Publié le 19 Octobre 2008

La culture musicale tchèque, Smetana et Janacek
Conférence à l’Ambassade de Tchéquie le 15 octobre 2008
Par Gerard Mortier, directeur de l’Opéra National de Paris


Dans sa volonté de faire partager sa compréhension des peuples européens et son amour pour Prague, Gerard Mortier proposait à l’Ambassade de Tchéquie une petite conférence spontanée.

Actuellement l’Opéra National de Paris a une énorme tache en ce qui concerne la construction européenne.
Et comme la France est pour 6 mois à la présidence de l’Union Européenne, il est temps que le public fasse connaissance avec les opéras d’Europe centrale.

Deux opéras sont dédiés à la Tchéquie cette saison et plus tard deux opéras seront dédiés à la Pologne, « Le Roi Roger » de Karol Szymanowski et une création, « Yvonne de Bourgogne», basée sur une pièce de Witold Gombrowicz.

L’ouverture musicale de Prague

Une des grandes difficultés de l’Europe est que l’on construit trop peu sur la culture alors qu’elle pourrait être un soutien pour les hommes politiques et les hommes d’affaires d’aujourd’hui.
Car lorsque l’on écoute la musique d’un autre peuple, on découvre également l’âme de ce peuple et aussi que cette séparation n’est pas si forte que l’on croit.

Et nous découvrons ainsi qu’un compositeur tchèque nationaliste comme Smetana a été très influencé par la France.

Avant mai 1968, Gerard Mortier avait invité l’opéra de Prague au Festival de Flandres à Gand avec 2 pièces, « La petite renarde rusée » et « Katia Kabanova » ce qui fût le point de départ de son amour pour Janacek.

Non seulement Prague est une ville très belle, mais c’était finalement une des villes préférées de Mozart, plus que Vienne d‘ailleurs.
Mozart trouvait dans cette ville un public bourgeois mais ici il s’agissait d’une haute bourgeoisie aristocrate qui dans son comportement appréciait la musique, et ce fût à Prague que les Noces de Figaro eurent un grand succès.

Avec la perte de richesse des aristocrates de Prague due aux guerres religieuses du milieu du XVII ième siècle, beaucoup de musiciens s’étaient rendus en Allemagne (à Mannheim plus particulièrement) et aussi à Londres.

Ainsi la qualité orchestrale de Mozart avait pu bénéficier de l’influence des musiciens tchèques et son orchestre s’était étoffé notamment par le renforcement des cordes. 
Les violonistes virtuoses tchèques avaient donc exporté cette culture.

La culture allemande a toujours été très importante à Prague (le fameux général Albrecht de Wallenstein symbolise cette complexité culturelle) mais il y avait aussi une opposition aux arts bourgeois de Vienne et c’est assez naturellement que l’arrivée de Leos Janacek exprima une plus grande attirance pour la Russie.
Beaucoup de Tchèques, comme Janacek, voulaient parler le russe mais pas l’allemand.
D’ailleurs à l’instar des Flamands, les Tchèques ont vu beaucoup d’empereurs étrangers passer, mixité culturelle vécue comme source de créativité.

C’est donc dans cette atmosphère qu’au milieu du XIXième se développa l’Opéra National, vécu ici comme quelque chose de très positif car rassembleur des gens autour d’un chant populaire que tout le monde connaissait.
Maintenant avec tous les événements du XXième et XXIième siècle que nous avons vécu à cause du nationalisme il est plus difficile de montrer en quoi ce nationalisme était différent.

La création de cet Opéra National se poursuivit aussi en Russie, en Pologne et en Hongrie.

Smetana et « La Fiancée Vendue »

Mais regardons à présent le personnage de Smetana.
Une fois de plus on voit que les peuples tout petits sont souvent des gens qui voient au delà de leurs frontières.


Smetana est allé étudier et donner des cours à Göteborg en Suède.
C’est un personnage énormément européen.
Grand ami d’Hector Berlioz, on constate par exemple que le chœur du début du IIième acte de « La fiancée vendue » est absolument une réminiscence du chœur des étudiants de « La damnation de Faust » .

Directeur de théâtre et adorateur d’ Offenbach (pensons au cancan du dernier acte de « La fiancée »), il y avait en conséquence 18 opéras du compositeur français au répertoire de l’Opéra de Prague.

Il a voulu créer un opéra dont l’histoire soit simple, d’abord en 1864, puis avec une version définitive en 1870.
Comme il pensait venir directement à Paris, il créa le personnage de Marenka pour une soprano comme la Marguerite du « Faust » de Gounod que d‘ailleurs la créatrice du rôle devait chanter.
Mais cette première ne put avoir lieu.

