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Publié le 1 Juin 2009

Proust ou les intermittences du cœur
Roland Petit
Représentation du 29 mai 2009 au Palais Garnier

Direction musicale Koen Kessels
Chorégraphie Roland Petit (1974)

Albertine Eleonora Abbagnato
Proust Jeune Benjamin Pech
Morel Josua Hoffalt
Monsieur de Charlus Simon Valastro
Saint-Loup Christophe Duquenne

Musiques de Camille Saint-Saëns, Renaldo Hahn, César Franck, Gabriel Fauré, Claude Debussy, Ludwig van Beethoven,  Richard Wagner

Daniel Stokes (Le violon) et Mathilde Froustey (Le piano)

Ce que propose Roland Petit avec "Les intermittences du coeur" est une oeuvre illustrative de scènes tirées du roman "A la recherche du temps perdu".
Selon la sensibilité de chacun, la succession de tableaux glisse sur l'âme, ou bien la happe.

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Mélange de classicisme et de gestes subtilement humains, la première partie recèle plusieurs duo amoureux charmants, Le violon et le Piano, Albertine et Andrée, bien qu'un chorégraphe comme John Neumeier maîtrise mieux la fraîcheur et le naturel du sentiment si l'on se réfère par exemple aux enlacements de Aschenbach et de son amour de jeunesse dans "La Mort à Venise".

Sur ce monde joliment conventionnel, s'ouvre une grande fracture vers l'enfer proustien, selon la vision sociale de l'époque, où se mêlent hédonisme, recherche d'un idéal de beauté masculine, amour impossible.

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

Christophe Duquenne (Saint Loup) et Josua Hoffalt (Morel)

La lutte entre Saint Loup et Morel s'appuie sur la gravité et la tension de l‘élégie du violoncelle (Gabriel Fauré). Il en émerge des figures symboliques, des oppositions et des résistances, des corps courbés comme des arcs avec force impressive. Les convolutions du coeur.

Au dernier tableau, l'ouverture de Rienzi annonce l'enterrement d'une période fausse et datée, élans épiques de la musique et hachures brutales des coups d'archers d'une part, grâce de la Duchesse de Germantes entourée de fantômes d'autre part, donnent une image assez belle de cette page qui se tourne.
Seulement était ce une raison pour ne pas rechercher plus de pureté dans l'interprétation musicale, gorgée de sonorités mais rarement délicates?

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Publié le 12 Mai 2009

Onéguine (John Cranko)
Représentation du 11 mai 2009
Opéra Garnier

Direction musicale James Tuggle
Chorégraphie John Cranko (1965)
Décors et costumes Jürgen Rose

Eugène Onéguine Manuel Legris
Tatiana Clairemarie Osta
Lenski Mathias Heymann
Olga Mathilde Froustey
Le Prince Christophe Duquenne

Entrée au répertoire du ballet de l’Opéra National de Paris.

                                                                                                  Manuel Legris et Clairemarie Osta

Musique Piotr Ilytch Tchaïkovski (Les Saisons op. 37, Ouverture de Roméo et Juliette, Les Caprices d’Oxane, Romance pour piano op. 51, Ouverture de Francesca da Rimini)

Chaque interprétation d'une oeuvre, sous une forme nouvelle, comporte ses propres angles de vue.

Après la mise en scène de Dmitri Tcherniakov en septembre, détaillant avec une profondeur rare à l'opéra le personnage de Tatiana, la ballet de John Cranko ouvre le champ à Lenski et Onéguine.

Mathias Heymann (Lenski) et Mathilde Froustey (Olga)

Mathias Heymann (Lenski) et Mathilde Froustey (Olga)

Deux personnalités s'affrontent : la jeunesse éclatante et morale, face à l'âge mûr malhonnête et manipulateur. Mathias Heymann et Manuel Legris décrivent ces deux caractères avec une justesse flagrante.

C'est un plaisir de suivre l'aisance du tout nouveau danseur étoile, une attitude qui montre un esprit qui a les pieds sur terre, un regard éclatant et positif qui ne flanche que devant les provocations d'Onéguine.

Mathilde Froustey (Olga) et Mathias Heymann (Lenski)

Mathilde Froustey (Olga) et Mathias Heymann (Lenski)

On le voit porter Mathilde Froustey le long des ondes symphoniques en toute légèreté, puis s'humaniser lorsqu'il exprime son exaspération et son trouble avec des gestes forts, "mais à quoi tu joues?", "vous allez où comme cela?" semble t-il dire à sa fiancée et à son ami.

Sa scène de désespoir le laisse seul dans l'ombre, la joie s'éteint, les mouvements lents se posent avec notre regard sur le danseur.

Mathias Heymann (Lenski)

Mathias Heymann (Lenski)

Aucun état d'âme en revanche pour Manuel Legris.

A quelques jours de ses adieux (encore une représentation le 15 mai), le voir lui même éliminer le tout jeune venu relève du cynisme le plus abouti.

Tout y est, la froideur, la distanciation dans les duos avec Clairemarie Osta, quelques raideurs, une noirceur terrible et sans doute un peu facile après le duel, quand il surgit à la manière d'un comte célèbre des Carpathes.

A l’instant de l’écriture de la lettre, et sous l’effet des illusions, Tatiana s’imagine en rêve dans les bras d’Onéguine, issu des reflets d’un miroir très précisément mis en scène.

Manuel Legris y est plus flamboyant, tendre, et Clairemarie Osta virevolte autour de lui par des accélérations vives et spontanées assez épatantes.

Manuel Legris (Onéguine)

Manuel Legris (Onéguine)

Manuel Legris y est plus flamboyant, tendre, et Clairemarie Osta virevolte autour de lui par des accélérations vives et spontanées assez épatantes.

Mais son personnage de jeune fille naïve se maintient, tout au long de l’intrigue, dans une description sans grand relief, jusqu’à la scène finale, où après un corps à corps très expressif avec son ancien amour, elle lui lance un geste qui dit bien ce qu’il signifie : « dégage! ».

Plus tard, un des élèves de John Cranko, John Neumeier, poussera encore plus loin un sens de la chorégraphie à la fois classique et passionné, et un sens du tragique qui néanmoins en reste ici au stade de l’épure.

A la tête d’une formation qui ne laisse aucun recoin disponible dans la fosse, James Tuggle harmonise la masse orchestrale dans les passages les plus sensuels de la musique de Tchaïkovski.

