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Publié le 10 Octobre 2026

Der Ring des Nibelungen - Götterdämmerung (Richard Wagner – Bayreuth, le 17 août 1876)
Répétition générale du 02 octobre 2026 et représentations du 08 et 11 octobre 2026
Opéra Bastille

Siegfried Andreas Schager
Gunther Johannes Martin Kränzle
Hagen Mika Kares
Alberich Brian Mulligan
Gutrune, Dritte Norn Sinead Campbell Wallace
Waltraute Eve-Maud Hubeaux
Brünnhilde Tamara Wilson
Erste Norn, Aude Extrémo
Zweite Norm Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Flosshilde Katharina Magiera
Woglinde Margarita Polonskaya
Wellgunde Isabel Signoret

Direction Musicale Pablo Heras-Casado
Mise en scène Calixto Bieito (2026)

Nouvelle production
Diffusion en direct sur Paris Opera Play, la plateforme de l'Opéra de Paris, le dimanche 22 novembre 2026 à 14h

Synopsis

La prédiction
Siegfried et Brunnhilde se séparent après s’être échangés l’anneau et le cheval Grane.
Pendant ce temps, le destin s’assombrit pour Wotan. Il a ordonné à ses guerriers d’amonceler autour du Walhalla le bois du Frêne Universel, maintenant mort, avec lequel fut taillée sa lance. Les trois Nornes prédisent l’incendie de la résidence divine.

Le filtre d’oubli
En suivant le Rhin, Siegfried arrive au palais des Gibichungen. Il est accueilli par Gunther et son demi-frère Hagen qui garde le vœux secret de recouvrir l’anneau pour son père, Alberich. Il a auparavant déjà proposé une alliance qui assurera la gloire du royaume : le mariage de Gunther avec Brünnhilde et de Gutrune, sa sœur, avec Siegfried. Il remet alors un filtre à Gutrune qui a le pouvoir de faire oublier l’amour de toute femme. Siegfried le boit, s’éprend de son hôte, et fait serment d’amitié avec Gunther en lui promettant de conquérir pour lui la vierge du roc.

La trahison
Pendant ce temps, Brünnhilde voit arriver une de ses sœurs, Waltraute, qui lui suggère de se débarrasser de l’anneau. Elle refuse. Siegfried survient sous les traits de Gunther (grâce au heaume magique), lui arrache l’anneau, et la garde pendant la nuit.
Cette même nuit, Alberich vient exhorter son fils à rester loyal à sa mission.
Au matin, le couple retourne au palais.  Brünnhilde comprend la trahison, mais Siegfried jure d’être innocent et, dans un accès de désespoir, la vierge voue la lance de Hagen à la destruction du héros. Gunther se laisse convaincre de la nécessité de tuer Siegfried. Brünnhilde révèle alors que le dos est la partie vulnérable de son corps.

La mort de Siegfried
Le lendemain, une partie de chasse a été arrangée. Siegfried rencontre les ondines qui le préviennent de sa mort prochaine, mais il refuse de leur remettre l’anneau. Plus tard, il est rejoint par ses hôtes. Hagen lui fait boire un breuvage qui ranime sa mémoire, et son récit du réveil de la vierge exacerbe le sentiment de trahison de Gunther. Hagen plante la lance dans le dos de Siegfried.

Le sacrifice de Brunnhilde
Au retour de la procession funèbre au palais, Gunther et Hagen se disputent l’anneau et ce dernier tue son frère. Au moment de s’emparer de l’anneau, Brünnhilde apparaît : les Filles du Rhin l’ont instruite de toute la vérité. Elle commande aux vassaux de dresser un bûcher sur lequel elle s’immolera et annonce la fin du Walhalla. Puis, elle plonge dans le bûcher avec Grane. Les flammes envahissent le palais, le consument, le Rhin déborde, éteignant le feu. Hagen se jette à l’eau pour récupérer l’anneau et se noie. Les survivants regardent avec crainte et émerveillement le Walhalla qui brûle avec les dieux.

Mika Kares (Hagen), Andreas Schager (Siegfried) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Mika Kares (Hagen), Andreas Schager (Siegfried) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Avec ce dernier volet, Calixto Bieito prouve à quel point il est toujours un metteur en scène qui compte dans le paysage lyrique en présentant une dernière journée du 'Ring' d'une percutante justesse de jeu et aussi d'une forte signifiance.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Sinead Campbell Wallace (Dritte Norn)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Sinead Campbell Wallace (Dritte Norn)

Devant une immense machine à tisser froidement métallique, image monumentale qui allie habilement la puissance technologique et l'une des conditions de la vie humaine moderne, rendue encore plus impressive sous les faisceaux lumineux semblant provenir d'un astre se levant au lointain, les trois nornes enroulent péniblement les câbles numériques de la connaissance, les cordes du destin, avant qu'ils ne se rompent, ce qui annonce un inéluctable obscurcissement du monde.

Puis, par un jeu de lumières et de rotation de cette unique pièce de décor, l’ombre d’une maison délabrée apparait.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Les retrouvailles de Siegfried et Brünnhilde débutent sur un ton badin en jouant à la fois de l'anneau, taillé telle une couronne, et de Grane, le cheval de bois de l'innocence, ce qui engendre une complicité presque hilarante entre Tamara Wilson et Andreas Schager, avant que ce dernier ne donne à Siegfried un visage moins léger, quittant ses vieux vêtements souillés du sang de Fafner pour un costume plus présentable, prêt à prendre le chemin vers les hautes sphères des Gibichungen.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Tableau d'une grande force dans sa manière sobre et efficace de représenter la vanité du pouvoir humain, une large table entourée de chaises en cuir s'étire devant un immense écran renvoyant une image de cieux nuageux, possiblement les symptômes d’un monde en guerre, comme si nous étions dans le bureau d'un grand directeur survolant le monde du haut de sa tour de verre.

Tout suggère ici le vide absolu autour de ce lieu dominateur.

Le Crépuscule des Dieux (Wilson Schager Kares Heras-Casado Bieito) Opéra de Paris

Avec son autorité de velours noir, Mika Kares fait vivre un Hagen fabuleux, appuyé d'une présence magnétique éloquente fort bien incarnée, alors que Johannes Martin Kränzle, baryton de caractère très incisif, tout juste un peu plus prudent dans les aigus, se complet dans un jeu frénétique qui fait de Günther, le demi-frère de Hagen, un être fort instable mentalement.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Entourée de ces deux hommes ambitieux, Sinead Campbell Wallace offre à Gutrune une attitude initialement froide avant de révéler sa pleine sensibilité et, surtout, une ampleur vocale dramatique d’un beau métal qui lui donne une stature d’une rare noblesse dans ce rôle.

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Eve-Maud Hubeaux (Waltraute)

Tamara Wilson (Brünnhilde) et Eve-Maud Hubeaux (Waltraute)

Toujours dans l’idée de saisir le spectateur par l’artificialité de ce monde numérique, Calixto Bieito révèle par un jeu d’illusion théâtrale la transparence de ce grand dispositif qui se métamorphose en une sorte d’immense grille électronique parcellée de veilleuses rouges au moment de retrouver Brünnhilde. 

En lambeaux, Waltraute surgit vêtue d'une tenue post-apocalyptique, comme si elle avait survécu au cataclysme provoqué par Wotan à la fin de ‘La Walkyrie’, bien que gravement brûlée.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Le jeu épileptique effrayant qu'obtient Calixto Bieito de la part d'Eve-Maud Hubeaux augmente la dimension tragique de son intervention, une véritable urgence théâtrale que la mezzo-soprano française appuie de son grand sens déclamatoire avec sa voix moins chargée de noirceur que d'autres interprètes, mais spectaculairement nerveuse.

Ce qui est très intéressant dans la progression dramatique, est de voir comment Tamara Wilson prend d'abord de haut sa partenaire afin d'extirper de Brünnhilde un sentiment de mépris vis-à-vis de sa sœur, ce qui la rend antipathique, pour ensuite se retrouver face à un Andreas Schager, vocalement assombri afin de se faire passer pour Günther sous l'emprise du filtre d'oubli, qui, à son tour, se prend à humilier sa partenaire en lui reprenant l'anneau.

Cette scène est traitée comme si Brünnhilde était une jeune femme qui se retrouvait face à son d'amour d'enfance devenu un homme feignant la maturité avec une insensibilité visant à lui détruire le cœur.

Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen) et Sinead Campbell Wallace (Gutrune)

Le second acte recèle moins de surprises en terme de jeu, même si Calixto Bieito maintient les artistes sur un haut niveau d'incarnation, mais débute par une fascinante projection d'images de salles de concert, de théâtres et de cathédrales au style expressionniste et se déformant au fil de la musique évanescente et dépressive de l'ouverture, magnifiques chefs-d’œuvre architecturaux témoins de la puissance d'un monde sur le point de disparaître totalement.

Tamara Wilson (Brünnhilde), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Tamara Wilson (Brünnhilde), Mika Kares (Hagen) et Johannes Martin Kränzle (Gunther)

Ce qui s'admire le plus est la capacité du metteur en scène à utiliser les ombres du décor pivot générées par les différents axes de projections de lumières pour l'élargir et atteindre même les parois de l'avant-scène et de la salle, afin d'intégrer celle-ci dans la scénographie. 

Excellent de par sa verve maîtrisée, le chœur n'est pas inutilement animé, mais la façon de faire avancer très lentement les vassaux vers la fosse d'orchestre au moment des noces de Gunther et Brünnhilde, telle une force sortie de l'ombre, leur donne une présence feutrée bien ancrée. 

Le Crépuscule des Dieux (Wilson Schager Kares Heras-Casado Bieito) Opéra de Paris

La dernière partie est dominée par la valeur esthétique de sa vidéographie. La mémoire de Siegfried altérée par le filtre se trouve explosée en une multitude de vignettes multicolores aspirées dans les limbes d'un trou noir, la métaphore du nihilisme qui entoure le mystère de l'anneau.

Ces visions se déroulent en surplomb d'une scène de repas préalablement préparée par les trois filles du Rhin, telles des maîtresses de maison bourgeoises, Siegfried n'étant que la victime attendue de cette cérémonie, véritable traquenard digne d'un roman d'Agatha Christie, où tous espèrent récupérer l'anneau, y compris Alberich - Brian Mulligan est toujours aussi génial à traduire la folie mentale du nain - ainsi que les nornes convoquées pour l'occasion.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn), Andreas Schager (Siegfried) et Brian Mulligan (Alberich)

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn), Andreas Schager (Siegfried) et Brian Mulligan (Alberich)

De ce grand tableau, on ne peut s’empêcher de voir un coup de canif passé aux grands repas de famille faussement amicaux, où les enjeux de pouvoir se cachent sous des jeux de piques entre convives.

Isabel Signoret (Wellgunde), Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Katharina Magiera (Flosshilde), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Brian Mulligan (Alberich)

Isabel Signoret (Wellgunde), Andreas Schager (Siegfried), Mika Kares (Hagen), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Katharina Magiera (Flosshilde), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Zweite Norn) et Brian Mulligan (Alberich)

Après s'être livré avec un enjouement délirant à ce parcours vers les cimes tout au long de la soirée, Andreas Schager, dont on ne cesse d'être ébloui par son assurance vocale et ses éclats très francs qui sont l’exemple même de l'engagement artistique en ce qu'il a de plus extrême, au risque de trop éprouver sa voix, ce qui s'entend subrepticement, joue avec chacun des invités avant que son Siegfried sans peur ne finisse assassiner sur la table tout en longueur, et ne laisse la place à la grande scène finale que Tamara Wilson chantera en abandonnant l'anneau, laissé seul au sol afin d'interroger l'auditeur sur son rapport à la possession - un habile détournement de l'injonction de Hagen 'Vous n'aurez pas l'anneau!' -, avec une fraîcheur et une luminosité vocale à la hauteur du personnage enfantin que lui fait dessiner Calixto Bieito depuis le début, et allégé de toute solennité lorsqu'elle s'éloigne en tournoyant comme emportée dans les remous ténébreux du Rhin.

Sinead Campbell Wallace (Gutrune) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Sinead Campbell Wallace (Gutrune) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

En effet, elle démontre à quel point elle est capable de faire de son corps bien en chair un moteur théâtral que bien des chanteurs n'ont pas, comme si elle tirait son inspiration de ses interactions vives avec les différents protagonistes, les colorations de son timbre de voix changeant sans discontinuité harmonique, avec une capacité à brillamment profiler le son de façon vaillante, mais aussi en induisant des intonations plus attendries qui dépeignent au final un personnage haut en couleur et d'une résistance à toute épreuve.

Émane ainsi de son interprétation de Brünnhilde une pureté que l'on n'entend pas souvent, y compris sur la grande scène de Bayreuth.

Aude Extrémo et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Aude Extrémo et Marie-Andrée Bouchard-Lesieur

Et à cette distribution émérite, l'impressionnante noirceur d'ébène d'Aude Extrémo et le dramatisme de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, toutes deux nornes associées à Sinead Campbell Wallace, ainsi que l'unité vocale des trois filles du Rhin tenues par Katharina Magiera, Margarita Polonskaya et Isabel Signoret, apportent un contrepoint parfaitement inséré à la coloration d'ensemble du drame.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Tamara Wilson et Mika Kares

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Tamara Wilson et Mika Kares

Aux commandes de l'Orchestre de l'Opéra national de Paris, Pablo Heras-Casado se démarque de la direction qu'il avait tenu pour les premiers volets en choisissant des tempi plus lents, au dramatisme peu appuyé, créant surtout une tissure ondoyante aux timbres ambrés d'une subtile finesse et parcellée d'éclats des vents, puissante mais sans jamais rechercher l'effet par trop flamboyant.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle et Eve-Maud Hubeaux

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle et Eve-Maud Hubeaux

S'entendent également au fil de la représentation une progressivité dans l'intensité orchestrale et une précision d’orfèvre acérée à dessiner les lignes mélodiques une fois la plénitude de geste atteinte. Très attentif aux chanteurs, il les soutient pour en faire les véritables moteurs du drame, renforçant de fait leur mise en valeur opérée par Calixto Bieito depuis le début de ce 'Ring' empreint de névroses technologiques et de course à l'abîme.

Il en résulte un accueil chaleureux de la part du public pour le chef d'orchestre espagnol, et une impatience à retrouver son compatriote de la direction scénique lors des saluts du Festival 'Ring' prévu au mois de novembre prochain.

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Andreas Schager

Brian Mulligan, Sinead Campbell Wallace, Mika Kares, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado et Andreas Schager

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Publié le 19 Septembre 2026

Hamlet (Ambroise Thomas – 09 mars 1868, Salle Le Peletier)

Répétition générale du 15 septembre et
représentations du 18 et 30 septembre 2026
Opéra Bastille

Hamlet John Osborn
Claudius Jean Teitgen
Laërte Julien Henric
Le Spectre Laurent Naouri
Horatio Vartan Gabrielian
Marcellus Manase Latu
Gertrude Clémentine Margaine
Ophélie Adela Zaharia
Polonius André Heyboer
Premier Fossoyeur Morgan-Andrew King
Second Fossoyeur Bergsvein Toverud
Les comédiens itinérants Danielle Gabou, Sean Patrick Mombruno, Djeff Tilus

Danseurs Tiziana Fimiani, Nicolas Mariot

Direction musicale Michael Schønwandt
Mise en scène Krzysztof Warlikowski (2023)
Décors et costumes Małgorzata Szczęśniak
Lumières Felice Ross
Vidéo Denis Guéguin
Chorégraphie Claude Bardouil

De retour sur la scène de l'Opéra national de Paris depuis le 11 mars 2023, dans sa version baryton et après 85 ans d'absence, le chef-d’œuvre d'Ambroise Thomas est repris à l'Opéra Bastille dans sa version d'origine écrite pour ténor (1863) qui n'a connu une renaissance mondiale que le 15 juillet 2022 à l'occasion du Festival Radio-France Montpellier, sous la direction de Michael Schønwandt.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

C'est donc une magnifique opportunité pour le chef danois que de diriger à nouveau ce 'Hamlet' pour ténor en version scénique, en outre dans la production de Krzysztof Warlikowski, qui est un metteur en scène auquel l'institution lyrique nationale a déjà confié deux autres lectures de chefs-d’œuvre lyriques historiquement créés en ses murs, 'Iphigénie en Tauride' de Christoph Willibald Gluck, en juin 2006, et 'Don Carlos' de Giuseppe Verdi, en octobre 2017.

