L'Art Lyrique en France de l'Opéra de Paris aux opéras en région - Financement, dynamisme et emploi

Publié le 22 Mars 2021

L’article qui suit propose de regrouper quelques éléments chiffrés permettant d’évaluer l'équilibre économique des structures lyriques en France en distinguant l’Opéra de Paris et 24 autres opéras de France.

Ces éléments sont en grande partie élaborés à partir du rapport d’Observation sur l’art Lyrique en France, étude pilotée par l’Observatoire des Politiques Culturelles et éditée en 2019 (voir lien ci dessous).

Observation sur l'Art Lyrique en France - Avril 2019
Rédaction de la note de synthèse Guy Saez, directeur de recherche émérite CNRS-PACTE, Université de Grenoble
Traitement des données Samuel Périgois, chargé de recherche, Observatoire des politiques culturelles
Pilotage de l’observation et collecte des données Laurence Lamberger-Cohen, directrice de la Réunion des Opéras de France

L'Art Lyrique en France de l'Opéra de Paris aux opéras en région - Financement, dynamisme et emploi

Cette étude a interrogé 22 structures lyriques réunissant 3 opéras d'Ile de France, l’Opéra de Paris, l’Opéra Comique, l’Opéra de Massy, et 19 autres opéras situés en province.

Ces 19 opéras de province regroupent 4 opéras nationaux en région (l’opéra national du Rhin, l’opéra national de Bordeaux, l’opéra national de Lorraine, l’opéra national de Montpellier), 8 opéras en régions subventionnés par le Ministère de la Culture (le Capitole de Toulouse, l’opéra de Marseille, le Grand Théâtre d’Avignon, l’opéra de Lille, l’opéra de Dijon, l’opéra de Tours, l’opéra de Rennes, l’opéra de Limoges) et 7 autres structures (l’opéra de Metz, l’opéra de Saint-Étienne, l’opéra de Nice, l’opéra de Toulon, le Théâtre de Caen, l’opéra de Reims, les Chorégies d’Orange).

Les données de cette étude ont été complétées avec celles de 3 autres établissements qui ne font pas partie de l’enquête, à savoir un opéra national en région, l’opéra national de Lyon, et 2 opéras en régions subventionnés par le Ministère de la Culture, le Théâtre des Arts de Rouen et l’Angers-Nantes Opéra.

L'Art Lyrique en France de l'Opéra de Paris aux opéras en région - Financement, dynamisme et emploi

Ne sont pas pris en compte le Théâtre des Champs Élysées (budget de 20 M€ sans personnel artistique dont 7 M€ de billetterie et 50 000 spectateurs lyriques), le Festival d’Aix-en-provence (20 M€ dont environ 35 000 spectateurs lyriques), l’Opéra de Versailles (budget de 6 M€ dont environ 8 000 spectateurs lyriques) qui représentent un total d’environ 100 000 spectateurs lyriques, soit 4 % supplémentaires par rapport au volume des 25 structures étudiées.

Des mises à jour des informations synthétisées ci-dessous pourront intervenir au cours du temps.

L’Opéra de Paris subventionné à moins de 45 %, et 24 autres opéras de France subventionnés à plus de 75%

Budget Budget total (€) Subventions (€) dont subventions étatiques (€) dont subventions    territoriales (€)
Opéra national de Paris 218 000 000 95 000 000 95 000 000 0
24 autres opéras en région 358 000 000 279 000 000 43 000 000

236 000 000

Budget Part des subventions / budget Part d'emplois publics Recettes de      billetterie (€) Part des recettes de billetterie  / budget
Opéra national de Paris 44 % 2 % 70 000 000 32 %
24 autres opéras en région 78 % 70 % 58 000 000 16 %

 

Alors que la subvention étatique couvrait l’intégralité des frais de personnels jusqu’en 2010, les contraintes budgétaires européennes survenues après la crise financière de 2008 poussèrent l’État à enclencher une logique de réduction des aides publiques qui obligea dès lors l’Opéra de Paris à augmenter ses ressources propres. Les prix des places augmentèrent automatiquement ce qui fit passer la billetterie de l’Opéra de Paris de 27,5 à 32 % de son budget dans le même temps que la subvention baissait de 105 M€ à 95 M€ sous le mandat de Nicolas Joel entre 2011 et 2015.

