Articles avec #recital tag

Publié le 7 Mai 2022

Boulevard des Italiens
Récital du 05 mai 2022
Amphithéâtre Bastille

Gaspare Luigi Pacifico Spontini (1774-1851) 
La Vestale  
'Qu'ai-je vu! ... Julia va mourir!'
Luigi Cherubini (1760-1842) 
Ali Baba  
'C’est de toi, ma Délie, que dépendait mon sort'
Gaetano Donizetti (1797-1848) 
La Favorite  
'Ange si pur que dans un songe'
Charles Gounod (1818-1893) 
Faust 
'Salut, demeure chaste et pure'
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Don Carlos 
'Fontainebleau ! forêt immense et solitaire'
Les Vêpres siciliennes  'Ô toi que j'ai chérie'
Jules Massenet (1842-1912)
Manon 
'En Fermant les yeux'
Giacomo Puccini (1858-1924)
Madame Butterfly  
'Adieu, séjour fleuri'
Tosca  'Ô de beautés égales dissemblance féconde !' 
Pietro Mascagni (1863-1945)

Amica  'Amica! Vous restez à l'écart?' 
Amica  'Pourquoi garder ce silence obstiné?' 

Ténor Benjamin Bernheim
Piano Félix Ramos

Présentation Judith Chaine, France Musique et Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane

En ouverture de la 15e édition de ‘Tous à l’Opéra’, l’Opéra de Paris proposait gratuitement d’assister à un récital de Benjamin Bernheim, l’occasion de découvrir à l’amphithéâtre Bastille des extraits de son second album ‘Boulevard des Italiens’ dédié à des airs français de compositeurs italiens du XIXe siècle.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Le programme comprenait ainsi neuf des dix-huit airs enregistrés sur ce nouvel album et deux autres airs de Gounod et Massenet afin de dessiner un parcours chronologique d’œuvres créées à l’Opéra de Paris d’abord à la salle Montansier, ‘La Vestale’, puis à la salle Le Peletier, ‘Ali Baba’, ‘La Favorite’, ‘Don Carlos’, ‘Les Vêpres Siciliennes’, ‘Faust’ (dans sa version Grand opéra), suivies enfin d’œuvres jouées à la Salle Favart de l’Opéra Comique, ‘Manon’, ‘Madame Butterfly', ‘Tosca’, et même une œuvre rare créée à l’Opéra de Monte-Carlo, ‘Amica’ de Pietro Mascagni.

Félix Ramos et Benjamin Bernheim

Félix Ramos et Benjamin Bernheim

Un siècle d’opéra est ainsi raconté en partant des prémisses du romantisme pour finalement se fondre dans le vérisme belcantiste italien adapté à la langue française, et c’est une chance incroyable de profiter d’une telle présence, car Benjamin Bernheim manie magnifiquement l’art de la transition entre le timbre charnel et viril de son chant et la pureté séraphique de sa voix mixte, un émerveillement d’irréalité.

Par ailleurs, il exhale une puissance presque animale qui ne peut se ressentir que dans de telles conditions, alors que l’écoute au disque à tendance à lisser cette énergie tellement physique, ce qui témoigne de la valeur de la rencontre directe avec une telle proximité.

Alexandre Dratwicki et Judith Chaine

Alexandre Dratwicki et Judith Chaine

En présence de Judith Chaine et Alexandre Dratwicki, le directeur du Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane avec lequel Benjamin Bernheim a déjà enregistré la première version de ‘Faust’ créée au Théâtre Lyrique en 1859, cette soirée a aussi une vertu pédagogique car le chanteur a ainsi l’occasion de parler de sa technique et de ce qui la différencie de celle des artistes féminines, notamment lorsqu’il parle des mouvements inverses ascendants et descendants afin de chercher des effets de couleurs différents.

Alexandre Dratwicki surprendra également l’audience en indiquant que la version de ‘Madame Butterfly’ qui est aujourd’hui chantée sur les scènes du monde entier est la traduction italienne de la version Française, elle même une réécriture de la version originale.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Félix Ramos, pianiste et chef de chant de l’Académie de l’Opéra National de Paris, est en accompagnement complice avec l’artiste lyrique, délivrant des sonorités douces et bien timbrées, et confie que cette forme confidentielle lui donne des degrés de liberté interprétatifs qu’un orchestre ne pourrait se permettre.

Benjamin Bernheim reprendra le rôle de Faust à l’opéra Bastille en juin 2022, puis incarnera Roméo un an plus tard sur la même scène. Il est même possible de le retrouver sur France 4 dès le 08 mai 2022 à 21h10 pour la rediffusion de ‘Manon’ enregistré en mars 2020.

Voir les commentaires

Publié le 20 Avril 2022

Voix d’Afrique
Récital du 16 avril 2022
Théâtre des Champs-Élysées

Suppé  Cavalerie légère, Ouverture
Puccini  « O mio babbino caro » - Gianni Schicchi (Kimmy Skota)
Verdi  Air de Banco - Macbeth (Blaise Malaba)
Verdi  « Pace, pace, mio dio » - La Force du destin (Cyrielle Ndjiki)
Offenbach  « Barcarolle » - Contes d’Hoffmann (Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki)
Catalini  « Eben andro lontana » - La Wally (Elisabeth Moussous)
Rossini  Duetto Lindoro Mustafa - L’Italienne à Alger (Levy Sekgapane et Blaise Malaba)
Delibes  Duo des fleurs (Cyrielle Ndjiki et Kimmy Skota)
Verdi Mort de Rodrigue (Edwin Fardini)
Verdi « Dieu nous sépare » - Jérusalem (Cyrielle Ndjiki, Levy Sekgapane et Blaise Malaba)
Auber Air de l’éclat de rire - Manon Lescaut (Leïla Brédent)
Verdi  « La Vergine degli angeli » - La Force du destin (Elisabeth Moussous et Chœur)
Mascagni  Cavalleria rusticana - Intermezzo                 
 Adrianna Bignani-Lesca
Bizet « Près des remparts de Séville» - Carmen ( Adrianna Bignani-Lesca)
Donizetti  « Ah mes amis quel jour de fête » - La Fille du régiment (Levy Sekgapane)
Gershwin « Bess, you my woman » (Elisabeth Moussous et Edwin Fardini), « I got planty of nuttin’ » (Chœur), « Oh, I can’t sit down »  (Chœur), « Oh Lawd, I’m on my way » (solistes et Chœur)
Christopher Tin  Baba Yetu (« Notre Père » en swahili, Chœur)
Thula Baba, berceuse d’Afrique du Sud en langue zoulou (Kimmy Skota)
Mohau Mogale « Thamalakwane », air lyrique (Kimmy Skota)
Eding, Chant sacré du Cameroun (Chœur)
Verdi « Va pensiero » - Nabucco (solistes et Chœur)

