Articles avec #concert tag

Publié le 28 Novembre 2021

Blanc & Noir (Résonances lyriques - 2021)
Histoire d’une nuit de pleine lune où les photos prennent vie ...
Représentation du 18 novembre 2021
Centre culturel tchèque de Paris – 18, rue Bonaparte, Paris 6e

Alban Berg Die Nacht (1907)
Ottorino Respighi O falce di Luna (1909)
Richard Strauss Leise Lieder (1899)
Maurice Ravel Une barque sur l’océan (1905)

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Piano, musique électroacoustique Jan Krejčík
Effets visuels, sculptures éphémères en eau Dominique Defontaines

Le nouveau spectacle de l’ensemble Résonances lyriques, joué au Centre culturel tchèque de Paris un vendredi soir d’automne, est une mise en correspondance entre un moment bien particulier du cycle céleste, une sélection de mélodies évocatrices, et une installation visuelle.

Blanc & Noir

Blanc & Noir

Les spectateurs se retrouvent ainsi assis face au mur le plus large de la salle à admirer une composition photographique en apparence simple qui comprend une façade de maison en style Art Nouveau ornée d’arches et de courbes douces et élégantes, un verre d’eau derrière lequel un soleil se couche, la pénombre sur le visage de Marie Verhoeven, les mers et cratères de la pleine lune, un coucher de lune sur la mer.

En surimpression, nous observons les trois artistes de Résonances Lyriques, Marie, Jan et Dominique qui se promènent devant cette galerie d'où ressort une forme récurrente, la rondeur.

Jan Krejčík (piano) et Marie Verhoeven (chant)

Jan Krejčík (piano) et Marie Verhoeven (chant)

La nonchalance, la lenteur du pas, les visages qui semblent ne pas remarquer la présence du public, créent un univers poétique qui va, pour un moment, se briser sur un arrêt sur image. Puis, un bouchon de champagne éclate dans le noir, et la vidéo reprend son cours. Mais certaines images qui s’animent sont cette fois formées par des effets sur eau que maîtrise Dominique Defontaines, sans que pour autant les spectateurs n’aient le moindre indice pour le deviner. Une confusion entre la réalité de l’instant et l’illusion graphique s’immisce petit-à-petit dans cette œuvre éphémère.

Montage vidéo avec effets réels (Jan Krejčík au premier plan)

Montage vidéo avec effets réels (Jan Krejčík au premier plan)

Et pour accroître l’emprise de ce moment à la fois humoristique et mélancolique, Marie Verhoeven et Jan Krejčík, disposés sur le côté dans l’ombre aux teintes gris cendré, un autre effet lunaire, interprètent sur ces images hypnotiques de mouvements en spirale et d’eau ondoyante des poèmes musicaux chantés d’Alban Berg, Ottorino Respighi, Richard Strauss et Maurice Ravel, qui exaltent la nuit, l’eau et la lune.

Marie Verhoeven (chant)

Marie Verhoeven (chant)

La plénitude des notes du piano et la richesse du timbre de voix distillent le charme d’une atmosphère nocturne inspirée par la période des compositeurs impressionnistes du début du XXe siècle qui s’inscrivaient à ce moment là dans le mouvement de la Sécession de Vienne – les quatre mélodies ont toutes été composées peu avant la Première Guerre mondiale -.

S'opère ainsi un retour nostalgique dans le temps envouté par des musiciens qui idéalisaient leur monde. Une forme d’innovation douce, en quelque sorte, qui correspond si bien à ce que nous vivons ce soir là avec tant de sentiments apaisés.

Montage vidéo avec effets réels (de dos, Jan Krejčík, Dominique Defontaines et Marie Verhoeven)

Montage vidéo avec effets réels (de dos, Jan Krejčík, Dominique Defontaines et Marie Verhoeven)

Et ce voyage réflexif est si immersif que lorsque qu’il arrive à son terme après La barque sur l’eau,  il plane un moment de doute dans l’attente hypothétique que la nuit ne se prolonge. 

La pleine Lune dans la nuit du 18 au 19 novembre 2021

La pleine Lune dans la nuit du 18 au 19 novembre 2021

Voir les commentaires

Publié le 6 Novembre 2021

Tim Dup
Concert du 04 novembre 2021
La Cigale - Paris

À ciel ouvert
Rhum coca
Une autre histoire d'amour
La course folle
Une envie méchante
Montecalvario
(avec Aurélie Saada)
D'alcool et de paysages
Mourir vieux (avec toi)
Juste pour te plaire
Les cinquantièmes hurlants
Soleil noir
Je te laisse
Pertusato
Vers les ourses polaires

Bis :
Place espoir
L'univers est une aventure
Demain, peut-être
Le visage de la nuit

Chant Tim Dup
Basse Thomas Clairice
Guitare François Lasserre

S’il a comme beaucoup d’artistes souffert des confinements qui anesthésièrent la vie culturelle du printemps 2020 à l’été 2021, cette même période lui aura au moins profité lorsque le 14 janvier 2021 la chaîne Arte Concert diffusa son récital enregistré à la Boule Noire le 11 décembre 2020.  Ce concert est d'ailleurs toujours en accès libre jusqu’au 14 janvier 2022.

Tim Dup - L'univers est une aventure

Tim Dup - L'univers est une aventure

Ce fut l’occasion d’une découverte tout à fait inattendue. A 25 ans, Tim Dup, jeune auteur compositeur, interprétait ses propres chansons tout en les accompagnant au piano sur sa propre musique, un choc face au naturel d’un tel talent mêlant mélancolie et regard tendre, mais sans concession, sur la vie.

Tim Dup

Tim Dup

Et quelle surprise de découvrir après-coup qu’il avait chanté au même moment, lors d’un concert organisé par l’accordéoniste Félicien Brut, « Vieux Vienne » de Claude Nougaro en compagnie de la mezzo-soprano Karine Deshayes, et qu’il avait aussi enregistré « Toute une vie sans te voir » avec Véronique Samson deux ans plus tôt. 

