Articles avec #actualite tag

Publié le 5 Janvier 2023

Mise à jour au 06 janvier 2023

L'article qui suit est une mise à jour intégrale de son contenu rédigé la première fois en juillet 2016.
Il fait un état des lieux de l’audience des sites internet de théâtres lyriques, de salles de concert classique, d’orchestres philharmoniques, de revues musicales, de radios musicales, de chaînes culturelles, de bases de données classiques et de sites de vidéos en streaming et cherche à en tirer quelques enseignements.

Le point de départ est le site de mesure d'audience Similarweb.com (une jeune compagnie britannique de technologie de l'information) qui donne, gratuitement, quelques indicateurs, à ne considérer que pour leurs ordres de grandeur, et un classement mondial des sites sélectionnés (classement basé sur le nombre de consultations mais aussi le temps passé et le nombre de pages consultées par les lecteurs).

Il fournit, notamment, le nombre de consultations par mois, la part du trafic lié à un accès direct au site (plus la part des accès directs est importante, plus la part des lecteurs fidèles est élevée), et la nationalité des visiteurs. Contrairement aux idées reçues, la part de lecteurs amenée par les réseaux sociaux (Facebook, twitter, Instagram ..) est très faible et représente dans la plupart des cas moins de 5% du trafic. Ces sites sont avant tout consultés par accès direct (pour les fidèles) ou par recherche google pour lequel leur bon référencement est indispensable à leur visibilité.

Un même visiteur pouvant consulter un même site plusieurs fois par mois, voir par jour, et depuis différents moyens électroniques, le nombre de consultations est donc très supérieur au nombre de personnes physiques distinctes ayant accédé à un site internet.  Ainsi, ‘Google’, le site n°1, reçoit 90 milliards de consultations par mois, alors que seuls 4 milliards d’habitants ont accès à internet dans le monde. Le nombre de visiteurs réels d’un site web est donc probablement 20 à 100 fois inférieur au nombre de consultations.

Klaus Mäkelä et l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris en septembre 2021

Klaus Mäkelä et l'Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris en septembre 2021

 Le tableau qui suit présente le classement de 150 sites lyriques et musicaux pour les 11 catégories suivantes auxquelles un code couleur différent est associé (bleu foncé pour les maisons d'opéras, bleu clair pour les centres de musiques et les orchestres, rose pour les webzine et blog, etc.), à savoir :

  • 2 chaînes culturelles à titre de référence : Arte et 3Sat
  • 5 radios musicales (Classik FM, France Musique, Radio Classique, WQXR et BR Klassik)
  • 66 maisons d’opéras internationales (Opéra national de Paris, MET, Covent Garden, Mariinski etc.)
  • 30 salles de concerts et orchestres philharmoniques ou symphoniques et centres musicaux
  • 4 sites qui agrègent plusieurs salles (Kennedy Center, Aalto Theater Essen, Château de Versailles Spectacles et Opera Australia)
  • 19 webzines (Slipped Disc, Forum Opera, Bachtrack, etc.)
  • 4 sites dédiés aux violonistes (Violinist, The Strad, Strings Magazine, The Violin Channel)
  • 4 sites de streaming (Operavision, Medici TV, Digital Concert Hall, Opera on video)
  • 9 bases de données de partitions et d'archives (IMSLP, Opera Arias, La Flûte de Pan, Bärenreiter etc.)
  • 6 sites de ventes en ligne d’enregistrements musicaux (JPC, Qobuz, Presto Music, Naxos etc.)
  • 1 site de billetterie (Music Opéra)

 

Le choix du seuil de 150 sites permet d'inclure quasiment tous les sites recevant au minimum 50 000 consultations par mois (soit de quelques milliers de lecteurs individuels pour les plus modestes à plusieurs centaines de milliers pour Arte). Ce nombre de consultations mensuelles est une moyenne calculée sur le second semestre 2022 (Similar Web affiche les résultats des 3 derniers mois ce qui oblige à faire plusieurs sondages au cours de l'année).

Pour chaque site est affiché :

  • son classement mondial (moyenne des 6 derniers mois)
  • l'évolution de son classement par rapport au premier semestre 2022
  • le nombre de consultation par mois (moyenne des 6 derniers mois)
  • la part de visiteurs qui accèdent directement au site (sans recherche google ou réseaux sociaux)
  • la part de visiteurs français

 

Une mise à jour d'ensemble de ce classement aura lieu tous les 6 mois, chaque mois de janvier et juillet à partir de 2023, afin de suivre l'évolution annuelle du succès de ces sites. 

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Audience comparée de sites dédiés à la Musique classique et à l'Art lyrique (juillet à décembre 2022)

Classic FM, première chaîne de musique classique
Avec plus de 3 millions d’accès par mois sur internet, et 5 millions d’auditeurs chaque week-end sur les ondes hertziennes, la chaîne de musique classique britannique Classic FM fête ses 30 ans le 7 septembre 2022 et est devenue la première chaîne de musique classique au monde. 

 

En France, France Musique et Radio classique sont au coude à coude avec environ 1 million d’auditeurs par jour en hertzien. Mais sur internet, France Musique prend le dessus sur sa concurrente avec 1,4 millions de consultations du site par mois (1,2 millions en 2016), ce qui peut être du à la richesse de son contenu numérique. Plus de 80 % des auditeurs numériques des deux radios sont français, mais 10 % du trafic de Radio Classique provient d’auditeurs belges, alors que 10 % du trafic web de France Musique provient d’auditeurs canadiens, suisses, espagnols et grecs.

Toutefois, depuis février 2022, Radio France agrège sur un même site ses différentes chaînes radios (France Culture, France Inter etc..) si bien qu'il n'est plus possible de suivre l'évolution de France Musique. Le nombre de consultations affiché ici est donc une estimation à partir de l'évolution de la fréquentation de Radio France.

Le ROH, l’ONP, le MET, le Mariinsky et le Bolshoi en tête des sites web de maisons lyriques les plus consultés au monde.
Le Royal Opera House Covent Garden, l’Opéra national de Paris, le MET Opera de New-York, le Théâtre du Mariinsky et le Bolshoi sont les cinq maisons d’opéra qui disposent de sites internet classés parmi les 100 000 plus consultés au monde avec plus de 500 000 connexions par mois (et même 1 million pour le ROH). On observe cependant une nuance entre les maisons occidentales et les maisons russes.

70 % des visiteurs numériques des maisons occidentales sont nationaux, et 8 % proviennent aussi des USA pour le Covent Garden et l’Opéra de Paris, tandis que 8 % des visiteurs numériques du MET sont britanniques ou canadiens.

 

Avec plus de 500 000 consultations par mois, les maisons russes de Saint-Pétersbourg (Le Mariinski) et Moscou (Le Bolshoi) talonnent ces trois maisons phares, mais  90 % de leurs visiteurs sont cette fois nationaux et 2 % sont américains.

Avec 300 000 visiteurs par mois, le site de l’Opéra de Vienne a une structuration de sa fréquentation un peu différente. Seuls 30 % des visiteurs sont nationaux, 15 % sont allemands, 10 % sont américains, 6% sont britanniques et 5% sont français, ce qui reflète une image de maison de répertoire ouverte au monde entier. Les Russes, qui représentaient 10% du public avant la guerre en Ukraine, en sont dorénavant absents.

Et hors Opéra de Paris, le Théâtre des Champs-Élysées, le Théâtre du Châtelet, l'Opéra de Lyon et l'Opéra de Bordeaux sont les seuls sites de théâtre lyrique et classique français à dépasser largement les 50 000 consultations par mois.

Les opéras allemands sont bien représentés en seconde partie de ce classement, le Bayerische Staatsoper de Munich et l'Opéra de Dresde en tête, mais également les maisons européennes telles le Royal Danish Opera, le Teatro Real de Madrid, l'Opéra d'Amsterdam, l’Opéra d’État de Prague et le Théâtre national de Brno.

Hors Europe, le Teatro Colon de Buenos Aires se détache nettement avec 350 000 visiteurs par mois.

Les succès de la Philharmonie de Paris et de l’ElbPhilharmonie et la reconnaissance internationale du Philharmonique de Vienne
Ouvertes respectivement en 2015 et 2017, la Philharmonie de Paris et l’ElbPhilharmonie de Hambourg sont devenues en quelques années les salles de concerts philharmoniques disposant des sites les plus consultés au monde.

Quant au site du Philharmonique de Vienne (120 000 consultations par mois) – l’orchestre a célébré ses 180 ans en 2022 -, il dispose d’une structuration de ses visiteurs totalement internationale dont seuls 15 % sont autrichiens, 15 % allemands, 10 % américains, 5% polonais, 5% italiens et 5% japonais..

Il est de plus fréquenté à 50 % par une multitude d’autres nationalités. Vienne est véritablement associée à une image de culture musicale mondiale - mais le concert du nouvel an qui augmente l'afflux de visiteurs sur le site du Wiener Philharmoniker en janvier joue beaucoup sur cette mise en avant -.

Enfin, pas moins de 13 sites d'orchestres américains apparaissent dans ce classement, dont le Los Angeles Philharmonic qui est en tête (plus de 300 000 visites par mois), et le site de l'emblème musicale des Pays-Bas, le Concertgebow d'Amsterdam, dépasse désormais les 250 000 consultations par mois.


 

Slipped Disc et Classical Music en tête des Webzines internationaux, Forum Opera n°1 français pour l'Opéra.
Les magazines en ligne de musique classique se sont développés au même rythme que les sites lyriques. On y trouve des interviews d’artistes, des chroniques de spectacles ou d’enregistrements, l’actualité musicale, et parfois des lieux de discussions. Les groupes anglo-saxons dominent sans partage ce genre de média et sont les véritables promoteurs de cet art dans le monde.

Fondé en 2007 par l’écrivain et critique Norman Lebrecht, Slipped Disc est devenu le n°1 mondial des webzines avec plus de 1 million de consultations par mois. Son lectorat est à 40 % américain, à 25 % britannique, 8 % allemand et 7 % canadien.

Classical Music, le site de la revue BBC Music Magazine (1992), obtient un nombre de consultations qui dépasse 700 000 par mois, et d’autres webzines tels Gramophone Uk (la revue fut créée en 1923 par Compton MacKenzie) ou Classics Today (au contenu mis à jour de façon journalière) obtiennent respectivement 370 000 et 260 000 consultations par mois.

Et depuis 2016, un site américain, Operawire (déjà 300 000 visites par mois), monte pour mettre en valeur les artistes de l’art lyrique.

Fondé en 2008 par David et Alison Karlin, le site Bachtrack regroupe des interviews et des comptes-rendus internationaux de concerts, opéras et spectacles chorégraphiques, et peut être consulté en français depuis 2013 (même si seules 10 % de ses 250 000 consultations mensuelles proviennent de l’hexagone).

Tel un gigantesque hub, cet outil propose de nombreux liens vers les évènements et les captations vidéos accessibles en ligne. Il regroupe 150 chroniqueurs dans le monde qui publient 250 articles par mois.

D'autres webzines internationaux ont acquis une importance significative tels Connesi all Opera (Italie), Concerti (Allemagne), Schweizer Musikzeitung (Suisse) ou Opera Plus (Tchéquie).

BelCanto (depuis 2002) et Classical Music News (depuis 2006 - Rédacteur en Chef : Boris Lifanovsky) sont les deux sites russes phares qui dépassent les 250 000 visiteurs par mois.

 

Créé en 2001 par Camille de Rijck, et numéro 1 en France avec plus de 150 000 consultations par mois, Forum Opera est spécifiquement orienté Opéra et Art lyrique. 85 % de son lectorat est français, 4% belge, 2 % américain et 2 % tchèque.

Quatre autres webzines français le rejoignent, Resmusica (qui a quasiment doublé son niveau de fréquentation ces 5 dernières années pour devenir le site généraliste n°1 en France - puisqu'il couvre la danse, les concerts et les représentations lyriques), Opera Online (45% de lecteurs français, 10% allemands, 20% anglo-saxons) avec 120 000 visites par mois et des critiques aussi reconnus qu'Alain Duault ou Dominique Adrian (également présent sur Resmusica), Diapason Magazine, la vitrine du magazine papier du même nom, et Olyrix, exclusivement centré sur l’Opéra et qui s’est bien implanté ces 5 dernières années également (environ 90 000 consultations par mois).

D’autres sites français permettent d’avoir accès à des comptes-rendus de concerts et d’opéras (Concertonet, Altamusica, Anaclase , Carnets sur Sol, Concert Classic, Wanderer ...) avec toutefois une audience plus confidentielle (quelques centaines de lecteurs pour quelques milliers de lectures mensuelles).

Il est toutefois assez étrange de constater que l'Union européenne ne dispose pas de grand site de musique classique et lyrique au niveau de ceux des britanniques. Serait-ce parce que ces derniers sont plus commerçants dans l'âme?

 

Les réussites des sites de commerce et de streaming Qobuz, JPC, Presto Music, Arte concert, Medici TV 
Fondé par Alexandre Leforestier et Yves Riesel, dirigeants d'Abeille Musique, et avec près de 3 000 000 de consultations par mois, Qobuz s’est imposé comme la référence des sites de commerce en ligne et de streaming musicaux, suivi par Presto Music (spécialisé en musique classique). 

Au même niveau de fréquentation que Qobuz, la compagnie JPC fondée en 1973 par Gerhard Georg Ortmann dispose du premier site de commerce en ligne européen pour la musique classique (bien qu'elle ne se limite pas à cette catégorie de musique). Elle propose des enregistrements à prix très attractifs, des DVD, des livres et des partitions.

 

Arte concert (gratuit) et Medici TV (payant) se partagent le créneau de la diffusion d’opéras et de concerts en vidéo, et Opera Vision (exclusivement européen), avec seulement 80 000 consultations par mois, semble en perte de vitesse et surtout consulté par des russes. Il est en fait probable que ses accords de diffusion sur Youtube diluent les informations de consultations dans ceux de la chaîne américaine et qu’il ne devienne plus possible de mesurer son audience réelle de manière immédiate.

Enfin, impossible de ne pas citer le Digital Concert Hall du Philharmonique de Berlin qui permet d'avoir accès pour 150 euros par an à plus de 650 concerts enregistrés au cours des 60 dernières années. Ce site remarquable reçoit près de 300 000 visites par mois, et 25% des visiteurs sont anglo-saxons.

 

Naxos, leader mondial des labels d'enregistrements de musique classique
Né en 1987 à l'initiative de Klaus Heymann, un entrepreneur allemand, Naxos est devenu le premier éditeur label mondial de nouveaux enregistrements classiques, avec un catalogue réunissant plus de 15 000 disques à prix économiques.

 

Egalement, signalons les sites de bases de données de partitions, IMSLP (International Music Score Library Project ), Free score et Opera Arias, un site de calendriers de spectacles d’opéras (Operabase) qui couvre les salles du monde entier, ainsi que le très original Bach Cantatas, projet collectif débuté en 1999 sur les 209 Cantates de Bach.

 

Voir les commentaires

Publié le 26 Octobre 2022

Venise révélée – Grand Palais Immersif à l’Opéra Bastille
Exposition ‘Venise révélée’
Du 21 septembre 2022 au 19 février 2023
Vernissage du 20 septembre et visite du 18 octobre 2022
110, rue de Lyon – Paris 12
Opéra Bastille

L’exposition ‘Venise Révélée’ s’inscrit dans la continuité des expositions ‘Sites éternels’ (14 décembre 2016 au 09 janvier 2017) et ‘Pompéi’ (01 juillet au 29 octobre 2020) qui furent organisées par la Réunion des musées nationaux et le Grand Palais afin de présenter des reconstitutions 3D de sites archéologiques.