L’Œuvre fût donc jouée à Saint Petersbourg, à Vienne (il y eut 6 ou 7 nouvelles productions) et même au Metropolitan Opera de New York en 1908.
La pièce dut attendre 1928 pour être jouée à Paris.

Il y a un mélange entre un romantisme très beau et le style d’Offenbach.
Le plus bel exemple est l’air de Marenka au IIIième acte suivi du duo avec son amant que l’on retrouve dans les « Contes d’Hoffmann ».

Janacek et « La Petite Renarde Rusée »

Après Smetana, il y eut Dvorak, homme aussi ouvert sur le monde (La symphonie du nouveau monde), Martinu, bien d’autres compositeurs, puis Janacek.

Janacek est l’exemple que l’Opéra du XXième a autant à raconter que celui du XIXième siècle.

Étrangement, sa reconnaissance fût plus tardive en France qu’en Allemagne ou qu'en Angleterre.

« La Petite Renarde rusée » est une croyance en la vie, une croyance que tout se renouvelle.
C’est la projection de cette jeunesse, de cet éternel féminin pour lequel il était tombé amoureux.
Il avait pour Kamila Stösslová (38 ans de moins!) un amour totalement idéalisé, celui d’un homme vieillissant mais plein d’énergie.

Après les femmes souffrantes (Jenufa, Katia Kabanova), il aborda le thème de la femme séduisante (L’Affaire Makropoulos) et de la fascination pour les grandes icônes.

Puis à la fin de sa vie il y eut deux pièces extraordinaires.
Dans « De la maison des morts » il exprime une grande compassion pour tous ces hommes emprisonnés pour des meurtres et violences commis par passion alors que « La petite renarde rusée » est l’œuvre la plus lyrique, la plus positive et la plus poétique qu’il n’ait jamais écrit.


Janacek avait un caractère horrible mais en même temps il trouvait ce qui était beau en lui.
Son visage n’est d’ailleurs pas celui d’un homme amer, mais il exprime un réel rayonnement.

A travers la Renarde, il étudia comment la vieillesse est chez l’homme très difficile à vivre.
La vieillesse humaine va très lentement et est confrontée au monde des animaux comme cette petite grenouille qui s’exclame « ce n’était pas moi, c’était mon grand père! ».

A la fin, l’instituteur retrouve le forestier et tous deux réfléchissent sur leur jeunesse, ce qu’ils ont raté et aussi sur leurs instants de bonheur.

De cette grande nostalgie, le forestier retrouve son énergie de vie en contemplant la nature.
La mort fait partie de la vie.

Janacek adorait l’homme mais ne voulait pas le romantiser comme le Romantisme l’a fait.
En opposition au mensonge romantique, la vie est beaucoup plus intéressante quand la beauté de l’homme  se cherche dans les petites choses de chaque jour.

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Publié le 16 Octobre 2008

Incendies (texte de Wajdi Mouawad)

Représentation du 14 octobre 2008 au Théâtre National de la Colline

 

Avec Hermile Lebel, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Julie Moreau, Serge Tranvouez, Véronique Nordey, Claire Ingrid Cottanceau, Raoul Fernandez

 

Mise en scène : Stanilas Nordey

 

Wajdi Mouawad n'a pas encore vu la mise en scène d'"Incendies" par Stanilas Nordey et devra attendre les deux dernières représentations pour la découvrir.

Mais l'on se demande comment avec de tels acteurs ne va t-il pas rester bouche bée à la fin du spectacle.

 

Une mère restée très secrète envers ses deux enfants, leur laisse en testament des indices pour remonter à l'origine de leur naissance. Le chemin remonte vers un pays en guerre, plongé dans l'horreur.

 

Ici le temps est pris pour laisser le spectateur saisir ce que représentent les actes barbares, l'immerger dans un univers de violence alors que rien n'est montré; tout est simplement raconté.

La prise de conscience de Julie Moreau (la fille) quand elle réalise ce que sa mère a vécu est jouée avec une progressivité dans l'émotion à laquelle l'on n'échappe pas.

De même, Véronique Nordey (Narwal à 60 ans, la mère) est d'une vérité telle dans la voix et la douleur du visage que cette expression de l'amour maternel prend au corps à la limite du blocage affectif.