L’Opéra de Paris ne bénéficie d’aucune aide financière de la part des collectivités locales, si bien que c’est l’État qui supporte seul l’aide publique qui représente 44 % du budget de l’institution qui atteint 218 M€ en 2019. Ses salariés relèvent quasiment tous du droit privé.

Les autres opéras français bénéficient d’une couverture de près de 66 % de leur budget grâce aux subventions territoriales, si bien que l’État n’a plus qu’à apporter 12 % de subvention supplémentaire de façon à couvrir totalement les frais de personnels de ces institutions dont 70 % des emplois appartiennent à la sphère publique.

Le budget des 24 autres opéras en région atteint 358 M€ en 2019 et dépasse même les 400 M€ si l'on ajoute le Théâtre des Champs-Élysées, l'opéra Royal de Versailles et le Festival d'Aix-en-Provence.

L’Opéra de Paris représente 1/3 des places de spectacles lyriques vendues en France

Spectateurs / genre Spectateurs dont spectateurs lyriques dont spectateurs chorégraphiques dont autres spectateurs (concerts, théâtre)
Opéra national de Paris 825 000 430 000 305 000 90 000
24 autres opéras en région 1 956 000 796 000 284 000 876 000
Spectateurs / genre Part de spectateurs   lyriques Part de spectateurs chorégraphiques Part de spectateurs vivant hors de la région de l'opéra
Opéra national de Paris 52 % 37 % 27 %
24 autres opéras en région 41 % 15 % 11 %

 

Alors que 44 % de l’activité des opéras de France est vouée aux concerts symphoniques, concerts de musique de chambre, musiques du monde et pièces de théâtre, 90 % de l’activité artistique de l’Opéra de Paris est exclusivement dédiée à l’art lyrique scénique et à la danse.

Une place de spectacle lyrique sur trois en France est donc proposée par l’Opéra de Paris sur les 1,3 million de places de spectacles lyriques disponibles chaque année. La part de la danse (37%), une des raisons d’être fondamentale de l’Opéra de Paris qui dispose de sa propre école de danse et de son propre corps de ballet, est également bien plus importante que dans les autres maisons lyriques françaises.

L’Opéra de Paris contribue également au rayonnement artistique national et international puisque plus d’un quart de ses spectateurs habitent soit en France et hors région parisienne (11%), soit à l’étranger (16%), alors que près de 90 % du public des autres opéras de France habite dans leurs régions et seulement 1% provient  de l'étranger.

La contribution  au budget de l’Opéra de Paris de chaque emploi salarié dépasse les 115 000 euros

Emplois      Total des       emplois dont emplois artistiques dont emplois techniques dont emplois administratifs et communication
Opéra national de Paris 1 873   727    811 335
24 autres opéras en région 4 539 2 111 1 524 904

 

Emplois Budget / emploi salarié (€) Subvention / emploi salarié (€)
Opéra national de Paris 116 400 50 700
24 autres opéras en région 78 900 61 500

 

Si la part des emplois administratifs approche les 20 % à l’Opéra de Paris (335 postes) comme ailleurs, la part des emplois techniques (811 postes) y est un peu plus importante que la part du personnel artistique (727 postes), l’institution nationale abritant de nombreux métiers d’artisanat rares dans la fabrication de costumes, de maquillages, de tapisseries ou de décors.