Laurent Naouri (Le Spectre)

Laurent Naouri (Le Spectre)

Ce spectacle n'a rien perdu de son pouvoir de fascination, non seulement parce qu'il se déroule au centre d'un décor puissant, les grilles d'acier monumentales d'un centre d'internement où Hamlet ressasse son passé, mais aussi parce qu'il est traversé par une poétique inspirée du téléfilm d'Ingmar Bergman 'Larmar och gör sig till' ('En présence d'un clown') qui représente le spectre du père d'Hamlet sous les traits d'un clown blanc, ce qui a pour effet de renvoyer à des images d'enfance angoissantes, auxquelles est associée une impressionnante vidéographie réalisée par Denis Guéguin qui met en regard les jeux de clair-obscur de la Lune, entourée d'un amas d'étoiles, avec les ombres du visage de ce clown, une manière de suggérer une âme malade et l'imminence de la mort. C'est aussi une saisissante façon de traduire la défiance d'Hamlet vis à vis du Soleil, du jour et de la lumière, telle qu'il exprime dès la première scène.

Adela Zaharia (Ophélie)

Adela Zaharia (Ophélie)

Plus discrètes, des images noir et blanc du film de Robert Bresson, 'Les Dames du Bois de Boulogne', une histoire d'amour, d'infidélité et de vengeance, s'immiscent dans la scénographie avec le personnage tout en noir et vengeur incarné par Maria Casarès qui suggère, en filigrane, le mal qui ronge Hamlet. 

D'ailleurs, ce que voit le spectateur sur scène est la représentation du monde tel qu'Hamlet le vit en son for intérieur, à l'image de la séquence festive en ouverture où tous les courtisans sont en deuil alors que se rejoue de façon imaginaire la scène de couronnement de Claudius et de la Reine désormais vieillissante.

John Osborn (Hamlet) et Clémentine Margaine (Gertrude)

John Osborn (Hamlet) et Clémentine Margaine (Gertrude)

Étrange peut paraître le fait de contempler le Roi, Ophélie et son frère jouer aux cartes ensemble dans la scène introductive, mais la réaction perturbée, voir horrifiée, d'Hamlet à les voir tous les trois - il s'agit toujours d'une fantasmagorie mentale - questionne le spectateur sur ce qui a pu se passer pour qu'il éprouve un tel choc, ce qui va effectivement être raconté dans les séquences qui suivront.

Hamlet (Osborn Zaharia Schønwandt Warlikowski) Opéra Paris

Le décalage temporel induit par la mise en scène, qui projette 20 ans après les faits les premier et dernier actes, structure ainsi la narration, à la base linéaire, comme dans 'Les Contes d'Hoffmann' d'Offenbach, si bien que le centre de la représentation se joue dans cet asile où les pensionnaires répètent un grand spectacle, à l'instar d'Hamlet qui prépare une reconstitution du 'Meurtre de Gonzague', avec une vitalité scénique souvent fort drôle, alors que le contexte triste d'enfermement et de dégénérescence mentale est aussi montré dans l'espace qui longe la paroi latérale du décor.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

Danielle Gabou, Sean Patrick Mombruno et Djeff Tilus, trois fidèles comédiens noirs qu'apprécie Krzysztof Warlikowski, et que l'on avait pu voir dans la production de 'Der Rosenkavalier' au Théâtre des Champs-Élysées, utilisent la plastique de leurs corps, silhouette à la Niki de Saint Phalle pour l'une, longiligne comme le dépeindrait El Greco pour le second, et leur forte expressivité du visage pour induire au premier abord un loufoque irrésistible, avant de quitter cette apparence légère pour arborer une attitude calculatrice et meurtrière bien plus inquiétante quand s'achève la pantomime fictive destinée à confondre le nouveau Roi.

Danielle Gabou

Danielle Gabou

Mais il y a aussi le talent envoutant de Felice Ross à organiser et fusionner les lumières qu'elle nuance poétiquement et harmonise continuellement, pour assombrir où pour colorer subtilement les échanges et confrontations entre protagonistes, au point de donner une impression d'irréalisme et de vie à travers le décor, comme on peut le ressentir au 3e acte où Hamlet rejette Ophélie injustement quand il découvre la relation entre son père et le Roi, mais aussi quand il reproche à sa mère d'être complice du meurtre, tout en lui restant attaché lorsqu'il lui suggère de dormir en paix.

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

Et cette mise en scène atteint son summum de poésie et de flamboyance au IVe acte qui rétablit les deux premiers mouvements du ballet composé pour la création parisienne d''Hamlet' en 1868, où choristes de l'Opéra de Paris, comédiens et danseurs interprètent le spectacle qui était en préparation avec une verve réjouissante mais aussi une tonalité macabre par l'emploi de masques blancs.

Tiziana Fimiani ouvre le premier mouvement sur pointes par des battements d'ailes de cygne blessé, une délicate variation immédiatement ovationnée.

Il y a dans toute cette scène l'idée que même dans sa folie et à l'approche de la mort, l'homme peut s'inventer son propre espace de liberté. Véritablement un immense travail de coordination maîtrisé et aéré mené par Krzyzstof Warlikowski et Claude Bardouil pour créer des poses sculpturales et esthétiques impressives.

Chœur de l'Opéra national de Paris, Nicolas Mariot (danseur) et Tiziana Fimiani (danseuse)

Chœur de l'Opéra national de Paris, Nicolas Mariot (danseur) et Tiziana Fimiani (danseuse)

Un élégant danseur, Nicolas Mariot, vêtu de noir et coiffé de la même chevelure blonde qu'Ophélie l'accompagne avec une grâce inoubliable, alors que Sean Patrick Mombruno s'approche d'elle sous les traits d'ombres et de lumières projetés par les grilles du décor, le tout subjugué par le chant mélodieux de la jeune femme perdant la raison sous le regard de son père, du Roi et de la Reine consternés, mais en vrais coupables qu'ils sont.

Adela Zaharia (Ophélie), Sean Patrick Mombruno (comédien) et Nicolas Mariot (danseur)

Adela Zaharia (Ophélie), Sean Patrick Mombruno (comédien) et Nicolas Mariot (danseur)

Enfin, le retour à la situation de départ révèle un Hamlet ayant pris les traits de son père mais avec un prestigieux costume de Pierrot noir, car dans son ressassement, et sous l'impulsion du spectre de son père, il a trouvé la volonté d'être et d'assumer son désir de vengeance en tuant son beau père, même de façon symbolique, après que le frère d'Ophélie lui ait appris la fin tragique de celle qu'il aimait, que l'on voit disperser des cendres au premier plan, un bonheur perdu et l'âme consumée d'Hamlet.

John Osborn (Hamlet) et Julien Henric (Laërte)

John Osborn (Hamlet) et Julien Henric (Laërte)

Si, en ce soir de première, ce spectacle est aussi magnifiquement abouti, c'est non seulement du à l'implication de toute l'équipe de production venue pendant quatre semaines répéter avec la nouvelle distribution, mais aussi parce que celle-ci s'engage théâtralement avec un vrai désir de servir la cohérence du drame.

Seul artiste lyrique depuis Etienne Dereims (1890) à chanter la version originale pour ténor d''Hamlet'  en version scénique, d'abord à Turin en 2025, dans une production de Jacopo Spirei, puis dorénavant à l'Opéra Bastille dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, John Osborn est un exceptionnel soliste américain qui se fait fort de défendre le grand opéra français du XIXe siècle sur les grandes scènes du monde, sans véritable concurrence aujourd'hui. 

John Osborn (Hamlet)

John Osborn (Hamlet)

A l'Opéra national de Paris, nous l'avons seulement entendu en 2018 dans un premier rôle du répertoire français à l'occasion du retour sur scène de 'Benvenuto Cellini' d'Hector Berlioz, et il offre à nouveau au public un chant superbement naturel et une maîtrise de l'élocution qui le rendent facilement compréhensible, tout en faisant résonner Hamlet avec le personnage d'Hoffmann, tant la mélancolie attendrissante, mais aussi héroïque, de son timbre le rapproche de l'amoureux malchanceux auquel Jacques Offenbach a voué son seul véritable opéra.

Il s'imprègne d'ailleurs parfaitement du jeu dépressif et détaché appuyé par la mise en scène, et exhale un souffle long, puissant et vibrant avec des accents enfantins qui changent la perception plus noire et névrosée qu'un baryton tel Ludovic Tézier avait dépeint en 2023 de façon plus inquiétante, et qui lui donnent aussi une certaine jeunesse et une clarté plus romantique.

André Heyboer, Laurent Naouri, Jean Teitgen et Clémentine Margaine

André Heyboer, Laurent Naouri, Jean Teitgen et Clémentine Margaine

Il retrouve dans le rôle de sa mère celle qui l'incarnait déjà à Turin l'année dernière, Clémentine Margaine, qui prend possession de ce personnage avec un ancrage phénoménal, un art de la signature vocale d'une noirceur fort autoritaire, une rage théâtrale brute très bien rendue lorsqu'elle surgit dans son appartement après l'affront de la pièce présentée par Hamlet, et, par ailleurs, elle ne craint pas de se montrer plus démonstrative que de raison, son goût pour le vérisme et sa violence prenant aisément le dessus.

Adela Zaharia (Ophélie)

Adela Zaharia (Ophélie)

D'une plénitude vocale incendiaire, Adela Zaharia compense le peu de contraste dans sa formulation de la langue française par une aisance technique et une polychromie éclatante qui laissent cependant peu de place au sentiment de fragilité. Son Ophélie exubérante fait sensation tant elle prend possession de la salle avec un galbe vocal séduisant.

Son frère, Laërte, est chanté par Julien Henric avec de belles impulsions dans les lignes vocales, et son père, Polonius, est incarné par le baryton français André Heyboer qui fait son retour à l'Opéra de Paris après 10 ans d'absence, caractérisé par une noirceur anthracite adéquate dans ce rôle de conspirateur.

Laurent Naouri (Le Spectre)

Laurent Naouri (Le Spectre)

A l'inverse, Laurent Naouri est la noirceur extravertie par excellence, un relief franc fortement présent qui lui permet d’asseoir une personnalité percutante, tout en prenant soin de la clarté de sa diction, et en s'appropriant minutieusement la personnalité clownesque du spectre.  Les vidéographies qu'en tire Denis Guéguin, avec de vives transitions entre allures comiques, starisées ou bien diaboliques, sont absolument magnétiques et ont tendance à parfois divertir de l'action scénique.

Clémentine Margaine (Gertrude) et Jean Teitgen (Claudius)

Clémentine Margaine (Gertrude) et Jean Teitgen (Claudius)

Seul chanteur à reprendre son rôle de la création en 2023, Jean Teitgen a lui aussi un impact sonore massif, une noirceur autrement plus caverneuse que celle de Laurent Naouri, avec des nuances de couleurs assez complexes qui décrivent un personnage puissant mais perturbé intérieurement. Il se prête bien au jeu lui aussi, tout en restant sobre et avec une humanité qui adoucit le portrait du Roi criminel.

Vartan Gabrielian (Horatio) et Manase Latu (Marcellus)

Vartan Gabrielian (Horatio) et Manase Latu (Marcellus)

Respectivement Horatio et Marcellus, Vartan Gabrielian et Manase Latu défendent un beau délié vocal, ce dernier, ténor polynésien, ayant en plus un timbre soyeux qui le prédestine à des rôles belcantistes de tout premier ordre.

Enfin, Morgan-Andrew King et Bergsvein Toverud se montrent imparablement directs et froids au cours de leur réflexion sur la faiblesse des vanités face à la mort que les deux fossoyeurs racontent devant le corps de Sean Patrick Mombruno, l'assassin dans la pièce du 'Meurtre de Gonzague', sous les pleurs émouvants de Danielle Gabou et Djeff Tilus.

Danielle Gabou

Danielle Gabou

En grand architecte musical qu'il est, Michael Schønwandt insuffle une intensité iridescente à l'écriture orchestrale, et rend à la musique d'Ambroise Thomas une splendide fluidité narrative, ostentatoire quand il le faut, et d'une délicatesse diaphane qui fait honneur à l'inspiration du musicien français.

Laurent Naouri, Michael Schønwandt et Adela Zaharia

Laurent Naouri, Michael Schønwandt et Adela Zaharia

Par ailleurs, les grands ensembles de chœurs jouissent d'une excellente synchronisation surtout quand ils doivent jouer et danser afin de donner de la vie à cet environnement carcéral, avec un grand sens de la clameur populaire propice à galvaniser l'audience, et aussi une capacité à recréer une atmosphère intimiste avec une douceur unifiée.

Une reprise de 'Don Carlos' sous la direction de Michael Schønwandt, et dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, s'impose donc absolument à l'avenir. Espérons-le!

Krzysztof Warlikowski et Małgorzata Szczęśniak

Krzysztof Warlikowski et Małgorzata Szczęśniak

John Osborn, Krzysztof Warlikowski et Clémentine Margaine

John Osborn, Krzysztof Warlikowski et Clémentine Margaine

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Publié le 10 Septembre 2026

Perle Noire, Méditations pour Joséphine
(Tyshawn Sorey - 2016)
Répétition générale du 07 septembre et

représentation du 09 septembre 2026
Palais Garnier

Bye Bye Blackbird (1926)
C'est ça le vrai bonheur (1953)
Madiana (1933)
Si j'étais blanche (1933)
Doudou (1936)
C'est lui (1934)
Terre sèche (1959)
My Father How Long? (chant documenté en 1867)

Piano et percussions Tyshawn Sorey
Guitare électrique Daniel Lippel
Flûte Alice Teyssier
Violon Jennifer Curtis
Basson Rebekah Heller
Saxophone Travis Laplante
Textes parlés Claudia Rankine
Concept et chant Julia Bullock

Direction Musicale Tyshawn Sorey
Mise en scène Peter Sellars
International Contemporary Ensemble

Production créée au Dutch National Opera, Amsterdam

Créé le 11 juin 2016 au Libbey Bowl, à Ojai, en Californie, sous le titre 'Josephine Baker: A Portrait', et repris une semaine plus tard à Berkeley, ce projet a été fortement remanié, en passant d'une durée d'une heure à une heure cinquante, sous le titre 'Perle Noire: Meditations for Josephine',  et a été notamment repris à Houston, au Metropolitan Museum of Art de New York puis Boston.