Sa voix androgyne, sa justesse de ton, son optimisme et son cœur grand ouvert se sont déjà ralliés les plus grandes voix du chant français de la pop au grand opéra en passant par le rap. Un prodige !

Tim Dup et Aurélie Saada - Montecalvario

Tim Dup et Aurélie Saada - Montecalvario

Depuis son premier album « Mélancolie heureuse », Tim Dup ne s’était produit qu’une fois à La Cigale, le 31 mai 2018.

Deux albums plus tard, avec « Qu’en restera t-il ? » (janvier 2020) puis « La course folle » (juin 2021), le jeune chanteur revient dans cette salle qui était à l’origine un café-concert construit en 1887.

Le programme qu’il propose fait la part belle à ces deux derniers albums, mais il reprend tout de même Une vie méchante, Soleil noir – une magnifique rêverie -, et les écorchures obsessionnelles de Vers les ourses polaires qui clôtureront le concert avant les traditionnels bis.

Tim Dup - Les cinquantièmes hurlants

Tim Dup - Les cinquantièmes hurlants

Mais à cette occasion, les chansons sont réorchestrées pour un bassiste, Thomas Clairice, et un guitariste, François Lasserre, qui tous deux accompagnent Tim Dup et donnent une toute autre dimension à certaines chansons qui en deviennent hypnotiques par leur puissance de son – étourdissant Vers les ourses polaires -. 

Lumières simples, bleutées ou rose fuchsia, ou bien faisceaux qui partent de l’arrière scène pour enserrer l’image du chanteur de manière plus irréelle, la fascination pour le jeune chanteur n’en est que plus grande, et il faut sentir le regard passionné de tous, charmés par son aisance, la sensualité du timbre de voix - dont il n’hésite pas parfois à éprouver les aigus les plus déchirés -, et son allure de doux révolté coiffé d’un bandana.

Tim Dup - Je te laisse

Tim Dup - Je te laisse

Parmi tant de moment forts, la balade insouciante Montecalvario chantée avec Aurélie Saada, suivie d’Alcool et de paysages entouré d’une dizaine d’amis, le rythme dingue de Juste pour te plaire, puis la mélodie des Cinquantièmes hurlants qu’il a enregistré avec le pianiste Alexandre Tharaud - encore un classique! - et qu’il interprète ce soir seul au milieu des spectateurs, sous une lumière bleue océan, en longeant d’abord l’un des balcons, avant d’aller brasser la foule de spectateurs restés debout au centre de la salle, afin d’éprouver un véritable contact physique avec eux.

Tim Dup - Vers les ourses polaires

Tim Dup - Vers les ourses polaires

Il y a aussi ces moments où on le retrouve seul à jouer au clavier les plus beaux passages qui créent de véritables respirations méditatives auxquelles se joignent en contrepoint les scènes de vies projetées en arrière scène, et c’est avec Le visage de la nuit qu’il achève, en dernier bis sur un splendide rythme indolent, un concert enchanteur et mémorable pour toutes les générations réunies ce soir.

Ce garçon est un véritable don pour la vie artistique d'aujourd'hui et il mérite tous les coups de cœurs qui lui sont adressés de toutes parts.

Tim Dup

Tim Dup

Voir les commentaires

Publié le 11 Octobre 2021

Quatuor Van Kuijk & Adrien et Christian Pierre La Marca
Concert du 10 octobre 2021
Journées Ravel de Montfort l’Amaury – Orangerie du Château de Breteuil

Ravel Quatuor à cordes en fa majeur M. 35 (1904)
Tchaïkovski Sextuor à cordes opus 70 « Souvenir de Florence » (1892)

Quatuor Van Kuijk
Violon Nicolas Van Kuijk
Violon Sylvain Favre-Bulle
Alto Emmanuel François
Violoncelle Anthony Kondo

Alto Adrien La Marca
Violoncelle Christian-Pierre La Marca

Pour la 25e édition des Journées Ravel de Montfort l’Amaury, et les 100 ans de l’acquisition par Maurice Ravel de la maison dite « du Belvédère » où le compositeur habitera jusqu’à sa mort en 1937, le Festival qui lui est dédié propose de retrouver le Quatuor Van Kuijk et les frères La Marca (Adrien et Christian-Pierre) à 35 km de Paris, à l’Orangerie du Château de Breteuil, propriété d’une grande famille aristocrate depuis 1712 située au coeur de la vallée de Chevreuse.

Le Quatuor Van Kuijk, Adrien et Christian-Pierre La Marca

Le Quatuor Van Kuijk, Adrien et Christian-Pierre La Marca

L’arrivée par l’allée couverte du Jardin des Princes magnifiquement illuminée par le Soleil sorti des brumes de ce dimanche matin aboutit à un amusant labyrinthe en buis dont le pavillon central abrite un personnage, la Mère l’Oye, en hommage à Charles Perrault, qui se trouve aussi être une œuvre de Maurice Ravel.

L’Orangerie résonne des accords des musiciens qui répètent leur concert, ce qui ajoute un charme irrésistible à ce lieu si verdoyant sous un ciel bleu clair.

Allée couverte du Jardin des Princes du Château de Breteuil

Allée couverte du Jardin des Princes du Château de Breteuil

Et en choisissant deux œuvres empreintes de joie et de gaîté, on ne peut trouver plus belle adéquation avec les états d’âmes inspirés par une telle ambiance matinale.

D’autant plus que l’acoustique de la grande salle est d’une remarquable qualité pour faire ressentir à l’auditeur l’authenticité du corps vibrant de chaque instrument, sans réverbération ni sécheresse, si ce n’est une légère tendance à amplifier la partie basse de leur tessiture.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Le son du Quatuor est gorgé d’une chaleur généreuse, et entendre vibrionner les premières mesures du quatuor à cordes de Ravel, comme pour accompagner d’une extrême délicatesse un charmant réveil dans cette enceinte éclairée d’une lumière vive qui traverse une large rangée de fenêtres tournées vers l’astre solaire aveuglant, donne l’impression de vivre un rêve éveillé.