Leïla Brédent soprano
Elisabeth Moussous soprano
Cyrielle Ndjiki soprano
Kimmy Skota soprano
Blaise Malaba basse
Levy Sekgapane ténor
Adrianna Bignani-Lesca mezzo soprano
Edwin Fardini baryton

Direction musicale Sébastien Billard
Orchestre de la Garde républicaine et Chœur de l’Armée française

Coproduction Africa Lyric’s Opéra / Women of Africa / Opera for Peace 
Concert au profit de Women of Africa et en soutien aux jeunes artistes lyriques et aux projets pour les femmes

Organisée par Patricia Djomseu, ancienne professeur de danse classique au Cameroun qui a repris la direction de l’association Women of Africa créée il y a 20 ans par sa mère, cette grande soirée caritative est pour beaucoup l’occasion de découvrir une nouvelle génération de chanteurs lyriques professionnels originaires d’Afrique et d’Outre-Mer.

Kimmy Skota - « O mio babbino caro »

Kimmy Skota - « O mio babbino caro »

Même si la majeure partie de ce récital est constituée d’airs d’opéras italiens et français du XIXe siècle régulièrement interprétés en concerts lyriques, le véritable plaisir vient de la diversité de couleurs, d’amplitudes et de timbres de voix des huit artistes invités qui permettent à l’auditeur de varier constamment les impressions sensorielles.

Blaise Malaba - Air de Banco

Blaise Malaba - Air de Banco

Toute fine et délicate, Kimmy Skota débute avec un ‘O mio babbino caro’ très émouvant par sa manière d’en exprimer les sentiments sur le souffle d’un filet de voix ténu et intime, puis apparaît plus impétueuse dans ‘Thamalakwane’ du compositeur sud-africain Mohau Mogale, et se révèle d’une irrésistible sensibilité pour la berceuse sud africaine ‘Thula Baba’, susurrée avec une soyeuse luminosité intemporelle. 

Cyrielle Ndjiki - « Pace, pace, mio dio »

Cyrielle Ndjiki - « Pace, pace, mio dio »

Cet air très doux intervient juste après que nous ayons été emportés par un chant en langue swahili originaire d’Afrique de l’Est, ‘Baba Yetu’, qui est une composition de Christopher Tin devenue célèbre à travers le jeu de stratégie ‘Civilization IV’, une des fantastiques surprises de cette soirée qui a engagé le chœur de l’Armée française dans une ode pleine d’espérance.

Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki - « Barcarolle »

Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki - « Barcarolle »

Voix véritablement verdienne, riche en vibrations dramatiques, Cyrielle Ndjiki donne énormément d’intensité au «Pace, pace, mio dio» de la 'Force du destin', puis s’adapte parfaitement à la tessiture bien plus légère de Kimmy Skota dans le duo des fleurs de ‘Lakmé’, avec une recherche d’harmonie subtilement réussie.

Et en duo avec Leïla Brédent, pour l’air de la ‘Barcarolle’, c’est cette fois-ci l'alliage d’un chant fruité, délié et bien focalisé mêlé à la tessiture voilée de Cyrielle Ndjiki qui en fait le charme.

Chœur de l’Armée française interprétant 'Baba Yetu' de Christopher Tin

Chœur de l’Armée française interprétant 'Baba Yetu' de Christopher Tin

Splendide dans l’air de 'La Wally' où la clarté du timbre est étoffée d’un médium expressif, Elisabeth Moussous offre le second portrait de Leonora de la ‘La Force du destin’, où elle apporte une touche de classicisme supplémentaire.

Et si l’on n’entendra Adrianna Bignani-Lesca, première lauréate du concours des grandes Voix d’Afrique, que pour un air qui plongera Carmen dans une noirceur fortement ténébreuse, il sera possible de la retrouver en juin 2022 sur la scène du Palais Garnier où elle interprétera Junon dans ‘Platée’ de Rameau auprès de Lawrence Brownlee, ténor américain qui partageait la scène de la salle Gaveau avec Levy Sekgapane il y a encore trois semaines.

Elisabeth Moussous - « La Vergine degli angeli »

Elisabeth Moussous - « La Vergine degli angeli »

Levy Sekgapane, Comte Almaviva sur la scène Bastille en 2018, est présent ce soir et profite d’airs de Rossini et Donizetti pour faire montre d'aisance, souplesse, éclat et précision sans le moindre dépareillement de ses aigus légers agréablement vibrés. Blaise Malaba lui donne la réplique dans le rôle de la basse, mais c’est plus dans Verdi que l’artiste congolais peut mettre en valeur le velours d’un souffle majestueux à travers la mort de Banco.

Levy Sekgapane - « Ah mes amis quel jour de fête »

Levy Sekgapane - « Ah mes amis quel jour de fête »

Enfin, en l'absence de Sir Willard White atteint du covid, c’est Edwin Fardini, gagnant de la 3e édition du concours « Voix des Outre-mer » le 22 janvier 2021, qui se charge de le remplacer, ce qui vaudra au public d'entendre un air de Rodrigo issu de ‘Don Carlo’ de Verdi d’une impressionnante sonorité bien galbée et en contraste total avec l’allure longiligne du chanteur.

