Publié le 14 Novembre 2016

Joyce DiDonato (Haydn, Strauss, Granados, Heggie)
Récital du 13 novembre 2016
Palais Garnier

Joseph Haydn (1732-1809)
Arianna a Naxos

Richard Strauss (1864-1949)
All mein Gedanken
Du meines Herzens Krönelein
Die Nacht
Ach lieb, ich muss nun scheiden
Traum durch die Dämmerung

Enrique Granados (1867-1916)
Tonadillos: La maja dolorosa

Jake Heggie (né en 1961)
Camille Claudel : Into the Fire (2012)
Textes de Gene Sheer

Mezzo-Soprano Joyce DiDonato                                    Philippe Jordan
Piano Philippe Jordan

Depuis les dernières années du mandat d’Hugues Gall, Joyce DiDonato est une habituée de l’Opéra National de Paris où elle a interprété Haendel (Hercules), Mozart (Le nozze di Figaro, Idomeneo), Rossini (Il barbiere di Seviglia, La Cenerentola, La Donna del Lago) et Bellini (I Capuleti e i Montecchi).

Mais depuis ces six dernières années, le Théâtre des Champs-Elysées est la seule scène parisienne à l’inviter régulièrement.

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Ce récital au Palais Garnier est donc, d’abord, l’aboutissement d’un engagement qu’elle prit avec le chef d’orchestre Philippe Jordan, lorsque tous deux furent réunis en 2011 à la Scala de Milan pour faire revivre Der Rosenkavalier de Richard Strauss, dans la mise en scène d’Herbert Wernicke bien connue à Paris.

Le programme de ce soir ne se limite cependant pas à un programme de lieder du compositeur autrichien, mais s’étend de l’univers classique d’Arianna a Naxos de Joseph Haydn, à celui plus contemporain de Jake Heggie, qui composa spécialement Into the Fire pour la mezzo-soprano américaine.

Philippe Jordan

Philippe Jordan

Malgré une telle disparité stylistique, l’ensemble du récital est empreint d’une même douceur lumineuse qui évoque, en peinture, les couleurs subtilement nimbées de brume de William Turner. Car bien qu'elle soit une artiste douée d’une tessiture sombre, elle n’a recours que dans quelques passages à une accentuation des graves, dans les mélodies espagnoles de Granados par exemple, pour privilégier la délicatesse des nuances claires, parfois aériennes et très affinées, et le vif papillonnement de son timbre brun.

Mais le plus beau est de la voir faire communier son corps, l'élégance des gestes de la main et les lignes de son visage avec l’expression des sentiments mélancoliques drainés par la musique.

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Et comme elle a toujours l'envie d'irradier de sa joie naturelle les auditeurs, qu’elle adore embrasser du regard, elle a aussi des mots pour nous rappeler les origines de ce récital, témoigner de sa sensibilité à l’actualité du monde, particulièrement lourde en cette seconde semaine de novembre, et délivrer un ultime message d’Espérance, selon ses propres mots, à travers deux bis, Morgen'l’espoir que le Soleil brillera à nouveau' – et La Danza de Rossini 'tant que la Lune resplendit'.

Philippe Jordan, dans le rôle si humble et dévoué du pianiste, à l’affût du rythme et des respirations de sa partenaire, lui aura accordé une attention recueillie et feutrée, et un répondant particulièrement ludique sur la musique de Jake Heggie.

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Publié le 11 Novembre 2016

A man of good hope (Isango Ensemble)
Adaptation de la nouvelle de Jonny Steinberg
Représentation du 10 novembre 2016
Young Vic Theater - Londres

Asad as a boy Phielo Makitle
Asad as a man Ayanda Tikolo
Asad as a youth Zoleka Mpotsha
Asad as a young man Luvo Tamba
Asad's mother Zanele Mbatha
Tube Khanya Sakube
Rooda Zamile Gantana
Zena Luvo Rasemeni

Direction musicale Mandisi Dyantyis
Isango Ensemble

                                                                                   Isango Ensemble - photo Keith Pattison

La compagnie sud-africaine Isango Ensemble est bien connue du public parisien devant lequel elle a interprété à l'automne 2009 une version revisitée de La Flûte Enchantée au Théâtre du Châtelet.

Nourrie des tensions multiculturelles de son pays, elle s'approprie les oeuvres célèbres occidentales pour les réadapter au contexte de son continent. 

Elle a donc trouvé dans le roman de Jonny Steinberg, un auteur sud-africain récompensé pour son oeuvre, et qui enseigne la culture africaine à l'Université d'Oxford, un sujet qui lui permette de rendre compte de la vie en Afrique tout en utilisant des couleurs musicales originelles.

Phielo Makitle (Asad) - photo Tristram Kenton

Phielo Makitle (Asad) - photo Tristram Kenton

A man of good hope est l'histoire véridique d'un réfugié somalien en Afrique du sud, Asad Abdullahi, qui a fui la guerre civile somalienne, en 1991, après avoir assisté, alors qu'il n'avait que 8 ans, au meurtre de sa mère par les milices gouvernementales.
Il n'atteindra Johannesburg qu'en 2004.

Sans éluder la tristesse et l'horreur que vivent les populations, la violence des gangs, les pratiques d'excision en Ethiopie, les rapports hommes/femmes difficiles, Isango Ensemble restitue cette histoire tout en faisant rayonner de sa joie la plus profonde un goût de la vie qui ne doit pas se perdre quoi qu'il arrive.

Jonny Steinberg

Jonny Steinberg

La pièce implique plus d'une vingtaine d'acteurs, dont quatre incarnent Asad à différents âges de la vie. La douceur et l'humour pur du jeune Phielo Makitle, un élève issu d'une école de la compagnie, est un des précieux rayons de sentiments de ce spectacle. Il contraste avec l'énergie abîmée des adultes qu'il croise, mais qui veulent bien se laisser attendrir.

La première partie de la pièce traverse quatre pays, la Somalie, l'Ethiopie, la Tanzanie, la Zambie, et emprunte de leurs chants et de leurs rythmes afin de lier les tableaux d'interludes, joués au son des cinq marimbas disposées en fond de scène. Danses en choeur, harmonies plus spirituelles ou plus primitives selon les contrées, le voyage sensoriel possède une grande force de rémanence, bien qu'il ne soit accordé qu'une part réduite à la musique.

On peut en effet regretter que ne soient pas ménagées de grandes scènes chorales et musicales pendant plusieurs minutes d'affilée.

Isango Ensemble - Photo Mattys Mocke

Isango Ensemble - Photo Mattys Mocke

Tous les acteurs, pieds nus, sont vêtus d'habits simples mais colorés. Leur spontanéité et leur optimisme sont merveilleux, même si l'on se demande s'ils ne séduisent pas trop l'auditoire. Pourtant le message passe, le contact avec une réalité d'une dureté inimaginable se fait, alors que la forme, elle, n'invite à aucun abattement.

La seconde partie se déroule en Afrique du Sud. Les illusions tombent. Non ce n'est pas un pays riche où tout est possible, non ce n'est pas une autre image de l'Amérique idéalisée, sans violence, sans pauvreté. La nécessité de survivre oblige au trafic de toute sorte, l'ambiance politique est à la méfiance et à la répression, mais les acteurs arrivent quand même à mélanger gravité et vitalité, ce qui est la plus grande ambiguïté de la représentation.

The Young Vic Theater

The Young Vic Theater

Le public du Young Vic Theater, majoritairement blanc mais issu d'un multiculturalisme où l'on voyait émerger quelques jeunes filles noires ou asiatiques voilées - une image qui pose toujours problème en France -, a fait honneur à la troupe de Cape Town et témoigné que le vivre ensemble est encore une valeur de notre temps.

