Ariane à Naxos (Koch -Merbeth -Archibald msc Pelly) Bastille

Publié le 11 Décembre 2010

Ariane à Naxos (Richard Strauss) 

Répétition générale du 09 décembre 2010
Ariane01.jpgOpéra Bastille

Le Majordome Franz Mazura
Le Maître de musique Martin Ganther
Le Compositeur Sophie Koch
Le Ténor (Bacchus) Stefan Vinke
Un Maître à danser Xavier Mas
Zerbinette Jane Archibald
La Primadonna (Ariane) Ricarda Merbeth
Arlequin Edwin Crossley-Mercer
Naïade Elena Tsallagova
Driade Diana Axentii
Echo Yun Jung Choi

Direction Musicale Philippe Jordan
Mise en scène Laurent Pelly

                                    Sophie Koch (Le compositeur)

Pour celles et ceux qui se souviennent des soirées de décembre à Garnier, à la fin de l’année 2003,  au cours desquelles tous les regards restaient fascinés par Natalie Dessay lorsqu’elle venait  déranger celle que Thésée avait abandonnée à ses pensées les plus noires,  Ariane à Naxos, livrée à la légèreté de Laurent Pelly, trouve sa place parmi les spectacles de divertissements à l‘approche de l’hiver. 

 

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Mais avec ses aspects ironiques, l’ouvrage est une impertinente analyse des vicissitudes de l’âme humaine sous l’emprise du sentiment amoureux.

Alors qu’Ariane se complait dans une vie accordée à son idéal d’amour, et dont la dépendance la fait sombrer lorsque la trahison survient, Zerbinette se démarque d’elle, non pas qu’elle manque de profondeur, mais tout simplement parce qu’en femme totalement consciente, elle est toute en éveil dans son rapport à la vie.

Elle est la voix dont Ariane a besoin pour se libérer d’une âme encline à l’attacher à l’être aimé. 

 

Ariane05.jpgLes images qu’utilise Laurent Pelly partent de l’architecture délabrée d’un hôtel, qui n’est autre que le squelette de la demeure dans laquelle se prépare l’opéra pendant le prologue, et dont on pense bien qu’elles sont là pour suggérer les ravages mentaux auxquels Ariane est soumise. Le décalage est complet lorsque surgissent Zerbinette et ses comparses, accoutrés en touristes des tropiques, traversant parfois la scène en d’éphémères traits de vie, procédé cher au metteur en scène.

La rencontre finale avec Bacchus, peint en or, et au pied duquel Ariane se prosterne de joie en en faisant des tonnes alors que la lumière ne cible plus qu‘elle même, est tristement attendrissante, car l’on pourrait penser que la jeune femme s‘est reprise, alors que toute cette extase exagérée laisse présager la rechute prochaine.

 

                                     Ricarda Merbeth (Ariane)

Le souvenir de sa forte et sensible Sieglinde subsiste, Ricarda Merbeth se fond à présent dans la peau d’une femme entière, terrienne dans sa gestuelle corporelle, au portrait clivé par des états d’âmes où s’entrecroisent rage, sourires hallucinatoires et désespoirs, et coloré d’un timbre à la fois charnel et nébuleux.

A l‘inverse, les longues lignes aristocratiques que dessine le fin physique de Jane Archibald sont toutefois encore un peu raides pour Zerbinette, la souplesse même de la vie, traits que l’on retrouve uniquement dans les vocalises les plus aigues, les rondeurs musicales étant bien souvent généreuses par ailleurs. 

 

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   Jane Archibald (Zerbinette)

Et le festival vocal se poursuit avec les nymphes bienveillantes, Elena Tsallagova, Diana Axentii, Yun Jung Choi, toutes trois lumineuses, harmonieusement accordées, et chaleureusement réconfortantes.

