Articles avec #concert tag

Publié le 3 Janvier 2026

Missa Pastoralis Bohemica (Jakub Jan Ryba – Église de l’Exaltation-de-la-Sainte-Croix de Rožmitál pod Třemšínem, le 24 décembre 1796)
Concert du 17 décembre 2025
Paroisse Sainte Odile de Paris

Česká mše vánoční (1796)
1  Kyrie
2  Gloria
3  Graduale
4  Credo
5  Offertory
6  Sanctus - Benedictus
7  Agnus – Communio

Soprano Dagmar Šašková
Alto Marie Kopecká Verhoeven
Ténor Nicolae Hategan
Basse Carlo Andrea Masciadri
Orgue Stanislav Pavilek

Direction musicale Jan Krejčík
Chœur Montansier et Ensemble Instrumental D&M             
 Jan Krejčík

Depuis septembre 2021, le chœur Montansier de Versailles est dirigé par Jan Krejčík, compositeur et directeur musical issu de l’Academy of Performing Arts in Prague, ce qui entraîne régulièrement l’ensemble vers l’interprétation d’œuvres tchèques peu connues en France.

Le chœur Montansier de Versailles et, au premier plan, Stanislav Pavilek (orgue)

Le chœur Montansier de Versailles et, au premier plan, Stanislav Pavilek (orgue)

C’est ainsi à une Messe de Noël tchèque, la ‘Missa Pastoralis Bohemica’ de Jakub Jan Ryba, composée il y a 230 ans dans la petite ville de Bohême centrale de Rožmitál pod Třemšínem, qu’environ 200 personnes sont venues assister ce soir à la Paroisse Sainte Odile de Paris en présence de l’Ambassadeur de République Tchèque, Jaroslav Kurfürst, qui rappellera en introduction l’importance culturelle de cette pièce toujours célébrée aujourd’hui, une messe composée en tchèque à une époque où le latin était la norme dans l’église catholique.

Česká mše vánoční – Jakub Jan Ryba (Chœur Montansier Jan Krejčík) Église Sainte Odile

Il est très agréable d’entendre ce Kyrie où les deux bergers échangent sur un rythme pointé par un jeu de correspondance avec l’orgue et l’ensemble instrumental versaillais D&M, pour ensuite laisser place à un Gloria plus lent qui réserve une surprise lorsqu’un passage de voix féminines évoque inévitablement le duo de ‘La Flûte enchantée' entre Pamina et Papageno ‘Bei Männern, welche liebe fühlen’. Le chef d’œuvre de Mozart ayant été joué au Théâtre des États de Prague dès le 25 octobre 1792, un an après sa création à Vienne, il est difficile de ne pas croire que Jakub Jan Ryba ait pu l’entendre.

Le chœur Montansier de Versailles

Le chœur Montansier de Versailles

Puis, c’est le chant joyeux et dansant du chœur, fortement rythmé, s’entrelaçant aux conversations chantées des solistes qui va dominer toute la pièce menée avec verve et précision par Jan Krejčík.

Les voix des femmes participent au ravissement qui émane de ce chant ‘éveillé’, alors que celles des hommes agissent de façon plus sous-tendue

L'Eglise Saint Odile de Paris

L'Eglise Saint Odile de Paris

Et autant les couleurs des voix de Dagmar Šašková et Marie Kopecká Verhoeven se mélangent totalement de par l’écriture même qui leur est dévolue, autant celles des deux hommes, Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri, sont de tessitures très distinctes puisqu'ils incarnent respectivement un jeune et un ancien pâtres.

Le premier est un ténor roumain à la voix pleinement homogène qui, deux mois auparavant, avait rendu hommage à Georges Enesco lors d’un récital donné à l’Espace Bernanos, alors que le second est une basse colombienne très sombre faisant varier l’épaisseur de son timbre tout en restant constamment musical.

 Jan Krejčík, le chœur Montansier, l'Ensemble D&M et les solistes Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri

Jan Krejčík, le chœur Montansier, l'Ensemble D&M et les solistes Nicolae Hategan et Carlo Andrea Masciadri

L’ensemble respire l’esprit de communauté qui irrigue les scènes pastorales de cette Messe atypique, et l’humeur bon enfant qui s’en dégage finit par mettre à contribution le public lorsque le directeur musical propose à l’audience, en complément, de chanter ensemble une chanson tchèque ‘Narodil se Kristus Pán’ (‘Christ, le Seigneur, est né’) à partir d’un petit feuillet laissé près de chacun en début de concert.

Solistes, chœur et ensemble musical

Solistes, chœur et ensemble musical

Et le plus beau, probablement, est d’avoir réussi à unifier tous ces artistes avec rigueur tout en préservant une impression d’insouciance si nécessaire à l’approche de Noël.

Voir les commentaires

Publié le 30 Octobre 2025

Quatuor n°12 américain (Dvorak) et Quatuor n°8 (Chostakovitch)
Concert du 26 octobre 2025
Paroisse Sainte Marie des Batignolles, Paris

Antonín Dvořák (1841-1904) - Quatuor à cordes no 12 en fa majeur, B. 179 (op. 96) ‘Américain’ (01 janvier 1894 – Boston)
Dmitri Chostakovitch (1906-1975) -  Quatuor à cordes no 8 en ut mineur (opus 110)  (02 octobre 1960 – Moscou)

Janus Quartet
1er violon Irma Barbutsa-Ptskialadze 
2d violon Xavier Delcroix 
Alto Claire Rousset
Violoncelle Félix Delcroix

Ensemble formé à Paris en 2016, le Janus Quartet met en valeur le répertoire traditionnel du quatuor à cordes de Joseph Haydn jusqu’à la création contemporaine, tout en exploitant également les musiques plus populaires et les musiques de films qu’ils arrangent de façon à toucher un public plus large.