Edwin Fardini - Mort de Rodrigue

Edwin Fardini - Mort de Rodrigue

Sous la direction fluide et chaleureuse de Sébastien Billard, l’Orchestre de la Garde républicaine et le Chœur de l’Armée française sont des soutiens attentifs, et tous se rejoignent, solistes compris, dans un ‘Va, Pensiero’ final qui permet d’achever dans une sérénité recueillie un récital généreux empreint d’une modestie très touchante.

Voir les commentaires

Publié le 2 Octobre 2021

Chausson / Duparc / Brahms / Britten / Bridge
Récital du 30 septembre 2021
Théâtre des Champs-Elysées

Ernest Chausson Poème de l’amour et de la mer op. 19 - Cycle de mélodies d’après des poèmes de Maurice Bouchor
Henri Duparc « Invitation au voyage », op. 114, « La Vie antérieure », « Phidylé » op. 13 n° 2
Johannes Brahms « Die Mainacht » op. 43 n° 2
« Dein blaues Auge » op. 59 n°8
« Immer leiser wird mein Schlummer » op. 105 n°2
« Auf dem Kirchlofe » op. 105 n°4

Benjamin Britten « The Salley Gardens »
« The Last Rose of Summer »

Frank Bridge « Love went a-riding »
 
Ténor Benjamin Bernheim
Piano Mathieu Pordoy

Cinq jours après avoir chanté Les Contes d’Hoffmann à l’Opéra de Hambourg pour six représentations, Benjamin Bernheim reprend le chemin du récital pour deux soirs, l’un au Théâtre des Champs-Élysées, l’autre au Konzerthaus de Vienne, le 03 octobre.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Il est à nouveau associé au pianiste Mathieu Pordoy avec lequel il avait déjà donné ce même récital le 15 août dernier au Festival de Salzbourg, tout en l’adaptant légèrement ce soir, les mélodies d’Henri Duparc se substituant aux mélodies de Clara Schumann pour mieux saisir le public parisien.

Le Poème de l’amour et de la mer est ainsi interprété tel qu’il a été conçu à l’origine, quand Ernest Chausson accompagnait au piano le ténor Désiré Desmet lors de sa création à Bruxelles, le 21 février 1893.

La voix élevée de Benjamin Bernheim est fascinante car le jeune chanteur joue à la fois sur le sentiment intime et l’éclat héroïque, et sa projection vers les hauteurs de la salle rayonne d’une ample clarté où s’immisce l’aplomb volontariste de la jeunesse.

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

Et au cours de ce cycle de mélodies, Mathieu Pordoy dispose de longs passages solo pour faire couler une veine de sonorités rondes, stables et bien timbrées au délié liquide qui s’allie parfaitement au chant de son partenaire.

Les deux artistes offrent ainsi une imparable beauté classique à leur ensemble, mélange de retenue d’émotion et de grâce sereine.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

En seconde partie, le temps est cette fois laissé à un grand wagnérien des premières heures, Henri Duparc, qui rencontra Ernest Chausson juste après la guerre franco-allemande de 1870. 

Sur des textes de Baudelaire ( Invitation au voyage et La Vie antérieure) et Leconte de Lisle (Phidylé), Benjamin Bernheim approfondit d’autres facettes de sa voix. La variété des couleurs et la finesse des nuances deviennent grisantes, et l’auditeur se sent comme invité à se laisser bercer pour partager des confidences.

Puis, les quatre chants de Brahms extraits de 3 opus différents composés entre 1868 et 1886 nous emmènent vers des teintes plus graves et sombres, toujours avec la même délicatesse, et l’ art du lied germanique vient ainsi se fondre à un univers qui lui est contemporain.

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

On quitte ensuite cet art de l’union de deux langues pour rejoindre le XXe siècle et un langage amoureux plus immédiat avec The Salley Gardens, et surtout Last Rose of Summer, de Benjamin Britten, où, dans cette dernière mélodie, Benjamin Bernheim laisse filer des traits d’âme en voix de tête d’un charme enjôleur magnifique.

Enfin, Love went a-riding de Frank Bridge permet d’achever le récital sur un héroïsme triomphant constellé par les notes perlées du piano qui suscitent ainsi un enthousiasme qui ne peut que déclencher deux bis, l’un choisi spécifiquement pour Paris, Le Voyage à Paris de Francis Poulenc, l’autre pour les amateurs d’opéras avec Pourquoi se réveiller du jeune Werther, là aussi un symbole de l’imaginaire germanique teinté de sentimentalisme français.

Benjamin Bernheim (Chausson – Duparc – Brahms – Britten - Bridge) - Champs-Élysées

Voir les commentaires

Publié le 8 Septembre 2021

Souffle arménien et chant persan (Sahar Mohammadi / Haïg Sarikouyoumdjian)
Concert du 08 septembre 2021
Théâtre de la ville -  Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Chant Sahar Mohammadi
Duduk Haïg Sarikouyoumdjian

 

Au printemps 2004, la chanteuse lyrique Isabel Bayrakdarian se rendit en Arménie pour rencontrer une nouvelle génération de musiciens et enregistrer avec eux des œuvres de Komitas, un prêtre, compositeur et musicologue qui fut le premier à reconstituer au début du XXe siècle l’art mélodique arménien, tout le savoir faire théorique des traditions s’étant dissipé au fur et à mesure des croisements d’influences avec les pays voisins.

Et à l’approche de l’été 2007, Arte diffusa un documentaire musical sur ce pèlerinage qui comprenait un petit bijou, Dle Yaman, interprété avec le Minassian Duduk Quartet, qui fut l’occasion de découvrir cet instrument à vent, le duduk, au son souple et velouté, construit dans du bois d'abricotier et dont le timbre est plus sombre que le hautbois.

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Deux ans plus tard, un jeune musicien français, joueur de duduk et d’origine arménienne, Haïg Sarikouyoumdjian, se fit connaître en s’associant à Jordi Savall et son ensemble Hespérion XXI.

Il rencontra à Saint-Cloud Sahar Mohammadi, une interprète du chant classique persan, et depuis ils unissent l’art musical de leurs régions respectives, déjà réunies au Ve siècle avant J.C au sein de l’empire Perse de Darius Ier, pour nourrir leur propre culture et la partager avec un public international.

Tous deux sont à nouveau invités ce soir par le Théâtre de la ville au cœur de la coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Avec un peu d’imagination, on pourrait se croire transporté dans un monastère perdu au Moyen-Orient, et les lumières chaudes illuminent la partie inférieure des arches du monument afin de créer une ambiance intime autour des deux musiciens simplement assis sur une petite estrade recouverte d’un tapis d’orient.

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Avec beaucoup de patience et de contrôle, Haïg Sarikouyoumdjian déroule sur un souffle délicat une onde qui se propage dans l’enceinte, imprègne l’auditeur d’une spiritualité à la fois éloignée et grave, puis, Sahar Mohammadi interprète dans un alliage vocal et musical finement tissé ces chants qui parlent de sentiments, de séparations, de manque et de tristesse. L’acoustique de la coupole ouvre aux vibrations typiques de la poésie mystique iranienne un espace immense pour rêver à des horizons lointains.

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

La musique ne s’interrompt que deux fois en une heure. Haïg Sarikouyoumdjian joue parfois seul en modulant en volume son souffle pour créer un fond sonore à la limite de l’audible, comme pour toucher le subconscient, et d’une extrême délicatesse il effleure ensuite la dentelle de mots que chante Sahar Mohammadi avec un recueillement splendide.

Sahar Mohammadi

Sahar Mohammadi

Au delà de la force affective nécessaire à une tel épanouissement fusionnel et artistique, il y a aussi le rêve que l’union des arts transcende les frontières et les régimes politiques.

Voir les commentaires

Publié le 23 Juin 2021

Maria Jose Siri et Placido Domingo
Récital du 21 juin 2021
Paris, Salle Gaveau

Giuseppe Verdi Luisa Miller, ouverture
Umberto Giordano « Nemico della patria » (Andrea Chénier)
Giuseppe Verdi « Tacea la notte placida ... Di tale amor » (Il Trovatore)
Giuseppe Verdi « Madamigella Valery? » (La Traviata)
Giuseppe Verdi Les Vêpres siciliennes, ouverture
Ambroise Thomas « O vin, dissipe la tristesse » (Hamlet)
Umberto Giordano « La Mamma morta » (Andrea Chénier)
Fedora, ouverture
Giuseppe Verdi « Udiste ? ... Mira d’acerbe lacrime »  (Il trovatore)

Bis

José Serrano « ¿Qué te importa que no venga? » (Los Claveles)
Pablo Sorozábal « No puede ser » (La tabernera del puerto)
Manuel Penella « Vaya una tarde bonita ...Torero Quiero ser » (El Gato Montes)
Franz Lehár « Lippen schweigen » (Die lustige Witwe)

Direction musicale Mathieu Herzog
Orchestre Appassionato

La venue de Placido Domingo à la Salle Gaveau et de Maria Jose Siri, une spectaculaire soprano habituée des grandes maisons italiennes, et des Arènes de Vérone en particulier, ne pouvait qu’engendrer un débordement d’émotions immédiatement saisissables par un auditoire venu s’emplir d’une vitalité généreuse qui n’en a que plus de prix quand elle provient d’un artiste né en 1941.

Rarement est il également offert au public une telle proximité avec un chanteur qui fit ses débuts au Palais Garnier le 20 mai 1973 dans Il Trovatore, puis revint l’année d’après dans Les Vêpres siciliennes, et dans La Forza del destino en 1975.

Placido Domingo

Placido Domingo

Immense ovation à son arrivée sur scène, le poids des ans palpable mais l’élégance immuable comme comme on imaginerait Giuseppe Verdi revenant sur la scène de La Scala pour présenter à l’âge de 80 ans son ultime opéra, Falstaff, Placido Domingo s’empare d’emblée du grand air de Gerard, « Nemico della patria », le corps en tension, l’émission tremblante, mais l’élocution franche et claire, et un visage qui fait revivre la rancœur d’un personnage au cœur retourné par l’amour. Admiration et sentiment de l’invraisemblable se mêlent subtilement chez l’auditeur.

Puis, Maria Jose Siri le remplace à l’avant scène afin d’incarner Leonore d’Il trovatore. Le flot vocal riche et métallique aux teintes de bronze envahit tout l’espace de son opulence qui permet de tisser de longs aigus renversants, et le regard scintillant de cette grande artiste amplifie cette impression de don sans limite qu’elle rayonne sans mesure.

Maria Jose Siri

Maria Jose Siri

Et lorsque son partenaire la rejoint, le duo du second acte de La Traviata devient l’un des plus inhabituel qu’il soit permis d’entendre. En effet, on ne peut s’empêcher de voir à travers Germont son fils même, Alfredo, devenu vieux, alors que Placido Domingo incarne dans une sorte d’évolution naturelle - lui qui avait commencé à chanter le rôle de l’amoureux de Violetta le 19 mai 1961 à Monterrey, soit 60 ans plus tôt – un changement de génération.

Il est à la fois émouvant de par ses tressaillements qui soulignent une faiblesse, mais aussi d’une très grande force expressive par cette capacité à jouer sur les sentiments du cœur tout en affichant la négativité du père d’Alfredo. Mais face à lui, Maria Jose Siri paraît trop ample pour paraître une femme souffrante et soumise à la volonté d’un vieux père, et c’est donc ce qu’il y a d’atypique et d’opératique à outrance dans cette partie qui fait tout l’intérêt de cet échange habituellement plus intime.

L'orchestre Appassionato

L'orchestre Appassionato

Le lyrique torrentiel de Maria Jose Siri trouve alors dans l’air de Maddalena « La Mamma morta » une nouvelle occasion de conjuguer assurance, puissance de souffle et rayonnement vocal sans la moindre sensiblerie, avec le soutien d’un orchestre qui ne ménage en rien son emportement avec ces deux grands artistes.

Car il est rare d’entendre un orchestre avoir une telle présence au point de représenter un protagoniste à part entière tout au long de la soirée.

Fondé par Mathieu Herzog qui dirige ce soir avec un étonnant sens de l’équilibre entre la flamme des musiciens et la nécessité de préserver un champ vocal suffisant pour les chanteurs, l’ensemble Appassionato est disposé sous l’orgue de façon à porter les cordes sur l’avant scène, les bois en second plan, puis les cuivres et enfin les percussions en fond de scène.

Placido Domingo, Maria Jose Siri et Mathieu Herzog

Placido Domingo, Maria Jose Siri et Mathieu Herzog

La jeunesse des musiciens s’accompagne d’une manière d’être fortement impliquée dans le déroulé de ce qui se joue sur scène, et les regarder tout en profitant des timbres ronds et charnus de leurs instruments contribue tout autant au plaisir de ce spectacle.

L’allant sans complexe avec lequel est menée l’ouverture des Vêpres siciliennes est l’un des grand moment orchestral de la soirée, et l’on aura tous remarqué l’enthousiasme expressif du timbalier se donnant à corps joie de façon fort communicative, mais aussi le comportement des musiciens qui, lorsqu’ils ne sont pas sollicités par la partition, se laissent entraîner par la musique comme pour vibrer à l’unisson de leurs camarades. Véritablement, ils donnent une image de vie extrêmement positive qui est une grande source d’inspiration et de plaisir pour le public.

L'orchestre Appassionato

L'orchestre Appassionato

Le programme de la soirée comprend aussi des airs plus légers, en bis en particulier, qui contribuent à l’agrément et à la respiration du récital, ce qui permet aux artistes de jouer sur un registre comique et ludique, et du fait que tous les insrumentistes et solistes soient réunis finalement sur un espace assez réduit donne aussi une image concentrée et un peu bousculée propice au sentiment de convivialité si important pour tous.

Voir les commentaires

Publié le 18 Juin 2021

Gala Lyrique (Rossini, Mozart, Puccini, Verdi, Wagner, Berlioz, Donizetti)
Récital du 16 juin 2021
Palais Garnier

Guillaume Tell - Ouverture
Manon Lescaut - « Sola, perduta, abbandonata » (Maria Agresta)
Don Giovanni - « Madamina » (Luca Pisaroni)
Il Corsaro (Verdi) - « De corsari il fulmine » (Michael Fabiano)
La Forza del Destino - « Urna fatale » (Ludovic Tézier)
Tannhäuser - « Bacchanale »
Tannhäuser - « O du mein holder Abendstern » (Ludovic Tézier)
La Damnation de Faust – « Devant la maison de celui qui t'adore » (Luca Pisaroni)
Don Pasquale - « Cheti, cheti, immantinente » (Luca Pisaroni - Ludovic Tézier)
La Bohème - Final de l'Acte I (Maria Agresta - Michael Fabiano)

Direction musicale Mark Wigglesworth
Orchestre de l’Opéra national de Paris

Un mois après la réouverture des salles de spectacles au public, le Palais Garnier accueille un quatuor de grands artistes impliqués dans les productions de l’Opéra de Paris en cours de représentations en ce mois de juin, et réunis à travers un unique récital lyrique.

Au trio de ToscaMaria AgrestaMichael Fabiano et  Ludovic Tézier, se joint l’interprète de Rodrique dans Le Soulier de satin, Luca Pisaroni, tous les quatre associés au chef d’orchestre de La Clémence de Titus, Mark Wigglesworth, et à l'orchestre de l'Opéra national de Paris.

Maria Agresta

Maria Agresta

Ce concert est ainsi une occasion de les retrouver de près, mais aussi d'évoquer les réminiscences musicales du Palais Garnier au cours des 50 premières années de son existence, depuis son achèvement en 1875.

Guillaume Tell et Tannhäuser faisaient toujours partie des douze ouvrages les plus joués dans cette salle , avec plus de 300 représentations chacun, et Mark Wigglesworth restitue une lecture d'une très grande finesse de leurs ouvertures respectives, ce qui permet d'apprécier les très belles expressions des violoncelles, leur son boisé et la rutilance de leur éclat, et les qualités lumineuses de l'ensemble orchestral fort impressionnantes dans la bacchanale. Du grand style!

Ludovic Tézier, Luca Pisaroni, Maria Agresta

Ludovic Tézier, Luca Pisaroni, Maria Agresta

La partie récital permet de retrouver celui qui incarnait ici même Leporello en 2006 dans la mise en scène de Michael Haneke, Luca Pisaroni. Il connaît ce personnage par cœur, cela se voit à sa manière de mimer les intentions du texte, et timbre idéalement les intonations ironiques du valet de Don Giovanni en insistant sur la tonalité légère de l'air du catalogue.

Michael Fabiano

Michael Fabiano

L'humble arrivée de Michael Fabiano mélange à la fois le naturel sympathique de ce chanteur et la tension dramatique de l'air de Corrado. Il campe en effet un grand personnage verdien, une solide homogénéité de toute la tessiture de la voix, un engagement enflammé, une poignance et un mordant formidables, et surtout une précision de jeu et une expression du sens de ce qu'il chante qui nous fait vivre émotionnellement au plus près des sentiments portés par le texte et la musique.

Ce grand chanteur et grand acteur Joue, plus loin, aussi bien la sincérité amoureuse de Rodolfo, et Maria Agresta, après un rendu authentiquement blessé, sans noirceurs exagérées et avec une excellente tenue dans les expressions de douleurs, de Manon Lescaut, offre à nouveau avec lui l'image d'un couple d'une attention tout aussi subtile que dans leur dernier acte de Tosca à l'opéra Bastille.

Ludovic Tézier

Ludovic Tézier

Et c'est à Ludovic Tézier que l'on doit ce soir la plus grande variété de traits de caractères. La sévérité de Don Carlo di Vargas et le conflit entre désespoir et détermination se lisent naturellement dans ses résonances verdiennes, un tempérament qui correspond si bien à sa stature sereine et bien ancrée

Il surprend beaucoup plus dans le duo donizettien avec Luca Pisaroni, où la célérité du verbe sollicite souffle et précision dynamique de l'élocution, puis il retourne à un état d'apaisement sous les ombres poétiques de Wolfram, où cette fois s'exprime un ton plus aérien. 

​​Un concert relativement court, mais qui a été un enchantement musical d'une énergie tant essentielle pour chacun.