Bucentaure et Palais des Doges

Bucentaure et Palais des Doges

Elle se déroule dans un tout nouvel espace qui était originellement prévu pour accueillir de nouvelles formes musicales, la salle modulable de l’Opéra Bastille, projet cher à Pierre Boulez, Massimo Bogianckino et Gerard Mortier initié en 1984.

Les vicissitudes historiques ont reporté ce projet à des horizons inconnus, mais l’espace brut existe toujours, si bien que c’est dans ce volume de 1600 m² et 40 m de hauteur, réservé pour moitié à l’espace d’exposition et pour l’autre moitié à l’accueil du public, que les visiteurs peuvent venir apprécier ce lieu inachevé et profiter dorénavant de la première exposition à s’y dérouler.

Lion de Saint-Marc en bois sculpté et peint de la Chaire de la Basilique Saint-Marc (Bianco Alvise XVIe siècle)

Lion de Saint-Marc en bois sculpté et peint de la Chaire de la Basilique Saint-Marc (Bianco Alvise XVIe siècle)

Pour réaliser cette prouesse virtuelle, le Grand Palais s’est associé à la société Iconem qui a développé des technologies de numérisations innovantes à grande échelle éprouvées en 2017 pour évaluer les dommages subis par l’ancienne ville d’Alep, en Syrie, à partir d’images satellites UNOSAT à finalité humanitaire.

En collaboration avec la Fondazione Musei Civici di Venezia, ils ont pu démontrer l’intérêt de ces modèles numériques pour la conservation de la Sérénissime, si bien qu’en plein covid, les équipes techniques ont eu accès à l’intérieur de tous les palais de la ville.

Il en résulte une banque de données de plus de 300 000 images à très haute résolution récoltées en scannant à partir d’avions, de drones, de photos prises au sol, l’ensemble de la ville et le Grand Canal, qui ont ensuite été traitées afin de reconstituer un modèle unique de toute la cité, y compris l’intérieur des Palais principaux, jusqu’aux détails millimétriques des peintures.

Vue 3D dynamique de Venise située à l'entrée de l'exposition

Vue 3D dynamique de Venise située à l'entrée de l'exposition

La hauteur sous plafond réservée à la salle modulable permet ainsi de créer de très grandes projections qui invitent chacun à voyager de manière inédite à travers la cité. Pour ce faire, il suffit d’un peu de laisser-aller, et de s’installer sur l’un des bancs de l’espace d’exposition tout en fixant les grands écrans où défilent de splendides façades. Et soudain, le spectateur a alors l’impression que c’est lui-même qui est en mouvement et navigue le long des canaux, des escaliers et des salles des monuments, l’illusion se déstructurant au fil de l’avancée.

L'espace de la salle modulable dédié aux projections 3D des lieux de pouvoir et de leurs œuvres.

L'espace de la salle modulable dédié aux projections 3D des lieux de pouvoir et de leurs œuvres.

Dès l’entrée, d’ailleurs, cette impression de survol au-dessus des toits de la ville peut être expérimentée à partir d’une projection étalée légèrement en contrebas qui s’élève ensuite en arrière-plan.

La disposition de tous les écrans n’est donc pas laissée au hasard, car elle cherche à créer de la perspective et augmenter l’impression d’immersion.

La musique du compositeur David Chalmin, relaxante et parcellée d’effets  liquides, aide aussi à se laisser aller à un état d’esprit contemplatif.

Coupe d'un palais avec le double escalier de Léonard de Vinci séparant les espaces de vie imbriqués de deux familles

Coupe d'un palais avec le double escalier de Léonard de Vinci séparant les espaces de vie imbriqués de deux familles

Certains espaces, plus confinés, permettent d’entrer dans un état d’esprit analytique à partir de tableaux numériques qui aident à comprendre l’architecture de la ville, la construction des rues sur l’eau, l’origine du bois et des matières premières, ou invitent à suivre les différentes étapes de construction des bateaux à l’Arsenal. Une vue ouverte sur un palais comprenant un double escalier qui évite aux deux familles y habitant de se croiser est même montrée. Sa description se trouve dans un manuscrit de Léonard de Vinci datant de 1490.

Le pont du Rialto dans le jeu 'Assassin's Creed' (Ubisoft)

Le pont du Rialto dans le jeu 'Assassin's Creed' (Ubisoft)

Il est également possible de comparer des peintures de Venise par Francesco Guardi ou Antonio Canaletto avec les modèles réels d’Iconem grâce à des impressions lenticulaires qui permettent, par un simple mouvement de tête de quelques centimètres, de modifier l’image vue.

A cette expérience qui mêle réalité objective et perception artistique, s’ajoute une étonnante section dédiée au jeu d’Ubisoft ‘Assassin’s Creed’ qui est une manière interactive de voyager dans la Venise de la Renaissance, telle que les historiens de la société de jeu vidéo ont pu la reconstituer.

Détail de peinture de la salle du Grand Conseil : 'Le Paradis' (Tintoret - 1588 / 1594)

Détail de peinture de la salle du Grand Conseil : 'Le Paradis' (Tintoret - 1588 / 1594)

L’analyse des œuvres d’art est également renforcée en mettant à disposition du visiteur des photographies haute résolution de peintures habituellement inaccessibles, car trop éloignées des regards, et qui sont ainsi mises en valeur par l’utilisation de grands écrans digitaux tactiles qui deviennent de formidables outils de navigation à travers les détails les plus fins de ces œuvres, et qui permettent même de s’affranchir de la vue générale.

Les différentes salles du pouvoir au Palais des Doges

Les différentes salles du pouvoir au Palais des Doges

L’intérêt scientifique devient mieux palpable, car le but est d’identifier des microfissures dans des toiles perchées à 12 mètres de haut dans les salons du Palais des Doges, ou de voir des phénomènes d’érosion sur les Palais du Grand Canal – on peut remarquer, par exemple, des statues ébréchées lors de la navigation dans les modèles -, ainsi que des caractéristiques topographiques en cas d’inondation.

Le Bucentaure : maquette en bois précieux, incrustation de nacre, feuille d'or et velours ancien (Atelier d'Ivan Ceschin)

Le Bucentaure : maquette en bois précieux, incrustation de nacre, feuille d'or et velours ancien (Atelier d'Ivan Ceschin)

Et même si cette exposition rend compte à quel point la cité est un miracle d’architecture qui résiste à tous les changements et les menaces actuelles, et notamment écologiques, la numérisation de la ville est utilisée à des fins artistiques et visionnaires en proposant un voyage à travers une Venise noyée sous les eaux dans une lumière bleuâtre irréelle.

Vue imaginaire du Pont du Rialto sous les eaux

Vue imaginaire du Pont du Rialto sous les eaux

Enfin, un grand espace sert à reconstituer à l’échelle réelle les grands lieux de pouvoir, la Place Saint-Marc et sa Basilique pour le pouvoir religieux, le Palais des Doges pour le pouvoir politique et militaire, afin de montrer l'importance de l’architecture.

Et au pied des trois grands écrans, une maquette du luxueux bateau du Doge (‘Bucintoro’ en italien) reproduit la magnificence de ce vaisseau galérien qui servait aux dignitaires de la Venise afin de parader aux yeux de tous.

Ce voyage virtuel peut donner envie à ceux qui ne connaissent pas Venise de s’y rendre, mais il est aussi un intéressant outil qui peut modifier notre regard, le rendre plus acéré, lors de nos visites dans des lieux anciens.

L'espace de la salle modulable (en rouge) de l'Opéra Bastille dédié à l'exposition 'Venise révélée'.

L'espace de la salle modulable (en rouge) de l'Opéra Bastille dédié à l'exposition 'Venise révélée'.

Voir les commentaires

Publié le 28 Août 2022

Hervé Lacombe, Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé
Editions Fayard - Sortie le 11 mai 2022
ISBN : 978-2-213-70991-8
Nombre de pages 1520

Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé - Présentation et impressions.

Le troisième et dernier tome de la série ‘Histoire de l’opéra français’ (mai 2022) dirigée par Hervé Lacombe en collaboration avec une centaine de chercheurs paraît après les deux premiers volumes ‘Du Consulat aux débuts de la IIe république’ (octobre 2020) et ‘Du Roi-Soleil à la Révolution’ (mars 2021), et ce qui nous touche dans cet ouvrage composé de 21 chapitres est son rôle de jonction entre le monde du passé et le monde d’aujourd’hui qu’il remplit avec beaucoup de force et une profusion de détails sur l’histoire des compositeurs, des œuvres et des institutions, inégalée à ce jour, au point qu’il rend compte de l’étendue du monde lyrique en nous faisant prendre conscience qu’il s’agit d’un univers de galaxies en expansion, alors que certains soi-disants ‘experts’ du domaine voudraient le réduire à un petit amas d’étoiles du passé perdu dans l’immensité de l’espace.

Jacques Rouché chez lui (1910)

Jacques Rouché chez lui (1910)

Sont ainsi racontés en premier lieu les prémices de la démocratisation et de la popularisation de l’opéra au cours de la IIIe République, le développement des nouvelles techniques de divertissement, le cinéma et le music-hall en particulier, le rôle des femmes dans la transmission, et les premières réflexions décentralisatrices pour encourager les créations en Province dont certaines seront reprises et primées à Paris (‘Salomé’ d’Antoine Mariotte – 1908).

Malgré la prégnance de Wagner en ce début de XXe siècle, l’implication des compositeurs français tels Debussy ou Dukas pour redécouvrir le répertoire français du passé, et l’intérêt des écrivains tels Cocteau, Gide ou Guitry pour imaginer les nouveaux livrets d’opéras, vont permettre, dans un premier temps, de donner de nouvelles formes à l’inspiration wagnériste - un focus est réalisé sur ‘Pelléas’ et Mélisande’, dont la prosodie se démarque des airs à numéros -. 

Puis, vient le succès du naturalisme musical (vérisme) en résonance avec le naturalisme littéraire (Zola), et cette recherche de nouvelles formes d’expressions se prolonge avec le groupe des six (Auric, Durey, Honneger, Milhaud, Poulenc et Tailleferre).

La grande période de Jacques Rouché à l’Opéra tente bien de limiter l’importance de Wagner, alors qu’une réflexion s’amorce sur les complémentarités entre l’institution parisienne et l’Opéra Comique au même moment que grandit l’opposition entre le Théâtre des Champs-Elysées, dépendant des mécènes, et le Théâtre du Châtelet, propriété de la ville de Paris.

L'entre Deux-Guerres voit aussi la renaissance de l’esprit d’Offenbach grâce à Reynaldo Hahn (‘Ciboulette’) et ses affinités avec André Messager, et l'ouvrage étudie également le rapport à l’exotisme au moment de l’Exposition coloniale de 1931 à travers, notamment, une étude de la commande de ‘Padmâvati’ d’Albert Roussel par Jacques Rouché.

Le retour à l’antiquité grecque (‘Oedipe’ de Georges Enesco, ‘Penélope’ de Gabriel Fauré) quand sont restaurés, dans le même temps, des sites archéologiques afin d’accueillir de grands festivals (Oranges, Nîmes) pose la question de ce que représente le néo-classicisme : ne s’agit-il pas d’un besoin de clarté tout en déformant les modèles du passé?

Cette première partie du XXe siècle démontre ainsi comment l’opéra absorbe les grands mouvements historiques et philosophiques d’une époque charnière, ce qui en fait un art vivant en perpétuel mouvement.

Le Renard - Ballet par Igor Stravinsky (1929)

Le Renard - Ballet par Igor Stravinsky (1929)

Mais vient rapidement la remise en cause de l’opéra, genre bourgeois par excellence. Et cette remise en cause est d’abord artistique avec, par exemple, la création à l’Opéra de ‘Renard’ de Stravinsky, proche du théâtre de foire. Il y a ainsi une volonté de s’échapper du genre opératique via le théâtre musical avec des œuvres telles ‘Socrate’ de Satie ou ‘L’histoire du Soldat’ de Stravinsky.

Ce qui n’empêche pas, parfois, des retours aux grands opéras, comme le démontre ‘Christophe Colomb’ de Darius Milhaud.

On découvre également l’essor des opéras en plein air et l’âge d’or des casinos français (où se jouent ‘Les Huguenots’ à Vichy, ‘Don Carlos’ et ‘Lohengrin’ à Monte-Carlo), mais qui s’essoufflent après la crise économique. 

Aux frontières, La Monnaie de Bruxelles apparaît alors comme un lieu d’élargissement possible du répertoire, à un moment où l'on parle de la disparition de la civilisation de l’Opéra, car la France néglige toujours de grandes œuvres de Strauss, Bartok ou Berg.

La crise s’avère féconde, car apparaît en filigrane des réflexions sur la nécessité de redonner toutes leurs places à la musique et à l’action. Et malgré le développement de l’opéra français aux Etats-Unis et en Grèce, son érosion est sensible.

Le chercheur Rémy Campos fait ainsi un constat sévère : ‘Le répertoire français n’est dès lors plus qu’une machine à nourrir la nostalgie d’auditeurs âgés en voie de disparition’.

En effet, en 1946, l’architecte et décorateur André Boll publie ‘La Grande Pitié du théâtre lyrique’ sur le délabrement du genre et l’impossibilité de le faire évoluer. Après la Seconde Guerre mondiale, l’avant garde, de Brecht à Boulez, rejette l’opéra. Et même Patrice Chéreau, en 1974, ne craint pas d’affirmer : ‘Quand je vois le public d’opéra que j’ai appris à découvrir, je me rends compte que ces gens me sont étrangers, sont la plupart d’une inculture saisissante, que je n’ai rien à leur dire, que je ne veux rien avoir à leur dire’.

« Domaine privé », Rolf Liebermann (prod. François Serrette / France Musique 1995) ©Getty

« Domaine privé », Rolf Liebermann (prod. François Serrette / France Musique 1995) ©Getty

Au cours des années 50 à 70, l’État laisse donc l’Opéra de Paris s’affaiblir. Tout un chapitre décrit alors le détail des subventions aux opéras, les aides à la création, la réorganisation des mandats des directeurs, les collaborations, le mécénat, la recherche sonore et l’Ircam, les librettistes (femmes notamment), et même les inspirations de films cultes.

Un historique passionnant de la R.T.L.N de 1944 à 1972 est développé pour comprendre les rôles du ministère et des directeurs sur cette période, leurs réflexions sur l’avenir de l’institution et les oppositions qu’ils rencontrent, les drames, jusqu’à l’arrivée de Rolf Liebermann. Les mandats des directeurs suivants, et particulièrement les mandats de Pierre Bergé, Hugues Gall, Gerard Mortier et Stéphane Lissner, sont étudiés, et il en va de même pour l’Opéra Comique, le Théâtre des Champs-Elysées et le Théâtre du Châtelet.

Sont également présentées les structures qui s’organisent à l’échelle nationale ou européennes telles la Réunion des Opéras de France (ROF), le club Opera Europa, FEDORA, ainsi que celles destinées à encourager la création (ENOA, MEDINEA).