En ce dimanche après-midi, c’est au cœur de la paroisse Sainte Marie des Batignolles, un édifice ayant l’apparence d’un temple grec et une nef plutôt intime, que la formation interprète un concert d’une heure réunissant le Quatuor à cordes no 12 ‘Américain’ d’Antonín Dvořák et le très sombre Quatuor à cordes no 8 de Dmitri Chostakovitch.

Janus Quartet (Irma Barbutsa-Ptskialadze, Xavier Delcroix, Claire Rousset, Félix Delcroix)

Janus Quartet (Irma Barbutsa-Ptskialadze, Xavier Delcroix, Claire Rousset, Félix Delcroix)

Lié à la période américaine du compositeur tchèque (1892-1895) qui vit naître la Symphonie dite ‘Du Nouveau Monde’, le Quatuor à cordes n°12 évoque un esprit heureux et un charme profondément bucolique qui s’expriment le mieux au cours de son second mouvement lent.

L’empreinte du Janus Quartet sur cette partition assigne d’emblée un jeu sincère doté de caractère qui ancre une présence assez dense balançant entre un premier violon (Irma Barbutsa-Ptskialadze) au panache nerveux et pictural, un second violon (Xavier Delcroix) bien assuré, un alto (Claire Rousset) plus discret et un violoncelle (Félix Delcroix), placé face au 1er violon et donc en avant vers le public, d’une impeccable rondeur.

Leur unité atteint une captivante plénitude justement dans le lyrisme profond du second thème que les musiciens imprègnent d’une douceur fort chaleureuse, comme s’ils avaient atteint une forme de vérité qui leur soit propre.

L'Assomption de la Vierge - Paroisse Sainte Marie des Batignolles

L'Assomption de la Vierge - Paroisse Sainte Marie des Batignolles

Si la seconde partie du quatuor d’Antonín Dvořák voit de plus en plus les sonorités s’assouplir avec un premier violon généreusement exubérant, le Quatuor à cordes no 8 de Dmitri Chostakovitch opère une véritable plongée dans la noirceur désespérée d’une œuvre dédiée ‘aux victimes de la guerre et du fascisme’.

Il s’agit d’un mélange de lente gravité et de révolte vivace, qui se déchaîne cet après-midi sans ambages, dont le quatuor restitue suffisamment l’atmosphère suffocante pour laisser l’auditeur imaginer une marche à travers une ville en ruines.

Claire Rousset a de plus introduit le thème majeur de chaque pièce à travers deux poèmes, l’un léger et insouciant, l’autre plus poignant et vibrant avec les évènements qui se déroulent encore aujourd'hui à l’extrême Est de l’Europe.

L'Archange Saint-Michel

L'Archange Saint-Michel

Et pour finir sur une note plus tendre, le quatuor propose en bis un arrangement du quatrième lied des ‘Mélodies tziganes’ d’Antonín Dvořák, ‘Songs My Mother Taught Me’, air nostalgique si souvent repris, pour le plaisir de tous.

Voir les commentaires

Publié le 7 Septembre 2025

Berliner Philharmoniker – Kirill Petrenko
Festival Tour
Concert du 05 septembre 2025
Philharmonie de Paris – Grande Salle Pierre Boulez

9e Symphonie de Gustav Mahler (26 juin 1912 - Vienne)
Andante comodo
Im Tempo eines gemächlichen Ländlers
Rondo – Burleske. Allegro assai
Adagio

Après Lucerne, et avant la ville de Luxembourg, le Berliner Philharmoniker entame sa 7e saison avec Kirill Petrenko à sa direction par une tournée de Festival dévolue à une interprétation somptueuse de la 9e symphonie de Mahler, 3 ans après l’interprétation donnée par Gustavo Dudamel avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris à la Philharmonie.

Même si le compositeur autrichien avait avancé sa 10e symphonie avant de partir, la 9e symphonie est considérée comme une forme d’au revoir à une vie accomplie dans la ligne des 9e symphonies de Beethoven, Schubert, Bruckner et Dvořák.

Kirill Petrenko

Kirill Petrenko

Et ce qui est étonnant, avec le chef austro-russe, c’est la manière dont il transmet sa compréhension des sentiments avec un amour de la vie qui transparaît même le long des plaintes caressantes. L’expression est sérieuse, mais non dramatisée, ce qui permet d’approfondir la perception existentielle que draine l’écriture de cette musique qui surprend aussi bien par ses variations de courbes dans le temps que par ses secousses et ses changements de rythmes soudains.

Et tous les magnifiques développements de cordes, les résonances surréelles des cors et des cuivres élancés, sans effets perçants, les multiples détails des vents de l’orchestre berlinois ont une emprise sublimée par les qualités acoustiques de la Philharmonie, et ce dès le premier mouvement panthéiste de la symphonie.

La Philharmonie de Paris, le vendredi 05 septembre 2025

La Philharmonie de Paris, le vendredi 05 septembre 2025

C’est pourtant dans les deux mouvements suivants que Kirill Petrenko saisit par sa maîtrise métronomique implacable tout en obtenant une précision et une netteté sonores qui pourraient donner une impression d’automaticité, alors qu’en fait le geste chorégraphique est toujours vivant, très décidé et allant, parfois malicieux, sans qu’un moindre instant de saturation ne soit perceptible.

Kirill Petrenko

Kirill Petrenko

Puis vient le moment de quitter le rythme populaire à travers un dernier mouvement traversé par le très attendu et voluptueux drapé de cordes, intensément dense et vrillé de coloris d’argent, un tournoiement à en rendre l'esprit fou, qui aboutit à un état d’apesanteur rendu avec une irrésistible transparence et luminosité qui se reflètent dans le visage lunaire et épanoui de Kirill Petrenko, une vision poétique mais aussi très mystérieuse, une ouverture sur l'infini qui parachève une soirée où la violence et le sang froid se sont toujours accompagnés d’une plasticité finement dévoilée, sans chercher à entraîner l’auditeur vers des noirceurs trop pathétiques. 

