Publié le 27 Mars 2015

Éclipse totale de soleil du vendredi 20 mars 2015 au Spitzberg (Svalbard)

Circonstances de l’éclipse totale de soleil

Une éclipse de soleil est un évènement extraordinaire pour ceux qui se trouvent dans une région parcourue par l’ombre de la Lune, car elle évoque, plus ou moins consciemment, une réunion idéale de deux forces contradictoires : l’une rayonnante et puissante, l’autre irrationnelle et obscure.

Vendredi 20 mars : Couronne solaire : ISO 100, Focale 300mm, vitesse 1/15s, ouverture 5.5

Vendredi 20 mars : Couronne solaire : ISO 100, Focale 300mm, vitesse 1/15s, ouverture 5.5

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Celle qui vient de se produire sur les Iles Féroé et l’Archipel du Svalbard est cependant sur le déclin, car elle appartient à un cycle d’éclipses totales finissant, dont la dernière manifestation aura lieu le 30 mars 2033 en Alaska, soit dans 18 ans 11 jours et 8 heures.

C’est ce que l’on appelle un cycle de Saros, le 120ème dans ce cas précis, qui s’étale sur plus d’un millénaire.

Lire également Spitzberg : Focus sur l'éclipse totale de soleil du 20 mars 2015

Trajectoire de l’éclipse totale de soleil du 20 mars 2015 sur le Svalbard (Saros 120) - selon le site de Xavier Jubier

Trajectoire de l’éclipse totale de soleil du 20 mars 2015 sur le Svalbard (Saros 120) - selon le site de Xavier Jubier

A chaque retour cyclique, la trajectoire de l’ombre de la Lune se rapproche du pôle Nord, avant de quitter définitivement le sol terrestre.

Peu de personnes ont donc été témoins de cette éclipse en 2015, les 2.500 habitants du Spitzberg – l’île principale du Svalbard, les 50.000 habitants des Iles Féroé, et les moins de 10.000 visiteurs internationaux qui se sont rendus sur les deux archipels.

 

Présentation du Svalbard

Le Svalbard est la désignation par les Vikings, en vieil islandais, de cette terre qu’ils découvrirent au 12ème siècle , les « côtes froides ».

Plus tard, au 16ème siècle, le navigateur hollandais Willem Barents aborda l’île principale qu’il nomma « Spitsbergen », les « montagnes pointues ».

Entrée de la vallée de Bjorndallen, face à l’Isfjorden, le lundi 16 mars 2015.

Entrée de la vallée de Bjorndallen, face à l’Isfjorden, le lundi 16 mars 2015.

Quatre mers et océan en bordent ses rives : la mer de Norvège, la mer du Groenland, la mer de Barents et l'océan Arctique.

Et, de par sa proximité avec le Pôle Nord distant de moins de 1.100 km, les expéditions polaires aériennes prirent, au début du XXème siècle, cet archipel comme point d’envol. Certaines s’achèveront dans des conditions dramatiques.

Conséquence de son lent déplacement depuis les zones équatoriales jusqu’à plus de 78° de latitude nord, le sous-sol du Svalbard est riche en fossiles d’animaux et de végétaux, ainsi qu’en ressources de charbon.

Le réseau d’antennes SVALSAT

Le réseau d’antennes SVALSAT

Longyearbyen, la capitale administrative, est une ville minière qui a considérablement évolué pour devenir un centre universitaire (UNIS). Elle dispose d’un aéroport depuis 1975, est surplombée d’un réseau d’antennes – SVALSAT – offrant des services de communication aux opérateurs internationaux (EUMETSAT, NASA, ESA, NOAA …), et devient maintenant une base d’accueil touristique.

Longyearbyen, le vendredi 20 mars 2015.

Longyearbyen, le vendredi 20 mars 2015.

Une seule des 7 mines originelles est encore en exploitation, et l’une d’entre elles est reconvertie depuis 1984 en une banque de gènes végétaux, le Global Seed Vault. Il en existe des centaines d’autres dans le monde, mais celle-ci a comme particularité d’être à l’abri des catastrophes naturelles ou nucléaires.

Observateur solitaire de l'éclipse rejoignant à pied Longyearbyen.

Observateur solitaire de l'éclipse rejoignant à pied Longyearbyen.