Puis, plus d’une centaine de pages sont consacrées à l’historique des 24 structures d’opéras en régions et aux opéras de Versailles, de Massy et de Monte-Carlo. Il s’agit d’un voyage là aussi passionnant sur les rapports des villes et des régions à leurs opéras, les sensibilités des directeurs, l’évolution des salles, les changements de goût du public, qui fait prendre conscience qu’il y eut des hauts mais aussi des bas dont ces maisons se sont toujours sorties un jour où l’autre quand la volonté politique a prévalu.

Les festivals ne sont pas oubliés, dont celui de Vichy (1952-1963), mais, sauf erreur, les festivals populaires de Sanxay et de Saint-Céré, ainsi que le festival baroque de Beaune auraient mérité d’être présentés.

La création est abordée sous deux angles, l’innovation (Zimmermann) et la déconstruction (Nono), et aussi sur le rapport aux sources littéraires. Une large ouverture est offerte à des compositeurs qui sont une découverte même pour les passionnés d’opéras qui parcourent l'ouvrage. ‘Saint-François d’assise’ d’Olivier Messiaen apparaît finalement comme un aboutissement.

Tous les grands compositeurs des années 90 sont également évoqués (Hersant, Manoury, Dusapin, Fénélon ..), leurs styles musicaux comme les sujets qu’ils explorent avec une grande diversité, ce qui permet de dépasser la défiance exprimée par les avant-gardistes après la Seconde guerre mondiale.

Et effectivement, impossible de ne pas contempler à l’issue de cette partie le chemin parcouru en si peu de temps à l’échelle de la vie de l’opéra.

Philip Glass (compositeur) et Robert Wilson (metteur en scène)

Philip Glass (compositeur) et Robert Wilson (metteur en scène)

Mais l’ouvrage revient aussi sur la redécouverte du répertoire baroque dans les années 90 après le choc d’’Atys’ de Lully par les Arts Florissants en 1986, et sur l’accélération de l’intégration du répertoire français de l’Opéra Comique au répertoire de l’Opéra de Paris à partir des années 1970.

Puis, l’accueil tardif des œuvres russes, tchèques et surtout anglo-saxonnes (Britten, Philip Glass et son ‘Einstein on the Beach’) est présenté comme un mouvement qui recoupe les évolutions musicales que connaît la France à ce moment là.
Dans le prolongement des compositeurs des années 90, cinq compositeurs contemporains (Boesmans, Eötvös, Saariaho, Raskatov et Benjamin) sont analysés dans toute la verve de leur esprit, leurs techniques, et leurs lieux de découverte.

Et l’exploration du genre s’étend aux limites du théâtre musical, de la comédie musicale et de la programmation ‘jeune public’ jusqu’à son insertion dans la musique de cinéma.

Puis, la réflexion revient sur les plus récentes architectures (Bastille, Lyon …) sans omettre les défauts, et opère une plongée dans le monde numérique qui devient le nouveau support incontournable de l’opéra comme moyen de diffusion, mais aussi de création et d’ouverture sur le monde (‘La 3e scène' de l’Opéra de Paris).

Un des thèmes les plus importants de l’ouvrage à propos de l’évolution de la mise en scène d’opéra est confié à Isabelle Moindrot qui lui consacre pas moins de 80 pages. Les évolutions techniques (machineries, lumières, décors, costumes, espaces scéniques) sont détaillées et démontrent que de ce progrès découlent naturellement les évolutions et la modernisation des mises en scène, mais pas seulement. 

L’arrivée de metteurs en scène qui accordent de l’importance au sens profond des textes des œuvres, à la musique qui éclaire le texte, et à la vérité des gestes, bouscule le regard sur ces mêmes œuvres. Toutes les dimensions, y compris la langue des ouvrages, sont analysées, et les qualités théâtrales de certains grands chanteurs sont aussi mises en valeurs.

Et, à nouveau, l’opéra apparaît comme un art qui peut révéler et explorer des dimensions inconnues de l’art, ce que propose Robert Wilson avec sa gestuelle qui possède un univers propre qui croise les différents plans de la musique comme s’il s’agissait d’ouvrir des espaces multi-dimensionnels à l’infini pour rendre compte de la complexité des sens de la vie.

Isabelle Moindrot rappelle à juste titre que la mise en scène comprend deux parties, l’organisation de l’action scénique, d’une part, et le point de vue interprétatif, d’autre part. Cette seconde dimension, inhérente au théâtre, ne peut être niée, et, de fait, la mise en scène va permettre à l’opéra de se dégager des soupçons qui pèsent sur lui depuis près d’un siècle, et de le replacer dans le monde d’aujourd’hui.

Krzysztof Warlikowski (metteur en scène)

Krzysztof Warlikowski (metteur en scène)

Enfin, la relation à la presse est abordée par l’énumération des revues papiers depuis Lyrica (1925-1940) à Opéra Magazine (depuis 2005) et Avant Scène Opéra, et sont aussi présentés tous les grands sites numériques français (ainsi que leurs créateurs) à dominante lyrique qui se sont imposés auprès du grand public et des professionnels (Forum Opera, Opera Online (et son célèbre critique Dominique Adrian, alias 'MusicaSola' sur twitter), ResMusica, Olyrix), consultés tous les mois par des milliers de lecteurs – sans oublier de citer, bien que localisé en Suisse, le site de Guy Cherqui, Wanderersite, toujours d’une haute précision dans ses analyses -, qui permettent ainsi de croiser les points de vue et d’avoir la vision la plus large possible sur ce genre toujours sous le feu des préjugés.

Le dernier chapitre, un peu prématuré, tente de tracer une analyse de six grandes scènes internationales au début du XXIe siècle sur une période un peu trop courte (2005 à 2015 seulement) et compare différents modèles économiques et de répertoire, toutes ces maisons ayant en commun un besoin important de financements publics ou privés pour finalement se consacrer à un répertoire dominé par le XIXe siècle.

Et l’on retient surtout à la fin de cette seconde décennie du XXIe siècle que s’il y a bien un vieillissement du public, celui-ci est général et concerne aussi le public rock, si bien que l’on peut voir avec optimisme les politiques pour les jeunes qui commencent à porter leurs fruits, et d’envisager avec le sourire l’avenir de l’opéra.

Véritablement, cet ouvrage est une ode à l’opéra et à toutes ses contradictions qui permet d’asseoir les fondements d’un genre qui n’a pas fini de se diffuser et de se transformer.

Et le jeudi 20 octobre 2022, Hervé Lacombe s'est vu remettre au Théâtre des Champs-Elysées le prix Georges Bizet pour 'Histoire de l’opéra français, De la Belle Epoque au monde globalisé', prix qui récompense le meilleur livre d'Opéra de l'année. Dans la catégorie Danse, c'est Hugo Marchand qui a été récompensé à la même occasion pour son libre 'Danser'.

Voir les commentaires

Publié le 2 Avril 2022

Présentation de la saison Lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris
Le mercredi 30 mars 2022 à l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand et le samedi 02 avril 2022 au Palais Garnier

Le salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Le salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Le 30 mars 2022 à 11h30, la seconde saison d’Alexander Neef à la direction de l’Opéra national de Paris a été officiellement dévoilée au grand public sur le site internet de l’institution.
Elle comprend 3 nouvelles productions et 3 coproductions, dont 1 nouveauté pour le répertoire, et 11 reprises.

Aux 17 œuvres scéniques jouées dans les grandes salles, s’ajoute une production de l’Académie de l’Opéra de Paris qui sera jouée au théâtre de l’Athénée pour un total de 188 représentations lyriques.

La présentation de cette saison à l’Association pour le Rayonnement de L’Opéra de Paris a eu lieu le soir même à l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand, après deux ans d’annulation pour cause de pandémie, et Alexander Neef et Aurélie Dupont ont réitéré à deux reprises cette présentation aux abonnés quelques jours après, le samedi 02 avril 2022.

De nombreuses interviews de metteurs en scène tels Lydia Steier, Robert Carsen, Krzysztof Warlikowski, Deborah Warner, Thomas Jolly ou Valentina Carrasco ont été projetées en séance afin de permettre aux spectateurs d’avoir une première approche des questions que posent ces œuvres.

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Jean-Yves Kaced (Directeur de l'AROP) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Après ‘A Quiet Place’ de Leonard Bernstein que le public a découvert en février et mars 2022, un second ouvrage américain, ‘Nixon in China’ de John Adam, fait ses débuts à l’Opéra de Paris – une interview de Gustavo Dudamel met en valeur les qualités de sa musique -, et ‘Peter Grimes’ de Benjamin Britten revient enfin à l’affiche, ce qui confirme qu’un chemin s’ouvre durablement à l’Opéra de Paris pour le répertoire anglo-saxon du XXe siècle.

Bleuenn Battistoni, Guillaume Diop, Kseniia Proshina, Fernando Escalona, Alexander Neef et Aurélie Dupont

Bleuenn Battistoni, Guillaume Diop, Kseniia Proshina, Fernando Escalona, Alexander Neef et Aurélie Dupont

Ce qui frappera sans doute les auditeurs au cours des différentes présentations est le soin avec lequel Alexander Neef aura décrit comment se construisent des équipes réunissant chanteurs, metteurs en scène et chefs d’orchestre autour de ces ouvrages.

Et en fin de soirée, les lauréats des prix de l'AROP 2020/2021 seront récompensés en personnes, Bleuenn Battistoni et Guillaume Diop pour les Prix de la Danse, Kseniia Proshina et Fernando Escalona pour les Prix Lyriques.

Lydia Steier - metteur en scène de 'Salomé' en octobre/novembre 2022

Lydia Steier - metteur en scène de 'Salomé' en octobre/novembre 2022

Les nouvelles productions

Salomé (Richard Strauss – 1905) – Nouvelle production
Du 15 octobre au 05 novembre 2022 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Simone Young, mise en scène Lydia Steier
Elza van den Heever, Zoran Todorovich, Karita Mattila, Iain Paterson, Tansel Akzeybek, Katharina Magiera, Matthäus Schmidlechner, Éric Huchet, Maciej Kwaśnikowski, Mathias Vidal, Sava Vemić, Luke Stoker, Yiorgo Ioannou, Dominic Barbieri, Bastian Thomas Kohl, Alejandro Baliñas Vieites, Thomas Ricart
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 30 septembre 2011

La dernière production maison d’un opéra de Richard Strauss qui se soit durablement installée au répertoire et celle de ‘Capriccio’ créée en juin 2004 au Palais Garnier. C’est dire que cette nouvelle production de ‘Salomé’ est très attendue. Le désir de remettre en question cette œuvre fidèle à la pièce d’Oscar Wilde s’exprime par le choix d’une équipe féminine qui réunit la metteur en scène américaine Lydia Steier et la directrice musicale australienne Simone Young, ainsi qu’une artiste très importante pour Alexander Neef, la soprano sud-africaine Elza van den Heever
Ce sera aussi l’occasion de retrouver dans le rôle d’Hérodias la soprano finlandaise Karita Mattila, inoubliable Salomé sur cette même scène à l’automne 2003.


Peter Grimes (Benjamin Britten – 1945) – Coproduction Teatro Real, Madrid, Royal Opera House Covent Garden, Londres et Teatro dell’Opera, Rome
Du 26 janvier au 19 février 2023 (9 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Joana Mallwitz, mise en scène Deborah Warner
Allan Clayton, Maria Bengtsson, Simon Keenlyside, Catherine Wyn-Rogers, Anna-Sophie Neher, Ilanah Lobel-Torres, John Graham-Hall, Clive Bayley, Rosie Aldridge, James Gilchrist, Jacques Imbrailo, Stephen Richardson
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 07 février 2004

Opéra sur la marginalité et sur l’opposition d’un individu à la foule, ‘Peter Grimes’ vise, à l’instar du ‘Wozzeck’ d’Alban Berg qui illustre un thème semblable, à attirer la compassion sur un homme mis au ban par la société dont il s’écarte de plus en plus. 
Deborah Warner, qui a été récompensée à plusieurs reprises pour sa production de ‘Billy Budd’ créée en 2017 au Teatro Real de Madrid, fait enfin ses débuts à l’Opéra de Paris et retrouve Allan Clayton dans le rôle titre.

Krzysztof Warlikowski - metteur en scène de 'Hamlet' en mars/avril 2023

Krzysztof Warlikowski - metteur en scène de 'Hamlet' en mars/avril 2023

Hamlet (Ambroise Thomas – 1868) – Nouvelle production
Du 11 mars au 09 avril 2023 (10 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Thomas Hengelbrock, mise en scène Krzysztof Warlikowski
Ludovic Tézier, Jean Teitgen, Julien Behr, Clive Bayley, Frédéric Caton, Julien Henric, Eve-Maud Hubeaux, Lisette Oropesa / Brenda Rae
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 28 septembre 1938

Placé parmi les 12 ouvrages les plus joués au Palais Garnier jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ’Hamlet’ est le dernier Grand opéra français créé à la salle Le Peletier avant qu’elle ne soit détruite par un incendie. Cet opéra en cinq actes totalisa près de de 300 représentations au total.

Sur une musique gracieuse et mélodique, Ambroise Thomas a adapté pour le public français un des chefs-d’œuvre de Shakespeare en le centrant sur l’amour entre Ophélie et le héros.
Alexander Neef a confié le rôle titre au plus grand baryton français actuel, Ludovic Tézier
Et lorsqu’il lui a demandé avec quel metteur en scène il souhaitait travailler, le chanteur a proposé Krzysztof  Warlikowski dont il avait énormément apprécié l’intelligence musicale et le travail scénique pour ‘Don Carlos’ en 2017, autre Grand opéra français de Giuseppe Verdi créé un an avant ‘Hamlet’.

Cela tombe bien, car c’est avec la pièce de Shakespeare, ‘Hamlet’, que Krzysztof Warlikowski s’est fait connaître en France au Festival d’Avignon en 2001.


Nixon in China (John Adams – 1987) – Nouvelle production
Du 25 mars au 16 avril 2023 (8 représentations à l’opéra Bastille)
Direction musicale Gustavo Dudamel, mise en scène Valentina Carrasco

Xiaomeng Zhang, Thomas Hampson, Joshua Bloom, Yajie Zhang, John Matthew Myers, Renée Fleming, Kathleen Kim
Entrée au répertoire

Écrit plus de 10 ans après la rencontre historique entre Richard Nixon et Mao Zedong à Pekin en 1972, ‘Nixon in China’ est considéré comme un des grands chefs-d’œuvre du XXe siècle créé le 22 octobre 1987 au Houston Grand Opera.
Gustavo Dudamel et Alexander Neef l’ont choisi pour la richesse de sa musique, où l’on ressent l’influence de Philip Glass, et pour son approche du contact entre les cultures qui, dans le contexte actuel, peut avoir une très forte résonance.
La musique de John Adams fait ainsi son entrée au répertoire de l’institution parisienne et Thomas Hampson et Renée Fleming seront de retour sur la scène Bastille pour défendre un spectacle qui verra les débuts de Valentina Carrasco à la mise en scène.