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Publié le 10 Novembre 2016

The Nose (Dmitri Shostakovich)
Livret d'après la pièce de Nikolai Gogol
Représentation du 09 novembre 2016
Royal Opera House - Covent Garden, Londres

Platon Kuzmitch Kovalov Martin Winkler
Ivan Iakovlevitch/Clerk/Doctor John Tomlinson
Ossipovna/Vendor Rosie Aldridge
District Inspector Alexander Kravets
Angry Man in the Cathedral Alexander Lewis
Ivan Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Iaryshkin Peter Bronder
Old Countess Susan Bickley
Pelageya Podtotshina Helene Schneiderman

Direction musicale Ingo Metzmacher
Mise en scène Barrie Kosky
Chorégraphie Otto Pichler                                            
Martin Winkler (Kovalov)
Traduction David Pountney
Coproduction Komische Oper, Berlin, Teatro Real de Madrid et Opera Australia

Oeuvre absente de la plupart des grandes maisons de répertoire, excepté l'Opéra National de Paris qui l'a représenté en 2005 dans sa version originale sous la direction de Gerard Mortier, suivi par le New-York Metropolitan Opera en 2010 et 2013, Le Nez est le premier opéra de Dmitri Shostakovich.

Pour cette fable surréaliste qui narre les aventures d'un homme ayant perdu son nez et qui se heurte à l'incompréhension du système, il a composé une musique très imaginative rythmée par les percussions, les sarcasmes des cuivres, mais également adoucie par les motifs poétiques des instruments à vents embrumés d'un voile de cordes somptueux.

Ce feu de joie orchestral haut en couleurs est si intense et changeant, qu'il permet une interprétation scénique tout aussi délirante et captivante pour des spectateurs aussi bien de l'art lyrique que des comédies musicales.

Martin Winkler (Kovalov)

Martin Winkler (Kovalov)

Et en confiant ainsi la mise en scène à Barrie Kosky, metteur en scène australien et intendant du Komische Oper de Berlin, dans la traduction anglaise de David Pountney, le Royal Opera House s'assure de séduire un large public, ce que ne dément pas cette dernière représentation tenue devant une salle pleine.

Un décor unique paré de dalles grises serti, à l'avant, par un contour circulaire qui isole l'intérieur de l'avant scène, une table ronde recouverte d'une nappe du même coloris, sur laquelle se déroule des saynètes comiques, et qui réapparait en diverses dimensions, suffisent à définir un espace amovible.

Scène de prière à la cathédrale de Kazan

Scène de prière à la cathédrale de Kazan

Le véritable se travail se voit en effet dans le jeu des chanteurs, les mimiques grotesques et expressives, et les ballets qu'une dizaine de danseurs affublés aussi bien de nez gigantesques - pour effectuer un génial numéro de claquettes -, déguisés ensuite en tenues de policiers dépravés, ou qui prennent des apparences transexuelles qui s'amusent de la confusion des genres, comme dans le Rake's Progress de Stravinsky, enchaînant effets de surprise sur effets de surprise.

En Kovalov, Martin Winkler est fantastique non seulement pour ses qualités vocales de baryton aux intonations mordantes et franches qui font beaucoup penser au tempérament insolent d'Alberich, mais aussi par sa facilité à lâcher les interjections vulgaires qui traduisent agacement, obsession incessante et souffrance.

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Ivan)

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Ivan)

Et dans le rôle plus secondaire d'Ivan, on retrouve chez Wolfgang Ablinger-Sperrhacke les réminiscences de l'excellent comédien que l'on a connu à Paris, quand il incarnait Mime dans le Ring de Bastille.

Excellent John Tomlison en Iakovlevitch, voix certes oscillante mais sonore, facétieuse Rosie Aldridge en Ossipovna, qui réapparait de façon distanciée en animatrice qui vient se demander pourquoi Shostakovitch a voulu faire de cette pièce un opéra, et sarcastique Alexander Kravets à la voix grinçante, qui est celui dont le passage à la langue anglaise n'a pas dénaturé les couleurs du texte.

Car un puriste pourrait regretter que dans cette traduction la verdeur et la dureté humaine se ressentent moins que dans la langue originale russe.

Les policiers

Les policiers

L'orchestre, lui, sous la direction d'Ingo Metzmacher, colore de belles teintes boisées cette tonalité feutrée qui adoucit l'agressivité des cuivres. Mais il ne cède en rien à l'énergie exubérante de la partition et la joliesse déliée des ornements solitaires instrumentaux. La cohésion d'ensemble avec les chanteurs, comédiens et le choeur puissant et vivifiant est une autre réussite de ce spectacle entièrement approprié par le public anglo-saxon.

Il y a un passage obsédant dans cette musique, lorsque Kovalov retourne chez lui pour y trouver Ivan jouant de la Balalaïka. L'atténuation progressive et le ralentissement rythmique créent une sensation jubilatoire d'étirement du temps sans fin, ce que l'orchestre rend encore plus saisissant par cette impression de mécanique bien réglée qu'il dégage.

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Publié le 3 Novembre 2016

Les Contes d’Hoffmann (Jacques Offenbach)
Répétition générale du 28 octobre et représentations du 06 & 21 novembre 2016
Opéra Bastille

Olympia Nadine Koutcher
Antonia Ermonela Jaho
Giulietta Kate Aldrich
La Muse/Nicklausse Stéphanie d’Oustrac
Hoffmann Stefano Secco (21) / Ramon Vargas (le 18)
Luther/Crespel Paul Gay
Lindorf/Coppelius/Dr. Miracle Roberto Tagliavini
Nathanaël Cyrille Lovighi
Frantz Yann Beuron
La voix de la Mère Doris Soffel

Direction Musicale Philippe Jordan                                 Yann Beuron (Frantz)
Mise en scène Robert Carsen (2000)

Diffusion sur Culturebox à partir du 16 novembre et sur France Musique le 27 novembre 2016.

Les Contes d’Hoffmann est une œuvre représentative du grand mouvement d’ouverture du répertoire de l’Opéra de Paris à celui de l’Opéra-Comique qui s'est propagé à l'après-guerre, et qui s’est généralisé avec l’arrivée de Rolf Liebermann à la direction de l’institution en 1973.

En effet, après Carmen en 1959, puis Tosca en 1960, le célèbre opéra de Jacques Offenbach fut enfin représenté sur la scène du Palais Garnier en 1974 dans une mise en scène de Patrice Chereau.

Régulièrement repris depuis, l’ouvrage a trouvé sa mise en scène de référence dans la production de Robert Carsen créée le 20 mars 2000 sur la scène Bastille.

Stéphanie d'Oustrac (La Muse)

Stéphanie d'Oustrac (La Muse)

La réussite de ce spectacle provient du captivant voyage dans le monde de l’Opéra qui est proposé au spectateur, afin de donner à celui-ci le sentiment qu’il évolue depuis les coulisses du théâtre vers la salle de spectacle, puis sur la scène de ce même théâtre recouvert des ors et velours rouges bourgeois, avant de revenir au point de départ face à l’immense scène vide et dépouillée, tout en noir.

L’Opéra, qui n’est évoqué que dans le prologue à propos de la salle de Nuremberg où Stella chante Don Giovanni, devient ici une métaphore de la vie et du théâtre.

Les illusions s'y fabriquent et brouillent la perception de la réalité. Une même unité de lieu réunit ainsi les actes de Nuremberg, Munich et Venise.

Stéphanie d'Oustrac (La Muse)

Stéphanie d'Oustrac (La Muse)

La référence à Don Giovanni réapparaît au premier acte, transposé dans une scène de répétition, et au deuxième acte lorsque la mère d'Antonia survient spectaculairement sous les traits d'une surnaturelle Donna Anna voilée de haillons fantomatiques et illuminés par la Lune aux pieds de la statue d'un Commandeur décapité.

Le décor à l'ancienne fait ici référence à un passé révolu de l'Art lyrique. Une vision mortifère qui rapproche Hoffmann et Antonia dans leur sombre quête romantique.

Philippe Jordan - Répétition des Contes d'Hoffmann

Philippe Jordan - Répétition des Contes d'Hoffmann

Et pour cette série de représentations, le faux orchestre qui se présente sur scène au final de cet acte, dirigé par le docteur Miracle, fait une impression encore plus étrange lorsque l'on sait que Philippe Jordan, aux commandes du véritable orchestre installé dans la vraie fosse, cette fois, a également dirigé Don Giovanni dans cette même salle au printemps 2012.

Enfin, la barcarolle chantée flegmatiquement sur les gradins ondoyants d'un amphithéâtre, où se déroule progressivement la fameuse scène orgiaque le verre de champagne à la main, a préservé un charme coquin et sensuel, à l'image de l'éloignement final de la muse et d'Hoffmann en direction de deux rayons d'espérance, rayons baignés des voix irréelles du chœur qui résonnent dans l'immensité du plateau absolument abandonné.

