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Publié le 17 Septembre 2010

Eugène Onéguine (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Répétition générale du 15 septembre 2010
Opéra Bastille

Madame Larina Nadine Denize
Tatiana Olga Guryakova
Olga Alisa Kolosova
La Nourrice Nona Javakhidze
Lenski Joseph Kaiser
Eugène Onéguine Ludovic Tézier
Le Prince Grémine Gleb Nikolski
Zaretski Ugo Rabec
Monsieur Triquet Jean-Paul Fouchécourt

Mise en scène Willy Decker

Direction musicale Vasily Petrenko

 

                     Ludovic Tézier (Eugène Onéguine)

L’ouverture de la nouvelle saison de l’Opéra de Paris laisse le champ à deux portraits d’hommes en errance, le Hollandais du Vaisseau Fantôme et Eugène Onéguine, dans deux reprises créées sous la direction d’Hugues Gall et confiées au metteur en scène favori de Nicolas Joel : Willy Decker.

Dans le cas d’Eugène Onéguine, il nous faut remonter assez loin puisque la production date de 1995, lorsque les nouvelles créations de La Bohème, Billy Budd et Cosi Fan Tutte constituaient, elles aussi, les nouvelles armes de reconquête du rang international de la Maison.

Eugène Onéguine (Guryakova - Tézier - msc Decker) Bastille

Confronter ce spectacle à celui qui vient au même moment d’ouvrir la première saison de Gerard Mortier à Madrid, dans la vision de Dmitri Tcherniakov qu’accueillit Paris il y a deux ans, permet une captivante mise en relief des forces et faiblesses de part et d’autre.

Inévitablement, Madame Larina retombe dans une posture effacée et n’est plus la mère de famille qui rythme la vie dans sa datcha, bien que Nadine Denize restitue un maternalisme naturel.

La nourrice, petite vieille toute courbaturée, est traitée façon Singspiel, façon Papagena toute âgée, alors que Nona Javakhidze la chante avec la légèreté de l’âme en grâce, la seule voix qui pourrait atteindre la jeune fille.

Olga Guryakova (Tatiana)

Olga Guryakova (Tatiana)

Cette jeune fille, Tatiana, Olga Guryakova l’incarne totalement, avec ces couleurs russes, c’est-à-dire ces couleurs au galbe noble et à l’ébène lumineux qu’elle n’a pas perdu depuis son interprétation il y a sept ans de cela sur la même scène.

Le visage tout rond d’innocence, les cheveux parcourus de mèches finement tissées comme en peinture, la puissance de ses sentiments qui passent intégralement par la voix trouve aussi quelques expressions scéniques fortes lorsque, dans une réaction de honte absolue, elle détruit la lettre qu'Onéguine lui a sèchement rendu.

Alisa Kolosova (Olga) et Joseph Kaiser (Lenski)

Alisa Kolosova (Olga) et Joseph Kaiser (Lenski)

Il est vrai que Ludovic Tézier se contente de retrouver cette posture hautaine et méprisante qu’il acquière si facilement, son personnage ne suscitant aucune compassion de la part de l’auditeur, aucune circonstance atténuante.

Peu importe que les tonalités slaves ne soient pas un don naturel, il est la sévérité même qui doit cependant s’abaisser face à l’immense Prince de Gleb Nikolski, un médium impressionnant, quelques limites dans les expressions forcées, tout en mesure dans sa relation à Tatiana et Onéguine.

L’autre couple, Olga et Lenski, trouve en Alisa Kolosova et Joseph Kaiser deux interprètes élégants, musicalement et scéniquement, le second sans doute plus touchant de par son rôle, mais aussi par la variété de ses coloris.

Joseph Kaiser (Lenski)

Joseph Kaiser (Lenski)

L’impeccable et fine diction de Jean-Paul Fouchécourt permet de retrouver un Monsieur Triquet chantant en langue française, principale entorse musicale que Dmitri Tcherniakov s’était alloué dans sa production du Bolchoï en faisant interpréter cet air par Lenski, mais dans un but bien précis.

Le haut niveau musical de cette reprise bénéficie par ailleurs du soutien d’un orchestre et d’un chef intégralement consacrés au potentiel sentimental et langoureusement mélancolique de la partition, une fluidité majestueuse du discours qui en réduit aussi la noirceur.

La gestuelle souple, harmonieuse, de Vasily Petrenko, et son emprise sur les musiciens et les chanteurs s’admirent avec autant de plaisir.

Olga Guryakova (Tatiana)

Olga Guryakova (Tatiana)

Joseph Kaiser (Lenski)

Evidemment, comparée à la richesse du travail dramatique de l’équipe du Bolchoï, vers lequel le cœur reste tourné, la vision de Willy Decker paraît bien sage et naïve, simple dans son approche humaine, attachée au folkore russe qui pourrait rappeler les farandoles de Mireille la saison passée, et classique dans la représentation du milieu conventionnel et sinistre que rejoint Tatiana.

Mais il y a dans les éclairages, le fond de scène la nuit, les lumières d’hiver dans la seconde partie, un pouvoir psychique réellement saisissant.

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Publié le 13 Septembre 2010

Eugène Onéguine (Piotr Ilyitch Tchaikovski)
Représentation du 11 septembre 2010

Théâtre Royal de Madrid

Madame Larina Makvala Kasrashvili
Tatiana Tatiana Monogarova
Olga Oksana Volkova
La Nourrice Nina Romanova
Lenski Alexey Dolgov
Eugène Onéguine Mariusz Kwiecen
Le Prince Grémine Anatolij Kotscherga
Zaretski Valery Gilmanov

Mise en scène Dmitri Tcherniakov

Direction musicale Dmitri Jurowski
Solistes, Orchestre et Chœurs du Bolchoï
 

                                                                                             Mariusz Kwiecen (Eugène Onéguine)

En septembre 2008 Gerard Mortier ouvrait sa dernière saison parisienne avec la volonté de faire connaître au public parisien un nouveau metteur en scène : Dmitri Tcherniakov.

Sa réflexion sur Eugène Onéguine prenait l’apparence d’un classicisme typique de la Comédie Française pulvérisé de toute part par des touches ironiques totalement absentes du livret, et l’on pourrait n’attirer l’attention que sur la manière dont Lenski était tourné en dérision par son entourage, y compris Olga.

Deux ans après, jour pour jour, le Teatro Real de Madrid a donc l’honneur de découvrir ce travail scénique déjà longuement commenté dans ces pages.

Tatiana Monogarova (Tatiana)

Tatiana Monogarova (Tatiana)

On pourrait se croire lassé par une production qui fut également diffusée sur Arte puis éditée en DVD, et pourtant, la libération émotionnelle de Tatiana, seule à sa table et s’ouvrant entièrement à Onéguine avec une tension croissante, engendre un frisson électrisant qui trouve son origine dans une vérité trop justement exprimée.

Il en va de même de cette véritable exécution à cœur ouvert que subit Tatiana, opposée à celui qu’elle aime de part et d’autre des extrémités de l’immense table.

Toute l’approche de Dmitri Tcherniakov est une mise en valeur du courage qu’implique la résistance au mimétisme des attitudes conventionnelles, un constat de la facilité avec laquelle l’entourage social tombe dans le convenu uniforme et le dérisoire.

Et c’est dans les couleurs les plus intimes que l’orchestre du Bolchoï  fond, sous la main de Dmitri Jurowski, un rendu sonore au cœur battant.

En revanche, les scènes de fêtes s’animent d’un élan très contrôlé avec une étrange manière de conclure les mouvements théâtraux avec force excessivement appuyée, quand ce ne sont pas les cors qui exagèrent.

