Parsifal (Richard-Larsson-Haenchen-Castellucci) La Monnaie

Publié le 12 Février 2011

Parsifal-05-copie-1.jpgParsifal (Richard Wagner)
Représentation du 06 février 2011
Théâtre de la Monnaie de Bruxelles

Amfortas  Thomas Johannes Mayer
Titurel    Victor von Halem
Gurnemanz Jan-Hendrik Rootering
Klingsor Tomas Tomason
Kundry Anna Larsson
Parsifal Andrew Richard

Mise en scène Romeo Castellucci

Direction musicale Hartmut Haenchen
 

                                                                          Dorothée daffy - Figurante de l'exode (Acte III)

Au premier acte, nous sommes au milieu d’une forêt dense et obscure, symbole primitif bien connu de l’inconscient où se cachent les hommes, où se perdent les voix.
Il en résulte une constante sensation de malaise pénible à soutenir, car les chanteurs restent la plupart du temps invisibles, sensation accentuée par de fréquentes dissonances au sein de l’orchestre.

La vision de Romeo Castellucci démarre plutôt mal, et Harmut Haenchen peine à tenir les musiciens à leur meilleur, créant une déception inévitable lorsque l’on se remémore le Parsifal transcendant qu’il dirigea à l’Opéra Bastille en 2008, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski.

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   Andrew Richard (Parsifal)

Il faut attendre, et rien ne laisse imaginer un changement d’univers aussi radical, l’arrivée au château de Klingsor pour tomber dans une sorte de fascination à la vue de la chambre sacrificielle blanche, brumeuse, illuminée irréellement, parcourue de danseuses nues se contorsionnant sur les convolutions de la musique.

Tomas Tomason ne laisse aucune ambigüité transparaitre, aucune pitié pour les corps qu’il tord froidement, un maître du domaine qui s’efface pourtant à l’apparition magistrale de Kundry. Andrew Richard a déjà investi l’humanité frondeuse de Parsifal, mais il se révèlera encore plus puissant au troisième acte.

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      Anna Larsson (Kundry)

Car ce second acte est avant tout celui d’Anna Larsson. Elle ôte à Kundry son agressivité naturelle pour lui donner une intensité tragique et épouvantée, avec une voix d’une complexité rare qui creuse des abysses et libère des appels tourmentés.
La maîtrise avec laquelle elle assume son rôle, tout en maniant les enroulements du serpent blanc autour de son bras, est l’élément clé de cette vision angoissante, et non heureuse, de la sexualité dont se détourne Parsifal.

L’ensemble du travail plastique de Castellucci est visuellement d’une beauté  impressionnante et déstabilisante, et Haenchen - tout comme l’orchestre - est ici à son aise dans les chromatismes dynamiques et sinueux.

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      Anna Larsson (Kundry)

De retour au domaine du Graal, tristement sombre et désolé, Parsifal retrouve un Gurnemanz vieillissant, Jan-Hendrik Rootering l‘incarne avec une usure juste, et y rallie tout un peuple pour le conduire on ne sait où.

L’ensemble de figurants réunis pour l’occasion -vêtu ordinairement- entame une marche sans fin, face au public, mené par la démarche fluide d’Andrew Richard.
L’homme est un leader naturellement humble, vocalement d’une force sereine.

A nouveau l’image est superbe lorsque ce peuple d’hommes et de femmes poursuit son exode au cœur d’une galaxie, eux-mêmes distants les uns des autres comme le sont chacunes de ces étoiles, jusqu’à sa dispersion dans une cité moderne et froide.

Thomas Johannes Mayer dessine un Amfortas aussi humain que Wotan à l’Opéra Bastille, bien que son rôle scénique n’exploite pas autant de potentiel théâtral.

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      Thomas Johannes Mayer (Amfortas) et Andrew Richard (Parsifal)

Malgré sa démarche intuitive et visuelle, Castellucci ne tisse pas de lien évident entre chaque acte, mais les thèmes des deux derniers - d’une réussite artistique totale - croisent l’errance de ces jeunes qui lient sexualité et mal de vivre urbain dans Shortbus, film de John Cameron Mitchell.

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David 26/06/2011 21:30


Merci Geneviève, je regrette de ne pas l'avoir ré-entendue.


Genoveva 26/06/2011 08:30


Hier 25 juin 2011, j'étais à Pleyel pour Gurre-Lieder de Arnold Schonberg et Anna Larsson a été "grandiose" dans la Colombe des bois........... un triomphe mérité pour l'oeuvre, l'orchestre et
l'interprète !!!! j'espère qu'elle reviendra bientot à Paris !


Monique 18/02/2011 08:58


Bonjour,
Merci pour vos commentaires très intéressants.
Je me trouve sur scène puisque je suis une des figurantes marchant vers.....
Je pense que les 170 figurants ont pris un réel plaisir à l'aventure Parsifal.
Merci à tout le monde


Toutoulousain 13/02/2011 22:28


Désolé pour la confusion. Je ne suis pas parisien mais je pense effectivement que la Monnaie à l'air d'une maison dynamique et vivante avec un budget moindre que d'autres institutions comme l'ONP.
Ce qui compte c'est la diversité, je ne pense pas que ce que nous avons aimé à La Monnaie plairait à la majorité des contribuables français qui subventionnent la grande maison. Inversement si La
Monnaie faisait du "décoratif" elle n'attirerait pas les touristes comme nous, donc...les choses fonctionnent bien comme cela, tout le monde y trouve son compte.
Merci pour votre blog que je visite fréquemment.


David 13/02/2011 22:06


En fait, l'article rend compte de la représentation du dimanche 6 février, bien qu'il n'est été publié que le 12.
Donc nous n'avons pas assisté à la même représentation. Il est d'ailleurs fort probable que l'orchestre n'ait pas reproduit, par la suite, les petites erreurs du week-end dernier.
Je trouve le niveau artistique du Théâtre de La Monnaie assez remarquable , alors qu'il ne bénéficie pas du même budget que celui de l'Opéra de Paris, Opéra où le goût de l'audace a très rapidement
disparu depuis 2 ans.
Dommage pour nous.


Toutoulousain;) 13/02/2011 18:28


J'étais aussi vendredi soir à Bruxelles (peut-être à côté de vous à en croire l'image principale qui illustre votre billet) et je suis plus conquis que vous par le premier tableau (acte I). J'ai
trouvé cet éden et ces chevaliers qui sont à la fois si proches de la nature et si cachés des humains très réussi.
Le lien entre ces tableau c'est le serpent blanc. Le ver qui est dans le fruit, non ?
En ce qui concerne le troisième acte, le bruit du dispositif scénique (par ailleurs très réussi visuellement) est à mettre au débit du metteur en scène, c'est dommage.
J'ai trouvé le chef plus lyrique (moins impatient) qu'à Paris et le son de l'orchestre plus rond (mais je déteste l'acoustique de Bastille, ceci expliquant peut-être cela).
Bref, au total une très grande réussite, je plussoie à votre avis.
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Cordi@lement,
Toutoulousain ;)