L'Orangerie du Château de Breteuil

L'Orangerie du Château de Breteuil

La fraîcheur directe du jeu, les balancements ludiques avec des effets de densité et une coloration clair-obscur parfaitement homogène, même dans l’affinement des nuances, donnent un Ravel juvénile, voir taquin, et on retrouve avec plaisir les abandons malicieux d’Anthony Kondo qui, au violoncelle, se trouve aussi en situation d’avoir à équilibrer un trio pour lequel l’écriture musicale permet d’apprécier la virtuosité de chacun des musiciens.

On comprend que ce quatuor soit l’un des tout premiers que les Van Kuijk ait enregistré chez Alpha il y a 5 ans, tant il parait si immédiat, présente un excellent équilibre, et est empreint de traits romantiques dont les effusions s’épanchent ardemment dans les moments les plus langoureux.

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

A l'opposé du quatuor à cordes de Gabriel Fauré que les quatre musiciens venaient d’interpréter 3 semaines auparavant à l’Orangerie de Sceaux, une œuvre véritablement crépusculaire, le quatuor à cordes de Maurice Ravel apparaît avec plus évidence comme l’expression d’une admiration pleine d’espérance pour le compositeur de 30 ans son aîné auquel il est dédié.

Et lorsqu’Adrien et Christian-Pierre se joignent au quatuor, la disposition de l’ensemble avec en partie centrale les deux altistes flanqués respectivement, côté cour et côté jardin, des deux violoncellistes et des deux violonistes se faisant face, donne l’impression que l’on va assister à un véritable débat musical.

Emmanuel François et Adrien La Marca

Emmanuel François et Adrien La Marca

« Souvenir de Florence » est une dédicace à Nadejda von Meck, une femme fortunée qui fut mécène de Piotr Ilitch Tchaikovski, mais aussi de Claude Debussy, avec pour seule condition qu’ils ne se rencontrent pas.

Créé dans un cadre privé en décembre 1890, le sextuor à cordes est remanié et exécuté en public le 06 décembre 1892 à Saint-Pétersbourg, 12 jours seulement avant la création de Iolanta et Casse-Noisette au Théâtre Mariinsky.

La joie de cette composition se lit dans les regards des musiciens, elle qui met à l’épreuve leur engagement vigoureux et leur art de l’harmonisation brillamment manié ce matin au point de créer des instants d’intenses frémissements.

Il y a aussi ce passage au début du premier mouvement où les six musiciens se jettent dans un courant d’une épaisseur rougeoyante envoutante comme si la formation était décuplée pour faire ressentir la passion des grands élans slaves.

Adrien La Marca

Adrien La Marca

C’est également un véritable travail d’équipe qui s’expose de manière très inspirée, et l’attention d’Adrien La Marca au rythme de ses partenaires s’extériorise avec beaucoup d’expressivité. 

Entendre et aussi voir un sextuor en mouvement avec un tel sens de la pulsation permet enfin d’apprécier du regard le jeu des corps et de donner une matérialité à la puissance d’une musique restituée ici dans toute sa fougue qui s’échappe dans une plénitude abrupte et surprenante lors du dénouement final.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Et en bis, l’habituel arrangement de la fort nostalgique mélodie pour voix et piano composée par Francis Poulenc, « Les Chemins de l’amour », est cette fois ci joué à six instruments avec une richesse harmonique plus ombreuse.

Anthony Kondo et Sylvain Favre-Bulle

Anthony Kondo et Sylvain Favre-Bulle

Voir les commentaires

Publié le 9 Octobre 2021

Richard Wagner (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Tristan und Isolde, Die Walküre)
Concert du 07 octobre 2021
Grande salle Pierre Boulez, Philharmonie de Paris

Richard Wagner
Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Ouverture  (Bayerische Staatsoper - 1868)
Tristan et Isolde, Prélude et Mort d'Isolde (Bayerische Staatsoper - 1865)
La Walkyrie, acte 1 (Bayerische Staatsoper - 1870)

Sieglinde Jennifer Holloway
Siegmund Stuart Skelton
Hunding Mika Kares

Direction musicale Jaap van Zweden
Orchestre de Paris

                                                                Jaap van Zweden

 

Les wagnériens sont visiblement gâtés en cette rentrée lyrique parisienne, car après l’orchestre du Festival de Bayreuth venu pour la première fois à la Philharmonie de Paris début septembre, voilà que l’Orchestre de Paris dédie deux soirées au compositeur allemand quand le Vaisseau Fantôme débute au même moment une série de représentations sur la scène Bastille.

Jennifer Holloway (Sieglinde) et Stuart Skelton (Siegmund)

Jennifer Holloway (Sieglinde) et Stuart Skelton (Siegmund)

L’évènement de ces deux concerts réside aussi en la venue de Jaap van Zweden qui, mi septembre, a annoncé dans le New-York Times qu’il quitterait la direction du New-York Philharmonic à la fin de la saison 2023-2024 par désir de liberté. L’épidémie de covid, qui l’a obligé à rester aux Pays-Bas pendant 18 mois loin de son orchestre, l’a en effet incité à réviser ses directions de vie et notamment à se réinvestir dans sa fondation qui s’emploie à utiliser la musique pour aider les familles d’enfants autistes.

Il se concentre cependant sur la réouverture du Geffen Hall de New-York, pour lequel 550 millions de $ de travaux de rénovation ont été engagés, attendue à l’automne 2022 avec deux ans d’avance.