Tatiana Monogarova (Tatiana)

Tatiana Monogarova (Tatiana)

Tous les chanteurs sont conviés à rendre vie à leurs personnages selon des lignes bien précises, Olga (Oksana Volkova) désinvolte et insensible que l’on devine très bien en future Madame Larina - rôle repris par Makvala Kasrashvili avec un peu moins de finesse qu’à l‘Opéra Garnier - , Tatiana qui souffre, sans mépris, son entourage complètement stupide - jeune paysanne dont Tatiana Monogarova décline les tourments d’une voix claire et subtilement ondulée, et avec des regards aussi miraculeux de lucidité et d’humanité que ceux de sa compatriote Ekaterina Shcherbachenko, elle aussi présente en alternance.

Dans ce monde indifférent, Alexej Dolgov se révèle un interprète impulsif de Lenski.
Son être vit au plus près d’une âme aussi entière que celle de Tatiana, mais qui ne peut éviter, par imprudence et manque de distanciation, de tomber et d’y laisser sa peau.
Son chant s’approche moins de la préciosité bourgeoise que de l’authenticité populaire.

Mariusz Kwiecen (Eugène Onéguine) et Alexej Dolgov (Lenski)

Mariusz Kwiecen (Eugène Onéguine) et Alexej Dolgov (Lenski)

Rodé à son rôle d’homme en recherche de contenance et d’un pathétique besoin de reconnaissance au dernier acte, Mariusz Kwiecen est l’immature à la voix mûre, la noirceur charmeuse.

Il retrouve un autre partenaire des représentations parisiennes, Anatolij Kotscherga, plus appliqué à Madrid à affiner une douceur décalée en regard d’une autorité lucide et de fer.

Bien que d’une rondeur plus maternelle, la voix de Nina Romanova ne fait pas oublier celle de Emma Sarkisyan, usée, mais plus humaine par le vécu qu’elle évoquait.

A l’occasion de la Noche en Blanco, la retransmission du spectacle sur la plaza de Oriente a attiré environ deux mille personnes, pas autant que pour une star nationale comme Placido Domingo, mais avec un même enthousiasme, surtout lorsque les artistes vinrent saluer au balcon du Théâtre Royal.

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Publié le 15 Juin 2010

La Donna del Lago (Rossini)
Représentation du 14 juin 2010
Palais Garnier

Giacomo V (Uberto) Juan Diego Florez (14 juin)
                   Javier Camarena  (10 juillet)
Elena Joyce DiDonato (14 juin)
        Karine Deshayes (10 juillet)
Duglas d’Angus Simon Orfila
Rodrigo di Dhu Colin Lee
Malcolm Groeme Daniela Barcellona
Albina Diana Axentii
Serano Jason Bridges
Direction Musicale Roberto Abbado
Mise en scène Lluis Pasqual
Décors Ezio Frigerio

                                        Daniela Barcellona (Malcom)

Coproduction avec le Teatro Alla Scala (Milan) et le Royal Opera House (Londres)

La production scénique conçue par Lluis Pasqual et Ezio Frigerio, sous l'impulsion de Nicolas Joel, prête tellement à sourire que l'on ne s'attardera pas dessus.

Disons qu'elle a l'avantage de fournir un environnement lumineux sombre et coloré propice à la détente, et permet de se concentrer sur la musique sans nécessité de suivre l’intérêt dramatique de l’œuvre.

Le livret de La Donna del Lago s’articule autour d’un flot d’angoisses amoureuses et d’exaltations de l’esprit guerrier. Et à l’écoute des airs, on surprend notre imaginaire à faire apparaître des personnes verdiens au milieu des chœurs vaillants.

Le plus évident est Otello, lorsque Rodrigo entre triomphalement sur scène 'Eccomi a voi', mais Elena prend aussi des accents d’Odabella quand elle manifeste sa détresse (scène 7 par exemple).

La veine mélodieuse de l’ouvrage, attachante dans les duos et trios, chante des sentiments authentiques où l’amour, chez chacun des protagonistes, en est le socle, même lorsque l’instinct violent s’exacerbe.

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Les deux distributions prévues pour Elena et Giacomo V vont permettre, à l’identique de la reprise des Capulets et Montaigus en 2008, une mise en valeur à la fois des chanteurs et de leur écriture vocale.

Le favori des dames, Juan Diego Florez, est d’un point de vue stylistique suffisamment étincelant, phrasant avec beaucoup de charme, et endurant pour être considéré comme un des plus justes interprètes rossiniens de notre époque.

Mais, les nombreux passages tendus de la partition le poussent souvent à assécher la fraîcheur de son timbre. Il se révèle également un acteur sensible et très conventionnel.

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Les couleurs vocales de Joyce DiDonato, plus diverses, se déclinent le long d’une ligne de chant vibrant de manière très stimulante, et en émergent même des expressions presque animales.

Sa féminité s'épanouit dans la grâce de coloratures magnifiquement déroulées, bien que son tempérament de feux soit trop bridé par le personnage idéalisé qui nous est présenté.

En terme d’alliage vocal, la matière prend plus naturellement avec le jeune roi (Cielo! In qual’estasi) qu’avec Malcolm (O sposi, o al tenebro regno).

Car Daniela Barcellona se situe dans un format plus large et dramatique. Elle n’avait d’ailleurs pas fait autant impression en Romeo avec Ruth Ann Swenson en 2004.

La voix n’a pas la pureté de l’ébène, mais elle en a le corps. L’aigu éclate d’urgence, et ses qualités théâtrales lui permettent de combler le vide des intentions scéniques.

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Joyce DiDonato (La Dame du Lac)

Et puisque la course aux plus beaux aigus est ouverte, Colin Lee s’y joint avec une pénétrance virile où d’autres ténors se seraient vite étranglés. Pourtant, c’est le jeune roi, bien sous tout rapport, qui le vaincra au combat.

Enfin, Simon Orfila campe un Douglas à la voix de pierre rude et fascinante.

Les représentations du mois de juillet proposent une alternative au couple DiDonato/Florez en confiant les deux rôles principaux à Karine Deshayes et Javier Camarena.

La première, mise en avant par Nicolas Joel pour incarner des premiers rôles, comme ce fut le cas avec Rosine cette saison, et le sera à nouveau dans quelques mois avec Cherubino puis Dorabella, passe du répertoire slave avec Gerard Mortier (Rusalka, l'Affaire Makropoulos), à Rossini et Mozart.

C'est une Elena dramatique et charnelle, la texture vocale s'approche de celle de Daniella Barcellona, et ses soudaines projections, trop agressives pour le rôle, donnent envie de l'entendre dans des personnages où l'expressivité l'emporte sur la légèreté (on pense à Verdi, Fenena par exemple).

  Javier Camarena (Giacomo V)

On peut trouver Javier Camarena plus costaud et physiquement moins fin que Juan Diego Florez, il s'agit tout de même d'une incarnation bien plus entière et touchante, dominante et sensuelle, solide dans l'aigu.

A nouveau il offre un duel vocal formidable avec Colin Lee.

N’aurait-il pas fallu diriger avec plus de romantisme et de détails afin d’enrichir l’expressivité du flux orchestral?

Karine Deshayes (La Dame du Lac)

Karine Deshayes (La Dame du Lac)

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Publié le 1 Juin 2010

Der Ring des Nibelungen - Die Walküre (Wagner)
Répétition générale du 28 mai et représentation du 31 mai 2010
Opéra Bastille


 

Wotan Falk Struckmann (28 mai)
            Thomas Johannes Mayer (31 mai)
Fricka Yvonne Naef
Siegmund Robert Dean Smith
Sieglinde Ricarda Merbeth
Brünnhilde Katarina Dalayman
Hunding Günther Groissböck
Gerhilde Marjorie Owens
Ortlinde Gertrud Wittinger
Waltraude Silvia Hablowetz
Schwertleite Wiebke Lehmkuhl
Helmwige Barbara Morihien
Siegrune Helene Ranada
Grimgerde Nicole Piccolomini
Rossweisse Atala Schöck

Direction Musicale Philippe Jordan

Mise en scène Günter Krämer 

 Thomas Johannes Mayer (Wotan) et Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Synopsis

Siegmund
Pour se protéger du pouvoir de l’anneau qui lui échappe dorénavant, Wotan prend deux mesures : avec l’aide des neufs Walkyries – la plus aimée est Brunnhilde qu’il eut d’Erda – il réunit dans le Walhalla une armée de guerriers pour le défendre ; en même temps, il se met en quête d’un héros libre de toute dépendance envers lui et son engagement rompu. Il croit l’avoir trouvé en Siegmund, le fils que, sous le nom de Wälse, il eut d’une simple mortelle et auquel il donna l’épée magique Notung.

