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Publié le 21 Octobre 2025

Musique vocale de la Renaissance de Janequin à Aleotti
Récital du 19 octobre 2025
Paroisse Notre-Dame du Travail, Paris

Luca Marenzio (1553-1599) - ‘Madonna, sua mercè, pur una sera’ (1585 – Rome)
Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) - ‘Sicut cervus - Sitivit anima mea’ (~1581 - Rome)
Vittoria et/ou Raffaella Aleotti (1574-1646) - T'amo Mia Vita (1593 – Ferrare)
John Dowland (1563-1626) - ‘In this trembling shadow’ (1612,  Londres) - extrait de ‘A Pilgrimes Solace’
Claudin de Sermisy (1490-1562) -
‘Au joly bois’ (~1525 - Paris)
John Bennet (1575-1614) - Weep, O Mine Eyes (1599 – Londres), extrait de ‘Madrigalis to Foures Voyces’
Claudio Monteverdi (1567-1643) - Sanctus/Benedictus/Agnus Dei (~1640 – Venise), extrait de ‘Messa à quattro voci da cappella’
Pierre Regnault dit Sandrin (1495-1561) - Doulce mémoire/Fini le bien (~1538), texte attribué à François Ier 
John Wilbye (1574-1638) - Adieu, sweet Amaryllis (~1598 – Londres)
Clément Janequin (1485-1558) - Le Chant des Oiseaux (~1537)
Henry Purcell (1659-1695) - Hush, no more, extrait de ‘The Fairy Queen’ (1692 - Londres)

Quatuor Vocal Marenzio (membres du Chœur de Chambre Arthémys)
Soprano Ava Venise Santoni
Alto Floris Bernard
Ténor Antoine David-Calvet
Basse Olivier Lefaivre

Né en 2024 de la réunion de quatre chanteurs du Chœur de Chambre Arthémys, le Quatuor Vocal Marenzio propose en ce dimanche après-midi d’imprégner le public venu en nombre à la Paroisse Notre-Dame du Travail – environ 300 personnes, ce qui est conséquent – de l’univers des musiques vocales de la Renaissance, en entrelaçant l’art des chansons parisiennes du XVIe siècle au madrigaux anglais de la période élisabéthaine et aux madrigaux italiens qui précéderont la création de l’Opéra à Florence.

Quatuor Vocal Marenzio : Ava Venise Santoni, Floris Bernard, Antoine David-Calvet et Olivier Lefaivre

Quatuor Vocal Marenzio : Ava Venise Santoni, Floris Bernard, Antoine David-Calvet et Olivier Lefaivre

Ainsi, Luca Marenzio, Giovanni Pierluigi da Palestrina et Raffaella Aleotti - nonne à Ferrare et première compositrice de musique sacrée qui verra ses créations imprimées – cotoyent John Dowland, John Bennet et John Wilbye, pour l’école anglaise, et leurs prédécesseurs français, Claudin de Sermisy, Pierre Regnault et Clément Janequin, auteurs de chansons aux formes plus légères.

L’ensemble des quatre solistes est très bien équilibré, la voix d’Ava Venise Santoni s’évadant haut dans la nef de l’église, celle d’Olivier Lefaivre, basse bien timbrée se profilant avec douceur vers le public, tous deux encadrant les deux voix claires masculines et poétiques de Floris Bernard et d’ Antoine David-Calvet, le tout unifié par une tessiture diaphane aux couleurs pastels apportant une touche spirituelle commune à des airs qui peuvent être aussi bien religieux (Luca Marenzio, John Dowland) que plus simplement sensibles (Pierre Regnault, Claudin de Sermisy).

Chapelle Notre-Dame-du-Travail - La Vierge et Jésus

Chapelle Notre-Dame-du-Travail - La Vierge et Jésus

‘Au joly bois’ de Claudin de Sermisy, écrit dans la ligne de poètes tels Clément Marot, verse dans la déception amoureuse mélancolique, alors que ‘Weep, O Mine Eyes’ de John Benne rend hommage à ‘Flow my tears’ de John Downland en plongeant au plus profond des langueurs humaines.

La souplesse corporelle dont font preuve ces quatre interprètes forme toutefois une représentation visuelle qui renforce la nature réconfortante de ces airs.

Mais quelle joie à entendre la rythmique piquante du ‘Chant des Oiseaux’ de Clément Janequin, constellée de petites touches vocales stimulantes et d’amusantes superpositions de timbres!

Quatuor Vocal Marenzio : Floris Bernard, Ava Venise Santoni, Olivier Lefaivre et Antoine David-Calvet

Quatuor Vocal Marenzio : Floris Bernard, Ava Venise Santoni, Olivier Lefaivre et Antoine David-Calvet

Toutefois, le programme proposé n’est pas exclusivement dédié aux musiques vocales de la Renaissance, dont certaines étaient d'ailleurs accompagnées par des instruments - ‘In this trembling shadow’ de John Dowland, par exemple, était écrit pour voix mais aussi pour luth -, car une incursion est menée vers le répertoire des œuvres liturgiques modernes du XVIIe siècle, avec l’extrait de la ‘Messa a quatro voci da cappella’ de Monteverdi, et vers l’opéra avec ‘Hush, no more’, extrait de ‘The Fairy Queen’ d’Henry Purcell, qui achève le concert sur une note de paix intérieure bénéfique aux cœurs réunis pour un moment.

Admirer les visages et les attitudes des spectateurs participe aussi à l'émotion simple de ce récital qui réussit à flouter les diverses influences européennes des musiques vocales qui émergèrent après le Moyen Âge.

La nef de Notre-Dame-du-Travail

La nef de Notre-Dame-du-Travail

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Publié le 9 Octobre 2025

Hommage Enesco 70 - Intégrale de l’Œuvre vocale de Georges Enesco (première partie)
Espace Bernanos (4 rue du Havre, Paris)
Récital du 08 octobre 2025

Georges Enesco
Trois mélodies, op.4 (1898)

‘Le Désert’, poème de Jules Lemaitre
‘Le Galop’, poème de Sully Prud’homme
‘Le Soupir’, poème de Sully Prud’homme

Mélodies hors opus
‘Pensée perdue’, poème de Sully Prud’homme
‘Souhait’, poème de Carmen Sylva
‘Würstenbild’, poème de Albert Roderich
‘De ziua ta’, poème du compositeur
‘Chant hindou’, poème de Géraldine Rolland
‘Si j’étais Dieu’, poème de Sully Prud’homme
‘Dédicace’ (récité), poème de G.Enesco
‘Silence’, poème d’Albert Samain
‘Eu mă duc, codrul rămâne’, poème de Mihai Eminescu
‘Doïna’, sur un poème populaire recueilli par V.Alecsandri

Pascal Arnault
4ème sonate (piano solo)

Georges Enesco
Sept chansons sur poèmes de Clément Marot (1496-1544), op.15

‘Estrène à Anne’
‘Languir me fais…’
‘Aux damoyselles paresseuses d’escrire à leurs amys’
‘Estrène de la rose’
‘Présent de couleur blanche’
‘Changeons propos… Du conflict en douleur’

Œdipe (Extraits de l’opéra) - 1931
‘Chanson du Berger’
‘Air d’Œdipe ’ (IIe acte) : Où suis-je
Solo flûte : Ydris Steinmetz
‘Air d’ Œdipe’ (IVe acte) : Adieu douce Antigone
Voix off : Natacha Hamouma-Goguel, soprano

Soprano Gloria Tronel
Baryton Florent Karrer
Ténor Nicolae Hategan
Piano Ingmar Lazar

Situé depuis 1994 dans les locaux de l’Église Saint-Louis d’Antin, elle-même faisant partie de l’ancien Couvent des Capucins de la Chaussée-d ’Antin (1780-1782) actuellement réaffecté au Lycée Condorcet, l’Espace Bernanos abrite un auditorium de 150 places où est présentée sur deux soirées, le 08 et 10 octobre, l’intégrale de l’œuvre vocale de Georges Enesco à l’occasion du 70e anniversaire de sa disparition. L’Institut culturel roumain est notamment partenaire de cette manifestation.

