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Publié le 17 Septembre 2022

Gustav Mahler (Symphonie n°9 – Vienne 1909)
Concert du 16 septembre 2022
Philharmonie de Paris

Direction musicale Gustavo Dudamel
Orchestre de l’Opéra national de Paris


Concert diffusé sur France Musique le 26 septembre 2022
Concert de Barcelone diffusé en direct sur Medici TV le 20 septembre 2022

 

10 ans après son premier enregistrement live de la 9e symphonie de Gustav Mahler (Deutsche Grammophon) au Walt Disney Concert Hall et avec le Los Angeles Philharmonic, Gustavo Dudamel entame à la Philharmonie de Paris une tournée dédiée à cette œuvre crépusculaire avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, tournée qui va se poursuivre à Barcelone et Genève, respectivement les 20 et 22 septembre prochains.

Et en mai 2023, c’est à la tête du New-York Philharmonic qu’il aura l’occasion de la diriger à nouveau dans la salle rénovée du David Geffen Hall.

Gustavo Dudamel - 9e symphonie de Mahler (Philharmonie de Paris)

Gustavo Dudamel - 9e symphonie de Mahler (Philharmonie de Paris)

Indice inhabituel de la portée de cet évènement, on pouvait croiser sur le parvis de la Cité de la Musique, illuminé par les lumières argentées de fin de journée, aussi bien des amateurs cherchant des places que des revendeurs, si bien que la salle Pierre Boulez offrit bien peu de places vacantes en début du concert.

Et, situés au premier rang du premier balcon, la direction générale de l’Opéra de Paris, représentée en personne par Alexander Neef et Martin Ajdari, et le président de l’AROP, Jean-Laurent Bonnafé, assuraient leur présence auprès d’Olivier Mantei, nouveau directeur général de la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris.

L'Orchestre de l'Opéra national de Paris

L'Orchestre de l'Opéra national de Paris

Tout dans les prémices de cette soirée suggère la chaleur, la lumière tamisée de la salle, l’accueil de l’orchestre et de Gustavo Dudamel, l’énergie des auditeurs tout autour de soi, et cette chaleur va se ressentir dès le premier mouvement.

Depuis les premiers balancements lancinants de l’ouverture, la montée en intensité de l’orchestre se veut conquérante, parée de mille éclats et d’une complexité de plans sonores très denses où se mélangent profondeur de sombres courants orchestraux, évanescence subliminale des tissures de cordes qui s’évanouissent dans les réflexions acoustiques de la salle, cuivres saillants et percussions impressionnantes, tous emportés dans un souffle fluide et fervent qui ne vire pas pour autant à la fureur noire. La mise en valeur de la pureté des timbres et de leur plénitude crée un état de quiétude captivant.

Cécile Tête (Premier chef d'attaque)

Cécile Tête (Premier chef d'attaque)

Le second mouvement, avec ses danses pastorales pittoresques, couplé au troisième mouvement qui renforce l’impression d’un divertissement de haute précision, est mené avec une rythmique entrainante où se conjuguent pesanteur et souplesse magnifiquement enveloppés par la frénésie heureuse de Gustavo Dudamel qui s’en donne à cœur joie, à donner le tournis, dans sa manière d’attiser les différents groupes de musiciens. C’est une sensation de folie qui se dégage de cette vivacité de traits aux couleurs et contrastes parfaitement maitrisés.

Mahler Symphonie n°9 (Opéra de Paris - Gustavo Dudamel) Philharmonie

Enfin, l’adagio final permet un déploiement en toute beauté de la clarté orchestrale de ce grand ensemble de musiciens où le grandiose et la poésie se côtoient dans une aura teintée d’optimisme sans que le moindre sentiment funeste n’émerge. Gustavo Dudamel voit en ce chef-d’œuvre une source d’espérance et des motifs de désespoirs, mais pourtant, c’est clairement l’espérance qui l’emporte ce soir, et non les tourments, comme s’il s’agissait de dépasser la mort.

Mahler Symphonie n°9 (Opéra de Paris - Gustavo Dudamel) Philharmonie

Et si l'on sort de la Philharmonie le sourire aux lèvres, c’est peut-être que la qualité de l’interprétation a su répondre à une attente à un moment où l’on peint des horizons ombreux, alors que nous avons tous besoin d’une énergie qui nous permette d'aller au-delà de ce qui brouille notre vision.

Un long silence de recueillement tenu au final, un chef d’orchestre qui va se fondre parmi ses musiciens pour les féliciter, ces moments inspirants ne s’oublient pas.

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Publié le 9 Septembre 2022

Concert d’ouverture de l’Orchestre de Paris
Représentation du 08 septembre 2022
Philharmonie de Paris

Kaija Saariaho
Asteroid 4179
: Toutatis (Commande 2005 de l’Orchestre philharmonique de Berlin créée à Berlin, le 16 mars 2006, sous la direction de Simon Rattle)
Richard Strauss
Ainsi parlait Zarathoustra
(Créé à Francfort-sur-le-Main, le 27 novembre 1896)
Jimmy López Bellido
Aino
(Création mondiale sur une commande de l’Orchestre de Paris, de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam et de l’Orchestre symphonique de Chicago)
Pascal Dusapin
A Linea  
(Création mondiale sur une commande de l’Orchestre de Paris)
Alexandre Scriabine
Poème de l'extase
(Créé à New-York, le 10 décembre 1908)

Orchestre de Paris
Direction musicale Klaus Mäkelä
Violon solo Zsolt-Tihamér Visontay

Concert dédié à la mémoire du pianiste et chef d’orchestre allemand Lars Vogt, disparu le 05 septembre 2022 à l’âge de 51 ans.

