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Publié le 23 Juin 2025

L’Italiana in Algeri (Gioachino Rossini – Teatro San Benedetto de Venise, le 22 mai 1813)
Version de concert du 18 juin 2025
Théâtre des Champs-Élysées

Isabella Marie-Nicole Lemieux
Lindoro Levy Sekgapane
Mustafa Nahuel Di Pierro
Taddeo Mikhail Timoshenko
Haly Alejandro Baliñas Vieites
Zulma Eléonore Pancrazi 
Elvira Manon Lamaison

Direction musicale Julien Chauvin
Le Concert de La Loge
Chœur Fiat Cantus

 

Dramma giocoso qui précède ’Il Turco in Italia’, ’Elisabetta, Regina d’Inghilterra’ et ’Il Barbiere di Siviglia’, tous trois composés entre 1814 et 1816, ‘L’Italiana in Algeri’ est l’un des ouvrages de Rossini que Michel Franck aura régulièrement défendu au cours de son mandat de directeur, puisqu’il y eut une première version de concert le 10 juin 2014, avec déjà Marie-Nicole Lemieux sous la direction de Sir Roger Norrington, puis une version mise en scène par Christian Schiaretti en juin 2016, sous la direction de Jean-Claude Magloire, et à nouveau une version de concert le 11 janvier 2020 sous la direction de Jean-Christophe Spinosi.

Sans cette série de représentations, la dernière apparition de ‘L’Italiana in Algeri’ au Théâtre des Champs-Élysées remonterait à 1929!

Marie-Nicole Lemieux (Isabella), Levy Sekgapane (Lindoro) et Mikhail Timoshenko (Taddeo)

Marie-Nicole Lemieux (Isabella), Levy Sekgapane (Lindoro) et Mikhail Timoshenko (Taddeo)

Dès l’ouverture, ce soir, Julien Chauvin et Le Concert de La Loge font pulser l’écriture musicale de Rossini avec un excellent sens rythmique, alerte et qui laisse entendre une texture un peu à l'ancienne à travers les cordes mais aussi avec un velouté parfaitement à l’unisson avec les textures des voix.

Il se dégage d’emblée une impression de chaleur qui s’accorde aussi avec les lumières lambrissées de la scène, et l’arrivée amusante d’ Elvira et Zulma, sous les traits de deux jeunes artistes françaises, agit comme un premier charme.

Chant lumineux et sensible de la part de Manon Lamaison, adresse et unité du timbre baroquisant d’Eléonore Pancrazi, leur jeu délicieusement expressif laisse transparaître un sens impétueux de la mise en scène qui va caractériser l’ensemble de la distribution.

Nahuel Di Pierro (Mustafa)

Nahuel Di Pierro (Mustafa)

En Mustafa, Nahuel Di Pierro débute sur une noirceur de timbre peu marquée, mais progressivement s’investit dans un personnage burlesque dont il maîtrise la bonhommie enjouée et la vivacité euphorisante du chant. Les duos sont toujours formidablement interactifs avec ses partenaires, et Mikhail Timoshenko donne un caractère particulier au Taddeo manipulable, à mi chemin entre l’homme simple et populaire et le jeune bourgeois sûr de sa valeur.

D’ailleurs, à travers l’échange de titres de ‘Grand Kaïmakan’ pour l’un, puis de ‘Pappataci’ pour l’autre, ces deux personnages donnent une image drolatique du narcissique désir de reconnaissance sociale.

Manon Lamaison (Elvira), Alejandro Baliñas Vieites (Haly) et Eléonore Pancrazi (Zulma)

Manon Lamaison (Elvira), Alejandro Baliñas Vieites (Haly) et Eléonore Pancrazi (Zulma)

C’est également un très bel Haly qu’Alejandro Baliñas Vieites dessine de sa jeunesse humoristique, une noirceur doucereuse et du brillant dans le regard qu’il mélange à une subtile impression d’autorité.

Quant au Lindoro incarné pour un soir par Levy Sekgapane entre deux représentations du ‘Barbier de Séville’ données à l’Opéra Bastille où il remporte le même succès dans le rôle du Comte d’Almaviva, il concentre tout ce qui définit le ténor rossinien en soi, l’élégance virevoltante, la légèreté souriante du timbre aux couleurs agréablement ambrées, et une virtuosité précise dans un esprit d’exaltation étourdissant. Un phénomène fascinant à suivre de bout en bout !

Julien Chauvin et Marie-Nicole Lemieux (Isabella)

Julien Chauvin et Marie-Nicole Lemieux (Isabella)

Et pour ses 25 ans de carrière, Marie-Nicole Lemieux retrouve un rôle qu’elle n’avait plus chanté depuis 2014 – la reprise prévue en avril 2020 à Vienne ayant été par la force des choses annulée -, en s’investissant sans modération à travers un langage débridé des expressions du visage, une palette de couleurs toujours très impressives même dans les graves, et alors que la second partie de cet opéra a tendance à verser en des airs d'écriture plus conventionnelle, la chanteuse québécoise offre un luxueux chant apaisé dans ‘Per lui che adoro’, les qualités des solistes réussissant à maintenir l’intérêt scénique et belcantiste jusqu’au bout.

Alejandro Baliñas Vieites, Mikhail Timoshenko et Levy Sekgapane

Alejandro Baliñas Vieites, Mikhail Timoshenko et Levy Sekgapane

Débutant timidement, le Chœur Fiat Cantus accompagne d’un bel alliage de timbres l’ensemble de l’interprétation, la douceur de cet équilibre prenant le dessus sur la constitution d’un grand personnage saillant inséré à l’action.

Pour l’immense plaisir suscité par cette version de concert scéniquement aboutie, le retour chaleureux du public envers tous les artistes sera à la hauteur, ce qui était bien la moindre des choses !

Mikhail Timoshenko, Marie-Nicole Lemieux, Julien Chauvin, Nahuel Di Pierro et Levy Sekgapane

Mikhail Timoshenko, Marie-Nicole Lemieux, Julien Chauvin, Nahuel Di Pierro et Levy Sekgapane

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Publié le 28 Mai 2025

Der Rosenkavalier (Richard Strauss – Le 26 janvier 1911, Dresde)
Répétition générale du 19 mai 2025 et représentations du 21, 24 mai et 05 juin 2025
Théâtre des Champs-Élysées

Die Feldmarschallin Véronique Gens
Der Baron Ochs auf Lerchenau Peter Rose
Octavian Niamh O'Sullivan
Herr von Faninal Jean-Sébastien Bou
Sophie Regula Mühlemann
Jungfer Marianne Leitmetzerin Laurène Paternò
Valzacchi Krešimir Špicer
Annina Eléonore Pancrazi
Ein Polizeikommissar Florent Karrer
Der Haushofmeister bei der Feldmarschallin François Piolino
Der Haushofmeister bei Faninal François Piolino
Ein Notar Florent Karrer
Ein Wirt Yoann Le Lan
Ein Sänger Francesco Demuro

Comédiens et danseurs Danielle Gabou, Sean Patrick Mombruno, Djeff Tilus et Yann Collette

Direction musicale Henrik Nánási
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2025)
Scénographie, costumes Małgorzata Szczęśniak
Chorégraphie Claude Bardouil
Lumières Felice Ross
Vidéo Kamil Polak
Orchestre National de France
Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine

Au cours de ses 15 années passées à la direction du Théâtre des Champs-Élysées, Michel Franck a accordé une place de choix à Richard Strauss à travers plusieurs versions de concert, ‘Der Rosenkavalier’ (2014), ‘Ariane à Naxos’ (2015), ‘Arabella’ (2019), ‘Die Frau ohne Schatten’ (2020), ‘Capriccio’ (2023), ‘Elektra’ (2024), ainsi qu’une version d’’Ariane à Naxos’ mise en scène par Katie Mitchell en 2019.

Ayant du annuler en 2020, en pleines répétitions, la version scénique de ‘Salomé’ mise en scène par Krzysztof Warlikowski sous la direction d’Henrik Nánási, c’est sur un sacré coup de revanche que le directeur conclut son mandat en leur confiant à tous deux une nouvelle production de ‘Der Rosenkavalier’ intégralement produite par la maison lyrique de l’avenue Montaigne.

Der Rosenkavalier (Gens O'Sullivan Nánási Warlikowski) Champs-Élysées

‘Le Chevalier à la Rose’ a une longue histoire avec le Théâtre des Champs-Élysées car sa création française ainsi que celle d’'Elektra’, sous la direction de Richard Strauss, étaient annoncées dans la plaquette de la saison 1913-1914 avant que le lourd bilan financier ne remit tout en question.

Depuis la première interprétation de concert le 06 septembre 1937 sous la direction de Clémens Krauss, l’ouvrage revint en ce même théâtre le 28 février 1956 (Georg Solti), puis le 05 octobre 1962 sous forme de projection du film enregistré à Vienne avec Herbert Karajan, le 24 mai 1963 lors du passage de l’Opéra de Bucarest (Mihai Brediceanu), en novembre et décembre 1981 avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris (Andrew Davis, ms Hans Hartleb avec Kiri Te Kanawa et Federica von Stade) lors des travaux du Palais Garnier, puis le 05 avril 1985 (Stefan Soltész), au mois d’octobre 1989 avec à nouveau l’Orchestre de l’Opéra de Paris (Georg Solti), et enfin le 04 février 2009 (Christian Thielemann).

Michel Franck - Répétition générale de 'Der Rosenkavalier'

Michel Franck - Répétition générale de 'Der Rosenkavalier'

Krzysztof Warlikowski est le metteur en scène des événements qui comptent, car c’est à lui que Nikolaus Bachler a confié en 2013 une nouvelle production de La Femme sans ombre’ pour célébrer les 50 ans de la réouverture de l’Opéra de Munich, et il est également le seul metteur scène à avoir pu monter un ouvrage intégralement en pleine pandémie en proposant une nouvelle production d’’Elektra’ en août 2020 pour célébrer le 100e anniversaire du Festival de Salzbourg, sous la direction de Markus Hinterhäuser.

Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Et pour sa nouvelle production de ‘Der Rosenkavalier’, Małgorzata Szczęśniak a créé un décor lié à l’architecture du Théâtre des Champs-Élysées en concevant une arrière scène aux lignes qui évoquent celles du premier balcon de la Comédie des Champs-Élysées dans des tonalités rouge-pourpre, et un avant-scène qui reproduit la structure d’acier des parois carrelées et translucides de la ‘Maison de verre’ inaugurée par l’architecte Pierre Chareau en 1932 dans le quartier Saint-Germain au 31 rue Saint-Guillaume, près de Science Po.

Niamh O'Sullivan (Octavian), Véronique Gens (Die Feldmarschallin) et Danielle Gabou

Niamh O'Sullivan (Octavian), Véronique Gens (Die Feldmarschallin) et Danielle Gabou

Cette maison était un lieu de vie culturel où se retrouvaient nombre d’artistes, et dont la conception même lui évita d’être occupée par les Nazis pendant la Guerre du fait de sa transparence. Elle symbolise donc un lieu un peu a part protégé du monde.

Ce décor devient ainsi un terrain de jeu complexe pour Felice Ross, artiste vouée à définir des ambiances lumineuses qui isolent les scènes intimistes, stylisent le décor mais aussi les costumes en leur apportant du brillant, notamment quand les motifs de verre apparaissent sur scène, un art visuel qui stimule en permanence la sensibilité du spectateur.

Véronique Gens (Die Feldmarschallin) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

Véronique Gens (Die Feldmarschallin) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

L’ouverture est d’une force émotionnelle à en sourire les larmes aux yeux lorsqu’un écran descend des cintres révélant Véronique Gens et Niamh O'Sullivan riant de manière complice sous des draps blancs après un moment d’amour, la beauté du geste vidéographique de Kamil Polak faisant passer la grâce des sentiments, puis la conscience de l’éphémérité de l’instant, par une sensibilité irrésistible à la vérité des regards.

Se met dès lors en place l’un des thèmes qui innerve l’ouvrage, l’ambiguïté des sexes et des attirances que draine le comportement d’Octavian dont le travestissement va prendre, dans cette vision, une dimension fortement transgenre.

Ainsi, Małgorzata Szczęśniak a dessiné autant pour les personnages principaux que pour les autres caractères une collection de costumes aux motifs et couleurs inventifs, un bariolage arlequiné fou dont les scintillements répondent sous les lumières à ceux de la maison de verre.

Niamh O'Sullivan (Octavian) et Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Niamh O'Sullivan (Octavian) et Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Sur fond narcissique, la Maréchale, blonde en dessous noirs semi-transparents, et Octavian, roux et vêtu de coloris mauve et bleu, se filment en toute légèreté dans leur intimité avec un humour sans maniérisme et beaucoup de naturel.

S’appuyant sur des figurants ainsi que sur les choristes, Krzysztof Warlikowski crée ensuite autour d’eux tout un univers d’une vitalité gaiement fantaisiste et esthétique, d’où émerge dès le début le serviteur noir incarné par la chorégraphe Danielle Gabou qui joue un véritable rôle d’ange gardien enjoué, mentionné dans les premières didascalies du livret, et qui devient un personnage totalement autonome du début à la fin, usant de sa très drôle manière d’interagir pour faire ressentir constamment son attention bienveillante. Il sera également possible de la retrouver au même moment à l’Opéra Bastille dans ‘Manon’ de Massenet, où elle joue le rôle d’une danseuse des années 30 telle Joséphine Baker.