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse) et Kate Aldrich (Giulietta)

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse) et Kate Aldrich (Giulietta)

La septième distribution de cette production – déjà ! -  réunie sur la scène Bastille vaut à elle seule le prix de ce spectacle, même en l'absence de Jonas Kaufmann que les connaisseurs regrettent.

Pour la dernière répétition, Stefano Secco est d'ailleurs venu interpréter Hoffmann, bien qu'il ne chantera que les trois dernières représentations.

Il a certes une projection et une vaillance moins brillantes que par le passé, quand il interprétait dans cette même salle d'éclatants rôles italiens plein de fougue, mais son chant est toujours aussi stylisé, et les nuances des phrasés d'une évidente tendresse qui touche droit au cœur.

Stefano Secco (Hoffmann) - répétition du 28 octobre

Stefano Secco (Hoffmann) - répétition du 28 octobre

Ainsi, ce ne sont pas les cadences mordantes de la chanson de Kleinzach qui lui correspondent le mieux, même s'il joue avec un entrain jovial, mais la seconde partie de l'air 'Ah! sa figure charmante!... je la vois belle comme le jour', plus délicate et tendue, qui révèle la noble candeur de sa ligne de chant parcellée d'accents solaires.

Les passages les plus lyriques prennent une musicalité mélancolique verdienne qui rappelle, avec nostalgie, les désespérances de Don Carlo.

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse)

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse)

Et cette musicalité s'harmonise avec la direction musicale de Philippe Jordan qui ranime, elle aussi, les plus belles lignes symphoniques de la partition en soignant les effets de clair-obscur.

Ces lignes orchestrales s'insèrent d'emblée au premier acte dans une forme aux tempi rapides finement modulés très proches de la sinfonietta qui, comme toujours chez ce chef d'orchestre, libère un espace sonore pour les ornements superbement filés pars les solistes instrumentaux.

Aucun concession aux effets faciles, les jaillissements théâtraux des percussions sont contenus, mais une attention aux respirations musicales aérées qui se fondent subtilement à l'art des chanteurs et s'amplifient au cours de la représentation.

Ramon Vargas (Hoffmann) - le 06 novembre

Ramon Vargas (Hoffmann) - le 06 novembre

Par comparaison avec Stefano SeccoRamon Vargas, qui interprète le rôle d'Hoffmann au cours des six premières représentations, alors que les premiers jours de froid parisien apparaissent, inscrit son chant, un peu moins puissant, dans une ligne très homogène au grain perceptible, qui lui donne une belle dignité.

Aigus couverts, afin de préserver cette forte impression d'intégrité qu'il dégage, paroles soignées, couleurs grisonnantes dans le médium, son expressivité a quelque chose d'austère mais de profondément sincère.

Doris Soffel (La Mère)

Doris Soffel (La Mère)

Une fois l'ouverture jouée sur la rêverie du chœur, Stéphanie d'Oustrac approche depuis l'arrière-scène vers Hoffmann, une muse exaltée, volontaire au timbre mat, qui impose une personnalité forte aux commandes de la destinée du poète.

Diction impeccable, tout au long de la représentation - elle est le seul personnage féminin présent à tous les actes sous les traits de Nicklausse - ses fulgurances comme ses couleurs ambrées font ressortir une impression de liberté et d’assurance presque hautaine. Une grande incarnation.

Nadine Koutcher (Olympia)

Nadine Koutcher (Olympia)

Des trois rencontres féminines d'Hoffmann, la première, Olympia, est incarnée par Nadine Koutcher qui fait ses débuts à l'Opéra de Paris. Artiste associée à Teodor Currentzis, cet ébouriffant chef d'orchestre russe que l'on attend de revoir sur les scènes de la capitale, elle fut révélée au Teatro Real de Madrid par l'œuvre de Purcell The Indian Queen, où le rôle de Doña Isabel lui offrit des airs d'une magnifique spiritualité.

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse)

Stéphanie d'Oustrac (Nicklausse)

C'est donc une très grande surprise de la retrouver dans le rôle aussi artificiel de la poupée mécanique, d'autant plus qu'elle réussit tout, aussi bien les pyrotechnies vocales d'une pure clarté et les aigus hystériques extrêmement effilés, que l’appropriation immédiate et totalement libre de la nature nymphomane que le metteur en scène a projeté sur son personnage. 

Une réjouissante aisance dans la folie qui n'a rien à envier à celle qui a marqué ce rôle à la création de ce spectacle, Natalie Dessay.

Ermonela Jaho (Antonia)

Ermonela Jaho (Antonia)

Après Violetta et Cio-Cio San, Ermonela Jaho est de retour sur la scène Bastille pour reprendre le rôle d'Antonia que sa compatriote albanaise, Inva Mula, a également chanté pour cette production. Charme mélodramatique touchant, texture des aigus qui vibrent d'une légèreté presque surnaturelle, sa délicatesse musicale teintée de dolorisme ôte aussi un peu de puissance charnelle à cette femme passionnée.

Le contraste avec Doris Soffel, voix bien plus sombre et plus irrégulière, trop présente pour incarner un fantôme revenant d'un passé révolu, n'en est que plus marqué.

Kate Aldrich (Giulietta)

Kate Aldrich (Giulietta)

Enfin, pour compléter cet ensemble de portraits féminins, Kate Aldrich dépeint une Giulietta d'une jeunesse et d'une fraîcheur glamour séduisante, sans suggérer toutefois un danger qu'une voix encore plus richement noire pourrait le faire.

Cette distribution d'un très haut niveau musical a aussi ses qualités masculines en plus de celles d'Hoffmann.

Roberto Tagliavini (Lindorf / Dr Miracle)

Roberto Tagliavini (Lindorf / Dr Miracle)

Roberto Tagliavini n'a certes rien d'un méchant tel que Bryn Terfel saurait le jouer d'un rire sarcastique, mais il exagère tellement l'impulsivité de Lindorf qu'il en fait un diable sympathique. Lignes vocales profondes, sombres et homogènes, cette constance de tenue crée de la séduction inattendue chez un personnage qui fascine habituellement pour son machiavélisme.

Stefano Secco (Hoffmann) et Kate Aldrich (Giulietta)

Stefano Secco (Hoffmann) et Kate Aldrich (Giulietta)

Il y aura aussi un instant de rêve, au second acte, quand Yann Beuron, luxueusement distribué dans le petit rôle de Frantz, viendra chanter ses illusions d'une voix généreuse et caressante.

Le chœur, dans une production qui profite de toutes ses facettes de jeux et de chant jusqu'à l'adieu céleste final, est sur un terrain qu'il connait bien, un soin que mérite cette belle reprise.

A revoir jusqu'au 22 mai 2017 sur Culturebox : Les Contes d'Hoffmann.

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Publié le 3 Novembre 2016

La Juive (Jacques Fromental Halévy)
Représentation du 30 octobre 2016
Bayerische Staatsoper, Munich

Eléazar Roberto Alagna
Rachel Aleksandra Kurzak
Princesse Eudoxie Vera-Lotte Böcker
Leopold Edgardo Rocha
Cardinal Brogni Ante Jerkunica
Ruggiero Johannes Kammier
Albert Andreas Wolf

Direction musicale Bertrand de Billy
Mise en scène Calixto Bieito

Bayerisches Staatsorchester, Chorus of the Bayerische Staatsoper

Le retour de La Juive sur les scènes internationales est une bonne chose pour la culture européenne, mais est aussi un mauvais signe des temps, puisque cette œuvre emblématique du Grand Opéra Français pendant tout un siècle, de la Monarchie de Juillet jusqu’à la seconde Guerre Mondiale, est réhabilitée dans un contexte de mondialisation qui englobe non seulement le monde marchand, mais également les religions.

Le Bayerische Staatsoper de Munich a ainsi saisi cette occasion pour réintroduire une autre œuvre de ce répertoire historique, La Favorite de Gaetano Donizetti, qui déclina elle aussi au début du XXième siècle.

Il était donc possible d’entendre ces deux opéras en langue française au cours du dernier week-end d’octobre, ce qui est un fait rare dans une maison qui, habituellement, n’accorde qu’une faible part de son répertoire à la langue de Molière ( 7% des représentations).