C’est avec un fantastique concert comprenant pas moins de 3 œuvres symphoniques du XXIe siècle, dont deux créations mondiales in loco, que l’Orchestre de Paris a fait sa rentrée à la Philharmonie de Paris sous la direction de Klaus Mäkelä, tous dans une forme éblouissante.

Klaus Mäkelä

Klaus Mäkelä

Et quelle magnifique idée que de débuter la soirée en interprétant la pièce de 5 mn que la compatriote du chef d’orchestre finlandais, Kaija Saariaho, composa pour le Philharmonique de Berlin en 2005 pour rendre hommage à l’astéroïde Toutatis découvert le 04 janvier 1989 par un astronome français, astéroïde qui a comme particularité de croiser la trajectoire de la Terre tous les 4 ans et donc de représenter une menace à long terme pour la vie sur notre planète!

Il s’agit d’une musique stellaire où cordes et bois créent un espace temporel vibrant et ouvert parcellé de chatoiements lumineux, alors que les contrebasses rythment une avancée inéluctable dans l’espace. Une soudaine vague orchestrale semble même précipiter l’auditeur dans une plongée dramatique à travers les reliefs de l’objet sidéral.

Et à nouveau, d’amples respirations soutenues par la tension des cors et les frémissements des violons dépeignent un mouvement majestueux et impressionnant.

Orchestre de Paris – Klaus Mäkelä (Saariaho Strauss López Dusapin Scriabine) Philharmonie

Puis, des vibrations sombres et familières réapparaissent avant que l’on ne réalise que l’enchaînement avec le poème de Richard Strauss ‘Ainsi parlait Zarathoustra’ s’est fait sans rupture nette.

Se retrouver ainsi face à l’orchestre, et surtout face à l’orgue de la Philharmonie baignant en hauteur dans une lueur orange étincelante, est un choc émotionnel à couper le souffle tant l’évocation de la planète Jupiter de ‘2001, l’Odyssée de l’espace’ , juste après 'Toutatis', est d’une intelligence inouïe. Et tout le déroulé symphonique est une ode à la lumière et à l’harmonie où s’exhalent les foisonnantes textures orchestrales et le charme poétique de passages chantants et plus légers.

Les musiciens de l'Orchestre de Paris

Les musiciens de l'Orchestre de Paris

Klaus Mäkelä, d’une audace bien affirmée, déploie son art du geste d’ensemble qui unit les musiciens dans des formes d’ondes éthérées somptueuses mais qui ont également du corps sans la moindre lourdeur. Il faut entendre le niveau de précision et de délicatesse avec lequels les bois, cordes, cuivres et percussions se transmettent les lignes musicales et les font vivre avec un sens ornemental qui engendrent un splendide enivrement sonore chatoyant avec toujours de la chaleur dans l’éclat.

Jimmy López Bellido

Jimmy López Bellido

Avec ‘Aino’ du compositeur péruvien Jimmy López Bellido, la magnificence sonore de Strauss se prolonge dans un univers marin plus profond et plus grandiloquent avec des miroitements qui ne sont pas sans rappeler l’univers de ‘La Femme sans ombre’. Pleins de signaux vibrionnants s’immiscent dans cette musique immersive dont le rythme de progression du dernier mouvement est d’une grande efficacité théâtrale.

Pascal Dusapin

Pascal Dusapin

A cette première partie si enthousiasmante, suit une seconde partie innervée d’un mystère plus austère.

A Linea’ de Pascal Dusapin donne beaucoup plus de prévalence aux cuivres et joue, avec un grand sens de la fluidité, sur les déformations dépressives des lignes instrumentales. 

Une atmosphère mythologique mêlant irréalité et monumentalité se dégage inévitablement de cette œuvre prégnante.

Il s’agit d’un retour du compositeur français à l’écriture symphonique, lui qui se consacre surtout à la création lyrique et dont ‘Il Viaggio, Dante’, créé au Festival d’Aix-en-Provence 2022, sera repris dans les années qui viennent à l’Opéra de Paris.

Klaus Mäkelä et les musiciens de l'Orchestre de Paris

Klaus Mäkelä et les musiciens de l'Orchestre de Paris

Enfin, le ‘Poème de l'extase’ d’Alexandre Scriabine fait écho à la verve marine du dernier mouvement d' Aino’ mais avec un développement qui s'étend sur un temps bien plus long. Klaus Mäkelä communique une merveilleuse élégance de geste, toujours dansante, ingénieux modeleur d’une masse incandescente qui s’élance avec un optimisme épique vers un sommet glorieux et qui parachève un assemblage d’œuvres qui ont toutes des liens esthétiques et spirituels entre elles.

Kaija Saariaho, Jimmy López Bellido et Pascal Dusapin étaient naturellement présents ce soir, un supplément d’âme qui fait le charme et la valeur de ce grand moment de partage.