Fricka, gardienne de la morale
Mais Siegmund et Sieglinde, sa sœur jumelle, s’aiment d’un amour incestueux. Fricka, femme de Wotan et gardienne de la sainteté du mariage, demande la mort de Siegmund, ajoutant qu’il ne saurait être le héros désiré par Wotan puisque le dieu le protège. Wotan, faisant taire ses sentiments, décide la mort de Siegmund.

La désobéissance de Brunnhilde
Brunnhilde, prise de compassion pour les jumeaux amants, cherche vainement à sauver Siegmund. Pour la punir de sa désobéissance, Wotan la condamne à être enchaînée en haut du roc des Walkyries, entourée de flammes par le dieu Loge et plongée dans un profond sommeil dont seul un héros, sur lequel Wotan n’a aucun pouvoir, saura l’éveiller.

La naissance de Siegfried
Mais Brunnhilde a pu du moins protéger Sieglinde. Elle lui remet les tronçons de l’épée Notung brisée par la lance de Wotan et prédit que Sieglinde donnera naissance « au plus noble héros du monde ». Sieglinde, errant dans la forêt, se réfugie dans la cave de Mime, le forgeron, et là donne le jour à un fils, qu’elle nomme Siegfried ; avant de mourir, elle le confie à Mime avec les fragments de Notung.

Ricarda Merbeth (Sieglinde)

Ricarda Merbeth (Sieglinde)

La volonté de Gunter Krämer, telle qu’elle se dessine dans le prolongement de son travail sur l’Or du Rhin, est de présenter une vision assez littérale de La Walkyrie, proche des recommandations scéniques de Wagner, mais en adoptant un langage visuel prosaïque plus moderne, où s’insinuent quelques symboles inhérents à la République de Weimar.

La Walkyrie (Philippe Jordan-Günter Krämer) à Bastille

L’exemple le plus frappant est la reconstitution de l’intérieur du Walhalla, au début du deuxième acte.

Le col de la scène originale avec, en arrière plan, les gorges montagneuses plongeantes, est transfiguré en une grande salle à manger sur laquelle débouche le grand escalier que gravissaient les Dieux dans le Prologue.

L’escalier s’enfonce dans les sous-sols de Bastille, et les créneaux du Palais apparaissent sous forme des lettres gothiques « GERMANIA », la force du relief, qu’achèvent d’installer les jeunes hommes enrôlés dans l’armée de Wotan.

Le grand miroir en suspend, pièce déjà utilisée dans la première partie du Ring, permet de voir les intervenants gravir les marches.

On comprend qu’il sera un élément commun à tous les volets du drame.
La jonction avec la fin de l’Or du Rhin est donc faite.

Il ne s’agit pas d’une vision personnelle renouvelée, elle n‘apprendra rien à ceux qui ont entendu plusieurs versions en salle, mais elle a l‘avantage d‘être très accessible.

Pas de forêt pour la rencontre de Siegmund et Sieglinde, uniquement une maison stylisée avec des vitres sur lesquelles le mouvement continuel de l’eau de pluie s’écoule, un frêne qui est en fait un tableau (Krämer ne sait quoi faire de cet élément), et un Hunding (Günther Groissböck impitoyable) servi par ses hommes de mains en treillis.

La tessiture médiane de Robert Dean Smith fait de lui un chanteur doué d’un phrasé sensible et tendre, alors que l’assise grave, restreinte, et les décolorations dans les forte privent Siegmund de solidité et d’héroïsme.          Robert Dean Smith (Siegmund)

S’ajoutent quelques maladresses gestuelles.

Aucune réserve pour Ricarda Merbeth, Sieglinde Colombine, le charme d’un timbre subtilement flouté, le regard vif, l’infaillibilité des exclamations révélatrices d’un besoin viscéral d’humanité, des qualités qui lui donnent un mystérieux ascendant et une intensité bouleversante au troisième acte.

Malgré cela, pendant tout le premier acte, l’orchestre manque de relief musical, la texture des cordes contient comme une sorte d’épaisseur qui ne crée pas suffisamment un univers immatériel, la retenue y règne, peut être pour ne pas couvrir Dean Smith.

Dans ces conditions, le retentissement final sonne décalé. On en retient le mieux les splendeurs des solistes instrumentaux .

Le verger éclairé par une lune de printemps, dans un onirisme musical à l’origine du duo d’amour de Tristan et Isolde, répond aux nectars des arbres lilas du Walhalla lorsque Brünnhilde vient chercher Siegmund (cet aspect un peu kitsch se dissout cependant dans une atmosphère nocturne d‘où émergent les ruines de la résidence), et à la forêt ravagée par Loge à la scène finale.

Yvonne Naef (Fricka)

Yvonne Naef (Fricka)

L’entrée cérémonieuse de Fricka, par la gauche, en large robe rouge, le feu, la force, le sang, permet à Yvonne Naef de rejouer son rôle de femme victime d’un mélodrame - mêmes attitudes que son Eboli en 2008. Grand aplomb et quelques imperfections vocales laissent entendre des inflexions propres à Waltraud Meier. Elle reviendra s'assurer que Wotan lui a obéi en faisant périr Siegmund.

Dans ce second acte, la rencontre entre Brünnhilde et ce dernier tend le regard du spectateur. Les pommes, au milieu desquelles Sieglinde est en prise obsessionnelle avec ses remords, soulignent la fraîcheur de l’amour des jumeaux.

La Walkyrie les réordonne alors, l’ordre détruit la vie, reconstituant ainsi le cercle céleste, œuvre à laquelle participe Siegmund le temps qu’il ne réalise que sa sœur ne le suivra pas dans la mort.

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

Katarina Dalayman (Brünnhilde)

En constante progression, la direction musicale prend enfin son envol dans la troisième partie. Les fortissimo se libèrent, Philippe Jordan lâche la bride dans une chevauchée spectaculaire au macabre cru. Les Walkyries, des assistantes qui font un sale boulot, récupèrent les cadavres ensanglantés des héros pour les transformer en sortes d’ectoplasmes.

C’est l’esprit même de l’œuvre, mais Gunter Krämer ne peut ignorer qu’une partie du public a un problème avec la nudité - la honte du corps que son éducation lui a inculqué - et ces femmes qui nettoient des chairs bien fermes donnent une dimension humaine et sensuelle à leurs gestes qui dépasse la situation. Une prise de risque qu’il fallait tenter.

Ricarda Merbeth (Sieglinde) et Robert Dean Smith (Siegmund)

Ricarda Merbeth (Sieglinde) et Robert Dean Smith (Siegmund)

Les filles de Wotan forment un ensemble violent et énergique, et Gerhilde, interprétée par Marjorie Owens, transperce l’air d’exclamations infernales sans ménagement.
La grande scène d’explication, resserrement et simplicité scéniques sur fond noir, ne laisse plus que Brünnhilde et son père face à face.

Avec ses regards de petite fille, Katarina Dalayman lançait des Hoiotoho! Hoitoho! en veux-tu en voilà quand elle rejoignait son père dans la grande salle du Walhalla. Maintenant, son timbre voluptueusement charnel se confronte, selon les représentations, à deux Wotan bien distincts.

Toute la stature de Falk Struckmann repose sur une voix puissante, assez claire, comme une carrure forte. Mais qu’il suive des consignes scéniques se voit bien trop.