Il était possible – comme certains observateurs l’ont fait – de ne venir au Spitzberg que 48 heures pour observer l’éclipse de soleil, mais il est bien plus intéressant de profiter de cet évènement naturel pour explorer un peu cette région inhospitalière en hiver. Car même le jour de l’équinoxe de printemps, les températures descendent à -25°C, heureusement en l’absence de tout vent.

 

Randonnée vers le point d’observation

Afin de rejoindre le point d’observation situé à 450m au-dessus du niveau de la mer sur le plateau du Plataberget, au sud-ouest de Longyearbyen, trois jours de marche et de repérage (30km) vont être nécessaires.

Emplacement du point d’observation sur le plateau de Plataberget à 35km de la ligne de centralité. Tracé – en vert – du parcours d’exploration.

Emplacement du point d’observation sur le plateau de Plataberget à 35km de la ligne de centralité. Tracé – en vert – du parcours d’exploration.

Après la remontée de la vallée enneigée de Bjordalen, la progression se poursuit en longeant les flancs de Nordenskioldfjellet (1053m), puis, aboutit sur le plateau où le campement sera posé à l’abri des vents du glacier de cette montagne. Au loin, à l’ouest et à la même altitude, des motoneiges rejoignent les coupoles de SVALSAT.

 

Observation de l’éclipse

11h00 : Observation de la phase partielle (80%) de l’éclipse de soleil, 10 minutes avant la totalité.

11h00 : Observation de la phase partielle (80%) de l’éclipse de soleil, 10 minutes avant la totalité.

Alors que l’atmosphère des jours précédents était relativement voilée, c’est sous un ciel bleu azur que nous nous réveillons le vendredi 20 mars, jour de l’éclipse. Le soleil n’est qu’à quelques degrés au-dessus du plateau de Gruvefjellet, séparé du notre par la vallée de Longyeardalen. Et rien, même pas les quelques nuages de basse altitude qui recouvrent les sommets de bord de mer de l’autre côté de l’Isfjorden, le principal fjord de l’archipel, n’apparait menaçant.

Seul le froid glaciaire va rendre l’attente et l’observation un peu pénibles.

Phases partielles de l’éclipse entre le 1er et le 2d contact : 10h18 (10%), 10h32 (33%), 10h42 (50%), 10h57 (75%), 11h04 (85%). ISO 100, Focale 400mm, vitesse 1/8s, ouverture5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ72)

Phases partielles de l’éclipse entre le 1er et le 2d contact : 10h18 (10%), 10h32 (33%), 10h42 (50%), 10h57 (75%), 11h04 (85%). ISO 100, Focale 400mm, vitesse 1/8s, ouverture5.6 (Panasonic Lumix DMC-FZ72)

A 10h12mn, la lune commence à s’interposer entre le soleil et la Terre, alors que son ombre se rapproche à une vitesse de 6000 km/h.  Il ne lui faut qu’une petite heure pour recouvrir l’intégralité du disque, en laissant un croissant orange – vu à travers les filtres solaires – s’affiner au fur et à mesure que l’alignement se forme.

Quelques observateurs manifestent leur présence, à motoneige, à skis, et même depuis la nacelle d’une montgolfière qui s’élève au loin vers l’est.

Plataberget 11h10 : Diamant. ISO 100, Focale 500mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h10 : Diamant. ISO 100, Focale 500mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

A 11h10mn, les restes des rayons lumineux scintillent le long de la surface lunaire, le diamant brille irrésistiblement, se rétrécie, et, à 11h10mn et 40s, le plateau du Plataberget plonge subitement dans le bleu de la nuit.

Plataberget 11h11 : Protubérances solaires au second contact. ISO 100, Focale 660mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Protubérances solaires au second contact. ISO 100, Focale 660mm, vitesse 1/1000s, ouverture 5.6.

La couronne solaire n’est qu’à 11° d’altitude, près du sommet du Trollsteinen (850m). L’allongement ellipsoïdal de l’ombre se devine par les courbes en dégradé qui illuminent l’horizon, sauf dans la direction du soleil noir.

Plataberget 11h11mn : Vision scénique de l’éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.5.

Plataberget 11h11mn : Vision scénique de l’éclipse. ISO 100, Focale 36mm, vitesse 1/6s, ouverture 3.5.

Les protubérances solaires sont nombreuses et importantes sur la surface occidentale de l’astre solaire, et l’observation entière de l’éclipse se déroule dans un calme sidérant.