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Publié le 4 Août 2022

Quatuor à Cordes (Béla Bartók - 1907 / 1939)
Concerts du 01 et 03 août 2022
Fondation Mozarteum - Salzbourg 

Béla Bartók 
Quatuor n°1 (1907/1909 - 19 mars 1910, Budapest)
Quatuor n°2 (1915/1917 - 3 mars 1918, Budapest)
Quatuor n°3 (1927 - 19 février 1929, Londres)
Quatuor n°4 (1928 - 20 mars 1929, Budapest)
Quatuor n°5 (1934 - 08 avril 1935, Washington)
Quatuor n°6 (1939 - 20 avril 1941, New-York)

Jerusalem Quartet
Violon J.F Pressenda 1824, Alexander Pavlovsky
Violon Lorenzo Storioni 1770, Sergei Bresler
Violoncelle Giovanni Battista Ruggieri 1710, Kyril Zlotnikov
Alto Hiroshi Iizuka 2009, Ori Kam

Composé de deux violonistes nés en Ukraine et d'un violoncelliste originaire de Biélorussie, le Quatuor Jerusalem est un ensemble issu du grand mouvement de migration vers Israël qui s'enclencha après la chute de l'Union Soviétique dans les années 1990.

En 2016, ils enregistrèrent cher Harmonia Mundi les quatuors à cordes 2, 4 et 6 de Béla Bartók, puis suivirent en 2020 les quatuors 1, 3 et 5, ce qui compléta un cycle d'évolution musicale échelonné sur 30 ans depuis les dernières années qui précédèrent la Première Guerre mondiale (1907) jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale (1939).

Cet hommage de leur part à un compositeur qui fut confronté à la montée du nazisme et qui dut migrer en 1940 aux Etats-Unis constitue aujourd'hui un symbole fort de l'émancipation de la liberté artistique face aux régimes autoritaires.

Leur interprétation est organisée sur deux soirées, les quatuors 1, 3 et 5 le 01 août, et les quatuors 2, 4 et 6 le 03 août, ce qui permet de couvrir près d'un quart de siècle de maturation musicale chacun de ces deux soirs.

Alexander Pavlovsky et Sergei Bresler (violons), Kyril Zlotnikov (violoncelle) et Ori Kam (alto)

Alexander Pavlovsky et Sergei Bresler (violons), Kyril Zlotnikov (violoncelle) et Ori Kam (alto)

Sur la scène du Mozarteum, grande salle ornée d'une multitude d'anges musiciens, la disposition du quatuor place le violoncelle en position centrale, alors que l'alto est installé face au premier violon. La fascinante résonance vieillie mais généreuse du violoncelle alliée à la profondeur de l'alto forment ainsi une assise souple, continue et grave, comme si elles représentaient un continuo orchestral sur lequel les violons puissent faire vibrer leurs aigus les plus expressifs. 

Par ailleurs, les attaques mêmes les plus soudaines ne visent pas à déchirer l'espace, et une vibration commune aux quatre musiciens gaine l'acier des cordes d'un voile de velours qui ne rend jamais les sonorités trop grinçantes.

Et chacun a véritablement sa personnalité propre, l'alto d'Ori Kam, d'abord, dont le geste noble coloré de brun précieux apporte beaucoup de chaleur à l'ensemble, ensuite le violoncelle impertinent de Kyril Zlotnikov, agile et rebondi, et enfin, le couple de violons, redoutable foudroyeur volontaire pour Alexander Pavlovsky, et joyeux complice tout aussi solide pour Sergei Bresler.

Scène de la grande salle de la Fondation Mozarteum

Scène de la grande salle de la Fondation Mozarteum

Leur manière de faire corps dans une vivacité de geste musclée et spectaculaire est impressionnante, ce qui leur permet autant de faire vivre le pathétisme imagé des passages lents ou modérés des premiers quatuors avec une ardeur poignante - ces mouvements donnent toujours l'impression de décrire la vie sans fard avec ses déceptions et ses angoisses et de nous ramener à quelque chose de bien senti et de vrai -, que d'engager une virtuosité tranchante et de former des textures immatérielles insolites dans les quatuors plus expérimentaux, comme le numéro quatre dont la rythmique montre à quel point Béla Bartók était dans l'état d'esprit de quelqu'un qui cherchait à briser des limites.

Ori Kam (alto)

Ori Kam (alto)

Le dernier quatuor revient enfin à une lenteur parcellée de marches pimpantes et de frétillements ébouriffés, et la tension entre les musiciens ponctuée de signes de bienveillance nous fait ressortir de cette traversée avec un sentiment de sérénité confiante, et une admiration pour le sang-froid mordant dont ils ont fait preuve jusqu'au bout.

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Publié le 12 Juin 2022

Trio Van Baerle (Mozart – Brahms – Chausson)
Concert du 11 juin 2022
Théâtre de la Ville – Les Abbesses

Wolfgang Amadé Mozart
Trio pour piano, violon et violoncelle, en sol majeur, K.496 (juillet 1786)

Johannes Brahms
Trio pour piano, violon et violoncelle n°3, en ut mineur, op.101 (été 1886)

Ernest Chausson
Trio pour piano, violon et violoncelle, en sol mineur, op.3 (été 1881)

Trio Van Baerle
Violon Maria Milstein
Violoncelle Gideon den Herder
Piano Hannes Minnaar

Le premier passage à Paris du Trio Van Baerle, un ensemble de trois jeunes musiciens néerlandais qui se produisent en public depuis plus de 10 ans, est l’occasion de découvrir des chefs-d’œuvre chambristes méconnus et peu joués, et aussi d’appréhender une formation afin d’en découvrir les qualités intrinsèques.

Maria Milstein (violon), Hannes Minnaar (piano) et Gideon den Herder (violoncelle)

Maria Milstein (violon), Hannes Minnaar (piano) et Gideon den Herder (violoncelle)

Composé un siècle avant les trios pour piano, violon et violoncelle de Brahms et Chausson, le trio en sol majeur K.496 Mozart apparaît comme une préparation à la profondeur dramatique qui sera développée plus tard dans ces deux œuvres romantiques.