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

Ariodante (Georg Friedrich Haendel – 1735) – Coproduction Metropolitan Opera, New-York
Du 20 avril au 20 mai 2023 (11 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Harry Bicket, mise en scène Robert Carsen
The English Concert
Luca Pisaroni, Olga Kulchynska, Emily D'angelo, Eric Ferring, Christophe Dumaux, Tamara Banjesevic, Enrico Casari
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 15 mai 2001

Présenté par Alexander Neef comme ce qu’il considère être le chef-d’œuvre de Georg Friedrich Haendel, ‘Ariodante’ fut créé au Covent Garden Theatre de Londres 3 mois avant ‘Alcina’ qui a été repris à Garnier en décembre 2021, également dans une production de Robert Carsen
A cette occasion, le directeur musical du Santa Fe Opera, Harry Bicket, fera ses débuts à l’Opéra de Paris avec son ensemble The English Concert, ainsi que la soprano ukrainienne Olga Kulchynska.
Ce sera aussi le retour du contre-ténor français Christophe Dumaux sur la scène du Palais Garnier.


Roméo et Juliette (Charles Gounod – 1867) – Coproduction Teatro Real, Madrid
Du 17 juin au 15 juillet 2023 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Carlo Rizzi, mise en scène Thomas Jolly
Elsa Dreisig / Pretty Yende, Léa Desandre / Marina Viotti, Benjamin Bernheim / Francesco Demuro, Maciej Kwaśnikowski, Thomas Ricart, Huw Montague Rendall / Florian Sempey, Sergio Villegas Galvain, Yiorgo Ioannou, Laurent Naouri, Jean Teitgen, Jérôme Boutillier
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 22 décembre 1985

Créée en 1867 au Théâtre Lyrique situé sur la place du Châtelet, la version de ‘Roméo et Juliette’ par Charles Gounod fut remaniée avec l’ajout d’un ballet pour entrer au répertoire de l’Opéra de Paris le 28 novembre 1888. Le Palais Garnier lui consacrera plus de 600 représentations, si bien que l’œuvre restera parmi les 12 titres les plus joués jusqu’aux années 1970.
Comme pour ‘Hamlet’, c’est à un metteur en scène shakespearien qu’est confiée cette nouvelle mise en scène. 
Nul doute que Thomas Jolly, qui avait interprété ‘Roméo au balcon’ en début de confinement en mars 2020, proposera une vision forte dont la référence à une épidémie de peste accentuera la prégnance de la Mort tout au long de l'histoire. 
Et la double distribution Elsa Dreisig / Benjamin Bernheim et Pretty Yende / Francesco Demuro, sous la direction de Carlo Rizzi, chef d'orchestre qui a fortement impressionné par sa lecture de ‘Cendrillon’ de Jules Massenet, promet d'avance de très grands soirs lyriques.

Détail d'une statue du salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Détail d'une statue du salon Berlioz de l’Hôtel Intercontinental Paris Le Grand

Les reprises

Tosca (Giacomo Puccini – 1900)
Du 03 septembre au 26 novembre 2022 (17 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Gustavo Dudamel / Paolo Bortolameolli, mise en scène Pierre Audi (2014)
Saioa Hernandez / Elena Stikhina, Joseph Calleja / Brian Jagde, Bryn Terfel / Gerald Finley / Roman Burdenko, Sava Vemic, Michael Covin, Philippe Rouillon, Renato Girolami, Christian Moungoungou

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 25 juin 2021

La Cenerentola (Gioacchino Rossini – 1817)
Du 10 septembre au 09 octobre 2022 (10 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Diego Matheuz, mise en scène Guillaume Gallienne (2017)
Dmitry Korchak, Vito Priante, Carlo Lepore, Martina Russomanno, Marine Chagnon, Gaëlle Arquez, Luca Pisaroni

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 26 décembre 2018

La Flûte enchantée (Wolfgang Amadé Mozart – 1791)
Du 17 septembre au 19 novembre 2022 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Antonello Manacorda / Simone Di Felice, mise en scène Robert Carsen (2014)
René Pape / Brindley Sherratt, Michael Colvin, Pretty Yende / Christiane Karg, Caroline Wettergreen, Martin Gantner / Michael Kraus, Niall Anderson, Tobias Westman, Margarita Polonskaya, Mauro Peter / Pavel Petrov, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Katharina Magiera, Huw Montague Rendall / Iurii Samoilov

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 22 janvier 2021 (Captation à huis clos)

Les Capulet et les Montaigu (Vincenzo Bellini – 1830)
Du 21 septembre au 14 octobre 2022 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Speranza Scappucci, mise en scène Robert Carsen (1995)
Jean Teitgen, Julie Fuchs, Anna Goryachova, Francesco Demuro, Krzysztof Bączyk

Œ
uvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 mai 2014

Détail du Plafond de Marc Chagall du Palais Garnier

Détail du Plafond de Marc Chagall du Palais Garnier

Carmen (Georges Bizet – 1875)
Du 15 novembre 2022 au 25 février 2023 (15 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Fabien Gabel, mise en scène Calixto Bieito (2017)
Michael Spyres / Joseph Calleja, Lucas Meachem / Étienne Dupuis, Marc Labonnette, Loïc Félix, Guilhem Worms / Tomasz Kumiega, Gaëlle Arquez / Clémentine Margaine, Golda Schultz /Adriana Gonzalez / Nicole Car, Andrea Cueva Molnar, Adèle Charvet

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 23 mai 2019

Les Noces de Figaro (Wolfgang Amadé Mozart – 1786)
Du 23 novembre au 28 décembre 2022 (12 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Louis Langrée, mise en scène Netia Jones (2002)
Gerald Finley, Miah Persson, Luca Pisaroni, Jeanine de Bique, Rachel Frenkel, Sophie Koch, James Creswell, Éric Huchet, Christophe Mortagne, Ilanah Lobel-Torres

Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 18 février 2022

La Force du destin (Giuseppe Verdi - 1862)
Du 12 au 30 décembre 2022 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Jader Bignamini, mise en scène Jean-Claude Auvray (2011)
James Creswell, Anna Netrebko / Anna Pirozzi, Ludovic Tézier, Russell Thomas, Elena Maximova, Ferruccio Furlanetto, Nicola Alaimo, Isabelle Druet, Florent Mbia, Carlo Bosi, Hyunsik Zee

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 juillet 2019

Tristan et Isolde (Richard Wagner – 1865)
Du 17 janvier au 4 février 2023 (7 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Gustavo Dudamel, mise en scène Peter Sellars (2005)
Mary Elizabeth Williams, Michael Weinius, Okka von der Damerau, Ryan Speedo Green, Eric Owens, Neal Cooper, Maciej Kwaśnikowski

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 octobre 2018

Le Palais Garnier le samedi 02 avril 2022 pour la présentation de la prochaine saison

Le Palais Garnier le samedi 02 avril 2022 pour la présentation de la prochaine saison

Le Trouvère (Giuseppe Verdi – 1853) – Coproduction Nederlandse Opera, Amsterdam et Teatro dell’Opera, Roma
Du 21 janvier au 17 février 2023 (9 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Carlo Rizzi, mise en scène Alex Ollé et Valentina Carrasco (2016)
Anna Pirozzi, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Judit Kutasi, Etienne Dupuis, Roberto Tagliavini, Yusif Eyvazov, Samy Camps, Shin Jae Kim,Chae Hoon Baek

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 14 juillet 2018

Lucia di Lammermoor (Gaetano Donizetti – 1835)
Du 18 février au 10 mars 2023 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Aziz Shokhakimov, mise en scène Andrei Serban (1995)
Mattia Olivieri, Brenda Rae, Javier Camarena, Thomas Bettinger, Adam Palka, Julie Pasturaud, Éric Huchet

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 16 novembre 2016

La Bohème (Giacomo Puccini – 1896)
Du 02 mai au 04 juin 2023 (12 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Michele Mariotti, mise en scène Claus Guth (2017)
Ailyn Pérez, Slávka Zámečníková, Joshua Guerrero, Andrzej Filończyk, Simone Del Savio, Gianluca Buratto, Franck Leguérinel, Luca Sannai, Bernard Arrieta, Pierpaolo Palloni, Paolo Bondi

Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 31 décembre 2017

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

L’Académie de l’Opéra national de Paris

La Scala di seta (Gioacchino Rossini – 1812)
Du 29 avril au 06 mai 2023 (6 représentations à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet)

Direction musicale Jean-François Verdier, mise en scène Pascal Neyron
Artistes de l’Académie de l’Opéra national de Paris

Œuvre inédite à l’Opéra national de Paris

Présentation de la saison lyrique 2022 / 2023 de l’Opéra national de Paris

Premières impressions sur la saison 2022/2023

Dans sa structure, cette saison comporte une dissymétrie inédite, car sa première partie de septembre à décembre 2022 est quasi exclusivement constituée de reprises d’opéras joués au cours des 6 dernières années, alors que la seconde partie de janvier à juillet 2023 est principalement constituée de nouvelles productions.

Sont ainsi programmés les cinq titres les plus joués de l’institution depuis 50 ans, ‘Les Noces de Figaro’, ‘La Bohème’, ‘La Flûte enchantée’, ‘Carmen’ et ‘Tosca’, ce qui laisse entrevoir que cette saison a été pensée de façon à consolider ses recettes pour l’exercice 2022, afin de n’engager le renouvellement du répertoire qu’en 2023. 

Dans cette logique de sortie de crise ‘post-covid’, le nombre un peu plus réduit de nouvelles productions (6 au lieu de 8 en moyenne) se comprend, et on peut trouver des similarités entre cette saison et les premières saisons Hugues Gall dont l’objectif était de développer toute la puissance de l’Opéra Bastille. Ainsi, plus des 3/4 des soirées lyriques auront lieu la saison prochaine sur la scène Bastille, et 2/3 de ces soirées seront dédiées aux œuvres du XIXe siècle.

Les nouvelles productions

3 femmes metteurs en scène font leurs débuts à l’Opéra de Paris, Lydia Steier, Deborah Warner et Valentina Carrasco, toutes trois associées à des ouvrages du XXe siècle. 

Et en confiant ‘Hamlet’ et ‘Roméo et Juliette’ respectivement à Krzysztof Warlikowski et Thomas Jolly, Alexander Neef renforce sa ligne de développement du répertoire français historique de l’institution tout en la faisant reposer sur des metteurs en scène d’une très grande pertinence de par leur affinité avec l’écrivain commun à ces deux ouvrages, William Shakespeare.

Les reprises

Les reprises sont donc surtout l’occasion de découvrir de nouveaux artistes ou de grands artistes dans de nouveaux rôles, tels Gaëlle Arquez dans ‘La Cenerentola’ et ‘Carmen’Saioa Hernandez et Elena Stikhina dans ‘Tosca’, Julie Fuchs, Marianne Crebassa sous la direction de Speranza Scappucci dans ‘Les Capulet et les Montaigu’, Brenda Rae et Javier Camarena dans ‘Lucia di Lammermoor’, ou bien la direction de Louis Langrée pour ‘Les Noces de Figaro’ et celle de Gustavo Dudamel pour ‘Tristan und Isolde’.

Le répertoire anglo-saxon

Avec trois titres, ‘A Quiet Place’ , ‘Nixon in China’ et ‘Peter Grimes’,  en deux saisons, Alexander Neef a déjà programmé autant d’œuvres en langue anglaise que n’importe quel autre directeur de toute l’histoire de l’Opéra de Paris.  Ce point remarquable démontre sa détermination sur cette autre ligne de force qui devrait caractériser son mandat.

Paul Marque et Sae Eun Park dans un extrait du 'Lac des Cygnes' interprété lors de la présentation au Palais Garnier

Paul Marque et Sae Eun Park dans un extrait du 'Lac des Cygnes' interprété lors de la présentation au Palais Garnier

Les tarifs 2022/2023

Les tarifs de cette seconde saison sont stables et même en légère baisse avec une moyenne pour le lyrique de 119 euros la place à Bastille contre 120 euros pour la saison 2021/2022. La moitié des places sont ainsi à moins de 120 euros, 

Les deux spectacles aux tarifs les plus élevés à Bastille sont les représentations de ‘Roméo et Juliette’, en juin et début juillet 2023, et les représentations de ‘Tosca’ sous la direction de Gustavo Dudamel pour un prix moyen de 143 euros.

Mais les représentations de ‘Tosca’ sous la direction de Paolo Bortolameolli sont 20 % moins chères à 113 euros en moyenne, et les quatre dernières de ‘Roméo et Juliette’ au mois de juillet sont 10 % moins chères à 127 euros en moyenne.

Et parmi les nouvelles productions, celles de ‘Salomé’ et ‘Nixon in China’ disposent des prix les plus abordables avec une moyenne de 113 euros.

Enfin, les deux reprises les moins chères à Bastille sont ‘Les Capulet et Montaigu’ et ‘Lucia di Lammermoor’ à 90 euros en moyenne, deux productions de 1995 qui tiennent toujours la route.

L'évolution des prix de places à l'Opéra Bastille pour le lyrique de 1998/1999 à 2022/2023

L'évolution des prix de places à l'Opéra Bastille pour le lyrique de 1998/1999 à 2022/2023

Le détail de la saison lyrique et chorégraphique 2022 / 2023 de l'Opéra national de Paris est accessible sous le lien suivant : Programmation & Billets - Opéra national de Paris (operadeparis.fr)

Voir les commentaires

Publié le 25 Mars 2022

Présentation de la saison Lyrique 2022 / 2023 du Théâtre des Champs Élysées

Depuis le mercredi 23 mars 2022, la treizième saison de Michel Franck à la direction du Théâtre des Champs Élysées est officiellement dévoilée à travers une visioconférence diffusée en matinée.

Malgré l’impact de la crise sanitaire, cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 3 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 16 soirées, une opérette 'La Périchole' jouée sur 10 soirées, 19 soirées d’opéras en version concert (dont 2 soirs pour 'La Fille du Régiment' et une matinée pour 'La Tragédie de Carmen') et 6 oratorio et œuvres religieuses (dont 3 'Requiem' de Mozart différents), 16 concerts symphoniques, 17 récitals vocaux, 22 récitals de piano, 12 concerts de l’orchestre de chambre de Paris, 3 autres concerts de musique de chambre, 22 concerts du dimanche matin (dont deux œuvres pour jeune public, 'Le Carnaval des animaux' par les Siècles, 'Don Quichotte' par La Croisée des Arts et l’Ensemble Ouranos), 4 ballets dansés sur 27 soirées (dont 16 soirées pour le 'Casse-Noisette' du Ballet de l’Opéra National de Kyiv) et 2 soirées de Théâtre musical ('J’ai des doutes').

Par ailleurs, une version de 'La Cenerentola' de Rossini ramenée à une durée d’une heure et quinze minutes sera créée pour le jeune public, et donnée en onze représentations sur le temps scolaire, ainsi que sur trois matinées tout public.
Ce spectacle sera une coproduction avec l’opéra de Rouen Normandie, l’AsLiCo-Teatro Sociale de Côme et l’opéra de Bordeaux.

Cette ligne programmatique se limite à 3 opéras en version scénique et une opérette pour un total de 26 soirées, mais avec la venue du Ballet de l’Opéra National de Kyiv au mois de décembre, un rendez-vous pris avant que la guerre en Ukraine ne soit déclarée, le nombre de soirées de danse retrouve son niveau habituel.

Les soirées d’opéras en version concert atteignent un nombre de représentations record, et, en y ajoutant les récitals vocaux et les oratorios, le théâtre conforte son assise sur ces répertoires vocaux.

En revanche, la part des concerts symphoniques continue de se réduire, mais les récitals de piano ont toujours droit à une part importante de la programmation.