Voir les commentaires

Publié le 26 Février 2019

Les lundis musicaux - Stéphane Degout (Baryton) et Alain Planès (Piano)

Récital du 25 février 2019
Athénée Théâtre Louis-Jouvet

Claude Debussy 1862-1918 : Chansons de France (1904, Charles d’Orléans) / Le Promenoir des deux amants (1910, Tristan L’Hermite)
Gabriel Fauré : 1845-1924 : Les berceaux (op. 23, 1882, René François Sully-Prudhomme) / Au bord de l’eau (op. 8 1871, René François Sully-Prudhomme) / Clair de Lune (op.46 1887, Paul Verlaine) / Mandoline (extraits des Mélodies de Venise, op 58, 1891, Paul Verlaine) / Danseuse (extraits de Mirages, op. 113, 1919, René de Brimont) / Après un rêve (op.7 1878, Romain Bussine)
Emmanuel Chabrier 1841-1894 : L’île heureuse (1890, Ephraïm Mikhaël) /Chanson pour Jeanne (1886, Catulle Mendès)
Henri Duparc 1848-1933 : La Vie antérieure (1884, Charles Baudelaire) /Sérénade (1869, Gabriel Marc) / Chanson triste (1869, Jean Lahor) / Elégie (1874, Thomas Moore) / Lamento (1883, Théophile Gaultier) / Le Galop (1869, Théophile Gautier)

Quelques jours après son incarnation splendide de Chorèbe dans la tragédie lyrique des Troyens d’Hector Berlioz, nous retrouvons Stéphane Degout au petit Théâtre de l’Athénée, un lundi soir propice aux réflexions introspectives, dans une incarnation magnifiquement unifiée des âmes poétiques décrites par les mélodistes français du tournant du XXe siècle, d’Henri Duparc à Claude Debussy.

Stéphane Degout

Stéphane Degout

La voix de Stéphane Degout se fond avec justesse dans l’intimité lovée de la salle semi-circulaire, elle qui s’épanouissait également si largement dans l’immensité de la scène Bastille, et le talent du baryton français est d’interpréter ces mélodies en les portant intérieurement par une délicatesse d’expression du regard, de légers froncements de sourcils, et des appuis obliques du corps qui s’adressent à l’auditeur en l’invitant à accueillir les poèmes sans forcer l’affectation.

Le Théâtre de l'Athénée le long du square de l'Opéra Louis-Jouvet

Le Théâtre de l'Athénée le long du square de l'Opéra Louis-Jouvet

Le sentiment de dignité et de joie mélancolique, qui innerve cet inaltérable souffle embrumé d’une clarté obscure, est ainsi le vecteur d’une vigueur à laquelle se mêle l’harmonie chaleureuse qu’Alain Planès distille à travers un rendu sonore hyalin, qui nimbe précieusement le relief subtilement creusé autour de de chaque mot. 

Ce chant ne pleure pas, mais conte le désarroi de la vie avec honneur et une accroche immédiate.

Et les spectateurs, en réponse à leurs chaleureux rappels, entendront trois mélodies supplémentaires, dont l’une de Maurice Ravel, Chanson romanesque (Don Quichotte à Dulcinée), et Diane Séléné de Gabriel Fauré.

Stéphane Degout

Stéphane Degout

Enfin, parmi le public, Barbara Hannigan, partenaire de Stéphane Degout à l’opéra dans Pelléas et Mélisande et Lessons in love and violence, et interprète passionnée d’œuvres contemporaines, est venue l’écouter avant de faire revivre dans deux jours, à la Philharmonie, la création française d’Hans Abrahamsen, Let me tell you.

Stéphane Degout et Alain Planès

Stéphane Degout et Alain Planès

Voir les commentaires

Publié le 4 Novembre 2017

Le concert des étoiles – Hommage à Giuseppe Verdi
Tournage du 01 novembre 2017
Théâtre des Champs-Elysées

Airs de Nabucco, Macbeth, Luisa Miller, Rigoletto, Il Trovatore, La Traviata, Les Vêpres siciliennes, La Forza del Destino, Don Carlo, Aida, Otello.

Ténors Enea Scala, Michael Spyres, Gaston Rivero
Sopranos Jessica Pratt, Olga Peretyatko, Catherine Hunold
Mezzo-Soprano Ekaterina Gubanova
Barytons Ambrogio Maestri, Luca Salsi, Arthur Rucinski, Ludovic Tézier

Direction musicale Yvan Cassar
Orchestre de chambre de Paris
Chœur régional Vittoria d’Île de France

Ensemble Fiat Cantus                                                     Ekaterina Gubanova

En septembre 2016 et juillet 2017, France 3 rediffusait en première partie de soirée le premier Concert des Étoiles dédié à Luciano Pavarotti et enregistré à la salle des Étoiles de Monaco avec l’orchestre de l’Opéra de Marseille.

A chaque fois, ce fut plus d’un million de téléspectateurs qui purent entendre les plus belles couleurs des grands chanteurs lyriques du moment magnifier des airs extraits, certes, de leur drame musical originel, mais suffisamment variés pour permettre à chaque auditeur d’en apprécier les différences.

Olga Peretyatko

Olga Peretyatko

Face à un tel succès, France Télévisions renouvelle en 2017 ce projet sous forme d’hommage à Giuseppe Verdi, le compositeur le plus joué dans le monde avec Wolfgang Amadé Mozart, et c’est le Théâtre des Champs-Élysées qui voit sa scène totalement repensée pour cet évènement.

Assister au tournage de cette émission est donc l’occasion de voir de près comment un programme audiovisuel vient rencontrer un lieu habituellement voué à la spontanéité de l’art du chant et de la danse, et d’apprécier l’ambiance parmi un public diversifié où les amateurs passionnés d'opéra ne représentent qu'une partie minoritaire des spectateurs.

Le Concert des Etoiles - Hommage à Giuseppe Verdi - Théâtre des Champs-Elysées et France 3

Cette ambiance, moins hystérique qu'aux récitals habituels du Théâtre des Champs-Elysées et moins critique sur les points de détails des interprétations, affiche également un visage plus jeune, et la sérénité d’écoute ainsi retrouvée donne l'impression d'assister bien sagement à un impressionnant défilé de chanteurs venant humblement interpréter chacun de leurs airs avant de repartir presque comme si de rien n'était. Et c’est particulièrement plaisant à voir et entendre.