Ici, le violon est mis en avant par rapport au violoncelle, dont parfois se perçoivent à peine les ondes sombres, et la vigueur dramatique qu’impulsent les traits volontaires de Maria Milstein dans son jeu d’échanges avec les formes d’expressions très affirmées du pianiste, crée toutefois une coloration assez austère là où l’on attendrait une transparence plus légère et joyeuse. 

Maria Milstein

Maria Milstein

Puis, dès les premières notes du trio en ut mineur op.101 de Brahms, les trois musiciens s’engouffrent dans un déluge d’expressionnisme noir d’une très grande intensité comme si toutes les forces devaient être lancées dans la bataille pour raconter une fuite en avant nocturne un peu désespérée. Les sonorités du violon s’assouplissent sans perdre en caractère, le piano draine un discours narratif puissant, et quand l’agitation se calme au second mouvement, les liens complices se détachent, le violoncelle faisant jeu égal avec le violon alors que le piano se fait conciliateur. 

Hannes Minnaar (piano), Gideon den Herder (violoncelle) et Maria Milstein (violon)

Hannes Minnaar (piano), Gideon den Herder (violoncelle) et Maria Milstein (violon)

Ce sens de la progression dramatique sans relâche atteint son paroxysme dans le trio op.3 de Chausson, là où les vibrations émotionnelles s’épanchent à fleur de peau avec un sens de l’effusion qui évoque beaucoup les grands mouvements passionnels qui seront développés dans les opéras véristes une décennie plus tard. Le déchaînement du geste de Maria Milstein déploie le panache du violon avec un mordant superbe auquel le violoncelle relie son art de la liaison avec une vitalité lumineuse, tous deux sous l’emprise d’un piano leste au cristal noir d’une impénétrable vigueur.

Et pour contrer le pouvoir excitateur d’une telle musique, les trois musiciens proposent en bis la quatrième des 6 études en forme canonique pour piano composées par Robert Schumann en 1845, ‘Innig’, dans une adaptation de Robert Teodor Kirchner. L’écriture est résolument romantique mais coulée de pure douceur.

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Publié le 25 Mai 2022

Académie de l'Opéra d'État de Bavière
Concert du 23 mai 2022
Bayerische Staatsoper

Krzysztof Penderecki (1933 - 2020)
Concerto pour violoncelle et orchestre Nr. 2 (11 janvier 1983 - Philharmonie de Berlin)
Igor Stravinsky (1882 - 1971)
Petrouchka (13 juin 1911 - Théâtre du Châtelet)

Direction musicale Vladimir Jurowski
Violoncelle Jakob Spahn
Bayerisches Staatsorchester  

Pour le sixième et dernier concert de la saison de l'Académie du Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski présente en première partie de soirée une œuvre de Krzysztof Penderecki, afin de préparer les esprits à l'ouverture du Festival d'opéras 2022 de Munich attendue le 27 juin prochain. En effet, ce jour là, le premier opéra du compositeur polonais, 'Die Teufel von Lundun', composé originellement pour la scène de Hambourg en 1969, sera révélé au public munichois dans une nouvelle production de Simon Stone.

Jakob Spahn

Jakob Spahn

La pièce choisie ce soir, 'Le concerto pour violoncelle et orchestre n°2', permet ainsi de se familiariser avec une écriture abstraite mais d'un grand polymorphisme de couleurs.

Après une longue introduction à l'œuvre de Penderecki qui montre combien Vladimir Jurowski est un orateur charismatique, c'est d'abord à un néoclassicisme surprenant qu'il nous convie pour entendre trois pièces basées sur la musique du film 'The Saragossa Manuscript'. S'apprécient ici aussi bien la dextérité filée de l'orchestre que le style pastiche de Penderecki - ce dernier se permet même une réminiscence du célèbre thème de la 9e symphonie de Beethoven -, et après ce moment d'identification du musicien à l'univers du cinéma, le concerto est interprété avec une clarté qui frappe d'emblée. 

Akademiekonzert - Vladimir Jurowski (Penderecki - Stravinsky) Bayerische Staatsoper

Car loin de privilégier un tranchant angoissant et des textures écorchées dignes des ambiances de thrillers les plus épouvantables, Vladimir Jurowski met en valeur le lustre et la chaleur naturelle de l'orchestre pour magnifier les dégradés lancinants et progressivement dissonants des violons, réaliser avec les ensembles de percussions et les bois des transitions d'une fascinante tonicité de geste et d'une souplesse allante, et fait ressortir la densité sombre et précieuse des cordes graves en nous entraînant fortement vers l'univers d'un autre compositeur, Dimitri Chostakovitch.

Jakob Spahn et Vladimir Jurowski

Jakob Spahn et Vladimir Jurowski

Et le violoncelle de Jakob Spahn, soliste du Bayerische Staatsorchester depuis une décennie, se fond dans l'ensemble orchestral en teintant ses incises d'une patine soyeuse non dénuée d'agressivité qui décrit un caractère à l'affût sans verser vers les déchirures de l'âme les plus violentes pour autant. Il en ressort une interprétation d'une très grande agilité et d'une respiration vivement pulsée où même les emportements des vents arrivent, à un moment donné, à évoquer un envol d'oiseaux sauvages d'un splendide vrombrissement naturaliste.

