Oberto, Conte di San Bonifacio (Verdi)

Publié le 20 Juillet 2007

Genèse de l’œuvre

 
Tout aussi agréable que soit la vie à Busseto, le jeune compositeur Verdi n’a pas moins envie (et aussi besoin) que sa renommée dépasse les horizons de son patelin parmesan.
En 1836, il commence alors à composer un opéra pour le Teatro Filodrammatico de Milan.
Il a toute la confiance du directeur Massini. Seulement ce dernier quitte le poste la même année.
 
Sans aucun soutien, Verdi doit donc rester à Busseto en tant que directeur musical où pendant 2 ans il pourra se consacrer à loisir au remaniement du livret et de la partition.
Vient enfin le jour où Massini obtient une audition auprès de Merelli, directeur de la Scala de Milan. « Oberto, Conte di San Bonifacio » pourra être joué à l’occasion d’un gala de charité.
 
Or, lors des répétitions, Merelli est témoin d’un échange très favorable à l’oeuvre entre la soprano Strepponi et le baryton Giorgio Ronconi. Il propose alors à Verdi de représenter l’oeuvre la saison suivante moyennant quelques reprises du livret avec l’aide de Solera.
 
La première a lieu le 17 novembre 1839 et le succès est appréciable : 14 représentations sont données cette année. Pas mal pour un compositeur de 26 ans !
Très rapidement, Merelli fait une nouvelle proposition : il passe commande de 3 opéras à  Verdi à raison de un tout les huit mois !
 
Oberto
 
L’action se situe en 1228 à Bassano (Vénétie) au château du Gibelin Ezzelino « Le petit Attila ».
Ce despote sans pitié, rallié à l’empereur Frédéric II, domine une large partie de l’Italie du Nord.
C’est la reprise de la querelle entre le saint empire germanique et la papauté (Grégoire IX) de 1227 à 1250, dont l’enjeu est la légitimité politique en Italie. Le conflit se soldera par le rejet des allemands hors de la péninsule.
 
La toile de fond historique semble alors répondre à la situation d’occupation autrichienne que connaît l’Italie depuis 1815.
De plus, Verdi ne peut être insensible à la fondation du mouvement « jeune Italie » qui depuis 1831 exalte le sentiment anti-autrichiens.
 
Pourtant « Oberto » est seulement une histoire sentimentale qui dépasse l’appartenance politique des personnages.
 
Oberto, rallié aux Guelfes, a perdu une bataille décisive face à Ezzelino et s’est réfugié à Mantoue. Sa fille, Leonora, restée à Vérone, est demandée en mariage par Ricardo, partisan d’Ezzelino. Mais le jeune homme va s’éprendre de Cuzina, sœur du maître de Bassano, et également s’engager envers elle.
Oberto revient alors pour rétablir son honneur alors que Cuzina, révoltée par le comportement de Ricardo va le pousser à tenir sa promesse vis-à-vis de Léonore. Le duel entre le père et le prétendant sera malgré tout inévitable.
 
L’orchestration de l’œuvre n’est évidemment pas d’une grande sophistication : elle peut rappeler Bellini, mais comporte déjà ces coups de théâtre qui fixent l’attention.
Les airs sont des expressions nobles et empreintes de mélancolie, et il est étonnant à l’écoute de deux airs successifs de les trouver fort semblables. Sans compréhension de l’italien il n’est pas possible de distinguer que l’un exprime la peine et l’autre la joie.
C’est avec beaucoup d’amusement que l’on se prend à reconnaître des expressions musicales que l’on retrouvera plus dramatisées dans des œuvres ultérieures (rage d’Abigaille, tension lors de la préparation du meurtre de Macbeth, quatuor du Trouvère …)
 
Le comportement de Cuzina est remarquable : seule compte pour elle de renvoyer son amant à son engagement vis-à-vis de Léonore (son ennemie politique !).
 
La suite : Giornio di regno

Rédigé par David

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