Michael Spyres

Michael Spyres

Par ailleurs, le visage du théâtre est totalement modifié, car de nombreux sièges sont temporairement déplacés afin de permettre l’installation d’une avant-scène au milieu de la salle, dont le sol laqué reluit sous les faisceaux lumineux multicolores qui la traversent de part en part en éblouissant parfois le public.

L’orchestre, situé en arrière des chanteurs, est également surmonté d’un affichage vidéo qui reflète par moment la salle du théâtre stylisée, et dont le rouge flamboyant permettra à Michel Franck, le directeur, de profiter de la diffusion télévisuelle pour donner une belle image de son établissement.

Le Concert des Etoiles - Hommage à Giuseppe Verdi - Théâtre des Champs-Elysées et France 3

Et parmi les airs entendus ce soir, tous composés par Giuseppe Verdi (1813-1901) dans la seconde partie de sa carrière, depuis Luisa Miller (1849) à Otello (1887), si l’on excepte l’un des airs de Macbeth (Oh Tutti sorgete) et le Chœur des esclaves de Nabucco, même l’amateur le plus passionné peut y faire des redécouvertes.

Ainsi, la surprise provient de l’enjôleuse souplesse de chant de Michael Spyres‘Questo quella’, ‘Je veux entendre ta voix’, ‘Quando le sere al placido’ -, claire et si douce et d'une telle éloquence dans le répertoire français. Ce que l’on entend ce soir correspond, personnellement, à un idéal de chant absolument sublime.

Catherine Hunold

Catherine Hunold

Quant à la Lady Macbeth de Catherine Hunold, avec un sens de l'incarnation sans aucun geste inutile et des couleurs qui s'accordent très bien avec le caractère de la Lady, que n’aurait-on pas aimé l’entendre lors de la version de concert de Macbeth jouée au Théâtre des Champs-Élysées le 24 octobre dernier.

Autre portrait totalement vivant, la Traviata d’Olga Peretyatko, belcantiste qui aime aborder des personnages dramatiques, débute par une approche plutôt légère qui, par la suite, renforce son emprise sur l’auditeur par un art du chant introspectif profondément prégnant qui l’entraîne entièrement dans un univers d’une délicatesse extrême.

 Gaston Rivero, Ekaterina Gubanova, Ludovic Tézier

Gaston Rivero, Ekaterina Gubanova, Ludovic Tézier

Et pour ceux qui suivent les représentations historiques de Don Carlos qui se jouent au même moment à l’opéra Bastille, retrouver Ludovic Tézier et Ekaterina Gubanova interpréter Rodrigue et la Princesse Eboli en italien, avant de les réentendre en français au mois de novembre, est un instant où les émotions du moment se mélangent avec un sentiment de nostalgie déjà naissant.

A nouveau merci à l’équipe de Forum Opera pour l’invitation à cet enregistrement qui sera complété par un montage d’images d’archives lors de la diffusion prévue dans les prochains mois.

Le Concert des Etoiles - Hommage à Giuseppe Verdi - Théâtre des Champs-Elysées et France 3

Voir les commentaires

Publié le 15 Juillet 2017

Le Concert de Paris au Champ-de-Mars
Concert du 14 juillet 2017 (5ème édition)
Champ-de-Mars - Paris

Hector Berlioz – La Damnation de Faust : Marche Hongroise
Giacomo Puccini – Gianni Schicchi : « O mio babbino caro » [Nadine Sierra]
Giuseppe Verdi – Rigoletto : « La donna è mobile » [Bryan Hymel]
Serge Prokofiev – Roméo et Juliette : « Danse des Chevaliers »
Wolfgang Amadé Mozart – Don Giovanni : « Deh vieni alla finestra » [Ludovic Tézier]
Wolfgang Amadé Mozart – Don Giovanni : « Fin ch’han dal vino » [Ludovic Tézier]
Charles Gounod – Roméo & Juliette : « Je veux vivre » [Diana Damrau]
Nikolaï Rimsky-Korsakov – La Fiancée du Tsar : « La chanson du houblon »
Charles Gounod – Sapho : « O ma lyre immortelle » [Anita Rachvelishvili]
Johannes Brahms – Double concerto : « Vivace non troppo » (3e mvt) [Gautier et Renaud Capuçon]
Dmitri Kabalevsky / Andrew Cottee – « Bonne Nuit »
Ruggero Leoncavallo – Pagliacci : « Vesti la Giubba » [Bryan Hymel]
Dmitri Chostakovitch – Suite de Jazz n°2 : « Valse n°2 »
Léo Delibes – Lakmé : « Duo des fleurs » [Nadine Sierra et Anita Rachvelishvili]
Richard Strauss – Morgen [Diana Damrau et Renaud Capuçon]
Vangelis / Don Rose – « Les Chariots de feu » (version pour piano et orchestre)
Giacomo Puccini – La Bohème : « O soave fanciulla » [Nadine Sierra et Bryan Hymel]
Modeste Moussorgsky / Maurice Ravel – Les Tableaux d’une exposition : « La grande porte de Kiev »
Giuseppe Verdi – Don Carlo : « E lui !... desso ! ... » [Bryan Hymel et Ludovic Tézier]
Georges Bizet – Carmen : « Les voici la quadrille ! »
Hector Berlioz / Claude Joseph Rouget de Lisle – La Marseillaise (couplets n°1 et 2)

Avec Diana Damrau, soprano, Nadine Sierra, soprano, Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano, Bryan Hymel, ténor, Ludovic Tézier, baryton, Renaud Capuçon, violon, Gautier Capuçon, violoncelle                            

Direction musicale Valery Gergiev
Chœur et Maîtrise de Radio France
Orchestre National de France

Coproduction La Mairie de Paris, France Télévisions et Radio France 

Faire entendre un concert de musique classique en plein air face à 500 000 spectateurs installés et entassés depuis plusieurs heures sur les pelouses du Champ-de-Mars, afin d’être aux premières loges du feu d’artifice, est une ambition démesurée qui pourrait sembler dommageable à la finesse d’écriture des airs interprétés par ces chanteurs qui sont tous des références mondiales du chant lyrique.