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck) - ms Robert Carsen

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck) - ms Robert Carsen

Opéras et opérettes en version scénique

Orphée et Eurydice (Christoph Willibald Gluck)
21, 23, 25, 27, 29 septembre et 01 octobre (6 représentations)

Direction musicale Thomas Hengelbrock  Mise en scène Robert Carsen
Jakub Józef Orliński, Regula Mühlemann, Elena Galitskaya
Balthasar-Neumann-Ensemble, Balthasar-Neumann-Chor 
Coproduction Canadian Opera Company, Fondazione Teatro dell’Opera di Roma, Château de Versailles Spectacles, Lyric Opera of Chicago

La Perichole (Jacques Offenbach)
13, 14, 15, 18, 19, 20, 23, 24, 26, 27 novembre (10 représentations)

Direction musicale Marc Minkowski, Mise en scène Laurent Pelly
Marianne Crebassa, Antoinette Dennefeld, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Alexandre Duhamel, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, Chloé Briot, Alix Le Saux, Eléonore Pancrazi, Natalie Pérez 
Les Musiciens du Louvre, Chœur de l’Opéra National de Bordeaux
Coproduction Opéra Royal de Wallonie, Bühnen Bern, Opéra de Dijon, Opéra de Toulon, Palazzetto Bru Zane Editions musicales Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

Le Rossignol / Les Mamelles de Tirésias (Igor Stravinsky / Francis Poulenc)
10, 13, 15, 17, 19 mars (5 représentations)

Direction musicale François-Xavier Roth, Mise en scène Olivier Py
Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Chantal Santon, Laurent Naouri, Victor Sicard, Rodolphe Briand, Francesco Salvadori, Jean-Sébastien Bou, Lucile Richardot
Les Siècles, Ensemble Aedes 
Coproduction Opéra Nice Côte d’Azur 

La Bohème (Giacomo Puccini)
15, 17, 19, 22, 24 juin (5 représentations)

Direction musicale Lorenzo Viotti, Mise en scène Eric Ruf
Selene Zanetti, Pene Pati, Alexandre Duhamel, Francesco Salvadori, William Thomas, Amina Edris, Marc Labonnette, Benoît Rodolphe Briand
Orchestre National de France, Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine 
Coproduction Opéra National de Bordeaux, Angers-Nantes Opéra, Opéra de Saint-Étienne  

Théâtre des Champs-Elysées - Saison lyrique 2022 / 2023

Opéras et oratorio en version de concert

Iphigénie en Aulide (Christoph Willibald Gluck) le 07 octobre
Stéphanie D’Oustrac, Judith van Wanroij, Cyrille Dubois, Tassis Christoyannis, Jean-Sébastien Bou, David Witczak, Anne-Sophie Petit, Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc

Julien Chauvin direction, Le Concert de la Loge,  Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles

Zoroastre (Jean-Philippe Rameau) le 16 octobre
Jodie Devos, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Tassis Christoyannis, Mathias Vidal, David Witczak, Gwendoline Blondeel, Marine Lafdal-Franc

Alexis Kossenko direction, Les Ambassadeurs~La Grande Ecurie, Chœur de chambre de Namur 

Ariodante (Georg Friedrich Haendel) le 07 novembre
Franco Fagioli, Melissa Petit, Sarah Gilford, Luciana Mancini, Nicholas Phan, Alex Rosen 
George Petrou direction, Il Pomo d’Oro

Hérodiade (Jules Massenet) le 25 novembre
Nicole Car, Jean-François Borras, Ekaterina Semenchuk, Etienne Dupuis
Daniele Rustioni direction Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Lyon 

Daniele Rustioni

Daniele Rustioni

La Tragédie de Carmen (Georges Bizet) le 27 novembre matin
Julie Robard-Gendre, Marianne Croux, Sébastien Droy, Thomas Dolié, Nicolas Vial, Laurent Evuort-Orlandi

Fiona Monbet direction Ensembe Musical Miroirs Etendus 

Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 02 décembre
Amina Edris, Eléonore Pancrazi, Amitai Pati, Alexandre Duhamel

Hervé Niquet direction, Orchestre de chambre de Paris, Chœur du Concert Spirituel

Lakmé (Léo Delibes) le 14 décembre
Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Fleur Barron, Pierre Doyen, Lionel Lhote, Erminie Blondel, Charlotte Bonnet, Svetlana Lifar

Laurent Campellone direction, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo

Stabat Mater (Giovanni Battista Pergolesi) le 07 janvier
Bruno de Sá, Carlo Vistoli

Thibault Noally direction, Orchestre National d’Auvergne

Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 15 janvier matin
Transcription pour chœur, solistes et piano à quatre mains de Carl Czerny

Henri Chalet direction, Chœur et solistes de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris 

Christophe Rousset

Christophe Rousset

Thésée (Jean-Baptiste Lully) le 22 mars
Mathias Vidal, Karine Deshayes, Deborah Cachet, Marie Lys, Bénédicte Tauran, Robert Getchell, Fabien Hyon, Philippe Estèphe

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques, Chœur de chambre de Namur

Così fan tutte (Wolfgang Amadeus Mozart) le 24 mars
Julia Lezhneva, Emőke Baráth, Sandrine Piau, Paolo Fanale, Vittorio Prato, Andrew Murphy 

Giovanni Antonini direction, Basler Madrigalisten

Médée (Marc-Antoine Charpentier) le 27 mars
Véronique Gens, Cyrille Dubois, Judith van Wanroij, Thomas Dolié, David Witczak, Hélène Carpentier, Chloé Briot, Adrien Fournaison, Floriane Hasler, David Tricou, Fabien Hyon, Jehanne Amzal, Marine Lafdal-Franc

Hervé Niquet direction, Le Concert Spirituel

Vêpres solennelles d’un confesseur / Requiem (Wolfgang Amadeus Mozart) le 28 mars
Kateryna Kasper, Marie Henriette Reinhold, Julian Habermann, Johannes Kammler

Hans-Christoph Rademann direction, Chœur et orchestre du Gaechinger Cantorey 

I Puritani (Vincenzo Bellini) le 01 avril
Jessica Pratt, Xabier Anduaga, Gabriele Viviani, Krzysztof Bączyk, Tamara Bounazou, Pascal Gourgand, Alban Dufourt

Giacomo Sagripanti direction, Orchestre de chambre de Paris, Chœur Les Eléments

Véronique Gens

Véronique Gens

La Fille du régiment (Gaetano Donizetti) le 03 et 05 avril
Jodie Devos, Sahy Ratia, Marc Labonnette, Doris Lamprecht, Philippe Ermelier, Felicity Lott, Matthieu Justine

Hervé Niquet direction, Orchestre de la Garde républicaine, Chœur de l’Armée française, Chœur de femmes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris 

Messe en ut (Wolfgang Amadeus Mozart) le 04 avril
Ekaterina Bakanova, Ana Maria Labin, Krystian Adam, Luigi De Donato

Jean-Christophe Spinosi direction, Ensemble Matheus

Die Schöpfung (Joseph Haydn) le 20 avril
Slávka Zámečníková, Allan Clayton, Matthias Goerne

Andrés Orozco-Estrada direction, Orchestre National de France, Chœur de Radio France

Tolomeo ( Georg Friedrich Haendel) le 03 mai
Jakub Józef Orliński, Giuseppina Bridelli, Katharina Konradi, Andrea Mastroni, Paul-Antoine Bénos-Djian

Francesco Corti direction, l Pomo d’Oro

Castor et Pollux (Jean-Philippe Rameau) le 13 mai
Judith van Wanroij, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Tassis Christoyannis, Olivia Doray, Hasnaa Bennani, David Witczak, Antonin Rondepierre

György Vashegyi direction, Orfeo Orchestra – Purcell Choir

Der fliegende Holländer (Richard Wagner) le 15 mai
James Rutherford, Ingela Brimberg, Maximilian Schmidt, Karl-Heinz Lehner, Dmitri Yvanchey, Dalia Schaechter

François-Xavier Roth direction, Les Siècles – Chœur de l’Opéra de Cologne

François-Xavier Roth

François-Xavier Roth

L’Incoronazione di Poppea (Claudio Monteverdi) le 24 mai
David Hansen, Mari Eriksmoen, Rihab Chaieb, Emiliano Gonzalez Toro, Lauranne Oliva, Philippe Talbot, Anders Dahlin, Nicolas Brooymans, Mathias Vidal, Natalie Pérez, Mathilde Etienne

Emiliano Gonzalez Toro direction, I Gemelli, Mathilde Etienne mise en espace

Orlando furioso (Antonio Vivaldi) le 25 mai
Carlo Vistoli, Marie-Nicole Lemieux, Filippo Mineccia, Margherita Maria Sala, Ana Maria Labin, Luigi De Donato

Jean-Christophe Spinosi direction, Ensemble Matheus

Fausto (Louise Bertin) le 20 juin
Karine Deshayes, Karina Gauvin, Ante Jerkunica, Nico Darmanin, Marie Gautrot, Diana Axentii, Thibault de Damas

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques, Chœur de la Radio flamande

Grisélidis (Jules Massenet) le 04 juillet
Vannina Santoni, Frédéric Antoun, Thomas Dolié, Tassis Christoyannis, Antoinette Dennefeld, Adèle Charvet, Thibault de Damas, Adrien Fournaison

Jean-Marie Zeitouni direction, Chœur et orchestre de l’Opéra national Montpellier Occitanie

Joyce DiDonato

Joyce DiDonato

Les Récitals vocaux :

Masterclass de Karine Deshayes, David Zobel piano, le 24 septembre
Joyce DiDonato - Ives, Portman, Mahler, Marini, Mysliveček, Copland, Valentini, Cavalli, Gluck, Haendel le 05 octobre
Eva Zaïcik – Vivaldi, le dimanche 09 octobre matin
Matthias Goerne – Schubert le 12 novembre
Julie Fuchs et ses invités - Mozart le 21 novembre
Renée Fleming - Rachmaninov le 15 janvier

Michael Spyres et Lawrence Brownlee

Michael Spyres et Lawrence Brownlee

Lawrence Brownlee, Michael Spyres  – Rossini, Donizetti, Verdi, Boieldieu, Meyerber, Bizert, Adam le 22 janvier
Peter Mattei - Schubert le 26 janvier
Sandrine Piau, Karina Gauvin, Cyrille Dubois, Robert Gleadow  - Gala Mozart le 28 janvier
Julian et Christoph Prégardien, Lars Vogt – Beethoven, Schubert le 09 février
Philippe Jaroussky, Thibaut Garcia – Giordani, Caccini, Dowland, Purcell … le 19 février matin
Marina Rebeka, Karine Deshayes  - Donizetti, Rossini, Bellini le 21 mars
Philippe Jaroussky - Boësset, Bataille, De Bailly, Guédron, Moulinié, Lambert, Monteverdi, Rossi, Purcell le 29 mars
Julia Lezhneva, Carlo Vistoli - Porpora, Haendel, Graun, Vivaldi le 10 mai
Natalie Dessay, Philippe Cassard - Fanny Hensel-Mendelssohn, Clara Schumann, Alma Mahler, Massenet, Gounod, Debussy, Poulenc, Stravinsky le 22 mai
Rolando Villazón - Donizetti, Verdi, Massenet Zarzuelas et chansons napolitaines le 29 juin
La Folle soirée de l’Opéra Radio Classique - Airs d'opéras les 24 et 25 juin

Théâtre musical :

J’ai des doutes - François Morel, Antoine Sahler / Romain Lemire piano les 14 et 15 février

Patricia Petibon

Patricia Petibon

Concerts (sélection subjective)

Les Siècles, François-Xavier Roth - Stravinsky L’Oiseau de feu, Petrouchka, Le Sacre du printemps le 30 septembre

Igor Levit, piano  – Schumann, Hersch, Wagner Prélude, Liszt  le 06 octobre

Nemanja Radulović - Le monde dans un violon, Musiques traditionnelles et populaires (Russie, Serbie, Inde, Argentine, Espagne, Cuba, Brésil, Irlande...) le 18 octobre

Quatuor Hanson – Stravinsky, Mozart, Bartok le dimanche 23 octobre

Les Siècles François-Xavier Roth, Patricia Petibon – Schoenberg, Berg, Mahler le 06 novembre

Orchestre de chambre de Paris, Trevor Pinnock - Les Vents Français Cimarosa, Mozart, Danzi le 15 décembre

Les Siècles François-Xavier Roth – Debussy, Roussel, Lalo, Dukas, Massenet, Ravel le 10 janvier

Netherlands Philharmonic Orchestra, Lorenzo Viotti, Matthias Goerne – Webern, Mahler, Brahms le 24 janvier

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov I le 01 février

Konzertmeister der Berliner Philharmoniker I – Brahms, Mozart le 06 février

Konzertmeister der Berliner Philharmoniker II – Brahms, Mozart le 07 février

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov II le 14 mars

Till Fellner, piano – Mozart, Lizt, Beethoven, Haydn le 19 mars matin

ONF, Cristian Măcelaru, Diana Damrau – Messiaen, Strauss, Tchaïkovski le 30 mars

Nelson Goerner, piano - Sol Gabetta, violoncelle – Mendelssohn,  Brahms, Franck le 11 avril

Cédric Tiberghien, piano – Bach-Brahms, Mozart, Beethoven le 16 avril matin

Mikhaïl Pletnev, piano – Brahms, Dvořák le 18 avril

Wiener Philharmoniker, Jakub Hrůša – Janáček,  Prokofiev, Chostakovitch le 14 mai

Nikolaï Lugansky – Intégrale Rachmaninov III le 23 mai

Elisabeth Leonskaja, piano - Streichquartett der Staatskapelle Berlin – Schumann, Chostakovitch le 14 juin

Orchestre de chambre de Paris, Hervé Niquet, David Kadouch – Compositrices romantiques le 23 juin 

ONF - Grand Concert Radio Classique le30 juin et 01 juillet

Giselle par Akram Khan

Giselle par Akram Khan

Première impression sur la saison 2022 / 2023

Avec 11 opéras en version de concert d’après Lully, Charpentier, Rameau, Gluck, Bertin, Donizetti, Bizet et Massenet et deux opéras en version scénique (diptyque 'Le Rossignol / Les Mamelles de Tiresias' par Olivier Py et 'La Perichole' par Laurent Pelly), la langue française représente la moitié des représentations lyriques programmées cette saison, du jamais vu depuis des décennies en ce théâtre.

Le Théâtre des Champs-Élysées devient ainsi le paradis des chanteurs francophones. On peut ainsi citer de manière non exhaustive : Marianne Crebassa, Stanislas de Barbeyrac, Laurent Naouri, Alexandre Duhamel, Rodolphe Briand, Lionel Lhote, Chloé Briot, Alix Le Saux, Sabine Devieilhe, Cyrille Dubois, Chantal Santon, Victor Sicard, Jean-Sébastien Bou, Lucile Richardot, Marc Labonnette, Stéphanie D’Oustrac, Anne-Sophie Petit, Jodie Devos, Véronique Gens, Reinoud Van Mechelen, Mathias Vidal, Melissa Petit, Jean-François Borras, Etienne Dupuis, Julie Robard-Gendre, Marianne Croux, Sébastien Droy, Thomas Dolié, Erminie Blondel, Charlotte Bonnet, Karine Deshayes, Philippe Estèphe, Sandrine Piau, Doris Lamprecht, Philippe Talbot, Marie-Nicole Lemieux.