Véronique Gens (Die Feldmarschallin), Niamh O'Sullivan (Octavian) et Peter Rose (Der Baron Ochs)

Véronique Gens (Die Feldmarschallin), Niamh O'Sullivan (Octavian) et Peter Rose (Der Baron Ochs)

Présenté comme une sorte d’homme d’affaire ou de directeur sans élégance à la main baladeuse et affublé d’un œillet rose sur sa veste, le baron Och est traité sur le ton de la comédie sans masquer sa nature malsaine. Mais à l’instar de la Maréchale, il est accompagné de Léopold, le serviteur dont le prénom est invoqué à trois reprises dans le livret, sous les traits de Djeff Tilus, un danseur de Breakdance qui fait d’épatants numéros chorégraphiques sur les mouvements de valse et qui joue de la même manière que Danielle Gabou avec une expressivité réjouissante. Son rôle sera amplifié au second acte pour ajouter de la vie aux conversations en musique.

Il faut dire que cette production porte fortement l’empreinte de Claude Bardouil pour présenter tant de personnages très à l’aise et très esthétiques dans la mise en valeur de leurs corps.

Niamh O'Sullivan (Octavian), Djeff Tilus et Peter Rose (Der Baron Ochs)

Niamh O'Sullivan (Octavian), Djeff Tilus et Peter Rose (Der Baron Ochs)

Et quand Octavian réapparaît au premier acte en femme de ménage, sa perruque rousse et féminine donne pourtant au visage de Niamh O'Sullivan un très troublant aspect de garçon manqué.

Grand moment extravagant de la soirée, la venue du ténor italien chanté par un Francesco Demuro endurant et stylé après une courte phase d’échauffement en sous-vêtement, montre qu’il entretient également très bien sa musculature. La scène est jouée avec la Maréchale comme s’il s’agissait d’un film voyeuriste destiné aux réseaux sociaux, un troisième danseur et fin modèle, Patrick Mombruno, participant lui aussi à la comédie par sa démarche nonchalante.

Le final de cette première partie révèle enfin une Véronique Gens respirant le moindre geste avec la musique, un moment d’une sensibilité fabuleuse, alors que la fin de sa relation avec Octavian se fait ressentir lorsqu’elle se retrouve devant un miroir près de Sophie.

Francesco Demuro (Le chanteur italien) et Sean Patrick Mombruno

Francesco Demuro (Le chanteur italien) et Sean Patrick Mombruno

Toujours dans un style très coloré et fantasque, la rencontre entre Sophie et le Chevalier se déroule sous le regard hors jeu de la Maréchale et de sa suivante, et sous la projection d’un extrait du ‘Rosenkavalier’ de Robert Wiene (1925), colorisé aux teintes magenta du décor, laissant planer un état mélancolique sur la simplicité d’une rencontre à la fois haut en couleur et critique dans la façon de présenter l'immaturité de la jeune femme. 

Regula Mühlemann (Sophie) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

Regula Mühlemann (Sophie) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

Marianne a surtout l’allure d’une jeune Suzanne soucieuse des apparences, les intrigants Annina et Valzacchi, sorte d’équipe de journalistes passés au service de Ochs pour tout filmer et enregistrer de la rencontre entre les jeunes amoureux, ont une présence là aussi accrue par la mise en scène, et Djeff Tilus est passionnant à suivre de par ses mimiques et mouvements virtuoses burlesques.

Niamh O'Sullivan (Octavian) et Danielle Gabou (Danseuse)

Niamh O'Sullivan (Octavian) et Danielle Gabou (Danseuse)

La question de l’ambiguïté sexuelle est ensuite posée au cours de l’ouverture du dernier acte, Octavian se déshabillant pour se travestir en femme fatale en cuir noir, tout en laissant transparaître furtivement un sexe masculin, entouré de deux danseurs, femme et homme (Danielle Gabou et Sean Patrick Mombruno), au corps noir mais au visage blanc, afin de brouiller au maximum l’identité sexuelle par une pantomime esthétique mais aussi inquiétante. L’image est fascinante et assez inattendue car, pour un moment, la farce est mise de côté. Krzysztof Warlikowski signe à cet instant là un geste radicalement stylisé.

Niamh O'Sullivan (Octavian)

Niamh O'Sullivan (Octavian)

La présence du grand rideau vert marque la séparation entre ceux qui participent de façon dissimulée au piège tendu au baron, d’une part, et la scène de séduction avec Octavian, d’autre part. L’arrivée d’Annina en fausse veuve abandonnée ouvre un terrain de jeu pour les enfants du chœur, et le final se sépare sur au moins deux lignes de vie, celle de la Maréchale revenue en héroïne de ‘Desesperate house wife’, que l’on verra rejoindre son mari à travers une ultime vidéo magnifique et poignante qui sent la fin de tout espoir de bonheur dans un grand appartement de luxe parisien, alors qu’au dessous, Sophie, enjouée et épanouie hors de son carcan social, révèle la féminité d’Octavian avant que toutes deux ne se jettent dans le lit qui ouvrait, sur la même image, l’opéra.

Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Véronique Gens (Die Feldmarschallin)

Si cette comédie douce-amère remporte un tel succès, c’est que tous les artistes ont pris plaisir à un travail théâtral exigeant qui les magnifie encore plus. Après sa stupéfiante Babulenka dans ‘Der Spieler’ à Stuttgart en mars 2025, Véronique Gens renouvelle la surprise par ses qualités interprétatives et dépeint un portrait de la Maréchale très bien tenu, inoubliable par tout ce qu’elle dégage de finesse et de distinction. Elle qui était tant assimilée à la tragédie lyrique brise avec charme une icône qui risquait de trop l’étreindre.

Eléonore Pancrazi (Annina) et Jean-Sébastien Bou (Faninal)

Eléonore Pancrazi (Annina) et Jean-Sébastien Bou (Faninal)

La mezzo-soprano irlandaise Niamh O'Sullivan possède un timbre saillant et virilisant avec un excellent aplomb ce qui participe aussi au trouble androgyne de son personnage, son jeu étant par ailleurs d’une forte mobilité. Son duo avec Regula Mühlemann fonctionne très bien, la soprano suisse possédant l’aigu aérien, un timbre légèrement corsé et de l’agilité théâtrale, et Laurène Paternò, en Marianne, détient un brillant sens de la comédie marivaudesque.

Regula Mühlemann (Sophie) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

Regula Mühlemann (Sophie) et Niamh O'Sullivan (Octavian)

Vieux routier du rôle du Baron Ochs qu’il a chanté plus de trois cent fois depuis février 1999 au Scottish Opera de Glasgow, Peter Rose possède encore une élocution précise et mordante, des contrastes vocaux bien marqués et une tenue de souffle qui lui vaudra une fin de second acte très amusante avec le soutien béats de Djeff Tilus.

Eléonore Pancrazi fait très forte impression scéniquement en Aninna, au point d’être surprise par la reconnaissance qu’elle obtient lors des saluts, Jean-Sébastien Bou se laisse aller à son naturel volontaire mais tend à montrer un peu trop qu’il aime jouer, et Krešimir Špicer prend beaucoup de plaisir à traduire dans la voix un sens de l’urgence fortement résonnant.

Francesco Demuro et Véronique Gens

Francesco Demuro et Véronique Gens

Et à nouveau, impossible de ne pas revenir sur Francesco Demuro qui est un splendide 'chanteur italien', présent et rayonnant avec fougue, loin des personnages romantiques qu’il interprète habituellement, Florent Karrer et François Piolino se pliant au jeu avec le même entrain, le jeune chanteur français Yoann Le Lan se distinguant par une singulière franchise de timbre.

Enfin, plus d’une vingtaine de choristes, tous vêtus de costumes les plus imaginatifs, participent au festival de couleurs vocales, et le ténor Simon Bièche, le dresseur d’animaux, fait entendre pour un bref temps une sincérité stylée et mélancolique très accrocheuse.

Claude Bardouil, Felice Ross, Jean-Sébastien Bou, Laurène Paternò, François Piolino, Małgorzata Szczęśniak et Krzysztof Warlikowski

Claude Bardouil, Felice Ross, Jean-Sébastien Bou, Laurène Paternò, François Piolino, Małgorzata Szczęśniak et Krzysztof Warlikowski

Dans la fosse, Henrik Nánási et l’Orchestre national de France maîtrisent les entrelacements de lignes straussiens en faisant bien ressortir les noirceurs sous-jacentes, réussissent un équilibre fusionnel idéal avec l’ensemble de la distribution, une prégnance d’une douce fluidité flirtant parfois plus avec l’univers wagnérien qu’avec les submersions d’irisations exacerbées. Le brillant des instruments est par ailleurs bien mis en valeur.

Regula Mühlemann, Felice Ross, Danielle Gabou, Jean-Sébastien Bou, Sean Patrick Mombruno,   Krzysztof Warlikowski, Laurène Paternò et François Piolino

Regula Mühlemann, Felice Ross, Danielle Gabou, Jean-Sébastien Bou, Sean Patrick Mombruno, Krzysztof Warlikowski, Laurène Paternò et François Piolino

Hugues Gall avait achevé son mandat à l’Opéra de Paris sur ‘Capriccio’, réflexion philosophique et crépusculaire sur la musique et la poésie, Michel Franck choisit ‘Le Chevalier à la rose’ à travers une association géniale avec l’équipe de Krzysztof Warlikowski, un final en toute beauté qui marquera les mémoires pour longtemps.

Peter Rose, Niamh O'Sullivan, Véronique Gens, Francesco Demuro et Regula Mühlemann

Peter Rose, Niamh O'Sullivan, Véronique Gens, Francesco Demuro et Regula Mühlemann

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Publié le 30 Mars 2025

Présentation de la saison Lyrique 2025 / 2026 du Théâtre des Champs Élysées
Maison de Musique - avenue Montaigne

Depuis vendredi 21 mars 2025, la première saison de Baptiste Charroing à la direction du Théâtre des Champs Élysées est officiellement dévoilée. Il succède à Michel Franck qui aura dirigé 15 saisons et laissé une empreinte personnelle forte.

Cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 5 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 25 soirées (dont 3 avant-premières jeunes), 17 représentations d’opéras et oratorio en version concert et 10 soirées d'œuvres religieuses, 20 concerts symphoniques , 13 récitals vocaux, 20 récitals de piano, 7 concerts de l’Orchestre de chambre de Paris, 9 autres concerts de musique de chambre, 14 concerts du dimanche matin, 6 ballets dansés sur 30 soirées.

Par ailleurs, une version de ‘Roméo et Juliette’ de Charles Gounod ramenée à une durée d’une heure et trente minutes, interprétée par l’Orchestre Victor Hugo et l’Orchestre Symphonique de Bourgogne Franche-Comté, sera créée pour le jeune public et donnée en huit représentations sur le temps scolaire, ainsi que sur deux matinées et quatre après-midi tout public.

Ce spectacle sera une coproduction avec l’Opéra de Reims, l’Opéra de Massy et l’Opéra National de Bordeaux.

Un concert de l’Orchestre de chambre de Paris autour de la 'Symphonie n°39' de Mozart sera aussi donné sur le temps scolaire.

Cette ligne programmatique s’inscrit ainsi dans la ligne des saisons précédentes, avec toute fois une baisse d’un tiers des concerts du dimanche matin, ce qui bénéficie au genre vocal avec 7 soirées d’opéras et d’œuvres religieuses et 3 récitals vocaux supplémentaires par rapport à la saison dernière.

La création de 3 avant-premières jeunes lyriques découle aussi du désir de s’attacher tôt un public pour l’avenir.

Au total, ce sont 180 représentations (contre 186 cette saison) qui seront données avenue Montaigne, tous genres et tous publics confondus.

Et comme le Théâtre des Champs-Élysées coproduit ses spectacles, 62 représentations de 8 spectacles vus sur sa scène seront données en France (‘Robinson Crusoé’ à Angers, Nantes et Rennes), et à l’étranger (‘La Sonnambula’ à New-York, ‘Dialogues des Carmélites’ à Dallas, ‘Orphée et Eurydice’ à Toronto).

Théâtre des Champs-Elysées - Saison lyrique 2025 / 2026

Opéras en version scénique

La Damnation de Faust (Hector Berlioz)
31 octobre (AvP jeunes), 3, 6, 12, 15 novembre (5 représentations)

Direction musicale Jakob Lehmann, Mise en scène Silvia Costa 
Benjamin Bernheim, Viktoria Karkacheva, Christian Van Horn, Thomas Dolié
Les Siècles, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France
En collaboration avec le Palazzo Bru Zane – Centre de musique romantique française

Robinson Crusoé (Jacques Offenbach)
01 décembre (AvP jeunes), 3, 5, 8, 10,12, 14 décembre (7 représentations)

Direction musicale Marc Minkowski , Mise en scène Laurent Pelly 
Lawrence Brownlee, Julie Fuchs, Laurent Naouri, Marc Mauillon, Rodolphe Briand, Matthieu Toulouse, Adèle Charvet, Emma Fekete, Julie Pasturaud
Les Musiciens du Louvre, Accentus 
Coproduction Angers-Nantes Opéra, Opéra de Rennes, en collaboration avec le Palazzo Bru Zane – Centre de musique romantique française

La Voix humaine / Point d’Orgue (Francis Poulenc / Thierry Escaich)
9, 11, 13, 15, 17 mars (5 représentations)

Direction musicale Ariane Matiakh, Mise en scène Olivier Py
Patricia Petibon, Jean-Sébastien Bou, Cyrille Dubois
Orchestre National de France
Coproduction Opéra de Dijon, Opéra national de Bordeaux et Opéra de Saint-Étienne

La Calisto (Francesco Cavalli)
4 et 6 mai (2 représentations)

Direction musicale Sébastien Daucé, Mise en scène Jetske Mijnssen
Lauranne Oliva, Zachary Wilder, Paul-Antoine Bénos-Djian, Milan Siljanov, Dominic Sedgwick, Anna Bonitatibus, Giuseppina Bridelli, Petr Nekoranec, José Coca Loza
Ensemble Correspondances
Coproduction Ensemble Correspondances, Opéra de Rennes, Angers-Nantes Opéra, Théâtre de Caen

L’Enlèvement au Sérail (Wolfgang Amadé Mozart)
01 juin (AvP jeunes), 3, 6, 8, 10, 12 (6 représentations)

Direction musicale Laurence Equilbey, Mise en scène Florent Siaud
Jessica Pratt, Amitai Pati, Ante Jerkunica, Lunga Eric Hallam, Manon Lamaison, Uli Kirsch
Insula Orchestra, Accentus 
Coproduction Insula Orchestra

Lawrence Brownlee, Julie Fuchs - Robinson Crusoé (Jacques Offenbach)

Lawrence Brownlee, Julie Fuchs - Robinson Crusoé (Jacques Offenbach)

Opéras et oratorio en version de concert (Octobre - Novembre)

Pompeo Magno (Francesco Cavalli) le 01 octobre
Max-Emanuel Cenčić, Victor Sicard, Lucía Martín-Cartón, Jorge Navarro Colorado, Pierre-Antoine Chaumien, Marcel Beekman, Mariana Flores, Alois Mülhbacher, Logan Lopez Gonzalez, Valerio Contaldo, Kacper Szelążek, Dominique Visse, Valer Sabadus

Leonardo García-Alarcón, Cappella Mediterranea 

Theodora (Georg Friedrich Haendel) le 07 octobre
Lea Desandre, Hugh Cutting, Véronique Gens, Laurence Kilsby, Alex Rosen

Thomas Dunford direction, Ensemble Jupiter

Farnace (Antonio Vivaldi) le 08 octobre
Emiliano Gonzalez Toro, Key’mon W. Murrah, Deniz Uzun, Adèle Charvet, Juan Sancho, Daria Prosze, Alvaro Zambrano

Emiliano Gonzalez Toro  direction, Ensemble I Gemelli, Mathilde Étienne mise en espace

King Arthur (Henry Purcell) le 13 octobre
Hélène Guilmette, Floriane Hasler, Cyril Auvity, Robin Tritschler, Andreas Wolf

Hervé Niquet  direction, Le Concert Spirituel 

Alcina (Georg Friedrich Haendel) le 05 novembre
Kathryn Lewek, Carlo Vistoli, Lauranne Oliva, Katarina Bradić, Zachary Wilder, Nicolas Brooymans

Philippe Jaroussky direction Ensemble Artaserse

Messe en ut (Wolfgang Amadé Mozart) le 07 novembre
En première partie de programme Mozart Symphonie no 41 K. 551 « Jupiter » 

Mélissa Petit, Eva Zaïcik, Sahy Ratia, Nahuel di Pierro
Julien Chauvin direction Le Concert de la Loge, Ensemble La Sportelle

Max-Emanuel Cenčić - Pompeo Magno (Francesco Cavalli)

Max-Emanuel Cenčić - Pompeo Magno (Francesco Cavalli)

Opéras et oratorio en version de concert (Décembre - Février)

Oratorio de Noël (Camille Saint-Saëns) le 04 décembre
En première partie de programme Gounod Symphonie no 1 
Chanteurs en résidence à l’Académie de l’Opéra national de Paris

Thomas Hengelbrock  direction, Orchestre de chambre de Paris

Le Messie (Georg Friedrich Haendel) le 13 décembre
Grace Davidson, Martha McLorinan, Jeremy Budd, Jimmy Holiday

Nigel Short direction, Kammerorchester Basel, Chœur Tenebrae

Il Tamerlano (Antonio Vivaldi) le 06 janvier
Carlo Vistoli, Eva Zaïcik, Renato Dolcini, Julia Lezhneva, Anthea Pichanick, Suzanne Jerosme

Thibault Noally violon et direction, Les Accents

Norma (Vincenzo Bellini) le 08 janvier
Karine Deshayes, Eve-Maud Hubeaux, Francesco Demuro, Giorgi Manoshvili, Déborah Salazar, Ian Spinetti

Lorenzo Passerini direction, Orchestre de chambre de Paris, Le jeune chœur de Paris

Giulio Cesare (Georg Friedrich Haendel) le 06 février
Sabine Devieilhe, Jakub Józef Orliński, Yuri Minenko, Beth Taylor, Sophie Rennert, Marco Saccardin, Alex Rosen, Rémy Brès-Feuillet

Francesco Corti direction, il Pomo d’Oro

Médée (Luigi Cherubini) le 11 février
Marina Rebeka, Julien Behr, Mélissa Petit, Tassis Christoyannis, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Hélène Carpentier, Margaux Poguet

Julien Chauvin direction, Le Concert de la Loge, Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles 

Roméo et Juliette (Charles Gounod) le 19 février
Kathryn Lewek, Charles Castronovo, Paul Gay, Philippe-Nicolas Martin, Éléonore Pancrazi, Abel Zamora, Marianna Pizzolato, Léo Vermot-Desroches, Sergio Villegas Galvain, Marc Barrard, Julien Ségol, Mathieu Gourlet, Maurel Endong

Clelia Cafiero direction, Orchestre National de France, Chœur de chambre de Rouen et Chœur Sorbonne-Université 

Marina Rebeka - Médée (Luigi Cherubini)

Marina Rebeka - Médée (Luigi Cherubini)

Opéras et oratorio en version de concert (Mars)

Orlando (Georg Friedrich Haendel) le 19 mars
Aude Extremo, Ana Maria Labin, Yuriy Mynenko, Alina Wunderlin, Edward Jowle

Marc Minkowski direction, Les Musiciens du Louvre 

Ascanio in Alba (Wolfgang Amadé Mozart) le 25 mars
Mélissa Petit, Alisa Kolosova, Anna El-Khashem, Alasdair Kent, Rocío Pérez

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques, Le Jeune Chœur de Paris

Didon et Enée (Henry Purcell) le 27 mars
En première partie de programme Lully Ballet royal de la naissance de Vénus 
Véronique Gens, Luigi De Donato, Manon Lamaison, Isabelle Druet, Apolline Raï-Westphal, Marion Vergez-Pascal, Attila Varga-Tóth

Stéphane Fuget direction, Les Épopées 

Le Prophète (Giacomo Meyerbeer) le 28 mars
Marina Viotti, John Osborn, Emma Fekete, Edwin Crossley-Mercer, Jean Miannay, Christian Zaremba

Marc Leroy-Calatayud direction, Orchestre de chambre de Genève, Ensemble Vocal de Lausanne, Maîtrise du Conservatoire populaire de Genève

Messe en si (Jean-Sébastien Bach) le 29 mars
Miriam Feuersinger, Magdalene Harer, Marie Henriette Reinhold, Patrick Grahl, Tobias Berndt

Hans-Christoph Rademann  direction, Chœur et orchestre du Gaechinger Cantorey 

Requiem (Wolfgang Amadé Mozart) le 30 mars
En première partie de programme Mozart Concerto pour violon no 5 K. 219
Regula Mühlemann, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Ian Castro, William Meinert

Alevtina Ioffe direction, Diana Tishchenko violon, Berner Symphonieorchester, Chor der Bühnen Bern

John Osborn - Le Prophète (Giacomo Meyerbeer)

John Osborn - Le Prophète (Giacomo Meyerbeer)

Opéras et oratorio en version de concert (Avril)

Passion selon Saint-Jean (Jean-Sébastien Bach) le 01 avril
Marie Lys, Marie-Nicole Lemieux, Cyrille Dubois, Guilhem Worms, Mathieu Gourlet

Camille Delaforge direction, Ensemble Il Caravaggio, Accentus

Passion selon Saint-Matthieu (Jean-Sébastien Bach) le 03 avril
Emmanuelle de Negri, Apolline Raï-Westphal, William Shelton, Mathilde Ortscheidt, Valerio Contaldo, Antonin Rondepierre, Sebastian Noack, Felix Schwandtke

Thibault Noally direction, Les Ambassadeurs~La Grande Écurie 

La Création (Joseph Haydn) le 08 avril
Regula Mühlemann, Nahuel di Pierro, Stanislas de Barbeyrac

Julien Chauvin direction, Le Concert de la Loge, Chœur de Chambre de Namur

Siegfried (Richard Wagner) le 19 avril
Clay Hilley, Ya-Chung Huang, Brian Mulligan, Samuel Youn, Tamara Wilson, Wiebke Lehmkuhl, Soloman Howard, Julie Roset

Yannick Nézet-Séguin direction, Rotterdams Philharmonisch Orkest 

Yannick Nézet-Séguin et Clay Hilley - Siegfried (Richard Wagner)

Yannick Nézet-Séguin et Clay Hilley - Siegfried (Richard Wagner)

Opéras et oratorio en version de concert (Juin)

Ariodante (Georg Friedrich Haendel) le 07 juin
Magdalena Kožená, Christophe Dumaux, Emiliano Gonzalez Toro, Shira Patchornik, Erika Baikoff, José Antonio López

Andrea Marcon direction, La Cetra Barockorchester Basel

Dixit Dominus, Salve Regina / Stabat Mater (Georg Friedrich Haendel / Antonio Vivaldi) le 11 juin
Distribution communiquée ultérieurement 

Marc Minkowski , Les Musiciens du Louvre 

Stabat Mater (Giovanni Battista Pergolesi) le 16 juin
En première partie de programme Pergolèse Cantates et airs d’opéras 
Fatma Saïd, Sasha Cooke

Francesco Corti direction, Les Ambassadeurs~La Grande Écurie 

Porgy and Bess (George Gershwin) le 30 juin
Pumeza Matshikiza, Bongani Justice Kubheka, Joseph DeCange, Marie-Laure Garnier, Joé Bertili, Axelle Saint-Cirel, Auguste Truel, Livia Louis-Joseph Dogué, Claudia Tagbo, Fabrice di Falco

Quentin Hindley direction, Orchestre Lamoureux, Ensemble vocal Voix d’Outre-mer 

Pumeza Matshikiza - Porgy and Bess (George Gershwin)

Pumeza Matshikiza - Porgy and Bess (George Gershwin)

Les Récitals vocaux (Septembre-Décembre)

Adèle Charvet chante Joséphine Baker, le 30 septembre

Gala Joséphine Baker (Pretty Yende, Luan Pommier, Precious Adams ...), le 30 septembre

Franco Fagioli, Michele d’Elia (Caccini, Lotti, Cesti, Scarlatti, Haendel...), le 11 octobre

Natalie Dessay, Neïma Naouri, Laurent Naouri, Tom Naouri - Broadway Family Show, le 11 décembre

Pretty Yende - Noël en chansons, Puccini, le 16 décembre

Philippe Jaroussky (Scarlatti, Durante, Galuppi, Porpora, Vivaldi), le 17 décembre

Adèle Charvet chante Joséphine Baker

Adèle Charvet chante Joséphine Baker

Les Récitals vocaux (Janvier-Juin)

Sonya Yoncheva (Puccini, Verdi), le 07 janvier

Kristina Mkhitaryan, Aigul Akhmetshina (Bellini, Donizetti, Tchaïkovski,  Rimski-Korsakov), le 09 février

Jonas Kaufmann, Malin Byström (Lehár, Kalman, Goldmark…), le 20 avril2025

Pene Pati (Sérénade Napolitaine), le 11 mai

Lea Desandre, Huw Montague Rendall (Mozart, Rossini), le 12 mai

Emmanuelle de Negri, Bruno de Sá (Il Deliro amoroso / Aminta e Fillide - Haendel) le 05 juin

Marina Viotti and Friends (Vivaldi, Haendel, Mozart, Bizet…), le 14 juin

Anna Netrebko, Pavel Nebolsin (Bellini, Leoncavallo, Tchaïkovski, Rachmaninov…), le 18 juin

Lea Desandre, Huw Montague Rendall (Mozart, Rossini)

Lea Desandre, Huw Montague Rendall (Mozart, Rossini)

Concerts (sélection subjective Septembre - Décembre)

Münchner Philharmoniker, Lahav Shani, Lisa Batiashvili (Beethoven, Schubert, Wagner), le 16 septembre
Orchestre de chambre de Paris - Alexander Melnikov, Jeroen Berwaerts (Mozart, Chostakovitch), le 02 octobre
Orchestre National de France - Cristian Măcelaru, Joyce DiDonato (Strauss, Alma Mahler, Mahler), le 10 octobre
Nikolaï Lugansky, Charles Berling (150e anniversaire de la naissance de Ravel), le 15 octobre
David Kadouch, Raphaëlle Moreau, David Aaron Carpenter, Edgar Moreau, Lorraine Campet (Tchaïkovski, Grieg, Rachmaninov, Schubert), le 02 décembre
Quatuor Diotima (Ravel, Szymanowski, Saariaho), le 07 décembre
Orchestre National de France - Cristian Măcelaru, Marina Rebeka, Pavel Petrov, Alexander Roslavets (Rachmaninov), le 18 décembre

Joyce DiDonato - Alma Mahler & Mahler

Joyce DiDonato - Alma Mahler & Mahler

Concerts (sélection subjective Janvier - Juin)

Les Siècles - Jakob Lehmann, Bertrand Chamayou (Wagner, Liszt), le 09 janvier
Chen Sa (Beethoven, Chopin, Franck, Messiaen), le 17 janvier
The Silence of Sound (Debussy, Bartók, Rimsky-Korsakov, Hamilton…), le 24 janvier
Quatuor Diotima, Victor Julien-Laferrière (Schubert, Beethoven, Aperghis), le 05 février
Anne Queffélec, Quatuor Hanson, Étienne Durantel (Satie, Debussy, Beethoven, Haydn), le 12 février
Orchestre de chambre de Paris - Maxim Emelyanychev, Stéphanie d’Oustrac (Fauré, Berlioz, Rameau, Lully), le 12 mars
Ensemble Matheus - Jean-Christophe Spinosi - De Jérusalem à Cordoue  - (El Din, Darwish, Monteverdi, Vivaldi), le 31 mars
Nikolay Khozyainov (Chopin, Ravel-Khozyainov, Scriabine), le 10 avril
Nelson Goerner (Bach, Schubert, Ravel, Albéniz), le 05 mai
Orchestre National de France - Juraj Valcuha, Marianne Crebassa, Clay Hilley – Le Chants de la Terre, le 04 juin
Bertrand Chamayou (Mendelssohn, Crumb, Schubert), le 17 juin

Quatuor Diotima (Ravel, Szymanowski, Saariaho)

Quatuor Diotima (Ravel, Szymanowski, Saariaho)

Première impression sur la saison 2025 / 2026

L’opéra français est véritablement à l’honneur cette saison avec, pour la première fois sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées, un ouvrage de Giacomo Meyerbeer, ‘Le Prophète’, donné en version de concert, auquel se joindront deux autres opéras qui furent créés eux-aussi à Paris, ‘Médée’ de Luigi Cherubini et ‘Roméo et Juliette’ de Charles Gounod.

A ces trois ouvrages s’ajouteront pas moins de quatre opéras français interprétés en version scénique, ‘La Damnation de Faust’ d’Hector Berlioz, ‘Robinson Crusoé’ de Jacques Offenbach, ‘La Voix humaine’ de Francis Poulenc et ‘Point d’orgue’ de Thierry Escaich, si bien qu’il ne manquera finalement qu’un opéra de Lully ou de Charpentier et un opéra de Rameau pour couvrir tout le spectre des 350 ans de création lyrique française.

Avec 9 opéras en version de concert et une version scénique de ‘La Calisto’, l’opéra italien conserve une place importante, d’autant plus que cette saison Francesco Cavalli et Antonio Vivaldi seront présents à plusieurs reprises, mais seul Bellini représentera l’Italie romantique du XIXe siècle avec ‘Norma’.

Avec 10 ouvrages, 6 en italien (ses plus beaux opéras, ‘Giulio Cesare’, ‘Alcina’, ‘Ariodante’, ‘Orlando’ et les cantates ‘Il Delirio amoroso’ et ‘Aminta e Fillide’), 2 en anglais et 2 en latin (les rares Dixit Dominus, Salve Regina), les amoureux des œuvres de Haendel seront comblés comme jamais.

Et si la langue allemande, star de la dernière saison de Michel Franck, est en retrait avec toutefois une nouvelle production de ‘L’Enlèvement au Sérail’, la suite du Ring dirigée par Yannick Nézet-Séguin, ‘Siegfried’ et ‘La Création’ de Haydn, la grande surprise est le doublement de la langue latine par rapport à sa présence habituelle avec pas moins de 9 œuvres spirituelles et religieuses (Bach, Mozart et Pergolese sont indéfectiblement présents chaque saison), dont le très rare ‘Oratorio de Noël’ de Camille Saint-Saëns, ce qui fera de cette première saison de Baptiste Charroing une saison très spirituelle.

Patricia Petibon - La Voix Humaine (Francis Poulenc)

Patricia Petibon - La Voix Humaine (Francis Poulenc)

Réduit en moyenne à un ouvrage par an, le répertoire anglais est lui aussi bien mieux représenté cette saison avec deux ouvrages de Purcell, deux de Haendel et, surtout, par la présence d’une version de concert de ‘Porgy and Bess’ de George Gershwin, opéra jamais représenté sur cette scène qui joue habituellement ‘Un Américain à Paris’.

Quant aux œuvres d’Europe centrale et d’Europe de l’est, elles sont totalement absentes.

Mais globalement, cette saison renforce les fondamentaux du théâtre centrés principalement sur le répertoire du XVIIIe et XIXe siècle (80% de la programmation).

Comme la saison précédente, on retrouve à la mise en scène des valeurs sûres, Laurent Pelly, Olivier Py, mais aussi une jeune génération de metteurs en scène, Silvia Costa (‘La Damnation de Faust’), Jetske Mijnssen (‘La Calisto’) et Florian Siaud (‘L’Enlèvement au Sérail’).

Parmi les soirées très attendues, ‘ La Damnation de Faust’ avec Benjamin Bernheim, Viktoria Karkacheva et Christian Van Horn, ‘Robinson Crusoé’ avec Lawrence Brownlee, Julie Fuchs et Laurent Naouri, ‘Médée’ avec Marina Rebeka, Julien Behr et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, ‘Le Prophète’ avec Marina Viotti et John Osborn, ‘Siegfried’ avec Clay Hilley, Brian Mulligan et Tamara Wilson, ainsi que les soirées dédiées à Joséphine Baker, qui fit ses débuts en France sur cette scène, le récital donné par Lea Desandre et Huw Montague Rendall, l’Orchestre National de France avec Joyce DiDonato, puis avec Juraj Valcuha, Marianne Crebassa et Clay Hilley un autre soir, sont quelques exemples des incontournables.

L'intégralité de la saison c'est ici.

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Publié le 23 Décembre 2024

La Reine des neiges (Aniko Rekhviashvili – Kyiv, version originale 2016)
Version remaniée du 23 décembre 2022 ( Kyiv)
Livret d’Aniko Rekhviashvili et Oleksiy Baklan
Représentation du 21 décembre 2024
Théâtre des Champs-Élysées

La Reine des neiges Iryna Borysova
Gerda Tatyana Lyozova
Kai Yaroslav Tkachuk
Et aussi Kateryna Kurchenko, Oleksandr Skultin, Olena Karandeeva, Ivan Avdievskyi, Tetiana Sokolova, Kateryna Didenko, Maria Kirsanova, Clément Guillaume, Nikita Kaigorodov, Olesya Vorotniuk, Natalya Yakymchuk, Oleksiy Shidkyi, Denis Turchak
Corps de ballet de l’Opéra national d’Ukraine.

Direction musicale Sergii Golubnychyi
Orchestre Prométhée

Diffusion sur France 5 le vendredi 03 janvier 2025 à 21h05 (durée 1h40)

Inspiré par le Conte de Hans Christian Andersen ‘La Reine des neiges’ (1844), le ballet chorégraphié par Aniko Rekhviashvili (1963-2019) connut sa première à l’Opéra de Kyiv le 03 juillet 2016 sous la direction d’Oleksiy Baklan.

Son livret ne reprend pas l’intrigue originale mais la réadapte pour lui donner une résonance plus actuelle en racontant l’histoire de Gerda partie à la recherche de son ami, Kay, dont le cœur a été changé en glace par la Reine des neiges, femme très sûre d’elle qui a été fascinée par le jeune homme.

Iryna Borysova (La Reine des neiges) et Yaroslav Tkachuk (Kai)

Iryna Borysova (La Reine des neiges) et Yaroslav Tkachuk (Kai)

Sur son parcours, la jeune Gerda rencontrera un jardin magique, deux corneilles, un Prince et une Princesse tout juste mariés, puis des voleurs, avant d’atteindre le Palais glacé de la Reine des neiges où la pureté de la jeune fille viendra à bout du sortilège.

Tatyana Lyozova (Gerda)

Tatyana Lyozova (Gerda)

Initialement, la trame musicale de ‘La Reine des neiges’ était conçue sur un assemblage de musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski, Anatoli Liadov, Alexandre Glazounov, Arthur Rubinstein, Jules Massenet et Edvard Grieg, mais la guerre, menée à grande échelle par la Russie contre l’Ukraine, obligea à réviser complètement la partition.

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Mykola Dyadyura, le directeur de l’Opéra de Kyiv, le chorégraphe Viktor Ishchuk et le chef d’orchestre Sergii Golubnychyi rejoignirent l’équipe de production pour élaborer une nouvelle architecture musicale qui supprime les références aux compositeurs russes. 

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Ils utilisèrent à leur place des compositions de Johan Strauss - ce qui peut surprendre en première partie -, Jacques Offenbach, Augusta Holmès, et même l’inattendu Intermezzo de ‘Cavalleria Rusticana’ de Pietro Mascagni lorsque Gerda rêve mélancoliquement au retour de son ami.

Cette nouvelle version sera jouée le 23 décembre 2022 à Kyiv avant de débuter une tournée internationale qui passe ce soir au Théâtre des Champs-Élysées, et s'y installe pour deux semaines.

Le jardin magique

Le jardin magique

Visuellement, les éclairages créent des ambiances aux teintes de bleue, mauve ou vert qui se fondent avec beaucoup de poésie et brillant aux dessins des décors, créant ainsi une atmosphère naïve et fantaisiste plaisante à regarder – le premier tableau représentant un village enneigé bordant un lac glacé où les danseurs semblent faire du patin à glace est très touchant -, à laquelle s’instille avec subtilité des effets vidéographiques animés.

Scène de rencontre entre Gerda et les deux corneilles

Scène de rencontre entre Gerda et les deux corneilles

La variété des scènes induit un renouvellement constant, d’autant plus que les musiques disparates changent également souvent, même si se ressentent des discontinuités de genres qui donnent surtout l’impression d’assister à un patchwork de scènes manquant d’unité musicale.

Yaroslav Tkachuk (Kai)

Yaroslav Tkachuk (Kai)

Une centaine de personnages sont ainsi incarnés par une soixantaine de danseuses et danseurs, et les chorégraphies comprennent de grands ensembles et des pas classiques dans les scènes du village, du Palais Royal ou du Palais de la Reine des neiges, mais aussi des mouvements plus modernes, notamment avec les quatre diablotins ou bien le très virtuose tableau des brigands dansé sur des musiques traditionnelles, dans la veine de Pavlo Virsky, pour donner une empreinte identitaire, voir orientaliste, au ballet.

La chef des voleurs

La chef des voleurs

Les trois danseurs principaux défendent avec beaucoup de noblesse et justesse leurs caractères, Iryna Borysova donnant une majestueuse impression de fluidité aristocratique à la Reine, alors que Yaroslav Tkachuk incarne un Kai puissant et racé – quelle magnifique portée acrobatique dans le somptueux pas de deux final! – tout en représentant idéalement une forme de romantisme classique aux lignes épurées. Quant à Tatyana Lyozova, d’une très belle souplesse de geste, elle danse tout en laissant transparaître de petits signes de joie qui décrivent un être qui croit en la vie.

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Yaroslav Tkachuk (Kai) et Tatyana Lyozova (Gerda)

Se distingue aussi la verve du Prince du château royal et la célérité provocante de la chef des voleurs, et il y a même un danseur français parmi la troupe, Clément Guillaume, pour rendre une ardeur enjouée au chef de gang.

Iryna Borysova (La Reine des neiges)

Iryna Borysova (La Reine des neiges)

Dans la fosse, Sergii Golubnychyi obtient de l'Orchestre Prométhée une lecture soignée, bien réglée sur le rythme des danseurs, attentif au contraste des couleurs qui s’épanouit le mieux dans les très beaux pas de deux que recèle ce spectacle accompli et bien à propos pour accompagner la période réflexive de Noël.

Iryna Borysova, Yaroslav Tkachuk et Tatyana Lyozova

Iryna Borysova, Yaroslav Tkachuk et Tatyana Lyozova

Musiques de la partition de 'La Reine des Neiges' (version de décembre 2022)

J. Strauss : Wiener Blut | Sang viennois - Valse
J. Massenet : Visions, poème-symphonique - épisode 1
H. Berlioz: Symphonie fantastique - Mouvement II
J. Massenet: Visions, poème-symphonique - épisode 2
E. Waldteufel: Les patineurs - Valse
A. Ponchielli: Danza delle Ore, extrait de La Gioconda
P. Mascagni: Intermezzo de Cavalleria rusticana
E. Grieg: Peer Gynt - Retour à la maison
E. Grieg: Peer Gynt - Danse d'Anita
J. Massenet: Suite d'orchestre n°4 - "Scènes pittoresques" - I. Marche & IV. Fête bohème
J. Offenbach: Mazurka extrait du ballet Le Papillon
J. Massenet: Le Cid - Aragonaise & Acte 2: Navarraise . National
A. Holmes: Andromède, poème symphonique - épisode 1
A. Holmes: Roland Furieux
A. Holmes: Andromède, poème symphonique - épisode 2
A. Holmes: La Nuit et l'Amour

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Publié le 11 Novembre 2024

Passion selon Saint-Jean (Jean-Sébastien Bach – 7 avril 1724, Leipzig)
Représentation du 04 novembre 2024
Théâtre des Champs-Élysées

Trame : L'arrestation, l’interrogatoire chez Anne et Caïphe et le reniement de Pierre, l’interrogatoire chez Pilate, la flagellation et le couronnement d'épines, la crucifixion et la mort de Jésus, l'ensevelissement

Soprano Sophie Junker                            Pilate Georg Nigl
Jésus Christian Immler                            Contre-ténor Benno Schachtner
L’Evangéliste Valerio Contaldo              Ténor Mark Milhofer
Ancilla Estelle Lefort*                           Soprano Camille Hubert*
Contre-ténor Logan Lopez Gonzalez*    Servus Augustin Laudet*
Pierre Rafael Galaz Ramirez

* artiste lyrique du Chœur de chambre de Namur

Danseurs Rosa Dicuonzo, Yuya Fujinami, Tian Gao, Eva Georgitsopoulou, Hwanhee Hwang, Annapaola Leso, Jaan Männima, Margaux Marielle-Tréhoüart, Virgis Puodziunas, Orlando Rodriguez, Joel Suárez Gómez

Direction musicale Leonardo García-Alarcón
Chorégraphie, mise en scène Sasha Waltz (2024)
Compagnie Sasha Waltz & Guests
Ensemble Cappella Mediterranea
Chœur de chambre de Namur, Chœur de l’Opéra de Dijon

Production créée le 22 mars 2024 dans le cadre du Festival de Pâques de Salzbourg et reprise à l’Opéra de Dijon les 30 et 31 mars 2024

Animé du désir de consacrer son art au service de l’Église, Jean-Sébastien Bach fit ses débuts comme cantor à Saint-Thomas de Leipzig le 30 mai 1723. Il ne devait pas seulement composer et jouer de la musique sacrée, mais aussi enseigner le chant aux élèves, superviser l’Institution et encadrer les prières du matin et du soir.

Le jour de Noël de la même année, il présenta une première version de son ‘Magnificat’ et, quelques mois plus tard, le 07 avril 1724, il fit entendre la ‘Passion selon Saint-Jean’ pour célébrer Pâques.

Au cours des années qui suivirent, il continua à l’améliorer en ajoutant des airs où en réarrangeant la partition jusqu’en 1749. Mais seules les versions de 1725 et 1749 sont éditées aujourd’hui.

Passion selon Saint-Jean - Photo Sasha Waltz & Guests

Passion selon Saint-Jean - Photo Sasha Waltz & Guests

Le Théâtre des Champs-Élysées est une salle où il est régulièrement possible d’entendre ‘La Passion selon Saint-Jean’, et au cours des 15 ans du mandat de Michel Franck, de 2010 à 2025, l’ouvrage a été représenté en version de concert en moyenne tous les deux ans, depuis l’interprétation donnée par Ton Koopman et l’Amsterdam Baroque Orchestra and Choir en 2011, à celle dirigée par Mark Padmore avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment en 2021.

En revanche, il faut remonter au 21 octobre 1985 pour retrouver une version scénique de ‘La Passion selon Saint-Jean’ jouée en ce lieu qui accueillit la production de La Fenice mise en scène par Luigi Pizzi et dirigée par William Christie.

Mais loin de reproduire une imagerie iconographique catholique surchargée, le spectacle de Sasha Waltz est d’une totale intériorité que onze danseuses et danseurs font vivre à partir d’un art du mouvement circulaire et de torsions des corps qui traduisent de façon esthétique et poignante la souffrance mais aussi la grâce de la résistance à cette souffrance.

Les hauts de la salle du Théâtre des Champs-Elysées

Les hauts de la salle du Théâtre des Champs-Elysées

La nudité est d’emblée exposée pour exprimer le dépouillement et la fragilité de l’être humain, et elle s’insère tout au long de l’œuvre sous une lumière pénombrale caravagesque dont le sensualisme se fond au sentiment d’affliction engendré par le chant et la musique de Bach.

Par moments, la chorégraphe berlinoise a également recours à des à-coups théâtraux et des bruitages électroacoustiques pour marquer la violence que subit le Christ, mais les planches qui claquent en tombant au sol altèrent aussi la perception musicale ce qui fera réagir une partie du public. Plus loin, le percement du corps du Christ est suggérer par un ensemble de lances toutes pointées vers lui.

Le symbole du sang n’est néanmoins jamais évoqué.

Une très belle évocation d’un retable vivant est esquissée à partir d’un simple cadre dépliant où danseurs et musiciens prennent pose, toujours dans cet esprit de distanciation vis-à-vis de l’iconographie qui place la chair et le vivant au cœur du drame, et il y a aussi cette impressionnante plongée dans le noir, de toute la salle, au moment où le Christ se libère de la mort, ce qui rappelle le procédé qu’avait employé Dmitri Tcherniakov au Palais Garnier dans ‘Casse-Noisette’ pour signifier un changement de monde. Sauf que ce soir, l’orchestre continue de jouer dans le noir total.

Passion selon Saint-Jean

Passion selon Saint-Jean

L’Ensemble Cappella Mediterranea voit d’ailleurs son unité rompue puisqu’il est divisé en deux sections chacune disposée au pied du cadre de scène côté cour, pour la première, où dirige Leonardo García-Alarcón, et côté jardin pour la seconde. Un fort intimisme se dégage de l’interprétation aux couleurs franches sans effet d’éthérisation prononcé, et la musicalité curviligne s’harmonise naturellement avec la fluidité du mouvement chorégraphique.

Quelques choristes complètent chacun des deux ensembles, mais la surprise provient de cet inhabituel écho des voix qui semble se réfléchir sur les parois circulaires donnant l’impression que le chant vient de toute part. Et ce, jusqu’à qu’une vingtaine de choristes assis parmi les spectateurs au parterre se lèvent, révélant ainsi leur présence et la raison de cet effet de spatialisation saisissant.

L’Ensemble Cappella Mediterranea

L’Ensemble Cappella Mediterranea

Les solistes du drame ont par ailleurs une expressivité qui permet d’apprécier les différences de caractérisation de chaque artiste de façon très nette. Christian Immler traduit la sagesse et l’humanité du Christ avec justesse et une douce humilité, Georg Nigl, en Pilate, a le mordant d’un prédateur et une posture d’une solidité inflexible, l’évangéliste de Valerio Contaldo s’emplit au fil de la soirée d’un dramatisme tragique de plus en plus ancré, Mark Milhofer se montre d’une inépuisable profondeur de souffle, ainsi que d’une tenue de ligne impeccable avec un timbre bien incarné, et Benno Schachtner distille une légèreté rêveuse et mélancolique bien plus diaphane.

Quant à Sophie Junker, elle met à genoux les cœurs dans la déploration finale où les danseurs autour d’elle expriment sentiments de consolation et d’apaisement par des mouvements et étreintes d’une poésie naturelle fort chaleureuse.

Valerio Contaldo, Georg Nigl, Christian Immler et Benno Schachtner

Valerio Contaldo, Georg Nigl, Christian Immler et Benno Schachtner

Salle pleine pour deux soirs seulement, le directeur, Michel Franck, ayant même cédé sa place à la jeunesse, on ressort de ce spectacle fortement imprégné de son atmosphère ambiguë et de ses très beaux jeux de lumières d’apparence simple dans leur mise en place, mais également très impressionné par la manière dont l’interprétation musicale renouvelle notre perception de la spiritualité des corps.

Leonardo Garcia Alarcon, Sasha Waltz et les danseurs

Leonardo Garcia Alarcon, Sasha Waltz et les danseurs

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Publié le 7 Mai 2024

Die Walküre (Richard Wagner – Munich, 26 juin 1870)
Version de concert du 04 mai 2024
Théâtre des Champs-Élysées

Siegmund Stanislas de Barbeyrac
Sieglinde Elza van den Heever
Wotan Brian Mulligan
Brünnhilde Tamara Wilson
Fricka Karen Cargill
Hunding Soloman Howard
Gerhilde Brittany Olivia Logan
Ortlinde Justyna Bluj
Waltraude Iris van Wijnen
Schwertleite Anna Kissjudit
Helmwige Jessica Faselt
Siegrune Maria Barakova
Grimgerde Ronnita Miller
Roßweiße Catriona Morison

Direction musicale Yannick Nézet-Séguin
Rotterdams Philharmonisch Orkest

Diffusion sur France Musique le 15 juin à 20h                          Yannick Nézet-Séguin

Dans la suite du Ring initié le 23 avril 2022 sur cette même scène avec un mémorable Rheingold, Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest sont de retour au Théâtre des Champs-Élysées pour une soirée qui restera aussi gravée dans les mémoires. 

Elza van den Heever (Sieglinde)

Elza van den Heever (Sieglinde)

On ne pourra pas reprocher à Michel Franck de ne pas gâter les wagnériens, car il présente pour la seconde fois sous son mandat une version de concert de la ‘Walkyrie’, après celle interprétée le 24 avril 2012 par le Bayerische Staatsoper sous la direction de Kent Nagano.

Précédée par les échos dithyrambiques de son passage à Rotterdam et Baden-Baden quelques jours plus tôt, la distribution réunie pour cette tournée qui s’achève au Théâtre des Champs-Élysées va se révéler prodigieuse par son intensité, mais aussi par sa sensibilité.

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest

Yannick Nézet-Séguin et le Rotterdams Philharmonisch Orkest

Il faut dire qu’elle est emmenée par l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam, dont le son apparaît d’emblée magnifiquement travaillé par Yannick Nézet-Séguin, plus modéré qu’à l’accoutumée dans sa gestique toujours très enthousiaste. Grande tension dès l’orage initial, avec des attaques vives et finement précises, les cordes sonnent comme du velours assoupli par la chaleur des cuivres, et les plus belles nuances coloristes mélangeant noirceur profonde des bassons, virevolte légère des vents, et courants souterrains des cordes graves, sont déliées avec un éclat somptueux, fluide et discursif.

Étonnamment, les percussions sont employées avec beaucoup de mesure, notamment dans la chevauchée du dernier acte où l’allant explosif de la musique ne recouvre pas pour autant le mélange de couleurs des voix très différenciées des huit Walkyries.

Brian Mulligan (Wotan)

Brian Mulligan (Wotan)

Le monologue de Wotan au second acte est d’ailleurs un des plus noirs jamais entendu, Brian Mulligan étant un Wotan passionnant à suivre. Précédemment interprète d’Amfortas à l’opéra Bastille en juin 2022, il en conserve l’expressivité torturée qu’il instille dans le caractère du roi des dieux de façon très marquée, s’appuyant sur un souffle percutant au métal séduisant et d’une belle assise dans les graves, avec en plus une spectaculaire tendance à rougir dans les moments de forte tension.

Il fait ainsi ressentir un être qui est au bord de l’autodestruction, et quelle force dans sa colère envers Brünnhilde qui subit une avalanche de reproches avec un feu fantastique!

Tamara Wilson (Brünnhilde)

Tamara Wilson (Brünnhilde)

Tamara Wilson donne en effet une impression de facilité, voir, d’impertinence. Son entrée est dardée de ‘Hoïotoho !’ puissants, très ouverts et très bien profilés à la fois, avec une aisance qui la fait achever cette célèbre entrée avec un regard nargueur envers Wotan. Mais malgré ce tempérament héroïque, on entend aussi dans ses échanges une modulation du chant claire et souple qui fait sentir pourquoi il est aussi possible de la retrouver dans des œuvres belcantistes.

Karen Cargill (Fricka)

Karen Cargill (Fricka)

Et lorsque Fricka intervient sous les traits de la mezzo britannique Karen Cargill, c’est une autre personnalité tout aussi phénoménale qui imprime sa présence hiératique avec une autorité à déstabiliser encore plus Wotan. Une assise grave impressionnante, une grande résistance dans les aigus magnifiquement intenses et colorés, un certain mépris de classe qu’elle joue volontairement, son interprétation est d’une véhémence saisissante.

Elza van den Heever (Sieglinde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

Elza van den Heever (Sieglinde) et Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)

En Sieglinde, celle que nous avions quitté sur cette scène en Impératrice dans Die Frau ohne Schatten’ juste avant la crise pandémique, la soprano sud-africaine Elza van den Heever, affiche un rayonnement qui alterne délicatesse et stupeur dans  l’expression des sentiments, d’une part, et feu passionnel d’une grande brillance ornée de fines vibrations harmonieuses, d’autre part.

Elle se montre ainsi très liée au Siegmund de Stanislas de Barbeyrac, joué avec une introversion complètement anti-héroïque. 

Soloman Howard (Hunding)

Soloman Howard (Hunding)

Le ténor bordelais, tout juste quarantenaire sept jours plus tôt, contraint en effet le wälsung, aimé de Wotan, dans des sentiments troubles face à Sieglinde, mariée de force à Hunding. Son chant est très assombri, dénué de toute clarté mozartienne, et progressivement, la tenue de couleur, la résistance du matériau vocal, et la profondeur du souffle, tous fortement maîtrisés, lui permettent d’installer un personnage dense mais qui se découvre peu.

Il peut aussi bien donner une impression de très forte sensibilité que de timidité, volontairement dans le jeu, qui a pour conséquence, lorsqu’on le rapproche du mal-être de Wotan, d’accentuer tout au long de la soirée l’évidence que ce Ring signe, à tous les niveaux, la victoire féminine sur la loi masculine.

Karen Cargill, Stanislas de Barbeyrac, Yannick Nézet-Séguin, Tamara Wilson, Brian Mulligan et Elza van den Heever

Karen Cargill, Stanislas de Barbeyrac, Yannick Nézet-Séguin, Tamara Wilson, Brian Mulligan et Elza van den Heever

Reste le Hunding massif de Soloman Howard, accentuant la nature sauvage et sommaire de l’hôte qui sera l’assassin de Siegmund. La basse américaine délivre une élocution mâtinée de noirceur complexe qui a du caractère, dans une tenue qui met en valeur la musculature du personnage et donc sa force brute.

Et les huit sœurs de Brünnhilde exhalent une joie très communicative dans les correspondances de timbres de voix qu’elles échangent entre-elles. 