Rendre hommage de cette manière au compositeur franco-roumain, c’est montrer à quel point les poètes français l’ont inspiré.

Œuvres vocales de Georges Enesco (Tronel Karrer Hategan Lazar) Espace Bernanos

La première partie du programme est ainsi dédiée à des mélodies composées entre 1898 et 1946 sur des textes d’écrivains contemporains d’Enesco, tels Géraldine Rolland, Sully Prud’homme, Jules Lemaitre, et la seconde partie laisse place aux vers de Clément Morot (XVIe siècle) qui évoquent l’essence d’un cœur blessé virant aux sentiments les plus mélancoliques, pour se prolonger dans les mélopées de l’unique opéra du musicien, ‘Œdipe’, qui accompagnent la dérive du malheureux père d’Antigone.

Entre ces deux parties, la '4e sonate pour piano' créée à la fin de l’hiver dernier par Pascal Arnault, présent ce soir parmi l’assistance, créera un univers de grondements intérieurs rendus par Ingmar Lazar sans la moindre concession, une peinture violente mystérieusement surmontée d’un leitmotiv reprenant ‘La Marseillaise’.

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Pascal Arnault - compositeur de '4e sonate pour piano' (2025)

Trois jeunes chanteurs sont donc réunis pour incarner en alternance, air après air, l’esprit de ces poèmes nostalgiques.

L’aîné, Florent Karrer, est régulièrement présent sur les scènes lyriques nationales depuis 2018 – il jouait le rôle d’un commissaire de police et d’un notaire dans ‘Le Chevalier à la Rose’ mis en scène par Krzysztof Warlikowski au Théâtre des Champs-Élysées en fin de saison dernière -. 

D'un timbre au grain chaud et coloré auquel il donne de la puissance, il installe une présence joviale qui a de l’épaisseur, et l’assombrit quand il va s'agir de dépeindre le désarroi d’ Œdipe.

Alexander Neef avait fait du chef-d'œuvre d’Enesco, créé au Palais Garnier en 1936, le coup d’envoi de sa première véritable saison à la direction de l’Opéra de Paris; réentendre ces extraits permet ainsi de se remémorer les images très poétiques de la mise en scène de Wajdi Mouawad.

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Nicolae Hategan et Gloria Tronel

Bien différent par son style d’emblée sérieux, le ténor roumain Nicolae Hategan, lauréat du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2018, souffle un chant aux tissures agréablement ambrées et mates de couleurs, aérien par moment, et qui, au cours du récital, s'enrichit d'une expressivité éloquente au fur et à mesure que son investissement gagne en caractérisation, comme si son interprétation le faisait se libérer de sa réserve initiale. Il recevra un très bel accueil au final.

Quant à la plus jeune artiste, Gloria Tronel, lauréate du Concours Enesco, Grand Prix Opéra 2023 qui avait impressionné par ses aigus dans la nouvelle production de 'The Exterminating Angel' à l'Opéra de Paris en 2024, elle commence par se délecter de sa luminosité vocale dense, bien timbrée et focalisée, avec un petit air pimpant qui évoque le personnage de Manon, puis s’imprègne de l’esprit du texte avec une joie interprétative très plaisante.

 Natacha Hamouma-Goguel,  Ingmar Lazar et Florent Karrer

Natacha Hamouma-Goguel, Ingmar Lazar et Florent Karrer

Si le public a eu la sensation d’être progressivement saisit par une âme un peu énigmatique sans s’en apercevoir, tout en se dégageant de tout sens du temps, il le doit aussi à Ingmar Lazar qui est un pianiste qui sait créer une intériorité prégnante tout en lui ajoutant des effets impressionnistes personnels, sans jamais se départir d’une grande délicatesse.

Son rapport émotionnel aux solistes, palpable, devient aussi le révélateur d’une force de conviction qui lui permet de les embarquer dans ce voyage intime où l'âme populaire est aussi présente. 

Une bien belle soirée qui a aussi permis de découvrir la fraîcheur du jeu de flûte d’ Ydris Steinmetz lors de l'extrait du second acte d’ 'Œdipe', et la voix florissante en harmoniques de Natacha Hamouma-Goguel.

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Publié le 12 Août 2025

Nobles Chevaliers et véritables Héros
Klaus Florian Vogt (Weber, Mozart, Beethoven, Wagner, Strauss)
Récital du 03 août 2025
Schloss Neuschwanstein

Carl Maria von Weber
Der Freischütz:
„Nein, länger trag ich nicht die Qualen“ (Max), „Durch die Wälder, durch die Auen“

Wolfgang Amadé Mozart
Die Zauberflöte:
Ouvertüre
Die Zauberflöte: „Dies Bildnis ist bezaubernd schön“ (Tamino)

Ludwig van Beethoven
Fidelio:
„Gott! Welch Dunkel hier!“ (Florestan)

Richard Wagner
Die Meistersinger von Nürnberg:
Vorspiel
Die Meistersinger von Nürnberg: „Fanget an!“
Tannhäuser: Szene „Romerzählung“

Richard Strauss
Lieder:
„Freundliche Vision“ , „Cäcilie“


Ténor Klaus Florian Vogt
Direction musicale Ulf Schirmer
Münchner Symphoniker

Les concerts du Château de Neuschwanstein sont une série d’évènements musicaux qui furent organisés de 1970 à 2015 dans la Salle des Chanteurs du célèbre Palais de Louis II de Bavière. Ils furent interrompus pendant les travaux de rénovation et c’est uniquement depuis 2024 qu’ils sont repris à l’air libre, dans la cour intérieure.

En 2025, cinq soirées du 01 au 05 août sont dédiées à ces récitals auxquels participent Jonathan Tetelman et Chelsea Zurflüh, Elīna Garanča, le violoncelliste Stjepan Hauser, Golda Schultz, Rolando Villazón et Ludovic Tézier, et Klaus Florian Vogt pour le concert du 03 août.

Toutefois, ces récitals sont filmés et enregistrés et ont lieu même en cas de mauvaises conditions météorologiques.

Klaus Florian Vogt

Klaus Florian Vogt

Ce fût le cas le 03 août 2025, marqué par des passages pluvieux toute la journée, ce qui n’impressionna pas les nombreux touristes internationaux qui montent chaque année en journée vers ce merveilleux édifice.

Les auditeurs du récital seront invités à laisser gratuitement leurs véhicules sur le parking visiteurs et à prendre un des bus qui fait la navette entre 19h et 20h vers l’entrée du château.

Les habitués viennent avec leurs parkas, et il est aussi possible d’acheter couverture et cape imperméable transparente pour cinq euros, afin de tenir assis stoïquement pendant toute la durée du récital.

Et si la température restera fraîche en soirée, autour de 12°C, seule une pluie fine intermittente précipitera sans grande gêne, le chant et la musique réchauffant de toute manière les cœurs.

Fronton de la cour intérieure de Neuschwanstein

Fronton de la cour intérieure de Neuschwanstein

Cela n’empêchera pas une adaptation du programme, l’entracte de 40 minutes, un moment hautement mondain, étant supprimé, ainsi que certaines pièces orchestrales initialement programmées, les ouvertures de ‘Der Freischütz’ et ‘Tannhäuser’, ainsi que l’interlude „Träumerei am Kamin“ extrait d’’Intermezzo, op. 72’, afin de contenir le récital sur une durée d’une heure et 30 minutes.

Wagnérien incontournable d’aujourd’hui, Klaus Florian Vogt n’en a pas moins abordé très tôt les rôles de Max de ‘Der Freischütz’ et Tamino de ‘Die Zauberflöte’ dès les années 2000, puis Florestan de ‘Fidelio’ en 2004, rôle avec lequel il fera l’ouverture de la Scala de Milan en 2014, œuvres toutes emblématiques de la transition entre le répertoire classique et le répertoire romantique allemand au tournant du XIXe siècle.

Les musiciens du Münchner Symphoniker

Les musiciens du Münchner Symphoniker

Au cœur de la cour intérieure magnifiquement illuminée de bleu, et avant de chanter chaque air, il introduit la personnalité de chacun des caractères avec beaucoup de tendresse, et se montre puissant, précis et très investi dans le rendu émotionnel de chacun d’eux. Son timbre s’étant enrichi et densifié en 25 ans de carrière, il imprime à chacun de ces êtres un volontarisme expressif saisissant, des éclats de clartés doucereux, et une maturité fort sensible. 

