Mère Courage (CM.Antoni -Berliner Ensemble) Théâtre de la Ville

Publié le 26 Septembre 2014

Mere-Courage01.jpgMère Courage (Bertolt Brecht)

Mutter Courage und ihre Kinder (1939)
Représentation du 24 septembre 2014
Théâtre de la Ville

Berliner Ensemble

Mère Courage Carmen-Maja Antoni
Kattrin Karla Sengteller
Eilif Rapahel Dwinger
Schweizerkas Michael RothMann
Le recruteur Martin Schneider
L’adjudant Veit Schubert
Le Cuisinier Manfred Karge
Yvette Ursula Höpfner-Tabori
Le Général Axel Werner
L’Aumonier Martin Seifert
Le Soldat Marko Schmidt

Mise en scène Claus Peymann (2005)                             Carmen-Maja Antoni (Mère Courage)
Musique Paul Dessau

Bien que la pièce écrite par Bertolt Brecht à l’entrée de l’Europe dans la Seconde Guerre Mondiale ne corresponde plus à notre réalité contemporaine de la guerre, qui oppose dorénavant un ou plusieurs Etats à des groupes armés idéologiquement conditionnés, son texte contient des questions qui se posent encore aujourd’hui.

Tout conflit dans lequel notre pays est engagé est-il nécessaire ? Y gagnons nous véritablement la paix sur notre propre territoire, ou bien participons nous à un déferlement de violence qui engendre la violence ailleurs afin d’entretenir un cycle sans fin d’opportunités commerciales ? Voyons-nous réellement ce que nous y perdons ?

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Même dans sa version allemande, Mutter Courage und ihre Kinder devrait avoir un impact particulièrement fort en France, puisque notre pays dispose du budget militaire le plus important de la zone euro.

Claus Peymann, le directeur actuel du Berliner Ensemble, est né deux ans avant la création de cette pièce. Sa mise en scène se réfère à un monde de la guerre du passé, sur un grand plateau circulaire – l’éternel recommencement - autour duquel quelques éléments de décors - le chariot de mère courage, un village – sont disposés.

Mere-Courage03.jpg    Karla Sengteller (Kattrin) et Carmen-Maja Antoni (Mère Courage)

 

De chaque côté de cette immense roue inclinée, des musiciens jouent des mélodies de cabaret nostalgiques d’un temps perdu, celles de Paul Dessau, le musicien collaborateur de Brecht. Et quelques effets spéciaux, les bombardements de la guerre, la tempête d’hiver, la pluie, simulent symboliquement l’ambiance de cette histoire.

A vrai dire, le mérite du spectacle repose sur ses acteurs, Carmen-Maja Antoni en tête.  L’actrice, née à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, fait partie du Berliner Ensemble depuis 1976. C’est une expérience extraordinaire de la voir jouer avec une telle vitalité communicative, et faire vivre avec une telle osmose la souplesse affective et subtile de son corps, et la franchise directe de la langue allemande. Certes, il faut régulièrement suivre la traduction du texte, mais il y a un plaisir et une musique dans cette langue, que la langue française, et son école conventionnelle, ne savent pas restituer avec une telle accroche.

Mere-Courage04.jpg   Karla Sengteller (Kattrin)

 

C’est donc ce tempérament volontaire qui séduit, parce qu’il ne veut pas laisser transparaitre la souffrance humaine qui couve au fur et à mesure que Mère Courage perd ses enfants, ni le besoin de chaleur insatisfait que la nécessité de survivre réprime.
C’est la force du théâtre, même si le contexte d’une pièce ne cadre pas suffisamment avec l’environnement où elle est jouée, de toucher aux tripes irréductibles de la vie, et de lui donner une énergie saisissante.

Mere-Courage05.jpg    Carmen-Maja Antoni (Mère Courage) et Karla Sengteller (Kattrin)

 

Le sujet, lui, nous touche moins, car nous vivons dans un monde où il est de plus en plus difficile de faire le lien entre nos actes et leurs conséquences. Cependant, la disparition progressive des trois enfants de Mère Courage peut être vue comme l’abandon de ce qui fonde sa personnalité, quand elle verse dans le compromis avec la folie humaine, jusqu’à perdre son sens de la révolte personnifié par Kattrin.

 

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