 

Alors il y a bien sûr Raoul Fernandez en notaire dédramatisant, d'une diction vive et sensuelle comme ses gestes, dont l'humour et l'humeur légère viennent apporter l'oxygène qui permet à chacun de soutenir plus de 3 heures une vérité qui se dévoile petit à petit dans toute sa souffrance.

 

A un moment tout de même, Stanilas Nordey semble jouer un peu trop avec l'émotion du public, le faisant rire pour subitement le confronter à une brutalité trop soudaine pour être fortuite.

 

Il nous laisse également avec un certain malaise quand il met en scène le sniper (Laurent Sauvage) en cherchant à provoquer le rire à partir d'un cynisme dérangeant.

 

A l'issu de la représentation, Gerard Mortier rejoint alors sur scène le metteur en scène pour achever la soirée sur une conversation autour du théâtre et de l'opéra, étant bien entendu impossible de parler à chaud de la pièce.
Le directeur de l'Opéra de Paris avait créé en 2006 Adriana Mater sur le même thème mais ne l'évoque pas ce soir.

Wajdi Mouawad est né au Liban puis déplacé en France puis redéplacé au Québec.

Incendies est paru aux éditions Actes Sud/Léméac Editeur en 2003.
 

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Publié le 14 Octobre 2008

La Petite Renarde Rusée (Leoš Janácek)

Représentation du 13 octobre 2008 à l'Opéra Bastille

Le Garde-chasse Jukka Rasilainen
Sa Femme Michèle Lagrange
L’Instituteur David Kuebler
Le Prêtre Roland Bracht
Harašta Paul Gay
La Renarde Elena Tsallagova
Le Renard Hannah Esther Minutillo

Mise en scène André Engel

Direction musicale Dennis Russell Davies

 

 

                                          Jukka Rasilainen (Le Garde-chasse)

Ce n'est pas une surprise, cette fausse Nouvelle Production de la Petite Renarde Rusée est la transposition de la mise en scène d'André Engel montée au Théâtre des Champs Elysées en 2002.

Au delà de tous ces animaux, grenouilles, mouches, renards, blaireaux, chenilles, poules …. qui envahissent la scène et stimulent l'intérêt des plus jeunes spectateurs, la réalisation porte une subtile mélancolie, les lumières ménagent toujours un voile d'ombre.

Jusqu'à ce troisième acte d'hiver sous la neige (originalement les 3 actes se passent en automne) où l'homme se retrouve renvoyé à la fin de sa vie alors que la nature, âme immortelle, poursuit son existence quoi qu'il arrive.

 

Renarde2b.jpgD'ailleurs, Bystrouška semble ressuscitée puisque c'est exactement la même qui revient vers le garde chasse après avoir été tuée par le chasseur. 

Au moins pour les parents la tâche n'en sera que facilitée pour expliquer à leurs plus jeunes enfants que la petite renarde n'est pas morte.

C'est Elena Tsallagova qui interprète très gracieusement l'héroïne, voix toute légère aussi souple que la chanteuse est sur scène.

Hannah Esther Minutillo est un renard loquace, quoique le timbre n'est franchement pas agréable.

Jukka Rasilainen reste le plus sonore et en fait, à défaut d'une distribution à la sensualité vocale débordante, tout est à l'avantage de la musique.

Car le champ est libre pour Dennis Russell Davies.

Il rend honteux celles et ceux qui vous expliquent que la musique de Janácek n'est pas facile.

C'est au contraire d'un lyrisme frémissant, parcouru de tournoiements et de traits d'esprits, et le chef d'orchestre gorge l'Opéra Bastille de cette nature forte.

Elena Tsallagova (la Petite Renarde)
 

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Publié le 13 Octobre 2008

Oedipe (George Enescu)

Livret d'Edmond Fleg

Représentation du 12 octobre 2008 au Théâtre du Capitole de Toulouse

Oedipe Franck Ferrari                         Tirésias Arutjun Kotchinian
Créon Vincent le Texier                      Le Berger Emiliano Gonzalez Toro
Le Grand-prêtre Enzo Capuano            Phorbas Harry Peeters
Le veilleur Jérôme Varnier                   Thésée Andrew Schroeder

Laïos Léonard Pezzino                         Jocaste Sylvie Brunet

La Sphinge Marie-Nicole Lemieux     Antigone Amel Brahim-Djelloul

Mérope Maria José Montiel               Une Thébaine Qiu Lin Zhang

Conception scénique Nicolas Joel

Direction musicale Pinchas Steinberg

A un jour près, l'Opéra de Paris et le Théâtre du Capitole ressuscitent deux œuvres jouées une seule fois à Paris sans reprise ultérieure dans leur langue originale.