Wagner (Jennifer Holloway - Stuart Skelton - Mika Kares - Jaap van Zweden) Philharmonie de Paris

La manière avec laquelle il s’empare de l’Orchestre de Paris dit beaucoup du tempérament de ce chef d’orchestre et de sa recherche de somptuosité. La pâte sonore est d’une onctuosité très dense, les courants des cordes s’entrelacent avec une énergie haletante, et sa lecture suit un rythme cinématographique efficace sans que le son jaillissant des percussions ne sature pour autant les couleurs de l’orchestre. Cela bénéficie à l’ouverture des Meistersinger qui, petit à petit, fait monter les frissons chez l’auditeur, et l’on retrouve exactement ce même sens de la progression émotionnelle dans le Prélude de Tristan und Isolde d’une très belle luminosité. Ce sera un peu moins le cas pour la Mort d’Isolde même si la finesse orchestrale est tout aussi soyeuse.

Mais sans doute le plus beau était d’admirer tous ces jeunes présents partout, surtout dans les balcons, et qui peut-être ont pu faire des rapprochements entre la musique de Wagner et des films tels Melancholia de Lars Von Triers ou Roméo et Juliette de Baz Luhrmann qui intègrent respectivement le Prélude et la Mort d’Isolde. On aimerait qu’ils aient apprécié à cette même mesure une telle musique et y reviennent tout autant.

Mika Kares (Hunding)

Mika Kares (Hunding)

En seconde partie, le premier acte de la Walkyrie ouvre avec ce même influx tendu lors de la tempête avec un beau déploiement et un beau fondu des différentes strates de cordes, et le duo entre Jennifer Holloway et Stuart Skelton va se révéler d’une tendresse véritablement touchante.

La soprano américaine, que l’on retrouvera auprès de Véronique Gens dans Hulda de César Franck au Théâtre des Champs-Élysées, en juin prochain, offre un portrait sensible, doué d’une luminosité ombrée bien focalisée, mais avec une largeur de rayonnement appréciable. La fragilité de son personnage et la puissance de son désir d’exister se ressentent, et le ténor australien lui voue une tendresse magnifique, un aplomb vocal spectaculaire qui offre à son timbre au grain chaleureux une gangue de souffle d’une profondeur inouïe – beaucoup ont remarqué son volontarisme d’airain qui semblait concurrencer Lauritz Melchior à travers les Wälse ! -.

Il s’agit ici d’une incarnation très réfléchie dans les moindres détails de ses inflexions, d’une humanité entière beaucoup plus proche de chacun que celle d’un héros romantique inaccessible.

Mika Kares (Hunding), Stuart Skelton (Siegmund) et Jennifer Holloway (Sieglinde)

Mika Kares (Hunding), Stuart Skelton (Siegmund) et Jennifer Holloway (Sieglinde)

Et Mika Kares confirme qu’il est une des valeurs montantes dans les rôles de basses qui s’impose sur toutes les scènes du monde. Il met en avant une stature inflexible mais couverte par un timbre dont le velouté laisse transparaître des failles humaines retenues qui évitent de renvoyer une image trop monolithique. Son Hunding gagne ainsi en caractère et noblesse.

La joie de l'Orchestre de Paris

La joie de l'Orchestre de Paris

Quand s’acheva ce premier acte au final survoltant, quel regret qu’il ne fut possible d’enchaîner immédiatement sur l’ouverture du second acte et son ascension vertigineuse, car le temps ne comptait plus.

Voir les commentaires

Publié le 4 Octobre 2021

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - 2021)
Représentation du 02 octobre 2021
Centre culturel tchèque de Paris – 18, rue Bonaparte, Paris 6e

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Compositeur et musicien Jan Krejčík
Vidéo Dominique Defontaines

C’est au sous-sol du Centre culturel tchèque de Paris, dans les caves voûtées du Paris-Prague Jazz Club, un lieu de rendez-vous prisé des amateurs de jazz, que l’ensemble Résonances Lyriques présente une installation et un spectacle musical qui est une très saisissante rencontre entre un texte et un lieu qui lui corresponde parfaitement.

L'ensemble Résonances lyriques

L'ensemble Résonances lyriques

Au livre VII de la République de Platon se trouve une allégorie de la Caverne que Socrate emploie pour s’adresser à son disciple Glaucon afin d’aborder la question de la formation des philosophes.

« Les hommes sont dans la caverne depuis leur enfance, enchaînés par le cou et par les cuisses ... 
Il nous sont semblables. Réfléchis bien : jamais encore de tels hommes n'ont déjà vu, soit par leurs propres yeux, soit par les yeux d'autrui, autre chose que les ombres projetées sans cesse par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face. »

Marie Verhoeven

Marie Verhoeven

Les mots extraits de ce texte énigmatique sont dit et modulés de manière obsédante par Marie Verhoeven, et à ces mots se mêlent les accords si pathétiquement humains du violoncelle et les effets ondulatoires de l’électronique instrumentale qui utilisent aussi la tessiture de l'artiste lyrique à travers un jeu tout en finesse.

Des césures réverbérées et synchrones rythment la diction, et la nappe musicale enveloppe étrangement l'audience dans une expérience sensorielle qui dure une dizaine de minutes.

Installations vidéographiques par Dominique Defontaines

Installations vidéographiques par Dominique Defontaines

Les spectateurs se trouvent ainsi dans la position de ceux qui admirent la mise en musique mystérieuse et hors du temps des mots, mais sont aussi ceux à qui ils s’adressent puisque eux-mêmes sont plongés dans les illusions des projections vidéographiques sur les murs de la cave qui se fondent par effet de transparence avec le décor naturel.

Jan Krejčík, compositeur et musicien

Jan Krejčík, compositeur et musicien

Ici, un courant de sable se déverse le long des pierres chaudes, ailleurs des oiseaux de marais glissent sur les ondes aquatiques, là, des dos de moutons forment des collines imaginaires, et un portrait de Platon gravé comme un camée gît en bas-relief dans une lumière ombrée.

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - Marie Verhoeven – Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

Et les auditeurs se trouvent face à un faisceau de lumière, image aveuglante de la source de savoir ou de la vérité, avec lequel ils peuvent jouer pour créer des ombres.