On en sort impressionné et touché, à en respecter le silence.

Voir les commentaires

Publié le 16 Avril 2025

Musiques des compositeurs d’Europe Centrale
Concert du 6 avril 2025
Eglise St.Pierre (Plaisir)

Johannes Brahms (1833-1897)
Zigeunerlieder (Mélodies tziganes n°1, 2, 3, 5, 7) Op.103

Antonín Dvořák (1841-1904)
Cigánské písně (Mélodies tziganes n°2, 4, 5, 6, 7) Op.55

Leoš Janáček (1854-1928)
Sonate ’1er octobre 1905’ pour piano

Béla Bartók (1881-1945)
Six Danses populaires roumaines pour violon et piano

Simon Laks (1901-1983)
Huit chants populaires juifs

Mezzo-soprano Marie Kopecká Verhoeven (Ensemble Rés(O)nances)
Violon Cyril Verhoeven (Accompagnateur Atelier Lyrique du 3ND)
Piano Jan Krejčík (Ensemble Rés(O)nances)

C’est à un vrai voyage à travers les impressions musicales de la Bohème et de ses territoires voisins, depuis les années 1880 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, que Marie Kopecká Verhoeven et Jan Krejčík, artistes lyriques tchèques fondateurs de l’ensemble Rés(O)nances, ont invité les auditeurs venus les écouter à l’Église St Pierre de Plaisir un dimanche après-midi splendidement ensoleillé.

Et cette traversée de plus d’un demi-siècle ne va pas se limiter à uniquement transmettre le caractère fort et populaire de ces musiques, mais va aussi permettre d'évoquer l’évolution de courants nationaux et identitaires d’Europe centrale au moment même où s’aggravaient les oppressions antisémites sous les grands empire autoritaires.

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Le concert débute ainsi par cinq des onze mélodies tziganes écrites par Johannes Brahms de février à octobre 1888, interprétées par Marie Kopecká Verhoeven d’un timbre assuré aux couleurs de mezzo intenses dans les tonalités aiguës.

Bien qu’allemand, le compositeur hambourgeois s’était en effet découvert sensible, dès sa jeunesse, à la musique traditionnelle tzigane, ce qui donna naissance de 1858 à 1880 à ses célèbres 'Danses hongroises'.

Les 'Zigeunerlieder' sont le pendant vocal de ces danses, et ils sont chantés cet après-midi dans leur version pour soliste ce qui crée un rapport très centré sur l’expressivité de sentiments humains sans fioritures, avec une forme de lucidité dénuée de tous pathos, alors que ces airs racontent le souvenir d’êtres aimés ou aimants.

Marie Kopecká Verhoeven

Marie Kopecká Verhoeven

Puis, dans le même esprit, Marie Kopecká Verhoeven donne vie aux mélodies tziganes composées au début des années 1880 par Antonín Dvořák, compositeur tchèque qui avait gagné l’amitié de Johannes Brahms lors d’une présentation de sa ‘3e symphonie’ à un jury viennois dont faisait partie son aîné installé à Vienne durant toute sa carrière.

Car à cette époque où la langue allemande dominait l’empire d’Autriche, et par voie de conséquence la Bohème – la Tchéquie originelle -, les deux hommes se retrouvaient dans l’émancipation d’une identité musicale slave.

Et parmi ces mélodies, impossible de ne pas ressentir une vibration particulière pour le quatrième de ces lieder, ‘Les chansons que ma mère m’apprenait’, un air introspectif et nostalgique immortalisé par nombre de grands chanteurs, et régulièrement repris en bis.

Jan Krejčík

Jan Krejčík

Si pour ces deux premiers cycles de mélodies Jan Krejčík joue piano fermé de son toucher bienveillant et allant, la pièce qui suit l’autorise à l’ouvrir complètement de façon à lui donner sa pleine résonance.

Leoš Janáček, qui venait de créer à Brno en janvier 1904 un drame lyrique, ‘Jenůfa’, assista l’année d’après à une manifestation d’étudiants revendiquant la création d’une université tchèque.
La répression menée par les troupes autrichiennes conduisit à la mort d’un ouvrier, František Pavlík, ce qui marqua profondément le compositeur. 

Cet évènement lui inspira naturellement la composition de la Sonate ’1er octobre 1905’ pour piano, mais fort mécontent après la première, il détruisit la partition.

Heureusement, la pianiste Ludmila Tučková avait eu l'idée de recopier les deux premiers mouvements, ce qui sauva en partie cette œuvre engagée.

La violence des sentiments qu’elle recèle prend une puissance chargée à l’écoute de cette partition rendue avec un sens narratif prégnant de la part de Jan Krejčík, d’autant plus que ce dernier a pris le temps de présenter en préambule le contexte de la création, l’auditeur pouvant ainsi faire toute une association d’idées au cours de l’interprétation.

Cyril Verhoeven

Cyril Verhoeven

Puis vient un moment d’une grande proximité quand Cyril Verhoeven interprète au violon les 'Six danses populaires roumaines' que composa Béla Bartók en 1915. Compositeur hongrois né à l’ouest de l’actuelle Roumanie et sensible, lui aussi, à l’âme populaire locale, il signa à travers ces courtes danses un tableau pittoresque et haut-en-couleur de la Transylvanie.

Accompagné au piano, le jeune violoniste donne à ces danses un cachet à la fois d’une grande finesse mais aussi bardé de sonorités âpres qui dessinent des traits de caractères forts et charmants.
L’immersion dans un univers typique de l’Europe centrale stimule inévitablement un imaginaire réconfortant.

