs mains en arc, la croyance en un au-delà salvateur.
On aimerait savoir si, et comment, les deux chefs de chœurs Boudewijn Jansen, également assistant à la direction, et Martin Wright ont étroitement collaboré.
On n’ose penser au travail colossal qui attend le chœur de Bastille lors de la reprise parisienne dans les années qui viennent pour égaler un tel résultat.

kitege08.jpgMayram Sokolova (Le Page)

 

Les profondes modifications dramaturgiques de Dmitri Tcherniakov deviennent plus sensibles dans cet acte. 

Tout d’abord, le rôle du page devient celui d’une femme qui pleure seule avec son enfant, et Mayram Sokolova l’incarne avec une très belle voix sombre et souple, beaucoup de caractère, ce qui accentue l’émotion de ses interventions désespérées.

 

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   Svetlana Ignatovich (Fevronia)

 

Ensuite, il y a unité de lieu entre la forêt au bord du lac, où devraient siéger les Tatars, et la Grande Kitège. Bien entendu, il n’est question d’aucune brume mystérieuse qui rend la ville invisible. L’arrivée des étrangers a lieu directement de nuit dans la grande salle.
Leur entrée invasive, sur les leitmotiv sinueux et inquiétants de la musique de Rimski Korsakov, en brisant une des vitres éclairées, est réglée avec une force dramatique impressionnante. 

 

La violence du massacre du prince - qui devrait mourir au combat lors de la transition symphonique soulevée par la bataille de Kerjenets - est suggérée sans trop en montrer, mais le désir de possession sexuelle de Bouroundaï, un des deux chefs tatars, pour Fevronia est beaucoup plus cru. 

Les voix de ces deux chefs sont par ailleurs bien moins parfaites, voir très oscillantes, ce qui ne fait qu’accentuer la laideur de ces personnages.

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   Maxim Aksenov (Prince Vsevolod) et Svetlana Ignatovich (Fevronia)

 

Enfin, ce n’est pas la vision extraordinaire de Kitège dans les eaux du lac qui fait s’enfuir les barbares, mais la découverte des femmes qui se sont données la mort.
Leur effroi est celui des Grecs découvrant les Troyennes suicidées.

Marc Albrecht dépeint une atmosphère musicale toujours aussi mystérieuse, mais les emportements de la partition ne sont pas dynamisés, ce qui ôte de la tension aux transitions énergiques.

Dans la dernière partie, le décor de la forêt réapparaît, de nuit, et les troncs d’arbres stylisés sont glacés par la lumière du clair de lune.
Grichka Koutierma abandonne Fevronia après une ultime lutte, et l’apparition fantastique de la Grande Kitège est résolue par la vision qu’a la jeune vierge en revoyant tous les êtres qu’elle a aimés, mais qu’elle n’a pu sauver.

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A l’image du bonheur intimiste dans la petite cabane - on retrouve le procédé théâtral de la lampe qui augmente d’intensité comme dans Eugène Onéguine - entre elle et le Prince, succède ainsi une scène identique à celle de Krzysztof Warlikowski dans  Parsifal : tous se retrouvent autour d’une table, comme une famille recomposée.

A la différence que ce final, une merveille de réminiscences scintillantes similaire à la toute fin de La Walkyrie, est beaucoup plus long ici, pas moins d’un quart d’heure.
Mais lorsque le rideau se referme sur ce rêve, Fevriona se retrouve seule avec elle-même.

Svetlana Ignatovich ne fait que recevoir un magnifique accueil intense, chaleureux et mérité après un tel engagement, et après avoir surmonté ce final étendu, le plus tendu de l’ouvrage pour sa tessiture.

Dmitri Tcherniakov, présent en observateur pendant la première partie au fond du parterre, conclut ainsi sur une fin pessimiste où la sauvagerie humaine a eu raison de la foi religieuse et du mysticisme païen. On ne sait quoi dire d’autre devant un tel travail méticuleux et réfléchi, et une telle interprétation musicale.

