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Publié le 4 Octobre 2021

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - 2021)
Représentation du 02 octobre 2021
Centre culturel tchèque de Paris – 18, rue Bonaparte, Paris 6e

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Compositeur et musicien Jan Krejčík
Vidéo Dominique Defontaines

C’est au sous-sol du Centre culturel tchèque de Paris, dans les caves voûtées du Paris-Prague Jazz Club, un lieu de rendez-vous prisé des amateurs de jazz, que l’ensemble Résonances Lyriques présente une installation et un spectacle musical qui est une très saisissante rencontre entre un texte et un lieu qui lui corresponde parfaitement.

L'ensemble Résonances lyriques

L'ensemble Résonances lyriques

Au livre VII de la République de Platon se trouve une allégorie de la Caverne que Socrate emploie pour s’adresser à son disciple Glaucon afin d’aborder la question de la formation des philosophes.

« Les hommes sont dans la caverne depuis leur enfance, enchaînés par le cou et par les cuisses ... 
Il nous sont semblables. Réfléchis bien : jamais encore de tels hommes n'ont déjà vu, soit par leurs propres yeux, soit par les yeux d'autrui, autre chose que les ombres projetées sans cesse par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face. »

Marie Verhoeven

Marie Verhoeven

Les mots extraits de ce texte énigmatique sont dit et modulés de manière obsédante par Marie Verhoeven, et à ces mots se mêlent les accords si pathétiquement humains du violoncelle et les effets ondulatoires de l’électronique instrumentale qui utilisent aussi la tessiture de l'artiste lyrique à travers un jeu tout en finesse.

Des césures réverbérées et synchrones rythment la diction, et la nappe musicale enveloppe étrangement l'audience dans une expérience sensorielle qui dure une dizaine de minutes.

Installations vidéographiques par Dominique Defontaines

Installations vidéographiques par Dominique Defontaines

Les spectateurs se trouvent ainsi dans la position de ceux qui admirent la mise en musique mystérieuse et hors du temps des mots, mais sont aussi ceux à qui ils s’adressent puisque eux-mêmes sont plongés dans les illusions des projections vidéographiques sur les murs de la cave qui se fondent par effet de transparence avec le décor naturel.

Jan Krejčík, compositeur et musicien

Jan Krejčík, compositeur et musicien

Ici, un courant de sable se déverse le long des pierres chaudes, ailleurs des oiseaux de marais glissent sur les ondes aquatiques, là, des dos de moutons forment des collines imaginaires, et un portrait de Platon gravé comme un camée gît en bas-relief dans une lumière ombrée.

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - Marie Verhoeven – Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

Et les auditeurs se trouvent face à un faisceau de lumière, image aveuglante de la source de savoir ou de la vérité, avec lequel ils peuvent jouer pour créer des ombres.

Une réflexion ludique sur le monde des illusions où l'on aime se complaire, qui se prolonge en remontant les escaliers menant à l'extérieur de ce lieu chaleureux.

La Caverne de Platon (Résonances lyriques - Marie Verhoeven – Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

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Publié le 25 Avril 2021

Syrael (Jan Krejčík - 2010)
Représentation du 23 avril 2021
Centre culturel tchèque de Paris

18, rue Bonaparte, Paris 6e

 

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Compositeur et musicien Jan Krejčík

Percussions Manon Duchemann
Vidéo Daniel Touati et Dominique Defontaines

 

Le 23 avril 1616, trois grands écrivains disparurent le même jour : Shakespeare à Stratford-upon-Avo, Cervantès à Madrid, et Garcilaso de la Vega à Tolède. C’est ce jour qui depuis 1995 célèbre chaque année le plaisir de la lecture, et c’est pourquoi le Centre culturel tchèque de Paris a choisi le vendredi 23 avril 2021 pour inaugurer sa nouvelle bibliothèque.

A cette occasion, l’Ensemble Résonances lyriques de Marie Verhoeven est à nouveau invité pour interpréter une pièce du compositeur tchèque Jan Krejčík, qui fut créée à l’Auditorium national de musique de Madrid le 27 mai 2010.

Syrael est une partition musicale d’une durée de 15 minutes qui évoque la légende d’un être artificiel inventé par Edward Kelley, un occultiste prétendant avoir des dons de communication avec les esprits, lors de son séjour au Château de Prague à la fin du XVIe siècle.

Marie Verhoeven et Jan Krejčík

Marie Verhoeven et Jan Krejčík

On trouve ainsi dans la conception de cette œuvre contemporaine une composante alchimique qui manipule et fusionne des enregistrements de la voix de la chanteuse lyrique avec sa voix réelle exprimée en direct, et une autre composante visuelle, jouant avec des apparitions, qui fait appel à des projections vidéographiques (réalisation Daniel Touati et Dominique Desfontaines) sur un tissu transparent.

Les moyens musicaux s’appuient donc sur des instruments classiques, percussions, claviers, xylophone, mais également des moyens informatiques et électroniques utilisés comme des instruments qui permettent de réaliser des effets spéciaux sonores en temps réel.