On ne ressent cependant pas une rupture de personnalité franche quand il passe aux rôles wagnériens de Walther  de ‘Die Meistersinger von Nürnberg’ et de Tannhäuser, où sa clarté rayonnante s’épanouit sans pareille avec intensité, imprégnant son âme de cette impression de candeur qui le caractérise et le rend inimitable.

Klaus Florian Vogt et Ulf Schirmer

Klaus Florian Vogt et Ulf Schirmer

Il achève enfin sur un répertoire que l’on lui connaît moins, les Lieder de Richard Strauss tels „Freundliche Vision“ et „Cäcilie“ auxquels il ajoutera en bis „Morgen“. Il chante ces airs comme des rêves, avec légèreté et bien sûr des effets éthérés qui accentuent leur sentimentalisme, mais il n’arrive pas à faire oublier qu’il est toujours un Lohengrin de référence, et que l’entendre chanter ‘In fermen Land’ dans la cour de ce château dédié au grand héros romantique aurait été d’un sublime absolu. Des spectateurs le réclameront, mais en vain.

La cour intérieure de Neuschwanstein à la fin du récital

La cour intérieure de Neuschwanstein à la fin du récital

Sous la baguette enveloppante d’Ulf Schirmer, le Münchner Symphoniker se montre de bout en bout généreux en texture, et même d’un allant vibrant et pimpant dans l’ouverture des ‘Maîtres Chanteurs de Nuremberg’, une dévotion sonore à la générosité de Klaus Florian Vogt qui offrira en autre bis „Dein ist mein ganzes Herz“ extrait de 'Das Land des Lächelns' de Franz Lehár, air que l'on avait pu entendre quelques jours auparavant, interprété par six ténors au Gärtnerplatztheater de Munich.

Une soirée qui compte, même si on sait que dans des conditions moins automnales, elle aurait pu avoir un petit plus de magie, et susciter, pour un moment, l'apparition de Lohengrin.

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Publié le 2 Août 2025

Die Tenöre vom Gärtnerplatz
Das große Konzert zum Saisonabschluss
Concert du 30 juillet 2025
Gärtnerplatztheater - Munich

Norbert Ernst (Invité)
Lucian Krasznec
Caspar Krieger
Matteo Ivan Rašić

Riccardo Romeo (Invité)
Alexandros Tsilogiannis

Direction musicale Andreas Partilla
Concept Nicole Claudia Weber
Mise en espace Alexander Kreuselberg

Orchestra of the Staatstheater am Gärtnerplatz

Programme
Franz Lehár

 »Dein ist mein ganzes Herz« aus »Das Land des Lächelns«
 »Gern hab’ ich die Frau’n geküsst« aus »Paganini«
 »Freunde, das Leben ist lebenswert!« aus »Giuditta«

 Giacomo Puccini
 
»E lucevan le stelle« aus »Tosca«                                            Andreas Partilla
 »Nessun dorma« aus »Turandot« 

 Walter Kollo
 »Mein Papagei frisst keine harten Eier«
Carl Millöcker
 »Die Welt hat das genialste Streben« aus »Der Bettelstudent« 

Gerhard Winkler
 
»Capri-Fischer«
Jules Massenet
 »Pourquoi me réveiller« aus »Werther«
Stephen Sondheim
 »Liebesqual« aus »Into the Woods«
Brad Carroll
 »Ein Augenblickchen, bitte!« aus »Lend Me a Tenor« 
Richard Rodgers
 »Some Enchanted Evening« aus »South Pacific«
Domenico Modugno
 »Nel blu dipinto di blu« (»Volare«)
Agustín Lara
 »Granada«
Oscar Straus
 »Da draußen im duftenden Garten« aus »Ein Walzertraum« 
Georges Bizet
 »Je crois entendre encore« aus »Les Pêcheurs de perles«

Alexandros Tsilogiannis, Lucian Krasznec, Caspar Krieger, Riccardo Romeo, Norbert Ernst, Matteo Ivan Rašić

Alexandros Tsilogiannis, Lucian Krasznec, Caspar Krieger, Riccardo Romeo, Norbert Ernst, Matteo Ivan Rašić

Pour clore la saison 2024/2025, le Gärtnerplaztheater de Munich proposait de réunir pas moins de six ténors afin d’interpréter sur deux soirées un récital dédié principalement à des compositeurs d’opérettes allemands et autrichiens, mais aussi des compositeurs anglo-saxons de comédies musicales en y mêlant quelques airs d’opéras français (Bizet, Massenet) et italiens (Puccini).

L’énergie éblouissante, et à vrai dire un peu inattendue, était aussi bien due à l’excellente entente entre les six chanteurs, qu’à la mise en scène vivante et interactive de leurs interventions et à la forte réceptivité d’un public très diversifié réunissant des groupes d’amis adolescents, des familles et des personnes plus âgées, tous mélangés aussi bien au parterre que dans les balcons.

Le Gärtnerplatztheater

Le Gärtnerplatztheater

Il est très rare de ressentir une telle impression d’osmose dans une salle d’opéra, et les six chanteurs s’en sont donnés à cœur joie que ce soit dans les ensembles (»Ein Augenblickchen, bitte!« extrait de »Lend Me a Tenor« de Brad Carroll, ou bien »Nessun dorma« extrait de »Turandot« et chanté en mixant les six voix), que dans les duos ou même les solos bien plus introspectifs. 

Ainsi, Alexandros Tsilogiannis a apporté beaucoup de maturité à l’air de »Werther«Pourquoi me réveiller’, préservant l’unité de son timbre dense dans l’extension la plus aiguë avec juste une tendance à ne pas trop prolonger le souffle, alors qu’en fin de récital Lucian Krasznec a chanté la romance de Nadir des »Pêcheurs de Perles« avec une légèreté brillamment entretenue qui en sidéra l’audience. Ces deux chanteurs auront par ailleurs soigné très honorablement la prosodie française.

Alexandros Tsilogiannis et Lucian Krasznec

Alexandros Tsilogiannis et Lucian Krasznec

Il est vrai aussi que les couleurs et la fluidité de l’orchestre dirigé par Andreas Partilla tendaient à induire une atmosphère de crossover.
Caspar Krieger, passé de baryton à ténor en 2019, était celui qui relançait régulièrement l’attention du public, Norbert Ernst celui qui jouait un peu le rôle de sage dosant un style posé sans esbroufe, alors que Matteo Ivan Rašić a eu plutôt tendance à distiller une jeunesse d’esprit impulsive.

Le moment où ils se sont tous mis à parodier des airs de sopranos lyriques (‘Tosca’, ‘La Traviata’ …) sera l’un des points d’orgue hilarant de la soirée.

Lucian Krasznec, Matteo Ivan Rašić, Alexandros Tsilogiannis, Norbert Ernst,  Riccardo Romeo, Caspar Krieger

Lucian Krasznec, Matteo Ivan Rašić, Alexandros Tsilogiannis, Norbert Ernst, Riccardo Romeo, Caspar Krieger

Un autre intérêt musical de cet ensemble était également de faire entendre la diversité de texture, d’épaisseur ou d’agilité qu’il peut y avoir entre plusieurs ténors et de voir comment ces artistes en tirent leur force.

Une très belle et euphorisante façon de finir une saison sur une note enjouée et fédératrice, avec un public utilisant au dernier ensemble les téléphones portables comme bougies.