 

kitege11.jpg De Nederlandse Opera devant le canal Binnenamstel gelé

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Publié le 5 Février 2012

Orphee02-copie-2.jpgOrphée et Eurydice (Christoph W. Gluck)
Répétition générale du 03 février 2012
Palais Garnier

Orphée  Maria Riccarda Wesseling Chant
              Stéphane Bullion Danse
Eurydice Yun Jung Choi Chant
              Marie-Agnès Gillot Danse
Amour    Zoe Nicolaidou Chant
              Muriel Zusperreguy Danse

Chorégraphie Pina Bausch
Ballet de l’Opéra National de Paris

Balthasar-Neumann Ensemble & Chor
Direction musicale Manlio Benzi

 

 

 

Stéphane Bullion (Orphée) et Marie-Agnès Gillot (Eurydice)

 

Il y a de curieuses coïncidences, parfois, qui rappellent le caractère mystérieux de la vie.

 

Alors que les représentations de  Perséphone s’achèvent au Teatro Real de Madrid, l’Opéra National de Paris s’apprête à reprendre Orphée et Eurydice dans la chorégraphie de Pina Bausch.


Nous sommes donc à nouveau invités à descendre aux enfers, mais cette fois en compagnie d’Orphée. Il s’y rend seul avec sa musique, y défie un cerbère déchaîné, puis, trouve Hadès et Perséphone, devenue son épouse, qu’il charme suffisamment pour obtenir la chance de ramener sa bien aimée à la lumière du jour.

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Mais alors que dans l’original mythologique c’est le doute d’Orphée qui le pousse à se retourner vers son Eurydice, pour finalement la perdre définitivement, dans la version de Gluck c’est le tourment d’Eurydice déclenché par le silence du poète qui a raison de leur amour. Car cet amour, soudé par la confiance des deux amants, ne peut exister sur terre sans la parole.

Le mythe d’Orphée dispose aussi d’une place bien à part dans l’histoire de l’Opéra, car il est à l’origine du premier véritable opéra, Euridice, composé par Peri en 1600, quelques années avant L’Orfeo de Monteverdi. Aucun autre personnage qu’un poète lyrique qui croit en son talent pour aller ressusciter son amour perdu ne peut aussi bien symboliser le pouvoir de l’art lyrique sur la vie.

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   Marie-Agnès Gillot (Eurydice)

 

En 1975, alors qu’elle venait de rejoindre la compagnie de Wuppertal, près de Düsseldorf, Pina Bausch créa Orphée et Eurydice à partir de la version française traduite en allemand mais sans l’ouverture et le final heureux. L’Œuvre devait être purement tragique pour en révéler la force de sa morale.

Elle recréa sa chorégraphie pour Paris, en 1993, mais c’est à l’initiative de Brigitte Lefèvre et Gerard Mortier qu’Orphée et Eurydice est durablement inscrit au répertoire depuis le 30 mai 2005.
La reprise de ce spectacle en 2008 fut l’occasion d’une retransmission télévisuelle en direct sur Arte, pour la première fois Pina Bausch acceptait que l‘on filme une de ses créations, et il en est resté un magnifique enregistrement vidéo avec Yann Bridard et Marie-Agnès Gillot.

Orphee06-copie-1.jpg   Stéphane Bullion (Orphée) et Marie-Agnès Gillot (Eurydice)

 

Le revoir en vrai est donc une façon de retrouver ces émotions profondément pathétiques qu’engendre un ensemble où se mêlent expressivité des corps, fluidité des gestes, beauté plaintive des chœurs, poésie et violence des lignes orchestrales et tendresse du chant.

L’opéra ouvre sur l’extrême tristesse du chœur pleurant la mort d’Eurydice - le Balthasar-Neumann Chor situé sous la scène derrière les musiciens révèle un art du chant très clair et humain -, et, alors qu’Orphée reste prostré dans son coin, les corps des danseurs et danseuses suivent des lignes qui se courbent en harmonie avec la musique, une magnifique grâce sublimée par la légèreté des voiles noirs et qui forme à elle seule une des plus impressives images.


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Muriel Zusperreguy, l’incarnation de l’Amour, virevolte avec une telle fraicheur et aisance qu’elle en rayonne d’espérance pour la vie.