Surgi des ombres de la scène, plaintif, mais suffisamment puissant pour soutenir les fortissimo de l‘orchestre sans sacrifier la moindre musicalité, le bien gentil Bacchus de Stefan Vinke s’épanche avec compassion sur Ariane, sans révéler par quel mystère il arrive à quitter la scène à reculons sans heurter le moindre obstacle.

Et ceci n’est que la confirmation d’une intuition apparue dès le prologue, ouvert sur la vision involontairement farceuse d'une pluie de neige cotonneuse, le lendemain d’une journée chaotique mémorable en région parisienne, intuition du soin avec lequel les qualités vocales des chanteurs ont été assorties. 

 

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   Ricarda Merbeth (Ariane)

Alors que les arrières plans lumineux de ce tableau, compensés par les ombres que les colonnes impriment, préparent l’imaginaire du spectateur, les accents à la fois chantants et mordants de Franz Mazura, la présence captivante de Martin Ganther, et surtout la clarté adolescente avec laquelle Sophie Koch rajeunit son personnage, pour ne délivrer ses noirceurs dramatiques qu’à la toute fin, se laissent guider par la main confiante de Philippe Jordan.

Malgré l’effectif réduit, il tire de l’orchestre un volume sonore gonflé aux dimensions de la salle, réalise des merveilles de fusion entre cuivres et cordes, fait entendre les motifs les plus ronds, les fragiles courants des vibrations d’archers dans les passages symphoniques, détails piqués qui se perdent parfois dans les récitatifs.

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David 10/02/2011 20:19


Pas de problème, je ne pose pas de droits de propriété sur les photographies.
Et tant mieux si vous en signalez l'origine en écrivant vous même des billets qui témoignent de votre amour pour l'art lyrique.


merbel 09/02/2011 19:09


Je me suis permise dans une note consacrée à Ariane à Naxos de renvoyer à votre site, non seulement parce que je trouvais incorrect d'utiliser vos photos mais aussi pour inviter mes lecteurs
/trices et mes commentateurs/trices à découvrir - si ce n'est pas déjà fait -votre excellent blog.
Bien à vous.
Je prépare une note sur Zazzo, le contre ténor que j'ai entendu chanter dans Jules César (abécédaire oblige). J'ai Haendel dans la tête depuis le spectacle! Si vous le permettez j'utiliserai le
même procédé pour qu'on lise vos critiques;


Pierre 23/12/2010 12:37


Merci pour le lien R. Merbeth vers Sieglinde, bien utile pour qui veut se repérer petit à petit dans le monde des chanteurs.
L'orchestration straussienne m'a transporté, comme à l'accoutumé. Dans la deuxième partie Ph. Jordan a su tenir la distance, particulièrement depuis le moment où Bacchus entre en scène et jusqu'à
la fin. Le "souffle" n'a pas faiblit; bien au contraire. C'est heureux car l'oeuvre démarre intensément dès le début.


merbel 19/12/2010 11:53


Oui, une Zerbinette pétillante! Une présence "épatassante"...La mise en abyme est un procédé très efficace , qui permet toujours le jeu, en instaurant la distance nécessaire pour réfléchir sur la
création artistique. J'en raffole en littérature mais je ne pensais pas que la musique pouvait s'en emparer d'une manière aussi efficace: la musique de Strauss est vraiment remarquable. J'ai
beaucoup aimé! Un beau divertissement avant les fêtes.


Genoveva 12/12/2010 21:07


Rooh la la !!!!! mais mes divas sont bien dénudées en ce moment, ce n'est pourtant pas la saison ! Bravo Sophie Koch ! Admirable !


Locksley 12/12/2010 07:09


Le "bien gentil Bacchus" a fait ce qu'il a pu. Mlle Koch a su réitérer sa performance excellente qui restera dans les mémoire. Zerbinetta tout à fait à la hauteur de cette formidable production de
Monsieur Jordan avec une MES qui n'est pas trop subtile, mais bon c'est à la mode d'être ouvertement didactique, un peu trop parfois. Dommage que Harlekin ait disparu du tableau de la distribution
- un oubli sans doute.

Locksley.