Mais avec un budget de plus de 115 000 euros par emploi salarié, l’Opéra de Paris se situe à un niveau bien supérieur à celui des autres opéras français qui approchent les 80 000 euros par emploi salarié, et même du Metropolitan Opera de New-York qui est actuellement à 85 000 euros de budget par emploi salarié. Ce fait peut traduire une plus forte activité d’externalisation et donc un impact économique hors de l’institution encore plus important.

Le prix des places à l’Opéra de Paris est 2,5 fois plus élevé que celui des autres opéras de France

Billetterie Recettes de billetterie (€) Part de la billetterie / budget Prix moyen d'un billet lyrique (€) Subvention par billet lyrique (€)
Opéra national de Paris 70 000 000 32 % 111 151
24 autres opéras en région 58 000 000 16 % 45 216
Billetterie Prix moyen d'un billet chorégraphique (€) Subvention par billet chorégraphique (€)     Prix moyen autre     spectacle (€)
Opéra national de Paris 65 88 25
24 autres opéras en région 25 120 17

Chaque place pour un spectacle lyrique est subventionnée à hauteur de 151 euros à l’Opéra de Paris, et 88 euros pour un ballet, à comparer avec respectivement 216 euros et 120 euros de subvention par place d’opéra et de danse dans les autres opéras de France - cette estimation de la part de subvention par place est toutefois ramenée au volume de la billetterie par genre artistique et non au coût de production de chaque genre.

Cet écart de subvention de l’ordre de 65 euros se répercute sur le prix des places à l’Opéra de Paris qui est 150 % plus cher qu’en province.

Le processus de démocratisation est toujours prégnant à l’Opéra de Paris, qui accueille près de trois fois plus de spectateurs qu’au début du XXe siècle, mais en terme d’accès, les autres opéras français disposent d’un ticket d’entrée bien inférieur (45 euros pour les opéras et 17 euros pour les concerts).

L’Opéra de Paris représente 20 % des levers de rideaux lyriques en France pour 2200 spectateurs par soir

Levers de rideaux lyriques Représentations lyriques Spectateurs par représentations lyriques Billetterie (€) par représentation lyrique
Opéra national de Paris 195 2 205 245 000
24 autres opéras en région 720 1 110 50 000

Les jauges physiques de l’opéra Bastille et du Palais Garnier étant respectivement de 2745 places et de 1800 places (hors places sans visibilité), l’Opéra de Paris accueille le double de spectateurs par soir en comparaison de l'ensemble des opéras de France avec un montant de billetterie 5 fois supérieur pour le lyrique (près de 250 000 € en moyenne par soir).

L'Art Lyrique en France de l'Opéra de Paris aux opéras en région - Financement, dynamisme et emploi

Globalement, cette étude montre que la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales enclenchée depuis 2014, et qui va se poursuivre jusqu’en 2022, n’a pas pour l’instant significativement impacté le soutien des régions à leurs opéras qui restent fortement subventionnés et appréciés par les habitants, même si des signes commencent à poindre récemment à Lyon ou à Marseille.

La baisse de la subvention étatique à l’Opéra de Paris n’a pas contribué non plus à réduire sa fréquentation, mais cela l’a fortement obligé à diversifier ses ressources propres (le mécénat a atteint les 18 M€ en 2019) au point de monter à un niveau très élevé le chiffre d’affaire de sa billetterie.

L’établissement reste par ailleurs particulièrement performant si l’on met son budget en regard du nombre de salariés.

A lire également :

L’art lyrique en région - 2017
Par Guy Saez, avec la collaboration de Cécile Martin, Pierre Miglioretti, Samuel Périgois, Jean-Pierre Saez, Valérie Thackeray

Portrait socio-économique des opéras et festivals d'art lyrique en région - 2017
Étude commandée par les Forces Musicales au cabinet Traces TPi - novembre 2017
Responsables de la publication Alain Surrans, Fabienne Voisin et Loïc Lachenal

Rédigé par David

Publié dans #ONP, #Histoire de l'Opéra

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