Prix des places et politique tarifaire - Opéra National de Paris 2016/2017

Publié le 14 Février 2016

L’annonce de la seconde saison de Stéphane Lissner à la direction de l’Opéra National de Paris a créé la surprise en révélant 11 nouvelles productions, dont 9 dans les grandes salles.

Mais il a également dérouté quelque peu les spectateurs en présentant un plan de salle totalement repensé à l'Opéra Bastille, sans que l’on puisse dire du premier coup d'oeil si elle accompagne une augmentation du prix des places.

La politique tarifaire de l’Opéra National de Paris entre 1998 et 2012 a en effet fait l’objet d’un long article sur ce site même, complété par une analyse de l’augmentation de tarif décidée par Christophe Tardieu, l’adjoint de Nicolas Joel, en 2013.

Affiche de la reprise des Contes d'Hoffmann en octobre 2016

Affiche de la reprise des Contes d'Hoffmann en octobre 2016

Ajout de deux catégories intermédiaires à 170 euros et 50 euros

Le plan de salle 2016/2017 à Bastille comprend 11 catégories, soit 2 de plus que cette saison.

Apparaissent ainsi une catégorie à 50 euros (catégorie 7), qui regroupe certaines places à 70 euros et à 35 euros de la saison précédente, et une catégorie à 170 euros (catégorie 2) qui permet d’étaler les places entre 100 et 210 euros sur 6 catégories au lieu de 5 habituellement.

45 places à 35 euros (sur 245) passent en effet à 50 euros, et 55 places à 70 euros passent à 50 euros.

Mais 8 places à 35 euros sont par ailleurs déclassées à 15 euros, ce qui porte à 112 le nombre de places, chaque soir, à 5 ou 15 euros.

Plan de salle de l'Opéra Bastille pour la saison 2016/2017

Plan de salle de l'Opéra Bastille pour la saison 2016/2017

La répartition des prix par catégories devient ainsi plus équitable et ajustée au confort acoustique et visuel.
Il n’y a plus le passage brutal de 35 à 70 euros entre les catégories 6 à 5, qui est maintenant gradué entre les catégories 8, 7 et 6.

La forme de ce nouveau plan de salle semble donc démontrer que l’Opéra National de Paris dispose d’un nouvel outil de planification et de simulation pour optimiser le découpage en catégories.

Augmentation du nombre de places à prix inférieur à 60 euros

Le tableau qui suit montre l’évolution des prix depuis 1998.

Pour la première fois, depuis 2011, le nombre de places à moins de 60 euros, pour le lyrique à Bastille, remonte sensiblement à 415 par soir (contre 340 la saison précédente), soit 58000 places au cours de la saison, en incluant les 32 places debout à 5 euros chaque soir (4450 places).

Nombre de places par tranches de 30 euros pour le lyrique à Bastille de 1998 à 2017

Nombre de places par tranches de 30 euros pour le lyrique à Bastille de 1998 à 2017

Il y a même 750 places, en moyenne, à moins de 90 euros, soit 75 de plus qu’en 2015/2016.

On remarque en effet que certaines reprises, 'Wozzeck' et 'Lucia di Lammermoor', sont proposées à des tarifs bas, moins de 150 euros en catégorie optima, tarification qui n'avait pas été utilisée cette saison. En fait, pour une même tarification, le gain est plutôt de 20 places.

On constate également que les reprises de 'La Flûte enchantée' et de 'Tosca' sont vendues 10% moins cher qu'en 2014/2015 pour six soirées.

En revanche, dans la partie élevée des prix, l’éclatement de la catégorie 1, dont certaines places sont passées en optima, et d’autres en catégorie 2, augmente le nombre moyen de places à plus de 180 euros (passage de 515 à 580 places chaque soir).

Variation du prix moyen selon l’ouvrage, les artistes invités et le soir

Autre nouveauté, la distribution du prix moyen de la place d’opéra, selon l’oeuvre et les artistes invités, s’élargit.

En 2015/2016, le prix moyen pour la reprise du 'Barbier de Séville', certains soirs, est de 105 euros, alors que le prix moyen de la 'Damnation de Faust' ou du 'Trouvère' est de 155 euros, certains soirs.

En 2016/2017, le prix moyen pour la reprise de 'Wozzeck', certains soirs, est de 90 euros, alors que le prix moyen des 'Contes d’Hoffmann' (avec Jonas Kaufmann) ou d’'Eugène Onéguine' (avec Anna Netrebko) est de 170 euros, bien que les productions soient des reprises.

Les soirs avec Jonas Kaufmann et Anna Netrebko sont en effet majorés de 20%, pour toutes les catégories, hors places à 5 et 15 euros.

Parterre et balcons de l'Opéra Bastille - juillet 2010

Parterre et balcons de l'Opéra Bastille - juillet 2010

Préservation du prix moyen de la place d’opéra sur toute la saison

Globalement, le prix moyen des places sur toute la saison lyrique à Bastille reste inchangé à 135 euros.

L’Opéra National de Paris réussit donc à augmenter le nombre de places accessibles dans la gamme de tarifs à moins de 60 euros (+25%), et à augmenter le nombre de places dans la gamme supérieure à 180 euros (+15%), tout en préservant le prix moyen d'une place d'Opéra à Bastille.