Plataberget 11h11 : Couronne solaire. ISO 100, Focale 760mm, vitesse 1/10s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Couronne solaire. ISO 100, Focale 760mm, vitesse 1/10s, ouverture 5.6.

A l’opposé du soleil, les nuages d’Isfjorden se sont noircis, et les sommets baignés par les glaciers qui se déversent dans la mer du Groenland semblent comme étouffés sous les lueurs sombres et rougeoyantes qui entourent l’ombre.

Baie de Borebukta dans l’ombre de l’éclipse.

Baie de Borebukta dans l’ombre de l’éclipse.

Seules 2mn et 25s de nuit polaire sont laissées à ce spectacle total, et le second diamant en annonce la fin. D’incroyables ombres volantes convergent soudainement vers lui, comme si la roue géante d’un vélo tournait et projetait ses rayons sur le sol totalement blanc.

Plataberget 11h11 : Ciel d’éclipse et Vénus. ISO 100, Focale 20mm, vitesse 0,75s, ouverture 5.6.

Plataberget 11h11 : Ciel d’éclipse et Vénus. ISO 100, Focale 20mm, vitesse 0,75s, ouverture 5.6.

La dernière partie de l’éclipse, moins assidument suivie, se déroule en moins d’une heure jusqu’à 12h12mn.

Si le vent ne s’est pas levé dans la suite du phénomène, la température, elle, est passée de -18°C à -26°C !

Coucher du soleil le soir du vendredi 20 mars.

Coucher du soleil le soir du vendredi 20 mars.

Et à notre grande surprise, les appareils photographiques grands publics non tropicalisés (type Nikon, Panasonic …) tiennent le choc alors qu’ils ne sont pas garantis pour les températures négatives.

 

Après l’éclipse

L’après-midi de ce jour de printemps est ensuite consacré à la découverte du plateau du Plataberget et de ses vues sur LongYearbyen et l’Isfjorden, ainsi qu’à l’observation du renne de Svalbard, le plus petit et le plus trapu des neuf sous-espèces de rennes.

Renne de Svalbard.

Renne de Svalbard.

Puis, les jours qui suivent, nous rejoignons Longyearbyen par le goulot encaissé de Blomsterdalen – la vallée des fleurs -, pour entrer dans la vallée de Bolterdalen.

La finesse des découpes des rochers sur le fond blanc immaculé transforme en œuvre d’art le paysage qui semble dessiné à l’encre de Chine, avec le même raffinement que les peintures mystiques des montagnes célestes d’Extrême-Orient.

Vallée du glacier de Scott Turnerbreen.

Vallée du glacier de Scott Turnerbreen.

De plus, les jours continuent à s’allonger de 15 minutes par jour pendant tout le mois de mars, et, à minuit, les lueurs du soleil sont dorénavant perceptibles.

 

Accompagnement

Progresser sur les terres glacées du Svalbard n’est pas entreprise facile.

En outre, affronter le froid nécessite une organisation et un rituel rigoureux, et la présence de l’ours polaire, protégé depuis 1973 et maître des lieux, rend obligatoire d’être armé et accompagné de chiens.

Emmanuel Poudelet observant l’éclipse. Dans les airs, une montgolfière surveille l’arrivée de l’ombre de la lune.

Emmanuel Poudelet observant l’éclipse. Dans les airs, une montgolfière surveille l’arrivée de l’ombre de la lune.

Pour sécuriser ces jours d’explorations, il fallait donc un guide vigilant, déterminé et attentif. Cet esprit d’engagement enthousiaste, nous l’avons trouvé en Emmanuel Poudelet, à qui l’on doit un soutien et une énergie qui ont été, tous les jours, une leçon pour chacun d’entre nous, malgré les aléas inhérents à la mission.

C’est également l’un des buts de ces expéditions, rencontrer les véritables exemples, pour ne pas dire les véritables héros, d’aujourd’hui.