Ainsi, alors que La Fiancée Vendue fait son apparition à l'Opéra Garnier après sa création parisienne il y a 80 ans, Œdipe réapparaît en France à Toulouse, 72 ans après sa création justement à l'Opéra Garnier en 1936 (le reprise de 1963 à l‘Opéra de Paris ayant été chantée en roumain).

La musique est innovante et pourrait rappeler celle de Debussy et surtout celle de Bloch (d'ailleurs son livret de Macbeth fût écrit par Edmond Fleg également) avec des réminiscences wagnériennes.

La nature du chant déclamé et du texte, plus descriptif des interrogations de l'âme que d'actions scéniques, impose de mettre en valeur avant tout la richesse des motifs orchestraux.

Or la conception scénique choisie à Toulouse s'attache à reconstituer l'architecture de pierreOedipe1b.jpg d'une Grèce classique, ancienne et puissante (les colonnes doriques du temple d'Apollon qui surplombe l'Agora de Corinthe par exemple) traduisant surtout le goût de Nicolas Joel pour les architectures figées et colossales.

Les personnages sont de plus dirigés selon des conventions extrêmement prévisibles, de fausses afflictions, des simulations d'étonnements et de surprises, mauvais théâtre exaspérant et souvent ennuyeux détournant en partie l'attention du discours musical.

Indubitablement, il aurait fallu un Bob Wilson. Pas de geste inutile avec lui, on imagine un geste d'horreur simplement symbolisé par un détournement de tête et une main tendue vers l'avant pour maintenir une distance, et surtout un travail sur les ambiances lumineuses qui aurait complètement sublimé la musique.

Au lieu de cela, le final s'achève par la disparition lente d' Œdipe dans une trappe et sous un éclairage fixe et lumineux alors que la musique suggère un progressif retour à la paix. 

                                                                                                   Franck Ferrari (Oedipe)

Ceci dit la scène de La Sphinge, dans la pénombre d'un amphithéâtre rougeoyant, est très mystérieuse et constitue la meilleure réussite visuelle de ce spectacle.

La distribution vocale est riche et se détachent tout de même quelques solistes :

Arutjun Kotchinian, très bon en Tirésias flanqué d'un timbre caverneux et vieilli aux prémonitions effrayantes, et Jérôme Varnier impressionnant dans la scène musicalement la plus marquante de l'ouvrage : la rencontre avec le veilleur sous les murs de Thèbes.

Jérôme Varnier reçoit étrangement un accueil neutre alors qu'il crée un effroi saisissant lors de sa rencontre avec Œdipe.

Hilare lors des applaudissements - il faut dire que La sphinge sortie du sol au milieu de draps immenses semble ici très inspirée de la "Reine de la Nuit" façon Benno Besson - Marie-Nicole Lemieux extirpe des intonations insolites pour restituer les sarcasmes du monstre.

Oedipe2b.jpg            Oedipe (Franck Ferrari) et La Sphinge (Marie-Nicole Lemieux)

Très à son avantage en Œdipe jeune et beau, Franck Ferrari défend un rôle fait pour lui en référence aux intonations brutes du héros, mais ne réussit pas véritablement sa transformation monstrueuse lorsqu'il perd ses yeux.

Si l'on s'intéresse à ce qui avait motivé Enescu dans la création d' Œdipe, il avait eu une fascination incroyable pour Mounet Sully dans la pièce d'"Œdipe Roi" et pour la manière dont les expressions du visage le défiguraient.

A la direction musicale, Pinchas Steinberg réalise un envoûtant travail de nuances et de théâtralité. Seulement comme pour La Femme sans Ombre, l'équilibre sonore est parfois trop à l'avantage des chanteurs.

Les chœurs sont d'ailleurs une des grandes forces de la représentation et réveillent toute la salle à la fin du IIième acte.

Malgré un sentiment mitigé, il aurait été injuste de ne pas parler de la renaissance de cette œuvre car il reste une marge importante pour lui donner une expression scénique aboutie.

Et sur cette lancée il faut souhaiter que Nicolas Joel étudie la possibilité de lui donner une chance à l'Opéra Bastille.

Coproduit avec le Festival International George Enescu de Bucarest, cette production d'Œdipe en fera l'ouverture le 30 août 2009 avec Franck Ferrari et une distribution différente pour les autres rôles.