Et pour sa prise de rôle, Stéphane Bullion déploie un personnage très impressionnant, un modelé détaillé de tous les muscles du corps qui évoque plus la perfection classique que l’insoutenable douleur intérieure telle que Yann Bridard l’avait exprimée avec une souplesse toute féminine. Ici rien ne se lit sur le visage du danseur étoile, comme si rien ne devait transparaître de sa détermination à braver l’enfer.
Cela peut être pris pour une difficulté à s’extérioriser, ou pour un moyen qui lui permette de masquer la sensibilité d‘Orphée. Toute sa masculinité se lit dans la carrure de ses larges épaules et les angles de son visage fauve.


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   Maria Riccarda Wesseling (Orphée à gauche) et Stéphane Bullion (Orphée au centre).

 

Du coup, cela en rend plus crédible le renoncement final d’Eurydice qui ne sait interpréter la froideur apparente.

Par la suite, le poète quitte la terre pour rencontrer le cerbère, trois danseurs en tablier de forgeron dansent par bonds vifs et agressifs. Il s’agit du moment le plus tendu de la partition, car la musique de Gluck s’emporte, et, dans cette tourmente, le charme des sveltes danseuses en voiles blancs se heurte sans espoir à des gardiens qui les jettent à terre avec une apparente violence qui brise net cette grâce.

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A l’arrivée au jardin des bienheureux toute la scène se trouve plongée dans le noir, et toutes les coulisses sont totalement ouvertes, ce qui laisse une impression d’espace ombré infini.
La sereine magie de la musique et les motifs poétiques du joueur de flûte se superposent à une chorégraphie en rose d’une fluidité et d’une féminité caressante.

L’apparition de Marie-Agnès Gillot n’est alors plus que légèreté et théâtralité du geste et du regard, une présence qui se fait courant d’air. Les doutes se lisent même lorsqu’elle décide de suivre Orphée.
Orphee05.jpgLa confrontation entre les deux êtres prend corps dans la dernière partie, dans un espace lumineux mais fermé, le contraire de la scène précédente, les murs de la vie réelle.
Marie-Agnès Gillot y est bouleversante et d’une humaine désespérance.

Tout au long de l’œuvre, Maria Riccarda Wesseling (Orphée), Yun Jung Choi (Eurydice) et Zoe Nicolaidou (L’Amour) interprètent, en doublure, les parties chantées en harmonie parfaite avec leur personnage.

Maria Riccarda Wesseling, qui fut une Iphigénie théâtralement mémorable dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, et l’interprète d’Orphée lors de la dernière reprise, est une magnifique tragédienne.

Sa voix semble avoir gagné en triste noirceur, et la beauté douloureuse de son regard introspectif évoque la conscience de la gravité de la vie.

Stéphane Bullion (Orphée), Marie-Agnès Gillot (Eurydice), Maria Riccarda Wesseling (Orphée) et Yung Jung Choi (Eurydice)

A l’inverse, Zoe Nicolaidou est la lumière de l’Amour, une lumière mozartienne rassurante.

La musique de Gluck a un pouvoir émotionnel fort, un miracle pour son époque.
Pour lui donner toute sa force, il faut lui donner un relief et un élan sans réserve que, pour l’instant, le Balthasar-Neumann Ensemble n’a pas encore retrouvé.
Mais il ne s’agit que d’une ultime répétition, et si Manlio Benzi assure les premières représentations, il faudra également entendre les dernières exécutions par Thomas Hengelbrock, un habitué de ce chef-d'oeuvre.