 

Pour approfondir ses propres connaissances sur le Svalbard :

Carte topographique du Svalbard

Base de connaissance sur le Svalbard

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Rédigé par David

Publié dans #Astres, #Eclipse

Publié le 7 Mars 2015

Le Chant de la Terre – Das Lied von der Erde (Gustav Mahler)
Représentation du 06 mars 2015

Palais Garnier

PROLOGUE  Dorothée Gilbert, Sae Eun Park, Mathieu Ganio, Vincent Chaillet
2 Hommes 1er mouvement  Mathieu Ganio, Vincent Chaillet
3 Couples solistes  Sae Eun Park, Léonore Baulac, Juliette Hilaire, Fabien Revillion, Marc Moreau, Alexis Renaud
COUPLE 2è mouvement  Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio
HOMME 3è mouvement  Mathieu Ganio
COUPLE 3è mouvement  Léonore Baulac, Fabien Revillion
TRIO 4è mouvement  Sae Eun Park, Juliette Hilaire, Vincent Chaillet
5è mouvement  Nolwenn Daniel, Marc Moreau, Karl Paquette
TRIO 6è mouvement  Dorothée Gilbert, Mathieu Ganio, Vincent Chaillet

Ténor Burkhard Fritz
Baryton Paul Armin Edelmann
                                                                                        
Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio
Chorégraphie John Neumeier              
Direction musicale Patrick Lange

Ballet de l'Opéra National de Paris

Das Lied von der Erde est une œuvre qui marque la renaissance créative de Gustav Mahler à quelques années de la fin de sa vie. La découverte de Die chinesische Flöte ("La Flûte chinoise"), le nouveau livre de Hans Bethge – un poète allemand fasciné par la culture orientale -, devient pour lui une source d’inspiration et de ressourcement.

Il en extrait six poèmes, tous réadaptés d’écrivains de la période Tang (VIIIème siècle Après J.C), et compose une musique qui puisse traduire son envie de retrouver un goût pour la vie alors que la mort approche.

Vincent Chaillet

Vincent Chaillet

La traduction scénique qu’en fait John Neumeier pour la grande salle du Palais Garnier est d’une symbolique très lisible. Un fantastique disque surplombe l’arrière scène, évoquant une Terre ombrée ceinte du fin liseré bleu de son atmosphère, et qui change de couleurs métalliques au fur et à mesure que la noirceur dépressive se transforme en états d’âme joyeux.

Un jeune homme, Mathieu Ganio, se remémore sa jeunesse, son ami d’enfance, incarné par Vincent Chaillet, leur tendresse, et leur distance lorsque le premier se laisse séduire par une femme pour plonger dans une vie normée à l’instar des autres couples qu’il côtoie.
Le second, lui, reste en retrait, fidèle à ses sentiments, mais réapparaît à plusieurs reprises comme les réminiscences de cette amitié passée.

Mathieu Ganio et Sae Eun Park

Mathieu Ganio et Sae Eun Park

Une cérémonie orientale se déroule en arrière-plan, sur les tons rouges et orangés d’un soleil couchant, et la simplicité de ce rituel se retrouve dans la chorégraphie de John Neumeier. Un certain formalisme dans les rapports entre les êtres, une fluidité qui bannit la moindre tension, une opposition nette avec la culture occidentale qui est cependant évoquée quand les jeunes danseurs apparaissent en costumes de cowboys.
Le groupe de danseurs masculins est beau à voir, bien que rien ne surprenne, et les pas dans les duos masculin-féminin et masculin-masculin créent des rapports effleurant plein de non-dits.

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio

Et le final, magnifique sur la disparition progressive du soleil, se conclut par un long silence que le public respectera autant que ceux qui ponctuent les changements de scène au cours de la représentation.

Cependant, malgré l'orchestration enchanteresse de Gustav Mahler, ce spectacle manque de souffle par la trop grande précaution réservée à l’interprétation musicale et vocale.

Patrick Lange ne semble à aucun moment vouloir libérer l’énergie exaltée de l’orchestre, tout est mesuré, dépressif et intimiste jusqu’au-boutiste, purement poétique, et sans romantisme.

Mathieu Ganio et Vincent Chaillet

Mathieu Ganio et Vincent Chaillet

Burkhard Fritz, le Parsifal de Bayreuth 2012 dans la dernière reprise de la production de Stefan Hereim, est malheureusement sans séduction, bien que vaillant, et seul Paul Armin Edelmann apporte un peu de chaleur humaine et une dimension vocale à la hauteur du désespoir qui lutte en musique.

Les danseurs principaux sont irréprochables, excellent Vincent Chaillet dans son personnage noir et introspectif, Mathieu Ganio et son éternelle innocence, Dorothée Gilbert fine et joliment souriante, Sae Eun Park idéalement mystérieuse.
Se ressent cependant un petit manque de conviction parmi les ensembles de danseurs.

Le Chant de la Terre (Neumeier-Gilbert-Chaillet-Ganio-Park) Garnier

C’est donc un spectacle qu’il faudra revoir à sa reprise avec toute la flamme humaine que sa musique et son chant peuvent induire sur la danse.