Mais malgré l’incarnation impressionnante de Leonore par Elina Garanca dans La Favorite, c’est l’interprétation du chef-d’œuvre de Jacques Fromental Halevy qui se révèle la plus saisissante, notamment parce le livret comprend une dramaturgie originelle plus puissante.

Aleksandra Kurzak (Rachel)

Aleksandra Kurzak (Rachel)

Parmi les récentes productions de La Juive, celle d’Olivier Py à l’Opéra de Lyon était jusqu’à présent la plus évocatrice par la noirceur et la beauté de ses décors qui, clairement, opposaient un catholicisme violent et intolérant au judaïsme fondé sur une riche culture livresque.

A Munich, en revanche, Calixto Bieito ne prend parti pour aucune religion et uniformise les deux communautés religieuses en les caractérisant par quelques symboles de reconnaissance évidents, les rameaux pour les catholiques, le mur des lamentations pour les juifs.

Ce mur, épais et massif, semblant recouvert de bronze, constitue le seul élément de décor, omniprésent. Il déploiera toute sa force évocatrice au cours des trois derniers actes. Il symbolise l’incapacité des hommes à vivre avec leurs semblables, et une tendance qui s’étend dans notre monde contemporain.

Car dans les deux premiers actes, le metteur en scène avance de manière assez neutre, bien qu’il montre dans la scène d’ouverture qui célèbre la victoire – elle est jouée sans le prélude orchestral - de très jeunes garçons hussites poussés à une conversion violente par les catholiques. Rachel est la seule vêtue de vert, tous les autres protagonistes sont habillés en noir.

C’est à partir du troisième acte, après l’entracte, que le drame se densifie avec l’arrivée d’Eudoxie depuis l’arrière scène, adossée au mur monumental qui avance lentement vers la salle.

La Juive (Kurzak-Alagna-Böcker-Rocha-Jerkunica-Bieito-de Billy) Munich

Vera-Lotte Böcker n’a certes pas une voix très large, mais malgré la distance et le vide total sur scène, elle prend progressivement possession de l’espace sonore de son timbre très clair, expressif, aux accents pathétiques et agréablement modulés. La rencontre avec Rachel, séparées toutes deux par ce mur mis en travers comme s’il représentait, cette fois, les remparts du palais, révèle son excellente maitrise théâtrale à travers les jeux d’ombres scéniques. Bieito la rend plus séduite que méfiante de Rachel, au point d’en devenir suppliante et d’être finalement rejetée.

Et lors de la scène de condamnation par le Cardinal Brogni – on peut remarquer que l’autorité naturelle d’Ante Jerkunica est vocalement moins affirmée que dans ses récentes incarnations à Madrid (La Défense d’aimer, Parsifal) ou à Anvers (La Khovantchina) –, ce mur se sépare en plusieurs pans qui s’affaissent comme des ponts levis afin d’accentuer l’effroi du martyr que subit Rachel, assénée de coups de rameaux par la foule.

Une violence jamais vue dans ce passage dramatique qui s’achève par la transe exaltée du chœur.

On retrouvait à Paris, dans Lear mis en scène par Bieito,  cet effet de surprise engendré par une muraille en apparence statique qui se transformait en un élément de décor central, amovible et oppressant.

Vera-Lotte Böcker (Eudoxie)

Vera-Lotte Böcker (Eudoxie)

Cette tension entre toutes les confrontations – De Brogni / Eleasar , De Brogni / Rachel, Rachel / Eudoxie – se ressent aussi bien entre protagonistes qui ne se voient pas, que par la prégnance de leurs ombres projetées sur le mur central.

Il en résulte une noirceur d’ensemble avec laquelle composent les rétro-éclairages de brumes mystérieuses et de parois d’apparence métalliques, qui ne fait qu’accentuer la froideur du décor et l’inhumanité engendrée par le broyage religieux des âmes.

Par ailleurs, le très spectaculaire tableau de la cage prenant feu avec Rachel à l’intérieur est un artifice réaliste qui clôt une représentation scénique aussi poignante que l’Elektra de Richard Strauss pourrait l’être.

Et quel inoubliable final glacial au troisième acte, suivi par un silence absolu alors que, dans d’autres théâtres, la scène sur le parvis de la cathédrale s’achève généralement sous les applaudissements électrisés du public.

Roberto Alagna (Eléazar)

Roberto Alagna (Eléazar)

Dans cet univers proche du sordide, Roberto Alagna est prenant et éblouissant. Son chant investit la salle avec une clarté d’élocution franche, superbement timbrée, qui renforce son caractère entier naturel. Il conserve une pose recueillie, sérieuse, à l’identique de son Werther à Bastille, et ne trahit que quelques limites dans l’air d’Eléazar ‘Rachel, grand du seigneur’.

Aleksandra Kurzak, en Rachel, impose elle aussi une grande force de caractère. Un chant richement coloré, puissant et complexe, des noirceurs tourmentées et des aigus larges, une aptitude à retourner des accents morbides sur elle-même, et un personnage crédible de bout-en-bout qui va compter parmi ses meilleurs rôles.

Enfin, Edgardo Rocha est un excellent Leopold, lumineux, jamais agressif dans ses aigus les plus pénétrants, et Johannes Kammier compose un Ruggiero généreusement sonore, plus noble que le cardinal De Brogni.

Aleksandra Kurzak (Rachel) et Vera-Lotte Böcker (Eudoxie)

Aleksandra Kurzak (Rachel) et Vera-Lotte Böcker (Eudoxie)

On pourrait s’attacher à préciser les imperfections du français des chanteurs, hormis, bien entendu, Roberto Alagna dont c’est la langue maternelle, mais le chœur est  d’une musicalité hautement spirituelle, doué d’une magnifique palette de couleurs fondues avec une harmonie surnaturelle digne des grands chœurs orthodoxes russes.

Ce spectacle ne serait évidemment pas aussi happant si la noirceur et la tension n’étaient pas dans la musique. Les couleurs du Bayerisches Staatsorchester sont nativement chaudes, les cuivres ayant une rondeur qui se coule dans la masse orchestrale en sublimant les teintes des cordes sans les recouvrir d’un éclat trop métallique. Bertrand de Billy manie ainsi cet ensemble avec une puissante fluidité et une théâtralité qui peuvent être autant explosives que poétiques pour faire écrin à l’intimité des personnages.

Ainsi, malgré les coupures, dont le ballet, il s’agit de la plus convaincante version scénique, musicale et vocale de La Juive entendue à ce jour.

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Publié le 1 Novembre 2016

TV-Web Novembre 2016 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Dimanche 06 novembre 2016 sur France 3 à 00h30
Le Barbier de Séville (Rossini) - Opéra de Lille - ms Sivadier - dm Allemandi

Stayton, Bracci, Melo, Noguera, Palka

Dimanche 06 novembre 2016 sur Arte à 18h20
Rolando Villazon présente les stars de demain

Lundi 07 novembre 2016 sur Arte à 00h00
Mozart à Prague

Vendredi 11 novembre 2016 sur France 2 à 00h45
Einstein on the Beach (Philip Glass) - ms Wilson

Dimanche 13 novembre 2016 sur France 3 à 00h30
L'espace d'un instant - documentaire sur Aurélie Dupont

Dimanche 13 novembre 2016 sur France 3 à 01h30
Tigran Hamasyan (piano)

Dimanche 13 novembre 2016 sur Arte à 18h20
Rolando Villazon présente les stars de demain

Vendredi 18 novembre 2016 sur France 2 à 00h45
Concertos et Suites (Bach) - Le Concert des Nations - dm Savall

Dimanche 20 novembre 2016 sur France 3 à 00h30
La Traviata (Verdi) - Festival de Glyndebourne - ms Cairns - dm Elder

Fabiano, Christoyannis, Dunn, Wade

Dimanche 20 novembre 2016 sur Arte à 18h20
Rolando Villazon présente les stars de demain

Dimanche 20 novembre 2016 sur Arte à 23h45
Mefistofele (Boito) - Baden Baden - ms Himmelmann - dm Soltesz

Schrott, Castronovo, Pendatchanska

Vendredi 25 novembre 2016 sur France 2 à 00h45
Les Puritains (Bellini) - Opéra de Paris - ms Pelly - dm Mariotti