Akademiekonzert - Vladimir Jurowski (Penderecki - Stravinsky) Bayerische Staatsoper

C'est à se demander s'il n'y a pas à travers ce rendu sonore d'une impeccable plastique un intense désir de séduire l'auditoire afin qu'il appréhende prochainement au mieux un opéra dont le titre ténébreux pourrait d'avance l'impressionner.
Sur le même modèle de présentation, la seconde partie du programme est dédiée à Igor Stravinsky. Les Variations 'Aldous Huxley in memoriam', pièce de 5 minutes composée pour rendre hommage à l'écrivain britannique Aldous Huxley mort en novembre 1963, permettent de découvrir l'inventivité du compositeur dans l'emploi de techniques sérielles pour décrire des structures sonores étranges et futuristes.

Vladimir Jurowski

Vladimir Jurowski

Puis, le temps que l'orchestre retrouve son effectif maximal, c'est avec un sens du rythme chaloupé parfaitement bien réglé que Vladimir Jurowski entraîne les musiciens dans une course haletante, garant de l'excellente définition du son afin de faire de cette interprétation de 'Petrouchka' une démonstration de cohésion malgré les accélérations revigorantes et les cadences multiples des différentes sections d'instruments. Ce sentiment d'assurance dans la conduite d'une agitation joyeuse et foisonnante a véritablement une force qui induit aussi un fort sentiment de sérénité.

Akademiekonzert - Vladimir Jurowski (Penderecki - Stravinsky) Bayerische Staatsoper

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Publié le 29 Mars 2022

Concert pour la Paix 
Représentation du 27 mars 2022
Palais Garnier

Giuseppe Verdi
La forza del destino « Ouverture », « Pace, pace mio Dio » - Liudmyla Monastyrska
Macbeth « Patria oppressa » - Chœur et Orchestre de l’Opéra de Paris
Kyrylo Stetsenko
« Pisni moji » - Russell Braun, Piano Olga Dubynska
Serguei Rachmaninov
«Ne poy, Krasavitsa pri mne» - Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Piano Olga Dubynska
Claude Debussy 
"Clair de lune"Chorégraphie Alastair Marriott - Mathieu Ganio, Piano Elena Bonnay
Serguei Rachmaninov
« Polyubila ya na pechal' svoyu » - Emanuela Pascu, Piano Olga Dubynska
Taras Chevtchenko
« Reve ta Stohne Dnipr shirokyy » - John Daszak, Piano Olga Dubynska
Mykola Lyssenko
« Na pivnochi, na kruchi » - John Daszak, Russell Braun, Piano Olga Dubynska
Body and SoulChorégraphie Crystal PiteMusique Frédéric Chopin - Marion Barbeau, Simon Le Borgne
Modeste Moussorgski
« Prière des Streltsy » - Chœur et Orchestre de l’Opéra de Paris

Concert pour la Paix - dimanche 27 mars 2022 - Palais Garnier

Pietro Mascagni « Cavalleria rusticana » - Chœur et Orchestre de l’Opéra de Paris
Georges Bizet
« Carmen suite » - Chorégraphie Alberto Alonso - Alexander Stoyanov, Kateryna Kukhar
Richard Wagner
« Wesendonck Lieder No. 5, Träume » - Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Camille Saint-Saëns
La Mort du cygne - Chorégraphie Mikhael Fokine / Serge Lifar - Dorothée Gilbert, Violoncelliste Aurélien Sabouret, Piano Ryoko Hisayama
Vincenzo Bellini
« Casta Diva », Norma - Liudmyla Monastyrska
Le Parc musique Wolfgang Amadeus Mozart - Chorégraphie Angelin Preljocaj - Alice Renavand, Stéphane Bullion, Piano Jean-Yves Sebillotte
Giuseppe Verdi
Nabucco « Va pensiero » - Chœur et Orchestre de l’Opéra de Paris

Direction musicale Carlo Rizzi
Cheffe des chœurs Ching-Lien Wu

Après le Théâtre du Châtelet et la Salle Favart, le Palais Garnier présentait en ce dimanche soir un concert mêlant symphonies lyriques, airs d’opéras, mélodies russes et ukrainiennes, chœurs monumentaux et extraits de ballets.

Liudmyla Monastyrska - 'Pace, pace mio Dio' (La Force du destin)

Liudmyla Monastyrska - 'Pace, pace mio Dio' (La Force du destin)

En début de ce spectacle introspectif fortement évocateur et très bien conçu afin de restituer tous les sentiments en jeu envers les victimes de la guerre en Ukraine, l’énergie un peu rude de Carlo Rizzi avait quelque chose d’implacable pour l'ouverture de la ‘Force du destin’, et le « Pace, pace mio Dio » de Liudmyla Monastyrska, chanté avec un timbre d’airain ambré et ému, s’achevait même sur un splendide bras protecteur tendu vers le ciel.

Chœur de l'Opéra national de Paris - ‘Patria Oppressa’ (Macbeth)

Chœur de l'Opéra national de Paris - ‘Patria Oppressa’ (Macbeth)

D’une grande force tellurique, le ‘Patria Oppressa’ composé par Verdi pour la version parisienne de ‘Macbeth’ ne pouvait être alors plus juste, chant déploratif d’un peuple contre lequel un Roi cherchait à éliminer ses enfants.

