Adriana Mater à l'Opéra Bastille (Création mondiale)

Publié le 8 Juillet 2007

Adriana Mater (Kaija Saariaho)

Représentation du 15 avril 2006 (Opéra Bastille)
 
Adriana Patricia Bardon
Refka  Solveig Kringelborn
Tsargo Stephen Milling
Yonas Gordon Gietz
 
Direction musicale Esa-Pekka Salonen
Mise en scène Peter Sellars
 
 
Le décor évoque certains villages (d’Afrique du Nord ?) ornés de coupoles, symboles spirituels. Il n’en reste plus qu’une au second acte (celle d’Adriana) épargnée malgré les ravages de la guerre. 
La pâle lueur rouge d’espoir vacille : la luminosité de la scène semble alors exprimer les couleurs des sentiments en jeu, les ruines prenant une teinte particulièrement glacée au moment où le cœur de Jonas se durcit le plus face à son père.
 
Au premier balcon, Kaija Saariaho contrôle elle-même la sonorisation des voix qu’elle accentue fortement au cours du duo Refka/Adriana qui suit le viol. La scène est étrangement surnaturelle.
 
La musique entretien une tension perpétuelle, parfois harcelante dans ses effets vifs, les coups d’éclats pouvant être forts et violents.
Il y a même quelque chose d’épique car les sonorités me font penser un moment à la scène de couronnement de Boris Goudonov ou bien à Guerre et Paix.
 
Le texte de Amin Maalouf est très intéressant (j’aime beaucoup Adriana éclairant Refka sur la peur qui se cache derrière le mépris que cette dernière lui recommande).
Il pose les questions de fond, exprime les sentiments les plus instinctifs (Refka est en permanence la voix qui peut entraîner l’esprit d’Adriana vers la régression).
L’influence des spiritualités orientales est visible, il y a une tentative de prise de conscience de ce qui se passe en chacun des protagonistes afin que leur action permette malgré tout de réussir leur vie.
Pour Adriana, il s’agit de mettre à l’épreuve son fils en le laissant aller se confronter à son père après lui avoir donné pendant sa jeunesse la meilleure éducation possible.
 
Patricia Bardon et surtout Solveig Kringelborn réussissent des expressions vocales parfois  tranchantes et assez inhabituelles à l’opéra.
 
Je ne me souviens pas avoir décroché du spectacle un seul instant.
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