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Publié le 3 Mai 2009

L'Affaire Makropoulos (Janacek)
Répétition générale du 02 mai 2009
Opéra Bastille

Direction musicale Tomas Hanus
Mise en scène Krzysztof Warlikowski

Emilia Marty Angela Denoke
Albert Gregor Charles Workman
Jaroslav Prus Vincent Le Texier
Vítek David Kuebler
Krista Karine Deshayes
Janek Ales Briscein
Maître Kolenaty Wayne Tigges
Hauk-Sendorf Ryland Davies

Production créée en avril/mai 2007
Coproduction avec le Teatro Real
de Madrid

 

                  Angela Denoke (Emilia Marty)

Reprenons de manière simple la trame de cette affaire :

Au début du XVIIième siècle, une jeune femme, Elina Makropoulos, absorbe un breuvage qui rallonge pour des siècles sa vie.
Tous les 60/70 ans, elle doit changer d'identité, mais s’arrange pour conserver ses initiales.

Angela Denoke (Emilia Marty) et Charles Workman (Albert Mc Gregor)

Angela Denoke (Emilia Marty) et Charles Workman (Albert Mc Gregor)

En 1820, sous le nom de Elian Mac Gregor, Elina a un fils, Ferdinand (non reconnu officiellement), né de sa relation avec le baron Prus.

A la mort du baron, l'héritage est transmis à son cousin, jusqu'à ce qu'un dénommé Mc Gregor vienne réclamer sa part.

S'en suit un procès Mc Gregor/Prus qui va durer un siècle.

Au XXième siècle, Elina Makropoulos devient Emilia Marty, une célèbre chanteuse.

Impliquée dans l'affaire, Emilia Marty cherche à récupérer des documents auprès de l'avocat Koleanaty, puis de Jaroslav Prus, qui pourraient être la preuve de la filiation de Ferdinand Mc Gregor.

                             Angela Denoke (Emilia Marty)

Ils contiendraient également le secret de l’Elixir de vie.

Pour compliquer la chose, Albert Mc Gregor (le descendant) courtise Emilia, elle même prise en admiration par la jeune Krista dont le fiancé Janek, qui n'est autre que le fils de Prus, va finalement craquer pour cette artiste éternelle.
Même Jaroslav Prus est attiré par la chanteuse.

A l’exception de Paul Gay remplacé par David Kuebler en Vítek, la distribution qui avait si bien défendu l’ouvrage en 2007 est intégralement reconduite.

Angela Denoke s‘immerge tout autant dans la peau de la chanteuse (devenue actrice dans la mise en scène), avec ce quelque chose de glacial et d’acéré dans le regard, et avec une désinhibition totale devant le rôle provocant qu’elle doit tenir.
Vocalement, elle est éblouissante.

Il y avait bien des réserves pour son Fidelio à Garnier en novembre 2008, mais ici il faut imaginer un timbre galbé qui l’humanise tout en exprimant une sorte de gravité désespérée, des couleurs dorées, une ampleur impressionnante.

Karine Deshayes (Krista)

Karine Deshayes (Krista)

Chaque année, Karine Deshayes surprend d’avantage. Elle gagne encore en présence, en impact et sensualité vocale, une joie de vivre pleine de sincérité.

Il serait quand même temps de lui proposer de vrais premiers rôles. Et bien justement, sa Rosine dans la reprise du Barbier de Séville à l’automne prochain, va rendre nécessaire de se déplacer à Bastille.

 

Plus besoin de présenter le ténor Charles Workman. On est, ou l’on est pas, sensible à une voix qui suggère une âme emplie de mélancolie très identifiable.

C’est également un acteur rodé aux metteurs en scène chers à Gerard Mortier (Deflo, Engel, Warlikowski).

Vincent Le Texier (futur Jochanaan la saison prochaine), se démarque surtout par sa fermeté.

Pour Krzysztof Warlikowski, l’Affaire Makropoulos est une superbe occasion de projeter le mythe des grandes actrices du cinéma américain des années 30 à 60 sur le personnage d’Elina Makropoulos

L'espace scénique est une alternance entre un studio cinéma décoré de bakélite, et l'intimité des salles d'eau où se déroulent les échanges les plus forts entre les protagonistes.

 

Charles Workman (Albert Mc Gregor)

La Marilyn Monroe de « The seven Year Itch » (Billy Wilder 1955) se transforme en Rita Hayworth dans « Gilda » (Charles Vidor 1946), pour redevenir la Marilyn de « Something’s got to give » (George Cukor 1962) qui inspire la dernière scène où Emilia disparaît au fond d’une piscine.

L'Affaire Makropoulos (reprise 2009) msc K. Warlikowski à Bastille

Chaque acte est précédé de projections video contribuant aussi bien à l'immersion dans ce monde cinématographique qu'à la cohérence de cette transposition.

L'ouverture sur les images de Marilyn Monroe véhicule une merveilleuse nostalgie, alors que la descente pathétique du grand escalier par Gloria Swanson dans « Sunset Boulevard » (Billy Wilder 1950), aboutit sur le dénouement du dernier acte.

Angela Denoke (Emilia Marty)

Angela Denoke (Emilia Marty)

Ces femmes, auxquelles hommes et femmes vouent un amour éternel, sont également objet d’un désir sauvage et animal.

Cet aspect primitif se retrouve dans la musique (l'emploi des timbales) et également dans tout le livret, « On se prend à flairer comme un animal sauvage, vous éveillez quelque chose d’effrayant. » cède Mac Gregor à Emilia Marty.

Ainsi, parmi les chefs d’œuvres du cinéma américain, vient s’incruster « King Kong » (1933), restitué sous forme d’un colossal buste, les yeux rouges de désir, et d’une main possessive d’où s’extrait Emilia.

Krzysztof Warlikowski ose toutes les scènes suggérant cette animalité ambiante (Mac Gregor reniflant les sous-vêtements de l’actrice).

Il y a bien le vieux Hauk-Sendorf, dans les bras duquel l'actrice retrouve une sincère affection, mais cette femme fascinante n'ayant pas réussie à être aimée pour elle même, laisse tomber son désir d'éternité qui l'a rendue malheureuse.

La jeune Krista, prête à l'imiter, ne récupère pas le secret de l'élixir, ce qui lui évitera les mêmes désillusions.

Sur le plan visuel, on remarque un soucis que le metteur en scène a à chaque fois qu’il monte ses pièces de Théâtre (en langue polonaise) : l’incrustation du texte sur le décor, qui permet à l’auditeur de suivre le fil sans détourner l’attention de la scène.

C’est toujours très réfléchi, mais à Bastille le dispositif semble souffrir d’un contraste insuffisant par rapport à la luminosité de la scène.