C’est un bel effort de résistance, soutenu par le mécénat, qui n’a rien d’évident dans un contexte de pression budgétaire et de réduction de subventions, et qui, espérons le, sera poursuivi.

Evolution pour 2017/2018 - baisse du prix moyen de la place d'opéra

Mercredi 25 janvier 2017, la nouvelle saison de l'Opéra de Paris a été dévoilée (lire Présentation de la saison 2017/2018 de l'Opéra National de Paris).

La grille de tarification s'est simplifiée en supprimant la catégorie des places 5 à 195 euros au profit de la catégorie 5 à 180 euros. Par ailleurs, les majorations/minorations sont limitées à 10% certains soirs.

Globalement, les prix restent stables pour les catégories en dessous de 100 euros, et baissent de 10% dans les catégories supérieures.

Le prix moyen des places, pour le lyrique à Bastille, passe ainsi à 126 euros, avec une élongation qui va de 90 euros, pour De la Maison des Morts et Pelléas et Mélisande, à 150 euros pour les nouvelles productions du répertoire du XIXe siècle.

Rédigé par David

Publié dans #Saison 2016-2017, #Actualité, #Histoire de l'Opéra, #ONP

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Jean 16/02/2016 21:25

A vaincre sans péril... Évidemment c'est mieux que Joël qui avait entamé un processus de momification de l'opéra de Paris.
Néanmoins il convient d'observer et de dire que la priorité de Lissner n'est pas axée sur la démocratisation du public mais plutôt sur le prestige international de la maison. Et dans cette voie il réussit incontestablement.
Je pense qu'avec la masse d'argent qui est brassée on pourrait faire mieux en renonçant au bling-bling des stars au profit de projets artistiques sans doute plus authentiques. Sur ce dernier point précisément mon avis est tout à fait subjectif je le concède.
Bien à vous,
Jean

David 17/02/2016 08:15

Je peux vous assurer que je comprends très bien votre point de vue. Vous dites qu'à miser sur des noms de chanteurs ou des metteurs en scène bien en vue, Lissner néglige la profondeur du propos au profit du rayonnement.
C'est bien possible, mais il faut attendre encore un peu.
En tout cas Lissner a bien dit que son objectif était de faire de l'ONP, le plus grand opéra du monde.
Quant au public, mon sentiment est plutôt qu'il souhaite au contraire l'ouvrir, avec les 15 avant premières à 10 euros pour les moins de 28 ans - mais c'est vrai que nous ne connaissons pas le profil sociologique de ces jeunes - et, surtout, en faisant venir des metteurs en scène de théâtre ou de ballet, Thomas Jolly, Teresa De Keermaker, par exemple, pour voir s'il vont entraîner leur public à l'opéra.
Lissner a clairement dit que l'opéra était trop cher, qu'il investissait, maintenant, le mécénat dans la billetterie et non les projets,et que pour l'instant, il peut augmenter e contingent de places à 50 euros ou moins, mais pas 30 euros ou moins.
Il faut voir qu'il n'est pas seul responsable, car la baisse de subvention (10 millions en moins sur 4 ou 5 ans) est conduite par l'Etat qui est le véritable frein à la démocratisation.
C'est pourquoi, je vois un effort de sa part qui me semble quand même bien venu malgré le désengagement étatique.

Ci joint,le lien vers l''article

http://www.parismatch.com/Culture/Spectacles/Stephane-Lissner-Nous-allons-proposer-30-000-places-a-50-euros-911929

Bien à vous,

David

Jean 16/02/2016 07:03

Bonjour,
Je trouve votre présentation de la politique tarifaire de Lissier franchement partisane. Pourquoi changer la mesure et ne pas conserver le critère des places entre 5 et 30 euros utilisé dans votre précédent article? 60 euros c'est un tarif déjà prohibitif pour beaucoup de personnes. Étonnant de présenter comme un "acte de résistance" un énième coup de griffes à l'idée d'un opéra accessible à tous les publics.
Bien à vous,
Jean

David 16/02/2016 08:02

Bonjour,

Si on reste au critère des 30 euros, la part de ces places remonte un peu à 4,5%, très loin derrière les 15% avec Hugues Gall il y a 15 ans.
Pour vous donner une idée, si on voulait avoir dans la salle 300 places à 30 euros, 300 places à 60 euros, 300 places à 90 euros, 300 places à 120 euros et 300 places à 150 euros (en prenant en compte qu'il faut un nombre équilibré de places par catégorie), le prix moyen des places restantes (1233) devrait être supérieur à 200 euros pour simplement maintenir le montant des recettes des représentations.
C'est à dire qu'il faudrait 150 places de plus à 180/210 et + euros que ce qui est prévu en 2017 (1100 places).
Je pense que c'est très difficile à faire, dans un contexte où la subvention d'état est passée de 105 millions à 95 millions.
C'est pourquoi, à moins qu'il y ait un public pour payer des places à 300 euros ou + comme à NewYork, je pense qu'il est illusoire de voir, un jour, la part des places à moins de 30 euros revenir à 10% ou plus.
Je comprends votre déception, mais je prends en compte le réalisme économique, et le fait, quand même, qu'il y a amélioration en même temps qu'une innovation artistique bien supérieure à ce que nous avions avec Nicolas Joel.

Merci pour votre intervention