Julia Bullock

Julia Bullock

Initialement programmé en avril 2020 sous forme d'une nouvelle production qui devait être donnée au Théâtre du Châtelet, sa première européenne sera finalement reportée à l’Opéra d’Amsterdam, trois ans plus tard, puis reprise à Adelaïde, en Australie, avant d'arriver au Palais Garnier pour une longue série de représentations.

‘Perle Noire’ rend hommage à Joséphine Baker qui fut membre de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui apporta un fort soutien aux mouvements des droits des citoyens, elle qui fut victime de discriminations à New-York (on refusera de la servir au Stork Club en 1951).

Julia Bullock

Julia Bullock

La conception musicale de cette pièce est confiée à Tyshawn Sorey, musicien et compositeur né dans le New-Jersey en 1980, un artiste qui aime croiser les genres, du jazz au classique contemporain, et conserver une grande liberté lors de ses interprétations. Autant dire qu'il est bien difficile de catégoriser son œuvre.

Le dispositif installé à l'avant scène de la scène Garnier est ainsi composé uniquement d'une petite estrade performative surélevée au dessus de quelques marches qui laisse entrevoir, en arrière-plan, les murs du théâtre, flanquée, côté cour, de la flûtiste Alice Teyssier, de la bassoniste Rebekah Heller et du saxophoniste Travis Laplante, et côté jardin, de la violoniste Jennifer Curtis, du guitariste électrique Daniel  Lippe et de la batterie et du piano de Tyshawn Sorey.

Il ne faut pas s'attendre à entendre sous leur forme d'origine les airs que chantait Joséphine Baker, de 'Bye Bye Blackbird' à 'Terre Sèche', car ils sont musicalement transformés, dépouillés de leur forme légère, pour devenir la matière d'une réflexion profonde sur la condition d'une personne à la peau noire.

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Julia Bullock entourée de Tyshawn Sorey (piano), Jennifer Curtis (violon), Alice Teyssier (Flûte), Rebekah Heller (Basson) et Travis Laplante (saxophone)

Les textes écrits par la dramaturge Claudia Rankine font le lien entre ces airs en prêtant une voix qui déplore le racisme en Amérique mais qui dépeint aussi la logique d'une femme qui veut être libre dans son rapport au corps et aux autres.
Clairement, le spectateur est pris à partie, et les mots ne cherchent pas forcément à le mettre à l'aise.

La musique de Tyshawn Sorey sait créer une ambiance feutrée, mais il ne s'y attarde pas trop longtemps lorsque les traits des vents prennent des aspects vrillés qui ajoutent de la tension, de la même manière que le musicien quitte nonchalamment les touches si douces de son piano pour s'emparer de sa batterie pour induire beaucoup plus de dissonances et de coups de théâtre.

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Julia Bullock avec en arrière plan Jennifer Curtis (violon)

Née comme Joséphine Baker à Saint-Louis, Missouri, Julia Bullock fait ses débuts à l’Opéra de Paris, elle qui est une artiste notamment connue pour avoir participé à plusieurs projets d'envergure avec Peter Sellars tels ‘The Indian Queen’ (Madrid, 2013), ‘Girls of the Golden West’ (San Francisco, 2017) ou bien ‘El Niño’ (New-York – Cathedral St John the Divine, 2022).

Elle est cette fois sonorisée, mais elle surprend par la noirceur des graves qu'elle arrive à développer, tout en s’engageant corporellement avec des mouvements parfois très ondulants, mais aussi avec beaucoup de pauses réflexives qui alimentent le questionnement très humain qu'elle a sur elle même, car cette intériorité résonne avec celle de l'auditeur qui va inévitablement être touché par certains propos écorchés.

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Tyshawn Sorey et Julia Bullock entourés de Daniel Lippe, Jennifer Curtis, Alice Teyssier, Rebekah Heller et Travis Laplante

Peter Sellars, présent à cette première, a le don de donner confiance à cette artiste courageuse, et si son travail de mise en scène joue sur l'expression des différents états d'âmes de l'artiste, il s'appuie aussi sur un subtil jeu d'éclairages aux variations nuancées, aussi bien près de la fosse d'orchestre que sur le fond de scène.

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Tyshawn Sorey, Julia Bullock et Peter Sellars

Sur une très belle scène finale où les musiciens se lèvent autour du corps de Julia Bullock pour jouer sous forme de murmure instrumental, avec une sensibilité extrême, le célèbre 'My Father How Long?', chant d'esclaves né au cours de la guerre de Sécession, les lumières s'éteignent pour laisser place à un accueil très chaleureux pour l’ensemble des artistes, prodigué par un public d'origine internationale où l'on peut aussi relever la présence de plus de personnes de couleurs qu'à l'accoutumée, ce qui place ce spectacle tout à fait dans la ligne plus visiblement inclusive que défend l'Opéra de Paris depuis ces dernières années, et qui n'est que la seconde pièce afro-américaine à être jouée sur la scène Garnier après 'The Temptation of Saint-Anthony' de Bernice Johnson Reagon qui y fit sa première officielle à l'automne 2005.

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Publié le 12 Mai 2026

Rusalka (Antonín Dvořák – 31 mars 1901, Prague)
Répétition générale du 30 avril et représentation du 08 mai 2026
Opéra Bastille

Le Prince Sergei Skorokhodov
La Princesse étrangère Ekaterina Gubanova
Rusalka Nicole Car
L'Esprit du lac Dimitry Ivashchenko
Ježibaba Jamie Barton
La Voix d'un chasseur Florent Mbia
Le Garçon de cuisine Seray Pinar
Première nymphe Margarita Polonskaya
Deuxième nymphe Maria Warenberg
Troisième nymphe Noa Beinart
Le Garde forestier Florent Mbia

Direction musicale Kazushi Ōno
Mise en scène Robert Carsen (2002)                                     
 Nicole Car

Diffusion en direct le vendredi 8 mai 2026 à 19h30 sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris.

De la période d’Hugues Gall, le directeur de l’Opéra national de Paris de 1995 à 2004, seules trois productions ont été reprises par chacun des quatre directeurs qui ont successivement conduit l’institution : il s’agit de ‘Platée’ (Laurent Pelly - avril 1999), ‘Les Contes d’Hoffmann’ (Robert Carsen - avril 2000) et ‘Rusalka’ mis en scène également par Robert Carsen en juin 2002 lors de son entrée au répertoire.

Nicole Car (Rusalka)

Nicole Car (Rusalka)

Le chef d’œuvre d’Antonín Dvořák trouve en effet à travers l’épure soignée de cette production emblématique, qui démultiplie les troubles et le mal-être que doit traverser une jeune fille pour devenir totalement femme, une lecture moderne profondément humaine qui résiste au temps.

Tout est beau et signifiant dans cette production, le passage du milieu aquatique au confort de la société humaine avec ce lit et son reflet en suspension dans une ambiance bleutée, l’apparence d’un monde scindé en deux au second acte, entre vie réelle et vie désincarnée, pour lequel Rusalka n’éprouve que malaise, les roses rouges associées aux névroses du désir charnel, le feu qui anime Ježibaba et qui donne de la puissance au symbole du lit, tout cela dans une ambiance fantasmagorique subtilement baignée d’ondes marines vidéographiques où s’évanouissent, au final, les angoisses afin que s’accomplisse le destin de femme de Rusalka.

Jamie Barton (Ježibaba) et Nicole Car (Rusalka)

Jamie Barton (Ježibaba) et Nicole Car (Rusalka)

Et à l’occasion de cette reprise, le chef d’orchestre japonais Kazushi Ōno revient dans la fosse d’orchestre de l’Opéra Bastille 17 ans après y avoir dirigé avec une luxuriance mémorable ‘Le Roi Roger’ de Karol Szymanowski dans une mise en scène disruptive de Krzysztof Warlikowski.

Il offre ce soir une lecture extraordinaire où la musique s’imprègne d’une énergie fabuleuse avec des frémissements de cordes splendidement soyeux et iridescents, des déploiements orchestraux amples irrigués par des convolutions de courants instrumentaux fascinants qui rappellent, parfois, la complexité des mouvements wagnériens de ‘Parsifal’, une excellente coloration des vents, et une légèreté de geste dont l’onirisme peut soudainement entraîner une tension théâtrale d’un magnifique éclat, un émerveillement sensoriel de bout en bout.

Margarita Polonskaya, Maria Warenberg et Noa Beinart (les trois nymphes)

Margarita Polonskaya, Maria Warenberg et Noa Beinart (les trois nymphes)

Il faut espérer que les spectateurs néophytes - l’Opéra de Paris a d’emblée proposé pour ce spectacle des prix moitié moins élevés qu’à l’accoutumée, ce qui a contribué à rajeunir l’audience et à rendre l’ambiance plus familiale -  seront sensibles au raffinement de cette musique et à l’intensité de cette somptueuse peinture qui en magnifie les mouvements mélodiques.

Nicole Car (Rusalka)

Nicole Car (Rusalka)

D’autant plus que Nicole Car met en valeur son épanouissement vocal avec une incandescence dramatique éblouissante. La soprano australienne n’a abordé le rôle de Rusalka pour la première fois qu’en juillet 2025 à Sydney, avant de le reprendre à Vienne début 2026, ce qui lui permet de nourrir avec confiance ce personnage de petite sirène dont elle éprouve les soupirs rêveurs avec délicatesse, et restitue les tourments aussi bien à travers les déformations expressives de ses graves allégés qu’en extériorisant une impressionnante emprise sonore qui s’est dorénavant élargie au point de donner, là aussi, une dimension quasi-wagnérienne à son interprétation. 

Nicole Car (Rusalka) et Sergei Skorokhodov (Le Prince Sergei)

Nicole Car (Rusalka) et Sergei Skorokhodov (Le Prince Sergei)

On ne peut en effet s’empêcher de penser, en l’écoutant, à la ferveur romantique de Sieglinde, avec cette façon de jeter au visage de l’auditeur des aigus lumineux et puissants tout en dominant la forte présence orchestrale. Les limites ne semblent pas encore atteintes pour cette artiste qui sait traduire les tressaillements de ses héroïnes avec une vérité profondément poignante.

Nicole Car (Rusalka) et Ekaterina Gubanova (La Princesse étrangère)

Nicole Car (Rusalka) et Ekaterina Gubanova (La Princesse étrangère)

Dans le rôle du Prince, Sergei Skorokhodov lui oppose un personnage d’allure austère et très mature, impression qui se trouve par ailleurs renforcée par son costume contemporain, avec un chant aux intonations naturellement slaves qu’il teinte d’impulsions nuancées et bien affirmées, mais avec un timbre un peu rude et voilé qui tranche avec le brillant de sa partenaire.

De par son tempérament enflammé, Ekaterina Gubanova s’impose mieux en Princesse étrangère face à l’orchestre et retrouve de la couleur dans ses graves qui semblaient s’atténuer sensiblement lors des ses récentes incarnations wagnériennes à Munich (Fricka), New-York (Brangäne) ou Vienne (Vénus). Elle sait défendre ces caractères hautains et très sûrs d’eux-mêmes, et il faut lui souhaiter qu’elle ait à cœur de se préserver pour ses prochaines incarnations afin de leur donner une densité la plus centrée possible.

Seray Pinar (Le Garçon de cuisine) et Florent Mbia (Le Garde forestier)

Seray Pinar (Le Garçon de cuisine) et Florent Mbia (Le Garde forestier)

En Ježibaba, Jamie Barton joue des raucités impressionnantes de sa voix pour sculpter une personnalité vocale abrupte, avec des noirceurs bien contrastées qui lui donnent cette autorité qui ne peut que rendre plus inquiétant pour Rusalka le passage dans le monde humain qu’elle espère, alors que Dimitry Ivashchenko réussit bien à insuffler une certaine bienveillance dans les propos de l'Esprit du lac, ses couleurs basses mélancoliques et sa tessiture aiguë beaucoup plus couverte faisant presque ressentir une nature dépressive chez cette figure du père devant accepter l'émancipation de sa fille.

Ekaterina Gubanova et Florent Mbia

Ekaterina Gubanova et Florent Mbia

Et parmi les rôles secondaires, Florent Mbia se montre fort à l’aise dans ce répertoire slave qui met en avant la saillance de son phrasé et la belle coloration sombre de son timbre, ainsi que Seray Pinar qui incarne un garçon de cuisine impulsif avec une assise vocale éclatante et bien focalisée (c'est dans ce rôle que Karine Deshayes fit ses débuts à l'Opéra de Paris en 2002).

Florent Mbia, Ekaterina Gubanova, Jamie Barton, Kazushi Ōno, Nicole Car et Sergei Skorokhodov

Florent Mbia, Ekaterina Gubanova, Jamie Barton, Kazushi Ōno, Nicole Car et Sergei Skorokhodov

Enfin, Margarita Polonskaya, Maria Warenberg et Noa Beinart forment un trio de nymphes bien assorti, leurs colorations vocales se mélangeant harmonieusement, ce qui ajoute à la réussite poétique de cette reprise attachante.

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Publié le 26 Avril 2026

Satyagraha (Philip Glass –
5 septembre 1980, Stadsschouwburg de Rotterdam)
Livret de Constance DeJong 
d’après la Bhagavad-Gītā
Répétition générale du 04 avril et représentation du 14 avril 2026
Palais Garnier

Chanteurs : Anthony Roth Costanzo, Ilanah Lobel-Torres, Davóne Tines, Adriana Bignagni Lesca, Olivia Boen, Deepa Johnny, Amin Ahangaran, Nicky Spence, Nicolas Cavallier.

Danseurs : Alexander Bozinoff, Lorrin Brubaker, Jeremy Coachman, Jonathan Fredrickson, Marion Gautier de Charnacé, Héloïse Jocqueviel, Awa Joannais, Payton Johnson, Rachel McNamee, Adrien Ouaki, Mermoz Melchior, Ido Toledano

Direction musicale Ingo Metzmacher
Mise en scène et chorégraphie Bobbi Jene Smith et Or Schraiber (2026)
Entrée au répertoire

Diffusion en direct le vendredi 24 avril 2026 à 19h30 sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris, puis sur France Musique le 23 mai 2026 à 20h dans l’émission  Samedi à l’Opéra présentée par Judith Chaine.

Après la réussite d'‘Einstein on the Beach’ qui avait enthousiasmé le Festival d’Avignon en 1976, et que le public parisien a pu redécouvrir au Théâtre du Châtelet en 2014, Philip Glass choisit Gandhi comme sujet de son second opéra, en partant d’un livret écrit en sanskrit par la romancière américaine Constance DeJong, 

Anthony Roth Costanzo

Anthony Roth Costanzo

Créé à Rotterdam en 1980, ‘Satyagraha ‘ évoque l’esprit du Mahatma Gandhi lors de son premier voyage à l’étranger qui l’amènera à rejoindre l’Afrique du Sud à l’âge de 24 ans.
Mais dans ce pays qui se sentait envahi par les Indiens, Gandhi découvrit les discriminations et s’engagea pour défendre la citoyenneté de ses compatriotes, d’autant plus qu’ils étaient réprimés violemment.

L’aboutissement de sa lutte contre les gouvernements autoritaires se résolut dans le Satyagraha, ‘la force née de la vérité et de l'amour ou non-violence’, où il prôna la nécessité de créer une force non violente par la patience tout en préservant le cœur de chacun et sa propre force d’amour.

Cette doctrine de 'désobéissance civile' élaborée à partir de 1907, pour s’opposer à toute loi raciste, deviendra un outil majeur de Gandhi pour obtenir l’indépendance de l’Inde face aux Britanniques et déjouer la loi du plus fort.