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Publié le 5 Mars 2015

El Publico (Mauricio Sotelo)

Livret de Andres Ibanez d’après la nouvelle de Federico Garcia Lorca

Représentation du 01 mars 2015
Teatro Real de Madrid

Director José Antonio López
Caballo primero Arcángel
Caballo segundo Jesús Méndez
Caballo tercero Rubén Olmo
Hombre primero Thomas Tatzl
Hombre segundo Josep Miquel Ramón
Hombre tercero Antonio Lozano
Elena Gun-Brit Barkmin
Emperador / Prestidigitador Erin Caves
Julieta Isabella Gaudi
Criado / Enfermero José San Antonio
Guitarra solista Cañizares
Percusionista Agustín Diassera

Mise en scène Robert Castro
Scénographie Alexander Polzin
Direction musicale Pablo Heras-Casado                      
José Antonio López (Le directeur)
Klangforum Wien

Création Mondiale dédiée à la mémoire de Gerard Mortier

Gerard Mortier était véritablement doué pour trouver des œuvres qui recoupent à la fois ses problématiques personnelles et le contexte culturel du public auquel il s’adressait.

Ce fut donc pour lui une incroyable découverte que cette nouvelle de Federico Garcia Lorca, El Publico, qui est à la fois une évocation du désir homosexuel et un questionnement sur le sens profond de l’expression théâtrale.

Le poète espagnol fut en effet une victime de la répression anti-républicaine et conservatrice qui amena Franco au pouvoir. Il sera exécuté près de Grenade, en 1936, par six hommes conduits par des motifs politiques, homophobes, et de haines familiales.

Antonio Lozano et Josep Miquel Ramon

Antonio Lozano et Josep Miquel Ramon

Ce sujet chargé qui confronte l’art et l’humain à la dictature s’inscrit dans une logique de remémoration du passé de l’histoire espagnole, qui aurait dû se prolonger avec une nouvelle mise en scène de Don Carlo – il était prévu de confier sa direction à Peter Sellars et Teodor Currentzis – afin de rappeler l’horreur de l’écrasement des libertés individuelles par l’Inquisition catholique.

Ce second projet ne verra finalement pas le jour, car seul Mortier avait les capacités de réunir les artistes pour le réaliser.

El Publico (J.A Lopez-T.Tatzl-I.Gaudi-R.Castro-P. Heras-Casado) Madrid

Mais sans doute aurait-il aimé la version opératique de la nouvelle de Lorca, tant son univers visuel et sonore décrit un rapport complexe à la sexualité, un langage mystérieux et incompris, et une confrontation au spectateur qu’il invite dans son théâtre même.

Le texte d’El Publico n’est pas simple à aborder, mais il peut être interprété selon une première partie nimbée de métaphores sexuelles – ‘el personaje principal de todo fue una flor venenosa’, ‘Llévame al baño y ahógame. Será la única manera de que puedas verme desnudo’,.Sé la manera de dominarte. ¿Crees que no te conozco? De dominarte tanto que si yo dijera: «¿si yo me convirtiera en pez luna?», tú me contestarías: «yo me convertiría en una bolsa de huevas pequeñitas».’-, et une seconde partie – le théâtre souterrain – qui met à nu la personnalité du directeur héros de la nouvelle.

El Publico (J.A Lopez-T.Tatzl-I.Gaudi-R.Castro-P. Heras-Casado) Madrid

Les trois premiers actes de ce spectacle se déroulent sur un plateau nu, subtilement éclairé aussi bien au sol qu’en arrière scène, en préservant des zones d’ombres, qui se divise au fur et à mesure en espaces délimités par les toiles peintes et transparentes d’Alexander Polzin. Sur un fond de couleur lilas, les motifs de visages d’enfants souriants, d’yeux renvoyant à notre propre conscience, et de squelettes inquiétants, dessinent, en filigrane, une imagerie fine, poétique et troublante.

Sur des invocations orientalistes, les deux Caballos, Arcángel et Jésus Méndez , sortent de l’ombre et commencent à chanter accompagnés par un troisième Caballo, Rubén Olmo, qui est, lui, un pur danseur.