La Bohème enchantée (Marie Kopecká Verhoeven Cyril Verhoeven Jan Krejčík) Église St Pierre Plaisir

Cette légèreté attachante va pourtant s’achever par un cycle d’airs nés d’un drame absolu.
Les premières pièces de ce récital composées au tournant des années 1880 sont contemporaines de l’assassinat d’Alexandre II en 1881 à Saint-Pétersbourg, Tsar qui avait instauré une politique de tolérance à l’égard des juifs. Mais des réactionnaires firent croire à un attentat organisé par ces derniers, ce qui mit fin à cette politique d’ouverture alors que l’antisémitisme se renforçait partout en Europe.
Un pogrom se déclencha à Varsovie.

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

En 1925, le compositeur et violoniste polonais Simon Laks s’installa à Paris, la France étant reconnue comme le premier pays européen à avoir accordé la pleine égalité de droits aux Juifs à l’issue de la Révolution française. Il fut cependant arrêté au moment de l’occupation allemande, interné dans un camp de Pithiviers en 1941, car juif, et devint chef d’orchestre des prisonniers du camp d’Auschwitz - le fait qu’il soit musicien lui ayant probablement sauvé la vie -.

Une fois libéré, il composa en 1947 un cycle de 'Huit chants populaires juifs' en souvenir d’une culture détruite, et ce sont ces chants méditatifs que Marie Kopecká Verhoeven interprète en conclusion de ce concert avec ce même soin accordé aux nuances du phrasé.

Jan Krejčík, Cyril Verhoeven et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík, Cyril Verhoeven et Marie Kopecká Verhoeven

Intitulé ‘La Bohème enchantée’, ce concert-récital est autant l’occasion de s’imprégner d’une identité musicale forte que de sentir comment elle est le témoignage de la sensibilité de musiciens pris dans le fil de l’Histoire.

Voir les commentaires

Publié le 16 Décembre 2024

Concerto pour violoncelle (Édouard Lalo – 9 décembre 1877, Concerts populaires Paris)
Symphonie n°8 (Anton Bruckner – 18 décembre 1892, Vienne)
Concert du 15 décembre 2024, 14h
Notre-Dame du Perpétuel Secours – Paris

Direction musicale Othman Louati
Orchestre Impromptu
Violoncelliste Askar Ishangaliyev
(ensemble Le Balcon)

 

                                                                Othman Louati

Après la 6e symphonie de Gustav Mahler jouée à l’entrée de l’hiver dernier, l’Orchestre Impromptu, grand orchestre amateur de plus de cent musiciens fondé en 1994, propose à l’approche de Noël d’écouter deux ouvrages qui connurent leur première un mois de décembre, le Concerto pour violoncelle d’Édouard Lalo (9 décembre 1877) et la 8eme symphonie d’Anton Bruckner (18 décembre 1892).

Quatre concerts seront donnés en une semaine, l’un à la paroisse Saint-Gabriel, près du square Sarah Bernhardt, deux autres à l’église Saint-Marcel, boulevard de l’Hôpital, et un quatrième, en ce dimanche, à Notre-Dame du Perpétuel Secours, dans le quartier de Ménilmontant, qui se distingue à l’extérieur par sa flèche très haute et effilée.

Préparation de l'Orchestre Impromptu

Préparation de l'Orchestre Impromptu

La virtuosité du violoncelle est mise à l’honneur en ce début d’après midi avec la pièce concertante qu’Édouard Lalo lui a dédié. Askar Ishangaliyev, soliste de l’Ensemble Le balcon, invite à entendre tout ce que cet instrument a de suavité expressive, mêlant vivacité de traits et attention à homogénéité d’un son riche en vibrations aux teintes pleinement ambrées.

Le violoncelle se détache sensiblement, étant mis au premier plan de par sa position légèrement surélevée située en avant de l’orchestre, si bien que la configuration de l’ensemble a tendance à fondre fortement le délié orchestral, créant une large nappe enveloppante mais moins bien définie. 

A travers cette musique, les motifs subtilement orientalistes que l’on entend, tout en admirant les arches du chœur de l’église, sont du plus bel effet.

Askar Ishangaliyev (Violoncelliste) et Othman Louati

Askar Ishangaliyev (Violoncelliste) et Othman Louati

Après une courte pause, la 8e symphonie de Bruckner replace cependant l’orchestre au premier plan; surtout que ce dernier enclenche un premier mouvement monumental mené avec une noirceur qui s’exprime avec une telle intensité qu’elle en réveillerait les morts. Le regard porté sur la structure gothique de la nef centrale, peu éclairée dans sa partie supérieure, tend même à accentuer la froideur que les jeux d’ombres inspirent sous l’emprise d’une telle musique.

Othman Louati dirige ainsi avec une grande énergie et un allant décomplexé qui auraient pu s’avérer fracassants dans un tel édifice. Pourtant, les cuivres résonnent de tout leur éclat sur les parois latérales de façon spectaculaire, les cors créent des impressions austères plus lointaines mais avec du souffle, et les cordes font entendre aussi bien ces évanescences irréelles romantiques que l’on aime tant chez Bruckner, que des moirures au brillant vif et scintillant qui surplombent la masse instrumentale. Les percussions ont également une très bonne netteté.

Notre-Dame du Perpétuel Secours – Paris

Notre-Dame du Perpétuel Secours – Paris

Il n’est pas toujours évident de dégager ainsi le relief orchestral dans une acoustique qui a tendance à noyer les ondes les plus graves, mais que de poésie quand les lignes des motifs s’évanouissent dans la nef, et surtout quelle constance dans la tension vitale qui est insufflée et qui contribue à donner du nerf sans relâche aux musiciens!

Sous le geste ferme et architectural du chef d’orchestre, la ferveur épique l’emporte grandement dans un tel cadre, mais il y a aussi cette impression, tout au long de l’interprétation, qu’il s’agissait d’une lutte entre des forces sombres et des aspirations à la lumière et à la légèreté de la vie.

