
Die Frau ohne Schatten (Richard Strauss)
Représentation du 24 janvier 2008 à l’Opéra Bastille
Der Kaiser Jon Villars
Die Kaiserin Eva-Maria Westbroek
Die Amme Jane Henschel
Barak Franz Hawlata
Sein Weib Christine Brauer
Direction musicale Gustav Kuhn
Mise en scène Robert Wilson
Avec « La Femme sans Ombre », Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal amènent l’homme à
se confronter à sa propre humanité.
Autant dire qu’avec Bob Wilson à la mise en scène, l’intrigue prend une dimension interrogative supplémentaire.
La symbolique se manifeste parfois de manière évidente comme la magnifique chevelure soigneusement peignée de l’impératrice impressionnante de
féminité.
Jane Henschel (la Nourrice)
Mais que dire de l’omniprésence de la sphère ? Elle apparaît la première fois lorsque la Nourrice s’en empare avant de quitter Le Messager pour répandre ainsi le « Désir de
vie ».
Ce désir est donc éternel, d’origine divine mais contient aussi une part maudite.
Et chacun se retrouve ainsi esclave d’aspirations différentes, l’Impératrice
pour l’Ombre (c'est-à-dire la Maternité), l’Empereur pour le faucon rouge (la Puissance passée ?), Barak pour sa femme et la nourriture et enfin la Teinturière pour cet homme qu’elle a en
tête.
A ce propos, comment considérer le souvenir d’un être aimé réveillé par la Nourrice dans la tête de la Teinturière ? Serait-ce un obstacle que la vie lève face à chacun, l'empêchant ainsi
d'aimer l'autre ?
Avec beaucoup de force, les trois veilleurs exhortent les hommes à s’aimer les uns les autres plus que leur propre vie.
Le chemin pour y arriver est clair : l’escalier de la connaissance relie le Ciel à la Terre.
Il peut être blanc ou noir selon que l’issue sera le bonheur ou la chute vers les ténèbres.
Un des plus beaux moments que nous réserve Wilson est la prise de conscience par l’Impératrice de l’inhumanité de son attente vis-à-vis de La Femme.
Les lumières de sa conscience surgissent de sa chambre noire devenue tombe. Elle refuse finalement de prendre l’Ombre.
Elle accepte alors de traverser la Porte – deux barres verticales – passage qui l’invite à faire face à son choix avec toute l’angoisse que cela induit.
Si les quatre personnages gagnent au tableau final leur humanité, Bob Wilson fait aussi revenir la Nourrice au milieu des enfants. Comme si la
Tentation manipulatrice restait présente.
Après ces quelques éléments de décryptage allégorique qui méritent d’être bien plus enrichis, pas question de passer sous silence l’interprétation musicale.
L'Impératrice
Tout le monde s’accorde sur l’Impératrice d’Eva-Maria
Westbroek, émouvante, puissante et donc à la fois humaine et surnaturelle.
Un peu trop timide, Christine Brauer est
cependant une Teinturière très digne et domine un Barak auquel Franz Hawlata colore le timbre d’un grain séduisant et très identifiable. Le
chanteur paraît cependant manquer de punch, le souffle s’écourte un peu trop souvent bien que la bonté du Teinturier n’en souffre nullement.
Jane Henschel, irréprochable de présence et de force est possédée par un rôle qu’elle maîtrise admirablement même dans la vision de Wilson dont la
gestuelle fixe est si difficile à acquérir.
Il est vrai que l’Empereur est pathétique, alors à ce titre nous pouvons dire que Jon Villars serait vocalement d’une vérité dramatique indéniable
s’il ne donnait l’impression d’une certaine extériorité au rôle (ou à la mise en scène).
De plus, le grand air du second acte ne mérite pas un chant aussi murmuré ni un si faible relief musical
car la violence du discours aurait du inciter Gustav Kuhn à sortir de son interprétation plutôt intimiste et déchaîner des sentiments trop
faiblement perçus.
L'Empereur (Jon Villars)
C’est un peu dommage car sinon la direction du chef est défendable en ce sens qu’elle participe à l’atmosphère méditative et mystérieuse du spectacle.
Il privilégie la fluidité et la lenteur en accord avec les très belles impressions lumineuses plutôt que le relief et le détail.
Et c’est sans doute ce que certains lui reprocheront.

L'Impératrice (Eva-Maria Westbroek)
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