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Stéphane Bullion (Orphée), Maria Riccarda Wesseling (Orphée) et Yung Jung Choi (Eurydice)

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Publié le 1 Février 2012

Dimanche 05 février 2012 sur France 3 à 00H15
Tchaïkovski et Rimski-Korsakov
par Anna Netrebko (soprano) et Daniel Barenboim (piano)

Dimanche 05 février 2012 sur Arte à 09H45
Tchaïkovski : Sextuor pour deux violons, deux altos et deux violoncelles opus 70, par le quatuor Modigliani rejoint par deux musiciens du quatuor Pavel Haas.
10H15 Chostakovitch : Sonate pour violoncelle et piano
10H55 La Folle Journée 2012 - La musique russe : Extrait des Vêpres de Rachmaninov
11H15 Rachmaninov : Les cloches
12H05 La Folle Journée 2012 - La musique russe : Moussorgski , Tableaux d'une exposition
12H40 20ème siècle : Prokofiev à Arvo Pärt : Prokofiev, Quatuor à cordes n°2
13H15 Leçon de musique : la traditon russe : Tchaïkovski : variations sur un thème rococo
13H45 La musique russe : Budashkin : Concerto grosso
14H00 Petite leçon de musique : Stravinsky : le renard
14H35 Rachmaninov : Romances op.38
14H55 Chostakovitch : Concerto n°2
15H25 Tchaïkovski : Concerto pour violon
16H15 Prokofiev : 4 études et Feinberg, Sonate n° 5
16H35 Terem Quartet : Mélodies populaires
17H20 Scriabine : Etudes pour piano
18H30 La musique russe : Loggia Allegra
18H55 Concert de clôture : La Folle Journée de Nantes 2012

Lundi 06 février 2012 sur Arte à 00H35
Sylvie Guillem : sur le fil
Un portrait exclusif et voyageur de l'étoile française de la danse. 

 

Lundi 06 février 2012 sur TF1 à 03H20
Les Troyens (Berlioz)
Enregistré au Théâtre du Châtelet en 2003.
Direction John Eliot Gardiner. Mise en scène Yannis Kokkos.
Avec Anna Caterina Antonacci, Susan Graham, Gregory Kunde.
Seconde partie : Les Troyens à Carthage.

 

Mardi 07 février 2012 sur France 2 à 00H15
Esa-Pekka Salonen, anti-maestro

Mardi 07 février 2012 sur Arte à 02H00
Découvrir une oeuvre : Carmina Burana de Carl Orff

Dimanche 12 février 2012 sur France 3 à 00H15
Liszt, Chopin, Beethoven, Ravel, Prokofiev
par Argerich (piano)

Dimanche 12 février 2012 sur Arte à 15H00
La voix dans tous ses états.
Documentaire sur l'Opéra Studio de Francisco Araiza

Dimanche 12 février 2012 sur Arte à 18H50
Rolando Villazón présente les stars de demain

Lundi 13 février 2012 sur Arte à 00H20
L'orchestre de l'Oural joue Brahms et Strauss

Mardi 14 février 2012 sur France 2 à 00H15
Cadmus et Hermione (Lully)
Enregistré à l'Opéra Comique
Avec Morsch, Lefilliâtre, Marzorati, Lombard, Champion, Druet, Poul.
Le poème harmonique, dir Dumestre, msc Lazar.

Mardi 14 février 2012 sur Arte à 06H00
Versailles - Opéra, de Lully à Rameau
L'ensemble du Concert spirituel et la soprano Anne-Maria Panzarella interprètent Lully et Rameau.

Vendredi 17 février 2012 sur Arte à 22H10
Don Pasquale (Donizetti)
En léger différé du Théâtre des Champs Elysées
Avec Alessandro Corbelli, Désirée Rancatore, Francesco Demuro, Gabriele Viviani
Mise en scène Denis Podalydès, direction Enrique Mazzola

Lundi 20 février 2012 sur France 3 à 20H35
Victoires de la musique classique
Nominations Artiste lyrique : Stéphane Degout, Sophie Koch, Patricia Petibon

Mardi 21 février 2012 sur France 2 à 00H15
Balanchine à Paris

Dimanche 26 Février 2012 sur Arte à 15H00
Roméo au pays des Soviets.
Documentaire de Pasternak

Mardi 28 février 2012 sur France 2 à 00H15
Mozart : Concertos n°12 et 23
Orchestre de Paris, direction C.Eschenbach

 

Mercredi 29 février 2012 sur Arte à 22H00
Toscanini par lui même


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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique