Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Publié le 2 Juillet 2016

L'article qui suit - il sera mis à jour chaque année, en fin d'hiver, au moment de l'annonce des nouvelles saisons - propose de donner un aperçu du répertoire de quelques grandes maisons d'opéra, en les comparant non sur le nombre absolu de représentations, mais sur l'importance relative des oeuvres où des compositeurs dans ces maisons.

Ces 7 maisons sont l'Opéra de Paris, la Monnaie de Bruxelles, le Bayerische Staatsoper de Munich, la Scala de Milan, le Royal Opera House Covent-Garden de Londres, l'Opéra de Vienne et le New-York Metropolitan Opera.

Elles sont choisies pour leur célébrité, mais également parce qu'elles mettent à disposition du grand public leurs archives.

Leur répertoire est donc analysé sur la période 1973 à nos jours, c'est à dire sur la période de renouveau initiée par Rolf Liebermann au début des années 1970.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Toutefois, les données disponibles sur l'Opéra de Munich ne couvrent pas le XXième siècle; les informations ne sont donc que partielles.

Ces maisons ayant présenté, chacune, entre 150 et 280 oeuvres différentes sur cette période de 45 ans, nous nous limitons à afficher, ci-dessous, la liste des oeuvres les plus jouées et qui couvrent 50% de la programmation.

Plus la liste est longue (près de 50 oeuvres à Bruxelles, mais seulement 20 à New-York), plus elle traduit une grande variété et une grande équité dans le choix des oeuvres.

Pour une meilleure lisibilité, cliquez sur le tableau.

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La Monnaie de Bruxelles

Avec seulement 90 représentations par an, le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles est une maison où le répertoire y est le plus diversifié, des compositeurs  baroques aux compositeurs  contemporains.

Elle est la seule qui place Mozart comme compositeur le plus joué devant Giuseppe Verdi, 'Cosi fan tutte' en tête. Mais la Monnaie fait honneur à 'Falstaff', l'ultime ouvrage du compositeur italien.

Puccini y est 2 à 3 fois moins donné qu'ailleurs - 'Tosca' n'est que dixième du classement -, et les répertoires véristes et belcantistes y sont peu représentés.

Benjamin Britten (7ième compositeur de la maison!), Leos Janacek et Claudio Monteverdi y sont donc plus joués que Gaetano Donizetti, et Igor Stravinsky l'est plus que n'importe quel compositeur français ('Les Contes d'Hoffmann' sont relativement peu montés).

Mais nulle autre maison n'affiche aussi souvent 'Pelléas et Mélisande', oeuvre dont le livret est de Maurice Maeterlinck, écrivain belge.

Une rareté, 'Cendrillon' de Massenet, est particulièrement bien mise en avant - alors que 'Manon' est absente - , et les oeuvres du musicien belge Philippe Boesmans sont autant représentées que celles de Glück.

Petite surprise pour Rossini, dont le 'Turc en Italie' rivalise avec 'Le Barbier de Séville'.

Près de 300 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

 

La Scala de Milan

Même si aucune autre maison ne fait autant la part belle aux compositeurs italiens (soit 60% de la programmation) - Giuseppe Verdi, Giacomo Puccini et Gioacchino Rossini égalent ou dépassent Mozart - , peu savent que la Scala de Milan laisse une place importante aux oeuvres rares ('Cherevichki' de Tchaikovski 'La Fiancée du Tsar' de Rimski-Korsakov, 'Donnerstag aus Licht' de Stockhausen ...), malgré un rythme de programmation modeste (moins de 100 représentations par an).

La part du répertoire anglo-saxon (4%) y est, par exemple, aussi importante, voire plus, qu'à New-York.

Benjamin Britten est donc le 8ième compositeur le plus joué, devant Vincenzo Bellini, et aucune autre maison n'accorde 1% de ses représentations au 'Wozzeck' d'Alban Berg, néanmoins au détriment de 'Lulu'.

Et si la Scala n'est pas un Opéra qui encense Richard Strauss et Richard Wagner, le 'Fidelio' de Beethoven y jouit d'une excellente popularité.

Enfin , Giuseppe Verdi est le compositeur phare - 26 de ses 28 opéras ont été joués au moins une fois depuis 1973 -, et, par conséquent, la Scala est le lieu idéal pour réentendre 'I Lombardi alla Prima Crociata' ou 'I Due Foscari'

250 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Bruxelles, Milan, Paris et Munich

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Bruxelles, Milan, Paris et Munich

L'Opéra National de Paris

La programmation de l'Opéra National de Paris est unique car elle est la seule, et c'est tout à fait naturel, à accorder près d'un quart des représentations au répertoire français.