L'Orchestre Impromptu

L'Orchestre Impromptu

Voir les commentaires

Publié le 14 Décembre 2024

L’Oiseau de Feu (Igor Stravinsky
25 juin 1910, Opéra de Paris)
Daphnis et Chloé, suite n°2 (Maurice Ravel

08 juin 1912, Théâtre du Châtelet)
Valse (Maurice Ravel

12 décembre 1920, Concerts Lamoureux, Paris)
Bis : Boléro (Maurice Ravel

22 novembre 1928, Opéra de Paris)

Concert du 09 décembre 2024
Grande salle Pierre Boulez
Philharmonie de Paris

Direction musicale Teodor Currentzis
Orchestre de l’Opéra national de Paris

Chef d’orchestre énormément apprécié par Gerard Mortier qui le fit découvrir au public parisien à travers les lectures verdiennes de 'Don Carlo' et ‘Macbeth’ représentées à l’opéra Bastille respectivement en juillet 2008 et mai 2009, Teodor Currentzis célèbre cette année ses 20 ans de trajectoire artistique extraordinaire depuis la fondation de son premier ensemble, Musica Aeterna, en 2004 au même moment où il devint le chef d’orchestre principal de l’opéra de Novossibirsk.

Cette même année, il dirigea ‘Aida’ dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov qui sera récompensée d’un ‘Masque d’Or’.

Teodor Currentzis

Teodor Currentzis

Depuis, les collaborations se sont poursuivies avec ce génial metteur en scène (‘Macbeth’ – Paris 2009, ’Wozzeck’ – Bolshoi 2009), puis, quelques années plus tard, avec Peter Sellars (‘Iolanta/Perséphone’ – Madrid 2012,  ‘The Indian Queen’ – Madrid 2013, ‘La Clémence de Titus’ – Salzbourg 2017, ‘Idomeneo’ – Salzbourg 2019) et Romeo Castellucci (‘Le Sacre du Printemps’ – Ruhrtriennale 2014, ‘Jeanne au Bûcher’ – Perm 2018, ‘Don Giovanni’ – Salzbourg 2021, ‘Le Château de Barbe-Bleue/De Temporum fine comœdia’ – Salzbourg 2022).

Teodor Currentzis est ainsi un artiste qui a à dire dans tous les répertoires, du Baroque au contemporain, en passant par les grands compositeurs du XIXe siècle ('Das Rheingold' - Ruhrtriennale 2015), faisant entendre des couleurs, des ornementations et des rythmes souvent inhabituels dans ces ouvrages. Il a dorénavant créé un nouvel ensemble, Utopia, qui  regroupe depuis 2022 des musiciens du monde entier dont certains sont Russes et Ukrainiens.

Musiciens de l'orchestre de l'Opéra national de Paris

Musiciens de l'orchestre de l'Opéra national de Paris

Pour ses retrouvailles avec l’orchestre de l’Opéra national de Paris, 15 ans après ‘Macbeth’, le chef d’orchestre greco-russe a choisi un programme classique et couramment enregistré qui regroupe deux œuvres de commande de Serge Diaghilev pour les scènes parisiennes, ‘L’Oiseau de Feu’ de Stravinsky et un extrait de ‘Daphnis et Chloé’, la suite n°2, de Maurice Ravel, complété par une apothéose, ‘La Valse’, née également sous l’impulsion du fondateur des Ballets russes.

La souplesse avec laquelle il dirigera ce soir la phalange parisienne sera un enchantement de bout en bout. Dans ‘L’Oiseau de Feu’, il obtient un son d’un velouté somptueux, les motifs sombres serpentent sous une tension éclatante, et il entraîne les bois dans des jeux de courbes orientalistes qu’il dessine lui même avec son corps comme s’il cherchait à communiquer au subconscient des musiciens une manière de faire vivre la musique. Il peut ainsi passer d’une lascivité hypnotique à une sauvagerie rythmique parfaitement précise qui donne à l’ensemble du ressort et un allant très élancés.

Teodor Currentzis

Teodor Currentzis

Dans ‘Daphnis et Chloé’, puis la ‘Valse’, on retrouve cette même volupté et finesse d’ornementation avec un contrôle des volumes caressant et une frénésie diabolique d’où jaillit un hédonisme sonore fait de chatoiements mirifiques et de peintures chaleureuses au sensualisme véritablement klimtien.

Cette rigueur enrobée d’une tonalité ludique fait ainsi ressentir une volonté d’imprégner l’auditeur en profondeur de ces musiques enivrantes, et de lui offrir une plénitude obsédante.

Le choix du 'Boléro' en bis découle naturellement du thème de l’exposition Ravel Boléro inaugurée six jours plus tôt à la Philharmonie, mais est aussi une manière d’exposer à nouveau cette science de l’envoûtement qu’aime tant arborer Teodor Currentzis.

Teodor Currentzis

Teodor Currentzis

Standing ovation spontanée de la part des musiciens et du public aux sourires béats, et, pour un instant, le rêve d’une rencontre de cœur entre un chef et des musiciens qui puisse se nouer en une grande aventure artistique.

Quoi qu’il en soit, nous retrouverons Teodor Currentzis au Palais Garnier à partir du 20 janvier auprès de son complice Peter Sellars pour interpréter une version de ‘Castor et Pollux’ avec l’Orchestre et les Chœurs Utopia qui pourrait bien être encore source d’innovations musicales inspirantes.

Teodor Currentzis

Teodor Currentzis

Voir les commentaires

Publié le 1 Décembre 2024

Les Offrandes oubliées (Olivier Messiaen – 19 février 1931, Théâtre des Champs-Élysées)
Symphonie n°7 (Anton Bruckner – 30 décembre 1884, Leipzig)
Concert du 21 novembre 2024
Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique

Direction musicale Philippe Jordan
Orchestre national de France
Violon solo Sarah Nemtanu

 

‘Les Champs-Élysées sont aussi pour moi un grand souvenir, car on y a donné ma première œuvre d’orchestre – j’étais à ce moment là un petit jeune homme fort timide de 22 ans -, et c’est Walter Straham qui a dirigé mes ‘Offrandes oubliées’ – c’était, je crois, en 1931 -. J’avais le cœur si tremblant que je n’entendais absolument rien de ce qui se passait sur la scène, mais je crois que l’exécution a été excellente, et l’accueil a été très favorable, ce qui est assez surprenant.’