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Publié le 16 Avril 2025

Musiques des compositeurs d’Europe Centrale
Concert du 6 avril 2025
Eglise St.Pierre (Plaisir)

Johannes Brahms (1833-1897)
Zigeunerlieder (Mélodies tziganes n°1, 2, 3, 5, 7) Op.103

Antonín Dvořák (1841-1904)
Cigánské písně (Mélodies tziganes n°2, 4, 5, 6, 7) Op.55

Leoš Janáček (1854-1928)
Sonate ’1er octobre 1905’ pour piano

Béla Bartók (1881-1945)
Six Danses populaires roumaines pour violon et piano

Simon Laks (1901-1983)
Huit chants populaires juifs

Mezzo-soprano Marie Kopecká Verhoeven (Ensemble Rés(O)nances)
Violon Cyril Verhoeven (Accompagnateur Atelier Lyrique du 3ND)
Piano Jan Krejčík (Ensemble Rés(O)nances)

C’est à un vrai voyage à travers les impressions musicales de la Bohème et de ses territoires voisins, depuis les années 1880 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, que Marie Kopecká Verhoeven et Jan Krejčík, artistes lyriques tchèques fondateurs de l’ensemble Rés(O)nances, ont invité les auditeurs venus les écouter à l’Église St Pierre de Plaisir un dimanche après-midi splendidement ensoleillé.

Et cette traversée de plus d’un demi-siècle ne va pas se limiter à uniquement transmettre le caractère fort et populaire de ces musiques, mais va aussi permettre d'évoquer l’évolution de courants nationaux et identitaires d’Europe centrale au moment même où s’aggravaient les oppressions antisémites sous les grands empire autoritaires.

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Le concert débute ainsi par cinq des onze mélodies tziganes écrites par Johannes Brahms de février à octobre 1888, interprétées par Marie Kopecká Verhoeven d’un timbre assuré aux couleurs de mezzo intenses dans les tonalités aiguës.

Bien qu’allemand, le compositeur hambourgeois s’était en effet découvert sensible, dès sa jeunesse, à la musique traditionnelle tzigane, ce qui donna naissance de 1858 à 1880 à ses célèbres 'Danses hongroises'.

Les 'Zigeunerlieder' sont le pendant vocal de ces danses, et ils sont chantés cet après-midi dans leur version pour soliste ce qui crée un rapport très centré sur l’expressivité de sentiments humains sans fioritures, avec une forme de lucidité dénuée de tous pathos, alors que ces airs racontent le souvenir d’êtres aimés ou aimants.

Marie Kopecká Verhoeven

Marie Kopecká Verhoeven

Puis, dans le même esprit, Marie Kopecká Verhoeven donne vie aux mélodies tziganes composées au début des années 1880 par Antonín Dvořák, compositeur tchèque qui avait gagné l’amitié de Johannes Brahms lors d’une présentation de sa ‘3e symphonie’ à un jury viennois dont faisait partie son aîné installé à Vienne durant toute sa carrière.

Car à cette époque où la langue allemande dominait l’empire d’Autriche, et par voie de conséquence la Bohème – la Tchéquie originelle -, les deux hommes se retrouvaient dans l’émancipation d’une identité musicale slave.

Et parmi ces mélodies, impossible de ne pas ressentir une vibration particulière pour le quatrième de ces lieder, ‘Les chansons que ma mère m’apprenait’, un air introspectif et nostalgique immortalisé par nombre de grands chanteurs, et régulièrement repris en bis.

Jan Krejčík

Jan Krejčík

Si pour ces deux premiers cycles de mélodies Jan Krejčík joue piano fermé de son toucher bienveillant et allant, la pièce qui suit l’autorise à l’ouvrir complètement de façon à lui donner sa pleine résonance.

Leoš Janáček, qui venait de créer à Brno en janvier 1904 un drame lyrique, ‘Jenůfa’, assista l’année d’après à une manifestation d’étudiants revendiquant la création d’une université tchèque.
La répression menée par les troupes autrichiennes conduisit à la mort d’un ouvrier, František Pavlík, ce qui marqua profondément le compositeur. 

Cet évènement lui inspira naturellement la composition de la Sonate ’1er octobre 1905’ pour piano, mais fort mécontent après la première, il détruisit la partition.

Heureusement, la pianiste Ludmila Tučková avait eu l'idée de recopier les deux premiers mouvements, ce qui sauva en partie cette œuvre engagée.

La violence des sentiments qu’elle recèle prend une puissance chargée à l’écoute de cette partition rendue avec un sens narratif prégnant de la part de Jan Krejčík, d’autant plus que ce dernier a pris le temps de présenter en préambule le contexte de la création, l’auditeur pouvant ainsi faire toute une association d’idées au cours de l’interprétation.

Cyril Verhoeven

Cyril Verhoeven

Puis vient un moment d’une grande proximité quand Cyril Verhoeven interprète au violon les 'Six danses populaires roumaines' que composa Béla Bartók en 1915. Compositeur hongrois né à l’ouest de l’actuelle Roumanie et sensible, lui aussi, à l’âme populaire locale, il signa à travers ces courtes danses un tableau pittoresque et haut-en-couleur de la Transylvanie.

Accompagné au piano, le jeune violoniste donne à ces danses un cachet à la fois d’une grande finesse mais aussi bardé de sonorités âpres qui dessinent des traits de caractères forts et charmants.
L’immersion dans un univers typique de l’Europe centrale stimule inévitablement un imaginaire réconfortant.

La Bohème enchantée (Marie Kopecká Verhoeven Cyril Verhoeven Jan Krejčík) Église St Pierre Plaisir

Cette légèreté attachante va pourtant s’achever par un cycle d’airs nés d’un drame absolu.
Les premières pièces de ce récital composées au tournant des années 1880 sont contemporaines de l’assassinat d’Alexandre II en 1881 à Saint-Pétersbourg, Tsar qui avait instauré une politique de tolérance à l’égard des juifs. Mais des réactionnaires firent croire à un attentat organisé par ces derniers, ce qui mit fin à cette politique d’ouverture alors que l’antisémitisme se renforçait partout en Europe.
Un pogrom se déclencha à Varsovie.

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík et Marie Kopecká Verhoeven

En 1925, le compositeur et violoniste polonais Simon Laks s’installa à Paris, la France étant reconnue comme le premier pays européen à avoir accordé la pleine égalité de droits aux Juifs à l’issue de la Révolution française. Il fut cependant arrêté au moment de l’occupation allemande, interné dans un camp de Pithiviers en 1941, car juif, et devint chef d’orchestre des prisonniers du camp d’Auschwitz - le fait qu’il soit musicien lui ayant probablement sauvé la vie -.

Une fois libéré, il composa en 1947 un cycle de 'Huit chants populaires juifs' en souvenir d’une culture détruite, et ce sont ces chants méditatifs que Marie Kopecká Verhoeven interprète en conclusion de ce concert avec ce même soin accordé aux nuances du phrasé.

Jan Krejčík, Cyril Verhoeven et Marie Kopecká Verhoeven

Jan Krejčík, Cyril Verhoeven et Marie Kopecká Verhoeven

Intitulé ‘La Bohème enchantée’, ce concert-récital est autant l’occasion de s’imprégner d’une identité musicale forte que de sentir comment elle est le témoignage de la sensibilité de musiciens pris dans le fil de l’Histoire.

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Publié le 27 Janvier 2025

Marcelo Alvarez (Massenet, Gomes, Cilea, Torroba, Sorozabal, Puccini, Rota, Cardillo) Salle Cortot
Récital du 22 janvier 2025
Salle Cortot

Jules Massenet    Le Cid ‘Ô souverain, Ô juge’
Georges Bizet        Carmen ‘Entracte de l’acte III’ (piano solo)
Carlos Gomes        Lo Schiavo ‘Quando nascesti tu’
Alfredo Catalani    ‘Rêverie’ (piano solo)
Francesco Cilea    L’Arlesiana ‘Lamento di Federico’
Giacomo Puccini    ‘Foglio d’album’ (piano solo)
                                Tosca ‘E lucevan le stelle’
Ennio Morricone    ‘Playing love’ (piano solo)
Nino Rota               ‘Parla piu piano’
Ruggero Leoncavallo  ‘Tarentalla’ (piano solo)
Salvatore Cardillo     ‘Core n’grato’
Enrique Granados    ‘Danses espagnoles n°5: Andaluza’ (piano solo)
Federico Moreno Torroba    Maravilla ‘Amor vida de mi vida’
Isaac Albeniz        ‘Tango’ (piano solo)
Pablo Sorozabal    La Tabernera del puerto ‘No puede ser’

Ténor Marcelo Alvarez
Piano Guilio Laguzzi
Bandonéon Francesco Bruno

Genève, le 05 novembre 2024 et Berlin, le 27 janvier 2025, dans le cadre de la Saison 2024/2025 Bellae Voces

Après un premier récital donné au Théâtre du Capitole de Toulouse le 01 février 2024 avec un programme similaire, Marcelo Alvarez relie Genève à Berlin en passant par Paris pour poursuivre une série de récitals d’airs d’opéra, de zarzuela et de chansons latino-américaines.