Une réflexion ludique sur le monde des illusions où l'on aime se complaire, qui se prolonge en remontant les escaliers menant à l'extérieur de ce lieu chaleureux.

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - Marie Verhoeven – Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

Voir les commentaires

Publié le 26 Septembre 2021

Cherubini – Hérold et Beethoven
Concert du 25 septembre 2021 - 15h
Salle de bal du Château de Fontainebleau

Ouverture de Médée (Luigi Cherubini - 1797)
Symphonie No. 2 en Ré majeur (Ferdinand Hérold  - 1815)
Symphonie No. 5 en Do mineur (Ludwig van Beethoven – 1808)

Direction musicale Thomas Hengelbrock
Balthasar Neumann Ensemble

Entre deux représentations d’Iphigénie en Tauride, opéra de Christoph Willibald Gluck joué au Palais Garnier du 14 septembre au 02 octobre, Thomas Hengelbrock a rejoint le Balthasar Neumann Ensemble avec lequel ils ont élu leur résidence artistique au Château de Fontainebleau pour 3 ans.

Ainsi, dans le cadre du projet NEF (Nouvelle école de Fontainebleau), ils s’ investissent à travers un partenariat avec l'association « Orchestre à l'Ecole » et le Conservatoire de Fontainebleau pour développer l’éducation artistique et culturelle en s’adressant au plus large public possible.

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

D’emblée, c’est une véritable surprise de découvrir la somptueuse salle de bal du Château où va se dérouler le concert devant un public majoritairement touristique. Très allongée, totalement recouverte de peintures et de décorations réalisées au XVIe siècle, auxquelles furent ajoutés au XIXe siècle les élégants lustres, elle offre une splendeur visuelle dont on imagine l’impact dynamisant sur les musiciens.

Les 3 œuvres jouées en cet après-midi sont contemporaines de Napoléon Ier, grand réorganisateur des lieux de spectacles parisiens qui fréquentait aussi bien l’Académie impériale de musique que l’Opéra Comique ou le Théâtre des Italiens. 

Détails de la Salle de bal du Château de Fontainebleau

Détails de la Salle de bal du Château de Fontainebleau

L’ouverture de Médée, l’opéra le plus célèbre de Luigi Cherubini, permet pour quelques minutes de rester dans l’univers mythologique actuellement représenté sur la scène de l’Opéra de Paris avec Iphigénie, à Garnier, et Œdipe, à Bastille, et de se laisser emporter par les lames galvanisantes du Balthasar Neumann Ensemble.

Le trait ornemental est à la fois flamboyant et romantique, jaillissant d’un bouillonnement prodigieusement énergisant qui permet d’entendre les prémisses d’une interprétation moderne et théâtrale dont le prolongement irait chercher vers la première œuvre shakespearienne de Giuseppe Verdi, Macbeth.

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

La transition vers la seconde et dernière symphonie de Ferdinand Hérold nous emmène vers un univers plus formel et classique, mais Thomas Hengelbrock tire de l’orchestre un sens de l’emphase et un renchérissement rythmique qui vivifie et colore une partition qui pourrait paraître assez vite fade. 

L’enjouement léger et dansant du premier mouvement résonne magnifiquement dans la salle de bal du château.

Avant chaque œuvre, le chef d’orchestre présente au public dans un très bon français souriant l’esprit qui les anime et ce qu’elles représentent. Pour la cinquième symphonie de Beethoven, il insiste sur le fait qu’elle est toujours aussi actuelle.

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

Thomas Hengelbrock et le Balthasar Neumann Ensemble

Il est absolument formidable d’achever ce concert avec cette symphonie jouée avec un tel sens dramatique et de superbes vagues orchestrales qui paraissent s’enfoncer sous terre pour ensuite émerger avec un élan aux courbes profondes aiguisées par des sonorités acérées. 

Dans cette salle à l’acoustique sensiblement réverbérée, les couleurs métalliques des cuivres élancés et l’acier des violons engendrent une patine argentée auxquelles les cordes plus sombres fondent leurs corps puissant selon le même courant irrépressible.

Les bois sont moins facilement discernables, sauf quand l’écriture musicale les particularise, et le plaisir entraînant de la dernière partie de la symphonie se lit aussi dans la pantomime des contrebassistes installés un peu en hauteur sur le socle en escalier autour de la cheminée.

La Salle de bal du Château de Fontainebleau en fin de concert

La Salle de bal du Château de Fontainebleau en fin de concert

Véritable privilège que d’écouter plus d’une heure et quart de musique avec de tels musiciens et dans un tel lieu, et de ressortir du château empli d’une telle joie et d’une telle démonstration de cohésion dynamisante.

Statue de Mercure restaurée après son endommagement en 2017 dans le jardin anglais

Statue de Mercure restaurée après son endommagement en 2017 dans le jardin anglais

Voir les commentaires

Publié le 23 Septembre 2021

Concert inaugural de Gustavo Dudamel
Concert du 22 septembre 2021
Palais Garnier

Carmen (George Bizet - 1875)
Prélude, « L’amour est un oiseau rebelle » , « La fleur que tu m’avais jetée », « Les voici, voici la quadrille… »  Clémentine Margaine, Matthew Polenzani, Chœur

Ainadamar (Osvaldo Golijov - 2003)
« Mariana, tus ojos » Ekaterina Gubanova, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

La vida breve (Manuel de Falla - 1913)
Danse du deuxième tableau (Chœurs)

Peter Grimes (Benjamin Britten - 1945)
Four Sea Interludes, n. 4 « Storm »

Doctor Atomic (John Adams - 2005)
“Batter my heart” Gerald Finley

Lohengrin (Richard Wagner - 1850)
Prélude de l’acte I

Der Rosenkavalier (Richard Strauss - 1911)                     Jacquelyn Wagner
Trio et duo final Jacquelyn Wagner, Gerald Finley, Ekaterina Gubanova, Sabine Devieilhe

Falstaff (Giuseppe Verdi - 1893)
Scène finale « Alto là ! Chi va là » Gerald Finley, Jacquelyn Wagner, Sabine Devieilhe, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Clémentine Margaine, Matthew Polenzani, Tobias Westman, Kiup Lee, Timothée Varon, Aaron Pendleton

Direction musicale Gustavo Dudamel
Chef de Chœur Ching-Lien Wu 

Chœurs et Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine

Une fois passé l’impressionnant dispositif de sécurité lié à la présence du couple présidentiel venu assister au concert inaugural de Gustavo Dudamel, le nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris pour les six ans à venir, le Grand Escalier du Palais Garnier se découvre sous ses décorations florales multicolores où les couples aiment à se photographier.  