Une très grande soirée à un très haut niveau interprétatif qui restera une référence musicale pour tous les Ring à venir au cours des années prochaines.

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Publié le 19 Mars 2024

Depuis le lundi 18 mars 2024, la quinzième et dernière saison de Michel Franck à la direction du Théâtre des Champs Élysées est officiellement dévoilée à travers la mise en ligne de la programmation sur le site du théâtre.

Cette saison s’inscrit dans la continuité des saisons passées et comprend 5 productions d’opéras en version scénique données sur un total de 23 soirées, 15 représentations d’opéras et oratorio en version concert et 8 œuvres religieuses (dont un dimanche matin pour ‘Un Requiem allemand’ de Brahms en version piano), 19 concerts symphoniques (dont 5 avec l'ensemble Les Siècles), 10 récitals vocaux, 21 récitals de piano, 8 concerts de l’orchestre de chambre de Paris, 8 autres concerts de musique de chambre, 21 concerts du dimanche matin (dont 2 représentations de ‘La Flûte enchantée’ en mimodrame), 7 ballets dansés sur 35 soirées et 3 soirées d’humour.

Par ailleurs, une version de ‘L’Élixir d’Amour’ ramenée à une durée d’une heure et trente minutes, interprétée par l’orchestre Les Frivolités Parisiennes, sera créée pour le jeune public, et donnée en 9 représentations sur le temps scolaire, ainsi que sur 3 matinées et 3 soirées tout public.

Ce spectacle sera une coproduction avec le Teatro Sociale di Como / projet Opera Domani, l’opéra de Reims, l’opéra de Rouen Normandie et l’opéra de Bordeaux.

Cette ligne programmatique est globalement stable par rapport à la saison précédente qui avait vu la part des récitals vocaux ramenée à une dizaine de soirées, mais la danse, qui avait pendant les trois dernières saisons cédé de la place à l’opérette et au théâtre, retrouve toute son importance, notamment avec les 17 soirées dédiées à la nouvelle production de ‘La Reine des Neiges’ interprétée par le Ballet de l’Opéra national d’Ukraine.

La part des opéras en version de concert diminue de 22 à 15, ce qui reste conséquent, mais celle des œuvres religieuses augmente de 5 à 8 soirées.

Au total, ce sont 186 représentations qui seront données avenue Montaigne, tous genres et tous publics confondus.

Der Rosenkavalier - Krzysztof Warlikowski, Marlis Petersen et Henrik Nánási  (première le 21 mai 2025)

Der Rosenkavalier - Krzysztof Warlikowski, Marlis Petersen et Henrik Nánási (première le 21 mai 2025)

Opéras en version scénique

La Passion selon Saint Jean (Jean-Sébastien Bach)
4, 5 novembre (2 représentations)

Direction musicale Leonardo García Alarcón, Mise en scène Sasha Waltz
Sophie Junker, Georg Nigl, Christian Immler, Benno Schachtner, Valerio Contaldo, Mark Milhofer
Ensemble Cappella Mediterranea, Chœur de chambre de Namur, Chœur de l’Opéra de Dijon
Production Opéra de Dijon
Coproduction Compagnie Sasha Waltz & Guests

Dialogues des Carmélites (Francis Poulenc)
4, 6, 8, 10, 12 décembre (5 représentations)

Direction musicale Karina Canellakis, Mise en scène Olivier Py
Patricia Petibon, Vannina Santoni, Véronique Gens, Jodie Devos, Madame de Croissy, Le Chevalier de La Force, Le Marquis de La Force, Marie Gautrot, Ramya Roy, Loïc Félix, Blaise Rantoanina, Yuri Kissin , Matthieu Lécroart
Les Siècles, Chœur Unikanti-Maîtrise des Hauts-de-Seine
Coproduction Théâtre Royal de la Monnaie, Bruxelles

Semele (Georg Friedrich Haendel)
6, 9, 11, 13, 15 février (5 représentations)

Direction musicale Emmanuelle Haïm, Mise en scène Oliver Mears
Pretty Yende, Ben Bliss, Alice Coote, Brindley Sherratt, Niamh O’Sullivan, Carlo Vistoli, Marianna Hovhannisyan
Orchestre Le Concert d’Astrée, Chœur Le Concert d’Astrée
Coproduction Covent Garden Royal Opera House

Werther (Jules Massenet)
22, 25, 28, 31 mars et 3, 6 avril (6 représentations)

Direction musicale François-Xavier Roth, Mise en scène Christof Loy
Johannes Leiacker, Robby Duiveman, Roland Edrich, Benjamin Bernheim, Marina Viotti, Jean-Sébastien Bou, Sandra Hamaoui, Marc Scoffoni, Yuri Kissin, Rodolphe Briand
Les Siècles, Maîtrise des Hauts-de-Seine
Coproduction Teatro alla Scala

Der Rosenkavalier (Richard Strauss)
21, 24, 27 mai et 2, 6 juin (5 représentations)

Direction musicale Henrik Nánási, Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Marlis Petersen , Marina Viotti, Regula Mühlemann, Peter Ros, Jean-Sébastien Bou, Eléonore Pancrazi, Krešimir Špicer, Francesco Demuro, Laurène Paternò, Florent Karre, François Piolino, Yoann Le Lan 
Orchestre National de France, Chœur Unikanti, Maîtrise des Hauts-de-Seine

Anna Pirozzi - Andrea Chénier

Anna Pirozzi - Andrea Chénier

Opéras et oratorio en version de concert

Così fan tutte (Wolfgang Amadé Mozart) le 24 septembre
Ana Maria Labin, Angela Brower, James Ley, Leon Košavić, Miriam Albano, Alexandre Duhamel

Marc Minkowski direction, Les Musiciens du Louvre

Un Requiem allemand (Georg Friedrich Haendel) le 29 septembre à 11h
Claire Désert et Tanguy de Williencourt piano

Henri Chalet direction, Chœur et solistes de la Maîtrise Notre-Dame de Paris

La Résurrection (Georg Friedrich Haendel) le 4 octobre
Emőke Baráth, Elsa Benoit, Lucile Richardo, Emiliano Gonzalez Toro, Robert Gleadow

Julien Chauvin direction, Le Concert de La Loge

Requiem  (Wolfgang Amadé Mozart) le 17 octobre
En première partie de programme Sept Répons des ténèbres (Francis Poulenc)
Lisette Oropesa, Eve-Maud Hubeaux, Cyrille Dubois, Nahuel Di Pierro

Bertrand de Billy direction, Orchestre National de France, Chœur de Radio France , Maîtrise de Radio France

Andrea Chénier (Umberto Giordano) le 18 octobre
Riccardo Massi, Anna Pirozzi, Amartuvshin Enkhbat, Sophie Pondjicli, Thandiswa Mpongwana

Daniele Rustioni direction, Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Lyon
Coproduction Opéra National de Lyon

Cyrille Dubois - Le Comte Ory

Cyrille Dubois - Le Comte Ory

Le Comte Ory (Gioachino Rossini) le 07 novembre
Cyrille Dubois, Sara Blanch, Ambroisine Bré, Monica Bacelli, Nicola Ulivieri, Sergio Villegas-Galvain, Marielou Jacquard

Patrick Lange direction Orchestre de chambre de Paris, Chœur de Chambre de Rouen

Passion selon Saint Matthieu (Jean-Sébastien Bach) le 16 novembre
Guy Cutting , Matthias Winckhler, Tobias Berndt, Miriam Feuersinger, Alex Potter, Christoph Pfaller, Martin Schicketanz

Hans-Christoph Rademann direction, Chœur et Orchestre du Gaechinger Cantorey

Alcina (Georg Friedrich Haendel) le 5 décembre
Elsa Dreisig, Sandrine Piau, Emily D’Angelo, Jasmin White, Stefan Sbonnik, Bruno de Sá, Alex Rosen

Francesco Corti direction, Il Pomo d’Oro

Le Messie (Georg Friedrich Haendel) le 11 décembre
Emőke Baráth, Lauranne Oliva, Tim Mead, Robin Tritschler, Benjamin Appl 

Hervé Niquet direction, Orchestre et Chœur Le Concert Spirituel

Le Couronnement de Poppée (Claudio Monteverdi) le 16 décembre
Catherine Trottmann, Ray Chenez, Victoire Bunel, Paul-Antoine Bénos-Djian, Adrien Mathonat, Paul Figuier, Maïlys de Villoutreys, Camille Poul, Sebastian Monti, Thibault Givaja, Yannis François

Le Banquet Céleste

Glory to God (Vivaldi, Bach, Corelli) le 18 décembre
Nina Maestracci, Malena Ernman, Luigi De Donato

Jean-Christophe Spinosi direction, Ensemble Matheus, Académie Handel & Hendrix

Elsa Dreisig - Alcina

Elsa Dreisig - Alcina

Stabat Mater  (Giovanni Battista Pergolesi) le 18 janvier
Œuvre précédée de Stabat Mater (Intonation), Tarentelle « Mo’è benuto il Giovedì Santu » (anonyme), Stabat Mater (Manuscrit de Monopoli)

Lauranne Oliva, Eva Zaïcik
Vincent Dumestre direction, Le Poème Harmonique

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart) le 20 janvier
Florian Sempey, Ana Maria Labin, Léo Vermot-Desroches, Marion Lebègue, Edwin Fardini, Catherine Trottman, Louis Morvan

Alexis Kossenko direction, Orchestre et Chœur Les Ambassadeurs~La Grande Ecurie

Persée (Jean-Baptiste Lully) le 14 février
Mathias Vidal, Déborah Cache, Hélène Carpentier, Thomas Dolié, Véronique Gens, Matthieu Lécroart, Reinoud Van Mechelen, David Tricou, David Witczak, Alexandre Baldo, Olivia Doray, Marine Lafdal-Franc

Hervé Niquet direction, Orchestre et Chœur Le Concert Spirituel, Chantres du Centre de musique baroque de Versailles
Coproduction Centre de musique baroque de Versailles

Les Noces de Figaro (Wolfgang Amadé Mozart) le 26 mars
Florian Boesch, Anett Fritsch, Robert Gleadow, Nikola Hillebrand, Anna Lucia Richter, Anna-Doris Capitelli, Shinyoung Kim

Giovanni Antonini direction, Kammerorchester Basel, Basler Madrigalistent

Mathias Vidal - Persée

Mathias Vidal - Persée

Un Requiem allemand (Johannes Brahms) le 05 avril
Sara Blanch , Michael Volle

Daniele Gatti direction, Orchestre National de France, Chœur de Radio France 

Passion selon Saint Matthieu (Jean-Sébastien Bach) le 09 avril
Werner Güra, Louis Morvan, Julie Roset, Giuseppina Bridelli, Fabien Hyon, Thomas Dolié

Enrico Onofri direction, Orchestre National d’Auvergne, Chœur NFM-Varsovie

Jephté (Georg Friedrich Haendel) le 29 avril
Michael Spyres, Joyce DiDonato, Mélissa Petit, Jasmin White

Francesco Corti direction, Il Pomo d’Oro 

Le Freischütz (Carl Maria von Weber) le 30 avril
Charles Castronovo, Golda Schultz, Kyle Ketelsen, Nikola Hillebrand, Jongmin Par, Milan Siljanov, Sebastian Wartig

Antonello Manacorda direction, Kammerakademie Potsdam, RIAS Kammerchor

Deborah (Georg Friedrich Haendel) le 23 mai
Sophie Junke, Jakub Józef Orlińsk, Sophia Patsi, Wolf Matthias Friedrich

Ton Koopman direction, Amsterdam Baroque Orchestra & Choir

Mitridate re di Ponte (Wolfgang Amadé Mozart) le 25 mai
Sergey Romanovsky, Jessica Pratt, Olga Bezsmertna, Rose Naggar-Tremblay, Maria Kokareva, Alasdair Kent, Nina van Essen

Christophe Rousset direction, Les Talens Lyriques

Semiramide (Gioachino Rossini) le 17 juin
Karine Deshayes, Franco Fagioli, Giorgi Manoshvili, Alasdair Ken, Mara Gaudenzi, Antonio Di Matteo

Valentina Peleggi direction, Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, Chœur Accentus

L’Italienne à Alger (Gioachino Rossini) le 18 juin
Marie-Nicole Lemieux, Levy Sekgapane, Nahuel Di Pierro, Mikhail Timoshenko, Sulkhan Jaiani, Eléonore Pancrazi, Julie Roset

Julien Chauvin direction, Le Concert de La Loge

Adriana González et Freddie De Tommaso

Adriana González et Freddie De Tommaso

Les Récitals vocaux

Adriana González, Freddie De Tommaso (Puccini, Cilea, Ponchielli, Verdi, Charpentier, Massenet, Bizet...), le 07 octobre

Philippe Jaroussky (Haydn, Mozart, Schubert), le 9 novembre

Concert des Diapason d’or, Julia Lezhneva, Pene Pati, le 13 novembre

Gala des 10 ans – Le Concert de La Loge, le 15 janvier

Jakub Józef Orliński (Lieder et mélodies), le 10 février

Patricia Petibon et Olivier Py

Patricia Petibon et Olivier Py

Concert Voix Nouvelles (Airs et ensembles d’opéras), le 17 février

Anna Netrebko, Yusif Eyvazov (Scènes d’opéras italiens ), le 27 mars

Pretty Yende, ONF, Giacomo Sagripanti direction (extraits de comédies musicales), le 08 juin