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Publié le 11 Octobre 2008

La Fiancée Vendue (Bedrich Smetana)
Répétition générale du 09 octobre 2008 à l’Opéra Garnier

Krušina Oleg Bryjak
Ludmila Pippa Longworth
Marenka Christiane Oelze
Mícha Stefan Kocán
Háta Helene Schneiderman
Vašek Christoph Homberger
Jeník Ales Briscein
Kecal
Franz Hawlata

Esmeralda Amanda Squitieri

Mise en scène Gilbert Deflo
Direction musicale Jirí Belohlávek

Jusqu’à présent, l’œuvre n’avait été jouée qu’une seule fois à Paris. Et encore, en 1928 l’Opéra Comique n’avait pu monter « La Fiancée vendue » qu’en français.

C’est donc une première!

L’histoire semble banale et nous conte l’amour de Marenka et Jeník malheureusement entravé par Krušina, père de la jeune fille, qui l'a promise au fils du riche Mícha, Vašek.

Au premier abord les nombreuses danses qui rythment l’ouvrage sur une musique enjouée et fine nous plongent dans une atmosphère légère d’où émergent à partir du second acte des scènes savoureuses.

Fiancee3b.jpgLe duo charmant entre Marenka et Vašek laisse place à la cadence gaie de l’échange clé entre Kecal (le marieur du village) et Jeník.

Tous les sentiments de Marenka sont peints et gagnent en profondeur quand elle cède au désespoir au cours du 3ième acte.

Dans ce rôle, Christiane Oelze est tout simplement idéale tant elle libère de sa voix toute légère une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse. Ales Briscein se joint à elle avec autant de fraîcheur et une expressivité que les accents slaves caractérisent singulièrement.

Autre valeur de la distribution, Christoph Homberger joue de manière très drôle le bégayant Vašek et en plus se distingue très nettement de Briscein (et oui, nous avons deux ténors sur scène!) par un chant moins gracieux mais très affirmé.

Très en forme (ce sera sa seule apparition cette année à l‘Opéra de Paris), Franz Hawlata se balade dans son personnage pur comique quand la pétillante Amanda Squitieri achève de colorer cet ensemble bardé d’humour.

                                                                                                 Christiane Oelze et Ales Briscein

Pour « La Fiancée vendue » Gilbert Deflo est le metteur en scène qu’il fallait. Sensible au genre de La commedia dell’arte (L’amour des 3 oranges, Le Bal Masqué), tout ce monde est avec lui animé avec beaucoup de finesse et d’humanité.

Les couleurs vives bleues, oranges, vertes, jaunes dissipent toute la joie de la musique et Deflo nous offre des scènes de danses dont notamment celle du cirque, extraordinairement délurée et hypnotisante, avec ces jeunes danseurs et danseuses accoutrés de salopettes.

C’est toute cette vie qui manquait tant dans Luisa Miller la saison passée.

 

Fiancee2b.jpg

    Franz Hawlata (Kecal), Pippa Longworth et Oleg Bryjak (les Krušina)

Avec cette nouvelle production, l’Opéra Garnier possède maintenant une œuvre qui est le reflet de L'Elixir d'Amour à Bastille avec poésie et une chaleur humaine entraînante.

Dans l‘enthousiasme de faire partager cette musique, Jirí Belohlávek emmène l’orchestre sur un rythme parfois pas toujours facile à suivre pour les chœurs.

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Publié le 2 Octobre 2008

June Anderson et l’Orchestre National de Bordeaux
Concert du 02 octobre 2008 (Salle Pleyel)

Rossini :     Semiramide - Recit "Bel raggio" - "Dolce pensiero"
                    Le voyage à Reims - "Ouverture"
Bellini :       Norma - Air " Casta Diva "
                    Norma -" Sinfonia"
                    La Sonnambula - Aria "Ah non credea" - Cabaletta "Ah,non giunge"
Verdi :        Otello - Aria "Mia madre" - "Ave Maria"
                    Les Vêpres Siciliennes - musiques de danse
Donizetti :   Anna Bolena - Aria " Al dolce guidami" - Cabaletta " Coppia iniqua"

Direction Paolo Olmi

Le Bel Canto romantique possède une inimaginable capacité à détacher l'esprit de la réalité à condition d'être porté par des voix aux qualités adéquates.

Cela explique cette tension dès le premier air à l'issu duquel l'auditeur sait déjà s'il sera touché par la grâce vocale de l'interprète ou pas.

JAnderson1.jpgJune Anderson réussit une entrée royale avec "Sémiramide" et pousse encore plus loin ses capacités virtuoses dans un "Casta Diva" aérien et doué de vertigineuses coloratures.
Il y a même une certaine forme d'adéquation visuelle, la souplesse de ses gestes suivant les ondoyances des lignes musicales.