Gustavo Dudamel

Gustavo Dudamel

L’effervescence est assez particulière, et il devient possible d’admirer les différents espaces de ce joyaux architectural sous des éclairages inhabituels qui rehaussent les couleurs des pierres et des mosaïques, mais qui jettent aussi une ombre sur le plafond du monumental escalier.

Le programme présenté ce soir réserve ses originalités à sa première partie où, après des extraits de Carmen joués sur un rythme vif et un parfait équilibre des timbres, et chantés par Clémentine Margaine dans une tessiture très sombre et un peu introvertie, et Matthew Polenzani, à l’inverse, avec une approche très claire et légère qui atténue la nature complexe de Don José, la musique d'essence hispanique se diffuse sur une scène lyrique où elle est habituellement peu présente.

Ekaterina Gubanova (Margarita) - Ainadamar

Ekaterina Gubanova (Margarita) - Ainadamar

L’extrait d’Ainadamar, opéra qu’avait monté Gerard Mortier en 2012 à Madrid dans une mise en scène de Peter Sellars, fait entendre les chants de jeunes filles au cours d’une représentation de la pièce de Lorca, Mariana Pineda, jouée au Teatro Solis de Montevideo.

Le chœur, bien que masqué, se fond aux rythmes de congas et aux traits ambrés des cuivres dans une atmosphère voluptueuse et envoûtante où Ekaterina Gubanova et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur joignent une présence discrète à ce moment voué à la mémoire du jour où la pièce fut créée.

Ici, se révèle aussi le goût de Gustavo Dudamel pour la magnificence poétique des vents.

Concert inaugural (Gustavo Dudamel – Opéra de Paris) Palais Garnier

Puis, c’est jour de mariage à Grenade quand enchaîne l'une des danses de La Vida Breve de Manuel de Falla, de l’enjouement folklorique tenu avec style, cuivres fortement sollicités, qui laisse poindre une envie de fête et qui prépare à  l’élan endiablé et claquant avec lequel l’interlude « Storm » de Peter Grimes va être mené pour nous conduire vers le répertoire Anglo-saxon.

Gerald Finley (J. Robert Oppenheimer) - Doctor Atomic

Gerald Finley (J. Robert Oppenheimer) - Doctor Atomic

Grand moment de chant clamé vers les hauteurs de la salle avec un superbe timbre fumé, Gerard Finley fait honneur à l’écriture de John Adams dont il s’est approprié l’esprit depuis la création de Doctor Atomic à l’Opéra de San Francisco en 2005 dans une mise en scène de Peter Sellars

Les ondoyances mystérieuses et pathétiques de la musique se dissipent magnifiquement, et ce grand passage dramatique annonce aussi les prochains débuts du compositeur américain sur la scène de l’Opéra de Paris, peut-être avec cette œuvre.

Sabine Devieilhe (Sophie) et Ekaterina Gubanova (Octavian) - Der Rosenkavalier

Sabine Devieilhe (Sophie) et Ekaterina Gubanova (Octavian) - Der Rosenkavalier

La seconde partie de la soirée est totalement dédiée à trois compositeurs majeurs du répertoire, Richard Wagner, Richard Strauss et Giuseppe Verdi.

L’ouverture de Lohengrin est une splendeur de raffinement où les tissures des cordes se détachent avec une finesse d’orfèvre à laquelle la rougeur des cuivres se mêle pour donner une chaleur à une interprétation de nature chambriste. Elle est suivie par un déploiement majestueux, beaucoup plus ample, dans le final du Chevalier à la rose.

Gustavo Dudamel devient le maître des miroitements straussiens et de l’imprégnation du temps, et les quatre solistes, Jacquelyn Wagner, Gerald Finley, Ekaterina Gubanova et Sabine Devieilhe, forment une union subtilement recherchée qui magnifie cette ode au temps passé.

Chœurs et Orchestre de l'Opéra de Paris salués par l'ensemble des solistes

Chœurs et Orchestre de l'Opéra de Paris salués par l'ensemble des solistes

Et dans la fugue finale de Falstaff, le chef d’orchestre fait résonner la verve acérée de Verdi avec des traits de serpes cuivrées insolemment fougueux et se met au service d’une équipe d’une unité inspirante car sans artifice.

C’est une image extrêmement humble qu’aura donné ce soir Gustavo Dudamel, rejoint au salut final par la chef de chœur Ching-Lien Wu après l’interprétation d’une Marseillaise galvanisante, et l’accueil bouillonnant et émouvant du public présent en témoigne.

Le Grand Lustre, surmonté du Plafond de Marc Chagall qui fut inauguré le 23 septembre 1964.

Le Grand Lustre, surmonté du Plafond de Marc Chagall qui fut inauguré le 23 septembre 1964.

Concert à revoir en intégralité et gratuitement sur la plateforme l'Opéra chez soi de l'Opéra national de Paris.