Ceux qui auront la chance d’entendre Thomas Johannes Mayer vont découvrir en revanche une interprétation plus expressive dans la déclamation, une noirceur plus douce bien que le volume soit moindre, s’effaçant parfois, il est vrai, derrière l’orchestre.
Cependant tout son être est juste. Les tourments que lui crée sa fille se lisent dans les gestes de la main, les mouvements lents de la tête, et Wotan s’humanise.

La Walkyrie (Philippe Jordan-Günter Krämer) à Bastille

Le mystère de cet art théâtral, un modèle du genre, peut provenir d’un don naturel ou bien d’une proximité avec des metteurs en scènes dramatiques, mais en tout cas on a envie de dire avec beaucoup d‘émotion : c’est cela, c’est vraiment cela!

L’immolation de Brünnhilde s’achève sur le motif du destin, Erda réapparaît, et plongée dans son sommeil, la jeune Walkyrie voit en rêve prémonitoire tous les êtres de son univers disparaître dans un monde incendié.

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Publié le 24 Mai 2010

Les Contes d’Hoffmann (Jacques Offenbach)

Représentation du 23 mai 2010 (44ième dans cette mise en scène)

Opéra Bastille

Olympia Laura Aikin
Antonia Inva Mula
Giulietta Béatrice Uria-Monzon
La Muse/Nicklausse Ekaterina Gubanova
Hoffmann Giuseppe Filianotti
Luther/Crespel Alain Verhnes
Lindorf/Coppelius/Dr. Miracle Frank Ferrari
Nathanaël Jason Bridges
Frantz Léonard Pezzino
La voix de la Mère Cornelia Oncioiu

Direction Musicale Jesus Lopez-Cobos

Mise en scène Robert Carsen (Création 20 mars 2000)

                                                                                                              Cornelia Oncioiu (La Mère)

L’éclat des distributions originales fût tel - Natalie Dessay, Samuel Ramey, Cristina Gallardo-Domas, Bryn Terfel … -  que la marque prégnante de Rolando Villazon ne vint le parfaire que lors de la dernière reprise.

Les qualités musicales et interprétatives des chanteurs réunis aujourd'hui forment cependant un ensemble harmonieux qui mérite d’y revenir.

Inva Mula (Antonia) et Giuseppe Filianotti (Hoffmann)

Inva Mula (Antonia) et Giuseppe Filianotti (Hoffmann)

La mise en scène de Robert Carsen repose sur le parallèle entre illusion théâtrale et illusion amoureuse.
Cette illusion, brisée dans le prologue lorsque la représentation de Don Giovanni parcourt le plateau de Bastille, noir comme le vide que remplit l’être aimé, se matérialise par le Théâtre lui même.

Selon tous les points de vue possibles, depuis l’arrière scène, l’orchestre, la scène, et la salle où se trouve l’auditeur, il est le lieu où se déroulent les trois drames féminins que vécut le poète.

Sans égaler les étincelantes vocalises de Natalie Dessay, Laura Aikin se joue avec aise des déchaînements érotiques d’Olympia, et enrichit ce personnage de couleurs plus mûres et dominatrices autant que de petits détails fantaisistes que lui permet son habilité scénique.

Inva Mula (Antonia)

Inva Mula (Antonia)

Étrangement, ce n’est pas dans l’Elixir d’Amour - pourtant écrit dans sa langue maternelle - que Giuseppe Filianotti aura le plus convaincu cette année, mais bien dans le rôle d’Hoffmann dont il soutient la diction exigeante, un médium généreux et plein d’ampleur, et si l’on ajoute les accents touchants, c’est le meilleur interprète du rôle, à mon avis, depuis ces dix dernières années à l’Opéra Bastille.

Laura Aikin (Olympia)

Laura Aikin (Olympia)

Il ne faut pas juger des qualités d’Inva Mula à son interprétation de Mireille en début de saison, appesantie par les difficultés du rôle et la pression de l’enjeu, mais plutôt à la manière dont elle fait d’Antonia une rebelle passionnée, plus qu‘une lunaire et poétique rêveuse, emportée par sa jeunesse impulsive et rayonnante. Un jeté de cheveux radicalement charmant.

Pour Béatrice Uria-Monzon, tout est dans le déhanché exagéré et la projection fulgurante d’obscurs aigus , le phrasé n’étant pas son point fort. La barcarolle manque beaucoup de sensualité malgré Ekaterina Gubanova, réconfortante Nicklausse et Muse toute en rondeur et chaleur vocales.

Ce troisième acte est d’ailleurs celui qui pousse le plus les chanteurs à leurs limites, l’écriture étant plus tendue aussi bien pour Hoffmann que pour Dapertutto.

Béatrice Uria-Monzon (Giulietta)

Béatrice Uria-Monzon (Giulietta)

Franck Ferrari, la classe solide du truand, mais pas vraiment méchant, timbre aux noirceurs complexes, ne néglige aucunement le texte, mais manque d’un peu plus de souffle et de projection pour couvrir intégralement la dimension de son personnage.

Des seconds rôles, tous très bien tenus, on distingue Jason Bridges (Nathanaël clair, léger et authentique), Leonard Pezzino (Frantz vertueux) et l’irréprochable et uniforme Alain Verhnes. 

Jesus Lopez-Cobos dirige toute la première partie avec le rythme pimpant d’un opéra de jeunesse de Verdi, assure un équilibre de tous les pupitres, et ne semble relâcher la tension que dans le troisième acte, trahi par un décalage sensible avec les chœurs, quitte à compenser par l’augmentation du volume.

Ekaterina Gubanova (La Muse)

Ekaterina Gubanova (La Muse)

L’émotion ressurgit à l'ultime vue de ce vaste néant scénique duquel la Muse s’éclipse avec Hoffmann.

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Publié le 15 Mai 2010

La Bayadère (Marius Petipa)
Pré générale du 14 mai 2010
Palais Garnier

Nikiya Aurélie Dupont
Solor Nicolas Le Riche
Gamzatti Dorothèe Gilbert

 

Musique de Ludwig Minkus adaptée par John Lanchbery

 

Direction musicale Kevin Rhodes
Orchestre Colonne
Chorégraphie Rudolf Noureev

 

                                                             Aurélie Dupont (Nikiya)

 

Alors qu’il n’avait que vingt cinq ans, Rudolf Noureev eut l‘honneur de chorégraphier l’acte des Ombres de la Bayadère pour Covent Garden.

Nourrissant une affection profonde pour un ballet déjà considéré comme passé de mode à l‘époque, en référence à l’exotisme d’Henri Rousseau, il n’en récupèrera des partitions partielles, et une mémoire visuelle, que lors de son voyage à Leningrad en 1989.

Son père ne le vit qu’une fois danser sur scène. C’était en 1960, au Kirov, pour la Bayadère, juste avant que ne débute la tournée occidentale qui emmènera le jeune danseur vers la vie libre.

Nicolas Le Riche (Solor)

Nicolas Le Riche (Solor)

De retour à Paris, Noureev retravaille les pages orchestrales avec John Lanchbery, et c’est seulement le jeudi 8 octobre 1992 que le rideau de Garnier s’ouvre sur un ballet flamboyant.

Ne manque que le quatrième acte, la destruction du temple, qui ne pu être reconstitué à cause des 1,4 millions d’euros (cours 2010) déjà investis dans la production, mais également du fait du décorateur, Ezio Frigerio, qui refusa de toucher à sa belle coupole qui aurait du craquer chaque soir.

Sachant cela, profiter d’une occasion d’aller découvrir la Bayadère, même dans la boite à bijoux du Palais Garnier, relève donc plus d’une sorte de recueillement en hommage à un homme d’exception, comme d’autres vont à Lourdes ou bien à la Kaaba.

Aurélie Dupont (Nikiya)

Aurélie Dupont (Nikiya)

On peut cependant supposer que Noureev aurait finalement eu une préférence pour maintenir son ballet à l’Opéra Bastille (héritage de la fin de l'ère Pierre Bergé en 1994), symbole moderne de liberté, d’ouverture et d‘avenir.

Mais replacer ce spectacle à Garnier est comme vouloir pétrifier un lieu de son histoire et de ses souvenirs d'adieux.

Dans cet univers de costumes fastueux, minutieusement détaillés et intensément colorés, le regard est à l’affût d’évènements qui se détacheront des effets démonstratifs, classiques et routiniers de la chorégraphie.

Violence entre Nikiya et Gamzatti, que seules Adrienne Lecouvreur et la comtesse de Bouillon surpassent dans le monde de l’Opéra, sauts en l’air de Solor, danse triste et humble de Nikiya, et l’irréel Royaume des Ombres avec la souplesse des corps dévalant progressivement les contreforts romantiques des montagnes.

Le Royaume des ombres

Le Royaume des ombres

La musique évoque tour à tour la valse, le cancan, le cirque, mais sous la direction de Kevin Rhodes elle prend une théâtralité dont bénéficie le mieux le premier acte.

Le charisme d’Aurélie Dupont et de Nicolas Le Riche fait merveille, et même si le décalage entre l’œuvre et notre époque est bien grand pour ne pas en sourire, il y a la satisfaction de voir tous ces danseurs y prendre plaisir.

Le site officiel de la Fondation Rudolf Noureev.

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Publié le 11 Mai 2010

Billy Budd (musique Benjamin Britten et livret Edward Morgan Forster)

Représentation du 08 mai 2010

Opéra Bastille

Billy Budd Lucas Meachem
Edward Fairfax Vere Kim Begley
John Claggart Gidon Saks
Mr Redburn Michael Druiett
Mr Flint Paul Gay
Lieutenant Ratcliffe Scott Wilde
Le Novice François Piolino
L’ami du Novice Vladimir Kapshuk
Donald Igor Gnidii
Dansker Yuri Kissin

Direction Musicale Jeffrey Tate
Mise en scène Francesca Zambello

                                                                      Lucas Meachem (Billy Budd) et Gidon Saks (John Claggart)

Avril 1996, pour la première saison d’Hugues Gall, Francesca Zambello réalise une production de Billy Budd récompensée par le Grand Prix français de la critique. Ses lignes de forces s’inscrivent dans l’esthétique d’un décor qui isole, tel un radeau, le pont de l’Indomptable au milieu d’un océan élargi par la profondeur de scène.

Les enchaînements, entrées et sorties par les trappes, levée du plateau principal qui révèle les cales en sous-sol, ne comportent que de rares faiblesses - John Claggart s'éclipsant en rampant après avoir soudoyer le Novice - démontrant une intelligente utilisation de l’espace de Bastille pour suivre le rythme du déroulement musical.

Billy Budd (Benjamin Britten - E.M Forster) à Bastille

Cette vastitude tue malgré tout les sensations de confinement inhérentes à l’ouvrage, s’ajoute une volonté d’illustrer par l’imagerie claire et naïve ce que dit le texte - Billy en croix à son poste de vigie, le messager divin - , l’analyse du geste, quasi inexistante, n’enrichit que faiblement la psychologie des protagonistes, le personnage de Vere en reste terne.

Après neuf ans d’absence au répertoire, la troisième reprise de Billy Budd est programmée lors des 40 ans de la disparition d’E.M Forster (l'auteur de Maurice), et elle prouve à quel point la qualité de l’interprétation orchestrale est fondamentale à la construction d’un théâtre immersif.

Lucas Meachem (Billy Budd)

Lucas Meachem (Billy Budd)

Sous la direction de Jeffrey Tate, absent depuis mai 1999 (Wozzeck), les tresses mélodiques semblent se détacher de la fosse d’origine, seuls les cuivres et les flûtes nous y ramènent, opposition entre sentiments supérieurs et impulsions sanguines, au point que toute la scène du jugement ne se vit que par la musique.

Rodney Gilfry a trop marqué le rôle de Billy Budd - fusion idéale de la force et de l’âme innocente - pour que Lucas Meachem l’efface facilement. Costaud comme un bûcheron, voix solide mais qui s’illumine peu sous les faisceaux des projecteurs, l’empathie pour les hommes du vaisseau se ressent trop peu.

François Piolino (Le Novice) et Vladimir Kapshuk (son ami)

François Piolino (Le Novice) et Vladimir Kapshuk (son ami)

Gidon Saks - John Claggart - fascinant quand il pénètre dans les cônes d’ombre d’où ne se dessine plus que sa silhouette, trouve l’aisance à passer de la tenue noble et éduquée au relâchement de la hargne, couleurs vocales les plus suggestives du mal, et nerfs sous tension.

Toute l’humanité de Kim Begley passe dans la clarté d’un chant, si bien qu’il faut être bien attentif au texte pour en mesurer l’ambiguïté - pourquoi si vite considérer la condamnation de Billy Budd comme inéluctable, alors qu’un seul des trois officiers est inflexible?

Très touchant et au jeu naturel, François Piolino fait du jeune Novice l’âme la plus intense de ce petit monde, si bien que son duo avec Vladimir Kapshuk est presque trop sensible.

Lucas Meachem (Billy Budd)

Lucas Meachem (Billy Budd)

Bien au delà du sentiment homosexuel, une des forces du drame, le plus poignant de l’histoire est qu'une confiance totale en la vie, dans un univers oppressant, est une manière de résister au conformisme timoré ambiant et de s’attirer l’attachement des autres, mais comporte également le risque qu’un homme de pouvoir ne vienne briser une vitalité aussi déstabilisatrice.

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Publié le 14 Mars 2010

Der Ring des Nibelungen - Das Rheingold (Wagner)

Représentation du 13 mars 2010
Opéra Bastille

Wotan Falk Struckmann
Fricka Sopkie Koch
Loge Kim Begley
Alberich Peter Sidhom
Mime Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Fasolt Iain Paterson
Fafner Günther Groissböck
Freia Ann Petersen
Erda Qiu Lin Zhang
Donner Samuel Youn
Froh Marcel Reijans
Woglinde Caroline Stein
Wellgunde Daniela Sindram
Flosshilde Nicole Piccolomini

Direction Musicale Philippe Jordan
Mise en scène Günter Krämer

 

Synopsis

Le pacte des géants
Wotan, souverain des dieux, règne sur les géants, les hommes et les nains Nibelungen. Gardien des pactes gravés sur la hampe de sa lance, il a violé un contrat : pour rétribuer les géants Fafner et Fasolt qui lui ont construit le Walhalla, résidence des dieux, il leur a promis la déesse Freia. Mais une fois le Walhalla bâti, désireux de garder Freia dispensatrice aux dieux des pommes de l’éternelle jeunesse, il revient sur sa parole et offre un autre paiement. Les géants acceptent de recevoir le trésor d’Alberich le Nibelung.

Le pouvoir de l’anneau
Alberich a volé l’or gardé par les trois ondines du Rhin ; il en a forgé un anneau qui donne à celui qui le porte, à condition de renoncer à l’amour, la maîtrise du monde. Wotan n’a nulle intention de renoncer à l’amour, mais il veut l’anneau (outre le trésor) et le prend de force à Alberich avec la complicité de Loge, le dieu du Feu.
Le nain lance sur l’anneau une malédiction redoutable.

La malédiction de l’anneau
Wotan remet le trésor aux géants, mais garderait l’anneau si la sage déesse Erda , mère des trois Nornes fileuses du destin, ne l’avertissait du danger que constitue l’anneau, ainsi que de la fin approchante des dieux. Il remet l’anneau aux géants, et la malédiction d’Alberich fait aussitôt son effet : pour avoir la plus grande partie du trésor, Fafner tue son frère Fasolt et s’approprie la totalité. Puis il va entasser le trésor dans une grotte des profondeurs de la forêt et pour le garder se transforme en un monstrueux dragon, grâce au heaume magique forgé par Mime, le frère d’Alberich.
Alors que les dieux entrent dans leur nouvelle demeure, Wotan  songe à la race de demi-dieux qu’il prépare pour vaincre le Nibelung.