Jonathan Fredrickson

Jonathan Fredrickson

Et dans l’opéra de Philip Glass, la première partie se réfère à Tolstoï avec qui, dès 1909, Gandhi échangea une correspondance sur le sens de son engagement non-violent, la seconde partie évoque Tagore, philosophe indien qui soutint également la lutte pour l’indépendance de l’Inde, et la dernière partie est dédiée à Martin Luther King, dit le ' Gandhi américain'.

'Satyagraha' - Acte I

'Satyagraha' - Acte I

La musique de Philip Glass n’est pas étrangère au Palais Garnier puisqu’elle fut jouée pour la première fois en 1991 à l’occasion de l’entrée au répertoire du ballet de Jérôme Robbins, ‘Glass pieces’. En revanche, il s’agit du premier opéra du musicien américain a être représenté scéniquement à l’Opéra de Paris, une conséquence de la ligne programmatique que déroule Alexander Neef en invitant régulièrement des compositeurs anglo-saxons vivants, tels John Adams, Thomas Adès, et Tyshawn Sorey la saison prochaine, compositeurs qui appartiennent à notre monde et qui abordent donc des sujets qui nous touchent plus directement.

Anthony Roth Costanzo, Deepa Johnny, Adriana Bignagni Lesca, Davóne Tines

Anthony Roth Costanzo, Deepa Johnny, Adriana Bignagni Lesca, Davóne Tines

En confiant cette nouvelle production de ‘Satyagraha’ aux chorégraphes Bobbi Jene Smith et Or Schraiber, artistes en résidence au sein de la compagnie L.A Dance Project dirigée par Benjamin Millepied, les créateurs de ‘Pit’ en 2023, il s’agit aussi d’attirer un public plus large que le public lyrique traditionnel, possiblement plus jeune et qui n’est pas forcément passionné d’opéra.

Visuellement, l’espace scénique du Palais Garnier est dégagé au point de lui donner l’apparence d’un lieu anonyme, une sorte de salle de répétition flanquée de deux promontoires où sont installés Tolstoï, Tagore, Martin Luther King et Gandhi, observateurs silencieux. L’esprit qu’ils représentent est ainsi présent, mais le propos s’abstrait du contexte historique pour mettre en scène la résistance à l’oppression de façon plus ouverte et universelle, à travers une réponse fortement ritualisée.

Adriana Bignagni Lesca

Adriana Bignagni Lesca

Il est très impressionnant d’admirer Anthony Roth Costanzo, homme d’apparence frêle - qui est aussi, dans la vie, le directeur artistique de l’opéra de Philadelphie -, se tenir seul face à des hommes armés, exécutant froidement tout rebelle au système. Sa voix de contre-ténor, plus aiguë que l’écriture originelle du rôle conçue pour un ténor, accentue la sensation de fragilité et l’aspect plaintif, voir pleurant, de son chant. 

Et si, initialement, les danseuses ont une gestuelle déplorative en phase avec l’âme du guide, les danseurs, eux, sont surtout sollicités pour extérioriser cette violence inhérente aux groupes humains. Parmi eux, deux jeunes représentent cette vitalité combative comme si la chaîne de transmission d’un virilisme conformiste avait une emprise imparable. Car la violence n’est pas seulement du côté du pouvoir, elle est aussi présente dans le cœur de chaque personne, et à travers ces confrontations, la réflexion qui émerge en montrant une certaine confusion est qu’ une autre attitude doit émerger pour éviter de surréagir.

Anthony Roth Costanzo et Deepa Johnny

Anthony Roth Costanzo et Deepa Johnny

Dans le second acte, violent dans sa première partie où le chanteur principal est durement malmené autour d’une simple table, le chœur de l’Opéra de Paris est très impressionnant dans sa façon de tenir le rythme des rires machiavéliques qui le rendent complice du système oppressif. 

Le travail sur les ambiances lumineuses qui créent une impressive atmosphère crépusculaire faite de jeux d’ombres, et qui rendent même certains tableaux plus intimes, est l’un des points forts de ce spectacles qui attire le spectateur dans des noirceurs d’où, pourtant, la lumière surgit.

'Satyagraha' - Acte II

'Satyagraha' - Acte II

A travers les interventions féminines, notamment celle d’Adriana Bignagni Lesca, prête à se battre avec la vie, s’opère la transformation de Gandhi, d’abord dépouillé d’une partie de ses vêtements, avant qu’il ne devienne le chef de file d’une marche lente et solennelle qui entraîne les femmes au son des vents et cordes virevoltants. Puis, en suivant une danse en farandole, ce second acte s’achève sur une musique réflexive baignée du son des violons lancinants, musique qui sera popularisé par la musique du film de Stephen Daldry, ‘The Hours’, pour lequel Philip Glass a écrit en 2002 la bande son en s’inspirant de plusieurs de ses pièces. 

C’est alors le moment du pardon à ceux qui avaient cédé à la violence, le temps du dépôt des armes, afin que les gestes deviennent simplement bienveillants.

'Satyagraha' - Acte III

'Satyagraha' - Acte III

Et quel magnifique début de troisième acte lorsque le chœur, d’une élégie absolue, chante à capella depuis les couloirs des loges les plus hautes, enveloppant la salle du Palais Garnier faiblement éclairée dans une saisissante irréalité. Sur fond bleuté qui invite à l’apaisement, à l’instar de l’écriture musicale qui prolonge les notes en faisant varier subtilement leur hauteur, les mouvements lents deviennent circulaires, s’agissant dorénavant de baigner dans un état imperturbable qui permet à chacun de tendre à la réconciliation. 

Adriana Bignagni Lesca, Mermoz Melchior, Awa Joannais, Ching-Lien Wu, Ingo Metzmacher, Anthony Roth Costanzo, Amin Ahangaran et Jonathan Fredrickson

Adriana Bignagni Lesca, Mermoz Melchior, Awa Joannais, Ching-Lien Wu, Ingo Metzmacher, Anthony Roth Costanzo, Amin Ahangaran et Jonathan Fredrickson

Ingo Metzmacher est un grand défenseur du répertoire des XXe et XXIe siècles, mais n’est pas familier de la musique de Philip Glass. Il démontre pourtant une rigoureuse maîtrise de la synchronisation entre chœur, mouvement des danseurs et clarté orchestrale, et tend aussi à donner de la netteté aux variations de rythmes et de couleurs, de façon à éviter un flou orchestral qui pourrait sinon très vite s’instaurer.

L’immense succès de ce spectacle, qui est le miroir d’un monde où la violence semble prise dans un engrenage sans fin, traduit la réussite d’un engagement qui consiste, pour la première institution lyrique nationale, à défendre les valeurs qui lui tiennent à cœur sous le regard le plus international possible.

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Publié le 13 Avril 2026

Présentation de la saison Lyrique 2026 / 2027 de l’Opéra national de Paris
Le vendredi 27 mars 2026 à l’Hotel Intercontinental Paris Le Grand

Programme de la saison Lyrique 2026 / 2027 de l’Opéra de Paris

Le jeudi 26 mars 2026 à 12h00, la sixième saison d’Alexander Neef à la direction de l’Opéra national de Paris a été officiellement dévoilée au grand public sur le site internet de l’institution.

La saison 2026 / 2027 comprend ainsi 4 nouvelles productions maison et 2 nouvelles productions adaptées respectivement de l’Opéra d’Amsterdam et du Festival d’automne de Baden-Baden, dont 1 création mondiale et 1 nouveauté pour le répertoire, et 10 reprises auxquelles vont se joindre les deux reprises de la Tétralogie de Richard Wagner, ‘Der Ring des Nibelungen’, sous forme de festival.

Aux 19 œuvres scéniques jouées dans les grandes salles, s’ajouteront également une production de l’Académie de l’Opéra de Paris qui sera représentée à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

Au total, 170 représentations lyriques seront ainsi données, soit 12 de moins que la précédente saison, alors que le ballet proposera 195 représentations, en prenant en compte les spectacles de l’école de danse, à l’identique de cette saison. Le ballet conserve donc un avantage significatif sur le lyrique, d’autant plus que José Martinez a préparé une impressionnante programmation tournée vers des langages chorégraphique modernes qui risque de créer un engouement rendant encore plus difficile de trouver des places.

José Martinez (Directeur de la Danse de l'Opéra de Paris) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

José Martinez (Directeur de la Danse de l'Opéra de Paris) et Alexander Neef (Directeur général de l'Opéra de Paris)

Quant à la baisse du nombre de représentations lyriques, elle est surtout due au temps de répétition nécessaire au ‘Ring’ qui limite à Bastille les représentations publiques au cours du mois d’octobre qui précède le Festival.

Ainsi, si le nombre de soirées lyriques à Bastille reste stable (120), il est en baisse à Garnier de par la nécessité d’y laisser plus de places aux soirées chorégraphiques.

Néanmoins, les chiffres sont bons, la saison 2024/2025 ayant atteint 94 % de taux de fréquentation, dont 43 % de billets vendus au moins de 40 ans, et le mécénat a contribué à hauteur de 31 M€, soit 12 % du budget total de l’Opéra.
L’année 2025 a donc bien permis la consolidation de la trajectoire de croisière de l’Opéra de Paris.

La salle de Bal de l'Opéra de l'Hotel Intercontinental Paris Le Grand lors de la présentation de la Saison 2026 / 2027 de l'Opéra national de Paris

La salle de Bal de l'Opéra de l'Hotel Intercontinental Paris Le Grand lors de la présentation de la Saison 2026 / 2027 de l'Opéra national de Paris

En terme de répertoire, si aucune œuvre historique du répertoire de l’Opéra de Paris ne fera son retour sur scène cette saison, trois nouvelles productions d’ouvrages parmi les 40 les plus représentés vont contribuer à en renouveler le regard, ‘Idomeneo’ par Wajdi Mouawad, ‘Werther’ par Robert Carsen, et ‘Don Giovanni’ par Louisa Proske.

Par ailleurs, après Thomas Adès, John Adams et Philip Glass, un quatrième compositeur anglo-saxon sera invité à l’Opéra de Paris, Tyshawn Sorey, qui viendra lui même diriger ‘Perle Noire’, créé en 2016, dans une mise en scène de Peter Sellars.

La première création mondiale directement initiée par Alexander Neef, ‘Miroir de nos peines’, basée sur l’œuvre littéraire française éponyme de Pierre Lemaitre (2020), sur une musique d’Hèctor Parra, renforcera encore un peu plus le lien de l’institution avec son époque et son devoir de mémoire.

Présentation du calendrier prévisionnel des grands travaux qui concerneront les 4 bâtiments de l'Opéra national de Paris de 2025 à 2037

Présentation du calendrier prévisionnel des grands travaux qui concerneront les 4 bâtiments de l'Opéra national de Paris de 2025 à 2037

Il y aura cependant pas moins de cinq récitals lyriques donnés à Garnier, dont trois interprétés respectivement par Lise Davidsen, Diana Damrau et Piotr Beczała, et deux Galas, dont l’un dédié à Régine Crespin, et le second donné par les jeunes artistes de l’Académie.

Et comme chaque année, les équipes de communication de l’Opéra de Paris ont préparé un ensemble d’interviews de metteurs en scène, Louisa Proske, Robert Carsen, Wajdi Mouawad, Peter Sellars …ou même d’un compositeur actuel, Hèctor Parra.

Enfin, à l'occasion de la présentation au Grand Hôtel, les lauréats des prix de l'AROP 2024/2025 ont été récompensés, Nine Seropian et Lorenzo Lelli pour les Prix de la Danse, et Amandine Portelli et Luis-Felipe Sousa pour les Prix Lyriques – seuls les jeunes interprètes masculins ont toutefois pu se libérer pour la cérémonie.

Remise des prix de l'AROP 2024/2025 à Luis-Felipe Sousa et Lorenzo Lelli

Remise des prix de l'AROP 2024/2025 à Luis-Felipe Sousa et Lorenzo Lelli

Les nouvelles productions

Götterdämmerung (Richard Wagner – 1876) – Nouvelle production
Du 09 au 18 octobre 2026 (3 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Pablo Heras-Casado, mise en scène Calixto Bieito
Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle, Mika Kares, Brian Mulligan, Tamara Wilson, Sinead Campbell Wallace, Eve-Maud Hubeaux, Aude Extrémo, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Margarita Polonskaya, Isabel Signoret, Katharina Magiera
Œuvre jouée pour la dernière fois en public à l’opéra Bastille le 26 juin 2013 (et à huis clos le 28 novembre 2020)

Dernier volet d’un ‘Ring’ qui aborde la question de la quête du pouvoir sous l’angle technologique si prégnant dans notre monde actuel, tenue par la direction d’acteur dure et acérée de Calixto Bieito dont on attend de voir comment vont finir ces dieux dorénavant dépassés par les évènements, de nouveaux interprètes entrent en jeu à cette occasion, Johannes Martin Kränzle, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Aude Extrémo et Sinead Campbell Wallace, tous entourant le couple sidérant formé par Andreas Schager et Tamara Wilson, sous la direction d’un Pablo Heras-Casado qui s’est montré particulièrement inspiré lors des deux journées précédentes.

Louisa Proske (metteuse en scène de 'Don Giovanni')

Louisa Proske (metteuse en scène de 'Don Giovanni')

Don Giovanni (Wolfgang Amadé Mozart – 1787) – Nouvelle production
Du 28 janvier au 24 juin 2027 (20 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Finnegan Downie Dear / Stephanie Childress, mise en scène Louisa Proske
Peter Mattei / Davide Luciano, Slávka Zámečníková / Jeanine De Bique, Amitai Pati / Manase Latu, Kwangchul Youn / Alexander Tsymbalyuk, Jacquelyn Stucker / Tara Erraught, Joshua Bloom, Vartan Gabrielian / Morgan-Andrew King, Elena Villalón / Ilanah Lobel-Torres / Patricia Nolz
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 12 octobre 2023

La dernière production d’Ivo van Hove, conçue sous le mandat de Stéphane Lissner, ayant finalement trouvé sa place au Metropolitan Opera de New-York – la version de Claus Guth jouée en 2023 n’étant que de passage pour compenser l’impossibilité de rapatrier à temps la production de l’Opéra de Paris qui avait été retenue aux États-Unis plus longtemps que prévu à cause du covid -, Alexander Neef a préféré confier un nouveau regard sur le chef-d’œuvre de Mozart à une metteuse en scène allemande installée à New-York, Louisa Proske, qui commence à gagner les plus grandes scènes du monde, et qui fera l’ouverture de la saison 2026 / 2027 du MET avec ‘Macbeth’.

Peter Mattei, Don Giovanni de référence depuis plus de 20 ans – il incarnait déjà au Palais Garnier le noble libertin en janvier 2006 dans la production de Michael Haneke -, partagera le rôle avec Davide Luciano.

Peter Sellars (metteur en scène de 'Perle Noire, Méditations pour Joséphine')

Peter Sellars (metteur en scène de 'Perle Noire, Méditations pour Joséphine')

Perle Noire : méditations pour Joséphine (Tyshawn Sorey – 2016) – Commande de l’International Contemporary Ensemble, créée au Ojai Music Festival en Californie
Nouvelle production créée au Dutch National Opera, Amsterdam en 2023
Du 09 au 19 septembre 2026 (8 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Tyshawn Sorey, mise en scène Peter Sellars
Julia Bullock, Tyshawn Sorey, Daniel Lippel, Alice Teyssier, Jennifer Curtis, Rebekah Heller, Travis Laplante
Entrée au répertoire

Initialement programmée en avril 2020 au Théâtre du Châtelet avant que la pandémie de covid n’oblige à reporter sa création scénique à l’Opéra d’Amsterdam 3 ans plus tard, ‘Perle Noire’ rend hommage à Joséphine Baker qui fut membre de la résistance française au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui apporta un fort soutien aux mouvements des droits des citoyens, elle qui fut victime de discriminations à New-York (on refusera de la servir au Stork Club en 1951).