Erin Gaves (L’Empereur)

Erin Gaves (L’Empereur)

Ils prennent tous trois des allures de chevaux métamorphosés en drag-queens parées de la longue chevelure blanche de Mélisande, de chaussures transformistes en forme de sabot, et d’un maquillage de mort serti autour de leurs yeux. Leur danse est tournoyante et harcelante, et leurs appels ont l’incitation lointaine du chant des sirènes.

Cette allégorie du désir sexuel est étrange, peut-être pas tout à fait convaincante dans son expression de puissance, mais elle rejoint bien l’imagerie du texte selon une symbolique plus ténébreuse que riante. Le style flamenco de la musique de Mauricio Sotelo, avec ses rythmes primitifs et une variétés de textures aux reflets glacés que les accords de guitare adoucissent, est raffiné et comporte plusieurs trames qui se superposent entre  mouvements de fond des percussions et nervures argentées qui plongent l’auditeur dans l’atmosphère méditative de la scène.

Isabella Gaudi (Juliette)

Isabella Gaudi (Juliette)

José Antonio López, baryton franc et harmonieux, est donc un directeur torturé, à terre, prisonnier de sa fonction. Le jeu de masques que lui impose la société, un des thèmes visuels omniprésent, l’empêche d’être lui-même.

Mais l’apparition de son ancien amant, el Hombre primero, chanté par un autre baryton, Thomas Tatzl, vient l’inciter à créer un théâtre qui lui ressemble, plutôt que de monter une version consensuelle de Roméo et Juliette.

Les torpeurs et pulsions sombres irriguent progressivement scène et dialogues, d’abord par une scène de lutte désirante entre deux hommes jouant avec la pénombre, puis par l’arrivée de l’Empereur drapé dans sa toge vert pomme lumineusement contrastée. La sauvagerie de cette scène, le viol et le meurtre d’un enfant par ce dernier, n’est ici évoquée qu’avec distance vis-à-vis de l’avant-scène, au moyen d’une marionnette squelettique recouverte d’un drap rouge. Ce côté grand guignol atténue le pouvoir malsain du texte.

El Publico (J.A Lopez-T.Tatzl-I.Gaudi-R.Castro-P. Heras-Casado) Madrid

Vient alors une des plus fortes visions de la mise en scène de Robert Castro, celle qui nous entraîne dans une nouvelle version du drame de Shakespeare, selon une conception du théâtre dite « sous le sable », par opposition au théâtre superficiel issu de la mentalité bourgeoise. La transition vers cette scène est amenée à travers la projection d’un extrait de cinéma muet en noir et blanc, « semidioses » montrant la lutte comique entre le directeur et son amant en ombres chinoises.

Le décor s’ouvre alors sur l’impression blanche et éclatante des traces d’un labyrinthe plaquées au sol, la tombe de Juliette. Mauricio Sotelo lui dédie un air expressif et magnifiquement aérien, défié crânement par la jeune soprano Isabella Gaudí. Même le spectateur blotti au plus profond des gradins du Paradis en sera captivé et conquis.

Thomas Tazl (Desnudo Rojo)

Thomas Tazl (Desnudo Rojo)

Les cabalerros réapparaissent, toujours aussi harcelants, et la dernière scène de cette première partie se conclut en lumière sur une scène de séduction entre un arlequin et une ballerine voilée au visage sombre.

La seconde partie est une confrontation directe entre le public bourgeois et le moi profond du directeur.

De grands miroirs semi-réfléchissants renvoient en fond de scène l’intérieur du théâtre au milieu duquel le chef d’orchestre, Pablo Heras-Casado, apparaît dirigeant le Klangforum Wien. Il s’agit d’un ensemble modeste numériquement – une trentaine de musiciens – mais impressionnant quand on remarque la diversité et les dimensions de certains instruments, les percussions en particulier.

El Publico (J.A Lopez-T.Tatzl-I.Gaudi-R.Castro-P. Heras-Casado) Madrid

Au centre de la scène, deux enfants recouvrent de sang un Christ, qui n’est autre que la transfiguration de Juliette en l’amour véritable du directeur. Dans les loges de côté, le chœur féminin grimé en bourgeoises s’en prend à ce spectacle, et investit la scène.

Et à l’écoute du chant de ce Christ qui interpelle Dieu pour qu’il « leur pardonne car ils ne savent pas ce qu’ils font », on retrouve le cœur du conflit entre ce milieu bourgeois et l’humanité du directeur. Chez ces bourgeoises, la phrase du Christ est une justification du sens de la culpabilité qu’elles cherchent à faire porter sur tout ce qui les dérange, comme l’expression du sentiment homosexuel au théâtre.