L'ensemble baigne dans les couleurs un peu metalliques que tire Tomas Hanus d'un orchestre dirigé vers un accord théâtral parfait.

Alors si l'on ne peut s'empêcher de faire des rapprochements entre la Salomé de Strauss et Elina Makropoulos, ne serait ce que par les allusions à sa perversité, il en va tout autant des phrases musicales, si souvent belles sous la baguette du chef tchèque, et si riches dans leur complexité.

Ce spectacle prodigieux, le plus beau résultat (en attendant le Roi Roger) de la confiance manifeste de Gerard Mortier envers un artiste doué, est une coproduction avec le Teatro Real de Madrid.

Angela Denoke (Emilia Marty)

Angela Denoke (Emilia Marty)

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Publié le 20 Avril 2009

Un Ballo in Maschera
(Giuseppe Verdi)
Représentation du 19 avril 2009
Opéra Bastille

Riccardo Ramon Vargas
Renato Ludovic Tézier
Amelia Deborah Voigt
Ulrica Elena Manistina
Oscar Anna Christy
Silvano Michail Schelomianski
Tom Scott Wilde

Direction musicale
          Renato Palumbo

Mise en scène 
          Gilbert Deflo

 

Acte II : Deborah Voigt (Amelia)

La reprise du Bal Masqué qui débute à l'Opéra Bastille semble plutôt bien servir Verdi.

Ramon Vargas est bien plus intéressant ici que dans Luisa Miller, il connaît très bien le rôle de Riccardo, lui donne épaisseur, assurance et prestance, et en plus il chante cela avec beaucoup de style et de chaleur.
Il n'a même pas de problème de projection alors qu'il est annoncé souffrant.

Acte I premier Tableau : les conspirateurs parmi les membres du parlement.

Acte I premier Tableau : les conspirateurs parmi les membres du parlement.

Ludovic Tézier fait aussi des efforts pour s'approprier le personnage, et comme dans Werther, allège beaucoup sa voix ce qui rajeunit Renato.

Cela creuse un écart générationnel avec Deborah Voigt qui au contraire paraît vocalement plus âgée.

En fait cette grande voix spectaculaire est surtout taillée pour ne pas se laisser noyer par la direction vivante de Palumbo.

Ce dernier force sur le côté "marche militaire", et écrase trop souvent le son. C'est du Verdi, disons, très populaire.

Les solo instrumentaux sont bien mis en valeur.

Acte I deuxième Tableau : Elena Manistina (Ulrica)

Acte I deuxième Tableau : Elena Manistina (Ulrica)

Ce que fait Anna Christy est très lumineux avec des coloratures légères comme des plumes.
Elena Manistina est franchement irréprochable, vénéneuse sans exagération, avec des injonctions agressives et un timbre parfois âpre.

Finalement, si Gilbert Deflo n'attend pas des chanteurs d'avoir des expressions scéniques crédibles (on peut entendre un chœur crier "horreur!" tout en restant de marbre), l'atmosphère macabre des différents tableaux (toujours sombre) est quand même juste, et l'idée du rituel vaudou bien pensée.

Le livret mentionne en effet, lors du bal du troisième acte, que les serviteurs sont noirs (l'esclavage est toujours de rigueur à cette époque), ce qui rend le rite créole pertinent chez Ulrica.

Acte III premier Tableau : Ludovic Tézier (Renato), Deborah Voigt (Amelia) et Anna Christy (Oscar)

Acte III premier Tableau : Ludovic Tézier (Renato), Deborah Voigt (Amelia) et Anna Christy (Oscar)

Ce metteur en scène joue sur l'économie et la clarté, le décor présente avec élégance l'essentiel de chaque lieu sans superflu, les couleurs des costumes (rouge comme symbole vital de la sorcière, blanc pour l'innocence du page) caractérisent les protagonistes sans ambiguïté.
Cela donne une restitution cohérente de la version nord américaine du Bal Masqué (celle qui a toujours été jouée du vivant de Verdi).

Un impératif est alors de disposer de chanteurs possédant bien leur rôle pour animer le drame, car les consignes du directeur restent minimalistes et se limitent, en caricaturant à peine, à "regarde la salle!", "regarde ton partenaire!", "va t'asseoir!"...

Acte III troisième Tableau : le Bal Masqué

Acte III troisième Tableau : le Bal Masqué

Le soin accordé au personnage d'Oscar, virevoltant à l'image de la légèreté du Comte, est heureusement absolument sympathique.

Lire également Histoire d'Un Ballo in Maschera et Un Bal Masqué (création 2007) à Bastille.

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Publié le 5 Avril 2009

Macbeth (Giuseppe Verdi)
Représentations du 04 et 13 avril 2009 à l'Opéra Bastille

Direction musicale Teodor Currentzis
Mise en scène Dmitri Tcherniakov

Macbeth Dimitris Tiliakos
Banco Ferruccio Furlanetto
Lady Macbeth Violeta Urmana
Dama di Lady Macbeth Letitia Singleton
Macduff Stefano Secco
Malcolm Alfredo Nigro
Medico Yuri Kissin

Coproduction avec l'Opéra de Novossibirsk

Violeta Urmana (Lady Macbeth) et Dimitris Tiliakos (Macbeth)

Dix ans nous séparent, depuis la création par Phyllida Lloyd à l’Opéra Bastille d’une vision esthétisée de Macbeth. Maria Guleghina y avait fait sensation par une démonstration de puissance, une lady qui « en a » comme on dit.

L’image du couple prisonnier d’une cage tournoyante, en prélude à la scène des apparitions, restituait avec force son enfermement mental.

La nouvelle production réalisée par Dmitri Tcherniakov se projette sur un terrain totalement différent.

Oublions toute la dimension fantastique, ce drame peut être le support d’une autre histoire, plus réelle et crédible, l’histoire d’un jeu qui tourne mal entre une société modeste et un homme qu‘elle porte sans méfiance dans son ascension sociale.
Ce nouveau riche finit par craindre d’être renversé par ceux qui l’ont soutenu. Il les agresse brutalement, ce qui conduit à une révolte générale.

Macbeth (msc Dmitri Tcherniakov) à l'Opéra Bastille

Le décor que choisit le metteur en scène alterne entre la banlieue noyée par la grisaille, où vit dans de petites habitations uniformes une classe sociale pauvre, et la demeure bourgeoise en pierre de taille de la famille de Macbeth.

Les transitions entre ces deux lieux s’opèrent par la projection sur grand écran d’une vision aérienne 3D type « google earth » de la cité.
Les mouvements prennent de la hauteur, parcourent la ville, puis plongent vers le point visé. Tout le suivi est réalisé de manière très fluide en suivant les formes des lignes musicales, mais cette vision des demeures suggère que l’idée de propriété est à la base de la division entre les hommes.

A la fois sorcières, brigands et armée, le peuple accepte cette division. Il porte aux nues Macbeth, et entretient une certaine connivence avec lui et Banquo, alors que ces derniers possèdent tout.

Le passage du meurtre de Banquo est habilement tourné, les mises en garde étant prises pour des plaisanteries par lui, ce qui innocente le peuple et permet à un meurtrier de se glisser parmi lui pour effectuer sa basse besogne.

Macbeth (msc Dmitri Tcherniakov) à l'Opéra Bastille

Lorsque l’on bascule au « Château », le spectateur est transporté dans un appartement bourgeois, espace très resserré sur scène, comme s’il était témoin d’un épisode de « Dynastie » devant son écran.

Le Roi n’est plus qu’un vieux chef de famille assez antipathique par sa désinvolture.

Lady Macbeth, n’est plus la femme dominatrice et même très masculine chez Shakespeare (« Come, you spirits that tend on mortal thoughts, unsex me here, and fill me, from the crown to the toe »), mais celle ci soutient son mari avec une fascinante propension à nier la réalité.

Violeta Urmana (Lady Macbeth), magicienne du banquet

Violeta Urmana (Lady Macbeth), magicienne du banquet

Cela donne une magnifique scène du banquet, quand la Lady se livre à des tours de magie pour amuser l’assistance, scène qui n’est pas sans rappeler le troisième acte de « La Cerisaie » : toute une haute société tente ainsi d’oublier que son déclin se profile.

A ce propos, la dernière pièce d’Anton Tchekhov pourrait, si les conditions financières le permettent, être adaptée à l'automne 2010 au Bolchoï sur une musique de Philippe Fenelon et un livret de Alexeï Parine, dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov, puis serait reprise à l'Opéra de Paris peu après.

D'ailleurs la ressemblance entre Madame Larine (mère de Tatiana) dans Eugène Onéguine à Garnier, Madame Andréevna (La Cerisaie) et le personnage de Lady Macbeth ici, n'est pas fortuite.

Dimitris Tiliakos (Macbeth)

Dimitris Tiliakos (Macbeth)

La Lady devient un élément déterminant lorsque habillée en noir pour ne pas être reconnue (c'est aussi la face sombre de son âme qui prend le dessus), elle vient encourager Macbeth à éliminer tous les proches de Macduff, homme accepté par la haute société mais très lié à ses origines.
Macbeth bascule dans une folie criminelle.

Dans la scène de somnambulisme, Lady Macbeth tente à nouveau de se voiler la face en s’imaginant magicienne, remet inlassablement la nappe en place, pensant pouvoir continuer normalement sa vie, mais bute sur la réalité lorsque qu’elle confond sa Dame avec Macbeth.

Ce passage n’a rien de terrifiant, c’est en revanche d’une tristesse émouvante.

Quand à Macbeth, au paroxysme de sa paranoïa, ne lui reste plus qu’à subir le déchaînement de la foule, et la destruction de sa propriété.

Ironie de la situation, le chœur final s’achève fatalement sur la vue aérienne de toutes les maisons de la ville.

On pourrait voir dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov, une illustration de la citation d’Emil Cioran  : « Dans un monde de pauvres, les riches sont des criminels et les pauvres des imbéciles. » (La transfiguration de la Roumanie).

La qualité théâtrale de ce Macbeth, se mesure aussi bien par le soin apporté aux petits rôles des figurants muets, qu’à l’imaginaire induit par les scènes de famille et les multiples interactions de classe. Par exemple, la scène des apparitions fait surgir discrètement une bourgeoise de la foule, ce qui panique Macbeth prenant conscience de l'aspiration du peuple.

L’interprétation musicale n’est pas en reste non plus, à commencer par l’orchestre de l’Opéra National de Paris et l'électrisant Teodor Currentzis.
Ce dernier donne un coup de jeune et une modernité surprenants à la partition. Cela se joue dans les formes d’ondes, la manière de graduer leurs amplitudes, ou bien dans les soudaines accélérations.

Comme pour Don Carlo, les cuivres sont mis en valeur dans les passages les plus spectaculaires.

Il y a surtout une cohérence d’ensemble entre la scène et la fosse qui crée un tout prenant.

La version interprétée correspond à la version remaniée de 1865, sans le ballet et le choeurs des Sylphes (c'était déja le cas lors de la reprise du spectacle de Phyllida Lloyd en 2002), mais avec le rétablissement de la mort de Macbeth, air qui conclut la version florentine de 1847, et que Verdi supprima lors de la réécriture.

                                        Stefano Secco (Macduff)

Dans un rôle qui exige d’elle un jeu complexe, Violeta Urmana s’en tire très bien. Seulement si la beauté de son médium est indéniable, la voix globalement très claire et décolorée dans les aigus, nous offre un portrait sans noirceur de la Lady.

Elle ne se risque pas non plus au contre ré de la scène de somnambulisme.
Comme l’analyse psychologique de Dmitri Tcherniakov ne porte pas sur la caricature, ce n’est pas vraiment gênant, surtout qu’un tel travail théâtral force le respect.
Et encore une fois, bravo pour la scène du banquet.

Violeta Urmana : scène de somnanbulisme

Violeta Urmana : scène de somnanbulisme

Même chose pour Dimitris Tiliakos, qui compose un Macbeth névrotique ahurissant.
Comme Urmana, il a ses moments de faiblesses, ce qui ne l’empêche pas de retrouver de l’autorité. C’est un baryton plutôt clair, doué d’un timbre charnu, qui ne peut toujours éviter d’être couvert par l’orchestre.

Toutefois, ces réserves ne concernent que la première représentation, car lundi 13 avril, les chanteurs ont paru dans une forme éblouissante. Violeta Urmana nuance ce soir là presqu'à outrance, affirme beaucoup plus les aspects sombres du personnage, semble même mieux projeter sa voix hors de la pièce principale, et Dimitris Tiliakos dépeint sans faille tous les états d'âme de Macbeth, en conservant une sorte de candeur inhabituelle.

Ferruccio Furlanetto en fait peu mais bien, et Stefano Secco profite de n’avoir qu’un air à chanter pour irradier la salle. C’est comme si la frustration de ce rôle secondaire se libérait soudainement.