L’Or du Rhin (Philippe Jordan-Günter Krämer) à Bastille

Le premier volet du Ring, dans la vision de Günter Krämer, se regarde comme une bande dessinée au gros trait, dont les ambiances lumineuses constituent l’élément le plus impressionnant.

Le metteur en scène ne cherche pas à révolutionner la lecture philosophique du livret, mais à en proposer une vision très claire, exempte de symboles mythologiques et magiques, et décomplexée dans la représentation factice des dieux (on finit par s’habituer à leurs bustes fabriqués).

La première scène d’Alberich et les filles du Rhin, dont les robes évoquent autant le corps écaillé des sirènes que l’éclat des prostituées de luxe, semble comme un prolongement de celle des filles fleurs telles que Warlikowski les avait représentées dans Parsifal en 2008.

Ce premier tableau, avec ces bras rouges et ondoyants, est une bonne illustration du travail de Krämer pour restituer le désir sexuel en jeu, tout en s’appuyant sur la dynamique des éléments musicaux.

Sophie Koch (Fricka)

Sophie Koch (Fricka)

Tout au long de l’ouvrage, l’on est assez admiratif devant son pragmatisme dans la gestion des enchaînements visuels (les cordes qui retiennent Alberich sont également celles qui retiennent plus loin en otage Freia, la Terre fertile dont l‘avenir est en jeu, et celles qui tirent l’arc-en-ciel du Walhalla), l’utilisation des éléments fantastiques pour appuyer sa vision (la transformation d’Alberich, en serpent et en crapaud, souligne le niveau d’aliénation du peuple Nibelung), quitte à assumer les lourdeurs de la représentation des luttes de classes (les géants devenant des travailleurs en guérilla contre leur patron).

Avec ce même sens de la continuité, l’arrivée d’Erda est pressentie dès la transition vers la quatrième scène, mais son impact théâtral est moindre que l’arrivée des géants à la seconde scène, alors que son enjeu est plus fort.

Le thème de la malédiction d’Albérich est également moins marquant.

En revanche, la transformation finale du Walhalla en monumental escalier, d’où surgit la jeune hitlérienne que Wotan prépare à lancer contre le Nibelung, se réalise dans une illusion visuelle inoubliable.

Enfin, le travail théâtral, dont bénéficient le plus Alberich et Loge, cherche à rendre visible les forces qui animent les protagonistes (la haine de Mime qui le pousse à révéler à Loge où se cache Albérich transformé en crapaud).
Certains auront même remarqué comment Krämer résout une faiblesse du livret de Wagner, en laissant Wotan s’emparer d’une dernière pomme avant de suivre Loge.
Comment expliquer sinon qu’il ne soit pas plus affaibli lorsque qu‘il entame sa descente dans les mines?

Kim Begley (Loge)

Kim Begley (Loge)

Sous la direction de Philippe Jordan, l’orchestre de l’Opéra National de Paris porte une merveilleuse vision musicale fine et agile (il faut entendre la grâce du motif de l‘amour lorsque Fasolt rêve de la beauté de la femme), plus évocatrice des nébulosités célestes que des remous pervers et agressifs du Nibelung. Cette atténuation dramatique est relative, surtout que la théâtralité est visuelle.

Sur scène, l’implication de l’ensemble des chanteurs est captivante, clownesque et manipulateur Loge de Kim Begley, acéré Alberich de Peter Sidhom sans état d’âme quand il s’agit de se plier à la vulgarité de son personnage, et émouvante noirceur de Qiu Lin Zhang à l'apparition d'Erda.

A l’autorité un peu brute de Falk Struckmann répond la voix la plus noble du plateau en Sophie Koch, et les deux géants, Iain Paterson et Günther Groissböck, se distinguent plus visuellement que vocalement.

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke laisse présager, dans Siegfried, un Mime très revanchard.

Rien de vocalement monstrueux dans ces personnages, tous très humains.

Reste à savoir, après le plaisir quasi enfantin que suscite ce prologue, dans quel univers va nous entraîner la Walkyrie, et quelle suite Günter Krämer va t-il donner à ses idées (Erda, avec qui Wotan eut les Walkyries, apparait en voiles noirs, alors que Freia, en voiles blancs, suit de force Wotan sur les marches du Walhalla)?

L'entrée au Walhalla

L'entrée au Walhalla

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Publié le 10 Mars 2010

Présentation de la saison lyrique 2010 / 2011
Mardi 09 mars 2010 au salon Berlioz du Grand Hotel InterContinental

 

La présentation est assurée par Christophe Ghristi, dramaturge qui a toute la confiance de Nicolas Joel.

Cette saison est centrée sur les grands compositeurs qui font une maison d’opéra, avec tout un éventail d‘esthétiques et de styles inhérents à ce « Grand Théâtre du Monde ».

Saison Lyrique 2010 / 2011 de l’Opéra National de Paris

Les entrées au répertoire

Le Triptyque (Puccini)
Du 04 octobre 2010 au 27 octobre 2010 (11 représentations à Bastille)
Juan Pons, Marco Berti, Oxana Dyka, Marta Moretto, Tamar Iveri, Luciana d’Intino, Barbara Morihien, Ekaterina Syurina, Marta Moretto, Alain Vernhes, Eric Huchet, Juan Francisco Gatell
Mise en scène Luca Ronconi / Direction Philippe Jordan

Décors et costumes de la Scala de Milan (2008) et coproduction avec le Teatro Real de Madrid

Le  triptyque constitue la première entrée au répertoire de cette saison. Puccini avait eu l’idée de constituer un triptyque de trois sujets issus de la Divine Comédie de Dante.
A l’arrivée seul Gianni Schicchi en est inspiré, mais ces trois ouvrages traitent de la difficulté de la vie sur Terre, qui ressemble parfois à l’Enfer ou au Paradis qui est censé nous attendre.

 

Mathis le Peintre (Hindemith)
Du 16 novembre 2010 au 06 décembre 2010 (8 représentations à Bastille)
Scott Mac Allister, Matthias Goerne, Thorsten Grümbel, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Gregory Reinhart, Burkhard Fritz, Antoine Garcin, Eric Huchet, manie Diener, Svetlana Doneva, Nadine Weissmann
Mise en scène Olivier Py / Direction Christoph Eschenbach

Mathis Der Maler est sans doute un des ouvrages les plus importants du XXième siècle.
Matthias Grünewald (1475-1528), le peintre du Retable d’Issenheim, œuvre que l’on peut admirer au musée de Colmar, est prétexte à Hindemith pour en faire un autoportrait.
Il vécut au moment de la Réforme et de la Guerre des paysans allemands, alors qu' Hindemith composa son opéra au moment de la montée du Nazisme et de l’arrivée d’Hitler au Pouvoir,
L’ouvrage pose la question de la place de l’artiste dans une société en guerre, doit-il se retrancher dans sa solitude pour continuer à créer, ou bien doit-il être à côté de ses compatriotes dans la rue, et demander justice.

Akhmatova (Mantovani)
Du 28 mars 2011 au 13 avril 2011 (6 représentations à Bastille)
Janina Baechle, Michael König, Lionel Peintre, Varduhi Abrahamyan, Valérie Condoluci, Christophe Dumaux, Fabrice Dalis
Mise en scène Nicolas Joel / Direction Pascal Rophé

Création Mondiale

Anna Akhmatova, poétesse russe du Xxième siècle, est considérée comme une grande héritière de Pouchkine grâce à la simplicité de ses vers et une immense mélancolie.
C’est un destin très singulier et très douloureux que Christophe Ghristi, le compositeur du livret de cet opéra, et Bruno Mantovani ont choisi d’évoquer.