"Ah non credea" dans la Sommanbula paraît très étrangement discret et peu affecté mais est le seul point creux de la soirée. Desdémone fragile et subtile, l'incarnation évite une dramatisation excessive, les exclamations étant habituellement lâchées avec plus de douleur.

Toute la soirée aura donné l'impression de faire revivre ces concerts où Callas ressuscitait le Bel Canto italien d'autant plus que le répertoire choisi recoupe très largement celui de la "Divina" y compris le bis "Oh mio babbino caro" .

Paolo Olmi et l'Orchestre National de Bordeaux Aquitaine s'illustrent ce soir dans les musiques de danse des "Vêpres siciliennes" pleines d'entrain et de vivacité, les sonorités d'ensemble conservant beaucoup de rondeur et de chaleur.

                                                                                              June Anderson

Avec ce récital d'où émanent maîtrise et humilité à la limite du miracle, June Anderson marque un jalon important : 30 ans de carrière après ses début au New York City Opera en Reine de la Nuit.

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Publié le 2 Octobre 2008

Dimanche 05 octobre 2008 sur Arte à 19h00
Hilary Hahn joue Stravinsky et Glazounov

Concert enregistré  à la Philharmonie de Cologne, les 11 et 12 janvier 2008.
Direction musicale: Semyon Bychkov
Stravinsky: Scherzo fantastique pour grand orchestre opus 3
Glazounov: Concerto pour violon et orchestre opus 82 en la mineur

Dimanche 12 octobre 2008 sur Arte à 19h00
Simon Kermes, soprano. Voix baroque

Concert enregistré  au Rokokotheater du château de Schwetzingen le 15 mai 2008.
Les Musiche Nove. Claudio Osele, direction
Vivaldi: Airs extraits de Griselda, La Verità in cimento. Concerto pour cordes en ut majeur
Scherzo fantastique pour grand orchestre opus 3
Porpora: airs extraist de Lucio Papirio
Albinoni: Concerto pour cordes et basse continue n°1 en ré majeur opus 7
Leonardo Leo: Manca sollecita (Il Demetrio)

Lundi 13 octobre 2008 sur Arte à 22h30
Glenn Gould, piano. Au delà du temps (Bruno Monsaingeon, 2005)

Documentaire. Réalisation : Bruno Monsaingeon (2006, 67 mn)

Mardi 14 octobre 2008 sur France 2 à 1H25
Giselle, d'Adam
Orchestre National de Paris

Dimanche 19 octobre 2008 sur Arte à 19h00
Lang Lang, piano. Beethoven;: Concerto pour piano n°1 (2007, 43 mn)

Concert. Réalisation : Elisabeth Preschey (2007, 43 mn)

Lundi 20 octobre 2008 sur Arte à 22h30
 Julia Varady, soprano. Le passage du flambeau (Bruno Monsaingeon, 52 mn)

Documentaire. Réalisation : Bruno Monsaingeon (2008, 52 mn)
 
Mardi 21 octobre 2008 sur France 2 à 1H25
Cadmus et Hermione (Lully)
Par le poème harmonique, direction Vincent Dumestre
 
Samedi 25 octobre 2008 sur France 3 à 0H30
Les 100 ans de la salle Gaveau

Dimanche 26 octobre 2008 sur Arte à 19h00
Chopin et Dvorak

Orchestre symphonique de Bamberg. Direction Jonathan Nott.

Lundi 27 octobre 2008 sur Arte à 22h30
Les rebelles de la danse : Le New Dance Group
Documentaire. Réalisation :Ralph Ströhle (2008, 52 mn)

Vendredi 31 octobre 2008 sur France 3 à 23H25
Hommage à Luciano Pavarotti

 
 

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 30 Septembre 2008

La Traviata à la gare de Zurich (Giuseppe Verdi)
En direct sur Arte le 30 septembre 2008

Violetta        Eva Mei                 Mise en scène         Adrian Marthaler
Alfredo        Vittorio Grigolo
Germont       Angelo Veccia       Direction musicale   Paolo Carignani

Pour l'habitué des salles lyriques, l'expérience d'un opéra joué au milieu d'un lieu public touche à une des dimensions clé de ce spectacle vivant : le rapport au spectateur.
Qui n'a jamais trouvé détestable le comportement de cette frange du public d'opéra qui se paye (parfois cher) une place pour aller huer tel ou tel artiste ?
Nous le vivons tous les jours et là l'on se dit que quelque part ces personnes ne méritent pas d'avoir pu assiter à cette représentation et que bien d'autres devraient pouvoir en profiter.