Née comme Joséphine Baker à Saint-Louis, Missouri, Julia Bullock fera ses débuts à l’Opéra de Paris, artiste notamment connue pour avoir participé à plusieurs projets avec Peter Sellars tels ‘The Indian Queen’ (Madrid, 2013), ‘Girls of the Golden West’ (San Francisco, 2017) ou bien ‘El Niño’ (New-York – Cathedral St John the Divine, 2022).
Tyshawn Storey, le compositeur, assurera lui même la direction musicale de ‘Perle Noire’.

Robert Carsen (metteur en scène de 'Werther')

Robert Carsen (metteur en scène de 'Werther')

Werther (Jules Massenet – 1892) – Coproduction Festspielhaus Baden-Baden
Du 11 février au 12 mars 2027 (10 représentations à l'Opéra Bastille)

Direction musicale Nathalie Stutzmann, mise en scène Robert Carsen
Benjamin Bernheim / Léo Vermot-Desroches, Aigul Akhmetshina, Gordon Bintner, Sandra Hamaoui / Johanna Wallroth, Laurent Naouri, Christophe Mortagne, Franck Leguérinel
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 04 février 2016

Grand Prix Musique du Syndicat de la Critique 2009/2010 avec Jonas Kaufmann dans le rôle titre, sous la direction de Michel Plasson, la précédente production de Benoît Jacquot avait été créée à Londres en 2004 où elle fut reprise jusqu’en 2019.

Après 11 ans d’absence au répertoire de l’Opéra de Paris, ‘Werther’ revient sur la scène Bastille dans une nouvelle production de Robert Carsen qui sera sa quatorzième au sein de l’institution, 4 ans après sa création au Festival d’automne Baden-Baden.

A cette occasion, Nathalie Stuzmann fera ses débuts à l’Opéra de Paris en tant que cheffe d’orchestre après avoir dirigé un mémorable ‘Faust’ à l’Opéra de Munich au cours de la saison 2025/2026.

Mariame Clément (metteuse en scène de 'Miroir de nos peines')

Mariame Clément (metteuse en scène de 'Miroir de nos peines')

Miroir de nos peines (Hèctor Parra – 2027) – Création mondiale
Du 24 avril au 11 mai 2027 (7 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Ingo Metzmacher, mise en scène Mariame Clément
Vannina Santoni, Léo Vermot-Desroches, Leigh Melrose, Laurent Naouri, Jérôme Boutillier, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Bastien Rimondi, Eugénie Joneau, Julie Boulianne, Yann Beuron
Entrée au répertoire

Prix Goncourt 2013 avec ‘Au revoir là-haut’, premier volet d’un cycle romanesque sur l’entre-deux-guerres, le romancier et scénariste français Pierre Lemaitre a poursuivi sa trilogie avec ‘Les enfants du désastre’, puis ‘Miroir de nos peines’ qui sera consacré à l’exode de 1940.
Sur la base de ce dernier opus littéraire, Alexander Neef a confié au compositeur espagnol Hèctor Parra, qui fut enseignant attaché au Cursus en informatique musicale de l'Ircam de 2013 à 2017, la création de cet ouvrage lyrique qui sera sa huitième œuvre scénique.

Et si pour ses deux dernières créations, ‘Orgia’ (2023), composée sur un livret de Pier Paolo Pasolini, et ‘Les Bienveillantes’ (2019), inspirée du roman de Jonathan Littell, il s’était associé au metteur en scène catalan Calixto Bieito, ce sera cette fois Mariame Clément qui dirigera la mise en scène, sa troisième à l’Opéra de Paris.

Wajdi Mouawad (metteur en scène d''Idomeneo')

Wajdi Mouawad (metteur en scène d''Idomeneo')

Idomeneo, re di Creta (Wolfgang Amadé Mozart – 1781) – Nouvelle production
Du 03 au 25 mai 2027 (8 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Antonello Manacorda, mise en scène Wajdi Mouawad
Allan Clayton, Lea Desandre, Johanna Wallroth, Elsa Dreisig, Laurence Kilsby, Bergsvein Toverud, Morgan-Andrew King
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 13 février 2010

Œuvre inspirée de l’Idomeneo’ d’André Campra et entrée tardivement au répertoire de l’Opéra de Paris, il y a seulement 40 ans, le 24 juin 1987 à la salle Favart, ‘Idomeneo’ n’a pour l’instant connu que des productions qui n’ont pas tenu plus de 5 ans sur scène.

Pour faire vivre ce mythe lié à la guerre de Troie, c’est à nouveau le duo formé par Wajdi Mouawad – grand amoureux de la tragédie antique – et Antonello Manacorda – grand amoureux de la théâtralité mozartienne – qui est constitué, les deux artistes ayant collaboré avec succès, au cours de la saison 2024/2025, à la nouvelle production de ‘Pelléas et Mélisande’.

Et l’excellent équilibre entre grands solistes confirmés et jeunes interprètes prometteurs est un atout majeur de la distribution réunie.

Pablo Heras-Casado (directeur musical du 'Ring')

Pablo Heras-Casado (directeur musical du 'Ring')

Le Festival Ring

Der Ring des Nibelungen (Richard Wagner – 1869, 1870, 1876) – Nouvelle production
Du 06 au 22 novembre 2026 (2 cycles en 8 représentations à l’Opéra Bastille)

Direction musicale Pablo Heras-Casado, mise en scène Calixto Bieito (2025-2026)
Christopher Maltman, Simon O'Neill, Kwangchul Young, Gerhard Siegel, Stanislas de Barbeyrac, Günther Groissböck, Elza van den Heever, Andreas Schager, Johannes Martin Kränzle, Mika Kares, Brian Mulligan, Tamara Wilson, Sinead Campbell Wallace, Eve-Maud Hubeaux, Aude Extrémo, Marie-Nicole Lemieux, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Margarita Polonskaya, Isabel Signoret, Katharina Magiera, Florent Mbia, Matthew Cairns, Juliette Morel, Louise Foor, Laura Wilde, Jessica Faselt, Ida Aldrian, Marvic Monreal, Marie-Luise Dreßen, Ilanah Lobel-Torres.
Cycle joué pour la dernière fois en public à l’Opéra Bastille du 18 au 26 juin 2013

En moins de deux ans, l’Opéra de Paris aura non seulement pu représenter les quatre volets du nouveau ‘Ring’ mis en scène par Calixto Bieto, mais également pu le jouer sous forme de deux cycles sur un peu plus de deux semaines.

En juin 2013, seul un cycle du ‘Ring’ avait été donné, mis en scène par Günter Krämer, il s’agit donc d’un enjeu inhabituel et important pour l’institution qui se déroulera face à un public en grande partie international.

Aude Accary-Bonnery (Directrice générale adjointe), Alexander Neef et José Martinez

Aude Accary-Bonnery (Directrice générale adjointe), Alexander Neef et José Martinez

Les reprises

Il Barbiere di Siviglia (Gioacchino Rossini – 1816)
Du 12 septembre au 05 novembre 2026 (14 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Jader Bignamini / François López-Ferrer, mise en scène Damiano Michieletto (2014)
Lea Desandre / Marina Viotti, Huw Montague Rendall / Andrzej Filończyk, Jack Swanson / Josh Lovell, Nicola Alaimo, Adolfo Corrado, Isobel Anthony, Amin Ahangaran, Hyunsik Zee
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 13 juillet 2025

Grand succès rossinien repris quasiment tous les deux ans dans l’impressionnante scénographie de Damiano Michieletto qui reconstitue de façon très réaliste la vie d’un quartier populaire de Séville d’aujourd’hui, il bénéficiera cette saison de la richesse coloriste de la direction de Jader Bignamini et de deux nouvelles ‘Rosine’ sur la scène Bastille, Lea Desandre et Marina Viotti.

 

Hamlet (Ambroise Thomas – 1868)
Du 18 septembre au 09 octobre 2026 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Michael Schønwandt, mise en scène Krzysztof Warlikowski (2023)
John Osborn, Adela Zaharia, Clémentine Margaine, Jean Teitgen, Julien Henric, Laurent Naouri, Manase Latu, Vartan Gabrielian, André Heyboer, Morgan-Andrew King, Bergsvein Toverud
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 avril 2023

En 1863, une première version d’’Hamlet’ en 4 actes et sans ballet fut achevée sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré inspiré d'’Hamlet, Prince de Danemark’ d’Alexandre Dumas (1848), où le héros était un ténor. Mais cette première mouture ne fut pas publiée.
C’est donc pour l’Opéra de Paris que fut créée une version pour baryton en cinq actes avec ballet dont la première aura lieu le 09 mars 1868 à la salle Le Peletier.
Le 11 mars 2023, l’Opéra de Paris fit renaître sur la scène Bastille le chef-d’œuvre d’Ambroise Thomas dans une mise en scène de Krzysztof Warlikowski avec Ludovic Tézier dans le rôle titre, c’est donc la version d’origine pour ténor qui sera reprise en septembre 2026, avec John Osborn qui chante cette version depuis 2022 (Festival de Montpellier).


La Clemenza di Tito (Wolfgang Amadé Mozart – 1791)
Du 24 novembre au 25 décembre 2026 (10 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Harry Bicket, mise en scène Willy Decker (1997)
Pavol Breslik / Matthew Polenzani, Hanna-Elisabeth Müller, Johanna Wallroth, Emily D'Angelo, Maria Warenberg, Alex Rosen
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 13 juillet 2021

Auprès des deux nouvelles productions mozartiennes, ‘Don Giovanni’ et ‘Idomeneo’, la reprise de la production de ‘La Clemenza di Tito’ célébrera la longévité exceptionnelle d’un autre spectacle mozartien qui va approcher ses 30 ans d’existence. Une production intelligente sur les complots et la solitude du pouvoir, où la soprano Hanna-Elisabeth Müller (Vitellia) fera ses débuts à l’Opéra de Paris auprès du Sesto d’Emily D’Angelo.
L’Opéra de Paris reste la seule institution lyrique au monde à inscrire ‘La Clemenza di Tito’ parmi les 20 titres les plus représentés sur scène.

Krzysztof Warlikowski, Małgorzata Szczęśniak, Felice Ross et Denis Guéguin (équipe de production d''Hamlet')

Krzysztof Warlikowski, Małgorzata Szczęśniak, Felice Ross et Denis Guéguin (équipe de production d''Hamlet')

Turandot (Giacomo Puccini – 1926)
Du 27 novembre au 27 décembre 2026 (11 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Eun Sun Kim, mise en scène Robert Wilson (2021)
Elza van den Heever / Anna Pirozzi, Yusif Eyvazov, Adriana Gonzalez / Gabriella Reyes, Carlo Bosi, Alexander Tsymbalyuk, Biagio Pizzuti, Bergsvein Toverud, Manase Latu, Christian Rodrigue Moungoungou, Taesung Lee, Liliana Faraon, Isabelle Wnorowska-Pluchart
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 29 novembre 2023

Reprise d’une production emblématique de l’art symboliste de Robert Wilson qui en est à sa troisième série sous la direction d’Alexander Neef, avec la chef d’orchestre coréenne Eun Sun Kim à la direction musicale, et Elza van den Heever qui a abordé pour la première fois le rôle de Turandot en avril 2026, à l’opéra de Francfort.

 

Il Trovatore (Giuseppe Verdi – 1853) - Coproduction avec le Nederlandse Opera, Amsterdam et le Teatro dell'Opera, Rome
Du 16 janvier au 27 février 2027 (13 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Timur Zangiev, mise en scène Alex Ollé (2016)
Yusif Eyvazov / Gwyn Hughes Jones, Tamara Wilson / Saioa Hernández, Quinn Kelsey / Artur Ruciński, Yulia Matochkina, Le Bu, Morgan-Andrew King, Margarita Polonskaya, Bergsvein Toverud, Fabio Bellenghi, Ook Chung
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 17 février 2023

Cette reprise d’’Il Trovatore’ dans la production d’Alex Ollé consolidera ce chef d’œuvre de Verdi comme le 15e titre le plus joué à l’Opéra de Paris, mais il verra également les débuts du jeune chef d’orchestre russe Timur Zangiev sur la plus grande scène lyrique de France.


Katia Kabanova (Leoš Janáček – 1921) – Production Festival de Salzbourg 1998
Du 27 janvier au 13 février 2027 (7 représentations au Palais Garnier)

Direction musicale Simone Young / Aliisa Neige Barrière, mise en scène Christoph Marthaler (2004)
Corinne Winters, John Daszak, Doris Soffel, Sean Panikkar, Peixin Chen, Thomas Atkins, Seray Pinar, Marianne Chandelier, Trevor Haumschilt-Rocha, Stéphanie Loris
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 5 avril 2011

Excellente nouvelle que la reprise de ‘Katia Kabanova’ dans la production de Christoph Marthaler créée à Salzbourg en 1998 avec Angela Denoke, ce spectacle, absent du Palais Garnier depuis 15 ans, permettra de faire découvrir au public parisien Corinne Winters, soprano américaine qui défend dorénavant ce personnage sensible sur les plus grandes scènes du monde.

Angela Denoke dans 'Katia Kabanova' en 2011 (mise en scène Christoph Marthaler)

Angela Denoke dans 'Katia Kabanova' en 2011 (mise en scène Christoph Marthaler)

Lady Macbeth de Mzensk (Dmitri Chostakovitch – 1934)
Du 13 au 28 mars 2027 (6 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Ingo Metzmacher, mise en scène Krzysztof Warlikowski (2019)
Aušrinė Stundytė, Pavel Černoch, Dmitry Ulyanov, Oleksiy Palchykov, Ekaterina Sannikova, Marcel Beekman, Victoria Karkacheva, Michael Colvin, Margarita Polonskaya, Dmitry Belosselskiy, Vartan Gabrielian
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’Opéra Bastille le 25 avril 2019

Le succès unanime de ‘Lady Macbeth de Mzensk’ en 2019 dans la production de Krzysztof Warlikowski avait permis de découvrir l’engagement jusqu’au-boutiste d’Aušrinė Stundytė dans le rôle de Katerina Lvovna Ismaïlova.

8 ans plus tard, une nouvelle chance est donnée à ce chef-d’œuvre pour faire l’évènement, à nouveau sous la direction d’ Ingo Metzmacher.

 

L’Elixir d’Amour (Gaetano Donizetti – 1832) - Coproduction avec le Royal Ballet and Opera, Covent Garden, Londres
Du 23 mars au 13 avril 2027 (8 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Evelino Pidò, mise en scène Laurent Pelly (2006)
Pretty Yende, René Barbera, Davide Luciano, Ambrogio Maestri, Isobel Anthony
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 09 novembre 2021

Grand succès de la période ‘Gerard Mortier’, car le directeur était sensible à l’évocation de ‘Tristan et Yseult’ dans cette comédie très appréciée, Ambrogio Maestri sera à nouveau Dulcamara pour une production dont il avait inauguré la première en mai 2006.