Staline n’appréciait pas la popularité d’Akhmatova. Il tenta de la museler, interdite de publication, et quand il autorisa des oeuvres, ce furent des poèmes d’amour de jeunesse, dont elle même avait presque honte, au lieu de ses poèmes de guerre et de deuil. 
Ensuite il décida de la tourmenter en emprisonnant son fils.
Elle se posa la question si elle devait continuer à écrire, ou bien descendre et faire la queue devant les murs des prisons où se trouvait son fils.

Nicolas Joel n’a pu résister à faire lui même la mise en scène avec Wolfgang Gussmann, le décorateur attitré de Willy Decker (Eugène Onéguine, Lulu, Le Vaisseau Fantôme, Die Tote Stadt)

 

Francesca da Rimini (Zandonai)
Du 31 janvier 2011 au 21 février 2011 (8 représentations à Bastille)
Svetla Vassilieva, Louise Callinan, Wojtek Smilek, George Gagnidze, Roberto Alagna, Zwetan Michailov, William Joyner, Maria Virginia Savastano, Manuela Bisceglie, Isabelle Druet, Carol Garcia, Cornelia Oncioiu
Mise en scène Giancarlo Del Monaco / Direction Daniel Oren

Production de l'Opéra de Zurich (2007)

Ce compositeur italien, à peine postérieur à la grande vague vériste qui a agité l’Italie à la fin de la vie de Verdi, a pour héritage géographique l’Autriche et l’Allemagne.

Cela explique la rutilance et le chatoiement, à la manière de Klimt, qui viennent s’infiltrer dans sa musique.

Le drame se passe au Moyen Age, mais le caractère purement symboliste du texte de Gabriele D’Annunzio permet de mettre en scène l’ouvrage dans un lieu qui ressemblerait à la maison de l’écrivain, au bord du Lac de Garde, grandiose pyramide érigée en hommage à lui même.

C’est dans cette atmosphère décadente que Daniel Oren, grand spécialiste des ouvrages italiens 1900, dirigera cet opéra.

 

L'Anneau des Nibelungen

Siegfried (Wagner)
Du 01 mars 2011 au 27 mars 2011 (8 représentations à Bastille)
Torsten Kerl, Peter Sidhom, Wolfgang Abilner-Sperrhacke, Qiu Lin Zhang, Juha Uusitalo, Stephen Milling, Elena Tsallagova, Katarina Dalayman
Mise en scène Günter Krämer / Direction Philippe Jordan

Siegfried a souvent été décrit comme un scherzo car à certains moments il apparaît comme l’ouvrage le plus léger de la Tétralogie,
Torsten Kerl chante son premier Siegfried pour l’Opéra de Paris.

Saison Lyrique 2010 / 2011 de l’Opéra National de Paris

Le Crépuscule des Dieux (Wagner)

Du 03 juin 2011 au 30 juin 2011 (7 représentations à Bastille)
Torsten Kerl, Peter Sidhom, Iain Paterson, Katarina Dalayman, Hans-Peter König, Christiane Libor, Sophie Koch, Nicole Piccolomini, Caroline Stein, Daniela Sindram
Mise en scène Günter Krämer / Direction Philippe Jordan

 

Autre nouvelle production

Giulio Cesare (Haendel)
Du 17 janvier 2011 au 17 février 2011 (12 représentations à Garnier)
Lawrence Zazzo, Isabel Leonard, Varduhi Abrahamyan, Natalie Dessay, Jane Archibald, Christophe Dumaux, Nathan Berg, Dominique Visse, Aimery Lefèvre
Mise en scène Laurent Pelly / Direction Emmanuelle Haïm avec l’orchestre du concert d’Astrée

Natalie Dessay réserve sa première Cléopâtre à l’Opéra National de Paris avec son metteur en scène fétiche : Laurent Pelly.

 

Les reprises

Le Vaisseau Fantôme (Wagner)
Du 09 septembre 2010 au 09 octobre 2010 (9 représentations à Bastille)
Matti Salminen, Adrianne Pieczonka, Klaus Florian Vogt, Marie-Ange Todorovitch, Bernard Richter, James Morris

Mise en scène Willy Decker (2000) / Direction Peter Schneider
 

Ariane à Naxos (Strauss)
Du 11 décembre 2010 au 30 décembre 2010 (8 représentations à Bastille)
Franz Mazura, Detlev Roth, Sophie Koch, Stefan Vinke, Xavier Mas, Vladimir Kapshuk, Diana Damrau, Ricarda Merbeth, Elena Tsallagova, Diana Axentii
Mise en scène Laurent Pelly (2003) / Direction Philippe Jordan

La Fiancée Vendue (Smetana)
Du 04 décembre 2010 au 27 décembre 2010 (9 représentations à Garnier)
Oleg Bryjak, Isabelle Vernet, Inva Mula, Michael Druiett, Marie-Thérèse Keller, Andreas Conrad, Piotr Beczala, Pavel Cernoch, Jean-Philippe Lafont, Heinz Zednik, Valérie Condoluci, Ugo Rabec
Mise en scène Gilbert Deflo (2008) / Direction Constantin Trinks

Eugène Onéguine (Tchaikovski)
Du 17 septembre 2010 au 11 octobre 2010  (8 représentations à Bastille)
Nadine Denize, Olga Guryakova, Alisa Kolosova, Nona Javakhidze, Ludovic Tézier, Joseph Kaiser, Gleb Nikolski, Jean-Paul Fouchécourt, Ugo Rabec
Mise en scène Willy Decker (1995) / Direction Vasily Petrenko

Katia Kabanova (Janacek)
Du 08 mars 2011 au 05 avril 2011 (8 représentations à Garnier)
Angela Denoke, Vincent Le Texier, Jane Henschel, Donald Kaasch, Jorma Silvasti, Ales Briscein, Andrea Hill
Mise en scène Christophe Marthaler (2004) / Direction Tomas Netopil

Les Noces de Figaro (Mozart)
Du 26 octobre 2010 au 24 novembre 2010 et du 13 mai 2011 au 07 juin 2011 (21 représentations à Bastille)
Ludovic Tézier, Dalidor Jenis, Christopher Maltman, Barbara Frittoli, Dorothea Röschmann, Ekaterina Syurina, Julia Kleiter, Luca Pisaroni, Erwin Schrott, Karine Deshayes, Isabel Leonard, Ann Murray, Robert Lloyd, Maurizio Muraro
Mise en scène Giorgio Strehler (1973) / Direction Philippe Jordan et Dan Ettinger

Cosi fan Tutte (Mozart)
Du 16 juin 2011 au 16 juillet 2011 (10 représentations à Garnier)
Elza van Den Heever, Karine Deshayes, Matthew Polenzani, Paulo Szot, Anne-Catherine Gillet, Ildebrando d’Arcangelo
Mise en scène Ezio Toffolutti (1996) / Direction Philippe Jordan

L’Italienne à Alger (Rossini)
Du 11 septembre 2010 au 08 octobre 2010 (10 représentations à Garnier)
Marco Vinco, Jaël Azzaretti, Cornelia Oncioiu, Riccardo Novaro, Lawrence Brownlee, Vivica Genaux, Alessandro Corbelli
Mise en scène Andrei Serban (1998) / Direction Maurizio Benini

Madame Butterfly (Puccini)
Du 16 janvier 2011 au 14 février 2011 (10 représentations à Bastille)
Micaela Carosi, Enkelejda Shkosa, Anna Wall, James Valenti, Anthony Michaels-Moore, Carlo Bossi, Vladimir Kapshuk, Scott Wilde
Mise en scène Robert Wilson (1993) / Direction Maurizio Benini