Dans la vision du directeur, il est la justification qu’il est lui-même Amour, et donc chrétien, et qu’il faut pardonner à ces femmes qui n’en sont pas conscientes. Car si elles l’étaient, elles ne chercheraient pas à recrucifier le Christ en attaquant la représentation théâtrale. Quelque part, il montre qu’elles ne sont pas aussi chrétiennes qu’elles ne le prétendent.

El Publico (J.A Lopez-T.Tatzl-I.Gaudi-R.Castro-P. Heras-Casado) Madrid

Il y a ensuite l’intervention d’un magicien, l’apparition du chœur sorti du contrejour du fond de scène, profondément élégiaque, qui vient réconforter ce directeur qui aura été au bout de lui-même pour finir épuisé et seul sur scène.

A nouveau, cette seconde partie réserve de superbes passages vocaux, des effets de spatialisation sonore enveloppants, et la description d’un imaginaire malsain très proche, visuellement, de ce que proposait Krzysztof Warlikowski dans Iphigénie en Tauride à Paris.

Tout au long de ce spectacle, il n’est pas possible de s’empêcher de penser constamment à Gerard Mortier qui aurait sans nul doute été subjugué par la correspondance avec son propre univers intime.

 

Deux liens ci dessous :

La nouvelle El Publico (en espagnol)

http://federicogarcialorca.net/obras_lorca/el_publico.htm

Le spectacle à revoir sur Concert Arte dès le 06 mars 20h00.

http://concert.arte.tv/fr/el-publico-dapres-une-piece-de-federico-garcia-lorca-au-teatro-real-de-madrid

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Publié le 3 Mars 2015

Ritos y geografias para Federico Garcia Lorca

Concert du 28 février 2015
Teatro Real de Madrid

Rocio Marquez Chant

Guitarra flamenca Pepe Habichuela et Miguel Ángel Cortés
Coros y palmas Los Mellis (Manuel y Antonio Montes Saavedra)
Percusión Agustín Diassera
Chanteur Arcángel
Danseuse Leonor Leal

Proyecto Lorca
Saxofones Juan M. Jiménez
Percusiones Antonio Moreno
Piano Daniel B. Marente

                                                                                          Leonor Leal

Entre deux représentations d’El Publico, l’opéra composé à partir de la nouvelle de Federico Garcia Lorca sur la musique de Mauricio Sotelo, le Teatro Real de Madrid a souhaité dédier une soirée aux chants populaires anciens enregistrés en 1931 par La Argentinita, une danseuse et chorégraphe célèbre de l’entre deux-guerres, et Lorca, à la fois pianiste et auteur des paroles.

Douze airs pour s’immerger dans le soliloque plaintif du Flamenco incarné par la voix finement vibrante de Rocio Marquez.

Rocio Marquez et Pepe Habichuela (Guitare)

Rocio Marquez et Pepe Habichuela (Guitare)

Cette jeune chanteuse native de Huelva, formée à l’université de Séville, se retrouve seule sur scène accompagnée soit d’un unique guitariste, Pepe Habichuela ou bien Miguel Ángel Cortés, soit d’un chœur en duo, Manuel et Antonio Montes Saavedra, ou bien d’un ensemble plus large incluant percussions, saxophone et piano.

Ces airs, fortement identitaires et d’une rigueur sévère, trouvent alors écho parmi les auditeurs qui leur répondent par des interjections complices et spontanées comme dans les spectacles de théâtre traditionnel japonais.

Et la réaction est d’autant plus exaltée que la voix de l’artiste s’étire jusqu’au dernier souffle dans un ultime effort arraché.

Daniel B. Marente (Piano), Rocio Marquez, Juan M. Jiménez (Saxophone)

Daniel B. Marente (Piano), Rocio Marquez, Juan M. Jiménez (Saxophone)

Mais la danse est aussi présente quand Leonor Leal surgit magistralement pour claquer du talon, se déhancher fièrement, et jouer de cambrures provocantes afin de brosser un portrait fort et androgyne de la femme séductrice.

Et quand un air de Fandango annonce un retour à une légèreté plus festive, les appels hispano-mauresques d’Arcangel font naître une envie d’aventure et d’horizons inconnus.

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Publié le 2 Mars 2015

TV-Web Mars 2015 Lyrique et Musique

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Le Barbier de Séville (part.2)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 18h30
Ma Patrie (Smetana)

Philh. Tchèque, dir. Belohlavek.