Et on ne saurait que hautement recommander d’assister à quelques jours d’intervalle au ‘Thésée’ de Jean-Baptiste Lully ( le 22 mars) suivi du ‘Médée’ de Marc-Antoine Charpentier (le 27 mars), deux ouvrages créés à l’Académie Royale de Musique sous Louis XIV, d'après un même thème mythologique.

Le répertoire italien est un peu moins représenté parmi les versions de concerts (aucun Rossini - hormis 'La Cenerentola' pour le jeune public -, ou Verdi n’est à l’affiche), mais Puccini a droit à un opéra en version scénique, ‘La Bohème’, et le belcanto pourra s’appuyer sur ‘I Puritani’ de Bellini

Sous la poussée de l’opéra français, le répertoire vocal allemand poursuit son retrait de la scène du Théâtre des Champs-Élysées, répertoire auquel ne restent plus que ‘Die Schöpfung’ de Joseph Haydn et ‘Der fliegende Holländer’ de Richard Wagner, et Jean-Sébastien Bach est totalement absent.

Quant à la langue latine, elle pourra surtout compter sur 3 versions différentes du 'Requiem' de Mozart respectivement interprété par le Chœur du Concert Spirituel le 02 décembre, le Chœur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris le 15 janvier matin et le Chœur de chambre de Namur le 28 mars, puis la 'Messe en Ut' de Mozart et le traditionnel 'Stabat Mater' de Pergolese.

Pour la première fois, la langue italienne n’est donc plus majoritaire, mais les fondamentaux du Théâtre des Champs-Élysées sont toujours respectés (80 % du répertoire lyrique consacré au XVIIIe et XIXe siècle).

Casse-Noisette par le Ballet de l’Opéra National de Kyiv

Casse-Noisette par le Ballet de l’Opéra National de Kyiv

Et la collaboration en résidence de François-Xavier Roth et son orchestre Les siècles se poursuit non seulement en opéra scénique (Le Diptyque Stravinsky / Poulenc) et opéra de concert (‘Le Vaisseau Fantôme’), mais également à travers une soirée dédiée aux trois ballets de Stravinsky 'L’Oiseau de feu', 'Petrouchka', 'Le Sacre du printemps', un concert avec Patricia Petibon, et une soirée entièrement vouée aux compositeurs français fin XIXe et début XXe siècle.

L’intégrale Rachmaninov par Nikolaï Lugansky, la ‘Gisèle’ d’Akram Khan et le ‘Casse-Noisette’ du Ballet de l’Opéra National de Kyiv seront probablement d’autres temps forts de la programmation.


L'intégralité de la saison c'est ici : Saison 2022/2023 | Programmation | Théâtre des Champs-Elysées 

Voir les commentaires

Publié le 23 Janvier 2022

Exposition de la collection Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov
Du 22 septembre 2021 au 03 avril 2022
Fondation Louis Vuitton - avenue Mahatma Gandhi, Paris

Visites du 18 et 22 janvier 2022

L'entrée de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton

L'entrée de l'exposition à la Fondation Louis Vuitton

Cinq ans après avoir consacré une exposition à la collection Chtchoukine, la Fondation Vuitton présente l’autre grande collection russe qui réunissait aussi des œuvres de l’art contemporain moderne, la collection Morozov. Toutes deux permirent l’émergence de l’art expressionniste français à un moment où, en France, on ne souhaitait pas trop acheter des œuvres de peintres modernes.

Portrait de l’artiste Konstantine Korovine (1891) par Valentin Serov. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Portrait de l’artiste Konstantine Korovine (1891) par Valentin Serov. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Une première salle présente les portraits de la famille Morozov dont les deux frères principaux et leur mère. 
Mikhaïl Morozov, l’aîné, né en 1870, et dépeint par un immense portrait gris-anthracite de Valentin Serov, était originaire d’une des plus riches familles de Russie, composée de vieux croyants orthodoxes, qui possédait des manufactures de coton. Cette famille avait le goût du travail car le fondateur de cette dynastie avait été serf.

Mikhaïl était un entrepreneur russe avisé et fut même le sujet d’une pièce de Soumbatov-Youjine « Un gentleman » (1897). Il mourut jeune en 1903 à l’âge de 33 ans, et c’est lui qui va démarrer cette collection avec 39 œuvres d’art françaises et 44 œuvres russes. Car si à Saint-Pétersbourg les Tsars et les aristocrates collectionnaient déjà les œuvres des artistes les plus célèbres, à Moscou, ce sont des investisseurs privés et des entrepreneurs qui se mirent à collectionner des œuvres d’art et à ouvrir des galeries.

Le « Salon de musique » de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Le « Salon de musique » de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Yvan, son jeune frère cadet d’un an, avait commencé à apprendre à dessiner dès l’âge de 9 ans, et eut comme professeurs plusieurs peintres très connus dont Constantin Korovine qui est représenté dans une pose décontractée par Valentin Serov. Yvan ne sera pas peintre, car après des études à Zurich il devra revenir en Russie pour reprendre la direction des manufactures à Tyer.
C’est seulement en 1900 qu’il s’installe à Moscou où habitait son frère Mikhaïl, sa présence n’étant plus nécessaire à Tver

Il va rencontrer chez lui des peintres russes contemporains et se mettre lui aussi à collectionner des œuvres d’art. Il s’intéresse ensuite à la peinture française moderne, et c’est cette fusion avec la peinture moderne russe qui va faire la vie d’Ivan Morozov.

Yvette Guilbert chantant Linger Longer Loo par Henri de Toulouse-Lautrec (1894). Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Yvette Guilbert chantant Linger Longer Loo par Henri de Toulouse-Lautrec (1894). Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Sa collection comprenait des œuvres de Vincent Van Gogh, Auguste Renoir, Paul Cézanne, Pablo Picasso ou encore Henri Matisse.
Il y avait aussi des peintres russes parmi lesquels Mikhaïl Vroubel, Alexandre Golovine, Natalia Gontcharova, Constantin Korovine ou Valentin Serov.

La salle suivante intitulée « l’invention d’un regard » pose les bases du goût pour le portrait. On y trouve des œuvres achetées par les deux frères, des Renoir,  mais aussi la chanteuse et artiste de cabaret « Yvette Guilbert » par Toulouse-Lautrec.

Galerie de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Galerie de l’hôtel particulier moscovite d’Ivan Morozov

Un peu à l’écart, dans un espace sombre, le visiteur est immédiatement plongé dans l’univers de l’Hôtel particulier qu’Ivan Morozov transforma à Moscou en galerie privée où tous les murs étaient couverts de toiles. Des photographies noir et blanc rendent avec force la densité incroyable de chefs-d’œuvre réunis en un espace aussi réduit.

Portrait d’Ambroise Vollard (1910) par Pablo Picasso. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Portrait d’Ambroise Vollard (1910) par Pablo Picasso. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Ivan Morozov commence à se rendre très régulièrement à Paris à partir de 1907 pour dénicher de nouvelles peintures au Salon d’automne et au Salon des indépendants. Il logeait en face du Palais Garnier, mais n’avait pas le temps d’aller à l’Opéra, car il était attiré par le quartier Montmartre où se trouvait notamment la boutique du marchand d’art Ambroise Vollard. Les carnets où il notait méticuleusement les prix de tout ce qu’il achetait sont conservés aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou.

Boulevard des Capucines (1873) par Claude Monet. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Boulevard des Capucines (1873) par Claude Monet. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Une vaste salle présente la richesse de couleurs de peintures de paysages et de moments de vie parisiens, thèmes autour desquels artistes français et russes sont mis en correspondance. La fascination pour Paris et sa région, avec Louveciennes, Fontainebleau, Montgeron, et aussi le pays d’Aix est superbement mise en valeur. L’intelligence d’Ivan consistait à savoir réunir des œuvres dispersées sur le marché tels ces deux Claude Monet, "Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron", dont ce dernier peut être considéré comme une matrice des Nymphéas.

Exposition de la Collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton
"Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron" (1876) par Claude Monet.  Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

"Un Coin de jardin à Montgeron" et "L’Étang à Montgeron" (1876) par Claude Monet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Un peu plus loin, d’autres tableaux montrent les quais de Seine parisiens peints par André Marquet - certains sont à Moscou, d'autres à Saint-Pétersbourg - qui permettent de découvrir Notre Dame de Paris l’année de la crue historique de 1910 dans une atmosphère triste et désolée.

Notre-Dame sous la pluie (1910) par André Marquet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Notre-Dame sous la pluie (1910) par André Marquet. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Puis, l’univers polynésien de Paul Gauguin mélange nature fleurie, exotisme et mysticisme, un monde que la France, à cette époque, ne voulait pas voir, et donc qui était encore plus étrange vu depuis la Russie. Dans « Le grand Bouddha », qui n’en n’est pas un, le dernier repas du Christ s’invite même pour annoncer la Mort, en arrière plan d’un couple autochtone.

Le Grand Bouddha, Tahiti (1899) par Paul Gauguin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Le Grand Bouddha, Tahiti (1899) par Paul Gauguin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Dans un autre espace, c’est la fascination pour Paul Cézanne qui est magnifiée avec les visions de la montagne Sainte-Victoire d’Aix-en-Provence dont il va acquérir nombre de tableaux pour la rigueur de leur construction. 

Baigneurs (1892-1894) par Paul Cézanne. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Baigneurs (1892-1894) par Paul Cézanne. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Il y a celui qui représente Paul Cézanne se baignant avec Emile Zola ou Baptistin Baille quand ils allaient se baigner dans l’Arc, et aussi le splendide tableau bleu qu’attendit pendant des années Ivan Morozov. On peut apprécier au cours du temps, par des comparaisons avec des tableaux de Cézanne plus anciens, comment son style s’est affiné avec le fondu des couleurs et la géométrie des lignes.

Paysage bleu (1904-1906) par Paul Cézanne. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Paysage bleu (1904-1906) par Paul Cézanne. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

S’ouvre ensuite une salle avec les peintres des années 1910 et nombre de portraits cubistes.
Au cours des années 1910-1913, de jeunes artistes moscovites tels Ilia Machkov et Piotr Kontchalovski vont lancer un mouvement pictural futuriste assez violent, le "Valet de Carreau". Un tableau les représente s’autoparodiant en boxeur en culottes. Ils se présentaient comme les successeurs de Cézanne ou de Picasso.

Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski (1910) par Ilia Machkov. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Autoportrait et portrait de Piotr Kontchalovski (1910) par Ilia Machkov. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Un peu plus haut, un écrin sombre, comme un petit temple mortuaire, est dédié à une seule œuvre, « La ronde des prisonniers » de Vincent Van Gogh, peint lorsqu’il fut interné à l’hôpital psychiatrique de Saint-Remy de Provence à partir de photographies et gravures transmises par son frère. 

Les nuances vert et bleu de cet univers de claustration carcérale sont incroyablement mises en valeur par un éclairage subtil qui permet de les apprécier dans de bien meilleures conditions qu’au Musée Pouchkine de Moscou. On se croirait plongé dans la vie absurde de la "Maison des Morts".

La Ronde des prisonniers (1890) par Vincent Van Gogh. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

La Ronde des prisonniers (1890) par Vincent Van Gogh. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

L’étage supérieur réunit les œuvres d’Henri Matisse qui avait été présenté à Ivan Morozov par l’intermédiaire de Sergueï Chtchoukine. Lors de son second voyage à Tanger, le peintre se mit à élaborer un triptyque, une nature morte devant un paysage, une nature morte avec un portrait, et un paysage avec portrait, au moment où il élaborait un langage proto-cubiste dominé par le bleu-ciel et le bleu turquoise.

Triptyque marocain : La Fenêtre à Tanger,  Zohra sur la terrasse, Porte de la Casbah (1912) par Henri Matisse. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Triptyque marocain : La Fenêtre à Tanger, Zohra sur la terrasse, Porte de la Casbah (1912) par Henri Matisse. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Par ailleurs, la fusion entre l’art russe et l’art français se retrouve dans le portrait d’Ivan réalisé par Valentin Serov à travers une peinture qui représente Ivan Morozov assis devant la toile d’Henri Matisse, « Fruits et bronze ».

Ivan Morozov par Valentin Serov (1910). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Ivan Morozov par Valentin Serov (1910). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Les nus étaient choquants pour l’époque, ce qui plaisait aux frères Morozov issus de milieux croyants, et une salle toute en longueur mixe des sculptures de Rodin et des œuvres de Bonnard ou de Degas, où la femme est peinte de manière non idéalisée.

L'éternel Printemps (1884) par Auguste Rodin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

L'éternel Printemps (1884) par Auguste Rodin. Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Enfin, la dernière salle, située au sommet des quatre étages de l’exposition, est une immense reconstitution du mythe de Psyché par Maurice Denis dans un style néoclassique qu’Ivan Morozov percevait comme avant-gardiste. Les couleurs pastels de ces tableaux font écho au plafond du Théâtre des Champs-Élysées qui fut réalisé en 1912, la même année que l’achèvement de cet ensemble. Ici, les toiles sont réunies avec quatre bronze féminins d’Aristide Maillol sur le thème des quatre saisons qui, dorénavant, sont au Musée Pouchkine, dissociées des peintures qui ornent les murs de l’Ermitage.

La contemplation se fait sur des musiques de Lully, Mondoville, Thomas, Franck, Bach ou Scriabine.

L’Histoire de Psyché. Psyché découvre que son mystérieux amant est l’Amour (1908) par Maurice Denis. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

L’Histoire de Psyché. Psyché découvre que son mystérieux amant est l’Amour (1908) par Maurice Denis. Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Au début de la première guerre mondiale, en 1914, Morozov ne put plus se rendre à Paris, et il se focalisa exclusivement sur les peintres russes. Au total, Morozov acheta 278 toiles et 23 sculptures françaises pour 1,410,665 francs, soit 5,7 millions euros (une valeur estimée aujourd'hui à 4 milliards d’euros).

Mais après l’arrivée des Bolcheviks au pouvoir en 1917, les manufactures de Morozov furent nationalisées ainsi que son hôtel particulier et sa collection privée.

La collection Morozov fut ainsi fusionnée avec la collection de Sergueï Chtchoukine, et le gouvernement soviétique fit de ces deux collections le Musée d’État de l’Art occidental moderne qui fut installé dans l’ancien hôtel particulier des Morozov, réfugiés dorénavant en France puis en Suisse sans prendre un seul tableau.

Ivan Morozov mourut en 1921 du fait d’une insuffisance cardiaque.

La Rue. Constantinople (1910) par Martiros Sarian. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

La Rue. Constantinople (1910) par Martiros Sarian. Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Dans les années 1930, les tableaux des collections Morozov et Chtchoukine furent réparties entre le Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le Musée de l’Ermitage à Leningrad (l’ancien nom de Saint-Pétersbourg entre 1924 et 1991).

Puis, au cours de la Seconde Guerre mondiale, les collections des musées furent transférées à Novossibirsk. Certains tableaux seront abîmés. 

Autoportrait d'Ilia Machkov (1911). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Autoportrait d'Ilia Machkov (1911). Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les tableaux purent revenir à Moscou, mais en 1948, le gouvernement soviétique commença une lutte contre le cosmopolitisme. Les tableaux d’art moderne français entraient dans cette catégorie.