Philippe Jaroussky fête ses 25 ans de scène, le 23 juin

Patricia Petibon, Olivier Py (airs extraits de La Grande Duchesse de Gerolstein, Ciboulette), le 28 juin

Shani Diluka et Natalie Dessay

Shani Diluka et Natalie Dessay

Concerts (sélection subjective)

Wiener Philharmoniker, Daniele Gatti direction (Stravinsky, Chostakovitch), le 05 octobre

Natalie Dessay, Shani Diluka piano (Grieg, Fauré, Ravel, Debussy, Rimski-Korsakov, Berg ...), le 06 octobre 11h

Centenaire Gabriel Fauré, Camille Chopin, Pierre-Yves Cras, le 03 novembre

Les Siècles, F-X Roth (Saint-Saëns, Ravel), le 08 novembre

Orchestre de Chambre de Paris, Gábor Takács-Nagy, Steven Isserlis (Haydn, Beethoven), le 14 novembre

La Flûte enchantée en mimodrame, le 17 novembre 11h et 15h

Les Ambassadeurs~La Grande Écurie, Alexis Kossenko (Concertos de Vivaldi), le 19 novembre

Bruce Liu piano (Tchaïkovski, Mendelssohn, Scriabine, Prokofiev), le 03 décembre

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock (Strauss, Bruckner), le 16 janvier

Wiener Philharmoniker, Zubin Metha direction, Pinchas Zukerman violon (Mozart, Bruckner), le 17 janvier

Orchestre de Chambre de Paris, Andrew Staples (Bach, Mahler), le 20 février

Orchestre National de France, Cristian Măcelaru, Marie-Nicole Lemieux, Sarah Nemtanu (Ravel), le 05 mars

Quatuor Modigliani (Ravel, Beethoven), le 16 mars 11h

Rotterdams Philharmonisch Orkest, Yannick Nézet-Séguin, Angel Blue (Strauss, Bruckner), le 23 mars

Nikolaï Lugansky piano (Mozart, Beethoven, Wagner), le 24 mars

Elisabeth Leonskaja (Mozart, Schoenberg, Chopin, Berg, Schumann), le 29 mars

Les Siècles, F-X Roth, Bertrand Chamayou, Grégoire Pont (Massenet, Chabrier, Ravel), le 30 mars

Pierre-Laurent Aimard, Mathieu Amalric (Portrait de Ravel), le 06 avril

Stephen Kovacevich piano (Beethoven , Schubert, Berg, Brahms), le 12 avril

Jan Lisiecki piano (Chopin, Bach, Rachmaninov, Szymanowski, Messiaen, Górecki), le 07 juin

David Fray piano (Autour de transcription), le 25 juin

Orchestre National de France, Maxim Emelyanychev, Sabine Devieilhe (Schubert, Haydn, Mozart, Tchaïkovski), le 26 juin.

Yannick Nézet-Séguin et Angel Blue

Yannick Nézet-Séguin et Angel Blue

Première impression sur la saison 2024 / 2025

Avec seulement 2 opéras en version de concert, ’Persée’ de Lully et ‘Le Comte Ory’ de Rossini, la langue française est peu représentée dans ce genre concertant, mais c’est la première fois en 15 saisons qu’un opéra du compositeur originaire de Pesaro est interprété dans notre langue. Par ailleurs, ces deux ouvrages ont été créés à l’Opéra de Paris, le premier au Théâtre du Palais Royal, en 1682, le second à la Salle Le Peletier, en 1828.

En revanche, avec deux opéras en version scénique, ‘Werther’ et la reprise de ‘Dialogues des Carmélites’, Michel Franck peut se féliciter d’avoir consacré tout au long de son mandat un tiers des opéras en version scénique à la langue française. 

Les opéras en italien reprennent de l’importance en version de concert, mais hormis Umberto Giordano avec ‘Andrea Chénier’, seuls les quatre compositeurs d’œuvres en langue italienne les plus joués de tout le mandat du directeur, Monteverdi, Haendel, Mozart et Rossini, sont présentés, la seule nouveauté étant ‘Mitridate, re di Ponto’, opéra plus rarement donné. Mais aucun opéra en version scénique ne sera chanté en italien cette saison ci.

Avec 6 ouvrages, les amoureux des œuvres de Haendel seront gâtés d’autant plus que 4 de ces opéras et oratorio seront chantés en langue anglaise, dont la version scénique de ‘Semele’, et le très rare ‘Deborah’ interprété par Sophie Junker et Jakub Józef Orliński.

Mais c’est surtout la langue allemande qui prédomine en beauté pour cette dernière saison avec deux œuvres en version scénique, ‘La Passion selon Saint-Jean’ de Bach chorégraphiée par Sasha Waltz, et ‘Le Chevalier à la Rose’ de Richard Strauss mis en scène par Krzysztof Warlikowski, un grand connaisseur du compositeur allemand dont il a mis en scène ‘Salomé’ et ‘Die Frau ohne Schatten’ à Munich, et ‘Elektra’ à Salzburg.

Par ailleurs, le choix de cet ouvrage par Michel Franck pour clore ses 15 ans à la direction du Théâtre des Champs-Elysées rappelle beaucoup celui qu’effectua Hugues Gall au moment de quitter la direction de l’Opéra de Paris en programmant ‘Capriccio’. Dans les deux cas, il y a l’émotion d’une fin d’histoire et du début d’une nouvelle page à écrire.

Oliver Mears - Semele

Oliver Mears - Semele

En version de concert, la langue allemande sera cependant surtout dédiée au chant spirituel avec deux versions du ‘Requiem allemand’ de Brahms, dont l’une sera jouée au piano par Claire Désert et Tanguy de Williencourt un dimanche matin, et deux versions de ‘La Passion selon Saint Matthieu’, l’une interprétée par le Chœur et l’ Orchestre du Gaechinger Cantorey, l’autre par l’Orchestre National d’Auvergne et le Chœur NFM-Varsovie.

Quant au ‘Freischutz’, il revient pour la troisième fois sur l'avenue Montaigne avec une excellente distribution comprenant Charles Castronovo, Golda Schultz, Kyle Ketelsen et Milan Siljanov.

Et la langue latine, qui a fortement reflué depuis ces trois dernières saisons, sera uniquement défendue par Mozart, Vivaldi et Pergolese, chacun pour un soir.

Globalement, cette saison respecte les fondamentaux du théâtre centrés principalement sur le répertoire du XVIIIe et XIXe siècle (75% de la programmation), en s’appuyant sur les 3 piliers italien, français et allemand.

La surprise provient du choix des metteurs en scène, un peu plus au goût du jour qu’à l’accoutumée, qui augure de visions fortes, et le travail d’Oliver Mears, le directeur artistique du Royal Opera House de Londres, pour 'Semele’ sera suivi de près.

Parmi les soirées très attendues, en regard de ‘Semele’ et ‘Der Rosenkavalier’, ‘Le Comte Ory’, avec Cyrille Dubois et Sara Blanch, ‘Alcina’, avec Elsa Dreisig, Sandrine Piau et Emily d’Angelo, ‘Persée’ avec Mathias Vidal et Véronique Gens, ‘Semiramide’ avec Karine Deshayes et Franco Fagioli, ainsi que le récital d’Adriana González et Freddie De Tommaso, le concert des Diapason d’or, le Gala des 10 ans du concert de la Loge, le récital de Pretty Yende dans des airs de comédies musicales, et le concert du Wiener Philharmoniker dirigé par Zubin Metha avec Pinchas Zukerman au violon, sont des exemples de spectacles originaux à vivre.


L'intégralité de la saison c'est ici.

L'interview de Michel Franck donnée à Forum Opéra c'est ici.

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Publié le 7 Février 2024

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart –
29 octobre 1787, Prague et 7 mai 1788, Vienne)
Version de concert du 05 février 2024
Théâtre des Champs-Élysées

Don Giovanni Christian Van Horn 
Donna Anna Slávka Zámečníková 
Don Ottavio Bogdan Volkov 
Donna Elvira Federica Lombardi 
Leporello Peter Kellner 
Le Commandeur Antonio Di Matteo 
Masetto Martin Häßler 
Zerlina Alma Neuhaus 

Direction musicale Philippe Jordan
Orchestre et chœur de l’Opéra de Vienne 

                             Bogdan Volkov (Don Ottavio) 

 

Par une concordance de temps heureuse, l’Opéra de Vienne est invité au Théâtre des Champs-Élysées pour célébrer les 100 ans de sa première venue en ce théâtre, qui se déroula du 28 mai au 02 juin 1924 pour y interpréter ‘Don Giovanni’, ‘Les Noces de Figaro’ et ‘L’enlèvement au Sérail’, ainsi qu’un concert symphonique.

En effet, cette année là, Paris organisait la VIIIe olympiade de l’ère moderne (la première ayant eu lieu à Athènes en 1896), et, 100 ans plus tard, l’Opéra de Vienne revient l’année où la capitale française organise la XXXIIIe olympiade.

Slávka Zámečníková (Donna Anna) et Bogdan Volkov (Don Ottavio)

Slávka Zámečníková (Donna Anna) et Bogdan Volkov (Don Ottavio)

Toutefois, la première venue à Paris du Philharmonique de Vienne, très lié à l’orchestre de l’Opéra de Vienne, date, elle, de 1900, sous la direction de Gustav Mahler, qui interpréta cinq concerts du 18 au 22 juin au Théâtre du Châtelet puis à la Salle des Fêtes du Palais du Trocadéro, à l’occasion de l’Exposition universelle et des Jeux de la IIe olympiade. 

Vienne 1900 représentait, au tournant du XIXe siècle, une pensée avant-gardiste, et c’est à ce moment là que commencèrent à émerger des mises en scènes d’opéras à l’esthétique radicale à travers la collaboration entre Alfred Roller et Gustav Mahler (‘Tristan und Isolde’ - 1903).

Depuis, Vienne a perdu de son avance sur son temps, mais l’arrivée en 2020 de Bogdan Roščić à la direction de la première maison lyrique autrichienne vise à replacer l’institution en accord avec son époque. Il est présent, ce soir, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées.

Affiche du Concert de l'Opéra de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées en 1924

Affiche du Concert de l'Opéra de Vienne au Théâtre des Champs-Elysées en 1924

C’est avec un immense plaisir que l’on retrouve Philippe Jordan à la conduite de ce ‘Don Giovanni’ qui fut joué avec la même distribution du 14 au 20 janvier 2024 dans une production de Barrie Kosky, qui n’a malheureusement pu être reprise ici.

Le directeur musical suisse, qui a signé l’été dernier au Festival de Salzbourg un ‘Macbeth’ d’une très grande intensité dramatique dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski, confirme qu’il a renforcé son grand sens coloriste de la ligne orchestrale avec une puissance théâtrale qu’on ne lui avait pas toujours connu auparavant. Il dispose d’un orchestre qui concentre, certes, beaucoup de matière, doté d’une batterie de cuivres massive, et qui dégage son énergie pleinement dans la salle de l’avenue Montaigne, mais ensuite, Philippe Jordan en contrôle le superbe panachage des vents et des cordes, l’intensité du courant maelstromique, la forte coloration et l’audace des jaillissements tuttistes.

Très attentif aux solistes auxquels il adjoint autant son regard qu’aux musiciens, c’est un Mozart emporté et traversé de douceur qu’il fait vivre avec une grande attention à la perfection des détails et à la netteté du dessin des moindres pulsations.

Philippe Jordan

Philippe Jordan

Les interprètes se connaissent bien, puisqu’ils ont déjà chanté ensemble, et le style le plus purement mozartien est magnifiquement maîtrisé par Slávka Zámečníková, dont les lignes vocales se marient merveilleusement aux tissures orchestrales pour dresser un très beau portrait de Donna Anna, empreint d’une séduisante finesse de caractère.

Elle forme ainsi un harmonieux duo avec Bogdan Volkov qui fait transparaître en Don Ottavio les tressaillements du cœur et accorde beaucoup de soin à la sensibilité de ses deux airs qui combinent allègement vocal et maturité du timbre, d’où émane un charme angélique. 

Le ténor ukrainien ne fait que confirmer au public parisien le premier prix qu’il remporta 9 ans plus tôt, à l’âge de 26 ans, lors de sa première venue en France au Théâtre des Champs-Élysées pour participer au concours ‘Les Mozart de l’Opéra’. Depuis, sa carrière européenne s’est envolée notamment avec son incarnation très touchante du Tsarevitch Gvidon dans Le Conte du Tsar Saltan’ mis en scène par Dmitri Tcherniakov et repris récemment à la Monnaie de Bruxelles.

Peter Kellner (Leporello)

Peter Kellner (Leporello)

En Leporello, la basse slovaque Peter Kellner est rompue au chant mozartien mais également au jeu scénique, et cet artiste enjoué induit ainsi un personnage jeune, vibrant, qui captive par sa présence sans verser dans la caricature facile. Il est drôle sans être vulgaire, et préserve de l’amour-propre au valet de Don Giovanni.

C’est d’ailleurs de cette noblesse qui manque, ce soir, à Don Giovanni, auquel Christian Van Horn prête une stature fort monolithique, puissamment sonore et hyper assurée, mais qui ne laisse rien transparaître en mouvement de l’âme, ni même aucune ambiguïté.

Christian Van Horn (Don Giovanni)

Christian Van Horn (Don Giovanni)

Donna Elvira, celle qui pourrait le ramener à la raison, est chantée par Federica Lombardi qui s’inscrit fortement dans une véhémence sauvage, mais laisse peu de place à la tendresse, comme si elle ne voulait pas que cette femme paraisse dominée par le libertin, et le couple de paysans formé par Martin Häßler et Alma Neuhaus donne une image jeunement bourgeoise de leur ménage, une vision du conformisme qui ne va pas survivre à tant de désinvolture.