Letitia Singleton, au rôle enrichi, devient une Dame de Lady Macbeth fort touchante.

Macbeth (msc Dmitri Tcherniakov) à l'Opéra Bastille

Le traitement du chœur devient un véritable sujet de polémique.
"Patria oppressa", chanté sur scène et enlevé par un orchestre volcanique, est le grand cri d'humanité attendu.

Mais pour des raisons théâtrales, les chanteurs doivent souvent rester en coulisse.
Ainsi, lorsque Macbeth craque devant les visions de Banquo, il paraît plus logique que les visiteurs excédés préfèrent quitter la réception. Le couple reste seul.

De même, la destruction de la demeure de Macbeth, vécue de l’intérieur sans voir d’où viennent les projectiles, donne plus de force au final.

Alors cela nécessite un difficile réglage de la sonorisation, et le recours à ce procédé peut paraître comme un outrage.
Mais l’expérience vaut vraiment la peine, car ce type de mise en scène développe la sensibilité au langage théâtral, art très régulièrement maintenu dans un périmètre fort conventionnel dans le milieu lyrique.

La reprise de cette production forte est d'ailleurs confirmée pour 2011, en espérant pouvoir retrouver Teodor Currentzis. Sa manière de faire ressortir les motifs de la partition font tellement rapprocher certains passages de Macbeth avec La Traviata ou bien Don Carlo, que cela risque de nous manquer.

Lire également Histoire de Macbeth.

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Publié le 26 Mars 2009

Présentation de la saison lyrique 2009 / 2010
Mercredi 25 mars 2009 à l’Amphithéâtre Bastille


Cette présentation, sobre, se déroule en l’absence de Nicolas Joel, pour une évidente nécessité de ménager des moments de récupération avant le démarrage de la saison prochaine.
L’ambition du nouveau directeur est d’apporter une part d’émerveillement supplémentaire à l’Opéra de Paris, sans occulter la part de connaissance de soi et des autres que le théâtre porte en lui même.

L’œuvre centrale de la saison 2009/2010

L'Or du Rhin (Wagner)
Du 04 mars 2010 au 28 mars 2010 (8 représentations à Bastille)
Falk Struckmann, Samuel Youn, Stephan Rügamer, Kim Begley, Peter Sidhom, Wolfgang Abilner-Sperrhacke, Iain Paterson, Günther Groissböck, Sophie Koch, Ann Petersen, Qiu Lin Zhang
Mise en scène Günter Krämer / Direction Philippe Jordan


La Walkyrie (Wagner)
Du 31 mai 2010 au 29 juin 2010 (9 représentations à Bastille)
Robert Dean Smith, Falk Struckmann, Ricarda Merbeth, Katarina Dalayman, Yvonne Naef, Günther Groissböck,
Mise en scène Günter Krämer / Direction Philippe Jordan


Le Ring n’avait plus été donné à l’Opéra National de Paris depuis 1957.
Après avoir travaillé sur le Ring à Hambourg au début des années 1990, Günter Krämer présente sa nouvelle vision comme un grand livre d’images, un opéra extrêmement visuel, et une vraie réflexion sur l’œuvre.
La saison suivante, les deux autres volets, Siegfried et le Crépuscule des Dieux, seront montés, et par la suite, l’ouvrage pourra être entendu sous forme de cycle.

Saison Lyrique 2009 / 2010 de l’Opéra National de Paris

Les autres nouvelles productions

 

Die Tote Stadt (Korngold)
Du 03 octobre 2009 au 27 octobre 2009 (8 représentations à Bastille)

Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth, Stéphane Degout, Doris Lamprecht, Bernard Richter, Claudia Galli, Letitia Singleton.
Mise en scène Willy Decker / Direction Pinchas Steinberg


Coproduction du Staatsoper de Vienne et du Festival de Salzburg (2004).
Korngold est né à Brno, également lieu de naissance de Janacek.


Mireille (Gounod)
Du 14 septembre au 14 octobre 2009 (10 représentations à Garnier)
Inva Mula, Charles Castronovo, Franck Ferrari, Alain Verhnes, Sylvie Brunet, Anne-Catherine Gillet, Nicolas Cavallier, Amel Brahim-Djelloul
Mise en scène Nicolas Joel / Direction Marc Minkowski


L’ouvrage est présenté dans sa version originale 5 actes créée le 19 mars 1864 au Théâtre Lyrique.

Faust (Fenelon)
Du 17 mars 2010 au 31 mars 2010 (5 représentations à Garnier)
Gilles Ragon, Arnold Bezuyen, Robert Bork, Gregory Reinhart, Bartlomiej Misiuda, Marie-Adeline Henry, Eric Huchet
Mise en scène Pet Halmen / Direction Bernhard Kontarsky


Production du Théâtre du Capitole (2007).
C’est l’adaptation non pas du Faust de Goethe, mais du Faust de Nikolaus Lenau.


Werther (Massenet)
Du 14 janvier 2010 au 04 février 2010 (8 représentations à Bastille)
Jonas Kaufmann, Ludovic Tezier, Alain Vernhes, Sophie Koch, Anne-Catherine Gillet
Mise en scène Benoît Jacquot / Direction Michel Plasson


Production du Royal Opera House, Covent Garden, Londres (2004).
L’ouvrage est remonté cette saison dans une production différente de celle de Munich, afin d’entendre la Charlotte de Sophie Koch.


André Chénier (Giordano)
Du 06 décembre 2009 au 24 décembre 2009 (8 représentations à Bastille)
Marcelo Alvarez, Sergei Murzaev, Micaela Carosi, Varduhi Abrahamyan, Stefania Toczyska, Maria José Montiel
Mise en scène Giancarlo Del Monaco / Direction Daniel Oren


Production du Teatro Comunale di Bologna (2006).

La Donna del Lago (Rossini)
Du 14 juin 2010 au 10 juillet 2010 (10 représentations à Garnier)
Juan Diego Florez, Javier Camarena, Simon Orfila, Joyce DiDonato, Karine Deshayes, Daniela Barcellona, Francesco Meli, Diana Axentii, Jason Bridges
Mise en scène Lluis Pasqual / Direction Roberto Abbado


Entrée au répertoire de l’Opéra National de Paris de l’œuvre qui marque la naissance du romantisme musical italien.

La Sonnambula (Bellini)
Du 25 janvier 2010 au 23 février 2010 (11 représentations à Bastille)
Michele Pertusi, Cornelia Oncioiu, Natalie Dessay, Javier Camarena, Marie-Adeline Henry, Nahuel Di Pierro
Mise en scène Marco Arturo Marelli / Direction Evelino Pido


Coproduction du Staatsoper de Vienne et du Royal Opera House, Covent Garden, Londres (2001).

