Otello (Verdi)

Publié le 8 Janvier 2010

Genèse de l’œuvre

Le 22 mai 1873, l’écrivain Alessandro Manzoni meurt. Il est un des symboles littéraires majeurs du Risorgimento et du romantisme italien. Verdi lui dédie la Messa da Requiem, et le conseil municipal de Milan accepte de décréter des cérémonies solennelles pour le premier anniversaire de sa mort.
Un des conseillers s’est particulièrement rangé à la requête de Verdi : Arrigo Boito.

A la fin d’octobre, Escudier et du Locle font savoir au compositeur que l’Opéra de Paris, rue Le  Peletier, vient d’être détruit par un incendie. Verdi s’en afflige.
L’année d’après, bon contribuable, Verdi entre au Sénat.

Débute une période de voyages artistiques en Europe, Requiem et Aïda à Paris (1875-1876), puis des visites en Allemagne, Hollande et Belgique.
En 1878, Victor-Emmanuel, Pie IX et Solera meurent, « Ils meurent tous, tous! » s’angoisse Verdi.

Au milieu de l’année 1879, Franco Faccio, directeur de la Scala, emmène Boito chez Verdi, et trois jours après, le compositeur a entre les mains une esquisse d’Othello.
Mais Verdi n’est pas encore prêt pour composer un nouvel opéra. Ricordi lui propose donc de retoucher Simon Boccanegra.
Tant d’endroits vont être modifiés, que l’opéra est entièrement remis à neuf. La déclamation est plus mélodique, et les morceaux ont plus d’unité.

Le 24 mars 1881, Simon Boccanegra est représenté à Milan avec succès.

Cette révision l’inspire alors pour reprendre Don Carlo, et en supprimer les pesanteurs. Mais contrairement à Simon Boccanegra, « nouveau » au vrai sens du terme, il s’agit d’une seconde édition écourtée.

Représenté le 10 janvier 1884 à la Scala, les critiques en racontent à peu prêt n’importe quoi.
« Pauvres artistes … esclaves d’un public la plupart du temps ignorant (et c’est un moindre mal), capricieux et injuste», voilà ce que pense le compositeur de sa condition.

Mais l’attente de ce que tout le monde nomme « Iago » dure depuis plus de cinq ans. Il faut à Verdi toute l’année 1885 pour achever la composition d’Otello, et toute l’année 1886 pour revoir la partition.

La date du 5 février 1887 est fixée pour la première. Critiques, éditeurs, compositeurs affluent du monde entier à Milan. L’émerveillement est total.
Verdi a réussi à faire du discours parlé et du discours chanté une même chose.

 

Otello

En 1489, 26 ans après le décès de son époux Jacques II Roi de Chypre, Catherine Cornaro (d’origine vénitienne) renonce à la couronne du Royaume, afin qu’il devienne une possession de la République de Venise.

Depuis la quatrième croisade (1202-1204), Venise bénéficie du partage de l’Empire Byzantin par la constitution d’un empire colonial regroupant des ports et des îles de la mer Égée, le long de la voie commerciale jusqu’à Constantinople.
A la fin du XVième siècle, cet empire est donc à son apogée, bien que la découverte du Cap de Bonne Espérance par Vasco de Gama en 1498 ne fait plus de Venise un intermédiaire incontournable pour échanger avec l’Orient.

Dans les années qui suivent, la République résiste habilement aux luttes hégémoniques de la France et de l’Espagne en Italie. En revanche sur mer, l’Empire turc devient une menace de plus en plus pressante.

En 1522, Soliman le Magnifique, « Le Grand Turc », prend Rhodes après un siège de cinq mois.
Les manœuvres se poursuivent en Hongrie jusqu’à ce que Vienne soit menacée en 1529 et 1532.

Au cours de l’année 1537, l’installation des Turcs sur la côte albanaise effraye l’Italie entière, ce qui déclenche la guerre avec Venise. La flotte ottomane est repoussée de Corfou, et en 1540 un traité de paix offre des conditions avantageuses aux marchands vénitiens.

Le déclin se précipite en 1570 lorsque les Ottomans débarquent à Chypre et pillent Nicosie.
Le 04 octobre 1571, la citadelle de Famagouste tombe, et la garnison vénitienne est massacrée.
Mais trois jours après, la Sainte Ligue, dirigée par les Vénitiens et les Espagnols, défait de manière effroyable la flotte turque à Lépante (Naupacte) en détruisant 260 navires sur 300 et en tuant 30000 hommes.
Le célèbre écrivain espagnol, Miguel de Cervantès, participe à la bataille.
Venise est cependant ruinée, et ne pouvant plus commercer avec l’Orient elle reconnaît aux Ottomans la possession de Chypre en 1573.

La trame du livret d’ « Otello » se déroule à Famagouste au début du XVIième siècle à l’apogée de son rayonnement.
Otello, gouverneur maure de Chypre, a succédé à Montano. En pleine tempête, il revient au port après avoir défait les Turcs. En nommant Capitaine Cassio, Otello s’attire le ressentiment de son enseigne Iago.

Afin de se venger, ce dernier initie méticuleusement une intrigue, qui va se développer au gré des improvisations et des circonstances.
Il part du sentiment amoureux du jeune Roderigo vis à vis de Desdemone, femme d’Otello, pour lui faire croire que Cassio est son rival. La bagarre provoquée entraîne la destitution de Cassio du grade de Capitaine.
Iago lui suggère alors de solliciter Desdemone afin d’apaiser Otello, tout en alertant par la suite celui ci que Desdemone le trompe avec Cassio. 
Il fait croire à Otello que sa femme a offert son mouchoir à Cassio (mouchoir récupéré à l’insu d’Emilia, la femme de Iago).

Alors que la jalousie s'insinue progressivement, Iago organise une entrevue avec Cassio, afin qu’il lui parle de sa nouvelle maîtresse. Iago s’arrange pour faire croire à Otello que Cassio parle de Desdemone. Le général Maure sombre dans une folie criminelle et assassine sa propre femme, quand en même temps Cassio tue Roderigo. La vérité est dévoilée, et alors que Iago s’enfuit, Otello se poignarde.

 

La suite Falstaff

L'ouvrage précédent Aïda

Rédigé par David

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