Emanuela Pascu - 'Polyubila ya na pechal' svoyu' (Rachmaninov)

Emanuela Pascu - 'Polyubila ya na pechal' svoyu' (Rachmaninov)

Si le «Ne poy, Krasavitsa pri mne» de Rachmaninov interprété par Marie-Andrée Bouchard-Lesieur avec sobriété et une belle assurance, au son des accords terriblement sombres d’Olga Dubynska, était connu, les autres airs russes et ukrainiens étaient plutôt une découverte, qu’ils soient vécus avec le tranchant d’ivoire d’ Emanuela Pascu, ou la clarté puissante aux éclats très marquants de John Daszak.

 Mathieu Ganio - 'Clair de Lune'

Mathieu Ganio - 'Clair de Lune'

Puis, il y eut la solitude élancée de Mathieu Ganio au ‘Clair de Lune’, et le fameux duo de ‘Body and Soul’ dansé par Marion Barbeau et Simon Le Borgne en s’alliant avec finesse au texte énoncé.

Russell Braun et John Daszak - 'Na pivnochi, na kruchi Mykola' (Lyssenko)

Russell Braun et John Daszak - 'Na pivnochi, na kruchi Mykola' (Lyssenko)

Et la prière finale de ‘La Khovantchina’ que nous entendions encore sur la scène Bastille quelques jours avant l’agression russe s’est achevée dans un murmure tout en retenue. Mais aujourd’hui, c’est un peuple tourné vers l’avenir et vers la liberté qui est opprimé par le retour de l’ancienne Russie.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur - ‘Traüme’ (Richard Wagner)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur - ‘Traüme’ (Richard Wagner)

Ouvrant de façon plus conventionnelle sur l’intermezzo de ‘Cavalleria rusticana’ et un extrait de ‘Carmen suite’ – passage incarné par deux artistes de l’Opéra National d’Ukraine, Alexander Stoyanov et Kateryna Kukhar -, la présence centrale de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, offrant un ‘Traüme’ chanté avec orchestre sur une scène hantée par la pénombre, permettait l’épanouissement d’une intériorité profonde, avant que l’on ne retrouva les ondoyances immatérielles de Dorothée Gilbert dans le ‘Chant du Cygne’ et la fraîcheur d’Alice Renavand et Stéphane Bullion, tournoyant d’amour sur l’adagio du concerto pour piano n°23 de Mozart. Comme un appel à l’espérance, en fait.

Alice Renavand et Stéphane Bullion - Le Parc (Preljocaj)

Alice Renavand et Stéphane Bullion - Le Parc (Preljocaj)

Liudmyla Monastyrska s’est jointe enfin au Chœur, d’abord pour interpréter un ‘Casta Diva’ dans une tonalité très intériorisée, puis pour se fondre dans la solennité du chœur des esclaves de ‘Nabucco’.

Kateryna Kukhar, Olga Dubynska et Liudmyla Monastyrska

Kateryna Kukhar, Olga Dubynska et Liudmyla Monastyrska

La soirée avait pour finalité de réunir des fonds pour le collectif Alliance urgences en Ukraine, aussi modestes qu’ils soient au vu de la situation, véritablement dans un esprit réflexif et non démonstratif.

Kateryna Kukhar, Carlo Rizzi, Ching-Lien Wu, Olga Dubynska et Liudmyla Monastyrska

Kateryna Kukhar, Carlo Rizzi, Ching-Lien Wu, Olga Dubynska et Liudmyla Monastyrska

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Publié le 9 Février 2022

London Symphony orchestra (Ludwig van Beethoven - Dmitri Chostakovitch) 
Concert du 07 février 2022
Philharmonie de Paris – Grande salle Pierre Boulez

Ludwig van Beethoven Concerto pour piano n° 5 "Empereur" (1809-1811)
Dmitri Chostakovitch Symphonie n° 15 (1971-1972)

Piano Beatrice Rana
Direction musicale Gianandrea Noseda
London Symphony Orchestra

Au moment même où Madrid cède au siège mené par Napoléon, et peu avant le déclenchement de la campagne d’Autriche qui verra Vienne mise hors de combat en seulement trois mois ainsi que le mariage de Marie-Louise avec l’empereur français, Ludwig van Beethoven compose son dernier Concerto pour piano alors qu’il réside toujours dans la capitale impériale. 

Gianandrea Noseda et les musiciens du London Symphony Orchestra

Gianandrea Noseda et les musiciens du London Symphony Orchestra

Le spectaculaire coup d’éclat de l’ouverture est splendidement rendu par les musiciens du London Symphony Orchestra avec souplesse dans la soudaineté et un épanouissement sonore qui dit tout de la poigne et de la majesté d’un des meilleurs orchestres au monde. Tissu velouté merveilleusement envoûtant, finesse des voiles d’où émerge dans une continuité naturelle le phrasé scintillant de Beatrice Rana qui tire de son piano dans les moments les plus intimes des ambiances de berceuse comme un retour aux rêveries de l’enfance dans un esprit d’orfèvrerie minutieuse, Gianandrea Noseda fait vivre ce grand moment d’évasion par une approche d’abord déterminée qui laisse de plus en plus les respirations de l’orchestre, et les pulsations sombres, prendre le large pour revenir au cœur pianistique palpitant et délié.

Beatrice Rana

Beatrice Rana

En seconde partie, un saut dans le temps de 160 ans et une remontée vers les plaines de Russie d’Europe nous emmènent aux heures de la composition de la dernière symphonie de Dmitri Chostakovitch lors d’un de ses séjours près de Saint-Pétersbourg. C’est d’abord un ouvrage qui dit beaucoup sur l’admiration du compositeur pour les musiciens européens dont il emprunte des motifs célèbres, l’ouverture du Grand opéra de Gioachino Rossini, 'Guillaume Tell', ou bien les présages funèbres ou extatiques de 'La Walkyrie' et 'Tristan und Isolde' de Richard Wagner.

