Don Carlo (Giuseppe Verdi)
Représentation du 06 juillet 2008 à l’Opéra Bastille
Don Carlo
Stefano Secco
Elisabeth
Tamar Iveri
Rodrigue
Dimitri Hvorostovsky
La princesse
Eboli
Yvonne Naef
Le roi d’Espagne Philippe II
Ferruccio
Furlanetto
Le Grand Inquisiteur
Mikhael Petrenko
Un frère, Charles
Quint
Paul Gay
Tebaldo
Elisa Cenni
Direction musicale
Teodor
Currentzis
Mise en
scène
Graham
Vick
Le profond désespoir qui traverse « Don Carlo », les sentiments qui se
fracassent aux rôles sociaux malgré la volonté de chaque protagoniste à conduire son destin, pourraient figurer l’âme de toute une vie.
Cette noirceur trouve une illustration parfaite dans l’atmosphère tamisée et les subtils éclairages voulus par Graham Vick.
Et c’est aussi un peu de nostalgie pour ceux qui découvrirent cette mise en scène il y a tout juste dix ans à l’Opéra Bastille.
Les points forts ne manquent pas. Stefano Secco se révèle d’entrée un Don Carlo juvénile, impulsif, volontaire et immature, avec une projection vocale absolument éclatante.
Elisa Cenni (Tebaldo) et Yvonne Naef (Eboli)
Cette énergie folle se heurte au vieux lion théâtralement parfait : Ferruccio Furlanetto.
Chaque échange
est une confrontation tendue et cette voix puissamment caverneuse fait pâlir légèrement l’Inquisiteur défendu très honorablement par Mikhael Petrenko, bien qu’un peu jeune pour maintenir constamment
pareille intensité.
Dans le registre basse, Paul Gay est un moine très bon d'autant plus que situé
en fond de scène il lui faut passer un orchestre gonflé à bloc.
Tamar Iveri, très touchante dans son duo avec Don Carlo est aussi d’une grande dignité et d’une grande intelligence pour libérer toute sa tension dans un « Tu che le
vanità conoscesti del mondo» à la douleur prenante. Ailleurs la recherche de nuances la rend parfois confidentielle.
Reprendre le rôle d’Eboli après Dolora Zajick et Olga Borodina n’a également rien d’évident. Alors bien sûr Yvonne Naef n’a peut être pas l’agilité de la première et la
sensualité de la seconde, mais l’agressivité et le tempérament (un peu trop outré) sont là. Tout le chant du haut médium au grave est d’une grande profondeur de souffle ce qui lui permet
même de maintenir très longtemps les piani de la chanson du voile.
Seules ses limites dans l’aigu l’obligent à les écourter et les adoucir pour privilégier la musicalité et limiter ses défauts de justesse.
Le duo avec Elisa Cenni (Tebaldo) est par ailleurs d’une grande gaîté.
Tamar Iveri (Elisabeth)
C’est en fait la star du Metropolitan Opera qui aura un peu déçu.
Sans doute Dimitri Hvorostovsky compte t’il trop sur son charme pour limiter au minimum son investissement scénique. La voix porte souvent vers l’arrière, ne s’impose que de manière inégale et finalement le chanteur donne l’impression de tout miser sur la scène de la prison qu’il chante avec une fluidité remarquable.
Stefano Secco (Don Carlo)
Avec le très jeune Teodor Currentzis (35 ans), Verdi ressuscite avec impertinence et fougue. D’une gestique vive et
ornementale, le chef se laisse porter par le lyrisme de la partition au point de soulever un flot dont émergent de ci de là quelques désynchronisations. Mais ce sont les risques nécessaires pour
tenir la fosse dans une vitalité admirable, accélérant avec pertinence et rythmant puissamment les passages spectaculaires.
Et puis il y a ces sonorités éclatantes comme dans l’ouverture du dernier acte où les motifs des cuivres sont
considérablement amplifiés pour accroître la tension, ronflant là où les enregistrements ne signalent que des mouvements discrets.
C’est donc avant tout l’expression de la personnalité exubérante de Currentzis qui plaira ou pas.
Cette reprise de la version Milanaise de Don Carlo (1884) inclut une petite surprise musicale : la réintroduction du duo Philippe II / Don Carlo déplorant la mort de Rodrigue.
Ce passage supprimé dés la création de « Don Carlos » à Paris en 1867 est ici restitué en italien bien évidemment, à la fois en clin d’œil à la version parisienne et pour faire revivre l’hommage fort à l’ami des deux hommes.
Ferruccio Furlanetto (Philippe II)
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