C'est donc avec beaucoup d'émotion que l'on suit Eva Mei et Vittorio Grigolo déambulant au milieu de ces gens qui restent là, debout, à simplement apporter attention et émerveillement à ces chanteurs qui n'auront jamais vécu une aussi proche interaction.

De plus, les effets de travellings offrent aux téléspectateurs de fantastiques survols de la foule et les pauses où les artistes analysent en direct ce qu'ils vivent mettent ainsi en scène des prises de recul par rapport au théâtre qui se joue.

Une minorité de personnes s'intéresse à l'art lyrique. Alors cette manière de l'amener dans une gare permet de dire : "voilà ce que nous aimons et que nous aimerions vous voir tant aimer."
 

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Publié le 27 Septembre 2008

Genèse de l’œuvre

 

Dans les premiers jours de 1856, Verdi entreprend de retoucher Stiffelio.

Puis en mars, il se rend à Venise pour mettre en scène Traviata et à cette occasion s’oblige à écrire un opéra pour le carnaval de carême 1856-1857.

Il choisit Simon Boccanegra dont il tire le sujet d’un drame de Garcia Gutierrez comme pour Il Trovatore.

 

Il veut représenter cette fois  les luttes des factions, et faire naître chez les Italiens l’horreur des guerres fratricides. Et cette fois, il menace de ne pas représenter l’œuvre si la censure continue à vouloir toucher au livret.

 

Scribe se consacre avec soin à la versification du livret, pendant que Verdi se rend à Paris pour les représentations de la version française du Trouvère.

Il y a des variantes avec la version originale, dont l’ajout d’un ballet et la modification du final de l’œuvre, qui est rendu plus vaste pour mieux faire ressortir les sentiments d’Azucena.

 

Le 12 janvier 1857, Le Trouvère reçoit de larges acclamations à l’Opéra de Paris.

 

Puis mi-février, Verdi repart à Venise. Il lui reste à composer un acte de son nouvel opéra.

 

Simon Boccanegra est créé le 12 mars 1857 à la Fenice. Ce n’est pas le succès attendu.

Il y a une recherche d’expression nouvelle par rapport à ses œuvres précédentes, des ressemblances avec le système que défend Wagner, des récitatifs « secs », et la qualité du livret ne permet pas une étroite dépendance entre drame et musique.

 

Vers mi-juin 1857, Verdi tente à nouveau sa chance à Reggio et cette fois obtient le succès.

Il en informe Vincenzo Torelli, le directeur du Théâtre San Carlo de Naples.

 

Simon Boccanegra

 

Au  XIIième siècle et XIIIième siècles, des villes importantes se développent autour des sièges épiscopaux, aux carrefours des grandes voies commerciales.

En Italie, Gênes, Venise, Florence se développent en puissants états commerciaux.

 

Ainsi, la république de Gênes domine au XIVième siècle un empire maritime qui s’étend en Méditerranée et en Mer Noire.

Mais son principal concurrent, Venise, maîtrisant la Mer Egée, réussit à vaincre la ville Ligurienne d’abord en 1380 pour reprendre la Méditerranée orientale, puis définitivement en 1475, ne lui laissant plus aucun comptoir.

 

En 1339, la dignité de Doge est créée, et Simon Boccanegra devient le premier doge à vie.

Il doit être issu du parti plébéien et être partisan de l’Empereur (gibelin).

Les familles Grimaldi et Fieschi, du parti guelfes (soutien au Pape), le forcent à abdiquer en 1347, puis à la tête d’une armée, il réussit à rétablir son autorité en 1356.

Il meurt probablement d’empoisonnement en 1362, et c’est Gabriel Adorno qui est élu par le peuple pour lui succéder.

 

L’œuvre de Verdi débute en 1339. Simon Boccanegra, corsaire au service de Gênes, eut une fille illégitime avec Maria, fille de son ennemi Fiesco.

Mais l’enfant fût enlevée et maintenant, Maria est retrouvée morte. Simon est cependant élu doge par le peuple avec le soutien du conspirateur Paolo Albiani.

 

Vingt cinq ans plus tard, Simon Boccanegra se trouve pris dans une intrique complexe : Amelia Grimaldi (qui s’avèrera être la fille du Doge) et Gabriel Adorno s’aiment.

Une conspiration redoutable est menée par Paolo Albiani pour pousser les Fieschi et Adorno à se révolter contre Simon, Paolo ne supportant pas que le doge ne lui ait pas accordé la main d’Amélia.