Gianandrea Noseda

Gianandrea Noseda

La magnificence, la rondeur puissante des couleurs des cuivres et la lumière irrésistible des cordes forment un mélange qui mêle lyrisme romantique fluide et textures modernes plus complexes aux superbes teintes pittoresques, et où les percussions jouent un rôle mystérieux de papillotement sonore. L’interprétation qu’en donne Gianandrea Noseda est fortement incarnée tant il donne l’impression de contraindre l’expression pour la ramener à quelque chose de très tumultueux, concentré et personnel qui cherche le repli dans une intériorité maternelle aux origines des lumières d’un amour pur. Comme une stratégie de lutte de la vie face à la mort.

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Publié le 26 Janvier 2022

10e Biennale des Quatuors à Cordes – Quatuor Van Kuijk
Concert du 20 janvier 2022

Amphithéâtre de la Cité de la Musique

Antonín Dvořák Quatuor à cordes n°9 en ré mineur op.34 (1877)
Benjamin Attahir Al Dhikrâ (2022) - Création mondiale
Bis Gabriel Fauré Les Berceaux (1879)

Quatuor Van Kuijk
Violon, Nicolas Van Kuijk     Alto, Emmanuel François
Violon, Sylvain Favre-Bulle  Violoncelle, Anthony Kondo

Avec le succès de son premier ensemble de 'Danses slaves', orchestration de huit duos pour piano commandés et publiés en 1878 par Fritz Simrock - l’éditeur de Johannes Brahms qui lui avait recommandé le jeune compositeur tchèque quelques mois plus tôt -, Antonín Dvořák devient célèbre du jour au lendemain.

Benjamin Attahir, Nicolas Van Kuijk, Anthony Kondo, Emmanuel François et Sylvain Favre-Bulle

Benjamin Attahir, Nicolas Van Kuijk, Anthony Kondo, Emmanuel François et Sylvain Favre-Bulle

Au même moment, en plein épanouissement artistique, il dédit à son ami et musicien allemand son 'Quatuor à cordes n°9' qui est retranscrit ce soir par le Quatuor Van Kuijk avec la fougue juvénile qu’on leur connaît. 

Et il faut entendre comment leur ardeur généreuse et leur rythmique allante engagées dans les deux premiers mouvements se concentrent dans l’Adagio en un cœur d’une chaleur incroyablement intense et envoûtante, quasiment magmatique, et qui restera prégnante jusqu’à la fin du concert.

Sylvain Favre-Bulle (violon)

Sylvain Favre-Bulle (violon)

L’immersion dans l’univers beaucoup plus insouciant et empreint d’espérance d’ ‘Al Dhikrâ’, une création de Benjamin Attahir, ressemble soudainement à une chevauchée enthousiasmante qui met à l’épreuve le panache des musiciens, tel l’ébouriffant second violon de Sylvain Favre-Bulle.

C’est une découverte pour le public, et donc une surprise par cette manière d'emporter l'audience sans temps mort, ce qui regénère l’énergie de chacun des auditeurs.

Nicolas Van Kuijk (violon)

Nicolas Van Kuijk (violon)

Et en bis, le quatuor offre une adaptation 'des berceaux', une mélodie de Gabriel Fauré contemporaine du quatuor à cordes d’Antonín Dvořák qui est jouée ici dans un esprit appaisé et très lumineux – splendide incursion du premier violon de Nicolas Van Kuijk dans les aigus qui répondent aux ‘horizons qui leurrent’ du poème de Sully Prudhomme -. 

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Publié le 10 Janvier 2022

Hannigan & friends, Amalric / Degout / Chamayou / Cemin
Concert du 08 janvier 2022
Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique

Albert Roussel 
Le Festin de l'araignée : fragments symphoniques (1913 – Théâtre des Arts)

Maurice Ravel 
Histoires naturelles : extraits - arrangement Anthony Girard (1907 – Salle Erard)

Camille Saint-Saëns 
Le Carnaval des animaux : Ouverture et Marche royale du lion - Poules et Coqs - Aquarium - Le Cygne - Tortues – Finale (1886 – Audition privée à Paris)

Ottorino Respighi 
Les Oiseaux : la Poule (1928 – Théâtre municipal de Sao Paulo)

Francis Poulenc 
Le Bestiaire  : Ecrevisse – Dauphin – Carpe (1919 – Audition privée à Paris)

John Williams Jaws 
The Shark theme (1975 – Los Angeles)

Erik Satie 
Sports & divertissements : La Pieuvre - Embryons desséchés : Edriophthalma - Préludes flasques - Véritables préludes flasques ( 1922 – Salle de La Ville l’Evèque)

George Gershwin
Walking the Dog (arrangement Bill Elliott) (1937)

Gioachino Rossini
Le Duo des chats (1825)

Baryton Stéphane Degout
Piano Bertrand Chamayou
Piano Alphonse Cemin
Récitant Mathieu Amalric

Direction musicale Barbara Hannigan
Orchestre Philharmonique de Radio France

Deux mois après sa reprise du rôle de Lulu à la Monnaie de Bruxelles, et une semaine après le passage à l’année 2022, Barbara Hannigan est de retour à la Maison de la Radio et de la Musique pour faire vivre un programme musical entièrement dédié à la vie animale à partir de pièces principalement créées à Paris au début du XXe siècle, mais pas seulement.