Dimanche 01 mars 2015 sur Arte à 23h55
Mauricio Pollini, de mains de maître.

Dimanche 08 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Le Barbier de Séville (part.3)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 08 mars 2015 sur Arte à 18h30
Puccini, Verdi, Tchaïkovski, Strauss…
A. Gheorghiu.

Jeudi 12 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Von Heute auf Morgen (Schönberg), Sancta Susanna (Hindemith)
Newerla, Hofmann, Dos Santos, karnezi, Weiland.
Opéra de Lyon, dir. Kontarsky. M.s Fulljames.

Vendredi 13 mars 2015 sur France 2 à 00h30
Hippolyte et Aricie (Rameau)
Connoly, Gillet, Hill, Azzaretti, Haller, Degout, Lehtipuu, Lis
Le Concert d’Astrée, dir. Haim, m.s Alexandre

Dimanche 15 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.1)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Lundi 16 mars 2015 sur Arte à 0h30
Taïwan, l’Ile aux 1000 violons

Jeudi 19 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Wagner, un génie en exil.

Dimanche 22 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.2)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 22 mars 2015 sur Arte à 18h30
Stabat Mater (Pergolèse)
Jaroussky, Lezhneva.

Jeudi 26 mars 2015 sur France 3 à 00h00
Médée (Cherubini)
Michael, streit, Stotijin, Le Texier …
Les Talens Lyriques, dir.Rousset. M.s Warlikowski.

Vendredi 27 mars 2015 sur France 2 à 00h30
Symphonie n°1 et Concerto n°2 & 3 (Chostakovitch)
Brunello (Violoncelle)
Théâtre Mariinski, dir. Gergiev.

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 08h30
L’Opéra quelle Histoire ?! Aïda (part.3)

Série animée de Lee Yong-Jun en treize épisodes

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 18h30
Concertos n°1 & 2 (Liszt)
Barenboim (Piano), dir. Boulez.

Dimanche 29 mars 2015 sur Arte à 23h30
Un virtuose sans égal, le violoniste Jasha Heifetz.

Web : Opéras en accès libre
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Hommage à Gerard Mortier (Théâtre de la Monnaie de Bruxelles)
 
Jakob Lenz (La Monnaie) – à partir du 17 mars jusqu’au 6 avril 2015
Il Mondo della Luna (Opéra de Montecarlo) jusqu’au 25 mars 2015
Gala du Tricentenaire de l’Opéra Comique jusqu’au 27 mars 2015
Le Barbier de Séville (Opéra Bastille) jusqu’au 30 mars 2015
Aïda (Opéra de Wallonie) jusqu’au 02 avril 2015
Figaro (Amel Festival Opera) jusqu’au 10/04/2015
Punch and Judy (Amel Opera Festival) jusqu’au 14/04/2015
Mitridate Re di Ponto (Amel Opera Festival) jusqu’au 16/04/2015
Castor & Pollux (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 avril 2015
Tosca (Opéra Bastille) jusqu’au 21 avril 2015
L’Enlèvement au Sérail (Opéra Garnier) jusqu’au 27 avril 2015
Doctor Atomic (Opéra de Strasbourg) jusqu’au 06 mai 2015
Dance – Lucinda Childs (Théâtre de la Ville) jusqu’au 06 mai 2015
Didon et Enée (Opéra de Rouen) jusqu’au 17 mai 2015
Moïse et Pharaon (Opéra de Marseille) jusqu’au 03 juin 2015
La Clémence de Titus (Théâtre des Champs Elysées) jusqu’au 18 juin 2015
Iphigénie en Tauride (Genève) jusqu’au 04 août 2015
Tamerlano (La Monnaie) jusqu’au 06  août 2015
Alcina (La Monnaie) jusqu’au 10  août 2015
Médée (Bâle) jusqu’au 16  août 2015
Francesca da Rimini (Nancy) jusqu’au 18  août 2015
Aleko (Nancy) jusqu’au 18  août 2015
Les Fêtes Vénitiennes (Opéra Comique) jusqu’au 27  août 2015
El Publico (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 06 septembre 2015

 

Luisa Miller (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 03 décembre 2015
Tosca (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 30 décembre 2015
I Capuleti e i Montecchi (La Fenice de Venise) jusqu’au 18 janvier 2016

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique