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Publié le 3 Septembre 2022

Poulenc, Aboulker, Wagner, Gounod, Massenet, Thomas, Meyerbeer
Récital du 02 septembre 2022
Amphithéâtre Bastille

Francis Poulenc
Les Banalités (Chanson d’Orkenise, Hôtel, Fagnes de Wallonie, Voyage à Paris, Sanglots) - 1940
Isabelle Aboulker
Les quatre saisons - Histoire d’un amour
Francis Poulenc
Mélancolie, pour piano solo - 1940
Richard Wagner
Les deux grenadiers (poème d’Henrich Heine traduit par François Adolphe Loeve-Veimar) - 1840
Charles Gounod - Roméo et Juliette – Théâtre Lyrique, 1867
Mab la reine des mensonges - Air de Mercutio (acte I)
Jules Massenet – Manon – Opéra Comique, 1884
À quoi bon l’économie - Air de Lescaut (acte III)
Camille Saint-Saëns – Paraphrase sur l'Opéra Thaïs de Massenet
Méditation pour piano solo
Ambroise Thomas – Hamlet – Opéra de Paris, 1868
Comme une pâle fleur - Air d’Hamlet (acte V)
Ô vin dissipe la tristesse - Air d’Hamlet (acte II)

Giacomo Meyerbeer - Le pardon de Ploermel – Opéra Comique, 1859
Ô puissante magie - Air de Hoël (acte I)

Baryton Florian Sempey
Piano Jeff Cohen

A la veille de l’ouverture de la saison 2022-2023 de l’Opéra de Paris avec ‘Tosca’, le public parisien se retrouve à l’amphithéâtre Bastille autour d’un récital enjoué offert par Florian Sempey et son accompagnateur au piano, Jeff Cohen.

Florian Sempey

Florian Sempey

La première partie, dédiée à des mélodies françaises peu connues, inspire des pensées pas nécessairement mélancoliques, mais plutôt une fine plénitude dans le rapport à la vie. 

Dans son interprétation des ‘Banalités’ de Poulenc, le baryton français arbore tout un jeu pantomimique suggestif qui souligne l’ironie du texte de Guillaume Apollinaire, pour lequel la noirceur joyeusement autoritaire du timbre renforce une présence ancrée en lien serré avec le regard du public. Le vague à l’âme ressort subtilement sur le dernier poème, ‘Sanglots’.

Récital Florian Sempey - Jeff Cohen - Amphithéâtre Bastille

Puis, ‘Les quatre saisons’ d’Isabelle Aboulker, que la compositrice d’opéras pour la jeunesse lui a dédié, revient à la vie éphémère du sentiment amoureux et de son reflet dans les paysages de la nature avec une fraîcheur expressive qui va encore plus se déployer dans ‘Les deux grenadiers’ mis en musique par Richard Wagner, où se concentrent fierté, puissance et accents généreux, sans se prendre au sérieux, et où l’on voit progressivement le chanteur vraiment incarner une âme patriotique joviale pleine de panache.

Florian Sempey et Jeff Cohen

Florian Sempey et Jeff Cohen

En seconde partie, ce sont cette fois des opéras français créés dans différentes salles parisiennes au cours de la seconde partie du XIXe siècle qui sont à l’honneur.

Très attendu, car il interprètera Mercutio auprès de la Juliette d’Elsa Dreisig, présente ce soir, sur la scène Bastille en juillet 2023, le portrait qu’il brosse de l’ami de Roméo est un débordement d’énergie qui met l’accent sur la nature cavalière de ce personnage haut en couleurs, ce qui suscite beaucoup de curiosité pour la fin de saison au moment où il en rendra toute la vie scénique.

Florian Sempey

Florian Sempey

Et si avec ‘À quoi bon l’économie’ le naturel joueur et moqueur de Lescaut est rendu dans toute son évidence, les deux airs sombres d’Hamlet, ‘Comme une pâle fleur’ et ‘Ô vin dissipe la tristesse’ , sont plus éloignés de l’humeur que l’on associe au jeune artiste.

C’est donc dans l’élan enflammé de ‘Ô puissante magie’ extrait du ‘Pardon de Ploermel’, où l’ivresse pousse au dépassement de soi, qu’il conclut vaillamment ce récital sans oublier de faire plaisir à l’audience en lui accordant trois bis, la délicate ‘Chanson de bébé’ de Rossini, un ‘Largo al factotum’ d’une jouissive luminosité – il venait de chanter Figaro sur la scène du théâtre gallo-romain de Sanxay trois semaines auparavant -, et un inattendu ‘Wanderers Nachtlied’ de Schubert qui résonne avec la première partie mélodique de cette soirée, et qui révèle aussi un très intéressant désir d’allègement.

Florian Sempey et Jeff Cohen

Florian Sempey et Jeff Cohen

Comme on peut l’entendre en solo dans ‘Mélancolie’ de Poulenc et ‘Méditation’ par Saint-Saëns, Jeff Cohen est un partenaire qui s’allie parfaitement à la verve heureuse de Florian Sempey dans un esprit de confiance apaisée.

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Publié le 21 Août 2022

Angelord Blaise (contre ténor) & Sébastien Grimaud (piano)
Récital du 21 août 2022
Eglise Saint-Merry - Paris

William Gomez Ave Maria (2000)
Ernest Chausson Le Charme (1879)
Franz Liszt Es muss ein wunderbares sein (1852)
François Couperin Les barricades mystérieuses (piano seul) (1717)
Reynaldo Hahn A Chloris (1913)
Francis Poulenc Les chemins de l’amour (1940)
Vladimir Vavilov Ave Maria dit de Giulio Caccini (1970)
Christoph Willibald Gluck Che faro senza Euridice (1762)
Georg Friedrich Haendel Lascia ch’io pianga (1705)
Edvard Grieg Jour de mariage à Troldhaugen (piano seul) (1876)
Wolfgang Amadé Mozart Laudate dominum (1779)
Georg Friedrich Haendel Svegliatevi nel core (1723)     
Angelord Blaise

Au cœur de la nef gothique de l’église Saint-Merry, l’association ‘L’Accueil Musical’ présente en ce dimanche après-midi le jeune chanteur Angelord Blaise qui a remporté à l’opéra Bastille, le 10 janvier 2022, la quatrième finale du concours Voix d’Outre Mer.

Angelord Blaise

Angelord Blaise

Accompagné au piano très consciencieusement par Sébastien Grimaud, qui déroule un délié sombre de sonorités noires et denses, le contre-ténor haïtien présente un programme conçu en deux parties, la première privilégiant des airs français de toutes les époques, la seconde étant dominée par les répertoires baroques et classiques du XVIIIe siècle.

L’’Ave Maria’ de William Gomez est probablement une découverte pour le public venu en grand nombre, car cette mélodie fut composée peu avant la disparition du compositeur espagnol en l’an 2000. C’est principalement la mezzo-soprano lettone Elīna Garanča qui l’a rendu célèbre en concert et au disque, sous l’impulsion de son mari et chef d’orchestre Karel Mark Chichon qui était un ami du musicien.

Eglise Saint-Merry

Eglise Saint-Merry

Le timbre de voix d’Angelord Blaise révèle d’emblée ses qualités de rondeur et de luminosité portées par une ample vibrance, ainsi que ses similitudes avec les voix de femmes graves – il s’imprègne également de leur raffinement de geste -, et l’effet est saisissant en un tel lieu sous les arcs voutés où quelques vitraux diffusent leurs coloris le long des parois.

Ensuite, les airs plus intimes de Chausson, Liszt et Hahn  - on n’échappe pas à l’épure mélancolique d'‘A Chloris’ – font apparaître la flamboyance du chanteur qui peut faire entendre de subtiles clartés presque sans couleurs, à la façon d’un ange, pour soudainement laisser épanouir dans toute sa puissance un panache d’harmoniques fauves aux traits violents.

Sébastien Grimaud et Angelord Blaise

Sébastien Grimaud et Angelord Blaise

Ces qualités s’accordent naturellement avec les airs opératiques de Haendel (‘Almira’ et ‘Giulio Cesare’) et de Gluck (‘Orfeo ed Euridice’) si propices à des effusions de sentiments exubérants.

Cette seconde partie aura aussi permis d’entendre un autre ‘Ave Maria’ contemporain, celui composé en 1970 par Vladimir Vavilov, un pastiche faussement attribué à Giulio Caccini (1551 – 1618). 

On peut trouver cet ‘Ave Maria’ auprès de celui de William Gomez sur l’album d’ Elīna Garanča,’Meditation’, ce qui montre à nouveau le lien étroit qu’il y a entre la voix d’Angelord Blaise et les voix de mezzo et de contralto dramatiques. 

Eglise Saint-Merry

Eglise Saint-Merry

Ce récital était gratuit, avec le soutien des ‘Voix d’Outre Mer’, et certains auditeurs étaient tout heureux des frissons que l’écoute de ces mélopées enveloppantes leur avait procuré avec une générosité émouvante et poétique, d’autant plus que ‘Les chemins de l’amour’ de Poulenc fut repris en bis dans un esprit de grâce légère tout à fait grisante. 

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Publié le 28 Juillet 2022

Strauss, Brahms, Liszt, Wolf... Fauré, Duparc, Hahn, Mahler - Lieder allemands et français
Récital du 26 juillet 2022
Bayerische Staatsoper - Prinzregententheater

Karl Weigl Seele 

Nacht und Träume
Richard Strauss Die Nacht 
Johannes Brahms Nachtwandler
Hugo Wolf Die Nacht
Hans Sommer Seliges Vergessen

Bewegung im Innern
Max Reger Schmied Schmerz
Richard Strauss Ruhe, meine Seele
Johannes Brahms Der Tod, Nachtigall, Verzagen 
Franz Liszt Laßt mich ruhen

Mouvement intérieur
Gabriel Fauré Après un rêve
Reynaldo Hahn À Chloris, L'Énamourée
Henri Duparc Chanson triste
Gabriel Fauré Notre amour

Erlösung und Heimkehr
Max Reger Abend
Hugo Wolf Gebet
Richard Rössler Läuterung
Gustav Mahler Urlicht

Soprano Marlis Petersen
Piano Stephan Matthias Lademann

Issu du troisième CD de la série 'Dimensionen' intitulé 'Innen Welt' et édité en septembre 2019 chez Solo Musica, le florilège de lieder allemands et français présenté ce soir par Marlis Petersen et Stephan Matthias Lademann au Prinzregententheater de Munich a d'abord été diffusé sur le site internet de l'Opéra de Franfort le 28 mai 2021, avant que les deux artistes n'entâment une tournée allemande déjà passée par Nuremberg et Cologne.

Ces mélodies sont regroupées par thèmes, 'Nacht und Träume', 'Bewegung im Innern', 'Mouvement intérieur' et 'Erlösung und Heimkehr', et Marlis Petersen révèle un magnifiquement talent de conteuse lorsqu'elle présente au public chacun d'entre eux par un art du phrasé qui vous enveloppe le cœur avec une attention presque maternelle.

Marlis Petersen

Marlis Petersen

La première série dédiée à la nuit et aux rêves relie Richard Strauss, Johanne Brahms, Hugo Wolf et Hans Sommer par une même clarté et une présence humaine de timbre qui racontent des pensées, ou bien une vision inquiète du monde, avec une lucidité poétique d'une très grande expressivité qui ne verse cependant pas dans l'affect mélancolique.

Suivre le texte tout en écoutant cette grande artiste sculpter et développer les syllabes sous nos yeux et au creux de l'oreille fait naitre une fascination qui est le véritable moteur du plaisir ressenti.

Puis, à partir de 'Ruhe, meine seele' de Richard Strauss, Marlis Petersen fait ressortir des graves plus sombres et des exultations plus tendues qui élargissent l'univers de ses sentiments non exempts de colère. Elle dépeint ainsi une personnalité plus complexe ce qui accroit la prégnance de son incarnation toute éphémère qu'elle soit.

Marlis Petersen

Marlis Petersen

Mais la surprise de la soirée survient au cours du troisième thème 'Mouvement intérieur' où les mélodies 'Après un rêve' de Fauré et 'A Cloris' de Reynaldo Hahn, en particulier, sont d'une telle beauté interprétative que la délicatesse des teintes et des nuances qui s'épanouissent engendre une émotion profonde irrésistible.

A l'entendre défendre avec un tel soin un répertoire aussi difficile et dans une langue qui n'est pas la sienne, on se prend à rêver de la découvrir dans le répertoire baroque français le plus raffiné tant son phrasé est magnifiquement orné.

Marlis Petersen et Stephan Matthias Lademann

Marlis Petersen et Stephan Matthias Lademann

Le rythme reste ensuite plus lent qu'au début, tout en réunissant Reger, Wolf et Rössler autour de leurs expressions les plus méditatives, et Marlis Petersen achève ce voyage plus bucolique que noir par le seul lied qui n'apparait pas sur son enregistrement, 'Urlicht' de Gustav Mahler, portée par le désir de revenir à une lumière qui lui est bien naturelle avec toujours cet art ample du déploiement des mots aux couleurs ambrées.

Et en bis, 'Träume' de Richard Wagner et 'Nacht und Träume' de Franz Schubert comblent une soirée où le toucher crépusculaire de Stephan Matthias Lademann aura entretenu un esprit nimbé de classicisme perlé et méticuleux.

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Publié le 25 Juillet 2022

Beethoven, Schubert ... Zemlinsly, Mahler & Liszt  - Lieder allemands
Récital du 23 juillet 2022
Bayerische Staatsoper

Ludwig van Beethoven Adelaide
Franz Schubert Der Musenshon
Felix Mendelssohn-Bartholdy Auf Flügeln des Gesanges
Edward Grieg Ich liebe dich
Robert Schumann Wirdmung
Johannes Brahms In Waldeseinsamkeit
Antonín Dvořák Als die alte Mutter
Piotr Ilitch Tchaïkovski Nur wer die Sehnsucht kennt
Richard Strauss Allerseelen
Hugo Wolf Verborgenheit
Alexander von Zemlinsky Selige Stunde
Gustav Mahler Ich bin der Welt abhanden gekommen

Franz Liszt
Vergiftet sind meine Lieder
Im rhein, im Schönen Strome
Freudvoll und leidvoll (2 Fassungen)
O lieb, solang du lieben kannst
Es war ein König in Thule
Die drei Zigeuner
Ihr Glocken von Marling
Die Loreley

Ténor Jonas Kaufmann
Piano Helmut Deutsch

Ayant du annuler, pour cause de symptômes covid prononcés, sa participation aux représentations de 'Cavalleria Rusticana' et 'Pagliacci' prévues au Royal Opera House de Londres au cours du mois de juillet, Jonas Kaufmann a toutefois maintenu sa présence au récital du 23 juillet proposé par le Bayerische Staatsoper. 

Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann

La soirée est intégralement dédiée à l'art du lied allemand avec, en première partie, 12 mélodies de 12 compositeurs différents que l'on peut retrouver sur le disque édité en 2020 chez Sony, 'Selige Stunde', hormis 'In Waldeseinsamkeit' de Johannes Brahms qu'il interprétait en concert cette saison auprès de Diana Damrau, et, en seconde partie, 9 lieder de Franz Liszt que l'on peut réécouter sur l'enregistrement 'Freudvoll und leidvoll' édité également chez Sony en 2021, aboutissement du regard sur un répertoire que l'artiste ravive régulièrement en public depuis une décennie.

Des microfailles se sont bien manifestées dans les passages les plus sensibles des premières mélodies, mais elles se sont totalement estompées à l'approche des compositions fin XIXe et début XXe siècles les plus profondes et les plus délicates d'écriture. 

Helmut Deutsch et Jonas Kaufmann

Helmut Deutsch et Jonas Kaufmann

Le coulant mélodique de 'Auf Flügeln des Gesanges', 'Ich liebe dich' et 'Wirdmung' est assurément celui que l'on associe le plus facilement au charisme du chanteur car il draine un charme nostalgique qui lui colle à la peau avec une évidence confondante.

Puis, 'Als die alte Mutter' et 'Nur wer die Sehnsucht kennt' s'imprègnent d'une tristesse slave si bien dépeinte par la gravité d'un timbre de voix sombre et doux. Cet art de la nuance, des teintes ombrées et des tissures fines et aérées si 'hors du temps' de par leur immatérialité, s'épanouit ainsi dans un cisellement hautement escarpé comme pour décrire avec la précision la plus acérée les cimes des sentiments enfermés sur eux-mêmes qui parcourent avec une lenteur dépressive les trois lieder composés respectivement par Hugo Wolf, Alexander von Zemlisky et Gustav Mahler.

Jonas Kaufmann

Jonas Kaufmann

Les lieder de Franz Liszt poursuivent ce mouvement introspectif sans se départir d'une écriture qui permette au chanteur d'exprimer une volonté rayonnante. 'O lieb, solang du lieben kannst' est dans cet esprit l'un des sommets de cette seconde partie à propos d'un amour qui doit savoir surmonter les blessures des mots les plus durs, une exhortation à la sagesse que l'on retrouve dans 'Die drei Zigeuner' Jonas Kaufmann semble discourir plus que jamais au creux de l'oreille de l'auditeur.

La beauté contemplative d''Ihr Glocken von Marling' et ses subtils murmures en forme de berceuse qui glissent sur les perles rêveuses du piano d'Helmut Deutsch ne font que précipiter une émotion intérieure subjugée par le sentiment d'une perfection humaine miraculeuse.

Helmut Deutsch et Jonas Kaufmann

Helmut Deutsch et Jonas Kaufmann

Tout au long de ce récital qui se conclura pas 5 bis choisis dans la même tonalité et par un "Heureux d'être de retour à la maison!" de la part du chanteur, son compagnon au piano aura émerveillé tant par la clarté lumineuse et son touché soyeux que par une attitude qui veille à ne laisser aucun épanchement dévier d'une ligne lucide et rigoureuse magnifiquement mêlée au phrasé de Jonas Kaufmann

L'acoustique de la grande salle du Bayerische Staatsoper offre en supplément une enveloppe sublime à une expression intimiste totalement vouée au recueillement.

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Publié le 22 Juin 2022

Mon amant de Saint-Jean
Récital du 20 juin 2022
Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet

Marin Marais
Prélude et Passacaille en Mi Mineur (1701)

Anonyme
J’ai perdu ma jeunesse
Dans mon jardin à l’ombre
La Fille du Roi Louis

Johann Vierdanck
Canzona en Do Majeur (1641)

Claudio Monteverdi
L’Arianna, « Lamento d’Arianna » (1608)

Francesco Cavalli
L
’Egisto « Lasso io vivo » (1643)

Paul Marinier
D’elle à lui (1898)

Paul Delmet, musique, Maurice Vaucaire, paroles
Les Petits Pavés (1891)

Raymond Legrand, musique, Guy breton, paroles
Les Nuits d’une demoiselle (1963)

Léon Fossey, musique, H. et T. Coignard, paroles
Les Canards tyroliens (1869)

Charles André Cachan, musique, Maurice Vandair, paroles
Où sont tous mes amants ? (1935)

Émile Carrara, musique, Léon Agel, paroles
Mon amant de Saint-Jean (1942)

Mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac
Mise en scène et lumières Marie Lambert-Le Bihan
Direction, arrangements, Théorbe Vincent Dumestre

Le Poème Harmonique
Violons Fiona-Émilie Poupard, Louise Ayrton
Viole de gambe Lucas Peres
Violoncelle Pauline Buet
Accordéon Vincent Lhermet
Basson, flûtes Nicolas Rosenfeld

Coproduction Opéra de Rouen, Normandie, Château d’Hardelot, département du Pas-de-Calais dans le cadre du Midsummer Festival

Diffusé le 07 mai 2021 en streaming en fin de confinement depuis la Chapelle Corneille de Rouen, le spectacle créé par Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème Harmonique avec Stéphanie d’Oustrac prend dorénavant le chemin des lieux de concerts.

Stéphanie d'Oustrac

Stéphanie d'Oustrac

‘Mon amant de Saint-Jean’ est raconté comme un voyage à travers la vie amoureuse d’une femme musicienne imaginaire, en partant de musiques composées au XVIIe et XVIIIe siècle qui laissent progressivement place à des chansons écrites au XIXe siècle jusqu’à la seconde Guerre Mondiale.

Ainsi, la joie chaleureuse de cet ensemble de 6 instruments anciens introduit cette soirée au motif nostalgique de la flûte de Nicolas Rosenfeld, et s'accomplit lorsque l’accordéon de Vincent Lhermet rejoint l’orchestre pour y fondre une sonorité populaire plus contemporaine.

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard et Louise Ayrton (Violons), Stéphanie d'Oustrac, Pauline Buet (Violoncelle), Lucas Peres (Viole de gambe), Vincent Dumestre (Théorbe) et Vincent Lhermet (Accordéon)

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard et Louise Ayrton (Violons), Stéphanie d'Oustrac, Pauline Buet (Violoncelle), Lucas Peres (Viole de gambe), Vincent Dumestre (Théorbe) et Vincent Lhermet (Accordéon)

Stéphanie d’Oustrac arrive par surprise depuis le parterre, côté jardin, en chantant sa première mélodie ‘J’ai perdu ma jeunesse’ auprès des musiciens, et l’on aurait envie de lui répondre qu’il n’en est rien tant elle semble inchangée au souvenir de la jeune italienne ‘Argie’ qu’elle incarnait sur la scène du Théâtre du Châtelet en 2004 dans ‘Les Paladins’ de Jean-Philippe Rameau.

Elle se présente comme faisant partie d’une compagnie itinérante, raconte son parcours, puis, le temps de se changer sur la musique de Johann Vierdanck, elle réapparaît dans une superbe robe à collerette dorée pour interpréter deux grands airs baroques, le ‘Lamento d’Arianna’ de Monteverdi – un air qui revient décidément à la mode et qu’il était possible d’entendre à Munich quelques jours auparavant dans la production de ‘Bluthaus’ – et ‘Lasso io vivo’ extrait de ‘L’Egisto’ de Cavalli.

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard (Violon) et Stéphanie d'Oustrac

Nicolas Rosenfeld (Flûte), Fiona-Émilie Poupard (Violon) et Stéphanie d'Oustrac

Sa voix agit comme un baume de raffinement qui puise dans les nuances ombrées d’un timbre homogène dont elle délie les plaintes avec une tendresse qui se transforme en courroux tendre. Puis, en  s’allégeant de sa robe pour retrouver une tenue affinée en rouge et noir, les touches discrètes de l’accordéon amorcent la transition vers des chansons plus réalistes.

Il s’agit d’un voyage à travers les évocations de chanteurs mythiques tels Barbara qui interpréta ’D’elle à lui’ de Paul Marinier, ou bien Marie-Paule Belle, Claude Nougaro, Mouloudji et Gainsbourg qui s'approprièrent ‘Les Petits Pavés’ de Paul Delmet et Maurice Vaucaire.

Stéphanie d'Oustrac

Stéphanie d'Oustrac

Les mots mis sur la désillusion amoureuse sont bien plus crus, directs et accusateurs que dans ‘Le Lamento d’Arianna‘. L’image de la femme abandonnée laisse place à celle d’une femme bien plus vindicative et libérée, comme dans la chanson la plus célèbre de Colette Renard, ‘Les Nuits d'une demoiselle’, qui chante un florilège de pratiques sexuelles avec un sens glamour de l’image absolument adorable et parfaitement maîtrisé.

Et le voyage déluré se poursuit avec ‘Les Canards Tyroliens’ que la chanteuse de cabaret Thérèsa interpréta en 1869 lors d’un ajout opéré à la reprise de ‘La chatte blanche’, une féerie créée en 1852 par les frères Cogniard au Cirque-Olympique sur le boulevard du Temple à Paris. 

Stéphanie d'Oustrac et Pauline Buet (Violoncelle)

Stéphanie d'Oustrac et Pauline Buet (Violoncelle)

Puis, pour finir, ce sont des airs popularisés par le cinéma qui sont interprétés avec charme et apaisement, ‘Où sont tous mes amants ?’, qui fut repris dans ‘C’est la vie’ (2001) de Jean-Pierre Améris, et ‘Mon amant de Saint-Jean’ qui sera utilisé par François Truffaut et Claude Miller respectivement dans ‘Le Dernier Métro’ (1980) et ‘La Petite Voleuse’ (1988).

Une bien douce soirée tenue par la cohésion chaleureuse des musiciens et la fermeté de leurs gestes, au cours de laquelle Stéphanie d’Oustrac montre comme elle aime tenir du regard séducteur le public et en jouer.

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Publié le 7 Mai 2022

Boulevard des Italiens
Récital du 05 mai 2022
Amphithéâtre Bastille

Gaspare Luigi Pacifico Spontini (1774-1851) 
La Vestale  
'Qu'ai-je vu! ... Julia va mourir!'
Luigi Cherubini (1760-1842) 
Ali Baba  
'C’est de toi, ma Délie, que dépendait mon sort'
Gaetano Donizetti (1797-1848) 
La Favorite  
'Ange si pur que dans un songe'
Charles Gounod (1818-1893) 
Faust 
'Salut, demeure chaste et pure'
Giuseppe Verdi (1813-1901)
Don Carlos 
'Fontainebleau ! forêt immense et solitaire'
Les Vêpres siciliennes  'Ô toi que j'ai chérie'
Jules Massenet (1842-1912)
Manon 
'En Fermant les yeux'
Giacomo Puccini (1858-1924)
Madame Butterfly  
'Adieu, séjour fleuri'
Tosca  'Ô de beautés égales dissemblance féconde !' 
Pietro Mascagni (1863-1945)

Amica  'Amica! Vous restez à l'écart?' 
Amica  'Pourquoi garder ce silence obstiné?' 

Ténor Benjamin Bernheim
Piano Félix Ramos

Présentation Judith Chaine, France Musique et Alexandre Dratwicki, Palazzetto Bru Zane

En ouverture de la 15e édition de ‘Tous à l’Opéra’, l’Opéra de Paris proposait gratuitement d’assister à un récital de Benjamin Bernheim, l’occasion de découvrir à l’amphithéâtre Bastille des extraits de son second album ‘Boulevard des Italiens’ dédié à des airs français de compositeurs italiens du XIXe siècle.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Le programme comprenait ainsi neuf des dix-huit airs enregistrés sur ce nouvel album et deux autres airs de Gounod et Massenet afin de dessiner un parcours chronologique d’œuvres créées à l’Opéra de Paris d’abord à la salle Montansier, ‘La Vestale’, puis à la salle Le Peletier, ‘Ali Baba’, ‘La Favorite’, ‘Don Carlos’, ‘Les Vêpres Siciliennes’, ‘Faust’ (dans sa version Grand opéra), suivies enfin d’œuvres jouées à la Salle Favart de l’Opéra Comique, ‘Manon’, ‘Madame Butterfly', ‘Tosca’, et même une œuvre rare créée à l’Opéra de Monte-Carlo, ‘Amica’ de Pietro Mascagni.

Félix Ramos et Benjamin Bernheim

Félix Ramos et Benjamin Bernheim

Un siècle d’opéra est ainsi raconté en partant des prémisses du romantisme pour finalement se fondre dans le vérisme belcantiste italien adapté à la langue française, et c’est une chance incroyable de profiter d’une telle présence, car Benjamin Bernheim manie magnifiquement l’art de la transition entre le timbre charnel et viril de son chant et la pureté séraphique de sa voix mixte, un émerveillement d’irréalité.

Par ailleurs, il exhale une puissance presque animale qui ne peut se ressentir que dans de telles conditions, alors que l’écoute au disque à tendance à lisser cette énergie tellement physique, ce qui témoigne de la valeur de la rencontre directe avec une telle proximité.

Alexandre Dratwicki et Judith Chaine

Alexandre Dratwicki et Judith Chaine

En présence de Judith Chaine et Alexandre Dratwicki, le directeur du Centre de musique romantique française Palazzetto Bru Zane avec lequel Benjamin Bernheim a déjà enregistré la première version de ‘Faust’ créée au Théâtre Lyrique en 1859, cette soirée a aussi une vertu pédagogique car le chanteur a ainsi l’occasion de parler de sa technique et de ce qui la différencie de celle des artistes féminines, notamment lorsqu’il parle des mouvements inverses ascendants et descendants afin de chercher des effets de couleurs différents.

Alexandre Dratwicki surprendra également l’audience en indiquant que la version de ‘Madame Butterfly’ qui est aujourd’hui chantée sur les scènes du monde entier est la traduction italienne de la version Française, elle même une réécriture de la version originale.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Félix Ramos, pianiste et chef de chant de l’Académie de l’Opéra National de Paris, est en accompagnement complice avec l’artiste lyrique, délivrant des sonorités douces et bien timbrées, et confie que cette forme confidentielle lui donne des degrés de liberté interprétatifs qu’un orchestre ne pourrait se permettre.

Benjamin Bernheim reprendra le rôle de Faust à l’opéra Bastille en juin 2022, puis incarnera Roméo un an plus tard sur la même scène. Il est même possible de le retrouver sur France 4 dès le 08 mai 2022 à 21h10 pour la rediffusion de ‘Manon’ enregistré en mars 2020.

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Publié le 20 Avril 2022

Voix d’Afrique
Récital du 16 avril 2022
Théâtre des Champs-Élysées

Suppé  Cavalerie légère, Ouverture
Puccini  « O mio babbino caro » - Gianni Schicchi (Kimmy Skota)
Verdi  Air de Banco - Macbeth (Blaise Malaba)
Verdi  « Pace, pace, mio dio » - La Force du destin (Cyrielle Ndjiki)
Offenbach  « Barcarolle » - Contes d’Hoffmann (Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki)
Catalini  « Eben andro lontana » - La Wally (Elisabeth Moussous)
Rossini  Duetto Lindoro Mustafa - L’Italienne à Alger (Levy Sekgapane et Blaise Malaba)
Delibes  Duo des fleurs (Cyrielle Ndjiki et Kimmy Skota)
Verdi Mort de Rodrigue (Edwin Fardini)
Verdi « Dieu nous sépare » - Jérusalem (Cyrielle Ndjiki, Levy Sekgapane et Blaise Malaba)
Auber Air de l’éclat de rire - Manon Lescaut (Leïla Brédent)
Verdi  « La Vergine degli angeli » - La Force du destin (Elisabeth Moussous et Chœur)
Mascagni  Cavalleria rusticana - Intermezzo                 
 Adriana Bignagni-Lesca
Bizet « Près des remparts de Séville» - Carmen ( Adriana Bignagni-Lesca)
Donizetti  « Ah mes amis quel jour de fête » - La Fille du régiment (Levy Sekgapane)
Gershwin « Bess, you my woman » (Elisabeth Moussous et Edwin Fardini), « I got planty of nuttin’ » (Chœur), « Oh, I can’t sit down »  (Chœur), « Oh Lawd, I’m on my way » (solistes et Chœur)
Christopher Tin  Baba Yetu (« Notre Père » en swahili, Chœur)
Thula Baba, berceuse d’Afrique du Sud en langue zoulou (Kimmy Skota)
Mohau Mogale « Thamalakwane », air lyrique (Kimmy Skota)
Eding, Chant sacré du Cameroun (Chœur)
Verdi « Va pensiero » - Nabucco (solistes et Chœur)

Leïla Brédent soprano
Elisabeth Moussous soprano
Cyrielle Ndjiki soprano
Kimmy Skota soprano
Blaise Malaba basse
Levy Sekgapane ténor
Adriana Bignagni-Lesca mezzo soprano
Edwin Fardini baryton

Direction musicale Sébastien Billard
Orchestre de la Garde républicaine et Chœur de l’Armée française

Coproduction Africa Lyric’s Opéra / Women of Africa / Opera for Peace 
Concert au profit de Women of Africa et en soutien aux jeunes artistes lyriques et aux projets pour les femmes

Organisée par Patricia Djomseu, ancienne professeur de danse classique au Cameroun qui a repris la direction de l’association Women of Africa créée il y a 20 ans par sa mère, cette grande soirée caritative est pour beaucoup l’occasion de découvrir une nouvelle génération de chanteurs lyriques professionnels originaires d’Afrique et d’Outre-Mer.

Kimmy Skota - « O mio babbino caro »

Kimmy Skota - « O mio babbino caro »

Même si la majeure partie de ce récital est constituée d’airs d’opéras italiens et français du XIXe siècle régulièrement interprétés en concerts lyriques, le véritable plaisir vient de la diversité de couleurs, d’amplitudes et de timbres de voix des huit artistes invités qui permettent à l’auditeur de varier constamment les impressions sensorielles.

Blaise Malaba - Air de Banco

Blaise Malaba - Air de Banco

Toute fine et délicate, Kimmy Skota débute avec un ‘O mio babbino caro’ très émouvant par sa manière d’en exprimer les sentiments sur le souffle d’un filet de voix ténu et intime, puis apparaît plus impétueuse dans ‘Thamalakwane’ du compositeur sud-africain Mohau Mogale, et se révèle d’une irrésistible sensibilité pour la berceuse sud africaine ‘Thula Baba’, susurrée avec une soyeuse luminosité intemporelle. 

Cyrielle Ndjiki - « Pace, pace, mio dio »

Cyrielle Ndjiki - « Pace, pace, mio dio »

Cet air très doux intervient juste après que nous ayons été emportés par un chant en langue swahili originaire d’Afrique de l’Est, ‘Baba Yetu’, qui est une composition de Christopher Tin devenue célèbre à travers le jeu de stratégie ‘Civilization IV’, une des fantastiques surprises de cette soirée qui a engagé le chœur de l’Armée française dans une ode pleine d’espérance.

Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki - « Barcarolle »

Leïla Brédent et Cyrielle Ndjiki - « Barcarolle »

Voix véritablement verdienne, riche en vibrations dramatiques, Cyrielle Ndjiki donne énormément d’intensité au «Pace, pace, mio dio» de la 'Force du destin', puis s’adapte parfaitement à la tessiture bien plus légère de Kimmy Skota dans le duo des fleurs de ‘Lakmé’, avec une recherche d’harmonie subtilement réussie.

Et en duo avec Leïla Brédent, pour l’air de la ‘Barcarolle’, c’est cette fois-ci l'alliage d’un chant fruité, délié et bien focalisé mêlé à la tessiture voilée de Cyrielle Ndjiki qui en fait le charme.

Chœur de l’Armée française interprétant 'Baba Yetu' de Christopher Tin

Chœur de l’Armée française interprétant 'Baba Yetu' de Christopher Tin

Splendide dans l’air de 'La Wally' où la clarté du timbre est étoffée d’un médium expressif, Elisabeth Moussous offre le second portrait de Leonora de la ‘La Force du destin’, où elle apporte une touche de classicisme supplémentaire.

Et si l’on n’entendra Adriana Bignagni-Lesca, première lauréate du concours des grandes Voix d’Afrique, que pour un air qui plongera Carmen dans une noirceur fortement ténébreuse, il sera possible de la retrouver en juin 2022 sur la scène du Palais Garnier où elle interprétera Junon dans ‘Platée’ de Rameau auprès de Lawrence Brownlee, ténor américain qui partageait la scène de la salle Gaveau avec Levy Sekgapane il y a encore trois semaines.

Elisabeth Moussous - « La Vergine degli angeli »

Elisabeth Moussous - « La Vergine degli angeli »

Levy Sekgapane, Comte Almaviva sur la scène Bastille en 2018, est présent ce soir et profite d’airs de Rossini et Donizetti pour faire montre d'aisance, souplesse, éclat et précision sans le moindre dépareillement de ses aigus légers agréablement vibrés. Blaise Malaba lui donne la réplique dans le rôle de la basse, mais c’est plus dans Verdi que l’artiste congolais peut mettre en valeur le velours d’un souffle majestueux à travers la mort de Banco.

Levy Sekgapane - « Ah mes amis quel jour de fête »

Levy Sekgapane - « Ah mes amis quel jour de fête »

Enfin, en l'absence de Sir Willard White atteint du covid, c’est Edwin Fardini, gagnant de la 3e édition du concours « Voix des Outre-mer » le 22 janvier 2021, qui se charge de le remplacer, ce qui vaudra au public d'entendre un air de Rodrigo issu de ‘Don Carlo’ de Verdi d’une impressionnante sonorité bien galbée et en contraste total avec l’allure longiligne du chanteur.

Edwin Fardini - Mort de Rodrigue

Edwin Fardini - Mort de Rodrigue

Sous la direction fluide et chaleureuse de Sébastien Billard, l’Orchestre de la Garde républicaine et le Chœur de l’Armée française sont des soutiens attentifs, et tous se rejoignent, solistes compris, dans un ‘Va, Pensiero’ final qui permet d’achever dans une sérénité recueillie un récital généreux empreint d’une modestie très touchante.

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Publié le 2 Octobre 2021

Chausson / Duparc / Brahms / Britten / Bridge
Récital du 30 septembre 2021
Théâtre des Champs-Elysées

Ernest Chausson Poème de l’amour et de la mer op. 19 - Cycle de mélodies d’après des poèmes de Maurice Bouchor
Henri Duparc « Invitation au voyage », op. 114, « La Vie antérieure », « Phidylé » op. 13 n° 2
Johannes Brahms « Die Mainacht » op. 43 n° 2
« Dein blaues Auge » op. 59 n°8
« Immer leiser wird mein Schlummer » op. 105 n°2
« Auf dem Kirchlofe » op. 105 n°4

Benjamin Britten « The Salley Gardens »
« The Last Rose of Summer »

Frank Bridge « Love went a-riding »
 
Ténor Benjamin Bernheim
Piano Mathieu Pordoy

Cinq jours après avoir chanté Les Contes d’Hoffmann à l’Opéra de Hambourg pour six représentations, Benjamin Bernheim reprend le chemin du récital pour deux soirs, l’un au Théâtre des Champs-Élysées, l’autre au Konzerthaus de Vienne, le 03 octobre.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

Il est à nouveau associé au pianiste Mathieu Pordoy avec lequel il avait déjà donné ce même récital le 15 août dernier au Festival de Salzbourg, tout en l’adaptant légèrement ce soir, les mélodies d’Henri Duparc se substituant aux mélodies de Clara Schumann pour mieux saisir le public parisien.

Le Poème de l’amour et de la mer est ainsi interprété tel qu’il a été conçu à l’origine, quand Ernest Chausson accompagnait au piano le ténor Désiré Desmet lors de sa création à Bruxelles, le 21 février 1893.

La voix élevée de Benjamin Bernheim est fascinante car le jeune chanteur joue à la fois sur le sentiment intime et l’éclat héroïque, et sa projection vers les hauteurs de la salle rayonne d’une ample clarté où s’immisce l’aplomb volontariste de la jeunesse.

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

L'écoinçon de La Sonate - Plafond du Théâtre des Champs-Elysées

Et au cours de ce cycle de mélodies, Mathieu Pordoy dispose de longs passages solo pour faire couler une veine de sonorités rondes, stables et bien timbrées au délié liquide qui s’allie parfaitement au chant de son partenaire.

Les deux artistes offrent ainsi une imparable beauté classique à leur ensemble, mélange de retenue d’émotion et de grâce sereine.

Benjamin Bernheim

Benjamin Bernheim

En seconde partie, le temps est cette fois laissé à un grand wagnérien des premières heures, Henri Duparc, qui rencontra Ernest Chausson juste après la guerre franco-allemande de 1870. 

Sur des textes de Baudelaire ( Invitation au voyage et La Vie antérieure) et Leconte de Lisle (Phidylé), Benjamin Bernheim approfondit d’autres facettes de sa voix. La variété des couleurs et la finesse des nuances deviennent grisantes, et l’auditeur se sent comme invité à se laisser bercer pour partager des confidences.

Puis, les quatre chants de Brahms extraits de 3 opus différents composés entre 1868 et 1886 nous emmènent vers des teintes plus graves et sombres, toujours avec la même délicatesse, et l’ art du lied germanique vient ainsi se fondre à un univers qui lui est contemporain.

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

Mathieu Pordoy et Benjamin Bernheim

On quitte ensuite cet art de l’union de deux langues pour rejoindre le XXe siècle et un langage amoureux plus immédiat avec The Salley Gardens, et surtout Last Rose of Summer, de Benjamin Britten, où, dans cette dernière mélodie, Benjamin Bernheim laisse filer des traits d’âme en voix de tête d’un charme enjôleur magnifique.

Enfin, Love went a-riding de Frank Bridge permet d’achever le récital sur un héroïsme triomphant constellé par les notes perlées du piano qui suscitent ainsi un enthousiasme qui ne peut que déclencher deux bis, l’un choisi spécifiquement pour Paris, Le Voyage à Paris de Francis Poulenc, l’autre pour les amateurs d’opéras avec Pourquoi se réveiller du jeune Werther, là aussi un symbole de l’imaginaire germanique teinté de sentimentalisme français.

Benjamin Bernheim (Chausson – Duparc – Brahms – Britten - Bridge) - Champs-Élysées

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Publié le 8 Septembre 2021

Souffle arménien et chant persan (Sahar Mohammadi / Haïg Sarikouyoumdjian)
Concert du 08 septembre 2021
Théâtre de la ville -  Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Chant Sahar Mohammadi
Duduk Haïg Sarikouyoumdjian

 

Au printemps 2004, la chanteuse lyrique Isabel Bayrakdarian se rendit en Arménie pour rencontrer une nouvelle génération de musiciens et enregistrer avec eux des œuvres de Komitas, un prêtre, compositeur et musicologue qui fut le premier à reconstituer au début du XXe siècle l’art mélodique arménien, tout le savoir faire théorique des traditions s’étant dissipé au fur et à mesure des croisements d’influences avec les pays voisins.

Et à l’approche de l’été 2007, Arte diffusa un documentaire musical sur ce pèlerinage qui comprenait un petit bijou, Dle Yaman, interprété avec le Minassian Duduk Quartet, qui fut l’occasion de découvrir cet instrument à vent, le duduk, au son souple et velouté, construit dans du bois d'abricotier et dont le timbre est plus sombre que le hautbois.

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Deux ans plus tard, un jeune musicien français, joueur de duduk et d’origine arménienne, Haïg Sarikouyoumdjian, se fit connaître en s’associant à Jordi Savall et son ensemble Hespérion XXI.

Il rencontra à Saint-Cloud Sahar Mohammadi, une interprète du chant classique persan, et depuis ils unissent l’art musical de leurs régions respectives, déjà réunies au Ve siècle avant J.C au sein de l’empire Perse de Darius Ier, pour nourrir leur propre culture et la partager avec un public international.

Tous deux sont à nouveau invités ce soir par le Théâtre de la ville au cœur de la coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière. Avec un peu d’imagination, on pourrait se croire transporté dans un monastère perdu au Moyen-Orient, et les lumières chaudes illuminent la partie inférieure des arches du monument afin de créer une ambiance intime autour des deux musiciens simplement assis sur une petite estrade recouverte d’un tapis d’orient.

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

La coupole de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière

Avec beaucoup de patience et de contrôle, Haïg Sarikouyoumdjian déroule sur un souffle délicat une onde qui se propage dans l’enceinte, imprègne l’auditeur d’une spiritualité à la fois éloignée et grave, puis, Sahar Mohammadi interprète dans un alliage vocal et musical finement tissé ces chants qui parlent de sentiments, de séparations, de manque et de tristesse. L’acoustique de la coupole ouvre aux vibrations typiques de la poésie mystique iranienne un espace immense pour rêver à des horizons lointains.

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

Haïg Sarikouyoumdjian et Sahar Mohammadi

La musique ne s’interrompt que deux fois en une heure. Haïg Sarikouyoumdjian joue parfois seul en modulant en volume son souffle pour créer un fond sonore à la limite de l’audible, comme pour toucher le subconscient, et d’une extrême délicatesse il effleure ensuite la dentelle de mots que chante Sahar Mohammadi avec un recueillement splendide.