Le ténor argentin, qui approche ses 63 ans sans le paraître si l’on écoute le public de la salle Cortot qui lui donne plutôt une cinquantaine d’années à tout casser, n’a débuté sa carrière lyrique qu’en 1994 dans ‘Il Barbiere di Siviglia’ à Córdoba, à plus de 30 ans, après avoir chanté auparavant des airs populaires et du tango dans les bars argentins.

Il sera auditionné une première fois par Giuseppe Di Stefano qui est son véritable révélateur.

Marcelo Alvarez

Marcelo Alvarez

En France, Nicolas Joel, qui l’avait découvert à l’occasion de la première du ‘Leyla Voice Competition’ organisé à Istanbul en 1995, lui donna sa chance dans ‘Rigoletto’ pour interpréter le Duc de Mantoue au Théâtre du Capitole de Toulouse en 1997, et l’année d’après, Hugues Gall le fit débuter dans ‘La Traviata’ à l’Opéra Bastille, ce qui sera le point de départ d’une aventure parisienne qui durera 20 ans dans les grands ouvrages italiens, ‘Rigoletto’, ‘La Bohème, ‘Un Ballo in maschera‘, ‘Andrea Chénier’, ‘Luisa Miller’, ‘La Forza del destino’, ‘La Gioconda’, ‘Aida’, Adriana Lecouvreur’, ‘Tosca’, ‘Il Trovatore’, mais aussi ‘Manon' de Massenet.

Les spectateurs présents à Bastille en juillet 2018 n’oublieront jamais son interprétation enfiévrée et dramatique de Manrico auprès de Sondra Radvanovsky.

Guilio Laguzzi et Marcelo Alvarez

Guilio Laguzzi et Marcelo Alvarez

Ce soir, ce véritable ténor verdien a toutefois préféré se tourner principalement vers des références hispaniques en débutant le récital par l’air de Rodrigue extrait du ‘Cid’ de Massenet, 'Ô souverain, Ô juge, Ô père’.

Affectionnant énormément le rôle de ce jeune seigneur de la cour d’Espagne qu’il aurait aimé incarner à la scène, il l’interprète dans un style fortement affirmé qui montre immédiatement qu’il est toujours aussi à l’aise dans les larges aigus lancés avec une vaillance fièrement héroïque.

C’est donc un Rodrique sanguin avec beaucoup d’épaisseur et de couleurs ombrées qui s’adresse à un public qui va rester magnétisé toute la soirée par cette présence en apparence décontractée mais très concentrée.

Marcelo Alvarez

Marcelo Alvarez

En liant chaque aria par une mélodie lyrique jouée au piano par Giulio Laguzzi avec beaucoup d’intériorité, Marcelo Alvarez aborde ensuite les grands airs populaires, ‘Quando nascesti tu’ du compositeur brésilien Antonio Carlos Gomes, le ‘Lamento di Federico’ extrait de ‘L’Arlesiana’ de Francesco Cilea que Mario Lanza interprétait de manière enfiévrée dans le film d’Anthony Mann ‘Serenade’ (1956) sur la scène de Mexico, ou bien le célèbre ‘E Lucevan le stelle’ de ‘Tosca’ chanté non sans nuances.

Il vit tous ces airs intensément avec une générosité surdimensionnée par rapport au modeste volume de la salle Cortot, et c’est cette passion jusqu’au-boutiste que le public est venu entendre.

Francesco Bruno, Marcelo Alvarez et Guilio Laguzzi

Francesco Bruno, Marcelo Alvarez et Guilio Laguzzi

Il y met également un jeu affecté parfaitement dosé qui permet de dessiner des portraits d’une grande présence, ce qui renforce le sentiment d’admiration mêlé à une douce nostalgie que ce chant évoque tant.

Par des mimiques amusantes, il communique simplement avec le public qu’il applaudit même pour son enthousiasme, et, en dernière partie du récital, il laisse place au bandonéon de Francesco Bruno qui nous ramène aux attaches profondes du chanteur argentin en interprétant du tango au charme suranné et mélancolique.

Francesco Bruno, Marcelo Alvarez et Guilio Laguzzi

Francesco Bruno, Marcelo Alvarez et Guilio Laguzzi

Cette soirée est ainsi une manière de rendre hommage à un très grand chanteur qui a laissé au public parisien des souvenirs inoubliables pendant deux décennies par sa fougue et son rayonnement fabuleux, et de retrouver aussi cette puissante ardeur communicative qui remet chacun en contact avec ces grands airs d’opéras attachants que des personnalités telles Luciano Pavarotti, Placido Domingo ou José Carreras ont cherché à partager avec le plus grand nombre.

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Publié le 23 Novembre 2024

Miss Knife Forever (Olivier Py et Antoni Sykopoulos)
Textes d’Olivier Py sur des musiques de Stéphane Leach, Jean-Yves Rivaud, Antoni Sykopoulos et Olivier Py
Récital du 10 novembre 2024
Théâtre du Châtelet

Chant Olivier Py
Piano Antoni Sykopoulos

Le tour de chant de Miss Knife : La Vie d’artiste, Le funambule, Je rêve d’un monde meilleur, Plage de la sirène, La chanson d’Arlequin, Mes amours défuntes, Je suis le vieux poète, Juste le temps d’une chanson, Le rôle est trop court, L’Amour est entre nous, Les cafés du Ve, J’ai trop joué mon personnage, Les ailes noires, Nocturne, Le tango du suicide, Il arrive souvent, J’entends ta voix.

C’est dans la peau de Miss Knife, personnage né d’une pièce ‘La nuit du Cirque’ créée par Olivier Py au ‘Théâtre du peuple’ de Bussang (Vosges) en 1992, que le metteur en scène s’est glissé pour la première fois en 1996 au Festival d’Avignon pour en faire un moyen d’expression poétique très proche de lui-même.

Antoni Sykopoulos et Olivier Py (Miss Knife)

Antoni Sykopoulos et Olivier Py (Miss Knife)

Depuis, il a traversé le temps et parcouru le monde avec elle, et alors qu’il débute sa première saison à la direction du Théâtre du Châtelet, Olivier Py reprend le costume de sa très chère amie pour chanter pendant cinq soirs la vie éphémère de l’artiste - parfois anonyme et teintée de noirceur -, la mort qui souffle l’exaltation pour un amour charnel idéalisé, la beauté de l’univers et l’amour de la vie pour conjurer le cynisme du monde, l’image du bel autre qui envahit le cœur, l’esprit libre du poète et son regard émerveillé sur la jeunesse, l’âme mélancolique au souvenir des amours passées, le tout baigné de chants et de poèmes, la gaîté malgré l’évanescence de la vie, l’approche de la mort qui met le cœur à nu, l’amour comme force invisible, les souvenirs des bonheurs insouciants dans les cafés, le personnage que l’on fait vivre en soi jusqu’à l’ultime révérence, l’âme sombre qui protège, le désir de nuit et les formes de suicides, le retour à la vie et les rêves d’anges.

Ces chansons ont un fond souvent nostalgique et désespéré mais également très lumineux quand elles évoquent les images des êtres aimés, et le travestissement auquel Olivier Py a recours tend à entremêler le sourire de la vie à des mots parfois très sombres.

Grand Foyer du Théâtre du Châtelet et la scène de Miss Knife

Grand Foyer du Théâtre du Châtelet et la scène de Miss Knife

Une scène temporaire (150 places) est installée au centre du Grand Foyer du Théâtre restauré entre 2017 et 2019, et le comédien apparaît depuis l’un des rideaux rouges suspendus sous les oculi finement décorés avec l’aisance déclamatoire qu’on lui connaît bien. 