Ainsi se rappelait Olivier Messiaen de la création de son œuvre lors d’une interview rediffusée sur France Musique, une méditation symphonique décomposée en trois volets, ‘La Croix’, ‘Le Péché’ et ‘L’Eucharistie’, que Cristian Măcelaru avait déjà choisi d’interpréter il y a 3 ans avec l’Orchestre national de France, en ouverture de saison à l’Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique.

Philippe Jordan

Philippe Jordan

Dans sa structure, l’œuvre commence par de lents entrelacs de cordes dont le métal est utilisé pour créer des effets d’irisations, puis, après une brève transition assombrie par les bassons, un déferlement d’attaques décrit une course vers l’abîme, un peu comme dans ‘La Damnation de Faust’, les cisaillements des cordes se faisant âpres, battus par les timbales, jusqu’à une montée prodigieuse mêlant cuivres et percussions. Après une fracture nette, les bassons reprennent leur motif de calme noir pour mener au mouvement lent final, où les violons s’étirent dans les aigus dans une ambiance quasi-mystique.

Philippe Jordan, dont a été annoncé dès le matin avec joie et sourires sa nomination à partir de septembre 2027 à la direction de l’Orchestre national de France, obtient des musiciens une clarté diaphane qu’il affectionne beaucoup dans le répertoire français du XXème siècle, une flamboyance quasi-straussienne dans le mouvement central avec un net effet d’entraînement qui bouscule cette surprenante envolée, avant de retrouver un espace de recueillement intime qu’il va étirer avec finesse jusqu’au long silence conclusif.

L'Orchestre national de France - 7e symphonie de Bruckner

L'Orchestre national de France - 7e symphonie de Bruckner

La pièce principale de la soirée est cependant la 7e Symphonie d’Anton Bruckner rendue célèbre au cinéma par le film de Luchino Visconti ‘Senso’ (1954), à travers laquelle on retrouve sous la gestuelle souple et enveloppante de Philippe Jordan les ombres veloutées et sous-jacentes qu’il sait si bien mettre en valeur dans les ouvrages wagnériens pour lesquels le compositeur autrichien vouait aussi une immense admiration.

Ce soir, la volonté de maintenir un rapport au corps serré avec l’orchestre est saillant ce qui transparaît dans la grande densité de l’interprétation. Les mouvements des contrebasses s’apprécient pour leur moelleux, les cuivres clairs se montrent pimpants et les cors chaleureux, le trait poétique de la flûte est lumineusement coloré, et après un superbe adagio prenant et recueilli, sans virer aux états d’âmes trop crépusculaires, scherzo et final sont menés avec une véhémence flamboyante aux courbes et volumes d’une malléabilité magnifique.

On sent le soin accordé à l’enchantement suscité par des motifs très fins et des piqués légers, et il est très beau de voir comment sous un apparent calme cérémoniel Philippe Jordan peut faire ressortir une effervescence d’un grand raffinement tenue par une ligne aristocratique très élancée.

Philippe Jordan - 7e symphonie de Bruckner

Philippe Jordan - 7e symphonie de Bruckner

Beaucoup d’enthousiasme en fin de concert entre musiciens, public et chef d’orchestre, tant cette soirée est placée sous le sceau de l’évidence, et augure d’un avenir prometteur.

L'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique

L'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique

Voir les commentaires

Publié le 29 Septembre 2024

Œuvres d’ Aram Khatchatourian (de 1942 à 1964 – Moscou, Perm, Leningrad)
Concert du 29 septembre 2024
Cité de la Musique
Salle des Concerts

Mascarade - suite orchestrale ( 8 novembre 1944,  All-Union Radio Symphony Orchestra)
Valse, Nocturne, Mazurka, Romance, Galop

Concerto-Rhapsodie pour violoncelle et orchestre en ré majeur ( 4 janvier 1964 – dédicacé à Mstislav Rostropovitch)

Gayaneh – extraits (9 décembre 1942, Théâtre Kirov de Perm)
Berceuse, Danse des jeunes filles , Danse d’Aïcha , Danse du sabre

Spartacus – extraits des suites orchestrales (27 décembre 1956, Théâtre Kirov de Leningrad)
Danse des nymphes, Scène et danse avec les crotales, Variation d’Égine et bacchanale, Adagio de Spartacus et Phrygia, Danse des filles de Gadès et victoire de Spartacus

Violoncelle Astrig Siranossian
Direction musicale Sergey Smbatyan
Orchestre symphonique d’État d’Arménie

Peuple ayant éprouvé la domination perse, l’influence macédonienne, la résistance aux Parthes et aux Romains, les expansions successives sassanide, omeyyade, abbasside, byzantine, seldjoukide, mongole, turque, ottomane et soviétique, les Arméniens affichent avec grande fierté d’être la première nation chrétienne de l’histoire depuis que le roi Tiridate IV accepta de se convertir au christianisme en 301.

Aujourd’hui, en conflit avec l’Azerbaïdjan qui vient de contraindre à l’exode les Arméniens du Haut-Karabagh (80% de la population), l’Arménie renforce ses relations avec la France.

Sergey Smbatyan et l'Orchestre symphonique d’État d’Arménie

Sergey Smbatyan et l'Orchestre symphonique d’État d’Arménie

Le week-end du 28 et 29 septembre 2024 à la Philharmonie de Paris vise ainsi à célébrer la culture arménienne riche de ses traditions.

