La modernité à l'Opéra : Jacques Rouché (1914-1945)

Publié le 3 Septembre 2007

La modernité à l’Opéra : Jacques Rouché (1914-1945)

Bibliothèque de l’Opéra Garnier. Jusqu’au 30 septembre 2007
 
A quelques jours de l’ouverture de la saison 2007/2008 de l’Opéra de Paris, c’est un peu une pré-rentrée lyrique que nous propose le Palais Garnier. Une toute modeste exposition retrace les 31 ans d’administration de ce directeur, dont la carrière est déjà évoquée dans l’article L’Opéra à Paris de 1900 à 1980..
 
D’abord la paperasse, avec ces comptes négatifs, jusqu’à 2.400.000 francs par an, à la charge de Rouché
Généreux mécène, mais pas au point d'accepter les abus, seule la menace de sa démission contraint l’état à une revalorisation de la subvention.
 
Puis, les lettres marquées de l’ère Pétain, la convocation au serment de fidélité, les demandes du ministère aux questions juives et les justifications du directeur pour éviter le licenciement d’un ouvrier juif.
 
L’effrayante affiche rouge de la Damnation de Faust frappe les esprits lorsque le Théâtre réouvre ses portes le 24 août 1940. Le régime impose en outre quatre œuvres allemandes par saison.
 
Malgré tout, Haut fonctionnaire de l’état, Jacques Rouché doit exclure une trentaine d’artistes et membres du personnel et réussit à maintenir le décorateur Ernest Klausz jusqu’en 1943.
A la libération, résistants et syndicalistes lui apportent leur soutien lorsqu’il doit rendre compte de ses agissements.
 
Ensuite, les photographies des ballets de Serge Lifar, nommé Maître de ballet depuis 1930, représentent quelques unes de ses 32 créations auxquelles participaient compositeurs et décorateurs contemporains (« Le festin de l’araignée » ou « Bacchus et Ariane » d’Albert Roussel par exemple).
 
Pour Rouché, attaché aux décors de peintres, la modernité se décline dans la recherche d’une unité entre décors, costumes et musique. La profusion de détails de la maquette qu’Alexandre Benoît imagine pour le Coq d’Or de Rimsky-Korsakov est aussi stimulante pour les yeux que les beautés envoûtantes de l’oeuvre.
 
Le directeur néglige un peu la mise en scène, qu’il confie souvent au régisseur Pierre Chéreau, mais supervise tous les spectacles et s’implique particulièrement dans l’Œdipe d’Enesco.
Il prend à cœur de promouvoir les œuvres contemporaines : elles représentent 60% de son répertoire pour un tiers des soirées.
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Seul le Chevalier à la Rose se place parmi les dix meilleurs succès de l’Opéra (peinture de décor ci-contre).
 
En 1936/1937 il déclare aux abonnés « J’ai seulement à déplorer le peu de curiosité manifeste pour les œuvres nouvelles ». 
Cette mission de présenter des compositeurs contemporains est d’ailleurs plus dictée par lui-même que par la tutelle.
Le parcours s’achève sur un documentaire de 25 minutes produit par René Hervouin en 1944 « Une journée à l’Opéra » : la vie de l’établissement sous ses angles les plus favorables.
J’imagine sans peine que si Gerard Mortier ne partage pas forcément le goût des concrétisations scéniques de Rouché (notre directeur flamand est peu sensible à la peinture de son aveu même), son estime pour un directeur tenace dans la résistance à l'esprit de conservation est évidente.
C'est aussi une source de questionnement face aux choix qu'il dut faire.

Rédigé par David

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