Les reprises

Wozzeck (Berg)

Du 17 septembre au 02 octobre 2009 (6 représentations à Bastille)
Vincent Le Texier, Waltraud Meier, Stefan Margita, Kurt Rydl, Xavier Moreno, Andreas Conrad, Ursula Hesse Von Den Steinen
Mise en scène Christoph Marthaler / Direction Hartmut Haenchen


Salomé (Strauss)
Du 07 novembre 2009 au 01 décembre 2009 (8 représentations à Bastille)
Thomas Moser, Julia Juon, Camilla Nylund, Vincent Le Tezier, Xavier Mas, Varduhi Abrahamyan
Mise en scène Lev Dodin / Direction Alain Altinoglu


Billy Budd (Britten)

Du 24 avril 2010 au 15 mai 2010  (8 représentations à Bastille)
Kim Begley, Lucas Meachen, Kurt Rydl, Michael Druiett, Paul Gay, Scott Wilde, Andreas Jäggi
Mise en scène Francesca Zambello / Direction Jeffrey Tate


La Petite Renarde Rusée (Janacek)

Du 25 juin 2010 au 12 juillet 2010 (7 représentations à Bastille)
Jean-Philippe Lafont, Michèle Lagrange, Luca Lombardo, Gregory Reinhart, Paul Gay, Adriana Kucerova, Hannah Esther Minutillo
Mise en scène André Engel/ Direction Michael Schonwandt


Idomeneo (Mozart)

Du 20 janvier 2010 au 13 février 2010 (9 représentations à Garnier)
Rolando Villazon, Vesselina Kasarova, Isabel Bayrakdarian, Anna Netrebko, Charles Workman, Xavier Mas
Mise en scène Luc Bondy / Direction Emmanuelle Haim


Don Carlo (Verdi)

Du 11 février 2010 au 14 mars 2010 (10 représentations à Bastille)
Giacomo Prestia, Stefano Secco, Ludovic Tezier, Victor Von Halem, Sondra Radvanovsky, Luciana D'Intino
Mise en scène Graham Vick / Direction Carlo Rizzi


Le Barbier de Séville (Rossini)

Du 18 septembre au 14 octobre 2009 et du 26 mars au 23 avril 2010 (18 représentations à Bastille)
Antonino Siragusa, Alberto Rinaldi, Karine Deshayes, Isabelle Leonard, George Petean, Dalidor Jenis, Paata Burchuladze
Mise en scène Coline Serreau / Direction Bruno Campanella


L'Elisir d'amore (Donizetti)

Du 10 octobre 2009 au 25 octobre 2009 (7 représentations à Bastille)
Anna Netrebko, Rolando Villazon, Tatiana Lisnic, Charles Castronovo, George Petean, Paolo Gavanelli
Mise en scène Laurent Pelly / Direction Paolo Arrivabeni


La Bohème (Puccini)

Du 29 octobre 2009 au 29 novembre 2009 (12 représentations à Bastille)
Stefano Secco, Massimo Giordano, Tamar Iveri, Inva Mula, Ludovic Tezier, Dalidor Jenis, Natalie Dessay
Mise en scène Jonathan Miller / Direction Daniel Oren


Platée (Rameau)

Du 02 décembre 2009 au 30 décembre 2009 (12 représentations à Garnier)
Xavier Mas, Mireille Delunsch, Paul Agnew, Jean-paul Fouchécourt, Alain Vernhes, Yann Beuron, François Lis, Doris Lamprecht, Marc Labonette, Aimery Lefèvre
Mise en scène Laurent Pelly / Direction Marc Minkowski


Les Contes d'Hoffmann (Offenbach)

Du 07 mai 2010 au 03 juin 2010  (10 représentations à Bastille)
Laura Aikin, Inva Mula, Béatrice Uria-Monzon, Ekaterina Gubanova, Giuseppe Filianoti, Franck Ferrari, Alain Vernhes
Mise en scène Robert Carsen / Direction Jesus Lopez-Cobos

Premières impressions sur cette saison

Si le Ring est le point central de cette première saison de Nicolas Joel, ce qui caractérise le mieux cette programmation est la part plus importante du répertoire français (4 ouvrages auxquels s'ajoute le Faust composé par Fenelon mais chanté en langue allemande).

Apparaissent une cinquantaine de chanteurs français parmi les 160 artistes distribués, alors qu’ils n’étaient qu’une quinzaine la saison précédente.
Le répertoire slave disparaît quasiment, puisque seule La Petite Renarde Rusée subsiste.

Les grands chanteurs (Netrebko, Villazon, Tezier, Dessay, Meier, Kaufmann, Alvarez …) sont affichés comme une force, pourtant, ils ont déjà interprété des œuvres à Paris lors des saisons précédentes.

Anna Netrebko lors de son premier récital parisien au Théâtre des Champs Elysées en 2007

Lors de la conférence de presse du lundi 23 mars, le nouveau directeur s’est présenté comme dans la continuité de ses prédécesseurs, Gall, Liebermann, et surtout Jacques Rouché.

Sans doute était-ce parce que ce dernier avait le goût des décors de peintres, mais aussi parce qu’il s’était impliqué dans la mise en scène de l’Œdipe de Enescu, ce que Joel, après une première tentative à Toulouse en 2008, devrait retenter à l’Opéra de Paris.

Mais le cheval de bataille de Rouché était aussi de faire connaître les ouvrages contemporains, d'accès moins facile.
Or, force est de constater que l'importante concentration du répertoire sur le XIXième siècle (12 titres), la saison prochaine, ne s'était plus produite à l'Opéra de Paris depuis 13 ans (seconde saison d'Hugues Gall).

D'ailleurs, le fait que 7 nouvelles productions couvrent le siècle de création de l'Opéra Garnier est un record.

Le programme proposé reste cependant varié et ambitieux, conserve une part importante aux ouvrages des XXième et XXIième siècles (6 productions), et pour la première fois Mozart et Verdi ne sont représentés que par un ouvrage chacun.

Seulement, il ne se dégage pas véritablement de thématique, et le sens de la réflexion sur la société, particulièrement stimulant avec Gerard Mortier, semble bel et bien disparu, au profit d’une vision un peu plus confortable de l’opéra.