Affublé d’une perruque blonde – qu’il mettra de côté en cours de spectacle -, de faux cils et d’une robe scintillante, il se rit de l’humeur parfois morbide de ses textes, ce qui donne une tonalité assez originale à l’esprit de cabaret qu’il recrée en faisant ressentir une tristesse joyeuse au souvenir d’une époque heureuse mais assombrie par les drames qui traversèrent les années 80. 

Il forme un duo complice avec le pianiste Antoni Sykopoulos, professeur de chant au sein de l’école de comédie musicale du Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, qui, lui-même, donne aussi de la voix, et la chaleur de ce récital ramène l’auditeur à une forme d’essentialisme sentimental, c’est à dire à ce qu'il suffirait de vivre dans la vie s’il ne fallait pas trouver une place dans la société et s'y confronter.

Antoni Sykopoulos

Antoni Sykopoulos

Et quand on connaît certaines de ses mises en scène à l’opéra, telles ‘La Force du destin’ , ‘Le Prophète’ ou bien la  ‘La Dame de Pique’, on est frappé de retrouver dans ces textes certains éléments de sa poétique, comme la figure de l’ange aux ailes noires qui parle des conflits intérieurs entre l’espérance – Olivier Py revendique sa foi catholique - et les pulsions de mort.

Bien entendu, c’est aussi sa personnalité qui se met à nue d’une manière très sensible par le biais de Miss Knife tout en se dissociant du rôle managérial qu’il occupe en tant que directeur du Théâtre.

Probablement ne peut-on voir cela que dans les milieux artistiques de par l’espace de liberté qu’ils représentent plus que jamais aujourd’hui, et c’est pour cela que ce récital apporte un doux sourire aux lèvres, précieux en ce dimanche soir.

Antoni Sykopoulos et Olivier Py

Antoni Sykopoulos et Olivier Py

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Publié le 17 Novembre 2024

Œuvres de Gabriel Fauré, Philippe Bodin et Guillaume Villiers
Concert du 09 novembre 2024
Temple Protestant de Port Royal - Paris XIIIe

Gabriel Fauré (1845-1924)
Barcarolle n°12, La Chanson d’Eve, Prélude n°6, Hymne à Apollon, Nocturne n°13, Le Parfum impérissable, Le plus doux chemin, Mandoline, Au Bord de l’Eau, Green, Le secret
Philippe Bodin (1960-)
La Lune Blanche (2014) sur une poésie de Paul Verlaine
Guillaume Villiers (2005-)
… Et ce soir-là (2024) sur des vers d’Albert Samain

Mezzo-soprano Stéphanie Guérin
Piano Lucas Bischoff

Construite en 1898 le long du boulevard d’Arago dans le 13e arrondissement, l’église réformée de Port-Royal présentait en ce samedi 9 novembre 2024 un hommage à Gabriel Fauré, donné cent ans exactement après sa disparition, interprété par la mezzo-soprano Stéphanie Guérin, artiste lyrique (‘Cosi fan tutte’ – Lausanne 2018, ‘Là-haut’ – Athénée Louis Jouvet 2022) qui aime défendre la mélodie française, et le jeune pianiste Lucas Bischoff, 21 ans, issu du CNSM.

Guillaume Villiers (musicien et compositeur), Lucas Bischoff (pianiste) et Stéphanie Guérin (chant)

Guillaume Villiers (musicien et compositeur), Lucas Bischoff (pianiste) et Stéphanie Guérin (chant)

Au cœur du temple, il faut imaginer un décor avec relativement peu de profondeur, des bancs en bois sombre et robuste provenant de Sibérie, une simple croix rétroéclairée frontale, surmontée d’une coupelle en vitraux figuratifs vers lesquels convergent les arches blanches du dôme.

Une très grande proximité s’installe naturellement entre le public et la scène, et un petit état d’esprit familial se ressent parmi l’audience.

Le programme permet d’entendre des vers de poètes français contemporains du compositeur ariégeois, Paul Verlaine, Leconte de Lisle, Armand Silvestre, ainsi que les poésies de Charles van Lerberghe à travers le cycle ‘La Chanson d’Eve’ qui ouvre le récital. L'observation de la nature y est prégnante.

Le sens de la respiration de Stéphanie Guérin fait immédiatement ressentir une fluidité dans le discours qui, sous l’effet de l’ambiance sensiblement réverbérée, prend une tonalité assez éthérée à laquelle vient se mêler les couleurs plutôt corsées du timbre de voix. Le chant reste bien centré, les teintes graves subtiles, avec un lyrisme délié à cœur ouvert.

Temple Protestant de Port Royal

Temple Protestant de Port Royal

Mais la soirée comporte également deux œuvres de compositeurs présents dans la salle.

La première, ‘La Lune Blanche’ de Philippe Bodin, basée sur les mêmes vers de Paul Verlaine que ceux que Gabriel Fauré mit en musique pour son recueil de neuf mélodies ‘La bonne chanson’, se démarque par une écriture plus aérienne, une véritable ode tournée vers le ciel avec des notes longuement tenues, alors que le piano apporte un contrepoint sombre et très ancré, presque inquiétant.

Puis, Guillaume Villiers, 19 ans, resté auprès du pianiste pour tourner les pages, est à l’honneur à travers l’une de ses compositions de l’année 2024, ‘..Et ce soir-là..’, d’après les vers d’Albert Samain, autre poète dont Gabriel Fauré mit en musique plusieurs poèmes (‘Soir’, ‘Pleurs d’or’, Arpège’).

La nuit est à nouveau évoquée, et le climat musical saisissant enferme l’auditeur dans un intimisme feutré poignant, d’autant plus que Stéphanie Guérin décrit cette fois les états d’âmes mélancoliques d’une tierce personne au bord du désespoir. Et l’écriture musicale, très expressive pour le piano - des effets sonores sont réalisés par pression directe sur les cordes -, suggère profondément un mystère sinistre et un poids émotionnel tout intérieur.

Lucas Bischoff

Lucas Bischoff

Tout au long du concert, le toucher pianistique de Lucas Bischoff est souvent réaliste mais aussi précautionneux quand il accompagne sa partenaire lyrique. Mais quelle surprise lorsqu’au final il propose en bis la mélodie ‘Malagueña’ du compositeur cubain Ernesto Lecuona avec un esprit de liberté ahurissant! Une forme de coda festive qui achève pleinement ce récital si à propos en ce soir d’automne.

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Publié le 13 Février 2024

‘Sein oder Nichtsein’
Récital du 12 février 2024
Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet

Johannes Brahms      Fünf Lieder der Ophelia WoO 22 (1873)
                                  Sech Lieder op.97/1 Nachtigall (1885)
Felix Mendelssohn    Sech Lieder op.71/4 Schilflied (1842)
Hugo Wolf                Mörike Lieder No. 42 Erstes Liebeslied eines Mädchens (1888)
Arthur Honegger      Trois chansons extraites de La Petite Sirène de Hans Christian Andersen (1926)
Franz Schubert         Rosamunde D 797 - Romanze ‘Der Vollmond strahlt auf Bergeshöh'n’ (1823)
Richard Strauss        Drei Lieder der Ophelia op. 67 (1918)
Kurt Weill                Das Berliner Requiem - Die Ballade vom ertrunkenen Mädchen (1928)
Robert Schumann    Sechs Gesänge op.107/1 Herzeleid (1851)
Hector Berlioz         Tristia op.18/2 La mort d'Ophélie (1842)
Franz Schubert        Der Tod und das Mädchen, opus 7 no 3, D.531 (1817)
John Dowland         Sorrow, Stay (1600)
Lecture de textes de William Shakespeare, Georg Heym, Heiner Müller & Georg Trakl

Bis       Kurt Weill    L'Opéra de Quat'sous, Liebeslied (1928)

Soprano Anna Prohaska
Voix Lars Eidinger
Piano Eric Schneider

A l’occasion des 400 ans de la mort de William Shakespeare, la soprano Anna Prohaska, l’acteur berlinois Lars Eidinger et le pianiste Eric Schneider ont donné à la salle Mozart de l’'Alte Oper’ de Frankfurt, le 01 décembre 2016, un concert en hommage au dramaturge anglais, élaboré à partir d’un programme regroupant des mélodies de différents compositeurs dédiées à la figure féminine d’Ophélie.