Maria Agresta, Dmitry Korchak, Marius Kwiecen, Michele Pertusi

Dimanche 27 novembre 2016 sur France 3 à 01h30
Verdi, Berlioz - West Divan Orchestra - dm Barenboim

Dimanche 27 novembre 2016 sur Arte à 18h20
Rolando Villazon présente les stars de demain

Mezzo et Mezzo HD

Mercredi 02 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Norma de Bellini au Liceu de Barcelone

Vendredi 04 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Aïda de Verdi à l'Opéra de Paris

Samedi 05 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Joyce DiDonato chante Maria Stuarda de Donizetti au Metropolitan Opera de New York

Dimanche 06 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Traviata de Verdi à l'Opéra de Paris

Mercredi 09 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Lucia di Lammermoor de Donizetti au Liceu de Barcelone

Vendredi 11 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Jonas Kaufmann et Bryn Terfel chantent La Damnation de Faust de Berlioz à l'Opéra de Paris

Dimanche 13 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Il Trovatore de Verdi à l'Opéra de Paris

Mercredi 16 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Joyce DiDonato chante La Donna del Lago de Rossini au Metropolitan Opera

Vendredi 18 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Le Roi Arthus de Chausson à l'Opéra de Paris

Samedi 19 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
William Christie dirige Hercules de Haendel à l'Opéra national de Paris

Dimanche 20 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Esa-Pekka Salonen dirige Le Château de Barbe-Bleue et La Voix humaine à l'Opéra de Paris

Mercredi 23 novembre 2016 sur Mezzo à 20h30
Only the Sound remains de Kaija Saariaho à Amsterdam

Jeudi 24 novembre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Aïda de Verdi à l'Opéra de Paris

Web : Opéras en accès libre (cliquez sur les titres pour les liens directs avec les vidéos)

Sur Concert Arte

Mitridate, re di Ponto (Théâtre des Champs Elysées)

Macbeth (Théâtre de La Monnaie)

"Senza Sangue" de Péter Eötvös et "Bluebeard’s Castle"(Armel Opera Festival)

"Maria de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla à l'Armel Opera Festival

"The Angel of the Odd" et "The Tell-Tale Heart" de Bruno Coli à l'Armel Opera Festival

"Elegy for Young Lovers" de H.W. Henze à l'Armel Opera Festival

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

"Cosi fan tutte" de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence

"The Omnibus Opera" à l'Armel Opera Festival

"Saul" au Festival de Glyndebourne

La Flûte Enchantée (Académie du Teatro alla Scala)

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

Samson et Dalila (Opéra National de Paris)

Norma (Teatro Real de Madrid) - ms Davide Livermore

Manon (Grand Théâtre de Genève) - ms Olivier Py

 

Sur Operaplatform, Culturebox etc...

Rigoletto (Opéra National de Paris) jusqu'au 02 novembre 2016

Reigen (Boesmans) - Opéra de Stuttgart jusqu'au 05 novembre 2016

Macbeth (Latvian National Opera) jusqu'au 10 décembre 2016

La Dame de Pique - ms Herheim (Dutch National Opera) jusqu'au 20 décembre 2016

Eugène Onéguine (Festival Garsington) jusqu'au 29 décembre 2016

La Chute des Dieux - ms J.Simons - Avignon 2005 jusqu'au 30 décembre 2016

 

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence jusqu'au 06 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Les Damnés (Festival d'Avignon) jusqu'au 11 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

"In Parenthesis" au Wales Millennium Center jusqu'au 31 janvier 2017

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Labirinto d'amore (Festival de Sable) jusqu'au 25 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Otello (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 23 mars 2017

Le Prince Igor (Bolshoi) jusqu'au 24 mars 2017

Les Noces de Figaro (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 26 mars 2017

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Eliogabalo (Opéra National de Paris) jusqu'au 08 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

La Bohème - Teatro Regio jusqu'au 20 avril 2017

Goplana - Polish National Opera jusqu'au 02 mai 2017

The Nose - Covent Garden jusqu'au 08 mai 2017

Les Contes d'Hoffmann (Opéra National de Paris) jusqu'au 22 mai 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 20 octobre 2017

Nabucco (Opera Royal de Wallonie) jusqu'au 27 octobre 2017

Aquagranda de Filippo Perocco (Teatro La Fenice) jusqu'au 14 novembre 2017

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique

Publié le 26 Octobre 2016

L’Ange de feu (Sergueï Prokofiev)
Représentation du 23 octobre 2016
Opéra de Lyon

Ruprecht Laurent Naouri
Renata Ausrine Stundyte
L'Hôtesse Margarita Nekrasova
Voyante/ Mère supérieure Mairam Sokolova
Jakob Glock Vasily Efimov
Aggripa von Nettesheim/ Méphistophélès Dmitry Golovnin
Faust Taras Shtonda
Serviteur/ L'Aubergiste Ivan Thirion
Inquisiteur/ Heinrich Almas Svilpa
Le médecin Yannick Berne

Mise en scène Benedict Andrews
Direction musicale Kazushi Ono
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon                      
Ausrine Stundyte (Renata)
Production de la Komische Oper de Berlin (2014)

Progressivement, et surtout depuis les cinq dernières années, pas une des incarnations de la soprano lituanienne Ausrine Stundyte n’a laissé indifférent.

Il y a chez cette chanteuse au tempérament scénique fauve, une manière instinctivement physique de s’engager pour assumer des rôles d’une violence et d’un érotisme puissant.

Elle est donc une interprète naturelle des forces occultes de l’héroïne imaginée par le poète russe Valery Bryusov, l’inspirateur du livret de Sergueï Prokofiev.

Cet opéra, intense et sinueux, nous confronte à ces forces internes et mystérieusement terrifiantes qui peuvent aussi bien surgir de nous-mêmes que des personnes que nous pouvons rencontrer

Ausrine Stundyte (Renata)

Ausrine Stundyte (Renata)

Renata, hantée par son ange de feux qu’elle a cru reconnaître par le passé en Heinrich, est soumise à des déchirements que ni la voyante, ni le grand maître Agrippa de Nettesheim, ni la compagnie des sœurs ne peuvent aider à l’en libérer.

Prise dans cette fuite folle, la bienveillance initiale du chevalier Huprecht est rudement mise à mal, et l’on voit le jeune homme progressivement être tenté par les démons, la mort, dans le duel du troisième acte, puis le diable. Quelque part, lui aussi, habité par ses croyances sur l’Amour, devient esclave de son désir obsessionnel pour Renata, et le paradoxe de l’œuvre est que c’est finalement l’Inquisiteur qui va mettre un terme à ce non-sens en condamnant la jeune femme au bûcher.

Nous nous trouvons donc face à une œuvre qui cherche à traduire l’inexplicable de la nature humaine en le situant dans le monde obscurantiste allemand qui précède le siècle des Lumières.

Mairam Sokolova (La voyante)

Mairam Sokolova (La voyante)

Pour un metteur en scène de théâtre tel Benedict Andrews – l’œuvre de William Shakespeare représente une part majeure de ses productions -, « The Fiery Angel » est un défi car il doit s’emparer d’une dramaturgie resserrée que la musique draine sans le moindre répit.

Il utilise donc des techniques théâtrales qui permettent des changements de lieux et de situations rapides. Le plateau tournant de la scène de Lyon est ainsi fortement sollicité tandis que des doubles de Renata et Huprecht changent incessamment les configurations de panneaux amovibles gris pour redessiner des chambres, des salons, des coins de rue ou de grandes places vides.

Cette conception très fonctionnelle, ingrate et peu onéreuse, rappelle inévitablement la manière avec laquelle Olivier Py monte certaines de ses pièces de théâtre.

Benedict Andrews nous situe dans un monde contemporain, sarcastique, qui ne laisse aucune place au rêve et qui évoque les angoisses de jeune fille de Renata en la ramenant vers son enfance. Il ne sur-interprète rien, et nous laisse face au non-sens des situations tout en exigeant de la part des chanteurs une vivacité et un réflexe théâtral qui accroche le spectateur.

Laurent Naouri (Ruprecht)

Laurent Naouri (Ruprecht)

Les variations de jeux d’ombres et de lumières prennent une valeur impressive froide qui croise les méandres ronflants et glacés de la musique.