Voir les commentaires

Publié le 19 Septembre 2021

Mozart / Fauré /  Mendelssohn (1785 / 1925 / 1848)
Concert du 18 septembre 2021
Festival de l’Orangerie de Sceaux

Wolfgang Amadeus Mozart Quatuor à cordes n°19 en do majeur KV 465 Les Dissonances (Salzbourg, 1785)
Gabriel Fauré Quatuor à cordes en mi mineur op.121 (Paris, 1925)
Felix Mendelssohn Quatuor à cordes en fa mineur op.80 (Leipzig, 1848)

Violon Nicolas Van Kuijk
Violon Sylvain Favre-Bulle
Alto Emmanuel François
Violoncelle Anthony Kondo

                                   Sylvain Favre-Bulle (Violon)

 

Pour sa participation à la 52e édition du Festival de l’Orangerie de Sceaux, le Quatuor Van Kuijk propose de redécouvrir trois compositions représentatives respectivement des XVIIIe, XXe et XIXe siècles, et d’en apprécier les nuances d’esprit, une vivante conversation de Mozart qui sera suivie de deux expressions beaucoup plus sombres par Fauré et Mendelssohn, écrites respectivement en mi et fa mineur, et qui seront créées en public quelques mois après la mort de ces deux compositeurs.

Ces trois pièces sont d’abord l’occasion de retrouver les qualités acérées et homogènes de l’ensemble de quatre musiciens, et d'admirer son système de forces croisées exigeant et complice qui agit comme un puissant aimant de concentration.

Dans « Les Dissonances », une fois passé le lent mouvement introductif, ce sont les jeux de dialogues et de balancements entre les instruments, francs et bien timbrés, sans effets de préciosité, qui font monter la sève de l’écriture de Mozart pour amener à des moments d’exubérances intenses.

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, Emmanuel François et Anthony Kondo

Le contraste est alors saisissant avec le Quatuor à cordes en mi mineur de Gabriel Fauré, achevé à l’âge de 79 ans, qui unit les quatre instruments dans un paysage marin qui entrelace leurs pulsations et leur reflets dans un mouvement d’humeur profond, une lave d’obsidienne complexe où chaque musicien communique brillamment les traits les plus lumineux possibles, dans un esprit de défi. Sylvain Favre-Bulle présentait en introduction cette pièce comme « mal-aimée », pourtant, de par son originalité et sa liquidité noire, peu lissée dans cette interprétation, elle est le point d’orgue du récital car l’on croit entendre le crépuscule d’un romantisme fin XIXe qui aurait pour un temps survécu.

Très surprenante, la rondeur des battements de croches qui alternent d’un instrument à l’autre dans la seconde partie de la pièce, une palpitation mystérieuse qui est particulièrement bien mise en avant.

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

Nicolas Van Kuijk et Sylvain Favre-Bulle

En troisième partie, le dernier quatuor de Felix Mendelssohn, dédié à sa sœur Fanny, est une démonstration de vigueur exacerbée, hormis dans le recueillement de l’adagio central aux sonorités chaleureuses nécessairement plus recueilli, où une énergie courroucée s’impose et est restituée avec une ardeur impressionnante. Très belle cohésion des couleurs ambrées du premier violon avec la tonalité de ses partenaires.

Et, comme ce fut le cas lors de leur premier concert du mois de mai dernier au Bouffes-du-Nord, le quatuor reprend un arrangement des « Chemins de l’amour » de Francis Poulenc, mélodie dont les lignes nostalgiques peuvent facilement créer un dernier frisson.

Un concert qui fait le lien entre le premier enregistrement Mozart des Van Kuijk, en 2016, et leur double album Mendelssohn en préparation pour 2022.

Voir les commentaires

Publié le 16 Septembre 2021

Chin – Strauss et Mahler (Lise Davidsen - Klaus Mäkelä)
Concert du 15 septembre 2021
Grande salle Pierre Boulez, Philharmonie de Paris

Unsuk Chin Spira  (Création le 5 avril 2019 au Walt Disney Concert hall de Los Angeles) - création française
Commande du Los Angeles Philharmonic, de l’Orchestre philharmonique royal de Stockholm, de l’Orchestre de Paris, du City of Birmingham Symphony Orchestra et de l’Orchestre de la NDR-Elbphilharmonie
Richard Strauss Quatre Lieder, op. 27
Gustav Mahler Symphonie n°1,« Titan »

Soprano Lise Davidsen
Direction musicale Klaus Mäkelä
Violon solo Elise Båtnes
Orchestre de Paris

 

Deux semaines après le passage de l’Orchestre du Festival de Bayreuth et l’un de ses grands solistes des Maîtres chanteurs de Nuremberg, le ténor allemand Klaus Florian Vogt, la Philharmonie accueille une autre star du Festival qui interprétait cet été l’Elisabeth de Tannhäuser, Lise Davidsen.

Associée cette fois à l’Orchestre de Paris sous la direction de son jeune chef Klaus Mäkelä, la soirée s’annonçait électrisante, et ce ne fut pas démenti

L'Orchestre de Paris

L'Orchestre de Paris

En ouvrant ce concert de rentrée pour la première formation symphonie française par Spira, la dernière création de Unsuk Chin, compositrice sud-coréenne qui a une relation affective très forte avec la Finlande, la luxuriance et la vigueur de l’orchestre s’épanouissent dans l’immensité de la salle, l’architecture de la composition se prêtant bien à des jeux de nuances sonores comme si un vent soufflait par rafales au dessus des musiciens pour créer des envolées de sonorités où vents, percussions, archets et vibraphones se mélangent et ruissellent en palettes de couleurs bien teintées et changeantes.

Les images restent abstraites, mais l’on peut s'imaginer à contempler de grands paysages spectaculaires aux reliefs variés et irréels.

Lise Davidsen

Lise Davidsen

Puis, changement d’univers, les quatre Lieder, op.27 de Richard Strauss pénètrent vers des états d’âmes plus sombres, une forme de grande sérénité classique où le rayonnement puissant de Lise Davidsen semble comme personnifier "Pallas Athena". La voix se pare d’un galbe somptueux, d’un souffle ample irisé par des vibrations métalliques et surnaturelles qui soumettent l‘auditeur à un chant magnétique intense et ensorcelant.