Eric Schneider, Lars Eidinger et Anna Prohaska

Eric Schneider, Lars Eidinger et Anna Prohaska

Depuis, ce récital a été repris dans plusieurs villes allemandes telles Potsdam et Dresde, et c’est le Théâtre de l’Athénée qui offre l’opportunité de l’entendre à Paris, quasiment à l’identique, moyennant un léger arrangement : ‘Mädchenlied’, le 6e des ‘Sieben Lieder’ op. 95 de Brahms, et ‘Am See’ D746 de Schubert ne sont pas repris, mais une ballade de Kurt Weill ‘Die Ballade vom ertrunkenen Mädchen’, extraite de son 'Requiem Berlinois', un texte sur la guerre, est ajoutée et chantée par Lars Eidinger qui alterne voix basse et voix de tête détimbrée pour en exprimer sa sensibilité.

Eric Schneider et Anna Prohaska

Eric Schneider et Anna Prohaska

Au total, dix compositeurs de John Dowland, contemporain de Shakespeare, à Kurt Weill, en passant par Brahms, Schubert, Mendelssohn, Wolf ou Strauss, sont réunis pour faire vivre la folie de l'âme doucereusement mélancolique de celle qui ne put épouser le Prince Hamlet

Les textes évoquent la quiétude d’eaux sombres dans une atmosphère nocturne, et Anna Prohaska les chante en ne sollicitant que sa tessiture aiguë, souple à la clarté âpre, évoquant ainsi une forme de plénitude à la recherche du visage de la mort, son corps semblant onduler à la faveur des ondes d’un lac imaginaire.

Anna Prohaska et Lars Eidinger

Anna Prohaska et Lars Eidinger

Dans les chansons extraites de ‘La Petite Sirène’ d’Arthur Honegger, sa prosodie est impeccablement nette, et cette forme de joie funèbre se trouve confortée par la charge qu’imprime Eric Schneider au toucher de son piano, tout le long du récital, un son dense, vibrant profondément, le poids de chaque note semblant méticuleusement calculé et appuyé en résonance avec les mots.

Au creux de l’atmosphère de ce lundi soir, pratiquement dénuée de la moindre toux, seuls quelques craquements de sièges signalent la présence des auditeurs, et le regard intériorisé de Lars Eidinger, lui qui peut être des plus exubérants, est ici au service de textes de Shakespeare, un de ses auteurs de prédilection, qu’il incarne dans un esprit totalement recueilli.

Lars Eidinger, Anna Prohaska et Eric Schneider

Lars Eidinger, Anna Prohaska et Eric Schneider

Et en bis, Anna Prohaska et Lars Eidinger entonnent le 'Liebeslied' de l''Opéra de Quat'sous' de Kurt Weill, pour offrir une image finale plus heureuse.

En à pleine plus d’une heure, on se serait cru à une soirée musicale à Berlin ou Munich, se laissant aller avec joie à la sérénité de sentiments noirs, poétisés magnifiquement par trois artistes d’une sincère humilité.

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Publié le 10 Décembre 2023

Vissi d’Arte – Gala Maria Callas
Récital du 02 décembre 2023
Palais Garnier

‘Una voce poco fa’ (Le Barbier de Séville, Rossini) – Maria Callas (Palais Garnier, 1958)
Monologue d’ouverture de ‘Master Class’ (McNally, 1995)  – Carole Bouquet
‘Casta Diva’ (Norma, Bellini) – Sondra Radvanovsky
Lettre de Maria Callas à une admiratrice (10 mai 1966)  – Carole Bouquet
‘Follie, follie’ (La Traviata, Verdi) – Pretty Yende
‘La Habanera’ (Carmen, Bizet) – Eve-Maud Hubeaux
Extrait de ‘Une heure avec Maria Callas’ (Bernard Gavoty, 16 juin 1964)
‘D’amore sull’ali rosee’ (Il Trovatore, Verdi) – Maria Callas (Palais Garnier, 1958)
Article ‘Viva Callas’ extrait des ‘Nouvelles littéraires’(Marguerite Duras, décembre 1965) – Carole Bouquet
‘Vieni! T’affretta!’ (Macbeth, Verdi) – Sondra Radvanovsky
100 photos de Maria Callas sur ‘Divinités du Styx’ (Alceste, Gluck) – Maria Callas (1961)
Extrait de ‘The Callas Conversations’ (Lord Harewood pour la BBC, 23 avril 1968)
‘Ah non credea’ (La Sonnambula, Bellini) – Pretty Yende
'Lettre de Maria Callas à Umberto Tirelli' (01 septembre 1975) – Carole Bouquet

Carole Bouquet devant le portrait de Maria Callas sur la scène du Palais Garnier

Carole Bouquet devant le portrait de Maria Callas sur la scène du Palais Garnier

‘Sola, perduta, abbandonata’ (Manon Lescaut, Puccini) - Sondra Radvanovsky
‘Ebben ! Ne andro lontana’ (La Wally, Catalani) – Marie-Agnès Gillot (Maria Callas, 1954)
‘O don Fatale’ (Don Carlo, Verdi) – Eve-Maud Hubeaux
Extrait de ‘Medea’ (Pasolini, 1969)
'Lettre de Paolo Pasolini à Maria Callas' (1969) – Carole Bouquet
Extrait de ‘L’invité du dimanche’ (Pierre Desgraupes, 20 avril 1969) – Carole Bouquet
Extrait ‘Hommage à Maria Callas’ de Ingborg Bachmann (après 1956)
Monologue de fin de ‘Master Class’ (McNally, 1995 – musique Jake Heggie)  – Kate Lindsey, piano Florence Boissolle
‘Vissi d’arte’ (Tosca, Puccini) - Sondra Radvanovsky

Direction Musicale Eun Sun Kim
Mise en scène Robert Carsen

Diffusion sur France 5 le 08 décembre 2023 et sur France Musique le 23 décembre 2023 dans l’émission « Samedi à l’Opéra », présentée par Judith Chaine.
Diffusion ultérieure sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.

Le jeudi 21 octobre 1958, Maria Callas fit ses débuts aux Maple Leafs Gardens de Toronto après s’être aliénée le public romain en début d’année lors d’une représentation de ‘Norma’ suspendue à l’issue du premier acte.

Alors âgé de 4 ans, Robert Carsen était trop jeune pour assister à son premier concert canadien, mais lorsqu’elle revint au Massey Hall de Toronto le jeudi 21 février 1974, à l’occasion de sa tournée internationale avec Giuseppe Di Stefano, il put la voir et être sidéré par l’extraordinaire ovation qu’elle reçut de la part du public.

Sondra Radvanovsky

Sondra Radvanovsky

Depuis, et avec 13 spectacles présentés à Bastille et Garnier en 30 ans, de ‘Manon Lescaut’ (1993) jusqu’à ‘Ariodante’ (2023), il est le metteur en scène qui a monté le plus de productions à l’Opéra national de Paris, ce qui en fait la meilleure incarnation de l’esprit de l’institution mue autant pas son héritage de la tradition que par la nécessité de la contemporanéité.

Après son magnifique hommage au Palais Garnier rendu en 2004 à travers sa mise en scène de ‘Capriccio’, dont l’écho revint à la fin du Gala lyrique de Renée Fleming qu’il dirigea en 2022 en ce même lieu, Robert Carsen s’approprie à nouveau cette salle qui lui est chère pour célébrer les 100 ans de la naissance de Maria Callas.

Vissi d’Arte – Gala Maria Callas (Radvanovsky Kim Carsen) Opéra de Paris

Ce programme très dense comprend la projection dans leur version nouvellement colorisée de deux airs, ‘Una voce poco fa’ et ‘D’amore sull’ali rosee’, chantés par la ‘Divina’ lors de son premier récital donné au Palais Garnier le 19 décembre 1958, récital qui fut diffusé en direct sur la 1er chaîne de la RTF et devant 30 millions de téléspectateurs européens.

La projection de ces deux extraits sur le rideau de Garnier est absolument grandiose et constitue un véritable moment de recueillement. 