Enfin, Antonio Di Matteo fait entendre une ligne grave bien chantante qui traduit l’origine nobiliaire du Commandeur.

Federica Lombardi (Donna Elvira)

Federica Lombardi (Donna Elvira)

Salle comble et grand succès au final pour cette soirée qui a permis de découvrir certains chanteurs et de confirmer que Philippe Jordan continue à prendre de l’ampleur.

Slávka Zámečníková, Philippe Jordan, Federica Lombardi, Martin Häßler et Alma Neuhaus

Slávka Zámečníková, Philippe Jordan, Federica Lombardi, Martin Häßler et Alma Neuhaus

A écouter sur France Musique, dimanche 11 février 2024 à 9h, l'émission de Christian Merlin 'Au cœur de l'orchestre', qui sera dédiée aux Viennois en voyage.

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Publié le 13 Janvier 2024

Iphigénie en Tauride (Henry Desmarest / André Campra – Théâtre Royal de l'Académie royale de musique, le 06 mai 1704)
Version de concert du 09 janvier 2024
Théâtre des Champs-Élysées

Iphigénie Véronique Gens
Pylade Reinoud Van Mechelen
Oreste Thomas Dolié
Thoas David Witczak
Electre Olivia Doray
Diane Floriane Hasler
L’Ordonnateur / L’Océan Tomislav Lavoie
Un habitant de Délos / Triton / Le Grand Sacrificateur Antonin Rondepierre
Isménide, Première habitante de Délos / Première nymphe / Première prêtresse Jehanne Amzal
Deuxième habitante de Délos / Deuxième nymphe / Deuxième prêtresse Marine Lafdal-Franc

Direction musicale Hervé Niquet
Orchestre et Chœur Le Concert Spirituel            
              Reinoud Van Mechelen (Pylade)
Coproduction Centre de musique baroque de Versailles


Depuis 2022, Hervé Niquet et Le Concert Spirituel sont engagés dans l’enregistrement pour le label Alpha Classics d’une tétralogie baroque incluant ‘Ariane et Bacchus’ (Marin Marais – 1696), ‘Médée’ (Marc-Antoine Charpentier – 1693), ‘Iphigénie en Tauride’ (Henry Desmarest et André Campra - 1704) et ‘Persée’ (Jean-Baptiste Lully – 1682).

Jehanne Amzal (Isménide) et Véronique Gens (Iphigénie)

Jehanne Amzal (Isménide) et Véronique Gens (Iphigénie)

Si ‘Persée’ célèbre le règne de l’opéra courtisan sous Lully, ‘Ariane et Bacchus’ et ‘Médée’ sont représentatifs de l’après Lully qui ne trouvera pas son public, alors que ‘Iphigénie en Tauride’ d’Henry Desmarest, complété par Campra – pour le prologue et une grande partie du dernier acte principalement -, fera partie de la douzaine de titres les plus joués à l’Académie royale de musique au début du XVIIIe siècle avant l’avènement de Rameau. Cette tragédie inspirée d’Euripide sera même montée jusqu’en 1762 avec quelques ajouts composés par Pierre-Montan Berton.

Depuis, une résurrection partielle eut lieu le 10 octobre 1999 au Théâtre Montansier de Versailles, mais dans une version réduite enregistrée par France Musique.

Hervé Niquet et Le Concert Spirituel

Hervé Niquet et Le Concert Spirituel

L’histoire reprend le mythe d’Iphigénie abandonnée par Agamemnon et sauvée par Diane, tout en faisant intervenir Electre qui a suivi Oreste après le meurtre de Clytemnestre.

Thoas l’a faite prisonnière et veut la faire sienne en échange de la vie de son frère et de son ami, Pylade, arrivés en Tauride pour enlever l’image de Diane et laver Oreste de son acte vengeur envers sa mère. Diane apparaît une première fois pour tenter d’apaiser les tourments de ce dernier.

Malgré sa fureur, Thoas libère les Grecs, mais Oreste et Pylade accusent à tord Electre d’avoir céder au Roi.

Olivia Doray (Electre) et Reinoud Van Mechelen (Pylade)

Olivia Doray (Electre) et Reinoud Van Mechelen (Pylade)

Ce dernier, sous la menace de l’Oracle puis du Dieu Océan, qui désapprouve sa tendance à la compassion, retrouve finalement une ligne politique dure envers les Grecs. Iphigénie se désespère d’avoir à sacrifier les étrangers. 

Oreste se présente à elle et lui raconte le sort advenu à Agamemnon et Clytemnestre au Palais de Mycènes. Sur le parvis du Temple de Diane, ils se reconnaissent avec surprise en tant que frère et sœur, mais lorsque Thoas ordonne aux Scythes de détruire les Grecs armés par Iphigénie, Diane réapparaît pour foudroyer le Roi et les sauver. 

La malédiction des Atrides est ainsi levée sur Oreste et Iphigénie, et Electre peut enfin aimer Pylade.

Reinoud Van Mechelen (Pylade) et Thomas Dolié (Oreste)

Reinoud Van Mechelen (Pylade) et Thomas Dolié (Oreste)

La première impression qui frappe à la redécouverte de cet ouvrage oublié est la plasticité marine de l’orchestre, composé de plus de 50 musiciens et 25 choristes, une sorte de mer noire mélancolique dominée par les cordes qui imprègnent l’auditeur d’un son riche et continûment fourni. Et il est vrai que sur l’île de Tauride, les vents, les océans et leurs Dieux sont omniprésents. Le charme poétique des mélodies s’y entremêle et les mots préservent la dignité sentimentale de tous les personnages, un héritage du modèle lullyste.

La musique n’est pas véritablement théâtrale, mais elle permet d’entendre de charmants alliages tels le duo entre Electre et Pylade ‘Le ciel est sensible à nos larmes’, et aussi une impressionnante correspondance entre le voile orchestral noir et le chant d’Iphigénie, au début du quatrième acte, ‘C’est trop vous faire violence’.

L’œuvre s’apprécie comme un beau tableau vivant dépeint avec une personnalité austère qui s’infiltre subrepticement dans l’âme, et Hervé Niquet en restitue avec Le Concert Spirituel une homogénéité de couleur et une unité dans le mouvement qui valorise la qualité immersive des ambiances sonores. La luminosité du chœur s’y incorpore naturellement.

Floriane Hasler (Diane)

Floriane Hasler (Diane)

C’est avec beaucoup de plaisir que l’on retrouve Véronique Gens dans le rôle de l’Iphigénie de Desmarest, bien moins dramatique que celle de Gluck, dont la soyeuse noirceur est d’un très bel effet surtout dans la seconde partie, en suggérant un sentiment tragique resserré et contenu, alors qu’Olivia Doray offre à Electre une fraîcheur attendrissante qui surprend quand on sait quel personnage en a fait Strauss.

Fidèle à ses portraits très tourmentés, Thomas Dolié incarne un Oreste écorché et théâtral qui cherche à exprimer le ressenti viscéral du frère d’Iphigénie, alors que Reinoud Van Mechelen induit de son chant clair et doux un charme qui s’accorde harmonieusement à celui d’ Olivia Doray.

Antonin Rondepierre (Triton)

Antonin Rondepierre (Triton)

Et c’est avec une splendide éloquence vocale que Floriane Hasler impose d’emblée une Diane très forte avec une grande capacité de droiture qui saisit le spectateur par sa perfection classique. L’impression est grave et humaine, sans la moindre arrogance.

Quand on connaît le terrible Thoas de Gluck, celui de Desmarest est bien moins impressionnant et David Witczak n’arrive pas à lui donner ce surplus d’ampleur qui devrait mieux imposer ce personnage vindicatif.

Olivia Doray (Electre) et Véronique Gens (Iphigénie)

Olivia Doray (Electre) et Véronique Gens (Iphigénie)

Parmi les rôles secondaires, Antonin Rondepierre, en Triton, se démarque sensiblement par la fine intelligibilité et subtilité de son chant très léger, et Tomislav Lavoie (L’Océan), Jehanne Amzal et Marine Lafdal-Franc, en prêtresses, complètent cet ensemble avec conviction.

Connaissant ce qu’écrivirent bien plus tard Wagner ou Debussy, on a une écoute un peu particulière à cet ouvrage marqué par un continuo lancinant singulièrement prononcé.

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Publié le 13 Septembre 2023

Orchestre et Chœur du Théâtre de La Scala de Milan
Concert du 12 septembre 2023
Théâtre des Champs-Elysées

Giuseppe Verdi (1813 - 1901)
Nabucco (1842, Milan) : Sinfonia, ‘Gli arredi festivi’, ‘Va’, pensiero, sull’ali dorate’
I Lombardi alla prima crociata (1842, Milan) : Coro della Processione ‘Gerusalem’, ‘O Signore, dal tetto natìo’
Ernani (1844, Venise) : Preludio, ‘Si ridesti il Leon di Castiglia’
Don Carlos (1867, Paris) : Finale balletto, ‘Spuntato ecco il dì d’esultanza’
Macbeth (1847, Florence - 1865, Paris) : Preludio, ‘Che faceste? Dite su!...’, ‘S’allontanarono!’,  ‘Patria oppressa! Il dolce nome’
Il Trovatore (1853, Rome) : Preludio, ‘Vedi, le fosche notturne spoglie’
La Forza del destino (1862, Saint-Pétersbourg) : Sinfonia, ‘Nella guerra è la follia’
Aida (1872, Le Caire) : ‘Gloria all’Egitto, ad Iside’
Bis Simon Boccanegra (1857, Venise): ‘Viva Simon, del popolo l’eletto!...’

Direction musicale Riccardo Chailly
Chef de Choeur Alberto Malazzi

Tournée européenne : Arènes de Vérone (31 août), Festival de Grafenegg (02 septembre), Konzerthaus de Vienne (04 septembre), Elbphilharmonie de Hambourg (05 septembre), Concertgebow d’Amsterdam (06 septembre), Musikkens Hus d’Aalborg (08 septembre), Bozar de Bruxelles (09 septembre – annulé), Philharmonie de Luxembourg (11 septembre)

Débutée aux Arènes de Vérone le 31 août dernier, la tournée européenne de l’Orchestre et du Chœur de la Scala de Milan s’achève au Théâtre des Champs-Élysées dans une ambiance étincelante à la rigueur quasi-martiale.

Le programme suit dans sa première partie une logique chronologique qui enchaîne les symphonies et les airs des 3 premiers grands succès de jeunesse de Giuseppe Verdi, ‘Nabucco’, ‘I Lombardi alla prima crociata’ et ‘Ernani’, qui sont développés, ce soir, selon une rythmique extrêmement précise sur un tempo modéré, telle une machine très bien huilée qui avance dans une tonalité spirituelle d’une forte emprise sur l’auditeur.

Riccardo Chailly

Riccardo Chailly

Le final du ballet de ‘Don Carlos’, écrit plus tard pour sa création parisienne, semble alors plus incongru, mais il apporte une légèreté très entraînante qui ne peut empêcher d’évoquer, pour ceux qui connaissent la mise en scène de Peter Konwitschny conçue pour l’opéra de Vienne, l’hilarant quatuor royal formé du Roi et de la Reine d’Espagne, l’Infante et la princesse Eboli, sous la forme d’un couple bourgeois moderne et conventionnel qui reçoit à dîner ses beaux parents.

Orchestre et Chœur de la Scala de Milan

Orchestre et Chœur de la Scala de Milan

Le point culminant du concert est alors atteint en début de seconde partie avec les extraits de ‘Macbeth’, le coup de génie de Verdi alors qu’il n’avait que 34 ans, introduit par la chaleur rutilante des cuivres et la puissance des cordes aux détails majestueux, suivies par l’allant des airs des sorcières et, surtout, la profondeur du chœur recueilli ‘Patria opressa’, écrit en 1865 pour la version parisienne, et qui atteint une intensité de velours qui rivalise avec la beauté des grands chœurs des opéras tragiques russes.

Chœur des sorcières de 'Macbeth'

Chœur des sorcières de 'Macbeth'

Riccardo Chailly présente ensuite un arrangement qui lie sans césure l’ouverture menaçante et pimpante d’’Il trovatore’ avec le chœur des forgerons du second acte et l’écho de ce même chœur repris un plus loin dans l’opéra, ensemble dominé par une densité rougeoyante très imagée, et enchaîne avec l’ouverture si célèbre de ‘La Force du destin’ qu’il fait suivre par une interprétation de ‘Nella guerra è la follia’ d’une très grande noblesse, bien qu’il s’agisse d’un chœur populaire.

La compacité sonore ancre ainsi une proximité naturelle avec l'esprit fougueux et dramatique de Verdi, et plusieurs 'Viva Verdi' seront lancés spontanément dans la salle par des spectateurs.

Alberto Malazzi et Riccardo Chailly

Alberto Malazzi et Riccardo Chailly

Le ‘Gloria all’Egitto, ad Iside’ d’’Aida’ permet enfin d’achever cette démonstration de maîtrise en l’ornant par de magnifiques effets d’irisation de la part des percussions, toujours dans cet esprit de souplesse très bien calibré, et le bis final qui déchaîne les furies de la fin du prologue de ‘Simon Boccanegra’, 'Viva Simon, del popolo l’eletto!…’, laisse entrevoir un message d’espoir qu’un jour, peut-être, un grand leader élu sans réserve par la majorité d’un peuple émergera pour le guider vers sa destinée.

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