'Carmen', 'Les Contes d'Hoffmann' et 'Faust' sont donc dans les dix premiers, et 'Pelléas et Mélisande', 'Manon, 'Werther', 'La Damnation de Faust' et 'Samson et Dalila' sont fréquemment joués.

Ces deux dernières décennies auront également vu le triomphe de 'Platée' de Jean-Philippe Rameau, le meilleur exemple du passage à la postérité du répertoire de l'Académie Royale de Musique du XVIIIème siècle, suivi par les ouvrages de Glück ('Iphigénie en Tauride' et 'Orphée et Eurydice').

'Les Noces de Figaro' de Mozart, grâce à Liebermann, resté pendant 40 ans l'opéra le plus représenté, est dorénavant rejoint par les scènes parisiennes de 'La Bohème' qui devient l'oeuvre n°1 de l'Opéra sans doute pour longtemps.

Et à l'instar de la Monnaie de Bruxelles,  la popularité de 'La Clémence de Titus'  et d''Idoménée'  y est bien meilleure que dans les grandes maisons de répertoire.

Côté italiens, Puccini est contenu (moins de 10% du répertoire), sous l'effet du passage de Gerard Mortier à la direction de l'institution, mais, étrangement, 'La Traviata' de Verdi reste derrière 'Rigoletto', ouvrage emblématique de l'histoire de l'Opéra de Paris depuis plus d'un siècle.

Par ailleurs, Don Carlo(s) s'installe durablement comme le troisième opéra de Giuseppe Verdi le plus joué ici.

Leos Janacek est également un compositeur bien représenté, puisqu'il porte 2% du répertoire, ce qu'aucune autre maison, à part La Monnaie, ne lui concède.

En revanche, quelques grands piliers des maisons de répertoire, 'Turandot', 'Aïda', 'I Pagliacci/Cavalleria Rusticana' sont plus modestement représentés.

Belle reconnaissance pour 'Der Rosenkavalier' de Richard Strauss, qui dure depuis un siècle.

Plus de 200 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Le Bayerische Staatsoper de Munich

Avec près de 200 représentations par an, l'Opéra d'Etat de Munich est un pilier des grandes maisons d'opéras.

Richard Wagner (10% du répertoire) y est plus représenté que Giacomo Puccini (9% du répertoire), le seul cas parmi les 7 maisons étudiées ici.

Et ce sont naturellement les opéras de Mozart en langue allemande 'Die Zauberflöte' et 'Die Entführung aus dem Serail' qui occupent le haut de la programmation.

Même logique pour 'Hansel und Gretel' d'Humperdinck, placé dans les 5 premiers, ainsi que pour 'Fidelio' , 'Die Fledermaus' et 'Ariane à Naxos'.

L'Opéra de Munich a par ailleurs la particularité de jouer régulièrement deux références du bel canto romantique italien, 'Roberto Devereux' et 'Norma', uniquement grâce à la présence d'Edita Gruberova.

Giuseppe Verdi, compositeur italien le plus prolifique, reste encore et toujours le musicien le plus joué - bien qu' 'Otello' et 'Simon Boccanegra' souffrent le plus de la concurrence du répertoire allemand - , mais Gioachino Rossini n'est plus que le 8ième compositeur de la maison.

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Munich, Londres, Vienne et New-York

Oeuvres représentant 50% de la programmation à Munich, Londres, Vienne et New-York

Le Royal Opera House Covent-Garden de Londres

Le Covent Garden est l'opéra dont la programmation s'approche le plus de celle du Metropolitan Opera de New-York : 20% pour Verdi, 15% pour Puccini, 10% pour Mozart, 7% pour Wagner.

C'est la seule maison à placer 4 oeuvres de Puccini, dont 'Turandot', dans les 10 premiers et à placer 'La Fanciulla del West' au même niveau que la Scala de Milan.

Mais Richard Strauss dépasse cependant Gioacchino Rossini.

Peu d'originalité visible dans le grand répertoire - à l'exception de 'Die Meistersinger von Nuremberg' , opéra de Wagner le plus joué -, le ROH offre cependant 6% de ses représentations aux compositeurs britanniques, Benjamin Britten, Michael Tippett, Thomas Adès, Harrison Birtwistle, George Benjamin, Mark-Anthony Turnage ('Anna Nicole'), et Irlandais, John Browne ('Babette's Feast').

Le Royal Opera House a joué plus d'une soixantaine d'oeuvres sur un soir ou deux, mais moins de 180 oeuvres ont été jouées sur 3 soirées ou plus ces 44 dernières années.