Le concert programmé en ce dimanche après-midi est dédié à Aram Khatchatourian (1903-1978), musicien emblématique qui a su faire renaître la musique traditionnelle arménienne à travers ses compositions modernes, et notamment ses musiques de ballets dont trois de ces œuvres sont interprétées en partie à cette occasion.

Bien que créé sous forme de musique de scène en 1941, puis transformé en suite orchestrale en 1944, ‘Mascarade’ ne deviendra un ballet qu’en 1982 sur la scène du Théâtre d’opéra et de ballet d’Odessa grâce au montage réalisé par Edgar Oganesyan

Sa valse introductive est bien connue, mais son galop final, lui, vaut surtout pour son énergie facétieuse et endiablée qui annonce ‘La danse du sabre’. Cette première pièce permet de découvrir l’excellente cohésion du jeune Orchestre symphonique d’État d’Arménie et la souplesse explosive de la direction de Sergey Smbatyan qui laisse toutefois les percussions éclater avec un lâcher prise à la limite du hors contrôle.

Mascarade Gayaneh Spartacus (Aram Khatchatourian) Cité de la musique

Puis, la violoncelliste française Astrig Siranossian rejoint les musiciens en place centrale pour interpréter le 'Concerto-Rhapsodie', une pièce qui commence par des réminiscences orchestrales orientalisantes, et qui laisse place ensuite à la verve de la soliste.

Elle laisse couler une douce mélancolie, mais imprime aussi un mordant de fer avec les cordes qui traduit le très grand volontarisme du tempérament arménien.

Et pour faire plaisir au public, elle fait découvrir un air arménien ‘Sareri Hovin Mernem’ - Je mourrai au vent des sommets de tes montagnes - qui nous connecte instantanément à la haute spiritualité arménienne qu’elle chante avec profondeur tout en jouant du violoncelle, une correspondance entre voix et instrument absolument somptueuse qui nous emmène loin sur des lieux anciens de haute altitude.

Astrig Siranossian

Astrig Siranossian

La seconde partie du concert rend encore plus hommage à l’inventivité de Khatchatourian à travers deux célèbres ballets, ‘Gayaneh et ‘Spartacus’.

De ‘Gayaneh’, personne n’ignore ‘ La danse du sabre’ et sa folie pétaradante, mais ‘La danse d’Aicha’ permet aussi d’entendre le velours des cordes graves de l’orchestre.

Cependant, quel dommage que nous n’ayons pas entendu de ce ballet  l’’Adagio’ que tout amateur de ‘2001 L’Odyssée de l’espace’ de Stanley Kubrick connaît bien, puisque ce passage qui exprime une solitude nostalgique poignante y est utilisé dans la scène où Dave s’entraîne seul sur le pont du vaisseau spatial. 

L'Orchestre symphonique d’État d’Arménie

L'Orchestre symphonique d’État d’Arménie

Il est vrai que les musiques que l’on découvre, ou redécouvre, en seconde partie montrent à quel point Aram Khatchaturian a su développer un style qui allait inspirer nombre de musiques de films du XXe siècle.

C’est particulièrement évident dans ‘Spartacus’, ballet créé en 1956 à Leningrad, dont l’'Adagio de Spactacus et Phrygia' évoque le romantisme hollywoodien et notamment l’ouverture de ‘Mayerling’ de Terence Young, avec Omar Sharif et Catherine Deneuve, dont le thème est directement empreint de ce si beau passage.

Sergey Smbatyan

Sergey Smbatyan

En rendant hommage à Aram Khatchatourian, ce concert d’une essence véritablement populaire, fait ainsi sentir comment le compositeur arménien a su intégrer la tradition arménienne au cœur des grands élans musicaux contemporains, et le petit bijou chanté par Astrig Siranossian permet aussi d’atteindre le cœur éternel de cette culture dont les musiciens vus et entendus cet après-midi ont su si bien défendre la force et la très haute tenue.

Voir les commentaires

Publié le 19 Septembre 2024

3e Symphonie (Gustav Mahler -
                          9 juin 1902, Krefeld)
Concert du 19 septembre 2024
Maison de la Radio et de la Musique 
Auditorium de Radio France

Ce que me content les Rochers.
Ce que me content les Fleurs des Prés
Ce que me content les Animaux de la Forêt
Ce que me conte l’Homme
Ce que me content les Anges
Ce que me conte l’Amour

Contralto Gerhild Romberger
Direction musicale Jukka-Pekka Saraste
Orchestre Philharmonique de Radio France
Chœur de Radio France et Maîtrise de Radio France

En résonance avec l’ouverture de la saison précédente qui avait permis d’entendre à la Philharmonie la '3e symphonie' de Gustav Mahler interprétée par l’Orchestre de Paris sous la direction de Semyon Bychkov, c’est cette fois le Philharmonique de Radio France qui présente en ce mois de septembre l’un des monuments éblouissants de la fin du romantisme dont la première exécution fut dirigée par le compositeur lui-même en juin 1902 à la Stadthalle de Krefeld, une salle de 1600 places, devant Richard Strauss, Alma Mahler et Engelbert Humperdinck.

Gerhild Romberger et Jukka-Pekka Saraste

Gerhild Romberger et Jukka-Pekka Saraste

Ce soir, c’est Jukka-Pekka Saraste qui assure la direction musicale, Mikko Franck, souffrant, ayant du se désister.

L’auditorium de la Radio, empli de spectateurs jusque dans les recoins les plus escarpés de ses chaleureux balcons en bois, se présente comme un écrin qui devrait accentuer la profondeur des passages les plus intimes, mais ce qui frappe dans l’interprétation du premier mouvement est la nature abrupte de sa structure avec des cuivres qui creusent des courants dissonants comme pour traduire les torsions de la matière. Les cordes entretiennent une tension frémissante, et il est assez étrange de se sentir dans l’univers du second acte du ‘Siegfried’ de Richard Wagner, ce qui a du sens puisque les impressions de la nature y jouent aussi un rôle important.