L’envahissement sonore est total, l’Orchestre de Paris se joignant à ce torrent sensuel dans une majesté pleinement souveraine.

Klaus Mäkelä

Klaus Mäkelä

Et quelle seconde partie quand Klaus Mäkelä s’empare de l’orchestre de manière à faire corps harmonieusement et vigoureusement avec lui pour incarner une Symphonie « Titan » jouée dans une transe incroyable!

On ne sait si c’est le directeur musical qui couche sa gestique sur les lignes orchestrales où si ce sont les musiciens qui ont l’habileté pour dessiner exactement la même dynamique des expressions du chef, mais assister à cette manière de saisir certains musiciens comme pour les cajoler tendrement, pour ensuite dynamiser un autre groupe dans une frénésie indescriptible, et vivre cette vélocité dans l'attention qui révèle une vision cohérente et extrêmement détaillée des moindres mouvements de la symphonie, conduit à un inéluctable effet galvanisant.

On aurait presque envie de dire que se joue un sublime échange d’énergie sexuelle pour arriver à une telle tension sans relâche qui désoriente, car ce sont bien des sentiments familiers qui émergent d’une telle interprétation. Un chef fantastique dont il ne faudrait pas sous-estimer le bouillonnement des veines!

Voir les commentaires

Publié le 7 Septembre 2021

Sonates et partitas pour violon seul (Johann Sebastian Bach – 1717/1720)
Représentation du 06 septembre 2021
Théâtre de la ville - Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Violon Jennifer Koh
Danseurs Alexis Fousekis, Ioannis Michos, Evangelia Randou, Kalliopi Simou
Mise en scène Robert Wilson
Chorégraphie Luncida Childs

Coréalisation avec Le Festival d’Automne de Paris
Première mondiale à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière le 3 septembre 2021                                             Ioannis Michos et Kalliopi Simou

Composés à Cöthen peu avant les six Concertos brandebourgeois, les 3 sonates et 3 partitas pour violon seul de Jean Sébastien Bach constituent un entrelacement de deux formes musicales écrites pour un unique instrument. Et c’est sur ce monologue intime, âpre et lumineux, que Robert Wilson et Luncida Childs ont élaboré un spectacle qui préserve la centralité du jeu de la violoniste Jennifer Koh sous les hauteurs de la coupole octogonale de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (1678).

On peut d’ailleurs remarquer qu’il y a une bienheureuse correspondance entre cette création et le spectacle de Teresa de Keersmaeker dédié aux Variations Goldberg qui clôturait la saison du Théâtre de la Ville au Châtelet deux mois plus tôt.

Evangelia Randou, Alexis Fousekis, Luncida Childs, Jennifer Koh, Ioannis Michos, Kalliopi Simou

Evangelia Randou, Alexis Fousekis, Luncida Childs, Jennifer Koh, Ioannis Michos, Kalliopi Simou

Bach 6 Solo est donc avant tout un récital pour violon auquel est associé un art du mouvement lent et chorégraphique discret qui se nourrit de la musique.

Sur une estrade octogonale, projection mathématique parfaite de la forme du toit, sertie d’un fin liseré luminescent, un artéfact inhérent à la poétique visuelle de Robert Wilson, la fine robe noire de Jennifer Koh pose d’emblée un signe d’élégance et de rigueur. Et dès les premières minutes, le timbre du violon luxueusement ambré instaure une atmosphère dense, et les larges sonorités aiguës se profilent avec vivacité et finesse. Puis, progressivement, un danseur, Alexis Fousekis, et deux danseuses Evangelia Randou et Kalliopi Simou, la rejoignent, vêtus de drapés blancs, ouverts sur le flanc pour le jeune homme, et dont les gestes simples maniant chacun doucement une simple branche renvoient un sentiment de paix et de beauté juvénile.

Dans cette première partie, leur présence sobre prend la forme d’une installation humaine dont les postures statufiées accueillent l’interprétation vibrante et recueillie de la soliste qui varie, à chaque changement de mouvement mélodique, son orientation vers le public et son placement sur les secteurs de la piste.

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Mais dans la seconde partie, ce sont cette fois les deux danseurs et une danseuse - Ioannis Michos s’est substitué à Kalliopi Simou – qui apparaissent auprès de Jennifer Koh. Leur chorégraphie devient plus interactive avec toujours un retour aux postures fixes et japonisantes de Robert Wilson, mais jamais sans la moindre grimace qui pourrait déformer les lignes des visages de ces magnifiques artistes aux regards fixes et paisibles.

Le jeu de la violoniste est également plus écorché, gradué dans la montée de la passion, et toujours impressionnant par l’épreuve physique qu’il représente pour elle.

Une forme de lutte dansée sensuelle s’installe. Puis survient, dans une lenteur impériale, Lucinda Childs, parée d’un long voile blanc, qui supporte sur son épaule le poids d’une épaisse corde dont elle va se défaire au fur et à mesure qu’elle gagne la nef opposée. Cette traversée du temps inspire une vision de l’être et de l’expérience qui abandonne ce qui l’attache à une vie vécue pour se sublimer dans un autre monde.

Robert Wilson, Lucinda Childs et Jennifer Koh - Photo Festival d'Automne de Paris

Robert Wilson, Lucinda Childs et Jennifer Koh - Photo Festival d'Automne de Paris

Et c’est sur une autre image suggestive que s’achève ce récital qui gagne une nouvelle dimension dramaturgique. La quatrième danseuse, Kalliopi Simou, apparait et fait délicatement rouler une imposante sphère faite de fines lamelles de lin blanc que chacun se relaye dans une extrême douceur sisyphéenne pour dessiner au sol, autour de la violoniste, une spirale sans fin.

Un tel minimalisme de la gestuelle allié à la puissance de sa beauté intrinsèque n'engendre aucune langueur au fil d’une interprétation musicale qui se charge d’une forme de gravité jusqu’au dernier instant.

Voir les commentaires