Plafond du Grand Escalier du Palais Garnier

Plafond du Grand Escalier du Palais Garnier

Nous verrons également plusieurs extraits d’interviews ‘Une heure avec Maria Callas’ (1964), ‘The Callas Conversations’ (1968), ‘L’invité du dimanche’ (1969), tous enregistrés à Paris, qui rendent comptent de la relation entre la femme et l’artiste, du niveau d’exigence exceptionnel de son travail, de la perception que son entourage peut avoir d’elle et de son caractère, et où l’expressivité de sa voix et de son visage raconte beaucoup d'elle.

On sourit lorsqu'elle dit qu'elle n'est pas une intellectuelle, car il faut bien l'être pour savoir analyser avec autant de profondeur la vérité du cœur des héroïnes qu'elle a fait revivre.

‘The Callas Conversations’ (Lord Harewood pour la BBC, 23 avril 1968)

‘The Callas Conversations’ (Lord Harewood pour la BBC, 23 avril 1968)

Ce rapport avec la France, et avec Paris en particulier, est d’ailleurs renforcé par le choix des airs, tel ‘Divinités du Styx’ enregistré lors de son passage à la salle Wagram en 1961, et qui est ici utilisé pour illustrer l’histoire de sa vie racontée en images de manière chronologique, à travers un diaporama de 100 photographies très émouvantes par l’émerveillement qui transparaît dans les jeunes regards de ses admirateurs.

Carole Bouquet

Carole Bouquet

Carole Bouquet nous fait découvrir des lettres toutes écrites à la fin de sa carrière, ‘Maria Callas à une admiratrice’ (1966) – un témoignage de l’intégrité de l’artiste qui égratigne l’opéra en tant que tel - , ‘ Maria Callas à Umberto Tirelli’ (1975) – à propos de son monde intérieur -, ‘Paolo Pasolini à Maria Callas’ (1969) – lue juste après la projection d’un extrait de ‘Médée’, et qui révèle la difficulté de Callas à se laisser diriger -, ainsi que ‘Viva Callas’ de Marguerite Duras (1965) et ‘Hommage à Maria Callas’ de Ingborg Bachmann – qui rendent toutes deux hommage à la grandeur de Maria Callas pour avoir sorti l’opéra de ses prouesses vocales afin de lui redonner de l’expressivité dramatique -.

Vissi d’Arte – Gala Maria Callas (Radvanovsky Kim Carsen) Opéra de Paris

Par ailleurs, cette soirée est encadrée par l’introduction et la conclusion de la pièce de Terrence McNally, ‘Master Class’ (1995), qui fut adaptée par plusieurs théâtres parisiens (Théâtre de la Porte-Saint-Martin, Théâtre Antoine, Théâtre de Paris) et interprétée par Fanny Ardant et Marie Laforêt.

Le monologue final est alors chanté par Kate Lindsey, aux lignes vocales très précisément canalisées, accompagnée au piano mélancolique de Florence Boissolle, sur une musique de Jake Heggie, et ce passage revient à nouveau sur l’importance du sens donné aux mots.

Sondra Radvanovsky - ‘Casta Diva’ (Norma, Bellini)

Sondra Radvanovsky - ‘Casta Diva’ (Norma, Bellini)

Mais cette soirée est également l’occasion de réentendre sur la scène du Palais Garnier des airs qui ont rendu célèbres Maria Callas, interprétés cette fois par de grandes artistes d’aujourd’hui.

Sondra Radvanovsky, qui fit ses débuts à l’opéra Bastille dans ‘Faust’ en 2001, et qui est une des rares cantatrices à avoir été sollicitée par le public pour bisser ‘D’amore sull’ali rosee’ en 2018 sur cette même scène, devient la voix de quatre grands airs, ‘Casta Diva’ (Norma, Bellini), ‘Vieni! T’affretta!’ (Macbeth, Verdi), ‘Sola, perduta, abbandonata’ (Manon Lescaut, Puccini) et ‘Vissi d’arte’ (Tosca, Puccini).

Sondra Radvanovsky - ‘Sola, perduta, abbandonata’ (Manon Lescaut, Puccini)

Sondra Radvanovsky - ‘Sola, perduta, abbandonata’ (Manon Lescaut, Puccini)

Dès le premier de ces airs, les intonations et les noirceurs qu’elle fait entendre ne sont pas sans évoquer les couleurs complexes et changeantes de la voix de Maria Callas, ce qui est fort troublant, et elle démontre une aisance saisissante quand il s’agit d’envahir l’espace sonore d'un voile aigu puissant au début, et très effilé en fin d’aria.

Sondra Radvanovsky - ‘Vissi d’arte’ (Tosca, Puccini)

Sondra Radvanovsky - ‘Vissi d’arte’ (Tosca, Puccini)

Le volontarisme hautain de Lady Macbeth ne lui pose aucun problème, mais la froideur radicale de ce personnage peut sembler trop éloignée de la personnalité de Sondra Radvanovsky, alors que le dramatisme bouleversant de Manon Lescaut en devient intensément poignant.

Et dans sa robe rouge, devant le rideau de Garnier, l’ampleur de son ‘Vissi d’arte’ qu’elle a si souvent chanté fait à nouveau sensation par la hauteur et la longueur du legato enrichi d’un timbre profondément vibrant et inimitable.

Les admirateurs de Sondra Radvanosvky pourront également la retrouver au Chan Shun Concert Hall de Vancouver, le 18 janvier 2024, pour un autre hommage à Maria Callas.

Pretty Yende - ‘Ah non credea’ (La Sonnambula, Bellini)

Pretty Yende - ‘Ah non credea’ (La Sonnambula, Bellini)

Pretty Yende reprend brillamment ‘Follie, follie’ (La Traviata, Verdi) et ‘Ah non credea’ (La Sonnambula, Bellini), mais c’est quand même ce second air qui, en révélant la finesse et la rondeur de son beau médium sensible, nous immerge le plus dans une élégie dramatique naturellement émouvante.

Eve-Maud Hubeaux - ‘La Habanera’ (Carmen, Bizet)

Eve-Maud Hubeaux - ‘La Habanera’ (Carmen, Bizet)

Quant à Eve-Maud Hubeaux, si sa ‘La Habanera’ (Carmen, Bizet) ne manque pas d’aplomb et d’intensité, son incarnation enflammée de ‘O don Fatale’ (Don Carlo, Verdi) est l'un des autres grands moments de cette soirée où n’aura manqué à ce moment là qu’un réel engagement dramatique de Eun Sun Kim qui a surtout cherché à tirer les plus beaux sons de l’orchestre pour les fondre avec délicatesse à la voix des artistes.

Marie-Agnès Gillot - ‘Ebben ! Ne andro lontana’ (La Wally, Catalani)

Marie-Agnès Gillot - ‘Ebben ! Ne andro lontana’ (La Wally, Catalani)

Enfin, Marie-Agnès Gillot offre tout un jeu basé sur le mouvement des mains afin d’exprimer sur l’air ‘Ebben ! Ne andro lontana’ (La Wally, Catalani) la lassitude de Maria Callas fasse à la vie, dans l’esprit de ce qu’a voulu nous raconter ce soir Robert Carsen, qui est non pas d’enfermer Callas dans sa technique virtuose comme des passionnés auraient voulu le faire avec superficialité, mais au contraire d’axer cet hommage sur la ‘vérité dramatique’ de cette grande artiste, mais aussi sur la cassure entre sa vie de femme et sa vie sur scène, même si certains témoignages projetés tendent à montrer une Callas qui cherche à réunir ces deux facettes.

Kate Lindsey, Pretty Yende, Sondra Radvanovsky, Eve-Maud Hubeaux, Marie-Agnès Gillot et Carole Bouquet

Kate Lindsey, Pretty Yende, Sondra Radvanovsky, Eve-Maud Hubeaux, Marie-Agnès Gillot et Carole Bouquet

En somme, un portrait très humain, pénétrant, dénué d'effet mélodramatique, et qui préserve toujours une part de son mystère.

Sondra Radvanovsky, Robert Carsen et Eun Sun Kim

Sondra Radvanovsky, Robert Carsen et Eun Sun Kim

Ce concert peut être revu sur France 5 TV jusqu'au 06 juin 2024 sous le lien suivant :

Vissi d'Arte : Gala Maria Callas

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