 

L'Opéra de Vienne

L'Opéra de Vienne est un théâtre de répertoire qui joue 250 représentations d'opéras par an.
Giuseppe Verdi est à nouveau le compositeur le plus joué (17%), mais Giacomo Puccini, Wolfgang Amadé Mozart, Richard Strauss et Richard Wagner représentent chacun, à part égale, 10% de la programmation.

La grande originalité est de placer 'Der Rosenkavalier' dans les 5 premiers, et de le rendre aussi populaire que 'La Bohème'.

'Salomé' et 'Fidelio' apparaissent également dans les 10 premiers, mais, à présent, moins de 25 ouvrages représentent plus de 50% des soirées.

Seules 150 oeuvres sont jouées sur cette scène depuis 1973, et, chaque saison, une oeuvre rare, uniquement, est nouvellement montée.

Répertoire comparé de grandes maisons d'opéra de Paris à New-York

Le New-York Metropolitan Opera

Disposant d'une salle unique de 3700 places et de 240 représentations par an, le Metropolitan Opera se concentre sur les piliers du répertoire, au point que 20 ouvrages seulement couvrent 50% de la programmation (Verdi et Puccini en tête).

Les italiens dominent, parmi lesquels le diptyque 'I Pagliacci/Cavalleria Rusticana' est bien représenté,  et Mozart tient encore 10% du répertoire.

Quelques grands absents se font remarquer, 'I Capuleti ei Montecchi' de Bellini, 'Saint-François d'Assise' de Messian, 'L'Amour des 3 oranges' de Prokofiev, 'La petite Renarde rusée' de Janacek, 'Alcina' de Haendel, Alceste' de Glück, 'Le Couronnement de Poppée' de Monteverdi.

Mais 'Romeo et Juliette' de Charles Gounod est plus joué que 'Faust', et se situe dans les 30 premiers.

Par ailleurs, une part du grand répertoire de l'Opéra de Paris du XIXème siècle ('Samson et Dalida', 'Thais', 'Le Prophète', 'Le Siège de Corinthe', 'Esclarmonde') , est mieux représenté qu'à Paris même.

Cependant, si une quarantaine d'ouvrages sont données à New-York mais pas à Paris - tels 'Ernani', 'Don Pasquale' -, à l'inverse, 90 oeuvres lyriques sont uniquement jouées dans la capitale française.

Au total, près de 160 oeuvres sont représentées sur cette scène depuis 1973.

 

Conclusion

La comparaison des répertoires de ces sept maisons permet de dégager 50 ouvrages répartis en trois groupes :

Le premier comprend 11 incontournables qui sont  : Bohème (La), Tosca, Traviata (La), Zauberflöte (Die), Nozze di Figaro (Le), Don Giovanni, Carmen, Madama Butterfly, Barbiere di Siviglia (Il), Rigoletto, Cosi fan tutte.

Le second comprend 16 oeuvres à dominante verdienne très fréquemment jouées : Aida, Rosenkavalier (Der), Ballo in maschera (Un), Turandot, Elisir d'amore (L'), Trovatore (Il), Don Carlo(s),Otello, Entführung aus dem Serail (Die), Lucia di Lammermoor, Contes d'Hoffmann (Les), Cenerentola (La), Salomé, Falstaff, Fidelio, Simon Boccanegra.

Le troisième comprend 23 ouvrages à dominante wagnérienne régulièrement programmés dans les maisons de répertoire : Fliegende Holländer (Der), Fledermaus (Die), Elektra, Eugène Onéguine, Macbeth, Lohengrin, Faust, Ariadne auf Naxos, Walküre (Die), Parsifal, Boris Godounov, Manon Lescaut, Tristan et Isolde, Werther, Nabucco, Wozzeck, Forza del destino (La), Hänsel et Gretel, Pagliacci (Il)/Cavalleria Rusticana, Pelléas et Mélisande, Meistersinger von Nürnberg (Die), Idomeneo, Tannhäuser.

L'originalité d'une programmation se mesure alors à la capacité que peut avoir une institution à s'écarter de ce répertoire type, sachant que l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche et la France, les quatre terres natales des compositeurs les plus joués, privilégient les oeuvres de leurs auteurs nationaux.

On remarque également que plus le nombre de représentations d'une maison d'opéra augmente et dépasse les 200 spectacles pas an, moins elle tend à diversifier son répertoire, ce qui est le grand paradoxe de cette étude.

L'Opéra National de Paris apparaît donc, jusqu'à présent, comme l'une des maisons qui recherche le meilleur équilibre entre répertoire solide et élargissement vers de oeuvres moins connues, et il faut souhaiter que cela se poursuive.