Jan Krejčík

Jan Krejčík

L’œuvre se décompose ainsi en trois parties. Dans la première, de vifs murmures et sons pulsés se répondent dans le silence de la salle, et alors que l’image ombrée et sertie de lumière du compositeur apparaît en chef d’orchestre au centre de l’installation - qui est basée sur une vidéo enregistrée il y a plus de 8 ans -, la musique s’étoffe, gagne en intensité, tout en restant synchrone de sa gestique.

Jan Krejčík joue lui même les sonorités électroniques, Manon Duchemann les percussions, et la tension qui s’accroît suggère un acte de création ou d’effort par la violence.

Marie Verhoeven

Marie Verhoeven

Puis, dans la seconde partie, l’auditeur se trouve en état d’apesanteur, comme s’il s’était libéré de quelque chose, et l’immatérialité de ce moment devient purement vocale à travers les modulations arrangées par le musicien qui s’atténuent quand les variations des appels étranges que chante la mezzo-soprano se dessinent au premier plan. L’image du chef d’orchestre disparaît progressivement, et les formes en filigrane d’une femme au visage blanc fantomatique se révèle à travers le mystère sonore. L’impression est à la fois hypnotique et troublante, et les sons parfois fortement ténus.

Et une fois la scène d’apparition évanouie, la dernière partie s’achève en une brève conclusion aux sonorités délicates afin de préserver l’état d’esprit songeur du spectateur.

Syrael (Résonances lyriques-Marie Verhoeven-Jan Krejčík) Centre culturel tchèque de Paris

Il s'agit ici d'un exemple de concordance parfaite entre des techniques spectrales utilisées pour créer des effets sonores irréels, une technique vidéo fine qui respecte le mouvement de la musique, et un thème qui fait référence au surnaturel.

 

Lire aussi : Eau de Kupka (M.Verhoeven-J. Krejčík) Centre culturel tchèque

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Publié le 29 Novembre 2019

Eau de Kupka (M.Verhoeven-J. Krejčík)
Représentation du 27 novembre 2019
Centre culturel tchèque de Paris

Artiste lyrique Marie Verhoeven
Compositeur et musicien Jan Krejčík
Sculpteur Dominique Defontaines


Artiste peintre indépendant auquel le Grand Palais dédia une importante exposition en 2018, František Kupka quitta sa Bohême orientale natale pour rejoindre Vienne dans les années 1890, puis Paris en 1896 où il rejoignit le Montmartre bohème pour finalement s’installer en 1904  en compagnie d’Eugénie Straub dans une petite maison de Puteaux.

C’est ici qu’il peint entre 1906 et 1909  « L’Eau – la baigneuse » qui est désormais exposée au Centre Georges Pompidou de Paris, et qui porte en elle les prémices d’un travail d’abstraction qui consistera à étudier la dissolution des formes et l’harmonie des couleurs par des ondes liquides.

France Musique avait d’ailleurs proposé un jeu radiodiffusé à ses auditeurs afin qu’ils imaginent quelle musique leur inspire cette toile.
https://www.francemusique.fr/musique-classique/quelle-musique-voyez-vous-sur-l-eau-la-baigneuse-de-frantisek-kupka-61170

Détail de la projection de  « L’Eau – la baigneuse »

Détail de la projection de « L’Eau – la baigneuse »

Le compositeur tchèque Jan Krejčík et Marie Verhoeven, créatrice de l’Ensemble Résonances lyriques, apportent ainsi une réponse à travers un spectacle d’une demi-heure d’une surprenante sophistication, qui fut joué pour la première fois un mois plus tôt au Musée Kampa de Prague à l’occasion de la nouvelle exposition permanente consacrée à František Kupka et Otto Gutfreund.

La scène forme ainsi un triptyque composé, à gauche, d’un instrument créatif dit « La Rivière mobile », inventé par  Dominique Defontaines, qui permet de contrôler le débit d’un courant d’eau et de projeter ses formes ondoyantes sur un cadre rectangulaire en tissu blanc semi-transparent situé au centre de l’espace scénique, et à droite, d’un « vibraphone continu », inventé et construit par Jan Krejčík, qui permet de faire varier les hauteurs des notes en modifiant la pression sur les lames d’aluminium.

Marie Verhoeven (Artiste lyrique)

Marie Verhoeven (Artiste lyrique)

La voix de Marie Verhoeven, vibrante et homogène sur une séquence de notes qui évoquent les résonances obsédantes du « Lux Aeterna » de Ligeti, vient ainsi se superposer aux ondulations et scintillements subtils de la musique et à l’image de la « La baigneuse » et du corps de la chanteuse, elle-même déformée par les reflets de l’eau en mouvement.  Le spectateur est ainsi immergé dans un univers coloré, nimbé d’ombres fuyantes, et sensoriel, qui cherche à toucher son émotionnel en recréant une réalité organique qui le saisit et modifie son rapport au temps.

Jan Krejčík (à droite) - compositeur

Jan Krejčík (à droite) - compositeur

L’effet dans l’assistance est palpable, et les nombreux enfants, dont certains répondaient, comme un écho, aux clapotis du premier tableau musical, en resteront captivés.  Ainsi, le fait de voir la petite salle d’accueil du centre tchèque totalement remplie par une soixantaine d’auditeurs laisse imaginer que ce spectacle pourrait être joué dans un espace plus large, même si la nécessaire proximité avec la chanteuse définit également une limite pour en préserver l’immersion visuelle.

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