Accusées de représenter des valeurs bourgeoises, les collections Morozov et Chtchoukine furent réparties entre le Musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et le Musée de l’Ermitage à Leningrad. Mais une fois arrivées dans ces musées, les toiles ne furent pas montrées au public avant 1955.

C’est pourquoi l’exposition Morozov à la Fondation Louis Vuitton est si exceptionnelle et aussi très attachante, car elle reconstitue l’unité de cette collection pour un temps éphémère, dans un cadre de visualisation grandiose saisissant, tout en faisant ressentir les mouvements de l'histoire du XXe siècle.

Voir les commentaires

Publié le 30 Décembre 2021

Anselm Kiefer - Paul Celan
Du 17 décembre 2021 au 11 janvier 2022
Grand Palais Ephémère (RMN)
Visite du 30 décembre 2021

Né en 1920 en Roumanie et mort à Paris dans la nuit du 19 au 20 avril 1970 suite à son suicide dans la Seine probablement depuis le pont Mirabeau, Paul Celan est un poète d’après-guerre qui a profondément inspiré Anselm Kiefer au point que le Grand Palais dédie un espace d’exposition monumental aux œuvres nées de cette fascination pour une âme traumatisée par les heures les plus épouvantables de l’histoire de l’Europe du XXe siècle.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Une vingtaine de tableaux pouvant atteindre 10 mètres de haut sont simplement installés sur des supports à roulettes dans cet immense hangar sombre uniquement illuminés par quelques spots et la lumière naturelle provenant de la façade vitrée du hall.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Leur force prodigieuse repose autant sur le sentiment de petitesse qu’ils nous renvoient que sur la multiplicité des détails perdus dans les perspectives de ces paysages ou espaces en apparence inanimés qui évoquent des champs de bataille dévastés, déshumanisés en plein hiver, parfois de nuit au bord de l’océan, où se mêlent des restes de vêtements humains, des faisceaux de paille ou de blés à la place des corps, et des étoiles qui luisent ou des galaxies qui se devinent.

Matériaux métalliques, gris de plomb, dorés ou cuivrés parsemés de glacis de verre bleutés forment un alliage d'une complexité impressionnante.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Parfois, des images subliminales émergent comme face à ce premier tableau situé à l’entrée et semblant représenter une fontaine aux traits abrupts et précis à la fois, surmontée d’un jet de lumière concentré, qui révèle petit à petit un visage animal en surimpression.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Des textes allemands extraits des poèmes se mêlent aux peintures, mais, du fait qu’ils sont en lien avec la densité picturale, un non germanophone capte de toute façon la noirceur des visions d’horreurs mentales qui sont ainsi restituées.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Et il a y cet avion spectaculaire issu d’un temps révolu, qui supporte sur ses ailes des volumes de pages anonymes pouvant être autant des partitions de musique que, peut-être, des recueils de récits idéologiques ayant menés à la tragédie.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

La fascination de la France pour l’Allemagne est également suggérée par le grand tableau Madame de Staël : de l’Allemagne, et si la noirceur de notre époque y trouve des résonances, ce rappel à la mémoire est aussi une façon de mieux apprécier ce qui forme les valeurs de nos vies.

Exposition Anselm Kiefer pour Paul Celan au Grand Palais Ephémère

Pour aller plus loin :

Paul Celan : écrire pour rester humain.

Voir les commentaires

Publié le 23 Décembre 2021

La Cour des comptes a remis en décembre 2021 une note invitant le Ministère de la Culture à recentrer ses missions. Ce rapport d'une vingtaine de pages (qui peut être consulté sous le lien suivant : Recentrer les missions du Ministère de la Culture) donne une vision générale de son fonctionnement avec les opérateurs et les structures en régions qui en dépendent.

Le résumé de son contenu ci-dessous vise uniquement à appréhender les grandes idées pour mémoire, et un tableau des opérateurs du Ministère de la Culture est ajouté à titre informatif avec un ordre de grandeur des budgets en jeu par programme.

Le ministère de la Culture et de la Communication, pavillon de Contant d’Ivry, rue de Valois, Paris. © Mu/CC-BY-3.0.

Le ministère de la Culture et de la Communication, pavillon de Contant d’Ivry, rue de Valois, Paris. © Mu/CC-BY-3.0.

La politique menée par le Ministère de la Culture depuis sa création en 1961 a permis aux collectivités territoriales de représenter aujourd’hui près des 3/4 des sources de financement de la culture en France (leur budget a doublé en 40 ans). Il en résulte que le Ministère de tutelle ne joue plus un rôle central et qu’une transformation est nécessaire pour lui redonner un rôle de stratège.

Par ailleurs, ses compétences ont été transférées progressivement à près de 80 opérateurs nationaux (dont le CNC, le Musée et domaine national de Versailles, la Réunion des musées nationaux, l’Opéra national de Paris, le Musée du Louvre, la Comédie Française, la Cité de la Musique, le Théâtre national de l’Odéon, le Centre des monuments nationaux, le récent CNM et bien d’autres établissements) ce qui a réduit le rôle du Ministère à un distributeur de fonds (45% de son budget va vers ces opérateurs en 2019).

L'équipement culturel de la France en 2019 (extrait du rapport de la Cour "Recentrer les missions du Ministère de la culture")

L'équipement culturel de la France en 2019 (extrait du rapport de la Cour "Recentrer les missions du Ministère de la culture")

Et l’encouragement au mécénat privé au cours des années 2000 a permis à ces mêmes opérateurs de recevoir plus de 400 millions d’euros d’aides par an auxquelles s’ajoutent les avantages fiscaux restant à la charge de l’Etat.

Le reste du budget du Ministère est distribué à une myriade d’acteurs, dont notamment les structures non labellisées du spectacle vivant, ce qui alourdit la gestion et démultiplie les offres.

Dans le domaine du patrimoine, la dimension administrative et financière a également conduit à favoriser les grands opérateurs et leurs projets franciliens au détriment du patrimoine communal et rural qui est le plus fragile.

Quant à la filière monuments historiques des DRAC, services en région de l’Etat, elle souffre d’un manque d’attractivité et de considération, et quand elle reçoit des financements supplémentaires, le nombre insuffisant d’agents ne permet pas d’engager les chantiers dans les temps, ce qui ralentit l’effet du plan de relance.

Absorbé par ses tâches administratives et des considérations techniques ou bien par des projets ponctuels (Philharmonie, restauration du Grand Palais …), le Ministère de la Culture voit ainsi ses cadres partir vers les opérateurs ou vers le privé, faute de projets structurants à piloter et de rémunérations stimulantes pour les retenir, et doit compter avec les dirigeants de ces grands opérateurs et de grands élus locaux aux pouvoirs élargis de par la réduction du nombre de régions.

Affaibli, le Ministère ne peut plus conduire un dialogue stratégique équilibré avec ces différents acteurs.

Ci dessous, la liste des opérateurs avec un ordre de grandeur du budget (en Millions  d') de chaque programme du Ministère Culture transféré aux opérateurs (ceux-ci disposent également de ressources propres), et leur part par rapport au budget global de chaque programme du Ministère (hors plan de relance) - source Financement de la culture

Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"
Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"
Rapport de la Cour des Comptes "Recentrer les missions du ministère de la culture"

La Cour donne deux issues possibles à cette situation : considérer que le Ministère de la Culture a achevé sa mission structurante et doit se replier sur un rôle plus modeste, ou bien que l’évolution du monde exige du Ministère de jouer un rôle incontournable dans une perspective de « vivre ensemble ».

Le Ministère de la Culture pourrait à l’avenir abandonner aux opérateurs et collectivités les missions qu’il n’a plus vocation à assumer afin de réorienter son action sur les territoires fragilisés et participer à la mission générale d’éducation poursuivie par l’État, ce qui impliquerait en particulier un renforcement de l’action en direction de la jeunesse en prenant en charge la question du numérique comme levier majeur de son action.

Les grands musées nationaux ont bien été transformés en établissements publics, mais il en reste une quinzaine qui dépendent du Ministère qui rémunère leur personnel.

Par ailleurs, la Cour constate que pour l’ensemble des monuments, bâtiments et œuvres patrimoniales appartenant à l’État, ou encore les formations artistiques supérieures, les relations entre le Ministère de la Culture et le Ministère chargé de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale sont quasiment inexistantes.

C’est donc une accentuation de la déconcentration vers les DRAC en leur allouant les ressources humaines et une révision des modèles économiques des opérateurs qui sont mis en avant, et la perte de ressources financières due à la crise covid devrait inciter à mutualiser les fonctions communes à ces opérateurs (notamment pour les musées).

Voir les commentaires

Rédigé par David

Publié dans #Actualité

Publié le 15 Décembre 2021

Jean-Philippe Thiellay, L’opéra s'il vous plait
Editions Les Belles Lettres - Sortie le 19 novembre 2021
ISBN : 978-2-251-45090-2
Nombre de pages 224

Celles et ceux qui ont vu le film sur l’Opéra de Paris « L’Opéra » réalisé par Jean-Stéphane Bron au cours de la première saison de Stéphane Lissner en 2015 et 2016 se souviennent peut-être d’une séquence où l’on voit Jean-Philippe Thiellay, directeur adjoint à ce moment là, représenter de ses mains un étau qui l’enserre avec d’un côté les contraintes de administration publique et de l’autre celles des syndicats de personnels. On peut y lire à ce moment là une angoisse qui se retrouve dans son nouveau livre « L’Opéra s’il vous plaît » édité chez Les Belles Lettres.

Jean-Philippe Thiellay, L’opéra s'il vous plait - Présentation et impressions

Cet ouvrage est architecturé comme un Grand Opéra en un prologue et cinq actes, comme inspiré des œuvres de deux grands compositeurs, Meyerbeer et Rossini, auxquels l’actuel directeur du Centre National de la Musique a déjà dédié à chacun un ouvrage.

Le prologue permet d’abord de découvrir sa vie de passionné d’art lyrique initiée depuis sa première expérience à l’Opéra de Marseille en février 1978 avec Carmen, alors qu’il n’avait que huit ans, et en décrivant tous ses comportements et rituels d’amateur et en invoquant les artistes qu’il admire, il crée d’emblée une attache avec les lecteurs tout aussi passionnés que lui, d’autant plus qu’il est originaire de la ville rivale de Paris depuis des siècles.

Dix ans plus tard, un lien fort avec le Festival de Pesaro s’affirma. Pour lui, le point d’accroche avec l’opéra est la mélodie, mais l’expérience du collectif dans les théâtres est tout aussi importante.

Le Festival de Pesaro

Le Festival de Pesaro

Il présente ensuite quelques chiffres clés qui mesurent l’attrait du public français pour les représentations d’opéras (au moins 1 200 000 billets vendus chaque année, dont un tiers pour l’Opéra de Paris qui propose aussi la moitié des 600 000 billets de spectacles chorégraphiques dispensés dans plus d’une trentaine d’opéras), chiffres conséquents mais moindres que ceux des matchs de foot ou des concerts pop. Puis, il évoque les différents débats qui jalonnèrent l’évolution de l’art lyrique, ainsi que le mouvement de mondialisation qui s’en suivit – les réminiscences du film de Werner Herzog «Fitzcarraldo »Klaus Kinski hurle la tête au vent en haut d’un clocher « Je veux construire un opéra ! » sont très drôles à ce moment précis -.

Mais lorsqu’il s’agit d’aborder les modèles économiques de ces institutions au XXIe siècle en commençant par l’impact des crises récentes sur les théâtres et les revenus des artistes, il montre à quel point le soutien de la puissance publique – la subvention moyenne des opéras en Europe est de 67% - est fondamental dans un secteur où les gains de productivités sont difficilement possibles, mais où les gains qualitatifs des spectacles sont pourtant bien réels. Une comparaison des coûts des billets d’opéras et des cachets des artistes avec le secteur du football montre aussi qu’ils n’ont rien d’excessifs. Il aborde aussi la question du fonctionnement en mode "répertoire" avec troupe qui nécessite, comme c’est le cas en Allemagne, un niveau de subvention bien plus élevé que celui nécessaire pour les fonctionnements par "stagione".

L'Opéra Bastille

L'Opéra Bastille

Puis, il entraîne le lecteur dans la réalité sociale des théâtres d’opéras, la baisse de fréquentation des concerts classiques par les jeunes (mais la Philharmonie est quand même un bon contre-exemple), les stéréotypes, et la nécessité d’établir un dialogue avec le public pour que le répertoire de l’art lyrique ne soit pas affecté par les mouvements d’opinion, les manipulations extrémistes et le politiquement correct – tout en étant ferme sur les affaires de harcèlement - , mais aussi par les décisions prises par les nouvelles générations d'hommes et femmes politiques en guerre contre une culture jugée élitiste, alors que ces théâtres sont de réels éléments de rayonnement et d’attractivité. 

Il y a les facteurs extérieurs, mais aussi les facteurs intérieurs, comme les difficultés à faire accepter la nécessité d’optimiser les tâches techniques ou administratives alors que le secteur privé concurrentiel est habitué à un mouvement de remise en question permanent sur ces aspects là. Les anecdotes prêtent à sourire, on ne peut s’en empêcher, par de tels anachronismes, mais il y a aussi la crainte qu’un jour des politiques usent de ces exemples comme arguments pour toucher à des aides vitales.

Le chapitre sur le petit monde de l’entre-soi des spécialistes de la spécialité est absolument croustillant quand il pointe leur intolérance à ceux qui ne partagent pas les mêmes valeurs et lorsqu’ils négligent le rôle social de l’opéra et son besoin de subventions publiques qui résultent du fruit du travail de toute la population française.

Dialogues des Carmélites - Bayerische Staatsoper - ms Dmitri Tcherniakov

Dialogues des Carmélites - Bayerische Staatsoper - ms Dmitri Tcherniakov

La totalité du quatrième acte est vouée à l’évolution esthétique de l’art lyrique, à l’accoutumance aux tubes du passé qui pénalise l’intérêt pour la création contemporaine, et au risque de standardisation.

Le rôle paradoxal du disque qui aurait aidé à tuer l’opéra est tout de même surprenant, puisque le disque permet d’attiser une curiosité qui peut se concrétiser plus tard par des sorties en salle. 

Il existe bien sûr un public qui reste rivé aux voix du passé, mais que représente-t-il parmi un public d’opéra?

Reste que la nature de l’opéra, prisé par des élites mondialisées mais dont la variété des œuvres lui permet d’être tout à la fois populaire, bute face à une image qui pourrait faire croire que les maisons  qui le représentent ne sont pas ouvertes à tous. Il n’est effectivement pas normal que le public soit prêt à payer plus pour entendre un opéra au Stade de France qu’à Bastille où les conditions de visibilité et acoustique sont bien meilleures.

Le rôle des metteurs en scène est bien sûr abordé pour proposer des lectures qui parlent au public d’aujourd’hui – Jean-Philippe Thiellay revient sur l’affaire des ayants-droits de Poulenc et Bernanos contre la production des Dialogues des Carmélites par Dmitri Tcherniakov –, et les compositeurs contemporains qui ont su raconter des histoires au public (John Adams, Kaija Saariaho, Thierry Escaich ou Francesco Filidei) sont bien mis en valeur.