Tosca (Puccini)
Du 20 avril 2011 au 18 mai 2011 (11 représentations à Bastille)
Iano Tamar, Massimo Giordano, Carlo Ventre, Franck Ferrari, Carlo Gigni, Francisco Almanza, Matteo Peirone, Yuri Kissin, Christian Tréguier
Mise en scène Werner Schroeter (1994) / Direction Renato Palumbo

Luisa Miller (Verdi)
Du 07 mars 2011 au 01 avril 2011 (9 représentations à Bastille)
Orlin Anastassov, Marcelo Alvarez, Roberto de Biasio, Maria José Monthiel, Arutjun Kotchinian, Franck Ferrari, Krassimira Stoyanova, Elisa Cenni
Mise en scène Gilbert Deflo (2008) / Direction Daniel Oren

Otello (Verdi)
Du 14 juin 2011 au 16 juillet 2011 (11 représentations à Bastille)
Aleksandrs Antonenko, Lucio Gallo, Sergei Murzaev, Michael Fabiano, Francisco Almanza, Carlo Cigni, Roberto Tagliavini, Renée Fleming, Tamar Iveri, Nona Javakhidze
Mise en scène Andrei Serban (2004) / Direction Marco Armiliato

Saison Lyrique 2010 / 2011 de l’Opéra National de Paris

Première impression sur cette saison :

Philippe Jordan, avec 6 ouvrages sur 19, devient dans les faits le directeur musical de la «Grande Boutique ».
Mais avec seulement 7 nouvelles productions (dont tout de même 4 pour le XXième et le XXIième siècle), la saison 2010/2011 de l’Opéra National de Paris est la moins innovante depuis le début de la période Hugues Gall en 1995.

Car c’est également la première fois que 5 productions vieilles de plus de 15 ans sont reprises (Les Noces de Figaro-1973, Cosi fan Tutte-1996, Eugène Onéguine-1995, Tosca-1994, Madame Butterfly-1993)

Sous le mandat de Gerard Mortier, au moins 9 nouvelles productions étaient proposées, et au plus 2 reprises avaient plus de 10 ans.

L’argument de Nicolas Joel, selon lequel le choix de ces mises en scène se justifie si l’interprétation musicale est supérieure à ce qui a été entendu auparavant, est sans doute valable pour les Noces de Figaro, mais pour les quatre autres il y a déjà eu des interprétations fortes (Tosca 2003 avec Giordani/Shafajinskaia/Viotti, Butterfly 2006 avec Zhang/Berti/Russel Davis, Oneguine 2003 Guryakova/Jurowski, et à discuter le Cosi 2005 Garanca/Wall/Degout/Kuhn/Chéreau).

La saison 2009/2010 a d’ailleurs montré de grandes réussites vocales pour le Barbier, André Chénier, Don Carlo, comme des points faibles pour Salomé et Idomeneo.
On attend toujours d’entendre des Wagner du niveau de Parsifal ou Tannhauser sous l’ère Mortier, et de savoir si la Donna del Lago atteindra les sommets des Capulets et Montaigus de 2008.

L’amélioration musicale n’est donc pas sensible, et si l’opéra n’est plus conçu comme un tout où musique, chant et mise en scène se fondent en une vision artistique unique, l’ambition ne peut plus que se limiter à entretenir une belle machine pour le plaisir de la faire fonctionner.

Le thème "Grand Théâtre du Monde" cache mal le caractère fourre-tout de la saison 2010/2011.

Dans ces conditions, c’est à chacun d’aller chercher des points d’intérêt.
La suite du Ring est bien sûr très attendue, mais ce sont surtout Mathis Der Maler et Akhmatova qui retiennent l’attention, car ils traitent tous deux de la condition de l’artiste.
Et pour Akhmatova, le fait que sa réalisation soit intégralement due à une équipe de personnes qui se connaissent et s’estiment (Mantovani, Ghristie, Joel, Rophé, Gussmann) peut permettre d’espérer un vrai spectacle d’âme.

Ce sera d’ailleurs le seul opéra français de la saison.

Un dernier mot sur la nouvelle politique tarifaire de l'Opéra National de Paris.

Les catégories élevées restent relativement stables, avec toutefois des changements de catégories (à la hausse), mais surtout les places sans visibilité de Garnier (7 euros) et les places de fond de premier balcon à Bastille (10 euros) augmentent de 50%.

Les acheteurs de places à petit prix sont sabrés, tout cela pour rapporter 300.000 euros de plus à Garnier par an, et 80.000 euros à Bastille (pour un budget total de 160.000.000 euros).

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Rédigé par David

Publié dans #Conférences, #ONP

Publié le 22 Février 2010

Don Carlo (Verdi)
Représentation du 20 février 2010
Opéra Bastille

Don Carlo Stefano Secco
Elisabeth de Valois Sondra Radvanovsky
Rodrigo Ludovic Tézier
Philippe II Giacomo Prestia
L’inquisiteur Victor Von Halem
La princesse Eboli Luciana d’Intino

Direction musicale Carlo Rizzi
Mise en scène Graham Vick

                         
                                    Luciana d'Intino (La princesse Eboli)

 

Après l’excitante direction de Teodor Currentzis en 2008, la reprise de la production de Graham Vick, sous la sage exécution de Carlo Rizzi, paraissait bien partie pour virer à un spectacle de routine.

Mais visiblement, les solistes sont venus pour en démontrer autrement. Car ils ont les voix pour accrocher et faire ressortir chez chacun de nous les émotions sous-jacentes.

Il en va ainsi de Luciana d’Intino, qui est une mezzo-soprano spectaculaire par l’ampleur et la masculinité de ses expressions, et qui très facilement reprend des couleurs sauvagement féminines quand s’élèvent ses aigus violents et si richement entretenus.
Elle met ainsi un tel engagement dans sa scène de regrets auprès d’Elisabeth, que l‘air « O Don fatale » prend une profondeur douloureuse rarement ressentie.

Sondra Radvanovsky (Elisabeth de Valois)

Sondra Radvanovsky (Elisabeth de Valois)

Sondra Radvanovsky n’était plus venue à l’Opéra National de Paris depuis l’automne 2003, à l’occasion de la nouvelle production du Trouvère. Cette américaine, formée à l’école du Metropolitan Opera, est une des plus belles interprètes verdiennes de notre époque.

Ses étranges enchevêtrements de vibrations, enveloppés par l’ampleur d’une voix aux éclats métalliques, lui donnent une dimension mélancolique à la mesure de la musique du maître italien.

Stefano Secco, dans le prolongement de son interprétation de 2008, poursuit son approfondissement du rôle, plus sombre et désespéré, mais aussi plus nuancé, quand il s’agit de chuchoter son étonnement lors de sa méprise avec Eboli.

Il se dégage chez ce chanteur une vie intérieure réellement touchante.

Ludovic Tézier (Rodrigo)

Ludovic Tézier (Rodrigo)

l y a quelques temps, il était assez fréquent de remarquer une certaine paresse scénique chez Ludovic Tézier. Aujourd’hui l’artiste atteint une plénitude vocale, « A me il ferro! » pourrait paralyser l’entier parvis de la basilique Notre-Dame d’Atocha , mais aussi une densité humaine pleine de noblesse. Très attentif à ses partenaires, il ne semble jamais vouloir céder à l’affectation prononcée.

Sans doute mieux tenu musicalement que Ferruccio Furlanetto, sans atteindre le même charisme scénique, Giacomo Prestia réussit le mieux à rendre la faiblesse de l’Empereur, et dans un moment de grâce orchestrale, nous offre une des interprétations les plus sensibles d’ « Ella giammai m’amo ». S’en suit une confrontation pleine d’aplomb face à l’inquisiteur, mais un peu trop déséquilibrée par le souffle court de Victor von Halem.

Il y a un certain sentiment de nostalgie, mais aussi une joie émouvante à sentir à quel point l’un des ouvrages que tenait le plus à cœur Verdi, soi même y tient autant.

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