Cette musique, l’orchestre de l’Opéra de Lyon se l’approprie sans ambages en accentuant non pas les effets dissonants ou le lyrisme, mais plutôt la crudité expressive, la richesse polyphonique et la compacité orchestrale. 

Kazushi Ono ne lâche rien, n’a aucun complexe à laisser des jaillissements sonores résonner jusqu'à saturation, et réussit naturellement à rendre la scène des squelettes la plus saisissante possible.

Dans ce délire, Ausrine Stundyte n’en finit pas d’impressionner par sa noirceur et ses expressions vocales un peu brutes et directes, la malléabilité de son propre corps qu’elle offre totalement comme langage aussi fort que son chant, une plénitude artistique qui démontre à chacun ce que l’on peut rendre quand on croit à ce que l’on vit.

Ausrine Stundyte (Renata)

Ausrine Stundyte (Renata)

Il suffit de voir comment Laurent Naouri a bien du mal à contenir une telle énergie pour réaliser la difficulté du rôle de Ruprecht. La langue slave lui convient très bien, on découvre ainsi que le chanteur français s’approprie les couleurs de cette langue avec esprit, et qu’il est touchant par cette impression de dépassement qu’il renvoie, même si la comédie prend parfois le pas sur la vraisemblance des affects et des sentiments de désespoir.

Formidable Méphistophélès de Dmitry Golovnin, terriblement franc et machiavélique, étrange voyante de Mairam Sokolova au contralto prononcé, chaleureuse et maternelle hôtesse de Margarita Nekrasova, ces artistes donnent un relief pictural et un caractère fort à ce monde dérangeant.

Les chœurs de l’Opéra de Lyon, voués à la musicalité et aux capacités vocales qu’exige la partition, démontrent également leur facilité à s’abandonner au chaos organisé du dernier acte quand les sœurs s’imprègnent à la folie des délires de l’héroïne.

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Publié le 13 Octobre 2016

Cecilia Bartoli (Norma)Norma (Vincenzo Bellini)
Edition de Maurizio Bondi et Riccardo Minasi
Représentation du 12 octobre 2016

Théâtre des Champs-Elysées

Norma Cecilia Bartoli
Adalgisa Rebeca Olvera
Polione Norman Reinhardt
Oroveso Péter Kálmán
Clotilde Rosa Bove
Flavio Reinaldo Macias
Direction musicale Gianluca Capuano
Mise en scène Patrice Caurier, Moshe Leiser
Orchestre I Barocchisti
Coro della Radiotelevisione svizzera, Lugano
Production Festival de Salzbourg (2013)

                                                                                      Cecilia Bartoli (Norma)

En provenance du Festival de la Pentecôte de Salzbourg et de la 'maison de Mozart', salle d’opéra inaugurée en 1925 et rénovée afin d’y entendre dans les meilleures conditions possibles des instruments anciens, la production de ‘Norma’ conçue par Patrice Caurier et Moshe Leiser est invitée pour quatre soirées par le Théâtre des Champs-Elysées.

Si la scénographie a été fraîchement accueillie lors de la première représentation, l’interprétation musicale, elle, a surpris plus d’un auditeur.

Car on peut effectivement entendre, à travers cette lecture par un orchestre baroque, une continuité avec le ‘Tristan und Isolde’ intimiste que Daniele Gatti avait dirigé ici même, la saison passée, à la tête de l’Orchestre National de France. 

Cecilia Bartoli (Norma)

Cecilia Bartoli (Norma)

Épure du tissu orchestral, qui confine parfois à la discrétion la plus absolue, célérité haletante des enchaînements, qui ne laissent qu’un bref instant de reprise aux chanteurs, timbres automnaux des bois et des vents, rugueux et brillants à la fois, flûtes fuyantes telles des fusées, cuivres qui crachent des paillettes d’argent, les tourbillons de cordes ainsi colorés reproduisent la folie et les impertinences de la vie sans rechercher la moindre emphase.

C’est caractéristique de l’ensemble ‘I Barocchisti’ qui, sous la direction de Gianluca Capuano, nerveuse mais très attentive aux chanteurs, évolue habituellement dans le répertoire du XVIIème et XVIIIème siècle, mais est totalement inattendu dans la musique romantique de Bellini, qui semble comme happée par une spontanéité rythmique décalée.

Les solistes, pourtant, se fondent entièrement dans cette musique, que son atmosphère soit mélancolique ou dithyrambique.

Rebeca Olvera (Adalgisa)

Rebeca Olvera (Adalgisa)

Et pour qui les vocalises de Cecilia Bartoli peuvent paraître excessivement techniques, l’interprétation qu’elle rend de la prêtresse, totalement différente de celles de Maria Callas ou Shirley Verrett, est une merveille de délicatesse musicale, d’agilité étourdissante et d’effets de styles théâtraux, quelques fois exagérés, mais qui réservent aussi de très belles images élégiaques et éphémères. 

Elle n’est pas pathétique, ressemble plus à un personnage mozartien ou rossinien, mais ses qualités de comédiennes sont réalistes et très bien mises en valeur.

A cette Norma baroque est associée une partenaire d’une très belle fraîcheur musicale, Rebeca Olvera. Son Adalgisa est chantée avec une telle netteté et une telle jeunesse qu’elle évoque les héroïnes naïves du répertoire français, et offre de très touchants tableaux joués avec une vérité expressive qui se devine sous les clairs obscurs de la scénographie. 

Et il en va de même pour Norman Reinhardt, en Polione, ténor de charme au style superbement soigné et séducteur, l’antithèse de la version rude et puissante de Marco Berti, la saison passée.

Rebeca Olvera (Adalgisa) et Cecilia Bartoli (Norma)

Rebeca Olvera (Adalgisa) et Cecilia Bartoli (Norma)

C’est bien évidemment l’unité stylistique entre ces trois chanteurs qui fait le prix artistique de cette ‘Norma’ atypique, certes dénuée de sentiments tragiques, mais d’une musicalité vivifiante miraculeuse.

Péter Kálmán, Oroveso d’une naturelle autorité, Rosa Bove et Reinaldo Macias, respectivement en Clotilde et Flavio, complètent une équipe liée par l’unité chaleureuse d’un chœur compact et dramatiquement engagé.

Reste l’acceptation du parti-pris scénique qui assimile le contexte de la Guerre des Gaules à celui de l’occupation allemande. 

La première scène qui s’ouvre sur le décor d’une salle de classe à l’ancienne, illuminée avec naturel et sens de l’émotion, où l’autorité s’impose à des élèves disciplinés, renvoie à une image d’Epinal tellement nostalgique, que l’on peut y voir le rêve d’un monde disparu qui ne correspond plus à la réalité d'aujourd’hui.

Cecilia Bartoli (Norma) et  Norman Reinhardt (Polione)

Cecilia Bartoli (Norma) et Norman Reinhardt (Polione)

On ne peut donc pas parler d’actualisation, mais d’un effort pour recréer un monde cohérent et auquel on puisse croire, s’il n’y avait manifestement un décalage indépassable avec le contenu de l’histoire. 

La direction théâtrale est travaillée et recherche autant l’exaltation de grands sentiments poétiques que la traduction des violences nées de l’oppression des dominants.

On pourrait même y voir une inspiration des climats et des comportements intimes que sait si bien mettre en scène Dmitri Tcherniakov, par exemple dans ‘Eugène Onéguine’ ou ‘Dialogues des Carmélites’, sans toutefois réussir à dégager une interprétation qui révolutionne le sens de l’ouvrage.

Et la dernière scène où l’école s’enflamme autour des deux amants est très impressionnante à voir sur les planches d'un théâtre par la manière de lui donner une progression dramatique en même temps que la musique s’amplifie, et ne cesse définitivement.