Orchestre Philharmonique de Radio France

Orchestre Philharmonique de Radio France

L’engagement des musiciens est merveilleux, et le soin qu’ils accordent tous à la clarté des détails, à la vivacité des lignes, à l’étirement des sons afin de les fusionner irrésistiblement, tout en semblant se nourrir eux-mêmes du son qu’ils produisent, est très beau à voir.

Chœur de Radio France et Maîtrise de Radio France

Chœur de Radio France et Maîtrise de Radio France

Vient le moment où la contralto Gerhild Romberger aborde le passage sur ‘ce que me conte l’Homme’, et le pathétisme du galbe de sa voix chargée de noirceur est d’une plénitude magnifique tant elle semble travaillée avec la même délicatesse que celle d’un verrier modelant finement un cristal à chaud - il sera d’ailleurs possible de la réentendre en Erda dans ‘Siegfried’ en avril prochain à la Philharmonie -.

Installés en arrière scène avec une allure de juges sérieux et impassibles, les enfants de la Maîtrise de Radio France se révèlent des anges très sûrs d’eux, leurs voix étant bien timbrées et harmonieusement équilibrées à celles des femmes, ce qui rend une impression de sérénité joyeuse fort charmante.

Orchestre Philharmonique de Radio France

Orchestre Philharmonique de Radio France

Mais le plus beau est dans la façon dont l’orchestre s’enfonce dans les voluptés de l’Amour. Il est souverain à insuffler un mouvement de fond aux contrastes prenants, un son d’une plasticité magnifique chargé d’irisations et d’éclats crépusculaires portés par une respiration à fleur de peau d’une densité chaleureuse impossible à se défaire.

Une interprétation rare qui vous reconnecte à l’essentiel.

Voir les commentaires

Publié le 31 Juillet 2024

Wagner und Zeitgenossen - Romantisches Feuerwerk für Cello und Klavier
Concert du 28 juillet 2024
Kammermusiksaal
Steingraeber & Söhne – Bayreuth

Paul Juon Marches Op.8 (1899)
Johannes Brahms Regenliedsonate Op. 78/1 (1879)
Richard Wagner Romanze E-dur - Nach dem Albumblatt (1861)
Gioachino Rossini Une larme (1858)

Violoncelle Tatjana Uhde
Piano Lisa Wellisch

En ce début de l’édition 2024 du Festival de Bayreuth, la maison Steingraeber & Söhne (fabricant de piano à Bayreuth depuis 1852), accueille dans sa salle de musique de chambre spécialement aménagée deux jeunes artistes qui se connaissent bien puisqu’elles ont enregistré en 2021 un premier album, ‘Märchenbilder’, deux ans après leur première rencontre en cette même ville.

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

Originaire de Freiburg, Tatjana Uhde fait dorénavant partie de l’orchestre de l’Opéra national de Paris en tant que deuxième violoncelle solo, et retrouve chaque l’été l’orchestre du Festival de Bayreuth, alors que Lisa Wellisch, qui a étudié à Stuttgart avec le mari de Tatjana, vit à Eckersdorf, et mène une carrière de pianiste indépendante.

Le programme qu’elles proposent en ce dimanche matin relie plusieurs pièces du romantisme allemand issues d’auteurs contemporains de Richard Wagner, créées pour instrument à cordes (violon, violoncelle ou contrebasse) et piano, qui se trouvent ainsi unifiées par la tessiture du violoncelle qui représente une même voix humaine parcourue d’émotions changeantes.

Le déroulement du concert se fait à rebours du temps sur 40 ans, puisque l’on part de 1899 pour finir en 1858.

Brahms Wagner Rossini (Uhde Wellisch) Steingraeber Haus – Bayreuth

Paul Juon, compositeur suisse d’origine russe, acheva ses études à Berlin à la fin du XIXe siècle où il composa ses premières œuvres. ‘ Marches’ est une pièce qui porte en elle une certaine légèreté insouciante et une composante mélodique qui n’est pas sans évoquer, en seconde partie, le charme des compositions de Tchaïkovski. La résonance du violoncelle de Tatjana Uhde est emplie d’un son vibrant très dense, avec de la matière même dans l’aigu, que le geste de la musicienne assouplit de manière à raviver des impressions passées qui deviennent fortement présentes.

Au piano, Lisa Wellisch offre une image stoïque de maîtrise et d’attention à sa partenaire, et pourtant, les sonorités sont, elles, chargées d’une intense noirceur cristalline, et ce romantisme pétri de chair bien ancrée sera dominant tout au long du récital.

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

La célèbre sonate ‘Regenlied’ de Johannes Brahms, composée originellement pour le violon, sur la rive nord de Wörthersee à la frontière de l’Italie et de l’Autriche, s’enchaîne très naturellement avec son premier mouvement enjoué et virtuose. Et c’est dans l’adagio central que le moelleux du violoncelle se révèle le plus feutré en nous emmenant au cœur de ces impressions qui mêlent nostalgie et sentiment de plénitude.

Dans le même esprit, parée des couleurs du violoncelle, la Romanze de Richard Wagner gagne en profondeur et montre aussi quelle finesse d’aigu il est possible d’atteindre avec cet instrument, et c’est sur une œuvre très mélancolique, ‘Une larme’, composée pour contrebasse par Gioachino Rossini, lorsqu'il revint vivre à Paris, que se conclut ce voyage à la fois incisif et inspirant.

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

Tatjana Uhde (Violoncelle) et Lisa Wellisch (Piano)

Loin d’accentuer la noirceur mélancolique inhérente à cette pièce, Tatjana Uhde la teinte d’une forme d’espérance, et la prégnance de ces interprétations fortes entendues en cette fin de matinée vaut aux deux musiciennes une reconnaissance très marquée et chaleureuse devant un public venu faire salle comble. 

Voir les commentaires