Ingo Metzmacher et Aušrinė Stundytė dans 'Lady Macbeth de Mzensk' en avril 2019, mis en scène par Krzysztof Warlikowski

Ingo Metzmacher et Aušrinė Stundytė dans 'Lady Macbeth de Mzensk' en avril 2019, mis en scène par Krzysztof Warlikowski

Don Pasquale (Gaetano Donizetti – 1843) - Coproduction avec le Royal Ballet and Opera, Covent Garden, Londres et le Teatro Massimo, Palerme
Du 12 juin au 10 juillet 2027 (11 représentations au Palais Garnier)
Direction musicale Speranza Scappucci, mise en scène Damiano Michieletto (2018)
Olga Kulchynska, Lawrence Brownlee, Pietro Spagnoli, Vito Priante, Jian Hong Zhao
Œuvre jouée pour la dernière fois au Palais Garnier le 13 octobre 2023

Après le succès dithyrambique, cette saison, d’'Un Ballo in Maschera’ à l’opéra Bastille, la perspective de retrouver Speranza Scappucci à la direction d’une comédie donizettienne, ‘Don Pasquale’, réjouit d’avance, surtout que la soprano ukrainienne Olga Kulchynska fera son retour sur les planches du Palais Garnier.

 

Roméo et Juliette (Charles Gounod – 1867) - Coproduction avec le Teatro Real, Madrid
Du 07 juin au 10 juillet 2027 (12 représentations à l’opéra Bastille)

Direction musicale Fabien Gabel, mise en scène Thomas Jolly (2023)
Amina Edris / Nadine Sierra, Pene Pati / Juan Diego Flórez, Seray Pinar / Maria Warenberg
Maria Warenberg, Sylvie Brunet-Grupposo, Julien Henric, Matthew Goodheart, Leon Košavić, Trevor Haumschilt-Rocha, Amin Ahangaran, Jérôme Boutillier, Jean Teitgen, Vartan Gabrielian
Œuvre jouée pour la dernière fois à l’opéra Bastille le 15 juillet 2023

Comme pour ‘Hamlet’, c’est à un metteur en scène shakespearien, Thomas Jolly, qu’est confiée la mise en scène de ‘Roméo et Juliette’, l'un des 12 titres les plus joués à l’Opéra de Paris jusqu’aux années 1970.

Une double distribution est associée à cette reprise dirigée par Fabien Gabel, le fils d’un ancien trompettiste de l’Orchestre de l’Opéra de Paris.

Elsa Dreisig dans 'Roméo et Juliette' en juin 2023 (mise en scène Thomas Jolly)

Elsa Dreisig dans 'Roméo et Juliette' en juin 2023 (mise en scène Thomas Jolly)

L’Académie de l’Opéra national de Paris

Ce qui brûle en silence (Claudio Monteverdi / Barbara Strozzi / Philippe Fenelon)
Du 11 au 20 mars 2027 (6 représentations à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet)

Direction musicale Evann Loget-Raymond, mise en scène Victoria Sitjà
Artistes en résidence à l’Académie
Œuvre inédite à l’Opéra national de Paris

Inspiré de 'La Dispute' de Marivaux, le nouveau spectacle des artistes de l'Académie de l'Opéra de Paris entremêle des madrigaux de Monteverdi (1567-1643), Barbara Strozzi (1619-1677) et Philippe Fénelon (1952), dans une mise en scène de Victoria Sitjà, jeune metteuse en scène qui a collaboré à de grandes productions auprès de Robert Wilson, Lydia Steier et Deborah Warner.

Présentation aux abonnés de la Saison 2026/2027 de l'Opéra de Paris par Alexander Neef et José Martinez, le samedi 28 mars 2026 au Palais Garnier

Présentation aux abonnés de la Saison 2026/2027 de l'Opéra de Paris par Alexander Neef et José Martinez, le samedi 28 mars 2026 au Palais Garnier

Premières impressions sur la saison 2026/2027

Il faudra s’y habituer, l’Opéra de Paris s’en tient dorénavant à 6 nouvelles productions lyriques par an, soit le rythme de renouvellement le plus faible depuis l’ouverture de l’opéra Bastille, mais qui reste en ligne avec la tendance mondiale (6 nouvelles productions en salle principale à Vienne et Londres, 5 à New-York et Berlin, 7 à Munich).

Cependant, en 35 ans, l’Opéra de Paris s’est constitué un répertoire dont certaines productions restent emblématiques et signifiantes malgré les ans, ce qui permet de garantir une diversité de programmation tant que de bonnes productions reprenables sur au moins une quinzaine d’années restent disponibles.

On pourra le constater cette saison avec la reprise de ‘Katia Kabanova’ mise en scène par Christoph Marthaler, un spectacle absent pendant quinze ans de la scène Garnier et qui revient avec une brillante interprète, Corinne Winters, ou bien avec ‘La Clemenza di Tito’, vu sous le regard austère de Willy Decker, une des valeurs sûres de la période Hugues Gall depuis 1997.

D’ailleurs, seules 50% des soirées concerneront des spectacles déjà vus au cours des 5 dernières années (contre 60% cette saison), ce qui redonne de la dynamique à la programmation qui permettra d’accueillir, en plus du Festival Ring, la première création lyrique mondiale du mandat d’Alexander Neef , ‘Miroir de nos peines’, ainsi que ‘Perle Noire, méditations pour Joséphine’, créé à Amsterdam en 2023.

Ces deux dernières nouveautés sont à rapprocher de ‘Satyagraha’ de Philip Glass, entré au répertoire cette saison, qui sont des œuvres hommages à l’esprit de résistance face aux gouvernements criminels, dont beaucoup fondent leur pouvoir sur les discriminations.

Corinne Winters à l'issue de 'Katia Kabanova' dans la production de Krzysztof Warlikowski (Munich, 2025)

Corinne Winters à l'issue de 'Katia Kabanova' dans la production de Krzysztof Warlikowski (Munich, 2025)

Et, autre indicateur du degré d’originalité de la programmation, seuls deux ouvrages parmi les 10 plus joués, ‘Il Barbiere di Siviglia’ et ‘Don Giovanni’, seront représentés, le second bénéficiant d’une nouvelle production de Louisa Proske qui vise à être inscrite durablement au répertoire.

Saison peu verdienne et peu puccinienne, et sans baroque, il s’agira surtout d’une saison mozartienne avec près d’un quart des représentations dédié à l’enfant de Salzbourg, et le répertoire français sera également défendu par deux grands titres historiques de la maison, ‘Hamlet’ et ‘Roméo et Juliette’, un titre emblématique de l’Opéra Comique, ‘Werther’, et la création de ‘Miroir de nos peines’.

La reprise de ‘Lady Macbeth de Mzensk’ de Dimitri Chostakovitch dans la production de Krzysztof Warlikowski contribuera avec ‘Katia Kabanova’ à donner une coloration slave à la programmation, et, enfin, ‘Perle Noire, méditations pour Joséphine’ permettra à Alexander Neef de poursuivre son fil ininterrompu autour d’œuvres anglo-saxonnes du XXe et XXIe siècles.

Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas à l’Opéra de Paris, signe que sur la durée l’institution vise à explorer tous les plans d’un répertoire et à le rééquilibrer.

Ainsi, la première partie du mandat d’Alexander Neef pourra s’enorgueillir d’avoir présenté 82 ouvrages lyriques (‘Il Trittico’ comptant pour un ouvrage) de 41 compositeurs différents sur 6 ans, dans un contexte économique difficile, avec des nouvelles productions qui, pour l’instant, sont toutes suffisamment pertinentes pour être reprises.

Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2026/2027

Evolution du prix des places pour le lyrique à Bastille de 1998/1999 à 2026/2027

Les tarifs 2026/2027

Malgré deux cycles du ‘Ring’ donnés au prix moyen de 188€ par soirée, soit 5% de plus seulement par rapport aux prix qui avaient été annoncés initialement en 2020, les prix restent stables à Bastille pour le lyrique avec un prix moyen de 128€ par place.

Pourtant, la grille de prix augmente en apparence de 1 à 5€ selon la catégorie de place, soit l’équivalent de deux ans d’inflation. On observe ainsi que le prix moyen de ‘Turandot’ passe de 146€ (2023/2024) à 153€, ‘Il Barbiere di Siviglia’ passe de 129€ (2024/2025) à 134€, ‘Roméo et Juliette’ passe de 127€ (2022/2023) à 134€, et ‘Il Trovatore’ passe même de 113€ (2022/2023) à 134€.

Mais le prix moyen de la reprise d’’Hamlet’ passe de 124€ (2022/2023) à 85€, celle de ‘L’Elisir d’amore’ passe de 91€ (2021/2022) à 63€, et trois nouvelles productions entrent avec des prix minorés : ‘Don Giovanni’ est ainsi proposé à 134€ (contre 143€ et 146€ lors des deux dernières reprises), ‘Werther’ à 124€, et ‘Idomeneo’ est présenté à un prix moyen de 110€, à l’instar de la reprise de ‘Lady Macbeth de Mzensk’.

Par ailleurs, le plan de salle par catégories présenté dans la brochure de saison n’est valable que pour ‘Turandot’, ‘Götterdämmerung’  et ‘L’Elisir d’amore’, mais dans ce dernier cas les places commencent à 10€ avec un maximum à 100€  (prix découverte).

Pour tous les autres spectacles, Festival Ring compris, le plan de salle déclasse des centaines de places en faisant apparaître de nombreuses places de catégories 6 et 7 sur les flancs du parterre.

Cette politique tarifaire a ainsi tendance à préserver la part de places à moins de 60€ pour le lyrique à Bastille (20% des places sur toute la saison), tout en augmentant la part des places à plus de 180€ (28 % des places sur toute la saison).

Le détail de la saison lyrique et chorégraphique 2026 / 2027 de l'Opéra national de Paris est accessible sous le lien suivant : Programmation & Billets - Opéra national de Paris (operadeparis.fr)

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Publié le 7 Avril 2026

La Finta Giardiniera (Wolfgang Amadé Mozart – SalvatoreTheater de Munich, le 13 janvier 1775)
Représentation du 24 mars 2026
MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint Denis de Bobigny

Don Anchise – le podestat Yu Shao
Le comte Belfiore Bergsvein Toverud
Sandrina (la marquise Violante Onesti) Isobel Anthony
Le chevalier Ramiro Amandine Portelli
Arminda Daria Akulova
Serpetta Sima Ouahman
Nardo (Roberto) Clemens Frank

Direction musicale Chloé Dufresne
Mise en scène Julie Delille
Artistes en résidence à l’Académie
Musiciens de l'Orchestre Ostinato                    
 Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro
)

C’est à un spectacle subtilement euphorisant qu’il a été possible d’assister lors de la première de ‘La Finta Giardiniera’ interprétée par l’Académie de l’Opéra de Paris, dans la salle principale de la Maison de la Culture de Seine-Saint Denis de Bobigny, tant les chanteurs se sont montrés d’une justesse de caractérisation traduisant un excellent travail de préparation et de répétitions.

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti)

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti)

Ainsi, en choisissant cette œuvre de jeunesse de Mozart dont le couple de metteurs en scène allemands Karl-Ernst & Ursel Herrmann avaient créé au Théâtre Royal de la Monnaie une version stylistiquement de référence en 1986, sous la direction de Gerard Mortier, l’Opéra de Paris lui offre une ravissante reconnaissance, même s’il ne connait pas, pour l’instant, l’honneur de ses grandes scènes.

L'intrigue est construite autour d'un couple sur le point de se former (Belfiore-Arminda) à la suite de la séparation de deux couples (Belfiore-Violante et Arminda-Ramiro).
Les deux personnes abandonnées (Violante et Ramiro) vont alors chercher à reformer leurs couples d'origine, en même temps qu'un serviteur (Nardo) tente de conquérir une servante (Serpetta) au service de Don Anchise, l’oncle d’Arminda.
Pour arriver à ses fins, Violante, sous les traits de Sandrina, devient la jardinière de Don Anchise.

De façon très amusante, l’état de ces relations est résumé aux spectateurs dans le silence, sous forme de surtitres, avant que de conclure ‘L’amour c’est parfois compliqué’.

Daria Akulova (Arminda) et Yu Shao (Don Anchise – le podestat) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Daria Akulova (Arminda) et Yu Shao (Don Anchise – le podestat) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

A la direction du jeune Orchestre Ostinato, dont elle partage la direction artistique avec plusieurs collègues depuis 3 ans afin de leur offrir un bon niveau de maturité sur un vaste répertoire, Cloé Dufresne donne une couleur symphonique ombrée à la musique de Mozart, ce qui n’est pas pour déplaire car cela facilite l’immersivité dans cet univers où les versants de l’amour les plus sombres se révèlent. Les qualités vocales des solistes vont ensuite faire le reste.

Deux ténors sont à l’affiche, l’artiste chinois Yu Shao, la quarantaine, et le soliste américano norvégien Bergvein Toverud, plus jeune d’une décennie. Le premier a beaucoup d’allure dans le rôle de Don Anchise, le sourire aux lèvres, afin d’incarner une forme d’autorité impeccable qui assure un peu d’ordre au milieu de ce désordre amoureux. Voix bien timbrée, gestes fermes, il tient brillamment son personnage qui gardera la tête haute jusqu’au bout, même lorsque la jardinière lui échappera.

Sima Ouahman (Serpetta)

Sima Ouahman (Serpetta)

En comte Belfiore, Bergsvein Toverud a tendance à rendre très sympathique son personnage, qui a pourtant eu une attitude criminelle vis à vis de Violante, et chante avec une agilité typiquement rossinienne en dessinant des lignes aux vibrations chaleureuses, le tout avec une solidité à toute épreuve.

Le couple qu’il forme avec Daria Akulova, en Arminda, est captivant à suivre, car le ténor représente plutôt une force sensible qui résiste à l’inertie des emportements passionnels de ce petit monde en ébullition, alors que la jeune soprano ukrainienne, issue de l’Opera Studio de l’Académie national de Musique d’Ukraine (Kyiv), lui oppose une fureur de sentiments rendue avec des fulgurances et des couleurs vives qui contribuent à donner de la densité à un caractère annonciateur de l’Elettra que Mozart imaginera six ans plus tard pour ‘Idomeneo’.

C’est aussi l’un des intérêts de cette partition que de donner l’impression de découvrir les prémisses des personnages Mozartiens des années de maturité.

Clemens Frank (Nardo - Roberto)

Clemens Frank (Nardo - Roberto)

En Nardo, Clemens Frank fait entendre un beau baryton au chant bien centré, enveloppé d’un léger baume qui lui permette de préserver une certaine poésie lunaire, ce qui rend une image adoucie du jeune paysan. Il faut dire que, là aussi, le couple qu’il forme avec Sima Ouahman fonctionne très bien, la soprano irano-marocaine prenant manifestement plaisir à titiller la jalousie de son partenaire en feignant de séduire les musiciens de l’orchestre. Son chant piqué et coloré fait merveille, ainsi que sa manière très fine et impertinente d’incarner Serpetta, bien plus manipulatrice qu’elle n’y paraît.
Des exclamations en français insérées de-ci de-là permettent d’immiscer au cœur de ses airs des reflets humains très spontanés.

Daria Akulova (Arminda)

Daria Akulova (Arminda)

Au début de l’opéra, on peut voir et entendre, en arrière scène, la dispute et la séparation qui s’en suit entre Arminda et Le chevalier Ramiro. Sous les traits physiques et vocaux d’Amandine Portelli, le portrait de ce jeune noble est absolument fascinant, car la mezzo-soprano française dépeint un personnage androgyne auquel son beau timbre au galbe de velours ennoblit la présence.
Elle recevra, quelques jours plus tard, l’un des deux prix lyriques de l’AROP pour la saison 2024/2025.

Enfin, c’est à Isobel Anthony que revient la tâche de faire vivre cette femme bien ambiguë, la marquise Violante Onesti dissimulée sous les traits de Sandrina, la soprano américaine lui apportant une candeur mélancolique qui est sa meilleure arme de défense sur ce terrain de jeux amoureux truffé de petits pièges.

Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro)

Amandine Portelli (Le chevalier Ramiro)

Et le plus beau est aussi de voir comment les jeux de lumières sont utilisés pour magnifier la scénographie accidentée, faite de branches d’arbres et de rochers aux profils nettement découpés, de façon à créer des ambiances réglées avec une très grande précision, le choix des coloris et des textures des costumes contribuant eux-aussi à cette inspirante unité d’ensemble. Le travail de Julie Delille et de son équipe scénique réussit autant à donner une fluidité et une vérité d'être aux solistes qu'à intensifier leur rapport entre eux.

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Isobel Anthony (Sandrina, la marquise Violante Onesti) et Bergsvein Toverud (Le comte Belfiore)

Donnée dans une version écourtée – l’œuvre intégrale dure 3h20, contre 2h25 ce soir là -, cette ‘Finta Giardiniera’ est prise d’une fraîcheur qui met en joie de bout-en-bout, malgré les mécanismes pervers découverts par les stratégies amoureuses, car ce sont les dimensions musicales et visuelles qui nous emportent dans les charmes d’une construction artistique soignée et concilliatrice pour le cœur.

Daria Akulova, Amandine Portelli, Bergsvein Toverud, Chloé Dufresne, Isobel Anthony, Yu Shao, Sima Ouahman et Clemens Frank

Daria Akulova, Amandine Portelli, Bergsvein Toverud, Chloé Dufresne, Isobel Anthony, Yu Shao, Sima Ouahman et Clemens Frank

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Publié le 7 Février 2026

Un Bal Masqué (Giuseppe Verdi – Rome, le 17 février 1859)
Répétition générale du 24 janvier 2026 et représentations du 27 janvier, 05 et 17 février 2026
Opéra Bastille

Riccardo Matthew Polenzani
Renato Étienne Dupuis (24 et 27 janvier)
             Ludovic Tézier (05 et 17 février)
Amelia Anna Netrebko (24, 27 janvier, 05 février)
             Angela Meade (17 février)
Ulrica Elizabeth DeShong
Oscar Sara Blanch
Silvano Andres Cascante
Samuel Christian Rodrigue Moungoungou
Tom Blake Denson
Un Giudice Ju In Yoon
Un Serviteur d'Amélia Se-Jin Hwang

Direction musicale Speranza Scappucci
Mise en scène Gilbert Deflo (2007)

Diffusion en direct au cinéma le 08 février 2026 et diffusion ultérieure sur Paris Opera Play, la plateforme de l’Opéra national de Paris

Ce compte rendu sera mis à jour après les représentations avec Ludovic Tézier et Angela Meade.

Le 14 janvier 1858, l’Impératrice Eugénie et l’Empereur Napoléon III échappèrent à un attentat devant l’opéra de la rue Le Peletier, à Paris. L’auteur, Felice Orsini, souhaitait venger l’intervention de l’armée française en Italie qui avait assiégé et pris Rome en juillet 1849, ce qui avait mis fin à la jeune République romaine.

Au même moment, Giuseppe Verdi travaillait à un nouvel opéra pour le Teatro San Carlo de Naples basé sur un drame français d’Eugène Scribe, ‘Gustave III ou Le Bal masqué’, qui avait été créé le 27 février 1833 à la salle Le Peletier sur une musique de Daniel-François-Esprit Auber.

La censure refusant de mettre en scène le meurtre d’un souverain, Verdi proposa son livret au Théâtre Apollo à Rome, mais dut le réviser de façon à déplacer l’action en Amérique et remplacer le Roi Gustave III de Suède par le gouverneur de Boston, Riccardo di Norwich.

Matthew Polenzani (Riccardo) et Anna Netrebko (Amelia)

Matthew Polenzani (Riccardo) et Anna Netrebko (Amelia)

La première d’’Un Ballo in Maschera’ fut un immense succès, le 17 février 1859, mais le compositeur quitta Rome pour San’Agata, sentant que l’insurrection italienne approchait.

Donné pour la première fois à Paris à la salle Ventadour du Théâtre des Italiens, le 13 janvier 1861, puis au Théâtre lyrique le 17 novembre 1869 (l’actuel Théâtre de la Ville), ‘Un Ballo in Maschera’ n’est entré au répertoire du Palais Garnier que le 01 juillet 1951 dans une mise en scène de Carlo Piccinato et avec l’orchestre du Teatro San Carlo de Naples.

Il faudra attendre le 17 novembre 1958 pour qu’il soit interprété par la troupe de l’Opéra sous la direction de Gabriele Santini, dans une production de Margharita Wallmann, avec Régine Crespin en Amélia.

Palais du gouverneur de Boston - scène d'ouverture

Palais du gouverneur de Boston - scène d'ouverture

Depuis le 04 juin 2007, c’est la production de Gilbert Deflo qui s’est installée à l’Opéra Bastille, occasion d’offrir au second tableau une scène vaudou probablement inspirée par la présence d’une importante communauté haïtienne à Boston.

L’atmosphère d’ensemble est plutôt lugubre, mais l’épure néoclassique et sobre du palais du gouverneur et de la salle de bal au sol laqué, dominée par le blanc et le noir et flanquée en arrière scène d’un second orchestre d’accompagnement, ajoute une touche d’élégance bienvenue. C’est d’ailleurs du second balcon que les reflets de scène sur les dalles miroitantes font leur meilleur effet.

La direction d’acteur, elle, dépend surtout de l’inventivité des solistes, et de leur savoir être, la mise en scène évitant toutefois l’écueil de la surcharge vestimentaire.

Elizabeth DeShong (Ulrica)

Elizabeth DeShong (Ulrica)

Si Ludovic Tézier a abordé son premier grand rôle verdien à l’Opéra de Paris en 2007 dans cette production où il incarnait Renato, c’est Étienne Dupuis qui reprend ce grand personnage, lui qui jouait Silvano auprès du baryton marseillais lors de la reprise de 2009.

Le chanteur québécois possède une ligne de chant racée au grain fumé très homogène, avec un métal mordant qu’il sait exhaler de façon démonstrative ce qui ne manque pas d'impressionner la grande salle Bastille. Il en découle que son incarnation noire ne laisse aucune place au moindre sentiment de compassion pour Renato et sa nature retors.

Étienne Dupuis (Renato) et Anna Netrebko (Amelia)

Étienne Dupuis (Renato) et Anna Netrebko (Amelia)

Matthew Polenzani, que le public parisien connaît bien depuis l’ouverture de la saison 2006/2007 quand il chantait le rôle d’Edgardo dans ‘Lucia di Lammermoor’ auprès de Natalie Dessay et Ludovic Tézier, s’est d’abord illustré dans les rôles mozartiens et belcantistes.

Il ne s’est donc pas départi de son affinité avec ces répertoires raffinés, ce qui s’entend à travers ses lignes nobles, très nuancées et d’une clarté légère qui font son charme.

Matthew Polenzani (Riccardo) et Étienne Dupuis (Renato)

Matthew Polenzani (Riccardo) et Étienne Dupuis (Renato)

Cependant, depuis cette période, il a aussi fortement gagné en intensité dramatique. Avec lui, le personnage de Riccardo trouve une expressivité très poignante, le ténor américain ayant une belle façon d’utiliser sa gestuelle pour faire passer les tourments du Comte, une endurance vocale et une italianité qui lui donnent de l’aplomb avec des vibrations qui ajoutent un caractère touchant, même si les modulations du timbre n’ont pas tout à fait les couleurs plus ambrées que l’on pourrait attendre chez Verdi.

Matthew Polenzani (Riccardo) et Sara Blanch (Oscar)

Matthew Polenzani (Riccardo) et Sara Blanch (Oscar)

En Amelia, Anna Netrebko démontre à quelle point elle est une somptueuse personnification des grandes sopranos lyrico-dramatiques verdiennes. S’engageant à sa première apparition avec une noirceur très prononcée mais qui s‘éclaire ensuite avec une puissance qui lui permet d’afficher une présence saisissante, elle offre des variations de nuances renversantes et des filets de voix lumineux qui s’élargissent pour se recentrer ensuite sur son luxueux galbe vocal, dense et sombre. La voix joue ainsi avec l'effet de sidération du temps suspendu et le sentiment de chair.

Anna Netrebko (Amelia)

Anna Netrebko (Amelia)

Pour ses début à l’Opéra national de Paris, la mezzo-soprano américaine Elizabeth DeShong, d’un excellent tempérament scénique, fait très forte impression par la solidité et la célérité de son émission, une tessiture aiguë brillante qui résiste aux expressions les plus sauvages, une unité de couleur avec des graves bien marqués, sans être trop sombres ni trop profonds pour autant, et un jeu vif qui donne l’impression qu’elle est totalement en phase avec la direction incisive de Speranza Scappucci.

Anna Netrebko (Amelia) et Elizabeth DeShong (Ulrica)

Anna Netrebko (Amelia) et Elizabeth DeShong (Ulrica)

Autre artiste à faire ses débuts sur cette même scène, la soprano catalane Sara Blanch fait vivre le personnage d’Oscar avec une très réjouissante fraîcheur, un timbre fruité et une virtuosité habilement maîtrisée qui lui donnent une légèreté fort séduisante.

Sara Blanch (Oscar) et Étienne Dupuis (Renato)

Sara Blanch (Oscar) et Étienne Dupuis (Renato)

Et les seconds rôles sont tous très bien chantés avec un vrai sens de l’harmonie des couleurs, en particulier le duo Samuel et Tom formé par Christian Rodrigue Moungoungou et Blake Denson dont les noirceurs du timbre, plus prononcées pour le second, s'allient très bien, dans leur grand trio martial, à celle plus métallique d'Étienne Dupuis.

En Silvano, Andres Cascante sait également allier solidité et affabilité avec de la prestance.

Blake Denson (Tom), Étienne Dupuis (Renato) et Christian Rodrigue Moungoungou (Samuel)

Blake Denson (Tom), Étienne Dupuis (Renato) et Christian Rodrigue Moungoungou (Samuel)

Dans la fosse d’orchestre, Speranza Scappucci, cheffe principale du Royal Opera House de Londres depuis cette saison, mène le drame avec une tonicité et une impulsivité qui tirent profit des couleurs de l'orchestre de l'Opéra national de Paris, le lustre des cuivres, très travaillé, se fondant aux nappes des cordes avec un sens plastique qui reste souple au fil d'une rythmique acérée.

Dans le feu de l’action, les fulgurances des vents fusent splendidement, et les atmosphères, superbement nuancées dès l’ouverture, sont très bien rendues par l’intensité des vibrations des cordes, la densité sonore et la brillance du tissu orchestral, les effets spectaculaires ayant la vigueur et l’ampleur qui sont la marque des grands opéras.

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Anna Netrebko, Speranza Scappucci, Étienne Dupuis et Elizabeth DeShong - Répétition générale

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Anna Netrebko, Speranza Scappucci, Étienne Dupuis et Elizabeth DeShong - Répétition générale

Chœur harmonieux qui permet aussi de distinguer les individualités, musique de scène entêtante et bien réglée dans la scène du bal, tout concourt à faire de cette nouvelle réalisation scénique d’’Un Ballo in Maschera’ la meilleure reprise en terme de vitalité, d’équilibre et d’unité musicale.

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Alessandro Di Stefano, Speranza Scappucci, Gilbert Deflo, Anna Netrebko, Étienne Dupuis et Elizabeth DeShong

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Alessandro Di Stefano, Speranza Scappucci, Gilbert Deflo, Anna Netrebko, Étienne Dupuis et Elizabeth DeShong

Représentation du 05 février 2026

Très attendue, la représentation du 05 février était la première avec Ludovic Tézier, et l'une des deux seules chantées en commun avec Anna Netrebko, ce qui n'a pas manqué de faire affluer tout le Paris lyrique mondain à l'Opéra Bastille, la difficulté à trouver une place en étant la plus visible conséquence.

Ludovic Tézier (Renato) - Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026

Ludovic Tézier (Renato) - Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026

L'artiste marseillais s'est présenté tel qu'il est aujourd'hui, c'est à dire une incarnation emblématique des grands barytons verdiens de tradition qui suscite immédiatement notre imaginaire en nous ramenant à l'essence d'une expression qui traduise l'identité même du compositeur. Sa voix centrale résonne avec plénitude mais possède aussi un relief qui forge le caractère mature de Renato qui semble pétrir sa violence interne pour qu'elle n'altère pas sa stature et n'engendre aucun emportement excessif.. 

C'est donc une interprétation moins impulsive que celle d'Etienne Dupuis, mais plus menaçante par la noirceur et la puissance qu'elle tient sous contrôle.

Ludovic Tézier (Renato) et Anna Netrebko (Amelia) - Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026

Ludovic Tézier (Renato) et Anna Netrebko (Amelia) - Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026

Entouré de partenaires avec lesquels il forme une communauté humaine ayant chacun d'excellentes qualités interprétatives, une cheffe d'orchestre, Speranza Scappucci, impulsant une énergie dramatique stimulante, tous assurent l'unité de ce spectacle qui s'inscrit dans l'esprit d'une série de représentations arborant un  très grand effet en salle, ce qui se retrouve dans la concentration et l'enthousiasme des spectateurs proches de chacun d'entre-nous.

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Alessandro Di Stefano, Speranza Scappucci, Anna Netrebko, Ludovic Tézier et Elizabeth DeShong à l'issue d'Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026.

Sara Blanch, Matthew Polenzani, Alessandro Di Stefano, Speranza Scappucci, Anna Netrebko, Ludovic Tézier et Elizabeth DeShong à l'issue d'Un Ballo in Maschera, le 05 février 2026.

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Publié le 25 Janvier 2026

Der Ring des Nibelungen - Siegfried (Richard Wagner – Bayreuth, le 16 août 1876)
Répétition générale du 12 janvier 2026 et représentations du 17 et 25 janvier 2026
Opéra Bastille

Siegfried Andreas Schager
Mime Gerhard Siegel
Der Wanderer Paul Carey Jones (12 janvier)

                       Derek Welton (17 et 25  janvier)
Alberich Brian Mulligan
Fafner Mika Kares
Erda Marie-Nicole Lemieux
Brünnhilde Tamara Wilson
Waldvogel Ilanah Lobel-Torres

Direction Musicale Pablo Heras-Casado
Mise en scène Calixto Bieito (2026)
Nouvelle production

Diffusion sur France Musique le 21 février 2026 à 20h dans l’émission de Judith Chaîne ‘Samedi à l’Opéra’.

Synopsis

Notung
Mime élève Siegfried dans le secret espoir que le jeune homme, un jour, tuera Fafner pour lui procurer l’anneau. Wotan, sous le déguisement du Voyageur, a suivi de près les évènements, sans intervenir lui-même. Grâce à un jeu de questions et de réponses, Mime comprend que seul Siegfried reforgera Notung, l’épée capable de tuer Fafner.