Présentation de la saison 2008/2009 par Gerard Mortier

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Publié le 22 Mars 2009

3ième symphonie de Mahler (Ballet de John Neumeier)
Représentation du 21 mars 2009
Opéra Bastille

Chorégraphie, décor et lumières John Neumeier
Mezzo-soprano Dagmar Peckova
Direction musicale Simon Hewett

L'Homme Karl Paquette
L'Ange Dorothée Gilbert
La Femme Nolwenn Daniel
La Guerre Mathias Heymann
L'Ame Florian Magnenet
Posthorn Isabelle Ciaravola, Josua Hoffalt
Couple Lyrique Charline Giezendanner, Yong Geol Kim
Couple Allegro Mathilde Froustey, Julien Meyzindi

Avec la 3ième symphonie de Mahler, John Neumeier nous entraîne sur le parcours d’un homme, candide, à travers la guerre, la légèreté de la vie, et la rencontre amoureuse.

Karl Paquette (L'Homme)

Karl Paquette (L'Homme)

Le premier mouvement, tendu et théâtral, est une captivante mise en valeur de la force musculaire des combattants, leurs formes complexes, leurs postures fières et assurées, leurs démarches décidées.

Vient s’y incruster, comme un songe, un duo plein de naïveté et de grâce, avant que la situation martiale ne reprenne le dessus.

La caractérisation des scènes successives, par les changements d’éclairages, diffus et nocturnes, où bien denses et focalisés sur les sculptures humaines, n'en rend ce passage que plus marquant.

Troisième symphonie de Gustav Mahler - John Neumeier

Alors que par la suite, les danses du printemps, classiques sur la forme, et agrémentées de figures furtivement faintaisistes sur une musique teintée de valses nostalgiques, semblent laisser l’Homme simplement contemplatif, à rêvasser ou bien à compter le temps qui passe.

Lorsque la nuit survient, les mouvements nous replongent dans un monde plus sensible, magnifique pose quand les regards s’échangent et se parlent, terrible transition dans un silence qui laisse l’esprit sur ses gardes, fascinantes torsions et finesses des muscles.

Troisième symphonie de Gustav Mahler - John Neumeier

Le chant de Dagmar Peckova amène alors l’auditeur au bout de ce voyage intérieur lent, avant la brusque remontée vers la joie et la lumière, sur lequel le grand pas de deux du 6ième mouvement s‘achève.

C’est évidemment beau et fluide, mais Simon Hewett ne conserve que la grâce de la musique, en dilue les brisures, atténue la tension dramatique, et là, la chorégraphie de Neumeier semble un peu en retrait par rapport à ce que ce passage devrait atteindre au plus profond de l’âme humaine.

Troisième symphonie de Gustav Mahler - John Neumeier

Les dernières mesures s'élèvent dans les lumières du couchant, image tragique quand l'Homme finit sa vie seul, courbé et tourmenté par ses souffrances, devant une dernière vision de l'Ange.

Le 11 avril 2009, la distribution est totalement différente (Hervé Moreau, Isabelle Ciaravola, Eleonora Abbagnato, Alessio Carbone, Karl Paquette), ainsi que le chef d'orchestre (Klauspeter Seibel), la comparaison s'annonce passionnante, et elle le sera.

Car Klauspeter Seibel restitue à merveille la profondeur de cette musique, déroule un sixième mouvement irréel, et ce que fait Isabelle Ciaravola éblouit par l'ampleur de ses mouvements parfaitement maîtrisés, aussi inhumainement souples. Vingt minutes de frissons ininterrompus.

Karl Paquette, Dorothée Gilbert

Karl Paquette, Dorothée Gilbert

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Publié le 10 Mars 2009

Werther (Massenet)
Représentation du 09 mars 2009
Opéra Bastille

 

Werther Ludovic Tezier
Charlotte Susan Graham
Sophie Adriana Kucerova
Albert Franck Ferrari
Le Bailli Alain Verhnes

Direction Kent Nagano
Mise en scène Jürgen Rose
Production du Bayerische Staatsoper, Munich

On se doutait que le caractère scénique de Ludovic Tezier se glissait aisément sous la nature introvertie de Werther, mais la très grande interprétation qu'il en a donné lundi soir offre un bel éclat à la version transposée pour baryton.

Dans l'immense salle de Bastille, pensée pour valoriser la fosse d'orchestre, le chanteur s'empare de l'espace de façon simple et convaincante, flatte ses lignes de chants très pures, les éclaircit même, variant ses mouvements d'âme en offrant une richesse d'expressions extrêmement vivantes : citons de rares moments d'esprit au repos, puis les névroses, les hallucinations, l'introspection.

Ludovic Tezier (Werther)

Ludovic Tezier (Werther)

Mais il est bien entendu que le Werther de Massenet ne peut être comparé à celui de Goethe, ce dernier sombrant dans le romantisme le plus violent, et nous prenant au piège de l'univers mental obsessionnel du jeune homme.

Jürgen Rose essaye de décrire cet état psychique avec son décor écrasé par les pensées de Werther, d'où émerge de toutes parts à la fin, le prénom de Charlotte. Cet univers clos s'articule autour du fameux rocher, refuge hors du temps, mais aussi épicentre du monde réel qui entoure le héros.

Chez Massenet, Werther est un homme en souffrance, qui trouve en l'image de Charlotte, un reflet qui le calme, un Hollandais Volant, lui aussi condamné pour l'éternité.

Susan Graham (Charlotte)

Susan Graham (Charlotte)

Mais l'on ne peut pas dire que Susan Graham rende force compassionnelle au personnage de Charlotte. La voix est certes puissante, mais rien ne touche. Elle devient une sorte de mère un peu distanciée à l'air triste et affligé.

Franck Ferrari souffre de la comparaison avec Ludovic Tézier dont il n'a pas la même luminosité, l'austérité du timbre et la maturité physique en font tout de même un honnête Albert.

Ludovic Tezier dans Werther à l'Opéra Bastille

Pimpante et pleine d'entrain, Adriana Kucerova nous fait parfois sourire avec son français slavisé, et Alain Verhnes reste décidément un interprète qui donne beaucoup de personnalité à ses rôles (le Père de Louise aura été le plus attachant ces dernières années).

Avec Kent Nagano, les couleurs des préludes orchestraux se ternissent légèrement, peut être parce qu'il s'agit de maintenir une unité de la structure orchestrale, et de la déployer sans couvrir les chanteurs. D'ailleurs dans les deux derniers actes (les plus noirs), l'orchestre passe souvent au premier plan, capte l'auditeur pas ses pulsations et ses contrastes soudainement plus marqués, l'inertie d'ensemble paraissant lente mais fort majestueuse.