Anita Rachvelishvili et Nadine Sierra  : Léo Delibes – Lakmé « Duo des fleurs »

Anita Rachvelishvili et Nadine Sierra : Léo Delibes – Lakmé « Duo des fleurs »

Et pourtant, suivre les artistes depuis les allées boisées latérales, tout en observant une foule hétéroclite, bruyante, agitée, impatiente ou parfois concentrée, qui réunit l’ensemble de la société française dans toute sa diversité, a quelque chose de particulièrement fort qui ne nuit même pas à l’imprégnation de la musique, car c’est le sentiment de partage qui l’emporte haut-la-main.

Ainsi, peut-on voir, perchée sur les épaules de son père, une petite fille mimer à tue-tête Bryan Hymel chantant l’air du Duc de Mantoue ‘La donna è mobile !’ - le ténor canadien fait très forte impression ce soir, y compris dans l'air poignant d'I Pagliacci -, ou bien des jeunes enfants marquer du pied les cadences de la ‘Danse des Chevaliers’ de Roméo et Juliette.

Sur l'air 'La Donna è mobile' chanté par Bryan Hymel

Sur l'air 'La Donna è mobile' chanté par Bryan Hymel

Anita Rachvelishvili doit, certes, supporter le passage d’un hélicoptère au début de son air sombre ’ O ma lyre immortelle’, mais c’est radieuse qu’on la retrouve avec Nadine Sierra dans l’enjôleur ‘Duo des fleurs’, voix doucereusement mêlées, pour achever les dernières paroles en se détachant, toutes deux, de l’avant-scène, les regards magnifiquement complices.

Quant à Diana Damrau, exubérante et extravertie, elle laisse en mémoire une interprétation lumineuse et recueillie de ‘Morgen’, totalement aérienne, et Ludovic Tézier, d’allure la plus sérieuse, se prête au jeu de Don Giovanni sans réserve.

Chœur et Maîtrise de Radio France et Orchestre National de France

Chœur et Maîtrise de Radio France et Orchestre National de France

Valery Gergiev, fier de parsemer le concert de musiques signées par les plus grands compositeurs russes,  Prokofiev, Chostakovitch, Rimsky-Korsakov, Moussorgsky, trouve donc en l’Orchestre National de France un grand vecteur qui porte brillamment l’essence même de la culture de sa nation. 

Ce concert, qui a réuni 3 088 000 téléspectateurs, peut être revu sur Culturebox - Le Concert de Paris.

Nadine Sierra, Bryan Hymel, Valery Gergiev, Diana Damrau, Ludovic Tézier, Anita Rachvelishvili

Nadine Sierra, Bryan Hymel, Valery Gergiev, Diana Damrau, Ludovic Tézier, Anita Rachvelishvili

Voir les commentaires

Publié le 23 Mai 2017

Damien Bigourdan
Henri Duparc – Chansons tristes
Récital du 22 mai 2017

Les lundis musicaux
Athénée – Théâtre Louis-Jouvet

Henri Duparc      15 mélodies (1864-1886)
                            Feuilles volantes (1869)
Richard Wagner  Elégie (1869)

Ténor Damien Bigourdan
Soprano Elise Chauvin
Piano Alphonse Cemin

                                    Elise chauvin (Soprano)

 

Alors que Paris est à l'orée de l’été, le Théâtre de l’Athénée accueille en ce lundi soir le comédien, metteur en scène et ténor Damien Bigourdan, venu interpréter, en compagnie d’Elise Chauvin, 15 des 17 mélodies que composa Henri Duparc entre 1864 et 1886. Néanmoins, Le Galop et Testament, inspirées des poèmes de Sully Prudhomme et d' Armand Silvestre, sont omises.

Damien Bigourdan (ténor) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Damien Bigourdan (ténor) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Debout et seul en avant du piano, l’attitude solidement ancrée au sol et le front éclairé par un faisceau tombant d’aplomb qui dépeint des ombres tristes et mortifères sur son visage, l’artiste met son sens inné du théâtre au service de ces vers, afin d’en tirer la saveur expressive et le chagrin poignant.

Certes, la tonalité musicale sollicite la tessiture la plus élevée de sa voix et extirpe de son âme des déchirements tourmentés teintés d’effets blafards, mais c’est dans les profondeurs vocales d’un médium large et viscéral qu’il donne le plus de corps à ces airs mélancoliques et fortement présents.

Il semble être à l’art du chant ce qu’Egon Schiele est à la peinture, car il ose exprimer sans détour l’évocation physique de la mort.

Alphonse Cemin (pianiste) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

Alphonse Cemin (pianiste) - le 22 mai 2017, Théâtre de l'Athénée

C’est Elise Chauvin, soprano au timbre éperdu, dispensatrice de jolis effets sur le poème de Théophile Gautier Au pays où se fait la guerre, qui interprète deux mélodies au tempérament féminin, sous des éclairages frontaux qui l’illuminent et l’allègent ainsi du poids dramatique que porte son partenaire.

Et Alphonse Cemin, au piano et à leur côté, les nimbe d’une atmosphère poétique et cristalline qui adoucit naturellement l’ensemble de la composition.

Scène et salle de l'Athénée

Scène et salle de l'Athénée

Il entrecoupe également le récital d’interludes basés sur la musique des Feuilles volantes, œuvre qu’Henri Duparc créa en 1869, l’année où il rencontra Richard Wagner. En ce souvenir, son Elégie, un chant de deuil, est jouée juste avant la dernière mélodie, car elle prit vie, elle aussi, l’année de la création de l’Or du Rhin.

Et après un simple et bel hommage à ses amis et à sa femme, Damien Bigourdan a finalement offert à ses auditeurs une chanson de Jacques Brel, interprétée, cette fois, avec l’accent si symbolique de l’univers du poète.

Voir les commentaires