Siegfried et le Dragon
Au lieu de ressouder les tronçons ensemble, Siegfried les brise, les fond et les coule à nouveau, refaisant entièrement Notung. Il tue Fafner. Pénétrant les pensées homicides de Mime, il le tue à son tour. Il prend possession de l’anneau et du heaume magique, ainsi que de tout le trésor de Fafner.
Ayant accidentellement goûté le sang du dragon, Siegfried comprend le chant d’un oiseau qui lui révèle l’existence de la vierge du roc, Brünnhilde, plongée dans son sommeil et entourée de flammes. Siegfried décide d’éveiller la Walkyrie endormie et de la prendre pour épouse.

La lance brisée
De son côté, Wotan tire Erda du sommeil tellurique qu’elle a poursuivi depuis la naissance de Brünnhilde, afin de découvrir s’il existe un moyen d’éviter la fin imminente de son règne. Mais même Erda ne peut l’aider et Wotan s’apprête sans rancœur à céder son pouvoir à son petit-fils qu’il voit approcher. Mais l’attitude de Siegfried est si offensante que Wotan, dans un dernier sursaut de révolte, lui barre le chemin de sa lance. L’épée Notung brise la lance, symbole du pouvoir du dieu.

Le réveil de Brünnhilde
Siegfried, traversant le cercle de feu, gravit le rocher de la Walkyrie où il éveille la vierge guerrière. La joie de Brünnhilde à sa vue est suivie de l’amer regret de n’être plus une inviolable déité, mais une simple mortelle. Elle va toutefois trouver dans les bras de Siegfried de nouvelles et humaines passions. 

Andreas Schager (Siegfried) et Gerhard Siegel (Mime)

Andreas Schager (Siegfried) et Gerhard Siegel (Mime)

Esthétiquement, le troisième volet du ‘Ring’ mis en scène par Calixto Bieito à l’opéra Bastille se démarque de ‘L’Or du Rhin’ et de ‘La Walkyrie’ qui se situaient dans un monde hautement technologique courant vers l’abîme - avec pour conséquence la destruction de tout environnement naturel -, pour revenir à un contexte en apparence proche du livret d’origine, la forêt où Mime a élevé Siegfried.

Gerhard Siegel (Mime) et Andreas Schager (Siegfried)

Gerhard Siegel (Mime) et Andreas Schager (Siegfried)

Toutefois, dans cette forêt, les arbres poussent du haut vers le bas ou horizontalement, ce qui peut être interprété de différentes manières, le chaos du monde engendré par Wotan possiblement, celle plus concevable étant que Siegfried souffre d’une perception déformée du monde qui l’entoure.

La réalisation scénique de ce décor mobile où les arbres peuvent évoluer de manière inhabituelle est complexe et très réussie, aussi bien par les zones d’ombres qu’elle crée que par l’emploi de faisceaux lumineux qui simulent les frémissements des feuillages.

Brian Mulligan (Alberich)

Brian Mulligan (Alberich)

La dramaturgie comporte une multitude de petits écarts et d’ajouts dans l’utilisation des objets symboliques qui altèrent le sens d’origine de l’histoire. Ainsi, voit-on d’emblée le Wanderer reconstituer sa lance, ou bien Siegfried utiliser n’importe comment Notung et se cogner la tête au moment où résonne la musique de la forge de l’épée, ce qui donne l’impression d’un monde qui se reconstruit alors que la confusion règne dans la tête du héros.

Apparaissent des humanoïdes aux visages informes, dont l’un donnera naissance à un être, au second acte, avec l’aide d’Alberich, avant que Siegfried n'évoque la mère qu’il n’a pas connu.

Andreas Schager (Siegfried) et Mika Kares (Fafner)

Andreas Schager (Siegfried) et Mika Kares (Fafner)

On retrouve cet art visuel spectaculaire lors de la rencontre avec Fafner qui est présenté sous la forme d’un masque surdimensionné et manipulable rétroéclairé par un cône de lumière qui, traversant ses yeux et sa bouche, diffracte ses rayons vers la salle. Mais la transformation du dragon en étrange personnage portant un masque de lapin ne fait que conforter l’impression que cette séquence se déroule dans l’espace mental de Siegfried.

Andreas Schager (Siegfried) et Mika Kares (Fafner)

Andreas Schager (Siegfried) et Mika Kares (Fafner)

En revanche, le chemin initiatique que prend le héros en se recouvrant du sang de sa victime après avoir retiré l’anneau de ses entrailles, pour ensuite marcher vers le rocher de Brünnhilde, devenu un immense glaçon d’une blancheur éclatante en suspens sur un fond obscur, et dont la paroi évoque également l’hymen de la Walkyrie que le jeune homme s’évertue à déchirer, aboutit à rendre un sentiment de traversée du temps depuis l’ancien monde du Walhalla, et aussi à donner une image de la découverte de l’amour très attachante.

Andreas Schager (Siegfried)

Andreas Schager (Siegfried)

Notung se découvre un nouveau rôle, et il suffit que Brünnhilde s’en saisisse pour la pointer sur le torse de son libérateur, après que ce dernier ait réchauffé et réconforté tendrement sa nouvelle compagne, pour comprendre dans quelle position de faiblesse se retrouve Siegfried qui éprouve dorénavant la folie de la vulnérabilité. L'image renvoie également à la rencontre entre Tristan et Isolde en Irlande, après la mort du Morholt.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Et bien évidemment, l’heldentenor autrichien Andreas Schager, qui fut nommé 'Österreichischer Kammersänger' à l’issue d’une représentation de ‘La Walkyrie’ à l’opéra de Vienne en juin 2025, est un soliste atypique qui s’engage au-delà de l’imaginable dans la caractérisation de ses personnages, avec un enthousiasme extatique absolument ahurissant.

En très grande forme et avec un éclat vocal saillant et un timbre d’une splendide chaleur virile, Andreas Schager impose une présence d’adulte adolescent qui va probablement au-delà du jeu imaginé par Calixto Bieito, ce qui donne un coup de sang fougueux supplémentaire à cette mise en scène taillée à coups de burin.

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Andreas Schager (Siegfried) et Tamara Wilson (Brünnhilde)

Gerhard Siegel, très investi dans son rôle de Mime affairiste, limite mafieux, chante avec acuité et aussi un certain moelleux qui le départit d’autres interprétations du nain plus sarcastiques, et Brian Mulligan a ce visage un peu sauvage et un métal dans la voix qui façonnent un Alberich traversé à la fois de monstruosité et d’humanité mal dans sa peau qu’il fait vivre de manière quasiment hallucinée.

Tamara Wilson (Brünnhilde)

Tamara Wilson (Brünnhilde)

Autre artiste au chant acéré, Tamara Wilson, Brünnhilde d’airain, fait entendre des inflexions attendrissantes qui se mêlent à son art de fuser des lignes vocales d’un brillant de glace et d’une véritable pureté d’expression qui en font sa force. Et il faut dire aussi qu’elle sait jouer de son corps, surtout qu’un partenaire tel Andreas Schager ne peut qu’insuffler une volonté de théâtraliser à la hauteur de son naturel excessif.

Marie-Nicole Lemieux (Erda)

Marie-Nicole Lemieux (Erda)

Fortement désacralisée par la mise en scène qui montre le désintérêt de Siegfried pour le pouvoir et qui lui cèdera l’anneau, Erda devient un symbole désuet de l’asservissement conventionnel par le mariage, et Marie-Nicole Lemieux la dépeint de ses couleurs baroques faites d’une complexité d’agrégats allant des noirceurs rauques à une clarté ocrée qui signent sur le plan vocal un portrait sévère mais humain de la divinité du savoir. Par ailleurs, Mika Kares, dont la voix est sensiblement atténuée par le dispositif scénique, aura fait vivre en Fafner un étrange sentiment de douce mélancolie au moment de sa mort.

Derek Welton (Der Wanderer)

Derek Welton (Der Wanderer)

Quant au traitement du personnage du Wanderer, il vise principalement à en faire un dieu jouant ses dernières cartes mais sans grande efficacité, et si Derek Welton creuse un puits de noirceur, tout en gagnant en relief au second acte, il faut signaler la découverte de Paul Carey Jones, chanteur Gallois familier du Longborough Festival Opera donné chaque été dans le centre de l’Angleterre, qui a incarné un Wotan d’une grande clarté de caractérisation lors de la dernière répétition et de l’avant-première jeunes, démontrant une excellente et probante appropriation de son personnage qui mérite d’être mieux connue.

Enfin, Ilanah Lobel-Torres met joliment en valeur l’oiseau, même si la mise en scène la laisse totalement en coulisses, hormis lors de son envol dans les cintres.

Paul Carey Jones (Der Wanderer) - pré-générale du 12 janvier 2026

Paul Carey Jones (Der Wanderer) - pré-générale du 12 janvier 2026

Enthousiaste, Pablo Heras-Casado trouve en ‘Siegfried’ une inspiration immédiate qui se manifeste par une direction très claire et excitante qui montre l’orchestre de l’Opéra de Paris sous son meilleur jour et qui, dès le premier acte, entraîne les solistes dans un jeu théâtral tendu et une belle coloration rutilante et affinée qui de plus gagne en excellence plastique pour atteindre un tranchant et un allant dramatiques qui ne faiblissent jamais, avec des effets souvent fort impressifs. 

Le meilleur de Wagner, c’est indubitablement à l’Opéra de Paris en ce début d'année 2026!

Andreas Schager

Andreas Schager

Derek Welton, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado, Andreas Schager et Marie-Nicole Lemieux

Derek Welton, Tamara Wilson, Pablo Heras-Casado, Andreas Schager et Marie-Nicole Lemieux

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Publié le 10 Décembre 2025

Tosca (Giacomo Puccini – Rome, le 14 janvier 1900)
D’après le drame de Victorien Sardou ‘La Tosca’ (1887)
Représentation du 08 décembre 2025
Opéra Bastille

Floria Tosca Saioa Hernández
Mario Cavaradossi Jonas Kaufmann
Il Barone Scarpia Ludovic Tézier
Cesare Angelotti Amin Ahangaran
Spoletta Carlo Bossi
Il Sagrestano André Heyboer
Sciarrone Florent Mbia
Un carceriere Bernard Arrieta
Un berger Aloys Bardelot-Sibold (Maîtrise de Paris du CRR de Paris)
Direction musicale Oksana Lyniv
Mise en scène Pierre Audi (2014)

Une semaine après les premières représentations de ‘Tosca’ marquées par la présence d’un Roberto Alagna en très grande forme (Tosca - Alagna Hernández Markov Lyniv Audi à l'Opéra de Paris Bastille), la distribution connaît une première évolution pour trois représentations avec le retour sur scène de Jonas Kaufmann et de Ludovic Tézier, deux artistes dont la complicité s’est à plusieurs reprises manifestée à la scène lors de représentations communes.

Saioa Hernández (Floria Tosca) et Ludovic Tézier (Il Barone Scarpia)

Saioa Hernández (Floria Tosca) et Ludovic Tézier (Il Barone Scarpia)

Et si Ludovic Tézier était présent dès la première de la production de Pierre Audi donnée en octobre 2014,  le baryton marseillais fréquente cependant l’opéra Bastille depuis mai 1999 où il incarnait Schaunard dans ‘La Bohème’. 

Depuis, il a interprété sur la scène lyrique nationale pas moins de 21 rôles dans 19 opéras, principalement de Verdi et Puccini, mais aussi le Prince Eletski de ‘La Dame de Pique’ et le rôle titre d’‘Eugène Onéguine’, Albert et le rôle titre de ‘Werther’ (en alternance au cours de la même série en mars 2009), et plus récemment le rôle titre d’’Hamlet’ d’Ambroise Thomas.

Il aborde ce soir sa 275e représentation à l’Opéra national de Paris en 26 ans, sans avoir été absent plus de 2 ans d’affilée – il est même invité tous les ans depuis 2016 -, c’est dire à quel point il est devenu le chanteur emblématique de l’institution parisienne depuis le début du XXIe siècle.

Ludovic Tézier (Il Barone Scarpia)

Ludovic Tézier (Il Barone Scarpia)

Très impressionnant dès son apparition en surplomb de la grande et massive croix plaquée au sol dans la production de Pierre Audi, Ludovic Tézier imprime d’emblée un regard glaçant sur le personnage de Scarpia avec une capacité de projection, de clarté et de caractérisation vocale, acérée et insinuante, qui saisissent immédiatement l’audience. 

Toutes ces qualités se développent par la suite dans les appartements du palais Farnese lors de sa confrontation avec Tosca où son expérience acquise auprès de metteurs en scène rodés à l’expression théâtrale, tels Krzysztof Warlikowski (‘Don Carlos’, Bastille 2017), Calixto Bieito (‘Simon Boccanegra’, Bastille 2018) ou bien Kirill Serebrennikov (‘Parsifal’, Vienne 2021), façonne le chef de la police de Rome en homme de pouvoir très assuré et machiavéliquement joueur avec sa victime. 

Saioa Hernández (Floria Tosca)

Saioa Hernández (Floria Tosca)

Saioa Hernández n’a pas le choix et doit aussi imposer une Tosca opulente d’une forte présence en s’appuyant sur une tessiture aiguë puissante et souple aux sensations feutrées, avec toujours des couleurs très torturées dans les graves.

L’opposition est à la hauteur et tout aussi violemment théâtrale, mais sans pathos, si bien que Jonas Kaufmann, avec un jeu qui fait de Mario un homme qui extériorise beaucoup ses sentiments de façon frénétique, sans afficher le moindre orgueil de posture, attire l'attention, par effet miroir, sur les propos de ses partenaires.

Jonas Kaufmann (Mario Cavaradossi)

Jonas Kaufmann (Mario Cavaradossi)

Il dépeint un portrait assez jeune et un peu immature du peintre révolutionnaire, avec ce chant sombre viscéralement projeté qu’on lui connaît bien, et si l’on entend de ci de là de furtives imprécisions, il est au rendez-vous dans les grands moments. Personne n’oubliera probablement l’extraordinaire interprétation d’’E lucevan les stelle’ où, soudainement, surgit un Jonas Kaufmann d’une noirceur dramatique à couper le souffle, plus shakespearien que puccinien, la dimension tragique avalant l’audience entière qui lui retournera une ovation à le tenir immuablement à terre.

Jonas Kaufmann (Mario Cavaradossi) et Bernard Arrieta (Un carceriere)

Jonas Kaufmann (Mario Cavaradossi) et Bernard Arrieta (Un carceriere)

Entourées d’excellents comprimari, ces trois bêtes de scène bénéficient également de la direction inspirée d’Oksana Lyniv, intense et attachée à décrire un climat subtilement noir qui entrelace des motifs en en dessinant les lignes avec un sens mélodique et du contraste d’une ombreuse magnificence. 

Ludovic Tézier, Saioa Hernández et Jonas Kaufmann

Ludovic Tézier, Saioa Hernández et Jonas Kaufmann

Le dramatisme impressif qui en ressort emporte ainsi les solistes dans une densité théâtrale sans relâche avec une impression de beauté qui transcende la férocité de cette histoire, ce qui a de quoi laisser chaque spectateur empli d'admiration par la force d’un engagement humain totalement accompli.

Florent Mbia, Amin Ahangaran, Ludovic Tézier, Oksana Lyniv, Saioa Hernández et Jonas Kaufmann

Florent Mbia, Amin Ahangaran, Ludovic Tézier, Oksana Lyniv, Saioa Hernández et Jonas Kaufmann

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