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Publié le 24 Février 2009

Séance de travail d’Idomeneo (Mozart)
Répétition du 23 février 2009 (Garnier)

Mise en scène Luc Bondy
Direction musicale Thomas Hengelbrock
Chef des Choeurs Winfried Maczewski

Idomeneo Paul Groves
Idamante Joyce DiDonato
Ilia Camilla Tilling
Elettra Mireille Delunsch
Arbace Johan Weigel
Il gran Sacerdote Xavier Mas

Il n’est pas d’usage de commenter une séance de travail. Néanmoins, lorsque l’on a le sentiment d’avoir assisté à quelque chose d’essentiel, d’y avoir vu une vérité ou bien une vision idéale, la passer sous silence serait ne lui accorder que peu d’importance.

                                      Mireille Delunsch (Elettra)

Nous retrouvons le même chef et la même distribution féminine que pour les représentations d'Idomeneo en 2006.

Mireille Delunsch (Elettra)

Mireille Delunsch (Elettra)

Premier point, malgré les apparences ce n’est pas une mise en scène de Christoph Marthaler. Bien qu’à quatre jours de la première représentation, cette séance se déroule de manière « casual », ce qui crée une inhabituelle proximité entre les chanteurs et les contemplateurs .

Durant trois heures, le travail de reprise se concentre sur la deuxième partie de l’opéra, à partir du moment où Elektra se réjouit de retourner à Argos avec Idamante (Idomeneo en a décidé ainsi pour éviter de sacrifier son fils selon la volonté du dieu Neptune).

Joyce DiDonato (Idamante) et Paul Grooves (Idomeneo)

Joyce DiDonato (Idamante) et Paul Grooves (Idomeneo)

Que Mireille Delunsch soit une chanteuse qui s’abandonne totalement à son rôle, comme si elle passait dans une autre dimension, n’étonne plus guère, et les signes de complicités se croisent avec les membres du chœur, tout comme ses poses aspirant à la mélancolie.

Plus terre à terre, Joyce DiDonato joue avec les éléments (à voir son estocade avec l’épée d’Idamante), admire depuis la salle ses partenaires, alors que Paul Groves laisse entrevoir un trop fier Roi de Crête.

Joyce DiDonato (Idamante) et Camilla Tilling (Ilia)

Joyce DiDonato (Idamante) et Camilla Tilling (Ilia)

Mais le plus intéressant est d’assister à cette recherche générale d’harmonie orchestrée par Thomas Hengelbrock.

U
ne importante partie du travail consiste à régler le chœur, le synchroniser avec les musiciens pour n’être ni en avance, ni en retard, être véloce quand il le faut, et nuancer quand ses murmures doivent se faire frémissants.

A dire vrai,Winfried Maczewski ne semble qu’avoir préparé et amené sa troupe sur scène pour les livrer au grand coordinateur, architecte qui va se charger de donner corps à tout cela.

Séance de travail d'Idomeneo (Palais Garnier)

Les artistes s’incrustent dans l’ensemble (l’avantage dans ce genre de situation est que chacun a son rôle bien défini, sa partition bien à lui, mais ne peut en sortir) et entretiennent entre eux des rapports humains vrais, hors de toute construction artificielle (ils ont déjà un rôle à défendre).

Il ne faut pas se méprendre, toute la spontanéité ambiante, les détentes soudaines, affirment un grand professionnalisme.

Le choeur de l'Opéra de Paris et le sourire de Mireille Delunsch

Le choeur de l'Opéra de Paris et le sourire de Mireille Delunsch

C’est à se demander si chacun n’en profite pas un peu pour exprimer une part de soi tout en jouant son personnage. Qu’Elektra paraisse trop humaine, Mireille Delunsch y est sans doute pour quelque chose.

Oeuvrant comme Rodin devait sculpter la matière, Thomas Hengelbrock achève cette soirée éprouvante en félicitant tout le monde pour son enthousiasme, lui exprime son sentiment que de grandes représentations d’« Idomeneo » s’annoncent, et envoie à l’orchestre comme dernière consigne, de laisser filer le diminuendo final trois secondes de plus.

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Publié le 7 Février 2009

Madame Butterfly (Giacomo Puccini)
Représentation du 04 février 2009

Opéra Bastille

Direction musicale Vello Pähn
Mise en scène Robert Wilson

Cio-Cio San Adina Nitescu
Suzuki Helene Schneiderman
F.B Pinkerton Carl Tanner
Sharpless Franck Ferrari
Goro Andreas Jäggi

 


                            Adina Nitescu (Cio-Cio San)

 

On aura beau dire, Madame Butterfly reste un pilier de l’Opéra et l’aboutissement musical de Puccini qui trouve dans la réalisation de Bob Wilson une expression à la fois délicate et dure, comme si les êtres ne pouvaient exprimer extérieurement ce qu’ils ressentent intérieurement.

Toute l’attente et la douleur de Cio-Cio San se subliment alors dans la grâce de l’enfant.

Vello Pähn puise dans l’orchestre de l’Opéra de Paris un tissu de raffinement, doux et diffus qui nourrit une mélancolie résistant à tout élan mélodramatique.

La voix de Franck Ferrari s’y fond plus qu’elle ne s’en détache alors qu’à l’inverse, Andreas Jäggi donne une présence inédite à Goro.

Hélène Schneiderman (Suzuki), Adina Nitescu (Madame Butterfly) et l'enfant (Alexandre Boccara)

Hélène Schneiderman (Suzuki), Adina Nitescu (Madame Butterfly) et l'enfant (Alexandre Boccara)

Liping Zhang (sublime interprète des représentations de 2006) ayant annulé, Adina Nitescu reprend ce rôle plus difficile que l’on ne croit.

Si elle nous laisse perplexe à la fin du premier acte, le grain de la voix et les rapides essoufflements dans l’aigu dépareillant avec l’innocence et la jeunesse de l’héroïne, c’est à un basculement total que nous assistons par la suite, comme si maintenant devenue mère, sa foi en Pinkerton lui donnait une confiance inattendue.
Elle surmonte également très bien la complexité de la gestuelle du metteur en scène.
Le personnage de Suzuki brossé par Hélène Schneiderman est d’une tenue irréprochable.

Carl Tanner ne fait pas de l’américain un homme particulièrement brillant, ce qui est suffisant pour un des rôles les plus antipathiques de l’histoire de l’Opéra.

Adina Nitescu, Franck Ferrari, Carl Tanner

Adina Nitescu, Franck Ferrari, Carl Tanner

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