Si le soulèvement échoue, Paolo Albiani réussit cependant à empoisonner Simon qui le condamnera à mort mais pardonnera à tous les autres révoltés.

C’est l’heure de la réconciliation entre Fiesco et Simon avant que ce dernier ne meure, laissant la succession à Gabriel Adorno.

 

La suite Aroldo

L'ouvrage précédent Les Vêpres siciliennes

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Rédigé par David

Publié dans #Verdi

Publié le 22 Septembre 2008

Die Frau ohne Schatten (Richard Strauss)

Représentation du 20 septembre 2008 à l’Opéra d’Amsterdam

 

Der Kaiser                   Klaus Florian Vogt
Amsterdam4b.jpgDie Kaiserin                 Gabriele Fontana
Die Amme                  
Doris Soffel
Barak der Fäber          Terje Stensvold
Sein Weib                    Evelyn Herlitzius

 

Mise en scène              Andreas Homoki

 

Direction musicale        Marc Albrecht

Nederlands Philharmonic Orchestra

                                De Nederlandse Opera

16 ans après sa création à Genève et un passage au Théâtre du Châtelet, la production d’Andréas Homoki poursuit son parcours international.

 

Le monde des esprits y est figuré par une agrégation de symboles noirs sur fond blanc se concentrant en fond de scène à la manière d’un amas globulaire abritant un trou noir (on pourrait y voir une référence à l’ « Origine du Monde » de Gustave Courbet).

Les cubes jaunes du monde terrestre contrastent quand à eux avec l’idéal de la sphère des esprits.

Et enfin selon le proverbe kurde « ne lance pas la flèche qui se retournera contre toi »,  l’Empereur devient la cible de la malédiction. Cette malédiction est particulièrement soulignée lorsque des flèches rouges géantes acculent le Prince jusqu’à l’immobilisation totale (faut-il y voir un lien avec le Martyr de Saint Sébastien ou avec une certaine ambiguïté sexuelle ?).

Les yeux bandés, sans pouvoir, il erre à la recherche du faucon et de sa conscience.

                                                                                                                  Doris Soffel (La Nourrice)

Cette lecture qui accentue la dimension culpabilisatrice de l'oeuvre ne peut en aucun cas faire oublier le remarquable travail symbolique de Bob Wilson à Bastille beaucoup plus empreint de féminité et d’humanité, ni les astucieux changements de décors au Capitole.

C’est donc sur le plan musical que nous sommes à la fête.

Marc Albrecht et le Nederlands Philharmonic Orchestra se déchaînent en suivant une lecture dynamique, foisonnante de détails, subtile et pleine de fraîcheur quand la tension éclate.

La direction est de plus menée avec entrain et une déconcertante facilité à soulever la masse orchestrale.

 

En Impératrice, Gabriele Fontana révèle richesse d’intonations et d’accents et se permet même des effets coloratures au premier acte. De l’aigu facile, franc et large, au médium plus clivé, son engagement est total mais le jeu théâtral type « drame petit bourgeois » vire à l’hystérie ce qui peut fatiguer l’auditeur à la longue.

Surtout qu’ Evelyn Herlitzius en rajoute encore, Teinturière dont l’agitation permanente ne permet pas toujours d’apprécier un timbre plutôt clair, à l’impact et à l’assurance impressionnants.

Fricka de fer à Venise, mais Clairon décevante à Garnier, Doris Soffel retrouve le rôle de la Nourrice interprété un cran au dessus de l’incarnation très vivante qu’elle rendit à l’ouverture de saison du Capitole il y a tout juste deux ans.

 

FSOAmsterdam1b.jpgElle ne sur joue pas, ajuste gestes et émotions pour étrangement inspirer de très forts sentiments maternels envers l’Impératrice tout en ne lâchant rien de son autorité.

La voix est en plus d’une très grande stabilité.

Beaucoup plus terne malheureusement, Terje Stensvold ne réussit pas à rendre poignant Barak alors qu’il en a pourtant le matériau vocal.

Et comme il est une des motivations du déplacement, Klaus Florian Vogt est sans surprise impérial dans son rôle. Charme d’un timbre juvénile, luminosité d’un regard dont nous prive très vite d’un simple bandeau le metteur en scène, ce chanteur incarne idéalement la « fausse innocence ».

Cette douceur pacifiante est une des plus belles valeurs de l’opéra de notre époque.

          Klaus Florian Vogt et Gabriele Fontana

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