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Publié le 5 Octobre 2016

Samson et Dalila (Camille Saint-Saëns)
Répétition générale du 28 septembre et représentation du 04 octobre 2016
Opéra Bastille

Dalila Anita Rachvelishvili 
Samson Aleksandrs Antonenko 
Le Grand Prêtre de Dagon Egils Silins 
Abimélech Nicolas Testé 
Un Vieillard hébreu Nicolas Cavallier 
Un Messager philistin John Bernard 
Premier Philistin Luca Sannai 
Deuxième Philistin Jian-Hong Zhao 

Direction musicale Philippe Jordan
Mise en scène Damiano Michieletto (2016)

Coproduction avec le Metropolitan Opera, New York
Diffusion sur Arte Concert dès le 14 octobre 2016.            
 Philippe Jordan

Malgré une entrée tardive au répertoire de l'Opéra National de Paris - le chef-d’œuvre de Camille Saint-Saëns dut attendre 15 ans pour faire son entrée au Palais Garnier en 1892 -, 'Samson et Dalila' devint, pendant près d'un demi-siècle, l'opéra le plus joué par l'institution parisienne après le 'Faust' de Charles Gounod.

Mais depuis la seconde guerre mondiale, l'oeuvre a entamé un lent déclin pour disparaître totalement des planches depuis la prise en main de la scène Bastille par Hugues Gall en 1995.

Anita Rachvelishvili (Dalila)

Anita Rachvelishvili (Dalila)

A l'instar de 'Rigoletto', la saison passée, et de 'Lohengrin', l'hiver prochain, la nouvelle production de 'Samson et Dalila' est donc, avant tout, un hommage à la mémoire des oeuvres d'avant-guerre les plus représentées à l'Opéra de Paris.

On peut même y voir une continuité avec la nouvelle production de ‘Moïse et Aaron’ créée à l’Opéra Bastille en octobre dernier, qui donne le sentiment que les œuvres bibliques vont s’inscrire en filigrane dans la programmation de Stéphane Lissner.

Et en confiant la direction orchestrale d’une œuvre aussi symphonique à Philippe Jordan, la promesse d’une lecture puissante qui accorde la part belle à la clarté, aux reflets de métal, à la délicatesse des motifs réminiscents, et qui réserve des passages d’une intemporalité sublime, est implacablement tenue.

 Aleksandrs Antonenko (Samson)

Aleksandrs Antonenko (Samson)

Cet art de l’envoutement atteint naturellement son paroxysme quand il se lie à l’expressivité du chœur ou à l’élégie d’un artiste.

Ainsi, rien que le premier acte est d’une beauté à couper le souffle au moment où des vieillards viennent soutenir le très émouvant Nicolas Cavallier dans son invocation à la révolte, et surtout lorsqu’il s’achève sur la rêverie de Dalila, ‘Printemps qui commence, portant l’espérance’ chantée par une Anita Rachvelishvili merveilleuse de finesse. 

Son air est non seulement d’une irréalité hypnotisante, mais allié de cette manière aux tissures frémissantes et immatérielles de l’orchestre, l’auditeur est immanquablement transporté hors de lui-même en toute inconscience.

Nicolas Cavallier (Un Vieillard Hébreu)

Nicolas Cavallier (Un Vieillard Hébreu)

Philippe Jordan ne perd cependant pas prise avec le théâtre musical, et sa lecture gradue les enchaînements dramatiques, nuance les transitions et colore la peinture harmonique d’une patine cuivrée qui ne recouvre pas la boiserie des cordes, mais qui s’y mêle pleinement. 

Les grandes fresques majestueuses de l’opéra russe ne sont plus très loin.

Et même l’agitation de la bacchanale exalte la sensualité des ornements et une intensité tumultueuse où chaque percussion résonne avec une netteté magnifique.

Le directeur musical est en compagnie d’une équipe qu’il apprécie, et cela se voit.

Anita Rachvelishvili ne réalise pas seulement une inoubliable démonstration de sensibilité lorsqu’elle incarne la Dalila séductrice – subtiles descentes chromatiques d’un charme fou -, mais se révèle totalement terrestre et d’une violence passionnelle saisissante quand elle se livre à ses intentions manipulatrices et vengeresses au début du second acte.

Anita Rachvelishvili (Dalila)

Anita Rachvelishvili (Dalila)

Sa tessiture projette une noirceur sauvage qui s’oppose à sa douceur initiale, comme si elle levait brutalement un voile sur sa personnalité. Véritablement, elle est un animal scénique fascinant.

Son partenaire, Aleksandrs Antonenko, a un timbre moins séducteur, mais il tire son charisme d’un intense engagement dramatique, d’aigus pénétrants, et d’une détresse qui d’emblée lui donne une dimension tragique. Sa confrontation vocale avec le chœur est donc toujours triomphante, et ses intonations de bête mortellement blessée portent une âme inévitablement touchante au dernier acte.

Le Grand Prêtre de Dagon, incarné par Egils Silins, rappelle beaucoup son Wotan autoritaire mais quelque peu agité pour installer une stature solide, malgré quelques interactions théâtrales fortes avec Dalila, au second acte.

 Aleksandrs Antonenko (Samson)

Aleksandrs Antonenko (Samson)

Et Nicolas Testé, dans une mise en scène qui accentue l’inhumanité d’Abimélech, sert un portrait encore plus insoutenable du satrape de Gaza.

D’une coproduction avec le Metropolitan Opera de New York on pouvait s’attendre à une mise en scène peu évocatrice, le travail de Damiano Michieletto réussit pourtant à actualiser un propos qu’il n’est pas évident d’illustrer à partir d’un livret au contenu faiblement dramaturgique.

Le premier acte ouvre sur une muraille éclairée d’une lumière bleu-gris acier, derrière laquelle les chœurs israélites se lamentent, et apparaissent vêtus d’habits pauvres.  Samson est leur lueur d’espoir, et ils sont très bien dirigés afin de communiquer visuellement cette attente qu’ils posent sur lui.

Chœur israélite

Chœur israélite

Les soldats Philistins, en noir et armés de fusils d’assaut, brutalisent à outrance ce peuple, et la danse des prêtresses est utilisée pour jouer un rêve prémonitoire, véritable mise en garde pour le héros.

Dalila, elle, apparaît dans une chambre dont la forme en parallélépipède rappelle celle de Lady Macbeth de Mzensk’ dans la mise en scène érotique de Martin Kusej.  Mais le mobilier luxueux et les adolescents qu’incarne le chœur des Philistines la font plutôt apparaître comme la femme d’un dictateur, vivant à l’écart de la violence de ses exactions.

Damiano Michieletto donne beaucoup d’intensité et de tendresse à la rencontre entre Samson et Dalila, mais il fait également évoluer leur personnalité au cours du drame.

 Aleksandrs Antonenko, Anita Rachvelishvili et Philippe Jordan - Répétition générale

Aleksandrs Antonenko, Anita Rachvelishvili et Philippe Jordan - Répétition générale

Ainsi, Samson se détruit lui-même en se coupant les cheveux après avoir évité le (faux) suicide de Dalila, armée d’un couteau. 

Et dans le troisième acte, c’est Dalila qui, prise de remord, prépare l’incendie du temple.

Le temple de Dagon est par la suite envahi par le chœur des Philistins qui se laisse aller à une fête dionysiaque richement habillée et colorée, petit monde qui n’est obsédé que par l’or et l’argent. 

A la déviance de Samson vis-à-vis de son Dieu israélite, le metteur en scène oppose ainsi l’unique Dieu que connaissent les philistins, l’argent, argent sous lequel ils finiront tous recouverts lors du cataclysme final.  Il s’agit ici de l’évocation d’une société actuelle matérialiste qui ne croit plus en rien. 

Anita Rachvelishvili et Aleksandrs Antonenko - Première représentation

Anita Rachvelishvili et Aleksandrs Antonenko - Première représentation

Le couple, lui, finit enlacé dans une ultime image qui évoque une inévitable Rédemption.

Et le chœur, puissant acteur, aura été de bout-en bout passionnant d’expressivité, volontaire dans les envolées épiques, et profondément poétique dans ses moments de douceurs.

Diffusion au cinéma le 13 octobre, sur Arte Concert à partir du 14 octobre, et sur France Musique le 23 octobre.