Sahar Mohammadi

Sahar Mohammadi

Au delà de la force affective nécessaire à une tel épanouissement fusionnel et artistique, il y a aussi le rêve que l’union des arts transcende les frontières et les régimes politiques.

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Publié le 23 Juin 2021

Maria Jose Siri et Placido Domingo
Récital du 21 juin 2021
Paris, Salle Gaveau

Giuseppe Verdi Luisa Miller, ouverture
Umberto Giordano « Nemico della patria » (Andrea Chénier)
Giuseppe Verdi « Tacea la notte placida ... Di tale amor » (Il Trovatore)
Giuseppe Verdi « Madamigella Valery? » (La Traviata)
Giuseppe Verdi Les Vêpres siciliennes, ouverture
Ambroise Thomas « O vin, dissipe la tristesse » (Hamlet)
Umberto Giordano « La Mamma morta » (Andrea Chénier)
Fedora, ouverture
Giuseppe Verdi « Udiste ? ... Mira d’acerbe lacrime »  (Il trovatore)

Bis

José Serrano « ¿Qué te importa que no venga? » (Los Claveles)
Pablo Sorozábal « No puede ser » (La tabernera del puerto)
Manuel Penella « Vaya una tarde bonita ...Torero Quiero ser » (El Gato Montes)
Franz Lehár « Lippen schweigen » (Die lustige Witwe)

Direction musicale Mathieu Herzog
Orchestre Appassionato

La venue de Placido Domingo à la Salle Gaveau et de Maria Jose Siri, une spectaculaire soprano habituée des grandes maisons italiennes, et des Arènes de Vérone en particulier, ne pouvait qu’engendrer un débordement d’émotions immédiatement saisissables par un auditoire venu s’emplir d’une vitalité généreuse qui n’en a que plus de prix quand elle provient d’un artiste né en 1941.

Rarement est il également offert au public une telle proximité avec un chanteur qui fit ses débuts au Palais Garnier le 20 mai 1973 dans Il Trovatore, puis revint l’année d’après dans Les Vêpres siciliennes, et dans La Forza del destino en 1975.

Placido Domingo

Placido Domingo

Immense ovation à son arrivée sur scène, le poids des ans palpable mais l’élégance immuable comme comme on imaginerait Giuseppe Verdi revenant sur la scène de La Scala pour présenter à l’âge de 80 ans son ultime opéra, Falstaff, Placido Domingo s’empare d’emblée du grand air de Gerard, « Nemico della patria », le corps en tension, l’émission tremblante, mais l’élocution franche et claire, et un visage qui fait revivre la rancœur d’un personnage au cœur retourné par l’amour. Admiration et sentiment de l’invraisemblable se mêlent subtilement chez l’auditeur.

Puis, Maria Jose Siri le remplace à l’avant scène afin d’incarner Leonore d’Il trovatore. Le flot vocal riche et métallique aux teintes de bronze envahit tout l’espace de son opulence qui permet de tisser de longs aigus renversants, et le regard scintillant de cette grande artiste amplifie cette impression de don sans limite qu’elle rayonne sans mesure.

Maria Jose Siri

Maria Jose Siri

Et lorsque son partenaire la rejoint, le duo du second acte de La Traviata devient l’un des plus inhabituel qu’il soit permis d’entendre. En effet, on ne peut s’empêcher de voir à travers Germont son fils même, Alfredo, devenu vieux, alors que Placido Domingo incarne dans une sorte d’évolution naturelle - lui qui avait commencé à chanter le rôle de l’amoureux de Violetta le 19 mai 1961 à Monterrey, soit 60 ans plus tôt – un changement de génération.

Il est à la fois émouvant de par ses tressaillements qui soulignent une faiblesse, mais aussi d’une très grande force expressive par cette capacité à jouer sur les sentiments du cœur tout en affichant la négativité du père d’Alfredo. Mais face à lui, Maria Jose Siri paraît trop ample pour paraître une femme souffrante et soumise à la volonté d’un vieux père, et c’est donc ce qu’il y a d’atypique et d’opératique à outrance dans cette partie qui fait tout l’intérêt de cet échange habituellement plus intime.

L'orchestre Appassionato

L'orchestre Appassionato

Le lyrique torrentiel de Maria Jose Siri trouve alors dans l’air de Maddalena « La Mamma morta » une nouvelle occasion de conjuguer assurance, puissance de souffle et rayonnement vocal sans la moindre sensiblerie, avec le soutien d’un orchestre qui ne ménage en rien son emportement avec ces deux grands artistes.

Car il est rare d’entendre un orchestre avoir une telle présence au point de représenter un protagoniste à part entière tout au long de la soirée.

Fondé par Mathieu Herzog qui dirige ce soir avec un étonnant sens de l’équilibre entre la flamme des musiciens et la nécessité de préserver un champ vocal suffisant pour les chanteurs, l’ensemble Appassionato est disposé sous l’orgue de façon à porter les cordes sur l’avant scène, les bois en second plan, puis les cuivres et enfin les percussions en fond de scène.

Placido Domingo, Maria Jose Siri et Mathieu Herzog

Placido Domingo, Maria Jose Siri et Mathieu Herzog

La jeunesse des musiciens s’accompagne d’une manière d’être fortement impliquée dans le déroulé de ce qui se joue sur scène, et les regarder tout en profitant des timbres ronds et charnus de leurs instruments contribue tout autant au plaisir de ce spectacle.

L’allant sans complexe avec lequel est menée l’ouverture des Vêpres siciliennes est l’un des grand moment orchestral de la soirée, et l’on aura tous remarqué l’enthousiasme expressif du timbalier se donnant à corps joie de façon fort communicative, mais aussi le comportement des musiciens qui, lorsqu’ils ne sont pas sollicités par la partition, se laissent entraîner par la musique comme pour vibrer à l’unisson de leurs camarades. Véritablement, ils donnent une image de vie extrêmement positive qui est une grande source d’inspiration et de plaisir pour le public.

L'orchestre Appassionato

L'orchestre Appassionato

Le programme de la soirée comprend aussi des airs plus légers, en bis en particulier, qui contribuent à l’agrément et à la respiration du récital, ce qui permet aux artistes de jouer sur un registre comique et ludique, et du fait que tous les insrumentistes et solistes soient réunis finalement sur un espace assez réduit donne aussi une image concentrée et un peu bousculée propice au sentiment de convivialité si important pour tous.

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