La Dame de Pique - Opéra de Nice - ms Olivier Py     © Dominique Jaussein

La Dame de Pique - Opéra de Nice - ms Olivier Py © Dominique Jaussein

Le dernier acte fait à lui seul le quart de cet essai et concentre toutes les lignes de fuites qui sont autant de perspectives pour l’art lyrique, et en premier lieu, le besoin de regagner des marges de manœuvres. Mais les opéras ne sont pas des structures comme les autres, les rythmes sont décalés par rapport à la majorité des gens, les conflits peuvent être très durs, et la tentation d’utiliser les opéras comme caisse de résonance sociale reste forte. 

Le goût du collectif de l’ancien directeur général ressort lorsqu’il parle de ses expériences collaboratives avec les salariés, mais il revient rapidement aux éléments de coûts des productions et de leur rythme de renouvellement.

L’exemple des 4 productions de La Flûte enchantée est pertinent, d’ailleurs c’est Robert Carsen qui aura finalement mis tout le monde d’accord, celui d’Idoménée un peu moins car la production confiée au chef d’orchestre en 2002 fut un tel désastre – le chef ne venait même plus saluer - qu’on ne pouvait que la remplacer.

Ensuite, il met en avant les exemples de coopérations qui marchent au niveau régional, en Loire Atlantique comme dans le Grand-Est ou le Sud-Est (avec la production de la Dame de Pique par Olivier Py), et parle avec beaucoup d’admiration de l’Amato Opera de New-York balayé par la crise de 2008.

Autre piste, il incite à enrichir l’expérience du spectateur – on pourrait revenir sur toutes les conférences qu’organisait Gerard Mortier à l’Opéra de Paris pour présenter les œuvres nouvelles et de la revue papier Ligne 8 qui n’ont pas été reconduites par la suite -, et à le maintenir le plus longtemps possible dans les lieux. Mais il n’oublie pas, avec désabusement, de faire remarquer que France Télévisions aurait un rôle à jouer pour diffuser des spectacles en Prime Time (il aurait été important de rappeler qu’un opéra diffusé sur France 2 peut réunir 1 million de spectateurs, contre 250 000 sur Arte ou France 5). France 2 est encore aujourd’hui la caisse de résonance médiatique la plus puissance pour l’art lyrique en France. 

L’hybridation des arts et des esthétiques est également un moteur très important pour le brassage des identités (est cité Antar et Abla de Maroum Rahi sur un livret Antoine Maalouf), et bien d’autres expériences qui rendent l’opéra accessible sont présentées avec parfois un véritable vécu personnel.
Bien entendu, il n’oublie pas de rappeler le rôle de locomotive des stars lyriques, et voit les jeunes artistes comme des ambassadeurs pour aller chercher de nouveaux publics là où ils sont.

Et il revient en conclusion sur l'essence de l'opéra, la force du couple metteur en scène et directeur musical, la capacité à mettre en espace les relations entre les protagonistes, la beauté et la fragilité d’un moment éphémère, ce qui nécessite une alchimie extrêmement difficile à réaliser.

Caroline Sonrier et Jean-Philippe Thiellay

Caroline Sonrier et Jean-Philippe Thiellay

Mercredi 15 décembre 2021, Caroline Sonrier, directrice de l’opéra de Lille et mandataire du rapport sur la politique de l’art lyrique, était invitée sur France Musique pour débattre avec Jean-Philippe Thiellay (voir lien ci après).

La Matinale avec Caroline Sonrier et Jean-Philippe Thiellay - Crise à l'opéra : les institutions lyriques sont-elles à bout de souffle ?

L’échange de points de vues est passionnant à réécouter, car si l’ancien directeur adjoint de l’Opéra de Paris semble à la fois vouloir conserver le public traditionnel et capter de nouveaux publics, son interlocutrice s’embarrasse moins de perdre un certain public si c’est pour en gagner un autre. Elle voit ainsi plus de curiosité chez les amateurs de baroque que chez les amateurs des romantiques du XIXe siècle. Elle prend en compte la nature polymorphe du public. 

Elle présente la situation actuelle de l’art lyrique comme un commencement, ce qui rejoint les propos de Jean-Philippe Thiellay qui fait remarquer dans son ouvrage que l’État ne se préoccupe finalement de politique nationale de l'art lyrique que depuis les années 1990.

Voir les commentaires

Publié le 2 Décembre 2021

Serge Dorny, L’opéra à présent
Editions Actes Sud - Sortie le 03 novembre 2021
ISBN : 978-2-330-15434-9
Nombre de pages 144


Écrites à la fin de son mandat de 18 ans à la direction de l’Opéra de Lyon, au moment de sa prise de fonction à la direction de l’Opéra d’Etat de Bavière, les réflexions de Serge Dorny sur l’opéra d’aujourd’hui reviennent sur son parcours, ses rencontres, et sur l’esprit des projets qu’il a réalisé.

Serge Dorny, L’opéra à présent

Serge Dorny, L’opéra à présent

On découvre l’importance qu’ont eu pour lui deux mentors, Gerard Mortier, qui le poussa à prendre la direction du Festival des Flandres en 1987, et Ernest Fleischmann, directeur du Los Angeles Philharmonic, grâce à qui il devint le directeur du London Philharmonic Orchestra (Vladimir Jurowski en sera le premier chef invité). Chez ces deux directeurs se révèle déjà le goût de façonner une programmation et de développer un art de l’alliage entre titres d’époques et de compositeurs différents.

Pour Serge Dorny, la revitalisation de l’opéra passe pour lui par des propositions contemporaines et des mises en scène - et de citer le Parsifal de Krzysztof Warlikowski - qui sont faites pour susciter le débat plutôt que le consensus.

Il présente ainsi l’esprit avec lequel travaillent Peter Sellars, Christophe Honoré, David Marton ou bien Wajdi Mouawad afin de parvenir à la quintessence des œuvres, et insiste également sur l’importance des studios de formation par lesquels, par exemple, Karine Deshayes et Stéphane Degout passèrent. 

La place des femmes n’est pas oubliée, et il se réfère à Susanna Mälkki, Katie Mitchell ou Deborah Warner, mais il rappelle que c’est avant tout leur art qu’il admire.

Parsifal (Richard Wagner) - ms Krzysztof Warlikowski - Opéra Bastille 2008

Parsifal (Richard Wagner) - ms Krzysztof Warlikowski - Opéra Bastille 2008

La question du public a d’abord à voir avec sa diversité.  Il en a pris conscience en Angleterre où la diversité constitue la réalité du territoire, et où les actions mêlent sensibilités artistique et sociale.

Plusieurs de ses initiatives sont ainsi présentées, comme le projet Eolo à destinations des personnes vulnérables, ou bien l’ouverture du péristyle de l’opéra de Lyon à des manifestations altératives.

Forger une identité cohérente et une relation de confiance avec le public est donc primordiale, et c’est parce qu’une même œuvre d’art peut être perçue différemment selon le public et au cours du temps que cette diversité est fondamentale.

Les aspects économiques sont abordés à travers les avantages (financement commun) et inconvénients (normalisation commerciale) des coproductions, tout en soulignant le besoin de privilégier la spécificité de l’établissement qu’il dirige.

Et le modèle de la troupe est vu comment un moyen de favoriser un nouvel enracinement de l’opéra dans la cité.

Brokeback Mountain (Charles Wuorinen) - ms Ang Lee - Teatro Real de Madrid 2014

Brokeback Mountain (Charles Wuorinen) - ms Ang Lee - Teatro Real de Madrid 2014

Serge Dorny réalise à plusieurs reprises une synthèse de l’évolution historique de l’opéra et de ses thèmes (antiques, historiques, bibliques, mythologiques, romanesques et contemporains) et insiste à nouveau sur les créations, notamment sur les créations littéraires (Brokeback Mountain de Charles Wuorinen, Claude de Thierry Escaich) ainsi que les compositeurs du XXe siècle (Benjamin Britten et Leos Janacek en particulier). Il se réjouit que le théâtre ait dorénavant trouvé sa place auprès du chef et de la voix, et que l’opéra soit pensé comme un art total dont toutes les composantes importent à un niveau équivalent. Même le ballet est invité à retrouver le chemin de l’opéra pour opérer une synthèse lyrique et chorégraphique sur une même scène. L'essence du théâtre est d'être un lieu de brassage.

Gerard Mortier

Gerard Mortier

En contrepoint du développement de ces thèmes, Serge Dorny donne la parole à d’autres personnalités, directeurs, metteurs en scène, musicologues, cinéastes, compositeurs ou dramaturges dont les interventions enrichissent cette vision.

Renée Auphan rappelle ainsi que la voie du renouvellement du public ne passe pas que par les jeunes, mais qu’il y a aussi un renouvellement naturel du public autour de la quarantaine et que les femmes jouent un rôle dans ce renouvellement auprès des hommes. Elle s’alarme de l’augmentation des budgets administratifs et regrette que les noms des chanteurs disparaissent des affiches.

Christian Merlin

Christian Merlin

A l’opposé, Christian Merlin se félicite que les noms des metteurs en scène figurent enfin sur les affiches, car ils sont devenus depuis ces 40 dernières années des interprètes qui proposent non des illustrations des livrets, mais leurs propres lectures. Il remet ainsi en cause ceux qui croient à une « fidélité » à l’œuvre et qui sous-entendent qu’il y aurait une « vérité » de l’œuvre. La ré-théâtralisation est en fait un progrès pour éviter la muséification. 

Le musicologue et critique analyse ensuite en détail et de manière différenciée le travail de plusieurs metteurs en scène, tels Olivier Py, Dmitri Tcherniakov, Krzyzstof Warlikowski, Roméo Castellucci ou bien David Marton.

Dans la même logique, le dramaturge Georges Banu analyse le travail d’Andriy Zholdak qui a notamment réalisé les mises en scène de deux œuvres rares, Le Roi Candaule de Zemlinsky à l’Opéra des Flandres, et l’Enchanteresse de Tchaikovski à l’opéra de Lyon.

Présentation de la première saison de Serge Dorny au Bayerische Staatsoper

Présentation de la première saison de Serge Dorny au Bayerische Staatsoper

Guy Cherqui, chroniqueur connu sous le pseudonyme « Le Wanderer »,  récapitule pour sa part le parcours de Krzyzstof Warlikowski, artiste arrivé sur la scène lyrique grâce à Gerard Mortier, et l’interroge sur son rapport à l’opéra et ce qui diffère avec le théâtre. Le metteur en scène s’étonne du rapport tardif au texte original dans le milieu lyrique, de la légèreté qui domine, alors que les œuvres permettent une exploration profonde avec Berg, Strauss, Janacek ou Wagner.

En tant qu’interprète, l’opéra lui permet, mieux que le théâtre, de sortir du réalisme. On découvre aussi sa méfiance vis-à-vis de ce qui est russe et slave, d’où sa volonté d’américaniser Janacek (L’Affaire Makropoulos). Et son discours sur le public d’opéra bien établi est sans concession. Il souhaite que les intellectuels ne laissent pas l’opéra aux seules mains des mélomanes, et certaines réactions bruyantes de ce public, comme lorsque qu’il convoque des textes philosophiques dans ses productions, l’amènent à penser que  « dès qu’il y a quelque chose d’intelligent le public d’opéra s’énerve ..  »

Krzysztof Warlikowski - Iphigénie en Tauride au Palais Garnier (Septembre 2021)

Krzysztof Warlikowski - Iphigénie en Tauride au Palais Garnier (Septembre 2021)

Après 10 ans passés auprès de Gerard Mortier qui lui a appris le fonctionnement général d’un opéra, puis 12 ans à diriger la Canadian Opera Company de Toronto, Alexander Neef, nouveau directeur de l’Opéra de Paris, rêve d’un dialogue profond sur les œuvres entre l’institution et le public. 

Il accorde énormément d’importance à la relation de confiance avec le public, afin de pouvoir proposer des œuvres rares (Maometto II de Rossini). Il est toujours surpris que la direction d’orchestre ne fasse plus débat, mais se montre moins dogmatique que Gerard Mortier dans les choix de mises en scène et de répertoire. Il choisit de conserver les productions qui marchent (Carsen), de laisser le temps à d’autres d’être apprivoisées (Warlikowski), mais surtout, il lui importe de penser plus à l’intérêt de la maison qu’à son propre mandat. Il insiste enfin sur l’importance de la narration (en citant l’exemple des livrets d’Amin Maalouf), et trouve que Verdi et Mozart laissent plus de libertés aux interprétations que Puccini.

Alexander Neef et Sophie Bourdais - Rencontres Télérama septembre 2021

Alexander Neef et Sophie Bourdais - Rencontres Télérama septembre 2021

Pour leur part, Anne-Sophie Mahler et Katinka Deecke poussent la réflexion sans doute au-delà de ce que pourrait accepter un certain public habitué. Elles rêvent en effet de déployer des moyens techniques et numériques pour rendre l’expérience lyrique plus immersive, mais aussi de réserver aux salles de concert l'interprétation d'œuvres dans leur intégrité afin de permettre aux théâtres d'opéras de transformer les anciennes œuvres en œuvres d’art modernes, et envisagent également d'interpénétrer la musique et la nature.

Le processus de création musicale est abordé avec Thierry Escaich et le projet Claude né en 2013 d’après un texte de Victor Hugo. Le compositeur revient sur la distance à la réalité qui est inhérente à l’opéra, et sur sa manière d’élever le récit vers le symbolique pour en faire apparaître le côté atemporel. Son optimisme vis-à-vis de l’avenir de l’opéra repose avant tout sur sa nature protéiforme.

Alexander Kluge

Alexander Kluge

Cette même confiance sous les mots du cinéaste allemand Alexander Kluge prend une tournure plus abstraite avec l’exemple de la création Fremd de Hans Thomalla à partir d’un fragment de Médée de Cherubuni, et seule une écoute de l’œuvre permettrait de ne pas en rester à un discours théorique et intimidant.

Et le propos devient encore plus austère quand Julia Spinola (critique indépendante à Berlin) reconnaît que l’exigence artistique demande un réel effort et ne peut être accessible qu’à celui qui renonce à lui-même, cherche et veut comprendre. L’opposition avec le spectateur qui recherche d’abord son plaisir est frontale, mais on voit bien qu’il y a à nouveau une critique de la légèreté de l’auditeur que soulignait Krzysztof Warlikowski. L’artiste attend que l’autre entre dans son monde.

On est tenté de voir ici une rupture avec la nécessité d’atteindre le public le plus large possible si ce dernier n’est pas prêt à fournir un tel effort. Car l’idée qui est sous-entendue est que l’opéra ne peut être un art total que s’il est livré aux bras de chanteurs qui jettent toute leur vie dans leurs rôles, à des chefs d’orchestre qui osent relire des œuvres très connues, et à des metteurs en scènes visionnaires qui ne se satisfont pas de propositions superficielles.

Atiq Rahimi

Atiq Rahimi

Enfin, le romancier afghan Atiq Rahimi – l’auteur avec Thierry Escaich de la création mondiale de Shirine prévue au mois de mai 2022 à l’Opéra de Lyon – aborde la question de l’«émerveillement » comme sensibilité à quelque chose de mystérieux.

Lire cet ouvrage riche en références qui donnent du sens à l’action de Serge Dorny demande beaucoup de curiosité par ailleurs, et avoir sous la main les extraits des œuvres au format numérique (sur internet par exemple) est vivement recommandé.

Voir les commentaires