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Publié le 30 Septembre 2016

TV-Web Octobre 2016 Lyrique et Musique

Chaînes publiques

Samedi 01 octobre 2016 sur Arte à 20h55
La Traviata (Giuseppe Verdi) - Teatro dell'Roma - ms Coppola - dm Bignamini

Dimanche 02 octobre 2016 sur Arte à 18h00
Concerto n°4 (Beethoven) - Piano Hélène Grimaud - Wiener Symphoniker - dm Honeck

Dimanche 02 octobre 2016 sur Arte à 23h55
L'Affaire Beethoven (Documentaire)

Lundi 03 octobre 2016 sur Arte à 00h45
Symphonie n°5 (Beethoven) - dm Heras-Casado

Lundi 03 octobre 2016 sur Arte à 01h20
Concerto n°1 (Beethoven) - piano Martha Algerich - dm Krivine

Dimanche 09 octobre 2016 sur Arte à 17h50
Symphonie n°9 (Beethoven) - Orchestre de l'Opéra de Paris - dm Jordan

Lundi 10 octobre 2016 sur Arte à 00h00
Nom de code : sonate au clair de Lune - Elly Ney, pianiste sous le régime nazi

Lundi 10 octobre 2016 sur Arte à 00h50
Symphonie n°1 et 3 (Beethoven) - Orchestre de l'Opéra de Paris - dm Jordan

Dimanche 16 octobre sur France 3 à 00h30
La Traviata (Verdi) - ms Vesperini - dm Hermus

Papatanasiu, Caimi, Giossi, Pondjiclis, Audebert, Soufflet

Dimanche 16 octobre 2016 sur Arte à 17h50
Concerto n°3 (Beethoven) - piano Vondracek - Orchestre national de Belgique

Vendredi 21 octobre 2016 sur France 2 à 00h45
La Fanciulla del West (Puccini) - Opéra de Paris - ms Lehnhoff - dm Rizzi

Stemme, Sadnik, Mastroni, Sgura, Berti

Dimanche 23 octobre 2016 sur Arte à 18h20
Concerto (Beethoven) - violon Znaider - Gewandhaus de Leipzig - dm Chailly

Vendredi 28 octobre 2016 sur France 2 à 00h45
Alessandro (Haendel) - ms Childs - dm Petrou

Cencic, Staskiewicz, Kucerova, Kudinov

Dimanche 30 octobre 2016 sur France 3 à 00h30
La Chauve-Souris (Johan Strauss) - Opéra de Vienne - ms Schenk - dm Welser-Möst

Streit, Kaune, Sramek, Kushpler, Trost, Eiche

Dimanche 30 octobre 2016 sur Arte à 18h30
Symphonie n°6 - Orch. symphonique de la radio finlandaise - dm Lintu

Lundi 31 octobre 2016 sur Arte à 00h05
Zhu Xiao-Mei - Comment Bach a vaincu Mao (Documentaire)

 

Mezzo et Mezzo HD

Mercredi 05 octobre 2016 sur Mezzo à 20h30
L'Elisir d'Amore de Gaetano Donizetti à l'Opéra de Lausanne

Vendredi 07 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Norma de Bellini au Liceu de Barcelone

Samedi 08 octobre 2016 sur Mezzo à 20h30
Daniel Barenboim dirige Parsifal de Richard Wagner au Staatsoper de Berlin

Dimanche 09 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
I Capuleti e i Montecchi de Bellini au Liceu de Barcelone

Mercredi 12 octobre 2016 sur Mezzo à 22h00
Daniel Barenboim dirige Tannhäuser de Wagner au Staatsoper de Berlin

Vendredi 14 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Bohème de Puccini au Liceu de Barcelone

Samedi 15 octobre 2016 sur Mezzo à 20h30
La Traviata de Verdi à l'Opéra de Paris

Dimanche 16 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
Lucia di Lammermoor de Donizetti au Liceu de Barcelone

Vendredi 21 octobre 2016 sur Mezzo HD à 22h15
Alcina de Haendel au Festival d'Aix en Provence

Samedi 22 octobre 2016 sur Mezzo à 21h35
Les Indes Galantes de Rameau par Christophe Rousset

Dimanche 23 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
I Capuleti e i Montecchi de Bellini au Liceu de Barcelone

Mercredi 26 octobre 2016 sur Mezzo à 21h50
Aïda de Verdi à l'Opéra de Paris

Vendredi 28 octobre 2016 sur Mezzo HD à 20h30
La Bohème de Puccini au Liceu de Barcelone

Web : Opéras en accès libre
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Mitridate, re di Ponto (Théâtre des Champs Elysées)

 

Macbeth (Théâtre de La Monnaie)

"Senza Sangue" de Péter Eötvös et "Bluebeard’s Castle"(Armel Opera Festival)

Concert Lyrique exceptionnel à l’Opéra de Paris (dm Jordan)

"Maria de Buenos Aires" d'Astor Piazzolla à l'Armel Opera Festival

"The Angel of the Odd" et "The Tell-Tale Heart" de Bruno Coli à l'Armel Opera Festival

"Elegy for Young Lovers" de H.W. Henze à l'Armel Opera Festival

"Kalila Wa Dimna" de Moneim Adwan au Festival d'Aix-en-Provence

"Cosi fan tutte" de Mozart au Festival d'Aix-en-Provence

"Hamlet" de Franco Faccio depuis le Festival de Bregenz

"The Omnibus Opera" à l'Armel Opera Festival

"Saul" au Festival de Glyndebourne

La Flûte Enchantée (Académie du Teatro alla Scala)

La Traviata (Opera de Rome - Sofia Coppola & Valentino)

L'Orfeo (Opéra de Lausanne) - ms Robert Carsen

Samson et Dalila (Opéra National de Paris)

 

Manon Lescaut (Opéra de Lettonie) jusqu'au 14 octobre 2016

Concert de Paris du 14 juillet 2016, jusqu'au 15 octobre 2016

Le Médecin malgré lui  (Théâtre de Genève) jusqu'au 18 octobre 2016

Le Barbier de Séville (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 23 octobre 2016

Lucio Silla (Philharmonie de Paris) jusqu'au 24 octobre 2016

Lucia di Lammermoor (Grand Théâtre d'Avignon) jusqu'au 27 octobre 2016

 

Rigoletto (Opéra National de Paris) jusqu'au 02 novembre 2016

Reigen (Boesmans) - Opéra de Stuttgart jusqu'au 05 novembre 2016

Macbeth (Latvian National Opera) jusqu'au 10 décembre 2016

La Dame de Pique - ms Herheim (Dutch National Opera) jusqu'au 20 décembre 2016

Eugène Onéguine (Festival Garsington) jusqu'au 29 décembre 2016

La Chute des Dieux - ms J.Simons - Avignon 2005 jusqu'au 30 décembre 2016

 

Il Trionfo del Tiempo e del Disinganno - Aix en Provence jusqu'au 07 janvier 2017

La Flûte Enchantée (Opéra Royal de Wallonie) jusqu’au 05 janvier 2017

Pelléas et Mélisande - Aix en Provence jusqu'au 06 janvier 2017

L'Enlèvement au Sérail - Opera de Lyon jusqu'au 10 janvier 2017

Les Damnés (Festival d'Avignon) jusqu'au 11 janvier 2017

Madame Butterfly - Chorégies d'Orange jusqu'au 14 janvier 2017

Oedipe Rex - Aix en Provence jusqu'au 18 janvier 2017

"In Parenthesis" au Wales Millennium Center jusqu'au 31 janvier 2017

La Traviata - Chorégies d'Orange jusqu'au 04 février 2017

Orfeo - Rossi (Opéra de Nancy) jusqu'au 09 février 2017

Les Chevaliers de la table ronde d'Hervé (Teatro Malibran) jusqu'au 15 février 2017

Labirinto d'amore (Festival de Sable) jusqu'au 25 février 2017

Alcina (Grand Théâtre de Genève) jusqu'au 25 février 2017

Otello (Teatro Real de Madrid) jusqu'au 23 mars 2017

Le Prince Igor (Bolshoi) jusqu'au 24 mars 2017

Les Noces de Figaro (Opera d'Amsterdam) jusqu'au 26 mars 2017

Les Stigmatisés (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Sancta Susanna (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Von Heute auf Morgen (Opéra de Lyon) jusqu'au 06 avril 2017

Manon Lescaut (Aubert) - Opéra Royal de Wallonie jusqu'au 17 avril 2017

L'Amico Fritz - Teatro de la Fenice jusqu'au 03 juin 2017

La Bohème - Opera de Liège jusqu'au 24 juin 2017

La Cenerentola (Opéra de Lille) jusqu'au 17 avril 2017

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Rédigé par David

Publié dans #TV Lyrique