L’auditorium est par ailleurs idéalement taillé aux dimensions de ces œuvres qui allient esprit symphonique, limpidité et poésie méditative.

Barbara Hannigan

Barbara Hannigan

Les fragments symphoniques du Festin de l'araignée d’Albert Roussel permettent d’emblée de profiter des virevoltements et de la plénitude des sons des bois et des cuivres qui s’épanouissent en privilégiant la présence chaleureuse à l’épure éthérée. 

Puis, des extraits des Histoires naturelles de Maurice Ravel sont confiés à la voix veloutée de Stéphane Degout, splendide conteur, impeccable de diction, qui ponctue de mimiques subtiles et narratives le lyrisme rêveur de ces poèmes réarrangés dans une version pour orchestre. 

Barbara Hannigan et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Barbara Hannigan et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Ce moment captivant et un peu hors du temps laisse place en seconde partie à Bertrand Chamayou et Alphonse Cemin qui se sont substitués au dernier moment à Katia et Marielle Labèque souffrantes.

Installé un peu en retrait, Mathieu Amalric introduit les différents passages extraits du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, des Oiseaux d’Ottorino Respighi, du Bestiaire de Francis Poulenc et de Sports & divertissements d’Erik Satie, d’anecdotes contemporaines racontées dans une ambiance bon enfant. 

Stéphane Degout

Stéphane Degout

Magie et légèreté d’Alphonse Cemin dans les aller-retours de l’Aquarium, profondeur romantique de Bertrand Chamayou pour faire ressentir l’inspiration de la marche funèbre de Chopin sous l’Embryon desséché d’edriophthalma, ces interprétations virtuoses et enjôleuses sont pour un moment interrompues par les élans du grand requin blanc de Jaws dont Barbara Hannigan soulève de l’orchestre des vagues étincelantes splendides, comme un grand bol d’air marin qui submerge toute la scène.

Bertrand Chamayou

Bertrand Chamayou

Et de cette vie sauvage qui nous a emmené des plus grands spécimens aux animaux microscopiques, on s’éloigne finalement pour retrouver chiens et chats et la familiarité de leurs caprices à travers la promenade dansante de Walking the Dog de Gershwin et du duo des chats interprété par Stéphane Degout et Barbara Hannigan, seul passage qu'elle chante tout en dirigeant comme elle aime si souvent le faire.

L'ensemble des artistes et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

L'ensemble des artistes et l'Orchestre Philharmonique de Radio France

Un programme qui met en joie et qui aurait probablement enchanté encore plus de très jeunes spectateurs si cela avait été possible.

Stéphane Degout et Barbara Hannigan

Stéphane Degout et Barbara Hannigan

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Publié le 19 Décembre 2021

Symphonies n°3 & 4 (Johannes Brahms – 1883 à 1885)
Concert du 16 décembre 2021
Philharmonie de Paris – Grande salle Pierre Boulez

Symphonie n°3 en fa majeur, op 90
Allegro con brio
Andante
Poco allegretto
Allegro

Symphonie n°4 en mi mineur, op 98
Allegro non troppo
Allegro moderato
Allegro giocoso
Allegro energico e passionato


Direction musicale Herbert Blomstedt
Orchestre de Paris

Concert diffusé sur Radio Classique le 09 janvier 2022 à 21h00

Achevée à l’été 1883 peu avant qu’Anton Bruchner, le dernier Romantique, n’achève sa 7e symphonie, la 3e symphonie de Brahms est l’une de ces œuvres concises et denses à la fois qui développe avec force et sérénité les humeurs introspectives de l’automne qui nous invite à ressourcer nos énergies pour se préparer à l’avenir.
Et se retrouver face à un chef d’orchestre tel Herbert Blomstedt qui file droit vers ses 95 ans ajoute à l’émerveillement du moment puisqu’il interroge le rapport mystérieux que chacun peut avoir à la musique.

Herbert Blomstedt

Herbert Blomstedt

Il fait ainsi vivre un univers sonore comme s’il cherchait à préserver un cœur chaud en faisant ondoyer un rayonnement caressant qu’il ramène subtilement vers lui pour canaliser l’entropie de l’orchestre et la laisser filer ensuite. La confiance des musiciens de l’Orchestre de Paris se lit dans la souplesse nerveuse de leurs gestes. La clarté des sonorités est splendide mais toujours tournée vers l’intériorité. Le sentiment d’être en connexion constante avec un orchestre et son chef est une expérience forte de tous les instants.

Herbert Blomstedt - Symphonie n°3 & 4 de Brahms - Philharmonie de Paris

Dans la quatrième symphonie de Brahms, ce mouvement ondoyant s’élargit, et l’orchestre est continuellement sur cet équilibre entre fluidité sans adhérence et épaisseur des mouvements de tous les pupitres, l’acoustique de la Philharmonie suffisant à en magnifier la lumière. Et la nature plus formelle de cette symphonie bénéficie encore de cette bienveillance naturelle sans emphase éperdue qu’imprègne Herbert Blomstedt aux musiciens afin de préserver la conscience d'une profondeur.

Cette invitation à une renaissance annoncée ne trouve pas plus belle conclusion que ces pas dansants et ces mimiques exaltées avec lesquels le chef d’orchestre accompagne de toute sa jeunesse d’esprit les rythmes enjoués du public lors des applaudissements qui ont conclu une telle soirée inspiratrice.

 

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